Mon livre : "j'aime ma vie"

mercredi 23 mars 2016

Trauma de guerre, trauma de vie

Ses yeux scrutent le manque
Cherchent l'absent.
ll y a comme un vide, un creux, un gouffre entre lui et les autres.

Qui ne comprennent ; ni ce regard, ni ce vide
Puisqu'il est de retour, puisqu'il est là, avec eux.

Vraiment ?
Avec ?

ll y a une part de lui restée là bas, un morceau, un bout de "Je"
Abandonnée, laissée, perdue,comme en otage, pour dire peut-être "je reviendrai' cette ombre de soi, cet objet qu'on laisse exprès pour ne pas être parti tout à fait, pour ne pas s'extraire complétement, car malgré tout, il y a cet attachement, qu'on ne comprend pas vraiment.
ll y a ce bout de "Je" qui ne peut pas rentrer,
Même si le Je tout entier a essayé.
Le je tout entier s'est éclaté, il a explosé, je je est en guerre, une partie est restée à la guerre et l'autre se bat même s'il n'y est pas.

Qu
i peut comprendre ?

Une sorte "d'autre lui", resté à la guerre... Se dit-il à lui même.
Là bas, sur le champ de bataille, avec ?
quelque chose de figé, une part de lui. La meilleure peut-être.
ll n'en sait rien, ce "Je" n'est pas rentré.
ll lui parle pourtant, essaie de le retrouver dans ses rêves, dans ses journées qui parfois sont un cauchemar, au bout d'une cigarette, au fond d'un verre.
En va
in... ou trop ?

Ce "Je" est là bas, privé de lui, comme ll est privé de lui.
Coupé, scindé, clivé, écartelé, écorché, il manque...  Ce manque, atroce, qui fait mal, qui ne dit pas, ne se dit pas, qui reste mais qui est là, présent dans l'absence.
Douleur !
Ce je ne rentre pas, ce je ne reviens pas.

L'incomplétude
Voila ce qu'il essaie de dire ou taire
Car ce serait être fou de dire qu'on n'est pas entier
Alors qu'il ne manque rien... En apparence
Pourtant !

Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste ;"14-18, Des vies, des Hommes", "Trauma, trauma de guerre, trauma de vie"