Neutre et bienveillant c’est ainsi qu’on et qu’il s’entend. Mais est-ce
suffisant ? Clair, précis, est-ce une réponse à défaut d’être la
réponse.
Cet espace est ce que l’analysant en fait avec celui qu’il fait du fait
de sa présence, le psychanalyste.
Lieu où se disent ou non, les mots ou le silence, espace temps aussi,
durée séquencée où ces mots peuvent se mettre, s’assembler, se tricoter,
se faire, se défaire, se déméler, se coudre, se découdre, se bricoler
Raconter, racontez, mais pas seulement...
Tisser, se souvenir, ramener à
la mémoire, rêver, pleurer, soupirer, espérer ou pas. lieu singulier
sans nul doute, qui ne se ressemble jamais, d’une séance à l’autre, d’un
sujet à l’autre, car chaque histoire, chaque être, chaque moment est
différent.
Je le dis souvent, il en faut du courage pour arriver à cet espace, pour
arriver jusque là, pour témoigner de soi.
Et pour l’analyste. Qu’est ce que cet espace là, si singulier que
propose l’analyste. Ce temps consacré à l’écoute des mots ou du silence
de celui ou celle qui s’adresse à lui ?
L’espace analytique est ce lieu même où se noue la rencontre, qui fait
l’analyse. Qui fait que le rendez-vous qu’on se donne avec soi ne soit
pas raté. C’est pourquoi ce “travail”, cet engagement là est couteux. Et
pas seulement en terme d’argent, mais aussi et surtout en terme de
temps, celui que l’analysant se promet à lui même pour se permettre. Ce
temps que l’analyste met à sa disposition, ce temps qu’il libère pour
cette rencontre singulière, ce rendez-vous. Un temps qui appartient à ce
moment, qui n’appartient qu’à lui, un temps réservé à... Pour... Un
temps dont va disposer l’analysant pour déposer. Un temps que l’analyste
lui réserve à ce dessein. Un temps consacré à... pour. Un temps, pour
venir ou pas, dire ou pas... Mais un temps dont il prend la
responsabilité.
Et l’argent ? Comme le sexe, le désir,c’est souvent une question tabou,
pourtant... on paie ce qu’on doit pour justement ne plus rien devoir et
se libérer de la dette. L’analyse c’est aussi cela, l’analyste est un
professionnel, une personne dont l’écoute (entre autres) est la
fonction, cette écoute, si comme son attention est “flottante” n’en
n’est pas moins particulière. C’est d’ailleurs pour cette raison, que le
sujet s’adresse à lui et cette adresse ne peut avoir lieu dans la
gratuité. Freud recommandait déjà d’aborder cette question avec
franchise et il avait raison.* Payer sa séance pour l’analysant le
libère de cette dette, il ne doit rien, puisqu’en échange il remet à
l’analyste la somme convenue. Ce qui le libère aussi, cela fait partie
(tout comme le rythme, la durée, l’horaire des séances) du cadre de
l’analyse ou de la thérapie analytique.
L’analyste je l’ai souligné,
n’est pas un copain, un ami, un confident à qui le sujet “confie” ses
soucis, ses questionnement, il est ce tiers, neutre et bienveillant
justement, ce professionnel qui recueille non seulement cette parole,
mais en fait quelque chose.
ll n’y a pas de relation d’obligé et le thérapeute n’est pas cette
entité “toute puissance” cela permet une relation saine, celle que les
cognitivistes appellent l’alliance thérapeutique et surtout assure
l’ancrage de la thérapie dans le réel. L’argent est aussi, tout comme le
temps qu’il s’offre pour son analyse (ou sa thérapie), l’objectivation
de la valeur que le sujet lui accorde. Ce prix à payer, ce prix qui lui
coûte, qui coûte, et que parfois il évite, il masque sous toutes formes
de prétextes, d’excuses, de raisons pour ne pas venir. Pour ne pas être
confronté à ce qu’il ne veut pas. Et c’est justement là le point
d’ancrage, c’est justement ça, cette résistance qu’il lui faudra
surmonter.
Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
* Freud : “Sur l’engagement du traitement “ 1913
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