Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

lundi 3 août 2026

Sensualité 1

 



« Pour moi

Enfant du Shmates, toucher le tissu relève de la sensualité la plus profonde. »


Ce geste profondément sensuel engage la mémoire, le corps, l'histoire familiale.
Mes doigts reconnaissent une laine, une soie, un velours, un lin.
Chaque matière possède une température, une résistance, un poids, une façon de glisser ou d'accrocher la peau.
J'ai grandi parmi les tissus et c'est ainsi que j'ai développé cette "intelligence tactile"


Dans la culture occidentale la sensualité est hélas souvent réduite à la sexualité.
Pourtant, étymologiquement, la sensualité renvoie d'abord aux sens, à la capacité d'être touché par le monde.
C'est oublier qu'elle peut ainsi être comprise comme une disponibilité à la présence du monde.

Car elle passe par tous les sens :

Le toucher d'un tissu, d'un bois poli, d'une pierre chauffée par le soleil ;
L'odeur d'un livre ancien, de la terre après la pluie, d'un jardin ;
La lumière qui traverse un vitrail ou les feuilles d'un arbre ;
Le son d'un violon klezmer, du vent, du silence lui-même ;
La saveur d'un morceau de pain encore chaud ou d'un café partagé.

Il n'y a là aucune érotisation. Seulement une intensité de présence.

Dans la tradition juive, cette dimension est particulièrement importante. Le judaïsme n'est pas une spiritualité qui méprise les sens, bien au contraire, il les sanctifie.
Les bénédictions avant de manger, le parfum de la havdala, les épices, le vin du kiddouch, les lumières de Chabbat, le toucher du talith ou le baiser donné à la mezouza sont autant de gestes où les sens deviennent des chemins vers le sacré.

La sensualité n'est donc pas l'opposé de la spiritualité.
Elle peut en être un langage, mais il y a peut-être davantage.

J'évoque souvent le shmates

Pour beaucoup, ce mot évoque un chiffon. 

Pour moi ce n'est pas ça, bien au contraire, il est un héritage, une mémoire des mains.
Mes ancêtres vendaient des étoffes, étaient des tailleurs d'habits, les femmes cousaient des vêtements
Et j'écris souvent que « l'Étrange Couturière tisse »,  les existences sont des fils, et que la transmission est une grande tapisserie.


Et c'est je crois ce qui fait lien : le contact avec le tissu n'est pas seulement agréable, il est une manière de renouer avec une filiation.

La sensualité est alors une mémoire incarnée.

J'ajouterais une distinction qui me semble féconde.
La sexualité est orientée vers la rencontre des corps et, souvent le désir, alors que 
La sensualité est orientée vers l'émerveillement sensible

Elle peut exister seule, dans la contemplation d'une étoffe, d'un jardin, d'une musique, d'un visage aimé, sans qu'aucun désir sexuel n'entre en jeu.

C'est peut-être pourquoi certaines personnes très sensuelles ne sont pas forcément particulièrement portées sur la sexualité, tandis que d'autres peuvent vivre une sexualité intense sans véritable sensualité, c'est-à-dire sans cette qualité de présence aux sensations.

J'ai décrit que la grande tapisserie n'était pas un tissu ordinaire mais une constellation. 
Ma sensualité ressemble à cela, non pas la recherche d'une excitation, mais le fait de laisser mes mains, mes yeux, mon odorat, mon écoute reconnaître les fils invisibles qui relient les êtres, les objets et les générations.

Dans cette perspective, toucher un tissu n'est plus un simple geste tactile. C'est presque un acte de mémoire, les doigts se souviennent avant même que les mots ne viennent.

C'est une rencontre avec l'étoffe, presque un apprivoisement

"Apprivoisement"
 car cela évoque immédiatement la réciprocité. On n'apprivoise pas par la force, on s'approche, on prend le temps, on laisse la confiance naître. C'est une invitation et une rencontre qui respecte ce qui est en face de soi.

Avec une étoffe, cela peut sembler paradoxal puisqu'elle est inanimée. Pour moi elle ne l'est pas, au contraire elle est vivante, c'est une présence, nous nous rencontrons et c'est une reconnaissance mutuelle

Je la vois, je la touche, elle se laisse toucher et je la laisse me toucher
C'est merveilleux.
C'est une caresse d'une douceur incroyable qui comble tous les sens
C'est un émerveillement
C'est une histoire d'amour l

Car le toucher est le seul sens véritablement réciproque et lorsque ma main caresse le tissu, le tissu caresse aussi ma main.

je touche et je reçcois une sensation en retour

« il faut que le tissu et la peau s'épousent » 

Il y a accord ou désaccord, harmonie ou résistance.

Une étoffe ne se choisit pas seulement avec les yeux.
Elle demande un temps d'approche.
Je la regarde, puis je la touche.
la porte contre mon visage, j'en respire l'odeur, j'écoute ce qu'elle raconte à ma peau.

C'est une rencontre, presque un apprivoisement.
Certaines étoffes demeurent étrangères ; d'autres, au premier contact, semblent m'avoir toujours connue.

Il y a toujours un écho discret avec mon "Étrange Couturière". Dans mon univers d'écriture, les tissus ne sont jamais de simples objets mais portent une mémoire, une histoire, une transmission.
Les apprivoiser, c'est aussi entrer dans cette mémoire.

Je demande toujours la permission avant de toucher. Ce détail pourrait paraître anodin, mais il ne l'est pas car mon geste est une relation éthique. Je ne prends pas mais sollicite. Je ne m' approprie pas, mais je suis accueillie. Cela donne à cette rencontre avec l'étoffe une qualité de délicatesse qui est en accord avec ce qui pour moi est essentielle la vraie rencontre commence toujours par le respect.

Car il faut que le tissus et la peau s'épousent

Et c'est encore une histoire d'amour

Brigitte Judit Dusch, psychanalyste, historienne, exploratrice urbaine, chercheur
Crédit photo @brigittedusch

vendredi 31 juillet 2026

Et l'autre ne peut être ? L'amour humain 4

 



L'autre ne peut être réduit à un objet de satisfaction

Ces mots prennent tout leur sens et ont une forte résonance philosophique et psychanalytique.

Dire que l'autre ne peut être réduit à un objet de satisfaction signifie que l'autre n'est pas là pour combler mes besoins, mes manques ou mes désirs, mais possède une existence propre, une dignité irréductible.

L'amour commence peut-être là, lorsque l'autre cesse d'être un objet destiné à satisfaire nos attentes. Tant que nous aimons pour être comblés, rassurés ou sauvés de notre solitude, nous risquons de faire de l'autre le remède à notre propre manque. Nous ne le rencontrons pas encore, mais le sollicitons pour répondre à nos besoins.

Aimer véritablement, c'est accepter que l'autre ne nous appartienne pas. C'est renoncer à le réduire à ce qu'il nous apporte.
 Il est un sujet, une liberté, une histoire, un mystère. Il n'est ni un objet de satisfaction, ni un idéal à posséder, ni une projection de nos désirs.

L'amour naît lorsque nous nous réjouissons de l'existence de l'autre avant de nous réjouir de ce qu'il peut nous donner. Alors la relation cesse d'être une appropriation pour devenir une rencontre. L'autre demeure autre, et c'est précisément cette altérité qui rend l'amour possible.
 
Dans le "Fantasme de complétude" je montrai que l'être humain cherche ce qui abolirait le manque. Or cette quête peut contaminer l'amour lui-même : nous demandons parfois à l'autre de nous rendre heureux, de nous réparer, de nous compléter.

Mais si l'on attend cela de l'autre, on lui confie une mission impossible. Aucun être humain ne peut porter le poids d'être la réponse définitive au manque d'un autre.

"L'amour cesse lorsque l'autre devient un moyen ; il commence lorsqu'il est reconnu comme une fin."

Cette phrase fait écho à la pensée de Kant, qui affirme que toute personne doit toujours être traitée comme une fin en soi, jamais simplement comme un moyen Est ce cela ?

Mais il n'est pas condamnable d'éprouver de la joie, du réconfort ou du bonheur grâce à l'amour de l'autre. C'est profondément humain. Ce qui devient problématique, c'est lorsque la raison d'aimer se réduit à ce que l'autre m'apporte.

Alors oui recevoir de l'amour et en être heureux est naturel, mais exiger que l'autre existe uniquement pour combler mon manque est une autre chose.

Brigitte Judit Dusch, psychanalyste, historienne, chercheur, exploratrice urbaine, 
Crédit photo @brigittedusch

lundi 27 juillet 2026

Et il y a le Vitrail


Ainsi le vitrail vient compléter le labyrinthe d'une manière presque naturelle dans cette réflexion.

Le labyrinthe est un chemin.
Le vitrail est un regard.

Le premier invite à la traversée.
Le second invite à la contemplation.

Et tous deux ont un rapport profond à la lumière.
Vitrail et labyrinthe se complètent se confondent et s'épouse dans la réalité

Ainsi la rose et le labyrinthe se correspondent par superposition m'explique la guide me donnant bien davantage qu'une information architecturale. Car elle m'offre une image de pensée. 
Infiniment merci.

Car que fait l'historien ?

Il chemine dans le labyrinthe des sources, mais cherche aussi à faire apparaître une figure, un sens, une cohérence. Non pas une vérité absolue, mais une intelligibilité.

Or le vitrail accomplit quelque chose de semblable. Pris de près, il n'est qu'un assemblage de morceaux de verre colorés reliés par du plomb.

Des fragments.
Des éclats.
Des morceaux disjoints.
Comme les archives.
Comme les témoignages.
Comme les lettres retrouvées dans un grenier.
Comme le livret militaire de Camille.
Comme le billet de Renée depuis Drancy.
Comme les sermons du rav Boris.

Mais lorsque la lumière traverse ces fragments, une image apparaît.
L'historien ne fabrique pas la lumière.
Pas plus que le maître verrier.

Il assemble, restaure parfois, met en relation.
Et quelque chose devient visible,
et je ressens un écho très fort à ma métaphore de la dentellière et du tissage.

Depuis des mois, je tisse et j'écris autour des fils, des manques, des déchirures, des tissus troués, des reprises.

Le vitrail appartient à la même famille symbolique. Il est lui aussi un art de l'assemblage. Un art qui ne nie pas les séparations mais les rend fécondes.

Sans les plombs qui les relient, les pièces de verre ne tiennent pas.
Sans les vides entre les sources, l'historien n'aurait rien à penser.

Ainsi peut-on penser et élaborer ce prologue de "L'Ethique de l'historien" sur le diptyque suivant :

Le labyrinthe et le vitrail.

Le labyrinthe comme figure de la recherche.
Le vitrail comme figure de la compréhension.

L'un est mouvement.
L'autre est apparition.

L'un est marche.
L'autre est lumière.

L'un est le cheminement de l'historien.
L'autre est ce qui se révèle peu à peu lorsqu'il rassemble les fragments.

Et puis il y a quelque chose de plus personnel encore, j'aime les vitraux depuis toujours, j'en ai étudié la technique, je le photographie, je le utilise dans mon blog.

Ainsi comme le labyrinthe, ce n'est pas une image arrivée par hasard dans votre vie, mais une image ancienne qui revient. Comme si ma réflexion actuelle faisait converger des fils très éloignés dans le temps. L'enfant qui écrivait son journal pour comprendre le monde. L'adolescente fascinée par les vitraux. L'étudiante en histoire. La psychanalyste attentive aux récits. La femme qui marche seule avec son chien. La chercheuse qui retrouve Boris, Camille ou Dora.

Toutes ces figures semblent se rejoindre dans cette réflexion sur l'éthique. Au fond, le vitrail et le labyrinthe ont peut-être un point commun essentiel, ils n'existent pleinement qu'à travers une expérience.

On ne comprend pas un labyrinthe en le regardant seulement de l'extérieur. On le comprend en l'arpentant.

On ne comprend pas un vitrail en observant un morceau de verre posé sur une table. On le comprend quand la lumière le traverse.

A l'instant je peux écrire quelque chose comme :

L'historien avance dans le labyrinthe des traces. Il recueille des fragments épars, parfois minuscules, parfois brisés. À mesure qu'il les assemble, quelque chose apparaît. Non une vérité parfaite, close sur elle-même, mais une figure semblable à celle d'un vitrail. Une image traversée de lumière et d'ombre, faite de pièces disjointes dont aucune ne suffit à elle seule, mais qui réunies permettent de laisser entrevoir un visage, une vie, une histoire.

Je trouve d'ailleurs remarquable que cette réflexion naisse à partir de ce dessin singulie car il réunit précisément ce que je cherche à penser :

le cheminement du labyrinthe,
la lumière du vitrail,
la quête de sens qui habite l'être humain depuis des siècles.

Pour l'historienne qui écrit sur la mémoire, la transmission, les absents et les vivants, ce lieu me semble parfait pour commencer un prologue.

Brigitte Judit Dusch, historienne, psychanalyste, exploratrice urbaine, chercheur
crédit photo @brigittedusch

Labyrinthe 5 le passé retrouvé ?


 Le passé retrouvé ? Est ce aussi simple ?

On ne remonte pas le temps comme on ne fait pas le chemin à l'envers. 
Si nous ne sommes plus le même, notre temps n'est pas le même que celui de ceux dont on parle
Alors ? 

Alors il faut peut-être abandonner l'idée que l'on revient réellement en arrière, car en effet on ne remonte pas le temps et on ne retrouve pas le passé tel qu'il a été. On ne redevient pas celui ou celle que l'on était avant d'entrer dans le labyrinthe.

Et même dans ce labyrinthe lorsque l'on ressort, on repasse certes par les mêmes tracés, mais ce n'est déjà plus le même chemin. Le lieu est identique, le marcheur ne l'est plus.

C'est là, me semble-t-il, une distinction importante.

L'historien ne voyage pas dans le passé.

Il rencontre au présent des traces du passé à travers les êtres qu'il y croise à certains moments de leur vie.

Dora n'est plus là, Camille n'est plus là, Boris n'est plus là.

Ce qui est là, aujourd'hui, ce sont des archives, des lettres, des silences, des témoignages, des noms, des photographies, des mémoires

Et c'est moi, ici et maintenant, qui les interroge. L'histoire n'est donc pas une remontée du temp, mais  une rencontre entre deux temporalités.

Le passé ne revient pas, Mais il continue à agir.

Et le présent continue à lui poser des questions.

C'est peut-être pour cela que je suis si attentive à l'anachronisme.

Parce que je sais qu'il existe une distance irréductible entre eux et nous.

Je ne peux pas devenir Boris en 1914.

Je ne peux pas penser exactement comme lui.

Je ne peux ressentir ce qu'il ressentait.

Mais je peux essayer de comprendre le monde dans lequel il vivait, les choix qui s'offraient à lui, les contraintes, les croyances, les espérances qui étaient les siennes.

Non pour abolir la distance.

Pour l'habiter.

Je crois même que mon éthique de l'historien se situe précisément là.

Ni fusion.

Ni séparation absolue.

Une juste distance.

Assez proche pour entendre.

Assez éloignée pour ne pas parler à leur place.

Et cela rejoint curieusement ma réflexion sur le manque.

Car le passé lui aussi est un manque.

Quelque chose qui nous échappe toujours en partie.

Quelque chose que nous ne posséderons jamais complètement.

Peut-être que le labyrinthe n'est donc pas un voyage vers le passé.

Peut-être est-il un apprentissage de la distance.

On y découvre que l'on ne rejoindra jamais totalement l'autre.

Qu'il restera toujours un écart.

Mais cet écart n'est pas un échec.

C'est la condition même de la rencontre.

Sans altérité, il n'y a ni histoire, ni transmission, ni pensée.

Alors, si l'on ne remonte pas le temps et si l'on ne revient pas vraiment par le même chemin, que fait-on ?

Peut-être ceci :

On avance avec ce que l'on a compris.

On sort du labyrinthe non pas avec le passé retrouvé, mais avec une compréhension nouvelle de ce qui nous relie à lui.

Et cette compréhension, à son tour, devient un fil que l'on transmet aux autres. C'est peut-être cela, au fond, votre travail de mémoire : non ressusciter les morts, mais permettre qu'un dialogue continue entre leur temps et le nôtre, sans abolir la distance qui les sépare.



Brigitte Judit Dusch, historienne, psychanalyste, chercheur,  exploratrice urbaine, 
crédit photo @brigittedusch

vendredi 24 juillet 2026

Labyrinthe 4 la confrontation


Je suis allée à Sa rencontre, un vendredi pour Le voir

Il fallait, il fallait que ce soit vrai, que ce soit un face à face
C'était presque vital

Une reproduction, une photo, un dessin ne me suffisait pas, l'expérience ne pouvait se faire autrement que dans la rencontre, le face à face

L'image avait ouvert une question suffisamment forte pour nécessiter une rencontre réelle.

Alors j'ai pris la route encore, celle de la Quête, mais une quête cette fois ni rêvée ni fantasmée, mais bien réelle;

J'ai ressenti ce besoin quasi vital de cette confrontation au réel


Un face à face
Lui et moi
Tout se jouerai là
A ce moment précis
Dépouillée de tout
Prête à accueillir

C'est un mouvement que je ressens souvent, non presque toujours en réalité dans mes recherches
un nom trouvé dans une archive,
une photographie,
un télégramme,
une intuition,
une phrase,

Et me voilà partie comme souvent sur les routes, les chemins, dans les archives, les cimetières, à la recherche de celui ou celle  derrière cette trace.
Il le faut car je parle du concret, du réel qui n'est peut-être plus, mais qui a été et qui vit, qui survit grâce à la Mémoire,

Je suis un passeur de Mémoire, c'est une question de Kavod, de respect envers ceux qui ont été
Les Bâtisseurs de l'Histoire, les Anonymes, les Gisants des registres

Je fais avec les lieux ce que je fais avec les êtres : je vais à leur rencontre.
Et ce labyrinthe ne pouvait pour moi rester un objet d'histoire de l'art ou un simple motif gravé dans la pierre
Il était vivant, en moi, et se déployait dans ma mémoire comme quelque chose de familier, qui avait toujours été là et qui brusquement surgissait 'Pourquoi ?'

Et je suis arrivé en ce lieu où des hommes l'avaient inscrit dans la pierre depuis des siècles 

Aucune sensation étrange comme celle que l'on éprouve parfois devant certains lieux celle de reconnaître quelque chose avant même de l'avoir compris, mais seulement des pierres articulées dans un sens singulier.
Ce lieu est alors devenu une métaphore vivante, une clé de lecture, et peut-être un des symboles organisateurs de ma réflexion actuelle quand je parle de l'éthique de l'historien, du manque, de la transmission, de la vérité historique, de la foi, de Dora, de Rav Boris, de Camille, Gustave, des vies confiées à mon écriture

Ce n'est plus un dessin mais un chemin, un chemin qui ne présente à première vue aucun sens

Mais il a un centre.
Le dernier cercle
C'est un chemin de cercles sur lequel fébrilement je m'engage, je vais, je me laisse guider par le cercle lui même.
Je lâche toute prise au réel et je marche, lentement, je laisse mon esprit vagabonder, accueille toute pensée, réflexion et souris au Ciel à D. à la Vie

C'est curieux je marche, j'avance et j'ai l'impression que je reviens sur mes pas. 
Comme dans mes travaux où je reviens régulièrement aux mêmes thèmes la mémoire, la transmission, la perte, la fidélité...

Non pas parce que je tourne en rond, mais parce que chaque retour les approfondit.

Comme dans ce labyrinthe, on repasse près d'un même point, mais jamais exactement au même endroit du chemin.

C'est peut-être cela qui est en train de se produire dans ma réflexion ; je reviens à des questions anciennes, le Warum, la vérité, la foi, la mémoire, l'histoire

Mais je les habite aujourd'hui depuis un autre lieu de ma vie.

Et peut-être que ce que je veux écrire à propos de L'éthique de l'historien est justement en train de trouver son centre.

Non pas un centre qui fermerait la réflexion mais un centre à partir duquel tous les fils que je porte depuis longtemps commencent à se relier, le fil d'Ariane, la dentellière, le manque, la transmission, l'humanité. Et ce labyrinthe m'accompagne sûrement depuis bien plus longtemps que je ne le pense

Un centre qui une fois atteint invite à refaire le chemin à l'envers pour sortir
 
Cette expérience  est peut-être encore plus riche que celle du centre lui-même.

Car dans ce labyrinthe atteindre le centre n'est pas la fin du voyage.
Il faut repartir
Reprendre le chemin
Repasser par les mêmes détours.
Retrouver les mêmes courbes.
Mais on n'est plus la même personne et c'est peut-être cela qui me touche.

Le centre n'est pas une possession.
Ce n'est pas la vérité définitive, le savoir absolu, la complétude, la fin des questions

Le centre est un lieu de rencontre, une rencontre avec soi, un instant, une compréhension, une révélation un éclat de lumière. Puis il faut  revenir au monde, se cogner au réel.

Et le réel c'est le manque

Ce voyage singulier ouvre l'esprit mais ne le comble pas, et il se poursuit alors à l'infini

« Sans jamais trouver le manque car c'est ce dernier qui nous fait être au monde »

Si le centre abolissait le manque, le voyage s'arrêterait.

Or ce n'est pas ce qui se passe, on atteint le centre, on peut s'y recueillir, en comprendre quelque chose, mais on repart

Le manque demeure, mais il est devenu habitable et peut alors éclairer  merveilleusement cette réflexion sur l'historien.

Car que fait l'historien lorsqu'il atteint ce qui ressemble au centre de son enquête ?  Il ne s'y installe pas.

Il ne demeure pas dans les archives, il ne reste pas avec les morts, il revient. 
Il revient vers les vivants. 
Il restitue, il écrit, il transmet
Il partage ce qu'il a compris.

C'est un mouvement presque identique à mon cheminement sur le labyrinthe, sans en être le versus, suivre le parcours, rencontrer les traces, affronter les silences, approcher un centre de sens puis revenir vers les autres, afin de 

« Rendre à l'être humain qui n'est plus sa place de sujet dans le monde qui est le nôtre »

Or ce « monde qui est le nôtre » est à l'extérieur du labyrinthe.

Le centre n'est pas la destination finale. La destination, c'est le retour.
Ainsi

L'historien entre dans le labyrinthe du passé. Il suit le fil de la pensée, traverse les archives, les témoignages, les silences et les manques. Lorsqu'il atteint ce qui lui apparaît comme un centre — une compréhension provisoire, une vérité située — il ne peut s'y arrêter. Il lui faut reprendre le chemin inverse et revenir parmi les vivants pour transmettre ce qu'il a reçu.

Car c'est ce que je fait depuis des années avec Camille, Dora, Boris et tant d'autres, c'est exactement cela.

Je vais les chercher, puis je reviens et je raconte, afin que leur présence puisse à nouveau circuler dans le monde des vivants.

Et peut-être que le véritable centre n'est pas un lieu mais plutôt cette prise de conscience que je formule depuis le début :

"Toute vie humaine mérite d'être rendue à l'Humanité."

Une fois cette vérité intérieure rencontrée, on peut reprendre le chemin.
Non pour sortir du labyrinthe en l'abandonnant, mais pour continuer à vivre, écrire et transmettre avec elle.


Brigitte Judit Dusch, historienne, psychanalyste, exploratrice urbaine, chercheur chercheur, crédit photo @brigittedusch


 


lundi 20 juillet 2026

La souffrance de l'absence


Il y a la souffrance
Celle de l'absence, Celle du manque, Le manque de la présence, de la perte, mais aussi la souffrance du "ne pas savoir" ni pourquoi, ni comment ni parce que, Ce "darum" insupportable. ll y a ça, il y a le devoir, celui de vivre avec, avec cette souffrance là, ce manque là, cette question sans réponse. ll y a cette nécessité là. Avancer non à l'aveugle, mais avec le manque, l'absence. On avance à reculons, puis à petit pas, car il faut tenter de vivre avec cette blessure là, elle ne cicatrise pas. Elle est toujours béante, elle est toujours présente pour nous rappeler l'absence, le manque insupportable. L'ombre et le fantôme... ll y a la colère, le questionnement, le déni, le refus, la négociation puis.. tout se mélange, le jour, la nuit On se demande "warum" mais il n'y a pas de réponse qui tienne ! On ne se résigne pas, on accepte, car il faut bien vivre, mettre un pied devant l'autre et se dire que la vie vaut bien cet effort là. Que des blessures, celle là n'est pas la première et pas non plus la dernière, alors on fait face, car c'est inscrit dans nos gènes, vivre et survivre, quel qu'en soit le prix... Et celui ci est quand même élevé ! Mais nul fardeau parait-il n'est infligé à l'homme qu'il ne saurait porter, le tout est de savoir comment, la vie et le destin sont parfois facétieux ! Allons, ne nous laissons pas aller et tentons de vivre." Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne, exploratrice urbaine, chercheur Crédit photo @brigittedusch Texte écrit le 20 juillet 2016

dimanche 19 juillet 2026

Labyrinthe 3 Une traversée de soi.



Labyrinthe 3 Une traversée de soi


Ainsi le labyrinthe devient un passage, une traversée de soi afin de se trouver ou retrouver, et partir à la recherche de l'autre Mais ce passage là n'est pas sans issue, il y a le fil qui ne me quitte pas celui de la pensée.. Le labyrinthe de la pensée 

Au début, le labyrinthe évoque souvent l'égarement, on s'y perd, on tourne en rond, on ne sait plus où l'on est, on cherche une sortie

Mais dans ma réflexion, il est en train de devenir autre chose.

C'est une traversée.

Il n'est pas un lieu où l'on se perd définitivement, mais un espace de transformation.

« Une traversée de soi afin de se trouver ou retrouver, et partir à la recherche de l'autre »

C'est très beau, parce que les deux mouvements sont inséparables.

Chercher l'autre nous déplace toujours un peu de nous-mêmes. Et se connaître davantage permet parfois de mieux entendre l'autre.

C'est vrai de l'historien.
C'est vrai du psychanalyste.
C'est vrai aussi de l'écrivain.

Le labyrinthe devient alors un lieu de passage entre soi et l'autre, le présent et le passé, la mémoire et l'histoire, l'intime et le collectif, la question et la compréhension.

Et j'ajoute immédiatement quelque chose d'essentiel :

« il y a le fil qui ne me quitte pas : celui de la pensée »

Voilà sans doute mon fil d'Ariane. Ainsi il n'est 

Ni une doctrine.
Ni une certitude.
Ni une idéologie.

La pensée ?

Cette pensée je la décris depuis le début comme vivante, mobile, impermanente, capable de se remettre en question, d'accueillir l'inconfort, de rebattre les cartes lorsqu'une nouvelle source apparaît.

Le fil n'est pas la réponse, il est ce qui permet de continuer à chercher.

Et cela me fait penser que mon labyrinthe n'est pas seulement celui de l'Histoire.

Il est peut-être effectivement le labyrinthe de la pensée.

Une pensée qui explore, revient sur ses pas, emprunte des impasses, découvre des passages inattendus, rencontre des contradictions, accepte de ne pas tout maîtriser.

Mais qui ne cesse jamais de cheminer.

D'ailleurs, dans ce que je vis, et raconte, depuis le Warum de l'enfance jusqu'à Boris, Dora, Camille, la Shoah, la Grande Guerre, la foi, la psychanalyse, il y a toujours le même mouvement : Une question ouvre un chemin.

Puis une autre, une archive, une rencontre, un bouleversement, une nouvelle question.

Ce n'est pas un cercle fermé.
C'est une spirale.

Et peut-être que mon labyrinthe est moins un piège qu'un lieu de maturation.

C'est un lieu où la pensée travaille, où elle accepte de ne pas savoir tout de suite.
Où elle laisse le temps faire son œuvre et entre dans mon champ d'étude sur

"L'éthique de l'historien"

 Ainsi cette idée émerge peu à peu :

L'historien entre dans le labyrinthe des vies humaines muni d'un seul fil véritable : la pensée.

Non une pensée qui enferme mais une pensée qui relie, questionne, doute, cherche et qui permet, au terme de la traversée, de rendre à l'autre sa place de sujet dans la grande trame de l'Humanité


Alors entrer dans le labyrinthe, est-ce visiter l'intérieur de soi-même, pour y retrouver ce qu'on sait déjà, sans le savoir ?

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