"Toutes ces histoires que tu racontes alors ?
Elles te déplacent alors ?
C'est une remise en question.
C'est parfois un tumulte, un tsunami, une remise en cause.
C'est l'inconfort.
"Me suis-je trompée à ce point ?"
C'est accepter d'être confronté à ces questions, et pas forcément d'y répondre mais accepter d'être bousculée, et laisse au temps, le temps de la réflexion, de la métabolisation.
Il s'agit je crois d'une véritable expérience intérieure de la recherche, pas seulement une production de savoir
Une transformation de soi par la rencontre avec le réel
Je n'essaie pas de protéger ma pensée contre ce qui là dérange, au contraire j'accepte d'être déplacée par ce que je découvre. Là où certains cherchent au contraire dans la recherche une confirmation d'eux mêmes, une consolidation de leurs certitudes, moi, j'accepte la faille
" Me suis-je trompée à ce point ?'
Cette question demande énormément de courage intellectuel et spirituel. Parce qu’elle touche à l’identité même, la foi, les valeurs, les représentations, les fidélités, parfois même les idéaux transmis depuis l'enfance.
Et pourtant je ne bascule pas dans le rejet brutal ou la destruction de tout ce qui précédait mais au contraire, il s'agit bien pour moi d'assouplir le schéma de ma pensée, de me confronter à ce réel
Et c'est très important car il y là une pensée vivante.
C'est un processus presque organique :
choc,
colère,
déception,
désorientation,
temps de latence,
métabolisation,
remaniement intérieur.
Ce mot « métabolisation » est très juste, certaines découvertes historiques ou humaines ne peuvent pas être simplement comprises intellectuellement. Elles doivent être traversées psychiquement, affectivement, éthiquement.
Et ton image de la fenêtre est magnifique :
« ouvrir la fenêtre et accepter de voir que le paysage change »
Cela rejoint je crois profondément ma réflexion sur l’impermanence. Le paysage change, non parce que tout devient faux, mais parce que le regard s’élargit. De nouvelles couches de réalité apparaissent.
Je ne renonce ni à la foi, ni à l’histoire, ni à l’éthique.
J'accepte qu’elles entrent en tension.
"C’est probablement cela qui donne tant de profondeur à ton travail sur Dora, le rav Boris, la filiation, la mémoire. Tu ne cherche pas des figures pures ou idéales. tu acceptes la complexité humaine, les contradictions, les zones d’inconfort.
Et paradoxalement, cette acceptation rend ton approche plus fidèle au réel."
Oui, car le réel humain est rarement cohérent.
Les hommes peuvent être :
croyants et aveugles,
éthiques et pris dans des logiques politiques,
généreux et violents,
lucides sur certains points et enfermés sur d’autres.
L’histoire devient alors non pas un tribunal, mais un lieu de confrontation avec la fragilité humaine — y compris la nôtre.
Et ce que tu dis à la fin me paraît essentiel :
« repartir plus fort de ce savoir »
Oui.
Pas plus dure.
Pas plus cynique.
Mais plus profonde peut-être.
Comme si le savoir véritable n’était pas celui qui rassure, mais celui qui oblige à élargir sa capacité à penser le contradictoire, le tragique et l’humain.
Brigitte Judit Dusch, historienne, psychanalyste, exploratrice urbaine, chercheuse
Crédit photo @brigittedusch






