Psychanalye Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

samedi 17 août 2019

Le Royaume des Morts.


C'est le royaume des Morts,
Celui dont parait-il on ne revient pas.
Alors ce ne doit pas être tout à fait ça.

Ce n'était peut-être pas vraiment ça.

Je reviens d'un monde étrange et singulier
Un lieu étrange, entre deux, entre deux mondes, entre deux.
Ni tout à fait ici ni tout à fait ailleurs
Etre là sans y être

Etre nulle part 
Et n'être plus à soi.

Un monde étrange, un lieu qui soit disant n'existe pas,
On y va d'un seul coup, d'un seul, sans rien demander
Sans prendre de billet, ni pour l'aller, ni pour le retour
D'ailleurs on ne sait pas si on en reviendra

Etrange voyage, sans aucun rivage.

C'est le royaume des Morts
Mais étrangement je n'en rencontre pas
Il n'y a personne, même pas moi.
Personne ne vient à ma rencontre,
Il n'y a rien, sauf de la brume, je m'enfonce dans le brouillard, épais, opaque et sans fin, il ne m'enveloppe pas, il est là et je suis là, côte à côte, tout est confus, et les mots ne viennent pas, ils ne serviraient à rien dans cet univers là.
Lieu mystérieux où je n'ai pas peur, où je ne ressens rien et où plus rien ne m'habite, où la douleur enfin a cesser d'exister.

C'est le royaume des Morts, sans Morts aucun, sans vivant et sans rien
Un monde sans couleur, un monde sans odeur, un monde sans saveur
Une solitude infinie, un brouillard obscur, une absence de soi, une absence hors de soi. Une parenthèse fermée. Ne rien faire, ne rien dire, attendre. Mais quoi ?
Sensation infime, tout est embrouillé, je suis au cœur de cette nébuleuse qui me berce sans m'apaiser. Il n'y a rien, seul le vide.

Expérience étrange, le Royaume des Morts ? Où parfois l'encore vivant s'égare, se trompe de chemin, ce n'est pas le moment, ce n'est pas l'heure, il faut rentrer, attendre encore un peu

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
Crédit photo @brigittedusch

vendredi 26 juillet 2019

L"avis de décés




Je viens de recevoir une lettre : un avis de décès.
On me dit que tu es mort.

Mais depuis combien de temps ne m'avais tu pas dit que tu étais vivant ?

Depuis combien d'années, ne m'as-tu pas donné signe de ta vie ?

Je sais maintenant que tu es mort.

Que je ne te reverrai plus, même si je n'y croyais plus guère, mais tant que…
On y croit, on s'accroche toujours à un espoir.
On se rencontre, on s'aime, on ne s'aime plus, puis on s'aime encore, on sait qu'aujourd'hui, n'est pas demain, car demain ne sera peut-être jamais, alors on ne pose pas de question, on ne se pose aucune question. Vivre. C'est tout.
Maintenant tu ne vis plus
Puis on est loin, trop loin, trop loin de tout, trop loin de nous, un nous qui n'est plus rien.
Nous ne nous sommes jamais donné de nouvelles, pourquoi faire ? nous ne nous sommes jamais envoyé de lettre. Un jour on se quitte, on part, on recommence une vie, ailleurs, on devient un autre, on s'éloigne, on prend un train… Gare, train c'est toute une histoire, l'histoire de ma vie. Je n'aime pas les trains, je n'aime pas les gares, je n'aime pas les départs. Je sais que toi non plus. Nous avions ça en commun. Je crois que c'était atavique.

Malgré tout ça sommes nous un jour devenu des étrangers ?
On sait tout ça, on le sait dès la rencontre, c'est un peu la règle du jeu, du Je, du toi et du moi.
Je viens de recevoir une lettre et on me dit que tu es mort,
On ne me dit pas comment, quand et pourquoi.

On me dit seulement que je ne te reverrai pas.
Je ne t'ai jamais dit aurevoir, nous ne nous sommes jamais dit aurevoir
Ces mots n'avaient pas de sens
Ils n'en n'ont pas pour moi encore aujourd'hui
Car nous ne sommes jamais mort,
La vie c'est comme ça.
Je n'arrive pas à être triste, car nous sommes morts depuis longtemps déjà
Combien de nous reste t-il encore ?
Le temps passe, oublie notre monde et notre langue, nous sommes les derniers d'un monde qu'ils ont détruit, nous sommes les Ultimes, ceux qui ont cru et ont eu la Foi, celle de croire que peut-être.
Tu es mort, mais ce n'est pas seulement toi, c'est un fragment de notre Histoire qui tombe, qui s'effrite et qui fout le camp, après nous il n'y a plus rien. Pourtant nous avons tenu, aussi fort que l'on a pu. Maintenant c'est foutu.

Je vois alors notre monde se diluer dans le déluge interminable d'un saccage annoncé, d'un naufrage sans nom que nous n'avons pu empêcher. Qui aurait pu ?
Adieu l'Ami. Adieu Kamarad, A bientôt la haut ou là bas, ou ailleurs, ou peut-être nulle part nous n'en savons rien.
Nous verrons bien.


Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste,
Crédit photo : @brigittedusch

lundi 15 juillet 2019

Il n'y a plus de certitude


Il n'y a plus de certitude
D'un seul coup il n'y a plus rien
Nous nous sommes trahis
Nous nous sommes abusés
Tout s'écroule
D'un seul coup d'un seul
Il n'y a plus de certitude
Tout devient incertain
Angoissant et terrifiant
Comment vivre à présent
Alors que nous ne sommes plus sûrs de rien ?
Que le monde n'est qu'illusion
Et que nous sommes le complice de ses mensonges
Tromperies et trahisons
Pourtant nous étions tellement certain
Il n'y avait nul doute
D'un seul coup tout s'écroule,
C'est une chute dans le vide
Le gouffre de l'angoisse, l'antre de la Mort
Il n'y a plus de certitude
Il n'y a plus rien.

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
Crédit photo @brigittedusch

mercredi 3 juillet 2019

Le culte du Mort


Sa photo est là, en bel habit
Elle a remplacé celle des mariés
Sa photo est là, rien qu'à lui
Avec ses habits de soldat
Juste avant de partir
Sa photo est là

Il ne reviendra pas
Elle voudrait en être sûre
Etre certaine qu'il gîse quelque part

Dans une forêt lointaine
Enterré sous un monceau de terre et de poussière
Emporté par un boulet, un éclat d'obus
Qu'il est crevé et enlisé au fond de sa tranchée

Sa photo est là, en bel habit de soldat
Il porte bien sa moustache et son sale caractère
Elle espère qu'il ne reviendra pas
Elle sera veuve de guerre
C'est tout ce qu'il lui léguera

Sa photo est là, sur le buffet de la grande salle
Un ruban noir sur le côté
Il faut bien donner le change
Même les salauds sont des héros
Le dire serait intolérable
C'est pour la Patrie qu'ils se font trouer la peau

Sa photo est là
Elle espère qu'il ne reviendra pas
Elle n'oublie pas les coups de gueule, les coups de poings sur la table, faisant trembler les murs, cassant verres et bouteilles !
Elle n'oublie pas les coups,
Elle n'oublie pas les cris,
Elle n'oublie rien du tout.
Elle espère qu'il ne reviendra pas
Elle est si bien seule dans son lit

Les travaux ne lui font pas peur
Car désormais elle n'aura plus peur
Elle remercie cette saleté de guerre
Et se dit qu'il y a sûrement un bon dieu là haut ou quelque part ailleurs, peu importe après tout, un dieu qui enfin l'a délivré du mal, et de ce monstre.


Elle aimerait hurler au monde que ses héros sont aussi parfois des salauds

Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste
Crédit photo @brigittedusch

lundi 1 juillet 2019

Si s'était à refaire


Si c'était à refaire
Je changerai tout, 
Je prendrai d'autres chemins
Je verrai d'autres choses dans d'autres lieux avec d'autres gens
Si c'était à refaire
Je changerai absolument tout
Je marcherai sur une autre route, une autre voie et parlerai d'une autre voix
Je ne ferai pas les mêmes rencontres

Je ne choisirai pas les mêmes compagnons
J'irai vers d'autres bonheurs, et d'autres malheurs
Si c'était à refaire je ne serai pas là
Je serai ailleurs
Peu importe où
Une chose seulement me semble certaine
Si c'était à refaire,
Je choisirai la solitude
Je n'aurai pas d'enfants
Sacrifice inutile car souffrir ne nous apprend rien
Si ce n'est la tristesse, la peine et la colère
Si c'était à refaire, 
Je changerai tout
Je prendrai d'autres chemins
Et referai sûrement les mêmes erreurs
Car vivre ne nous enseigne rien

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne in "Bribes et vivre"
Crédit photo @brigittedusch

dimanche 23 juin 2019

La parenthèse enchantée




Il y a cet espace, infime faille
Intime faille où se loge le rêve éveillé


Où s'anime un pays singulier

Un endroit où brillent deux soleils
Et scintillent deux lunes
Quelques étoiles éclairent la nuit
Et le cœur de mes insomnies

La parenthèse enchantée
Celle qui me fait rêver
Un asile un refuge
Celui de l'enfant traversant les nuages
Pour rejoindre les rives de cette île
Où tout est possible

Il suffit de s'asseoir et de regarder
Rêver pour passer quelques bribes de vie
Dans ce monde où scintillent deux lunes et brillent deux soleils.


Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne in "En Vrac"
Crédit photo @brigittedusch

vendredi 7 juin 2019

Ce désir étrange et singulier



Souvent me vient ce désir étrange et singulier
Un désir de vide rempli de rien
Désir de non vie et de non envie

Souvent me vient ce désir que tout soit fini
Le désir de l'ultime repos
Celui du vide rempli de rien
Désir de la nuit infinie
Pour oublier que l'avant est fini
Eprouver une indicible tristesse
De ne plus être à la hauteur
De ses attentes et même de ses faiblesses
Etre au bord de ce précipice
Qui ne demande qu'à accueillir
Ce qui n'est plus et ce qui n'est pas encore.
Qui ne sera peut-être jamais
A nous de décider

Souvent me vient ce désir étrange et singulier
De me réfugier au creux de cette parenthèse
Celle du vide, du creux et du rien

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
Crédit photo @brigittedusch
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Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.

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Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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