Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

vendredi 24 juillet 2026

Labyrinthe 4 la confrontation


Je suis allée à Sa rencontre, un vendredi pour Le voir

Il fallait, il fallait que ce soit vrai, que ce soit un face à face
C'était presque vital

Une reproduction, une photo, un dessin ne me suffisait pas, l'expérience ne pouvait se faire autrement que dans la rencontre, le face à face

L'image avait ouvert une question suffisamment forte pour nécessiter une rencontre réelle.

Alors j'ai pris la route encore, celle de la Quête, mais une quête cette fois ni rêvée ni fantasmée, mais bien réelle;

J'ai ressenti ce besoin quasi vital de cette confrontation au réel


Un face à face
Lui et moi
Tout se jouerai là
A ce moment précis
Dépouillée de tout
Prête à accueillir

C'est un mouvement que je ressens souvent, non presque toujours en réalité dans mes recherches
un nom trouvé dans une archive,
une photographie,
un télégramme,
une intuition,
une phrase,

Et me voilà partie comme souvent sur les routes, les chemins, dans les archives, les cimetières, à la recherche de celui ou celle  derrière cette trace.
Il le faut car je parle du concret, du réel qui n'est peut-être plus, mais qui a été et qui vit, qui survit grâce à la Mémoire,

Je suis un passeur de Mémoire, c'est une question de Kavod, de respect envers ceux qui ont été
Les Bâtisseurs de l'Histoire, les Anonymes, les Gisants des registres

Je fais avec les lieux ce que je fais avec les êtres : je vais à leur rencontre.
Et ce labyrinthe ne pouvait pour moi rester un objet d'histoire de l'art ou un simple motif gravé dans la pierre
Il était vivant, en moi, et se déployait dans ma mémoire comme quelque chose de familier, qui avait toujours été là et qui brusquement surgissait 'Pourquoi ?'

Et je suis arrivé en ce lieu où des hommes l'avaient inscrit dans la pierre depuis des siècles 

Aucune sensation étrange comme celle que l'on éprouve parfois devant certains lieux celle de reconnaître quelque chose avant même de l'avoir compris, mais seulement des pierres articulées dans un sens singulier.
Ce lieu est alors devenu une métaphore vivante, une clé de lecture, et peut-être un des symboles organisateurs de ma réflexion actuelle quand je parle de l'éthique de l'historien, du manque, de la transmission, de la vérité historique, de la foi, de Dora, de Rav Boris, de Camille, Gustave, des vies confiées à mon écriture

Ce n'est plus un dessin mais un chemin, un chemin qui ne présente à première vue aucun sens

Mais il a un centre.
Le dernier cercle
C'est un chemin de cercles sur lequel fébrilement je m'engage, je vais, je me laisse guider par le cercle lui même.
Je lâche toute prise au réel et je marche, lentement, je laisse mon esprit vagabonder, accueille toute pensée, réflexion et souris au Ciel à D. à la Vie

C'est curieux je marche, j'avance et j'ai l'impression que je reviens sur mes pas. 
Comme dans mes travaux où je reviens régulièrement aux mêmes thèmes la mémoire, la transmission, la perte, la fidélité...

Non pas parce que je tourne en rond, mais parce que chaque retour les approfondit.

Comme dans ce labyrinthe, on repasse près d'un même point, mais jamais exactement au même endroit du chemin.

C'est peut-être cela qui est en train de se produire dans ma réflexion ; je reviens à des questions anciennes, le Warum, la vérité, la foi, la mémoire, l'histoire

Mais je les habite aujourd'hui depuis un autre lieu de ma vie.

Et peut-être que ce que je veux écrire à propos de L'éthique de l'historien est justement en train de trouver son centre.

Non pas un centre qui fermerait la réflexion mais un centre à partir duquel tous les fils que je porte depuis longtemps commencent à se relier, le fil d'Ariane, la dentellière, le manque, la transmission, l'humanité. Et ce labyrinthe m'accompagne sûrement depuis bien plus longtemps que je ne le pense

Un centre qui une fois atteint invite à refaire le chemin à l'envers pour sortir
 
Cette expérience  est peut-être encore plus riche que celle du centre lui-même.

Car dans ce labyrinthe atteindre le centre n'est pas la fin du voyage.
Il faut repartir
Reprendre le chemin
Repasser par les mêmes détours.
Retrouver les mêmes courbes.
Mais on n'est plus la même personne et c'est peut-être cela qui me touche.

Le centre n'est pas une possession.
Ce n'est pas la vérité définitive, le savoir absolu, la complétude, la fin des questions

Le centre est un lieu de rencontre, une rencontre avec soi, un instant, une compréhension, une révélation un éclat de lumière. Puis il faut  revenir au monde, se cogner au réel.

Et le réel c'est le manque

Ce voyage singulier ouvre l'esprit mais ne le comble pas, et il se poursuit alors à l'infini

« Sans jamais trouver le manque car c'est ce dernier qui nous fait être au monde »

Si le centre abolissait le manque, le voyage s'arrêterait.

Or ce n'est pas ce qui se passe, on atteint le centre, on peut s'y recueillir, en comprendre quelque chose, mais on repart

Le manque demeure, mais il est devenu habitable et peut alors éclairer  merveilleusement cette réflexion sur l'historien.

Car que fait l'historien lorsqu'il atteint ce qui ressemble au centre de son enquête ?  Il ne s'y installe pas.

Il ne demeure pas dans les archives, il ne reste pas avec les morts, il revient. 
Il revient vers les vivants. 
Il restitue, il écrit, il transmet
Il partage ce qu'il a compris.

C'est un mouvement presque identique à mon cheminement sur le labyrinthe, sans en être le versus, suivre le parcours, rencontrer les traces, affronter les silences, approcher un centre de sens puis revenir vers les autres, afin de 

« Rendre à l'être humain qui n'est plus sa place de sujet dans le monde qui est le nôtre »

Or ce « monde qui est le nôtre » est à l'extérieur du labyrinthe.

Le centre n'est pas la destination finale. La destination, c'est le retour.
Ainsi

L'historien entre dans le labyrinthe du passé. Il suit le fil de la pensée, traverse les archives, les témoignages, les silences et les manques. Lorsqu'il atteint ce qui lui apparaît comme un centre — une compréhension provisoire, une vérité située — il ne peut s'y arrêter. Il lui faut reprendre le chemin inverse et revenir parmi les vivants pour transmettre ce qu'il a reçu.

Car c'est ce que je fait depuis des années avec Camille, Dora, Boris et tant d'autres, c'est exactement cela.

Je vais les chercher, puis je reviens et je raconte, afin que leur présence puisse à nouveau circuler dans le monde des vivants.

Et peut-être que le véritable centre n'est pas un lieu mais plutôt cette prise de conscience que je formule depuis le début :

"Toute vie humaine mérite d'être rendue à l'Humanité."

Une fois cette vérité intérieure rencontrée, on peut reprendre le chemin.
Non pour sortir du labyrinthe en l'abandonnant, mais pour continuer à vivre, écrire et transmettre avec elle.


Brigitte Dusch, historienne, pyschanalyste, exploratrice urbaine, chercheur, crédit photo @brigittedusch


 


lundi 20 juillet 2026

La souffrance de l'absence


Il y a la souffrance
Celle de l'absence, Celle du manque, Le manque de la présence, de la perte, mais aussi la souffrance du "ne pas savoir" ni pourquoi, ni comment ni parce que, Ce "darum" insupportable. ll y a ça, il y a le devoir, celui de vivre avec, avec cette souffrance là, ce manque là, cette question sans réponse. ll y a cette nécessité là. Avancer non à l'aveugle, mais avec le manque, l'absence. On avance à reculons, puis à petit pas, car il faut tenter de vivre avec cette blessure là, elle ne cicatrise pas. Elle est toujours béante, elle est toujours présente pour nous rappeler l'absence, le manque insupportable. L'ombre et le fantôme... ll y a la colère, le questionnement, le déni, le refus, la négociation puis.. tout se mélange, le jour, la nuit On se demande "warum" mais il n'y a pas de réponse qui tienne ! On ne se résigne pas, on accepte, car il faut bien vivre, mettre un pied devant l'autre et se dire que la vie vaut bien cet effort là. Que des blessures, celle là n'est pas la première et pas non plus la dernière, alors on fait face, car c'est inscrit dans nos gènes, vivre et survivre, quel qu'en soit le prix... Et celui ci est quand même élevé ! Mais nul fardeau parait-il n'est infligé à l'homme qu'il ne saurait porter, le tout est de savoir comment, la vie et le destin sont parfois facétieux ! Allons, ne nous laissons pas aller et tentons de vivre." Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne, exploratrice urbaine, chercheur Crédit photo @brigittedusch Texte écrit le 20 juillet 2016

dimanche 19 juillet 2026

Labyrinthe 3 Une traversée de soi.



Labyrinthe 3 Une traversée de soi


Ainsi le labyrinthe devient un passage, une traversée de soi afin de se trouver ou retrouver, et partir à la recherche de l'autre Mais ce passage là n'est pas sans issue, il y a le fil qui ne me quitte pas celui de la pensée.. Le labyrinthe de la pensée 

Au début, le labyrinthe évoque souvent l'égarement, on s'y perd, on tourne en rond, on ne sait plus où l'on est, on cherche une sortie

Mais dans ma réflexion, il est en train de devenir autre chose.

C'est une traversée.

Il n'est pas un lieu où l'on se perd définitivement, mais un espace de transformation.

« Une traversée de soi afin de se trouver ou retrouver, et partir à la recherche de l'autre »

C'est très beau, parce que les deux mouvements sont inséparables.

Chercher l'autre nous déplace toujours un peu de nous-mêmes. Et se connaître davantage permet parfois de mieux entendre l'autre.

C'est vrai de l'historien.
C'est vrai du psychanalyste.
C'est vrai aussi de l'écrivain.

Le labyrinthe devient alors un lieu de passage entre soi et l'autre, le présent et le passé, la mémoire et l'histoire, l'intime et le collectif, la question et la compréhension.

Et j'ajoute immédiatement quelque chose d'essentiel :

« il y a le fil qui ne me quitte pas : celui de la pensée »

Voilà sans doute mon fil d'Ariane. Ainsi il n'est 

Ni une doctrine.
Ni une certitude.
Ni une idéologie.

La pensée ?

Cette pensée je la décris depuis le début comme vivante, mobile, impermanente, capable de se remettre en question, d'accueillir l'inconfort, de rebattre les cartes lorsqu'une nouvelle source apparaît.

Le fil n'est pas la réponse, il est ce qui permet de continuer à chercher.

Et cela me fait penser que mon labyrinthe n'est pas seulement celui de l'Histoire.

Il est peut-être effectivement le labyrinthe de la pensée.

Une pensée qui explore, revient sur ses pas, emprunte des impasses, découvre des passages inattendus, rencontre des contradictions, accepte de ne pas tout maîtriser.

Mais qui ne cesse jamais de cheminer.

D'ailleurs, dans ce que je vis, et raconte, depuis le Warum de l'enfance jusqu'à Boris, Dora, Camille, la Shoah, la Grande Guerre, la foi, la psychanalyse, il y a toujours le même mouvement : Une question ouvre un chemin.

Puis une autre, une archive, une rencontre, un bouleversement, une nouvelle question.

Ce n'est pas un cercle fermé.
C'est une spirale.

Et peut-être que mon labyrinthe est moins un piège qu'un lieu de maturation.

C'est un lieu où la pensée travaille, où elle accepte de ne pas savoir tout de suite.
Où elle laisse le temps faire son œuvre et entre dans mon champ d'étude sur

"L'éthique de l'historien"

 Ainsi cette idée émerge peu à peu :

L'historien entre dans le labyrinthe des vies humaines muni d'un seul fil véritable : la pensée.

Non une pensée qui enferme mais une pensée qui relie, questionne, doute, cherche et qui permet, au terme de la traversée, de rendre à l'autre sa place de sujet dans la grande trame de l'Humanité


Alors entrer dans le labyrinthe, est-ce visiter l'intérieur de soi-même, pour y retrouver ce qu'on sait déjà, sans le savoir ?

vendredi 17 juillet 2026

L'Amour humain 3 L'un et l'autre


Je pense sincèrement, l'amour que nous donnons et recevons nous fait grandir

Mais l'amour n'est jamais acquis
Dire je t'aime à quelqu'un n'a de sens que si ces mots se mettent en acte
Sinon il ne veut rien dire, il est vidé de son sens
Ainsi pour moi aimer c'est chaque jour regarder l'autre, lui sourire, l'aimer avec des petites attentions le respecter, reconnaitre son altérité, ne pas l'oublier, ne pas le négliger Il y a quelque chose de sacré je crois

Ce que je décris m'éloigne certes  d'une conception romantique de l'amour pour rejoindre une conception beaucoup plus exigeante, presque éthique.

Je ne définis pas l'amour par l'intensité du sentiment, mais par une présence.

Cette phrase est pour moi fondamentale :

« Dire "je t'aime" n'a de sens que si ces mots se mettent en acte. »

Les mots ne créent pas l'amour à eux seuls. Ils l'annoncent, ils le confient, mais ils doivent être habités. Sinon, ils deviennent une formule vide. Comme c'est trop souvent le cas. 

En français on aime dans tous les sens, on aime son chat, le chocolat, ses enfants, son épouse

De quel amour s'agit-il alors ? Aimer, pour moi n'est pas ça. Aimer c'est lieben,,,
Ich lese gern, aber ich liebe mein Mann


Je t'aime dit-on au détour d'une phrase, d'une rencontre. Mais qu'en est-il vraiment ?
Que signifie ce mot griffonné vite fait sur un bout de papier ou pire tapé rapidement dans la confusion dans un SMS.

Pour moi l' Amour ce n'est pas ça mais bien autre chose, quelque chose de bien plus profond

Cela rejoint d'ailleurs une intuition biblique essentielle :

L'amour ne se réduit jamais à une déclaration.
Il est un verbe avant d'être un nom.
Il se fait. Il s'incarne. Il se renouvelle.

C'est pour cela que j'insiste

« Aimer, c'est chaque jour regarder l'autre, lui sourire, l'aimer avec des petites attentions, le respecter, reconnaître son altérité, ne pas l'oublier, ne pas le négliger. »

Une liste très belle mais surtout concrète. Il ne s'agit pas de sacrifices héroïques, mais d'un regard, d'un sourire, d'une attention, de la fidélité aux choses minuscules.

Au fond, l'amour ne se mesure peut-être pas aux grandes déclarations, mais à la qualité de la présence quotidienne.

Ainsi l'amour n'est jamais acquis. Il ne suffit pas de dire « je t'aime » pour aimer. Ces mots ne prennent leur vérité que s'ils s'incarnent dans une manière d'être auprès de l'autre. Sans cela, ils se vident peu à peu de leur substance, jusqu'à ne plus être qu'une formule répétée sans plus aucun sens

Aimer est un acte qui se renouvelle chaque jour. C'est regarder l'autre comme s'il était toujours digne d'être rencontré. 

C'est lui sourire, lui prêter attention, écouter ce qu'il dit et parfois ce qu'il ne dit pas. 

C'est respecter sa liberté, reconnaître son altérité, ne pas chercher à le façonner à son image. 

C'est refuser que l'habitude fasse disparaître l'émerveillement.

L'amour est une vigilance.
Il lutte contre l'oubli, contre l'indifférence, contre cette lente érosion qui transforme peu à peu la présence en évidence. Car rien n'est plus fragile que ce qui semble acquis.

Peut-être est-ce là que réside sa dimension sacrée. Le sacré ne tient pas seulement à l'intensité d'un sentiment ; il naît de l'attention portée à ce qui nous est confié. Aimer, c'est reconnaître que l'autre ne nous appartient jamais. Il est un mystère dont nous recevons la présence sans jamais pouvoir la posséder.

Ainsi, l'amour que nous donnons et celui que nous recevons nous font grandir. Non parce qu'ils nous rendent complets, mais parce qu'ils nous apprennent, jour après jour, à sortir de nous-mêmes pour accueillir une altérité qui nous transforme sans nous abolir.

« Il y a quelque chose de sacré. »

C'est là le cœur de ma pensée.

Le sacré ne signifie pas que l'autre est parfait. Il signifie qu'il est inviolable. Qu'il ne peut être réduit à un objet de satisfaction, à une projection de nos désirs ou à un prolongement de nous-mêmes.

L'autre est confié à notre amour, mais il ne nous appartient pas.

C'est peut-être pour cette raison que l'amour humain, lorsqu'il est authentique, porte quelque chose de l'amour de D. : non parce qu'il est inconditionnel comme Lui, mais parce qu'il apprend à regarder l'autre avec un profond respect, comme une présence dont la valeur dépasse tout ce que nous pourrons jamais posséder ou comprendre.

L'idée du sacré de l'altérité prolonge encore ma réflexion sur le fantasme de complétude 

Ce qui est sacré dans l'amour n'est pas la fusion, mais la rencontre de deux êtres qui demeurent irréductiblement l'un et l'autre.

Alors je te dis .


Aimer l'autre et recevoir son amour sont une source de joie profonde.
Non parce que l'autre viendrait combler ce qui nous manque, mais parce que sa présence nous est donnée comme un don.
Un cadeau de D., un cadeau de la vie, qu'il nous appartient d'accueillir avec respect, avec gratitude et avec une infinie délicatesse.

Il y a dans l'amour quelque chose de sacré.
Non parce qu'il serait parfait, mais parce qu'il met en présence deux êtres dont aucun ne peut être réduit à un objet de satisfaction ou de possession.
Chacun demeure un mystère pour l'autre, une liberté qui se donne sans jamais cesser de s'appartenir.

L'autre est un cadeau qui m'est confié.
Et si je l'aime véritablement, je peux, à mon tour, devenir pour lui un cadeau.
Non pas parce que je le complète, mais parce que ma présence peut l'aider à devenir davantage lui-même, comme la sienne m'aide à grandir.

Alors l'amour cesse d'être une recherche de fusion ou de complétude.
Il devient un chemin.
Un chemin où l'un et l'autre marchent côte à côte, s'encouragent, se relèvent, s'éclairent mutuellement.
Ensemble, ils peuvent s'élever.

Peut-être est-ce cela, aimer : permettre à l'âme de grandir.
 La sienne comme la mienne.
L'amour ne nous retire pas du monde ; il nous rend plus pleinement humains.
Et c'est peut-être dans cette croissance réciproque, humble et quotidienne, que se laisse entrevoir quelque chose de l'amour de D.


A toi que j'aime.

Brigitte Judit Dusch, psychanalyste, historienne, chercheur, exploratrice urbaine.
Crédit photo @brigittedusch


lundi 13 juillet 2026

Mais les étincelles ?





Mais les étincelles

Les étincelles ? 
On ne recolle pas les étincelles. Une étincelle ne se recolle pas.
Si un morceau de poterie, une photo ou
 un tissu déchiré peuvent susciter l'idée d'une réparation, d'une reconstitution.
Mais une étincelle ?
Elle échappe à cette logique.
Elle surgit, éclaire, disparaît, réapparaît ailleurs.
Elle est déjà mouvement.

C'est peut-être pour cela que l'image des étincelles me convient mieux que celle des fragments. Ces derniers peuvent encore appeler la nostalgie du tout perdu.

L'étincelle, elle, n'est jamais un morceau de totalité. Elle est une manifestation. Une apparition. Une présence fugitive.

Et alors, effectivement, mon geste ne serait plus celui de la restauration.

Il devient celui de la circulation. 
Je ne recollerai jamais des étincelles, mais je peux seulement les reconnaître, les accueillir, les mettre en relation, suivre leurs trajectoires, observer les constellations qu'elles dessinent lorsqu'elles entrent en résonance.

Et là apparaît la liberté.

Car si rien n'est à recoller, rien n'est non plus assigné d'avance.

Les fils peuvent bifurquer.

Les étincelles peuvent se répondre à distance.

La trame n'est pas un plan préétabli qu'il faudrait exécuter fidèlement.

Elle est vivante.

Lorsque j'évoquais le dessin, le labyrinthe, de l'Ein Sof, je sentais déjà cette idée. Le labyrinthe n'est pas seulement une énigme à résoudre pour trouver la sortie. C'est aussi un cheminement. On s'y déplace. On y découvre. On y est transformé.

De même, ma dentelle n'est pas une image fixe.

Elle est en train de se faire.

Et peut-être que le mot qui revient depuis le début de ma réflexion n'est ni complétude, ni même réparation.

C'est advenir.

Les fils adviennent.
Les étincelles adviennent.
Les rencontres adviennent.
Les résonances adviennent.

Et moi, je ne les contrains pas.

Je leur offre un lieu où elles peuvent se rencontrer.

Et les fils adviennent.

Cette phrase est, je crois l'une des plus importantes.

Parce qu'elle retire à la dentellière toute prétention à la maîtrise.

Elle n'invente pas les fils.

Elle ne décide pas de leur apparition.

Elle répond à ce qui advient.

Il y a là une très grande liberté, justement parce qu'il n'y a pas de programme à accomplir ni d'objet à reconstituer.

Seulement un mouvement.

Un mouvement qui ressemble davantage à une danse qu'à une reconstruction.

Les fils viennent.

Les étincelles circulent.

La trame s'ouvre.

Et la dentellière continue l'ouvrage.
Non pour l'achever, mais parce que le mouvement lui-même est vivant.
C'est peut-être cela que je ressens lorsque je ressens cette sensation de faire partie de la trame.

Je ne suis pas devant un objet achevé mais participe à un devenir.

Brigitte Judit Dusch, historienne, psychanalyste, chercheur, exploratrice urbaine
Crédit photo @brigittedusch


samedi 11 juillet 2026

Ein sof אין סוף



Ein Sof

Après des jours, des heures à tourner dans tous les sens, j'ai enfin trouvé ce qui est le plus proche de ce que j'ai vu ou plutôt ressenti  mais c'est ce qui est je crois au plus profond de moi, dans ce coin de mémoire ancestrale qui nous relie. 

Ein Sof

Le mot Ein Sof (אין סוף), « sans fin », posé ici n’est pas simplement un titre, mais agit presque comme une clé de lecture. Non pas une image de quelque chose, mais une tentative d’approcher ce qui ne peut justement pas être vu.

La spirale est essentielle.
Elle ne ferme pas.
Elle n’est pas un cercle parfait, achevé.
Elle s’enfonce ou s’ouvre, selon le regard.
Elle donne le sentiment d’un mouvement infini, d’un déploiement sans centre fixe, ou plutôt d’un centre qui échappe à toute saisie.

Et ces lettres… répétées, colorées, presque vibrantes…
Elles ressemblent à une parole en train de se dire sans jamais s’épuiser.
Comme si le langage tournait autour de quelque chose qu’il ne peut pas contenir, mais qu’il continue pourtant à frôler.

Je ne l'ai pas vu, mais ressenti.
Cette image correspond exactement à cela. Elle ne montre pas mais évoque une trace intérieure, quelque chose qui relève plus de la mémoire que de la perception.

C'est une  « mémoire ancestrale », ce qui résonne profondément et intimement dans tout mon être
C'est une mémoire qui n'est pas narrative mais inscrite, répétée, transmise comme un motif, une mémoire qui tourne, revient, insiste… sans jamais se refermer

Mais il y a aussi quelque chose de très singulier dans la tension entre la rigueur du tracé (presque géométrique) et la vibration des couleurs, du geste, du vivant

Comme si l’infini devait passer par une structure… mais débordait toujours.

Et si je lis plus intiment en laissant aller mon esprit je n'ai pas trouvé une image, mais  reconnu une forme qui était déjà en moi.

Et c’est sans doute pour cela que ça m'a demandé du temps.

Je peux tenter d'essayer de mettre des mots sur ce que cette spirale touche en moi, pas en l’expliquant, mais en l’approchant, un peu comme elle le fait elle-même.


Ein Sof désigne ce qui échappe à toute limite, à toute définition, à toute saisie complète. Ce n'est pas simplement un espace immense ou une durée infinie, c'est l'Infini en tant que tel, ce qui déborde toute représentation.
Mais dans ma réflexion il n'y a pas un mouvement de fusion ou de dissolution dans l'Ein Sof mais au contraire je ne quitte jamais le monde concret. 

Ainsi  je me demande si ce que j' approche n'est pas moins un « retour » à l'Ein Sof qu'une intuition de sa présence au cœur même du fini.
Car dans ma manière d'écrire, l'infini n'abolit jamais le particulier, au contraire,  je passe sans cesse par le détail : une lettre retrouvée dans un grenier, un télégramme froissé, une fleur du jardin, un rire partagé.

Comme si l'infini se laissait entrevoir dans l'infiniment singulier.

C'est quelque chose que l'on retrouve souvent dans la tradition juive : l'idée que l'infini ne se rencontre pas en s'échappant du monde, mais dans la manière dont nous habitons le monde : dans une mitsva, un acte de bonté, la transmission, le souvenir, la gratitude.
Et dans le simple fait de dire :

« C'est beau. Merci. »

Et il y a l'image du cercle. Et le centre du cercle nous conduit à l'infini
Dans mon parcours, ma quête, le centre n'est pas un lieu où je m'arrête définitivement, mais un foyer à partir duquel quelque chose rayonne, cela ne ressemble pas à une fin mais une source, ce n'est pas un retour mais une origine toujours présente, et c'est pour cette raison que je reviens sans cesse à la vie. Parce que pour moi, l'infini n'est pas d'abord une question métaphysique mais ce qui rend possible l'élan vital, la transmission, la création, l'amour, la mémoire
Alors peut-être devrais tenter de reformuler ma question ainsi 

Le centre du cercle est-il une ouverture vers l'Ein Sof ?

Et là, je crois que ma réflexion répondrait probablement oui.

Non pas comme une possession de l'infini.

Non pas comme une connaissance achevée.

Mais comme une orientation.

Une direction.

Une fenêtre ouverte sur ce qui nous dépasse.

Et il me semble que cela rejoint profondément ce que j'écris depuis le début :

nous ne trouvons jamais la complétude.

Nous ne supprimons jamais le manque.

Mais ce manque lui-même nous met en mouvement vers plus grand que nous.

Peut-être est-ce là que le labyrinthe, le cercle et l'Ein Sof commencent à se rejoindre.

Au point où la vie demeure ouverte.

À l'infini. 🌹

Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste, chercheur, exploratrice urbaine
Crédit photo @brigittedusch

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