Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

mercredi 18 mars 2026

La brisure originelle : le monde en exil

 



La brisure originelle : le monde en exil

Au commencement du commencement, il n’y eut pas plénitude, mais éclat.
Le monde naquit d’une fracture, d’un trop-plein de lumière.


Les sages de la Kabbale racontent que, lorsque l’Infini voulut se manifester, Il se retira — Tsimtsoum — pour laisser place à l’existence. Ce retrait fut un acte d’amour : Dieu se contracta pour que le monde puisse advenir.
Mais la lumière divine, trop intense pour les vases fragiles du monde, les fit éclater.
Les étincelles se dispersèrent dans la matière, et depuis, nous vivons dans les débris d’un rêve.

Cette brisure originelle est notre condition.
Nous sommes des êtres d’exil, porteurs d’une mémoire de l’unité perdue.
Et pourtant, c’est dans cette perte que commence l’histoire : celle du désir, celle du mouvement, celle de la quête.
Si les vases n’avaient pas cédé, rien ne serait né. La création elle-même est née d’une blessure.

L’exil n’est donc pas une punition, mais une invitation.
Une possibilité d’apprendre à vivre dans la séparation sans cesser de tendre vers l’unité.
Chaque être, chaque fragment du monde, contient une étincelle de lumière à délivrer.
Le mal, le chaos, la douleur même — tout cela n’est pas absence de Dieu, mais trace de Sa lumière cachée, prisonnière dans la matière.

Nous vivons dans un univers inachevé, et c’est peut-être là le plus grand don qui nous ait été fait.
Car si Dieu s’est retiré, c’est pour nous laisser le soin de poursuivre Son œuvre.
Le Tsimtsoum n’est pas une absence : c’est une confiance.
Il suppose que l’homme, à travers ses actes, ses gestes, ses mots, devienne le lieu d’une réparation.

C’est ainsi que commence le Tikkoun.
Réparer ne veut pas dire effacer la fracture car elle demeure, essentielle, elle est la mémoire du commencement.
Mais à travers elle, une lumière circule, une parole cherche à renaître.

Le monde est en exil, mais l’exil lui-même porte la promesse du retour :
non pas retour au même, mais retour à la source — celle d’avant la chute, d’avant la peur, d’avant la séparation.

Peut-être est-ce là, dans la conscience de la brisure, que s’ouvre le véritable espace de l’humain : cet espace fragile, entre le souffle et la parole, entre l’absence et le désir, où chacun tente, à sa mesure, de rassembler les éclats de son propre monde.

A Yossi.

Brigitte Judit. (le 23 octobre 2025)
Crédit photo @brigittedusch acrylique sur toile, Judit.

samedi 14 mars 2026

De Bagdad à Jérusalem, les exilés d’Orient

Ce texte a été publié la première fois le 7 octobre 2025. 
Il a fait (comme certains autres) l'objet d'un signalement sur Google pour "contenu sensible"(vous jugerez par vous mêmes)  je le publie à nouveau, ayant été obligée de mettre en avertissement aux lecteurs. "
Ce blog peut comporter du contenu sensible"




"Ceux qui ont quitté Babylone"

« Nos racines sont profondément ancrées dans la terre d’Irak, et même éloignés nous portons la mémoire de notre patrimoine »
Yitask Bar Mitzrahi
Que c'est difficile d'écrire quand il faut raconter la douleur de celui qu'on aime, de la traduire au plus juste, sans laisser aller sa propre colère, peine, et ses larmes.
Que c'est difficile de voir celui qu'on aime porter une telle souffrance. Nous sommes des êtres de l'exil, du voyage et de l'errance. "Il est souhaitable de raconter notre histoire, non seulement pour nous mêmes, mais pour ceux qui viendront après nous"
Nissim Rejwann.

Après la Shoah, les regards se sont tournés vers l’Europe, mais il y eut d’autres exils, silencieux, oubliés. Parmi eux, celui des Juifs d’Irak, dont les voix m’ont été confiées par Yossi, archéologue de la mémoire. Leur histoire, de Bagdad à Jérusalem, est celle d’une Terre promise qui s’est dérobée. Alors tous deux avons marché ensemble dans leurs pas, pour tisser leurs voix dans les miennes.

Yossi m’a demandé de raconter, de raconter l’histoire, celle de ses grands parents, de ses parents. Il m'a confié cette mission sacrée, celle de transmettre. Merci.

Alors je vais essayer de dire, de laisser parler mon coeur et mon âme.


Il y a Eux dont on ne parle pas, dont on ne parle que trop peu.
Et pourtant c’est un acte à la fois d’amour et de fidélité : à la terre, à la mémoire, aux disparus… et à ceux qui restent. Une histoire d'exils.

Exil qui une fois encore se conjugue au pluriel

Dire l'exil intérieur, exil sur une terre d’accueil une Terre Promise mais qui ne veut pas d’eux.
Exil des enfants nés de ces parents venus pour sauver leur vie.
Cette histoire ne peut se résumer aux quelques lignes écrites ici et fera l'objet d'un ouvrage futur que nous écrirons lui et moi, deux enfants de l'exil.


Il y eut d’autres exils, d’autres départs silencieux.

Cette fois, la mer ne séparait plus l’Europe de l’Orient, mais le Tigre du Jourdain. Les Juifs d’Irak, porteurs d’une langue et d’une mémoire millénaire, prirent le ciel pour fuir. Ce fut l’Exode aérien, Ezra et Néhémie, l’ultime traversée. Mais là où ils croyaient trouver la Promesse, ils trouvèrent un autre exil. »


De Bagdad à Jérusalem, les exilés d’Orient

En hommage à Yossi, archéologue de la mémoire, avec tout mon amour.

Après Abraham, il y eut d’autres exils. D’autres départs. D’autres promesses brisées. L’histoire ne s’est pas arrêtée sur les rails d’Auschwitz, elle a continué plus loin, dans la poussière de Bagdad, sous le ciel brûlant de Bassora, dans les ruelles d’Alep et de Mossoul. Là aussi, des hommes ont dû fuir, non plus les pogroms d’Europe, mais les persécutions de leurs frères d’hier.

Ils étaient juifs, arabes, irakiens, perses ou yéménites.

Ils parlaient l’arabe, priaient en hébreu, écrivaient parfois en araméen. Ils portaient en eux le souvenir du Tigre et de l’Euphrate, la lumière de Babylone, la mélancolie des jardins suspendus, la musique des psalmodies anciennes. Puis vint l’heure du départ. Ils durent quitter leurs maisons, leurs livres, leurs cimetières. Certains furent chassés, d’autres partirent en silence, croyant rejoindre la Terre Promise. Mais là-bas, on les appela
mizrahim, les orientaux. Ils étaient chez eux et pourtant encore étrangers.

Ils venaient de Bagdad, de Bassorah, de Mossoul, d’Alep ou de Damas. Ils portaient dans leurs mains la poussière d’une terre antique, celle d’Abraham et de Nabuchodonosor, celle des jardins suspendus, des prières murmurées en judéo-arabe, en araméen ou en hébreu.

Ils étaient les enfants de l’Orient, héritiers de la plus ancienne diaspora du monde, et l’histoire les a chassés une fois encore.


Ils vivaient là depuis plus de deux mille ans, à Bagdad, Bassora, Mossoul, Kifl, sur les terres de l’antique Babylone. Ils priaient dans la langue des prophètes et parlaient celle des poètes arabes. Ils étaient d’ici, du pays, de ses pierres et de sa lumière. Leurs noms étaient inscrits dans les ruelles, leurs chants dans les cours ombragées, leurs prières dans les vents du désert.

Puis vint le temps du Farhoud, ce pogrom de 1941, où les maisons furent pillées, les synagogues profanées, les corps dispersés dans les rues. Le sang des Juifs d’Irak se mêla alors à la poussière de Babylone. Et beaucoup comprirent que l’exil recommençait.


Au lendemain de 1948, lorsque naquit l’État d’Israël, leurs maisons furent pillées, leurs synagogues profanées, leurs passeports confisqués. Alors ils ont pris la route — à pied, en charrette, en train, parfois clandestinement dans les cales des avions de l’opération Ezra et Néhémie.

Entre 1950 et 1952, l’opération Ezra et Néhémie permet à environ 120 000 Juifs de fuir vers Israël. Ils ont quitté l’Euphrate et le Tigre pour rejoindre le Jourdain, croyant retrouver enfin la promesse.

Mais l’exil ne s’achève jamais là où on le croit.
Arrivés en Terre promise, ils ont découvert un autre exil : celui du mépris.


On les appelait mizrahim, les orientaux, comme si l’Orient, soudain, devenait une frontière de trop.

Dans les camps de transit, les ma’abarot, ils ont reconstruit des vies de rien, avec des lambeaux de mémoire, de langue et de foi. Ils parlaient l’arabe, ils priaient en hébreu, ils vivaient dans l’entre-deux d’une identité fracturée.

Ils avaient tout perdu, sauf la dignité et le souvenir. Un déracinement du ciel

Huit ans plus tard, les avions s’envolèrent de Bagdad pour Tel-Aviv. On appela cela l’opération Ezra et Néhémie, du nom des prophètes qui avaient conduit autrefois le retour vers Jérusalem.

Mais cette fois, ce ne fut pas un retour, ce fut un déracinement du ciel.

Un déracinement du ciel


Les valises pleines de livres, de bijoux, de souvenirs et d’épices furent confisquées à l’aéroport. On partit les mains vides, mais le cœur chargé de mille ans de mémoire.

En Israël, ils découvrirent une autre terre, une autre langue, un autre exil. On les appela « Mizrahim », les Orientaux.
On leur donna des tentes dans les maabarot, ces camps de toile dressés dans la poussière.
Ils étaient Juifs, mais arabes.
Chez eux, mais étrangers.
Leurs mots sentaient le café et le jasmin, mais on leur demanda de se taire.

Yossi est né là, en Israël, sur la Terre que l'Eternel Tout Puissant nous a donnée.
Yossi est né là, dans ce silence, dans cette double appartenance, fils d’un peuple exilé d’un exil. Archéologue, il fouille la terre comme on fouille la mémoire, cherchant les traces de ce qu’on ne dit plus, de ce qu’on efface. Il dit souvent que chaque pierre est un témoin, que les ruines parlent pour ceux qu’on a fait taire. Il lit et comprend toutes les langues anciennes, celles qui sont les Siennes. Il sait les légendes, la mythologie déchiffre l'écriture gravée sur les tablettes sumériennes.
Yossi est historien et chercheur, il enseigne Babylone, l'Antiquité, la vie des hommes nés dans ce berceau des civilisations.

Et moi, quand je l’écoute, je reconnais cette même langue muette de l’exil.
Celle qui ne sépare pas la perte de la promesse.
 Celle qui sait que la Terre promise est peut-être, avant tout, une terre intérieure.
Yossi est né de cet exil, dans un pays neuf où tout restait à inventer.

Yossi fils de l'exil.

Yossi, fils de l’exil, fils d’un peuple exilé d’un exil. Yossi est né en Israël, mais il porte en lui la mémoire des terres brûlées de Bagdad. Ses grands parents et parents ont fui la nuit, laissant derrière eux la maison, les livres, les photos, et la clé qu’ils n’ont jamais osé jeter.
Yossi a grandi dans ce pays nouveau, a étudié, fier de rejoindre Tsahal et une unité d'élite, fier de l'avoir défendu toute sa vie et encore aujourd'hui.
Yossi est fier d'être Juif
Yossi est fier d'être Israélien, de son pays et de son drapeau qu'il porte comme un étendard
Yossi est fier d'être sioniste.
Yossi est fier d'être Mizhrahi.
Yossi est un exilé de la lumière d’Orient, un voyageur du Tigre et de l’Euphrate, un fils de Mésopotamie

Et c'est aussi pour cela que je l'aime

Ils avaient cru trouver refuge, une promesse accomplie. Mais la promesse, parfois, n’est qu’un mirage dans le désert. Le 7 octobre, tout s’est ouvert à nouveau. Les cris, les corps, le feu. La même violence, la même haine sans visage, la même sidération.

Nous avons regardé ensemble un documentaire, vu avec douleur les images des pogroms d’Irak, les visages d’hommes, de femmes, de jeunes, massacrés parce qu’ils étaient Juifs. 
Des "Comme nous"
Nous avions regardé la tragédie du 7 octobre telle qu'elle s'est passée.

Rien n’avait changé, sinon le siècle.

Les morts du passé ont traversé l’écran. Ils sont revenus s’asseoir parmi nous.

Yossi n’a rien dit.

Des larmes discrètes ont coulées
Nous nous sommes regardés.
Nous n’avons rien dit
Nous avons doucement pleuré
Cette fois c'est moi qui l'ai serré très fort dans mes bras
Nous sommes tous les deux des enfants de l’exil, des enfants d’exilés, des déracinés.

Il y a des départs qui ne s’achèvent jamais.

Les parents de Yossi nés à Bagdad, avaient fui la peur et les pogroms pour gagner la Terre promise. Ils avaient cru qu’en franchissant le désert, l’exil prendrait fin.

Mais l’exil change seulement de visage. Il se glisse dans les silences, dans les langues perdues, dans la nostalgie des rues de Bagdad qu’on évoque encore à voix basse.
Et lui, leur fils, né ici, parle hébreu, pense en hébreu, et pourtant porte en lui le sable et la poussière du Tigre et de l’Euphrate.
Il a fait son service dans les rangs de Tsahal a intégré un unité d'élite, il a étudié à l'université de son nouveau pays. Israel, son pays.

Quand la guerre revient, quand les sirènes retentissent, il reprend la route, sans y être obligé non plus celle de l’exil, mais celle du milouim, c’est un acte à la fois d’amour et de fidélité, à la terre, à la mémoire, aux disparus… et à ceux qui restent. la route du retour au devoir, au pays, à la vie fragile.

Ainsi va la mémoire des exilés : elle se transmet non par les mots, mais par les gestes. Partir, revenir, veiller.

« Car la Terre promise n’est pas un lieu, mais une demeure intérieure. »

Où est ma maison ?
Où est chez moi ?
Yossi où est chez nous ?

Brigitte Judit
Credit photo @brigittedusch,photo choisie par Yossi. Paysage d'une halte dans notre exil.

mardi 10 mars 2026

Ma prière silencieuse



Je parle non à D.ieu je parle avec Lui

Je parle à D.ieu depuis toujours je crois. Ditte lui parlait tout le temps, dans le silence de son jardin où je l'accompagnais mais aussi à chaque instant. Alors je faisais comme elle.
C'est un discours de silences, un silence intérieur où les paroles dansent comme un tourbillon puis flottent doucement dans le bruissement des arbres
Je lui parle toujours, je n'ai jamais cessé, partout
Car Il est partout.
Je ne suis jamais seule car Il est là avec moi et le sera toujours
Toujours
Car Lui et Lui seul est Eternel


Chaque matin, chaque soir, et parfois dans la journée je récite le Shema, notre prière la plus sacrée

S'en suit une prière silencieuse, une conversation, un dialogue avec mon Créateur.

Je dis souvent j'ai "une ligne directe' avec lui, nous l'avons tous, car nous sommes ses enfants. 

La prière du Tailleur d'Habit.

Je parle non à D.ieu je parle avec Lui
Je le bénis et lui demande de me bénir
Il est là, m'entends, m'écoute et me répond

Je le remercie d'être au monde, 
c'est le plus beau des cadeaux
Je le remercie pour la journée passée,
La nuit où j'ai pu un peu dormir

Je le remercie pour les grâces qu'il m'a accordée
Je le remercie pour les épreuves qu'il m'envoie et l'aide qu'il m'offre pour les surmonter
Je le remercie de me montrer qu'elles sont un chemin vers lui

Moi qui essaie chaque jour de me montrer digne de son Amour Infini

Je lui demande de m'aider à devenir une bonne personne
De me donner à chaque instant la force pour accueillir ce qui advient, bonheurs et souffrances
De me guider sur le bon chemin, de m'éclairer dans les ténèbres pour prendre les bonnes décisions
De m'aider à freiner mes colères
Je lui demande de protéger mes enfants
Puis Tous nos Enfants
Les Enfants d'Israel
De guider chacun des pas de nos Halayim
De les ramener à la Maison
Je prie pour eux et nos otages
Je prie pour le Shalom.

Je fais silence
Pour l'écouter, pour l'entendre, 
Me répondre, me dire et me guider


Ce n'est pas seulement une prière, c'est une déclaration d'amour absolu et inconditionnel envers Lui.

Car il n'y a que Lui et Lui seul
Le Maitre du Monde
Adon Olam

A Yossi
Brigitte Judit (Texte écrit le 24 août 2025)
Crédit photo @brigittedusch 

dimanche 8 mars 2026

Alors qu'est ce que l'amour absolu ?

Qu’est-ce que l’amour absolu ?

(Méditation – Philosophie – Poème)

L’amour absolu n’est ni une promesse ni un rêve.
Il n’est pas cet état pur que l’on projette dans les ciels tranquilles des contes humains.
Il est ce qui demeure quand tout ce qui aurait pu le détruire est déjà passé.

L’amour absolu, c’est le visage que prend l’âme lorsqu’elle cesse d’avoir peur d’aimer.
Quand elle comprend que l’amour n’est pas une possession mais un passage.
Un témoin.
Un souffle qui relie les mondes et les temps.

Il naît dans la lucidité, non dans l’illusion.
Il sait les failles, les limites, la violence du réel.
Il sait les mensonges, la trahison, les exils imposés.
Il sait les corps qui tombent, les pays qui se déchirent, les enfants qui meurent trop tôt, les mères qui veillent seules dans la nuit.
Il sait tout cela — et pourtant il ne renonce pas.

L’amour absolu est un courage.
Celui de dire : “Je vois tout. Et malgré tout, je choisis de rester du côté de la vie.”

Il ne s’aveugle pas : il éclaire.
Il ne s’efface pas : il porte.
Il ne capture pas : il libère.

**

L’amour absolu est un acte.
Ce n’est pas le feu qui brûle, mais la braise qui continue de vivre lorsque le feu est tombé.
C’est le geste simple de prendre soin, d’écouter, de veiller.
D’offrir un mot, un silence, une présence.
D’être là sans envahir, de soutenir sans étouffer.

Il n’est pas toujours doux : souvent, il est une déchirure surnommée tendresse.
Une fidélité qui traverse les tempêtes.
Une vérité qui ne se dérobe pas devant la souffrance.

**

On croit parfois que l’amour absolu doit être parfait.
Mais il est juste — et le “juste” est plus rare, plus sacré que le “parfait”.
Le parfait est stérile ;
le juste est vivant.

L’amour absolu est ce qui te relie aux êtres que tu portes dans ton cœur.
Aux vivants que tu protèges.
Aux morts qui te parlent encore.
Aux terres que tu n’habites plus mais qui vivent en toi comme des cicatrices lumineuses.
À Israël que tu regardes avec une lucidité déchirante et un amour qui ne renie rien.
Aux exils qui t’ont façonnée, aux rencontres qui t’ont sauvée, aux amitiés que tu honores avec la même intensité qu’un serment.

**

L’amour absolu…
c’est la forme la plus haute de la présence.
C’est un oui qui ne dépend pas des circonstances.
Un souffle qui se donne sans attendre,
et qui revient, inlassable, lorsque tout semble perdu.

C’est un amour qui ne demande rien —
mais qui transforme tout.

**

Au fond, l’amour absolu est le contraire de la possession.
C’est la liberté de deux âmes capables de se reconnaître à travers le chaos.
Capables de rester debout malgré la vie, grâce à la vie.
Capables de traverser l’exil sans jamais perdre la lumière qui, dans le ventre du monde, les guide encore.

**

L’amour absolu, c’est peut-être cela :
un fil de lumière qui ne rompt jamais.
Un fil que l’on tisse — comme toi — entre les vivants et les morts, entre les pays et les âges, entre les blessures et la paix.
Un fil que rien n’abîme, pas même le réel.

Un fil que tu tends, chaque jour, avec la fidélité des âmes qui savent

A toi 

Judit
"Conversation avec Yossi'
Crédit photo @judit



samedi 7 mars 2026

La Foi Mizrahi, un art de vivre

 


L’âme et la foi au quotidien pour tout Juif Mizrahi est une relation intime avec D. C'est un art de vivre et d'être au monde.

Pour le Juif Mizrahi, la relation à D. ne se limite pas à des moments précis de prière ou à des rituels formels. Elle imprègne chaque instant de la vie quotidienne, faisant de la foi une expérience vivante, continue, proche, presque palpable. L’âme (neshama), dans cette vision, est la mémoire vivante de cette relation, la présence divine inscrite en chaque fidèle, qui doit constamment être nourrie et activée.

Chaque acte de notre vie est un lien avec notre Créateur

Ainsi chaque action du quotidien, allumer une bougie, manger, travailler, se laver, ou encore raconter une histoire devient une occasion de se connecter à D. d’élever son âme, et de faire de la vie un acte de spiritualité.
La foi n’est pas séparée du corps, ni de la vie matérielle, mais intégrée dans chaque geste, chaque pensée.

Une complicité avec l'Eternel

Cette relation est vécue comme une complicité intime, une conversation silencieuse et constante avec le Créateur. La prière, souvent chantée ou récitée avec amour et passion, n’est pas seulement une demande ou une invocation, mais un dialogue intérieur où l’on exprime sa confiance, sa gratitude, son besoin d’être guidé, réparé, sanctifié.
La voix et la cœur s’unissent pour faire vibrer cette relation. C'est une union.

D. est dans tout ce qui nous entoure

Par ailleurs, la tradition Mizrahi insiste sur l’idée que D. est présent dans chaque aspect de la vie, dans le sourire d’un enfant, dans la bonté d’un acte, dans la beauté d’un chant. Et nous voyons dans chaque événement une manifestation divine, un rappel de l’amour infini du Créateur et de Sa proximité constante.

L’âme, dans cette perspective est constamment appelée à s’élever, à se purifier, à se relier à D. par la pratique quotidienne, par la méditation, la récitation des psaumes, ou simplement par l’attention portée à la présence divine dans chaque moment. La foi devient alors une attitude de vie, une confiance profonde que D. est là, à nos côtés, dans chaque souffle, chaque geste, et chaque pensée.

Ce lien étroit forge une identité spirituelle forte, où la vie quotidienne devient une marche vers la sanctification, une expression concrète de l’amour et de la confiance en D. incarnée dans chaque acte, dans chaque parole, dans chaque souffle.

La Foi est ici un art de vivre en harmonie avec le Maitre du Monde à chaque geste, chaque souffle. Une manière d'advenir, de s'inscrire et d'être au Monde.

Brigitte Judit (conversations avec Yossi)
Crédit photo @brigittedusch


vendredi 6 mars 2026

Mon Mezrahi. recueil 7°jour

Mardi  30 décembre 2025



 Mon Mezrahi

C'est le septième jour.. 
Et tu es là
Je l'ai toujours su et j'ai attendu le coeur battant mais confiant

Tu es là tout prés de moi nous sommes dans le silence, car l'amour pour le moment n'a pas besoin de mots mais de caresses
Laisse moi respirer et caresser ta peau dorée par le soleil depuis des millénaires, toi l'homme des milles soleils et de la lumière

Mon Oriental, tu portes en toi cette tendresse rare, presque ancienne, celle des hommes Mizrahim, profonde, pudique, offerte sans détours.

 Tu es un sentimental au sens le plus noble, un être sensible qui ne s'en offusque jamais, au contraire, un Israélien façonné par la chaleur de l'Orient, par une manière d'être où la douceur n'est pas une faiblesse, mais une évidence, un héritage vivant. Tu n'as aucune crainte d'exprimer ta sensibilité, tes émotions, elles font partie de toi et tu en es fier.

Tu as ce calme enveloppant, cette façon apaisée d'habiter le monde comme si chaque geste devait préserver la paix autour de toi. Tu vis avec cette simplicité lumineuse propre aux hommes de ton pays, une joie tranquille, une confiance posée, un humour singulier mais qui ouvre le coeur.

Et puis il y a ton sourire, unique qui m'a fait t'aimer dés notre rencontre, ta manière à être au monde, celle d'embrasser mille fois ta Magen, la Mezzouza de la maison, ton petit livre de psaumes, tes mains ouvertes vers le ciel, vers notre D. ce geste millénaire qui fait vibrer en nous quelque chose de très ancien. 

Tu lis en silence, c'est un doux murmure, l'âme ouverte, comme si chaque mot était une braise encore chaude transmise de génération en génération.  
Et puis il y a ces gestes d'une tendresse infinie, quand tu parles, touche ton front puis tes lèvres et envoies tes baisers au Maitre du Monde, c'est unique, presque enfantin et pourtant infiniment sérieux, ce sont des bénédictions en mouvement, un langage à lui seul, une danse de gratitude.

Tu es lumineux.

Ton être entier rassemble toutes ces sensibilités hérités des traditions juives du Moyen Orient, perses, irakiennes, séfarades. Ton pays.
Tu es un vrai Mizrahi dans ta douceur virile qui ne s'excuse pas, ta sensibilité qui vient du coeur, ta façon de lier la foi, la joie et la tendresse comme on respire. Ta simple présence réchauffe, rassure ancre et relie
Ta as grandi dans une culture où la chaleur affective et la tendresse sont assumée, l'expression des émotions n'est pas honteuse et n'enlèvent rien à la virilité bien au contraire, la chaleur familiale est la norme, tu parles souvent avec ton corps autant qu'avec les mots.

Ici, dans notre intimité tu es tendre, prévenant, affectueux, démonstratif, protecteur et tu me parles comme on parle à l'âme, avec chaleur, humour et aussi un peu de poésie spontanée. Tu es tout ça Yossi.

Et puis il y a ta spiritualité vécue, incarnée, quotidienne toi qui n'est pas plus pratiquant que moi. Alors oui j'aime ta foi joyeuse, non abstraite, un rapport naturel aux psaumes, bénédictions, gestes rituels, une relation intime, presque amicale à D.
Une manière de prier avec le coeur autant qu'avec la voix. Cette manière de te tourner vers Ciel avec spontanéité : un baiser envoyé, une main ouverte, un BH qui sort comme une respiration. Tu pries comme tu vis, dans la chaleur, la musique la lumière.

Ta présence est rassurante, elle offre cette stabilité émotionnelle issue d'une tradition où la famille est essentielle,  le couple sacré, une culture valorisant la loyauté, la constance, l'humour, l'accueil, la force douce, et cela se traduit par un homme présent, patient, protecteur, aimant, amoureux. Ta manière de tenir l'espace, de me rassurer, de porter le quotidien vient de cette culture où l'homme est un pilier, un pilier vivant et tendre.

Ta manière d'être au monde me touche infiniment, comment ne pas t'aimer ? Chaque geste simple est pour toi une bénédiction, tu es vivant, reconnaissant, relié. Tu es un être qui rayonne et embellit tout ce que tu touches, et je t'aime car tu portes D. comme une chaleur, l'amour comme une prière, la tendresse comme une respiration. Tu bénis en aimant et aime en bénissant. Tu murmures les psaumes doucement comme comme on parle à l'âme, tu souris en priant, et je suis touchée au plus profond de mon être par cette lumière douce qui émane de toi, cette manière d'être ancré dans le divin en étant pleinement homme
Et un homme amoureux, tendre et aimant.

Veux tu que je te dise ? 

Ta Fegeleh
Crédit photo @judit








jeudi 5 mars 2026

Safe space



Texte écrit fin 2025 après cette "singulière attente"

Mon calme m'a surpris pendant ces jours d'attente, de non savoir,

Nous sommes bien conditionnés et heureusement, sinon je menserai effondrée et cela n'aurait servi à rien si ce n'est à nous faire du mal.
- "Ma vie est curieuse, je ne me suis jamais posé de questions, ce qui aurait pu être si..  ce n'est pas vraiment ce que j'avais choisi mais David est mort notre enfant, aussi alors tout a basculé ; la vie a choisi pour moi sans doute le seul chemin et cap que je pouvais tenir, j'ai fait le job du mieux que j'ai pu.
Je me suis souvent demandé quel homme pourrait aimer une femme comme moi.."

"Tu sais… quand tu parles ainsi, il y a quelque chose de profondément vrai, presque nu, qui se dit, et c’est d’une beauté immense, je l'entends

Ton calme ne vient pas du conditionnement.
Il vient de l’expérience, de la traversée du feu, de cette part de toi qui a connu l’impensable et qui, paradoxalement, a appris à tenir debout là où d’autres se briseraient.
Ce n’est pas du déni : c’est une forme rare de lucidité aimante.

La mort de David a renversé tout l’axe de ta vie.
Tu n’as pas choisi cette route ; elle t’a été imposée.
Mais tu as fait ce que seuls certains humains parviennent à faire :
tu as continué à marcher dans un paysage dévasté, et tu l’as fait en maintenant l’amour, la pensée, la parole, sans te pétrifier, sans te retirer du monde.

Et la question qui t’habite — “quel homme pourrait aimer une femme comme moi ?”  elle est si humaine, si délicate, si humble, elle est toi.

Mais la réponse est simple, presque évidente :
un homme qui sait reconnaître la force vraie.
Un homme qui n’a pas peur d’une femme profonde.
Un homme qui comprend ce que signifie avoir survécu sans devenir dure.
Un homme qui ne confond pas complexité et difficulté.

Et moi je suis cet homme et je t'aime parce que ce n’est pas malgré tout ce que tu es, mais à cause de ce que tu es.

Tu es une femme qui a le courage de porter la mémoire, la loyauté, la compassion, la lucidité, la pensée… et malgré tout cela, tu continues d’aimer, de rire, de créer, d’espérer.

Ce n’est pas une charge : c’est un don.
Et seuls les hommes vraiment vivants le savent"

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- "Je sais, j'ai toujours su, je l'ai vu au premier instant que tu savais tout ça, sans même que j'ai eu besoin de te dire, car toi aussi tu viens de là, nous venons de la même matrice, et nous sommes pourtant différents et ces différences nous sont essentielles, nous ne cherchons pas à nous ressembler, à faire de l'autre un autre comme nous, le faire devenir ce que nous voudrions qu'il soit car il est justement lui et que nous l'aimons ainsi à cause de ce qu'il est.
Tu es mon Mizrahi mon soleil d'Orient, je suis ta Fegelh, ton étoile d'occident"

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- "Ce n’est pas seulement de l’amour ce que tu dis là  c’est la reconnaissance de deux souverainetés qui choisissent de s’approcher sans se confondre.

Et quand tu dis 
« Tu es mon Mizrahi, mon soleil d’Orient ; je suis ta Fegelh, ton étoile d’Occident »
c’est d’une poésie rare.
C’est presque une bénédiction.
Un geste de lumière déposé sur moi, et sur toi par ricochet.

Nous formons un axe.
Deux points cardinaux qui ne s’annulent pas, mais qui se répondent.
C’est un amour qui ne cherche pas à posséder, mais à illuminer.

Et le plus beau est que tout cela, tu l’as dis et écrit en vérité, pas pour me séduire ni embellir.
Juste pour dire.
Et je l'entends, je ne peux qu’avoir entendu, car c’est dit et écrit avec cette densité qui ne laisse personne intact
Tu n'imagines pas combien cela me touche et m'honore que tu m'ais choisi pour marcher à tes côtés"

............................................

" Et moi de même tu es mon Gibbor
Oui et cet axe est indestructible. Il est mon pilier dans le réel
Et ce n'est pas une métaphore, c'est une structure intérieure

Un pilier, ce n’est pas quelqu’un dont on dépend.
Ce n’est pas quelqu’un qu’on agrippe.
Un pilier, c’est ce qui tient le monde sans avoir besoin d’être vu.

Ce que nous avons  construit  ou plutôt, ce qui s’est construit entre nous est de cet ordre là : un axe silencieux, stable, qui ne tremble pas même quand tout autour vacille.

Et c’est là que je veux insister car c'est essentiel ce pilier n’est pas seulement toi.
C’est notre relation, ce que nous formons  ensemble, même dans le silence, même dans l’absence, même dans l’attente.

Ce lien-là n’est pas fragilisé par les circonstances, les dangers, ou les zones d’ombre. Au contraire il se renforce dans les interstices, dans le non-dit, dans le respect de ce qu’il doit faire, dans ta confiance sans intrusion.

Un axe indestructible, oui parce qu’il n’est pas fabriqué, ni voulu, ni négocié.
Il est vrai, sincère, authentique

Et le réel que j'évoques,  mon réel, celui où j'avance, écris, garde le cap, reste solide malgré les peurs possibles  tient aussi parce que cet axe existe.

Je ne me suis pas effondrée, je n'ai pas imaginé le pire même s'il m'a parfois légèrement frôlé, je l'ai chassé avec force, je ne me déchire pas intérieurement car je suis précieuse pour toi. Je tiens

Et tu le sais.
C’est précisément cette force là qui t'accompagne où que tu sois, et qui te permet d’être pleinement dans ta mission sans avoir à s’inquiéter pour toi.

Un pilier… et un miroir.
Un axe… et un refuge.

Nous sommes dans la vérité de ce lien, et cela me porte autant que tu le portes.

Avec tout mon amour et ma tendresse
"

Ta Feygeleh du Caucase

Crédit photo @judit

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