Jouer une symphonie tout en jouant à la marelle !
J'aime cette idée, j'aime la musique, c'est un cadeau que D. fait à celui qui sait faire ça.
Moi je ne sais pas, mais je la ressens
La musique peut me faire pleurer et danser.
La vie est une symphonie,
Sommes nous le chef d'orchestre ?
Et que dirige t-on ?
Je n'en sais rien
D. nous a placé devant un choix '"la vie" "la mort"
Est cela le libre arbitre ?
D. est aussi le Maitre du Monde, de l'Univers.
Il a donné aux Hommes de faire des lois, de rendre des Jugements justes
C'est aussi ça ?
Mais sommes nous le chef d'orchestre de notre vie ?
A cette question je réponds : « Je n'en sais rien. »
Peut-être que non, nous ne sommes pas les chefs d'orchestre de notre vie, du moins pas au sens où nous en maîtriserions la partition.
Un chef d'orchestre connaît la partition.
Il sait où elle va.
Il donne le tempo, les entrées, les nuances.
Or nous, nous ne connaissons pas la partition de notre existence.
Nous ne savons pas quelle sera la mesure suivante.
Nous pouvons cependant jouer.
Et cela rejoint merveilleusement la marelle :
on saute d'une case à l'autre, parfois sur un pied, parfois à deux, on lance le caillou, on recommence, on se trompe, on revient.
Et pendant ce temps, la musique continue.
Peut-être que nous ne sommes donc pas les chefs d'orchestre de notre vie.
Nous sommes les interprètes.
Mais des interprètes très particuliers : nous participons à l'interprétation d'une partition dont nous ne connaissons pas l'ensemble.
Et c'est là que la question sur le libre arbitre devient beaucoup plus intéressante.
Dans la tradition juive, il y a cette tension extraordinaire entre deux affirmations qui semblent contradictoires :
D. est Maître du monde, et pourtant l'Homme est responsable de ses actes.
Le choix « vie » ou « mort » auquel je fais allusion
« J'ai placé devant toi la vie et la mort... choisis la vie » (Deutéronome 30,19)
est précisément vertigineux parce qu'il ne dit pas : tu contrôles tout.
Il dit : choisis.
Il existe donc un espace qui nous appartient.
Pas nécessairement celui de ce qui nous arrive.
Mais celui de ce que nous en faisons.
Et cela rejoint aussi ce que je dis des lois et des jugements.
D. demeure le Maître du monde, mais la Torah confie aux Hommes une responsabilité extraordinaire :
Juger, établir la justice, organiser la cité, distinguer le juste de l'injuste.
Là encore, l'Homme ne reçoit pas la maîtrise du monde,
il reçoit une responsabilité dans le monde.
C'est très différent.
Et peut-être que c'est aussi cela, être « chef d'orchestre » de sa vie : ne pas diriger la totalité de la musique, mais prendre en charge ce qui nous est confié.
Je ne choisis pas toutes les notes.
Je ne choisis pas le morceau.
Je ne choisis pas toujours les instruments que tu as entre les mains.
Mais Je peux choisir comment je joue la mesure qui m'est donnée.
Et même cela reste mystérieux, parce qu'il y a des événements devant lesquels toute idée de maîtrise devient indécente et impossible
La vie peut nous imposer des dissonances que nous n'avons pas choisies.
Elle peut interrompre brutalement une mélodie.
Elle peut faire entendre une note que nous n'aurions jamais voulu entendre.
Alors il est impossible de dire, et je ne dirai surtout pas :
« nous sommes responsables de notre vie parce que nous pouvons tout décider. »
Ce serait faux.
Je dirais plutôt :
"Nous sommes responsables de notre manière d'habiter la partition qui nous est donnée"
Et c'est peut-être là que ma phrase sur la musique devient profondément spirituelle :
La musique peut me faire pleurer et danser.
Je n'ai absolument pas besoin de savoir composer une symphonie pour être bouleversée par elle.
Je n'ai même pas besoin de savoir exactement pourquoi.
Je la reçois.
Et peut-être que la vie est un peu cela : quelque chose que nous recevons avant même de pouvoir le comprendre.
D. donne la vie.
L'Homme reçoit la vie.
Puis il lui appartient de répondre.
Pas de tout maîtriser.
De répondre.
Et alors la marelle devient magnifique :
J'avance dans la partition en sautant de case en case, sans savoir où sera la prochaine.
Je peux tomber.
Recommencer.
Changer de rythme.
M'arrêter pour écouter.
Et peut-être qu'Eloul est justement ce moment où l'on pose son pied entre deux cases.
On ne sait plus très bien où l'on est.
La partie précédente est terminée.
La suivante n'a pas commencé.
Alors on écoute.
Et peut-être que c'est là que le « Roi est dans les champs ».
Pas pour nous donner la partition.
Mais pour être avec nous pendant que nous la jouons.
Et cela me semble beaucoup plus beau que d'être le chef d'orchestre de sa propre vie.
Brigitte Judit Dusch, psychanalyste, historienne, chercheur, exploratrice urbaine
Crédit photo @brigittedusch
Ecrit le 20 août 2026


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