Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

vendredi 17 avril 2026

Attendre ? Espérer


Warum ?

Darum

Ca ne se traduit pas, ça n'a de sens que pour ceux qui égrainent encore quelques bribes, quelques souvenirs d'un pays disparu. Un pays où les lendemains devaient changer. C'est que qu'ils avaient promis. 

Fatalité ? Réalité qui dépasse l'entendement de celui qui n'est pas dans le secret des dieux ? Résignation ?

L'absence de réponse ne signifie pas qu'il n'y en a pas. 
Parfois celle ci ne vient pas sous la forme que nous attendons. 
Singulière et surprenante
Elle nous invite alors à espérer

Hatikvah.

Attendre et espérer
Espérer et attendre

L'espoir n'est pas une certitude immédiate mais une confiance dans quelque chose qui dépasse notre compréhension et nos attentes.
Espoir et attente se mêlent et s'emmêlent avec fougue parfois et forme un lien solide pour guider et faire danser nos pas malgré l'incertitude...  

L'attente suppose une patience, une ouverture à recevoir ce qui viendra,  lentement peut-être, sans forcer la réponse ni le résultat

L'espoir quant à lui suppose puis suscite une confiance intérieure sans faille qui nous pousse presque malgré nous à continuer mais surtout à croire qu'au delà même des ténèbres ou de l'incertitude il y a un éclat de lumière, une vérité à venir.

Hatikvah

Pour nous l'espoir c'est sacré, divin.
La Foi en notre D. quoi qu'il se passe, il ne faut pas faillir, ne pas douter.
Il n'abandonne jamais ses enfants.
"il a un plan pour nous"
Ne nous a dit-Il pas dit. : "Tu choisiras la Vie'
Alors l'attente devient une loyauté et une fidélité à D.

Une attente sacrée, inconditionnelle?

Dans cette perspective, elle devient alors un acte d'espérance, sacré, où la vie, l'Haim apportera ce qui est nécessaire même s'il ne correspond pas à ce que nous imaginions. 

Patience et attente entremêlés se transforment alors en un fil solide et sublime et s'offrent à l'Etrange couturière et s'élève un doux murmure :

"Tisse, tisse et tisse encore, fait vibrer le métier de tes doigts agiles"

Et c'est au  coeur de la trame de la dentellière que tout prend forme. 

La dentellière sourit et peut alors se mettre à l'ouvrage, avec joie, à la lumière de la lune et du soleil, à l'ombre de sa chandelle

Tout en fredonnant les doux chants Yiddish de ses ancêtres, elle bénit Moshe le Tailleur d'Habit.
Puis lentement, elle rassemble sur la trame tous ses fils de couleurs, d'or et d'argent et de de lumière

Et  passe le fuseau, va, vient, au rythme de son chant
 
"Tisse, tisse encore et encore"

Elle n'est pas seule.

Doucement elle lève les yeux vers le ciel
Vers six millions d'étoiles
Le fil danse, le fil voltige le fil se tisse, tisse, tisse encore
En Mémoire, à la Mémoire

Et surgit le Merveilleux

Shmates.

Ainsi elle met au jour doucement l'étoffe nourrie de force et d'espoir qui donnera elle même sens à cette patience. 

Etrange maïeutique

Attendre c'est espérer,
c'est croire que le temps ou la vie nous porteront vers ce qui doit venir, que les nuages laisseront place au bleu du ciel, 
C'est croire que malgré les épreuves, les souffrances, les peines, la douleur et les ténèbres  il y a une lumière à venir.

Brigitte Judit
Crédit photo @brigittedusch

jeudi 16 avril 2026

La Couturière et le Tikkun



La couturière et le Tikkun

Depuis l’enfance, je vis entourée de tissus. 

Shmates

Je n’ai jamais appris à coudre comme ma mère, ma grand-mère, Ditte, et les autres femmes avant elle mais j’ai grandi dans leur univers : le bruit doux et sec des ciseaux coupant l’étoffe, l'odeur de la craie  d'argile traçant les lignes, l’éclat des épingles plantées comme de petites étoiles, les fils fins de soie ou de coton. 
C'est un monde, un univers, feutré, douillet, un refuge hors du temps, celui de mon enfance

J’aimais choisir les tissus, les caresser, les respirer sentir le contact charnel et  sensuel de leur matière, la  délicatesse et la fragilité de la soie, la douceur du satin, la finesse de la percale, leurs couleurs qui dansent, leur promesse de métamorphoses, robes et jupes, habits dans des tourbillons de lumière. 

Le tissu est mon univers, mon alphabet sensible et il porte la mémoire de gestes anciens et l’élan d’une création infinie.

Créer, pour moi, c’est toujours tisser. 
Tisser, c’est entrer dans le secret du monde.
Chaque fil, chaque fragment recueilli est une étincelle arrachée au chaos, une parcelle d’infini qu’il faut sauver de l’oubli. Le tissu n’est jamais uniforme : il porte la trace des manques, des reprises, des cicatrices. Mais c’est là, justement, que naît la beauté, dans cette alliance fragile entre ce qui fut brisé et ce qui, patiemment, se relie à nouveau.

Alors avec des fils de couleur, mais surtout avec ce qui n’était pas « fait pour ça », morceaux effilochés, chutes de tissu, bouts de laines ou de ficelles, je construis des métiers à tisser où je mêle les matières, je peins aussi parfois et toujours je joue avec la matière. C'est une rencontre d’amour — désir, sensualité et tendresse mêlés. Le tissu est une mise au monde : de l’informe surgit une forme, de la surface naît un vêtement qui épouse parfaitement le corps et accompagne la vie.

Ce geste, je le reconnais dans l’écriture. Les mots sont mes fils, les silences mes nœuds, les phrases mes étoffes. Comme la couturière, j’assemble des fragments dispersés, des voix perdues, des traces menacées d’oubli, pour les offrir à la lumière.
 Écrire ou tisser, c’est le même mystère : reprendre le monde brisé, le réparer point après point, mot après mot, non pour retrouver une unité parfaite, mais pour inventer une beauté qui accueille la faille, la cicatrice, la mémoire.

N’est-ce pas là, déjà, le Tikkun Olam ?

Quand je tends mes fils sur le métier, quand j’assemble des morceaux effilochés pour les faire chanter ensemble, je retrouve ce geste immémorial que les sages nomment Tikkun Olam. Réparer le monde, ce n’est pas l’abolir de ses failles : c’est recueillir ses débris, les nouer, les tresser jusqu’à ce qu’apparaisse une étoffe inédite. Comme une prière silencieuse, le fil se tend entre mes mains et rejoint, au-delà de moi, la trame invisible qui unit toute vie.

Réparer le monde non en effaçant sa fracture, mais en lui donnant une place dans l’étoffe du vivant. Comme ces reprises visibles qui transforment la déchirure en motif, la blessure en lumière.

Il y a dans le tissage une mémoire féminine qui traverse les âges. Pénélope, sur son métier, tissait le jour et défaisait la nuit, pour que l’attente demeure vivante, pour que le fil du désir ne se rompe pas. Son geste patient, répété, portait déjà la figure la plus pure du Tikkun : une réparation inachevée, qui s’accomplit dans son inachèvement même.

Et dans mon récit, une autre couturière se lève : celle de mon monde imaginaire. Elle traverse mes pages comme une ombre bienveillante, reprenant fil après fil les morceaux de mon histoire. Ses reprises visibles ne masquent pas la déchirure, elles la magnifient. Elle tisse entre mémoire et oubli, entre silence et parole. Ses doigts avancent à petits points presque invisibles, mais son fil est d’or : il relie les vivants et les morts, les absents et les présents, les rêves et la chair.

Peut-être est-elle sœur de la Shekhina, la Présence divine en exil, lumière brisée qu’il faut rassembler. Comme elle, la couturière recueille les éclats dispersés et les relie en une étoffe nouvelle. Elle est la dentellière de mon âme, ourlant l’invisible, cousant ensemble les fragments du monde.

Être historienne et psychanalyste, c’est tenir l’aiguille au bord de l’abîme. Les généalogies se sont rompues, les lignées effacées, les corps disparus sans sépulture, les noms dissous dans la cendre. Et pourtant, il reste des fils — infimes, presque invisibles : un témoignage, une trace, une photographie, un prénom qui survit. Je les recueille comme on ramasse les morceaux d’une étoffe sacrée.

Mon travail, alors, est celui d’une couturière : recoudre, fil après fil, ces fragments dispersés. Non pour retrouver une continuité intacte — à jamais perdue — mais pour redonner une place aux absents, pour inscrire à nouveau leurs noms dans la trame du monde. Chaque couture est un acte de résistance contre l’anéantissement : une manière de dire, humblement mais fermement, tu as vécu, tu fais encore partie de nous.

Écrire, tisser, coudre : ce sont mes gestes de Tikkun. Dans la matière comme dans les mots, je cherche à réparer l’étoffe déchirée de la vie, à transformer la blessure en motif, à offrir à l’absence une demeure. La couturière de mon enfance, la couturière de mon imaginaire, et celle que je deviens dans mon écriture ne font qu’une seule et même figure : celle qui, fil après fil, œuvre à la réparation du monde.

Brigitte Judit Dusch écrit le 1 septembre 2025
Crédit photo @brigittejudit

lundi 13 avril 2026

Shmates. Tisser c'est entrer dans le secret du monde



Tisser c'est entrer dans le secret du Monde


La mystique Juive nous dit que le monde est brisé, mais que chaque éclat peut-être relié, réuni, repris, relié.

La beauté ne vient pas d'une perfection lisse mais de cette mosaïque vivante où chaque fragment à sa dignité

Mon univers sensoriel c'est les tissus, les ciseaux, la craie d'argile, les épingles qui brillent les fils de toutes les couleurs qui dansent dans la lumière. Puis tout devient et se fond dans un imaginaire, un monde magique, celui des Tailleurs d'habits, des couturières et des dentellières.

La couture et le tissage sont des actes d'amour qui réparent et transforment.
Font advenir de nouveau.

Le tissu et l'écriture sont deux formes d'une même histoire d'amour
Je crée avec des fils, des morceaux oubliés, des restes effilochés, des bouts de laine et de ficelle.. je prends, je tisse, je réunis et retisse un lien où il semblait n'y avoir que des fragments, je reprends le fil sur la trame.

C'est un geste que je porte depuis l'enfance
Le tissu est ma langue intime, ma mémoire et mon souffle
C''est une sensualité

La couture n'est pas seulement un métier ou un savoir faire
C'est une manière de vivre, d'aimer et de désirer car le tissu s'est pas seulement une matière
Il est une métaphore du monde

Alors je recueille ce qui est déchiré
Chutes de tissus, fils de soie et de coton, laine et chanvre


Shmates


Je leur redonne une place en les insérant dans la trame du monde
Et je tisse un tout qui n'est ni lisse ni uniforme
Mais habité par ses différences, ses cicatrices, ses couleurs multiples
Et on parle les langues et la Langue


Shmates.

C'est une rencontre d'amour. 
Une des plus mystérieuses et des plus belles.

Mes mains ne savent pas coudre comme celles des Femmes de ma famille, mais depuis l'enfance, je n'ai cessé de recueillir les fils, les bouts de ficelle et de laine, les rubans, les morceaux effilochés pour en faire naitre une nouvelle étoffe.
Tous les gestes de la couturière sont ancrés au plus profond de moi  et demeurent comme un alphabet sensible, un langage premier.
Le Tissu est mon Univers, mon Monde réel, imaginé et imaginaire. Il est l'océan dans lequel je baigne, la Mémoire des Gestes anciens et ancestraux, mais aussi l'élan de ma propre création.

Shmates

Créer pour moi c'est toujours tisser
Tisser pour moi c'est toujours créer
C'est une rencontre d'amour
Une tendresse infini, un désir inassouvi
Pour cette matière sensuelle.
L'écriture n'est pas autre chose.

Comme la couture, elle recueille les morceaux dispersés, les voix perdues, les traces menacées d'oubli, les assemble dans une trame fragile et sacrée, offerte à la lumière. Les mots sont mes fils, les silences sont mes noeuds, les phrases mes étoffes. 

Ainsi pour moi écrire et tisser ne vont pas l'un sans l'autre. Pour chacun, il faut reprendre le monde brisé, le réparer point par point, mot après mot, non pour retrouver une unité parfaite, mais pour inventer une beauté qui accueille les failles, les déchirures, les cicatrices comme le Tikkan olam. 
Il n'est pas question d'abolir la fracture, mais de lui donner une place dans l'étoffe du vivant, comme ces reprises visibles qui transforment les blessures en lumière.

Tisser c'est entrer dans le secret du Monde
Tisser c'est entrer dans le secret du Monde


La mystique Juive nous dit que le monde est brisé, mais que chaque éclat peut-être relié, réuni, repris, relié.

La beauté ne vient pas d'une perfection lisse mais de cette mosaïque vivante où chaque fragment à sa dignité

Mon univers sensoriel c'est les tissus, les ciseaux, la craie d'argile, les épingles qui brillent les fils de toutes les couleurs qui dansent dans la lumière. Puis tout devient et se fond dans un imaginaire, un monde magique, celui des Tailleurs d'habits, des couturières et des dentellières.

La couture et le tissage sont des actes d'amour qui réparent et transforment.
Font advenir de nouveau.

Le tissu et l'écriture sont deux formes d'une même histoire d'amour
Je crée avec des fils, des morceaux oubliés, des restes effilochés, des bouts de laine et de ficelle.. je prends, je tisse, je réunis et retisse un lien où il semblait n'y avoir que des fragments, je reprends le fil sur la trame.

C'est un geste que je porte depuis l'enfance
Le tissu est ma langue intime, ma mémoire et mon souffle
C''est une sensualité

La couture n'est pas seulement un métier ou un savoir faire
C'est une manière de vivre, d'aimer et de désirer car le tissu s'est pas seulement une matière
Il est une métaphore du monde

Alors je recueille ce qui est déchiré
Chutes de tissus, fils de soie et de coton, laine et chanvre


Shmates


Je leur redonne une place en les insérant dans la trame du monde
Et je tisse un tout qui n'est ni lisse ni uniforme
Mais habité par ses différences, ses cicatrices, ses couleurs multiples
Et on parle les langues et la Langue


Shmates.

C'est une rencontre d'amour. 
Une des plus mystérieuses et des plus belles.

Mes mains ne savent pas coudre comme celles des Femmes de ma famille, mais depuis l'enfance, je n'ai cessé de recueillir les fils, les bouts de ficelle et de laine, les rubans, les morceaux effilochés pour en faire naitre une nouvelle étoffe.
Tous les gestes de la couturière sont ancrés au plus profond de moi  et demeurent comme un alphabet sensible, un langage premier.
Le Tissu est mon Univers, mon Monde réel, imaginé et imaginaire. Il est l'océan dans lequel je baigne, la Mémoire des Gestes anciens et ancestraux, mais aussi l'élan de ma propre création.

Shmates

Créer pour moi c'est toujours tisser
Tisser pour moi c'est toujours créer
C'est une rencontre d'amour
Une tendresse infini, un désir inassouvi
Pour cette matière sensuelle.
L'écriture n'est pas autre chose.

Comme la couture, elle recueille les morceaux dispersés, les voix perdues, les traces menacées d'oubli, les assemble dans une trame fragile et sacrée, offerte à la lumière. Les mots sont mes fils, les silences sont mes noeuds, les phrases mes étoffes. 

Ainsi pour moi écrire et tisser ne vont pas l'un sans l'autre. Pour chacun, il faut reprendre le monde brisé, le réparer point par point, mot après mot, non pour retrouver une unité parfaite, mais pour inventer une beauté qui accueille les failles, les déchirures, les cicatrices comme le Tikkan olam. 
Il n'est pas question d'abolir la fracture, mais de lui donner une place dans l'étoffe du vivant, comme ces reprises visibles qui transforment les blessures en lumière.

Tisser c'est entrer dans le secret du Monde

Brigitte Judit 
Le 3 septembre 2025 in Les contes de l'Etrange Couturière 

Brigitte Judit Dusch, psychanalyste, historienne, exploratrice urbaine, chercheur
Créditphoto @brigittedusch

samedi 11 avril 2026

Evidence




La foi ne se démontre pas,
L'amour ne se justifie pas.

La foi ne se démontre pas.
Elle ne se prouve pas, elle ne s’argumente pas.
Elle est — ou elle n’est pas.

L’amour ne se justifie pas.
Il ne répond pas au pourquoi.
Il advient, et avec lui, tout bascule.

Ni l’un ni l’autre ne relèvent du raisonnement.
Ils ne se construisent pas à partir de garanties.
Ils précèdent.

On peut chercher à expliquer après coup,
tenter de dire, de cerner, de comprendre —
mais ce qui fait leur cœur échappe.

Car il ne s’agit pas de savoir,
mais de tenir.

Tenir à ce qui ne se prouve pas.
Tenir à ce qui ne se justifie pas.

Et peut-être est-ce là leur point commun le plus secret :

la foi comme l’amour ne répondent pas à la question du “pourquoi” —
ils la déplacent.

Brigitte Judit
Crédit photo @brigittejudit

mardi 7 avril 2026

Coutures, et couturière

“V’nikra shéhem, l’ish, shé’borei olam chacham, shé’aseh shéhem”*

Je ne cache pas les coutures, je ne les rends pas invisibles pour faire « propre » "beau", "lisse" "net".

J
e les laisse visibles, parce que la cicatrice fait partie de l’étoffe.

Elle raconte ce qui a été déchiré, ce qui a été recousu, ce qui a tenu malgré tout.

C’est exactement le Tikkun.

Réparer sans effacer la trace de la blessure. Laisser voir qu’on a été brisé, qu’on a saigné, qu’on a été recousu avec patience et amour, et que l’étoffe est plus forte après.

Je compare souvent mon travail de Mémoire avec celui de la couturière et la dentellière.

Moi, la couturière qui ne sait pas coudre, l'enfant de Moshe le Tailleur d'Habit venu de l'Est pour fuir les pogrom, je suis la seule fille, la seule femme de la famille qui ne sait pas coudre..
Mais...
Je couds et tisse autrement...

Cette métaphore de la couture et de la dentelle associée à la Mémoire de nos six millions d'étoiles représente la force de notre Tikkun, tel que nous l'enseigne la Torah. "V'ahavta l'erekhaf kamokah"** .
La réparation des blessures, qu'elles soient physiques ou spirituelles, commence souvent par l'amour et la reconnaissance de la blessure elle-même.

Le Talmud enseigne que D. est le maître du Tikkun, il répare le monde et aussi nos coeurs en laissant visibles nos cicatrices pour que nous puissions témoigner de la victoire de la vie sur la douleur. 
Que nous sommes vivants.
L'Haim.

Je ne cherche pas à effacer les blessures mais seulement à les intégrer dans la vie, la mienne mais aussi celle de ceux dont je raconte l'histoire.  Faire ainsi en sorte que cette cicatrice devienne une part de la force et de la beauté de ceux qui ont choisi la Vie. L'Haim.

Pour moi, c'est une démarche de Foi, de confiance dans la résilience et de respect, de prière silencieuse 
Une Mitsva.

J'essaie humblement d'incarner cette sagesse en tissant avec amour, tendresse,  patience et courage.
Je m'efforce de rappeler que la véritable beauté vient de l'acceptation de nos cicatrices qui raconte une histoire ; notre histoire, notre Foi.

Nous portons nos blessures avec dignité et c'est là que réside notre véritable force.
Porter ses blessures avec dignité est une expression de notre kavod, une manifestation de notre Foi inébranlable en la vie, en la continuité et en le futur que D. a préparé pour Israël et pour ses Enfants.

La résilience du Peuple Juif malgré les millénaires d'épreuves est une merveille de la Création. BH

"V'haya im shamoa tsihma"*** nous enseigne encore la Torah. 

Oui la force de notre Peuple réside dans cette capacité à écouter, à apprendre à se relever après chaque chute, à continuer à espèrer.
La Shoah, cette blessure béante dans notre histoire n'est pas oubliée et ne le sera jamais.
Elle est inscrite au plus profond de notre chair, et c'est précisément cette mémoire qui nous donne la force de défendre notre vie, notre Terre, notre identité.
Nous ne tendons pas l'autre joue car nous avons choisi la vie, la justice, la paix et la sécurité pour nos enfants. 

"Hashem Tzevri u'goali"****

Nous puisons dans cette Foi la force de continuer à avancer, bâtir, défendre tout en portant avec humilité et amour nos cicatrices. 

Brigitte Judit.
crédit photo @brigittejudit

Et par ces cicatrices, on devient un homme, un véritable artisan de D.ieu, car la sagesse consiste à transformer la douleur en force.
** Tu aimeras ton prochain comme toi même
*** Si tu écoutes et que tu observes tu vivras. Devarim 4.9
**** Talmud (Baba batra) D. est notre refuge, notre sauveur.

dimanche 5 avril 2026

Pourquoi ? (1)

 



"Souviens toi de tout le chemin que l'Eternel ton D. t'a fait parcourir pendant quarante années dans le désert afin de t'humilier pour t'éprouver, pour connaître ce qui est dans ton coeur" Devarim 8.2

Cet article fait écho à ceux publiés sur Recueil Intime, et aux questions qui me sont posées fréquemment, à la question même que je me pose, sans  pouvoir apporter de réponses.

Pourquoi : C'est celle que se pose tous les enfants ou presque puis tous les adultes je crois, pour comprendre, donner du sens à des évènements, à ce qui arrive. Mais pour tout Juif cet adverbe a une résonnance et raisonnance particulière.

Pourquoi ? la haine ? les Pogroms ? la Shoah ?... et le 7 octobre, pourquoi chez nous ? je me le suis demandé et me le demande encore... 

L'épreuve fait-elle partie d'un chemin divin destiné à nous faire grandir et révéler ce qui est en nous ?

Le Talmud  nous dit encore que face à la souffrance, il faut se rappeler que tout vient de D. et que tout ce qu'il fait est pour le Bien même si cela dépasse notre compréhension.

Etre Juif c'est donc aussi ça ? 
C'est surtout ça, car être Juif c'est avoir la Foi dans sa peau, dans sa chair, dans son coeur au plus profond de son âme;

Mais la Foi Juive n'est pas naïve face à la souffrance. Le prophète Habakuk * face aux événements et l'annonce de l'arrivée des Babyloniens 
demande à D.

"Tes yeux sont purs et tu ne peux regarder le mal"

C'est en effet une question fondamentale.
Comment D. peut-il permettre la souffrance si Sa présence est pure et parfaite ?


La Tradition dit que la Shoah ainsi que toutes les autres épreuves restent un mystère à nos yeux. Mais elles ne remettent pas en question la bonté de notre Créateur, et nous enseigne que même dans la nuit la plus sombre il y a  une étincelle d'espoir. Notre responsabilité est de continuer à faire le Bien, à préserver la mémoire et rechercher la Justice.

Notre Foi insiste sur la Réparation du Monde, Tikkun Olam.

Ainsi la réponse à la souffrance se trouve dans nos actions, dans notre engagement à rendre le monde meilleur.
Ainsi cette question est une question de Coeur, et être Juive me donne la permission et même l'obligation d'interroger, de chercher, de prier.
Pour nous, Juifs, la Foi n'est pas l'absence de doute, mais la confiance dans l'amour de D. malgré tout.

"Jusque quand Eternel, vais-je crier vers toi pour dénoncer la violence, mais tu ne secours pas.
Pourquoi me fais tu voir le mal et contemples tu l'injustice ?
Pourquoi l'oppression et la violence sont-elles devant moi ? 
Il y a des procès et des conflits partout. Aussi la loi est sans vie, le droit est sans force, car le méchant triomphe du Juste et l'on rend des jugements corrompus"

Combien des Nôtres ont demandé à l'Eternel "Pourquoi" ?
Une supplique, celle de l'enfant à son père.
Une demande de sens pour continuer le chemin,
Une attente "Mais ceux qui espèrent en l'Eternel renouvellent leur force" nous enseigne la Torah.

Alors l'attente serait elle espérer ?

Hatikva, Espoir, espérer, l'espérance n'est pas passive, c'est une force vivante nous poussant à poursuivre malgré les questions et l'absence de réponse immédiate.

Malgré ? Grâce dirais-je,  car avec force et réflexion nous participons à la réparation du Monde et à la Gueoula. Chaque défi nous pousse à approfondir notre Foi.
La réalisation de la Guéoula n'est pas seulement une réalisation divine mais aussi une oeuvre humaine.

 "Ce n'est pas la Force ni par  la puissance mais par Mon Esprit dit l'Eternel" (Zacharie 4:6)

Mais le pourquoi s'il n'apporte pas de réponses appelle encore des questions, qui elles aussi en appellent d'autres encore et encore.
C'est le cheminement de nos Sages et de tout Juif depuis la nuit des Temps.
C'est aussi ce qui fait notre résilience
Qui fait que nous sommes toujours là, malgré toutes les tragédies et les épreuves. C'est notre cheminement intérieur qui traverse le temps et l'espace, qui traverse les générations. 
Toda raba.

Il n’y a pas de réponse définitive, et pourtant nous continuons à espérer.
Il n’y a pas de réponse.
Il n’y en aura peut-être jamais.
Mais nous continuons à espérer.

C’est cela, être Juif. 

Brigitte Judit, 
Crédit photo @judit


Ce texte est également publié sur Recueil Intime où il donne lieu à des commentaires et échanges entre ses membres.


*Le prophète ‘Habakouk vécut à l’époque de l’exil du roi Yekhoniah, exil qui précéda de douze ans la destruction du Premier Beth Hamikdache survenue en l’an 3338 après la Création. Il avait succédé à Na’houm comme prophète en l’an 3254, et devint un maillon de la longue « chaîne de tradition » qui remonte à Moché Rabbénou. Sa principale prophétie fut dirigée contre les royaumes de Babylone, de Perse et de Médie, qui devaient se développer plus tard, et, devenus de très grandes puissances, conquérir le Pays d’Israël et le reste de l’Ancien Monde. ‘Habakouk possédait plusieurs domaines qu’il avait hérités en Terre Sainte, où il demeura même après l’Exil. Ses prophéties sont consignées dans le livre qui porte son nom. Ce livre est le huitième des Douze Prophètes dans la Bible. Et c’est de ce livre qu’est tirée la Haftara du second jour de Chavouot  (source Chabad)


jeudi 2 avril 2026

Tisser la dentelle



J'ai grandi dans le Shmates

Oui, je suis dans le prolongement de la lignée.
Je suis l'enfant de Moshe et celle des couturières
Mais je ne sais pas coudre
Pourtant je suis une étrange couturière qui coud autrement
Enfant je ramassais les épingles
J'
étais fascinée par la découpe du tissu,
J'entends encore le bruit des ciseaux sur l'étoffe,
c'est presque réconfortant.
J'aime la matière, la sensualité des étoffes, j'ai besoin de les toucher, de les respirer.

Mais je ne les couds pas.

J'aime tisser sur des métiers que je construits et improvise, j'y passe des fils, de la laine, d'autres choses encore afin que ce ne soit pas lisse.
Je tisse les noeuds, les aspérités, le vide
Rien n'est  jamais lisse, parfait dans la vie
 
Le shmates c'est pour moi la vie


Je tisse à partir de Dora,
Elle est au centre de la constellation.
Elle en est l'étoile autour de la quelle je vais tirer les fils,
construire la trame
Tisser des fils d'or, d'argent et de couleurs,
Moi l'étrange couturière qui ne sait pas coudre devient la dentellière
Celle qui danse, valse dans le ciel donne vie peu à peu au plus beau des Shmates, Celui de la mémoire et de l'âme

Neshama.

Je prends le fil avec une infinie délicatesse en souriant
Je couds, je passe, je repasse lentement
Je laisse le vide qui se forme, le noeud qui résiste,
Je tisse délicatement en souriant

Le fuseau dans la trame danse  au rythme de mes doigts mais aussi de mon coeur
Nous dansons sensuellement,  amoureusement
Car lui et moi allons donner la vie.

L'Haim

Ainsi il va de la vie,

Celle qui renait des cendres, qui reste avec ses failles et ses manques pour dire : 


"j'ai été, il y a eu, mais je suis encore"

Il n'y a pas de fil blanc, mais une trame colorée comme l'est chaque vie
Ce Shmates est sacré.
D. me guide, tient ma main?
Je n'ai pas peur.
Ma main ne tremble pas.
Je souris, la joie m'envahit toute entière Baruch Hashem
L'étoffe se tisse non contre le vide mais avec lui 
Elle laisse apparaître les nœuds, les passages, les respirations,
Je ne mets pas au jour un tissu fermé mais une dentelle qui laisse passer la lumière, où chaque fil
Et c
haque fil d’or, d’argent, de couleur, porte une vie, une trace, un nom
Le mouvement même du fuseau devient presque une prière incarnée

Il se forme alors quelque chose de très rare, une étrange maïeutique, 
Une joie qui n’efface pas la cendre mais qui en fait surgir une forme vivante, comme si la mémoire devenait une élévation sans jamais nier la déchirure, et cette phrase pourrait en être le cœur battant

De la dentelle.
Une dentelle qui se construit autour du vide autant qu’avec le fil,
Elle ne cherche pas à remplir, mais à faire apparaître une forme à partir de l’absence.
Le fuseau passe, revient, croise, contourne, et peu à peu quelque chose tient, non pas parce que tout est comblé, mais parce que les fils ont su s’accrocher autour du manque.
C’est une matière légère, presque aérienne, et pourtant d’une grande solidité, parce que chaque point est en tension avec les autres.
Je ne plaque pas du plein sur du vide
Mais je travaille avec le vide,
Je lui donne une place, une forme, une lisibilité, un souffle
C’est cela qui permet à la mémoire de ne pas s’effondrer.
La dentelle ne cache pas, elle révèle et  laisse voir à travers, elle laisse passer la lumière.
C'est peut-être cela, au fond le geste de l'étrange couturière ?

Faire tenir une histoire sans en effacer les absences, laisser apparaître la vie dans ce qui a été troué.

Je suis une couturière qui tisse une étrange dentelle

Une dentelle fragile et solide
Fine et aérienne
Le vent la porte vers le ciel où elle se pare de poussières d'étoiles
Celles de six millions d'âmes.

BH

J'ai trouvé là une langue qui m'est propre, à la fois fidèle à la mémoire de la Shoah et profondément tournée vers la vie, une écriture qui ne recouvre rien mais qui relie, qui élève, qui transmet, et dans laquelle mon geste est guidé, sans tremblement, il devient alors lui-même un acte de confiance, presque une bénédiction en mouvement.

Judit
Crédit photo @brigittedusch







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Nota bene

Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.

Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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