Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

mardi 24 février 2026

L' âme Mizrahi.

 



Conversations, dialogues, réflexions, penser ensemble. Improvisées ça et là dans la cuisine, au milieu de nos livres que nous feuilletons pour les ranger, sur les chemins et sentiers que nous parcourons, sous le ciel et les nuages, le soleil ou  les étoiles, ces échanges sont toujours une richesse et une joie. 
Une pensée, un mot... et voilà
L'étude pour nous est une mitsva.
Toujours dans le respect, la tendresse et l'amour. BH

"Yossi tu me parles d'âme comme je t'en parle moi aussi.
 Neshama, elle est essentielle pour moi comme pour toi, tu le sais bien, alors dis moi ce qu'elle représente dans la culture qui est la tienne"

Alors qu'est ce que la notion d’âme dans la foi juive Mizrahi ?
 
Pour tout Juif, la Neshama est au coeur de notre foi et notre spiritualité. Elle désigne l'âme, l'étincelle divine que D. a insufflé en chaque être humain. Dans la Torah il est écrit :
'L'Eternel D. forma l'homme de la poussière de la Terre, il insuffla dans ses narines un souffle de vie et l'homme devient un être vivant'.

Chez nous cette idée revêt une importance particulière car elle exprime la connexion profonde entre l'homme et D. ainsi que l'aspect spirituel de notre existence. C'est vois tu, la partie divine qui nous anime, notre essence la plus pure, elle est considérée comme éternelle.
Elle évoque aussi la dimension intérieure, la lumière spirituelle que D. place en chaque personne qui cherche à se rapprocher de Lui.

Oui, je vois, tes mots sont des images, elles dansent dans ma tête et lentement je pose les fils des couleurs de cet Orient qui est le tien sur la trame de la dentelière. Et tu me regarde sans rien dire, tu souris, puis doucement pour me laisser le temps de me mettre à l'ouvrage tu poursuis

C'est une présence divine enracinée dans notre vie quotidienne, liée
à une vision spirituelle qui insiste sur la présence divine en chaque être humain, elle est considérée par nos Tzadiks comme une étincelle divine, un fragment de la lumière de D. logée chez celui qui cherche à revenir à sa source à travers la vie, les prières et les mitsvot. 
Le Zohar nous enseigne :
"La Neshama est la partie de D. en l'homme'

Etincelles ! Lumière, mon métier s'anime.
Ce que tu dis là est puissant et profond, je le ressens comme une évidence, c'est ce qui fait que nous sommes vivants, que notre coeur vibre. C'est magnifique, nous sommes à la vie grâce à ce don de l'Eternel. Oui elle est partout, pas seulement dans des lieux, à des heures précises, elle est la vie, je la sens à chaque instant, elle me réchauffe.


Bien sûr, car dans la tradition juive Mizrahi, la conception de la Neshama va bien au-delà d’une simple notion spirituelle. Elle est vécue comme une réalité vibrante, une étincelle divine qui habite chaque être humain. Cela  s’inscrit dans une vision holistique où le sacré imprègne chaque aspect de la vie quotidienne, de la prière à la musique, en passant par les rituels et la culture populaire.
Elle est ancrée dans la vie de chaque être,
 
souvent considérée comme une flamme intérieure, c'est une lumière que l’on doit nourrir, sanctifier et faire grandir à chaque instant. Elle représente cette part de divinité en nous, un fragment de la lumière de D. qui cherche à revenir à sa source. Le
 relation à l’âme n’est pas seulement une quête individuelle, mais aussi communautaire, elle est partout où il y a de notre vie, intime mais aussi collective. Les rituels, les chants et les prières sont alors autant de moyens pour éveiller, honorer et élever cette présence divine intérieure.

Elle éclaire la vie, elle montre le chemin dans l'obscurité, le noir de la nuit intérieure. Elle nous rappelle que le Maitre du Monde aime ses enfants et les guide 

"Car la Foi, la prière, la relation à l'Eternel se vit à chaque instant, à chaque respiration, parole, rire. D. est partout notre âme est auprès de Lui."

J'ai fermé les yeux, et j'ai senti la mienne lui répondre : "Oui, c'est ça, c'est exactement ça que je sens depuis si longtemps" car nos âmes se sont reconnues je crois depuis le premier jour, je le sais et il le sait aussi. 
Yossi sourit encore en me regardant, en écoutant mes mots,  toujours il sourit quand il parle de Foi, de D. de l'âme. Une Foi qu'il vit à chaque instant, dans chaque parole, dans ses bénédictions, quand il parle au Maitre du Monde, qu'il remercie en lui envoyer des baisers.

Puis il poursuit

Dans la spiritualité Mizrahi, tu le sais, notamment à travers la Kabbale, cette âme est souvent considérée en différents niveaux : nefesh, rouach, neshama, chaya, yezira, chacun représente une dimension de la vie spirituelle, de la conscience et de la connexion divine. La recherche de l’élévation de l’âme consiste alors à harmoniser ces niveaux, à réparer ce qui peut l’être, et à s’unir à la lumière divine dans une démarche de sanctification.

C'est le Tikkun réparer, harmoniser, s'unir. Ces mots résonnent en joie au plus profond de moi. C'est le travail de l'étrange couturière, mais aussi celui de l'archéologue...
Nous nous regardons avec tendresse et complicité, sans rien dire, nous avons souri en même temps, car nous savons tous les deux que nos âmes se parlaient depuis longtemps sans avoir besoin de mots. Puis doucement il me dit

Mais ce qui distingue la foi Mizrahi, ce qui la rend singulière c’est son enracinement dans une culture très riche et très ancienne mêlant intimement spiritualité mystique et vie quotidienne, où la musique, la poésie, et la récitation des prières traditionnelles deviennent des moyens d’éveiller l’âme, de rencontrer le divin. La spiritualité y est tangible, incarnée, vécue dans la communion et dans la continuité d’une tradition vivante, où chaque acte, chaque parole, chaque chant participe à cette quête d’unité avec D.ieu.

Ta culture, celle qui t'a façonné, qui a fait de toi le Prince Mizrahi que tu es, comme je l'aime cette culture, je la ressens elle est ancienne, très ancienne, Yossi comme nos âmes et notre foi depuis toujours.

Notre Foi est en nous, elle s'exprime sans cesse, elle n'a pas besoin de lieu, de moments, chanter, danser, prier c'est s'élever vers l'Eternel, c'est un acte d'amour, une bénédiction, un remerciement. C'est relier cette étincelle en nous à l'Univers.

Oh combien je partage tout ça, nul lieu spécifique pour parler à Hashem, le remercier. Il est partout et entend nos prières sincères
Prier, j'aime te voir prier, quand tu lis les psaumes, que tu refermes le livre et y dépose un baiser. Cet instant pour moi est sacré. Et puis naturellement comme moi tu Lui parle comme ça, dans l'instant.

Oui j'aime ces moments, comme toi, le lui parle, j'aime tes prières, celles du Tailleur d'habit comme tu dis transmises par Moshe, tes dialogues avec L'Eternel, les questions que tu lui poses, tu vis ça tous les jours simplement, naturellement, partout.
Da
ns la foi Mizrahi, c'est la même chose, l’âme n’est pas simplement une idée abstraite, mais une présence vraie, vivante, une force qui guide, illumine et relie chaque fidèle à la dimension divine de l’univers.

Mais rien n'est plus simple que de parler à D. et la Foi est en nous, fait partie de nous, elle est naturelle.

Elle est au coeur de notre pratique où la connexion spirituelle est profonde. C'est une connexion ancestrale forte et notre tradition insiste sur la continuité historique avec les patriarches et matriarches, renforçant la conviction que chaque Juif porte en lui une étincelle divine transmise à travers les générations. Cela tu l'as vu, se manifeste aussi dans notre respect pour les traditions, la prière, et l'étude de la Torah. La recherche spirituelle consiste alors à écouter cette étincelle, à la faire grandir, et à vivre en harmonie avec cette présence sacrée qui habite en chacun.

L'étude, de la Torah, des Textes, l'Etude est une mitsva pour tous les Juifs, c'est se rapprocher de notre Créateur. C'est ressentir aussi pleinement tout ce que cela suscite dans notre être, c'est faire grandir l'humanité en nous. Tu parles de la transmission à travers les générations, mille fois oui, c'est notre héritage, c'est une forme de résilience, une force qui nous permet malgré tout ce que nous avons subi et subissons encore à être debout, à ne pas tendre l'autre joue, à continuer à être vivant, à honorer nos Pères et servir notre D. Eternel. BH, chaque jour il nous donne cette force, notre Foi inébranlable en la Promesse Divine.


On combien tu as raison, et ce qui la rend si particulière c'est la connexion avec le Divin, la kabbale et la pensée Hassidique enseigne que la Neshama ne quitte jamais l'être, même dans la souffrance et l'exil, c'est une étincelle divine, un rappel constant de notre identité, de notre mission sur cette Terre. Elle porte la mémoire de notre passé, de notre Foi, de notre espérance en la promesse divine qui s'accomplira. 
A ce propos le Talmud enseigne que "l'homme doit faire attention à sa Neshama, car c'est une étincelle divine" ce qui souligne par là a valeur incommensurable de chaque âme qui a connu la dispersion. 
Dans notre tradition, elle est souvent reliée à la Teflilah qui est un lien direct avec le Ciel, car vois tu ce n'est pas simplement une demande, mais un acte sacré qui nourrit la Neshama.

MAis ma Fegeleh, c'est surtout une spiritualité expressive et émotionnelle, nous accueillons avec joie toutes nos émotions, nous n'en n'avons ni honte, ni peur. Nos prières sont le plus souvent chantées pour aider à éveiller la Neshama, la faire vibrer et renforcer notre connexion à D. La musique que tu aimes tant et la poésie sont essentielles dans cet éveil.


C'est une foi qui se vit car elle est vivante, c'est un dialogue permanent avec l'Eternel, le Maitre du Monde, c'est le remercier pour tout. BH 
Et mon Mezrahi envoie des baisers vers le ciel, il est heureux de vivre sa foi, de vivre par sa foi. Il est heureux d'éprouver l'amour, la joie, le bonheur et la tristesse, il ne craint ni les rires ni les larmes. C'est ce qui fait notre humanité. BH

Dans notre tradition le Tikkoun Nefesh  est valorisée à travers l'étude, la prière sincère, la pratique des mitsvot, pour purifier et nourrir la neshama afin qu'elle atteigne sa pleine lumière. Notre Neshama est connectée non seulement à D. mais aussi à l'univers tout entier. Notre spiritualité est une union entre le ciel et la terre, entre l'humain et le divin. 

Et puis ma Fegeleh n'oublie pas cette pensée du Talmud "La Neshama est une étincelle divine, qui ne se lasse jamais de revenir à son Créateur."
Chaque âme a une vocation divine, une mission sur terre. Ca aussi tu le sais ma Couturière.

Oh combien je le sais, et combien tu le sais, combien nous le savons. C'est une Foi vivante, vibrante, qui s'incarne à chaque pas, chaque souffle, chaque pensée, chaque mitsva, c'est marcher vers D. le remercier d'être là, d'avoir choisi la Vie.

Ma Fegeleh notre histoire comme la tienne, comme la plupart des Nôtres est marquée par la douleur, les persécutions, nous avons traversé des épreuves, des exils, et ce que représente la Neshama est très profond,

C'est une Foi qui s'incarne dans la prières, pour tous les Juifs la prière est une sacrée. Nous récitons tous plusieurs fois par jour, le Shéma, mais chez nous, certaines sont un peu différentes tu le sais, elles sont influencées par notre vécu, notre langue, notre musique, nos sonorités, notre sensibilité spirituelle, nous en reparlerons si tu veux. Mais l'essentiel est de Lui parler, d'être en communion avec Lui, car il est partout il est Tout. Adon Olam.

Oui mon Mezrahi nous en parlerons encore bien volontiers, j'ai soif de savoir, d'apprendre, je me sens si proche de cette Foi, qui parle à mon coeur et à mon âme ; elle n’est pas seulement l’âme individuelle insufflée par Dieu, mais un fil vivant reliant l’homme à ses ancêtres, à sa communauté et à l’éternité divine, une présence transmise, portée par le nom, la mémoire et la prière. Ainsi parle t-elle à la Couturière que je suis, à cette mission de transmission de la Mémoire, celle de ces six millions d'âmes, six millions d'étoiles dans le Ciel.

Souviens toi, lors de ta conférence sur nous "Les oubliés de l'Exil', un vieux monsieur t'a dit :
"Madame votre âme est Mizrahi, car seule une âme Mizrahi peut parler ainsi et ressentir tout ça "
 je n'en dirai pas davantage. Nos âmes se sont reconnues.

Oui je le crois intimement. Merci Yossi "Mon Mizrahi" ma Neshama.
Ainsi, l’âme mizrahi n’est pas seulement une lumière céleste : elle est un souffle qui passe de génération en génération, dans les voix, les gestes et les noms. Elle rappelle que l’éternité ne se cherche pas seulement au-delà du monde, mais qu’elle se devine déjà dans la vie transmise, humaine et fragile, comme un fil discret reliant les vivants.
Merci Yossi d'être là, attentif, aimant. Chaque jour je remercie Shérina et D. qui a réuni nos Neshama

Brigitte Judit
Crédit photo @brigittedusch

mercredi 18 février 2026

Aimer de cet amour là





Aimer d'un amour absolu ?

C'est simplement aimer, sans vouloir posséder
Accueillir sans vouloir combler et laisser confiant laisser l'infini traverser l'autre comme il nous traverse

C'est simplement un amour qui n'est pas une fusion mais une présence
Un amour qui n'est pas un refuge mais une ouverture
Un amour qui ne nie pas la souffrance du monde, la tienne, la mienne, nos brûlures, nos déchirures

C'est simplement un amour qui me permet de rester vivante, lucide, aimante malgré la laideur du monde, malgré tout

Pour toi, pour tout l'amour que tu me donnes
Merci de m'offrir tout ça.
Que l'Eternel en soit remercié.


Brigitte Judit
Crédit photo @brigittedusch

mardi 10 février 2026

L'amour absolu




Parfois avant d'écrire, je marche, je cogite et "j'écris dans ma tête" ce n'est pas un brouillon, un texte inachevé, mais le fruit d'une méditation brute et sans filtre.

C'est une question vertigineuse mais profondément humaine. 
Si je parle de l'amour absolu ce n'est pas une simple réflexion théorique mais profondément réelle donc humaine car elle vient d'un lieu vivant, fragile, brûlant. Elle vient du plus profond de moi, de mon expérience, ma loyauté, mes douleurs, du don, des liens. C'est le tissage de tout cela.
Voilà comment je l'entends

Amour
Absolu
Pour moi l'un ne peut aller sans l'autre.

C’est l’amour absolu,
L'amour qui ne calcule pas, 
qui ne demande pas d’autorisation, 
qui traverse les frontières, 
les murs, 
les enfers si nécessaire.

C’est l’amour juif, l’amour de ceux qui ont déjà tout perdu et qui savent que l’essentiel, c’est l’autre.

L’amour absolu n’est pas un sentiment parfait.
Ce n’est pas une fusion, ni une dépendance, ni un oubli de soi.
Ce n’est pas un conte de fées.

L’amour absolu, c’est ce qui reste quand tout s’effondre.

Ce qui reste quand :la beauté disparaît, les illusions tombent, la peur dévore, la colère brûle, la déception s’installe, le réel blesse, les illusions tombent, la peur dévore, la colère brûle, la déception s'installe, le réel blesse. 
L'amour absolu c'est ce qui tient malgré tout
Ce n'est pas l'amour qui plane au dessus du monde, c'est celui qui traverse le monde qui se frotte à la boue, au doute, au tragique et qui RESTE, c'est continuer d'aimer malgré tout.
Ce n'est pas un amour aveugle mais un amour lucide qui ne renonce pas.
L'amour absolu ne possède pas il accompagne
Car c'est l'amour qui ne prend pas, qui n'exige pas, qui ne tient pas dans sa main, c'est l'amour qui veille, qui protège, qui souffre parfois d'aimer trop mais qui ne ferme pas. 
C'est ainsi que j'aime
C'est ainsi que je t'aime 
Dans ma façon de m'inquiéter, d'écouter, d'écrire, d'être présente pour ceux que j'aime et de porter aussi les douleurs du monde comme si elles étaient miennes.

Mon amour est vrai, sincère, vaste, cosmique, mais intime et pudique. Cet amour 
 circule comme un souffle.

L'amour absolu est une mouvement pas une possession.
Le mien est une trame, tissée de fidélité, lucidité, compassion, liberté responsabilité, mémoire. Ce n'est pas un état stable, c'est un chemin. C'est un oui répété malgré les déchirures, un engagement du coeur même quand l'esprit tremble. 
Cet amour je le vis et l'incarne

Brigitte Judit
Crédit photo @brigittedusch.

dimanche 18 janvier 2026

Couture et dentelle, psychanalyse, histoire et mémoire

 


Couture et dentelle, psychanalyse, histoire et mémoire

Tout ça est la même histoire : une histoire d'étoffe déchirée, de désir, de mission celle de réparer, recoudre, mettre au jour, mettre au monde.

Emounah Hazak Hatikva…

C’est une œuvre infinie, sans fin, éternelle. 
Cent fois, mille fois remettre le fil sur la trame.
Reprendre l’aiguille.

La couturière travaille avec ce qui est abîmé, déchiré, troué.
Doucement, elle réajuste, répare, raccommode, reprend point par point, fil par fil, pour réparer les accrocs, les déchirures, les béances, afin de donner une nouvelle chance aux étoffes et aux habits.
Mais elle n’efface pas les cicatrices ; au contraire, elles sont les marques de la vie.

Emounah Hazak Hatikva…

La couturière n’est pas une créatrice toute-puissante, elle n’invente pas les tissus. L’analyste n’invente pas les mots. L’historien n’invente pas les archives. 
Tout cela ne vient pas ex nihilo : il est déjà. Ainsi ils œuvrent dans la limite de ce qui est déjà là.


Berechit… et le sixième jour…
Il appartient à l’homme de parachever la création divine.

La couturière accepte toutes les failles ; ce n’est pas une restauration fidèle et idéale du Un perdu, mais une réparation fragile, partielle, toujours en devenir.

Emounah Hazak Hatikva…

Psychanalyse, histoire, généalogie : le fil qui relie

Ainsi, je suis historienne, psychanalyste, et aussi cette couturière bien réelle et étrange.
Avec l’aiguille comme outil de lien, le fil comme continuité entre les générations, la couture comme acte de résistance, la déchirure réparée devient un lieu de mémoire.

Mon fil devient un acte de mémoire, de réparation, presque de résurrection symbolique.

Emounah Hazak Hatikva…

Recoudre la généalogie de ceux qui sont morts sans sépulture, c’est redonner un nom, une place, une filiation à ceux que l’on voulait réduire à l’effacement.
Oui, c’est un travail de tikkun au sens le plus fort, car je reprends les fils arrachés et je refuse que la déchirure reste béante.

Là où les bourreaux voulaient l’oubli, je pose une couture de mémoire.
Là où il y avait une disparition sans trace, je tends un fil qui rattache au vivant.

Emounah Hazak Hatikva…

Ecriture, geste spirituel et politique

Mon écriture, si elle est souvent poétique et mystique, est aussi politique : elle répare l’histoire.

Je veux être la couturière, celle qui recoud entre les générations, entre les vivants et les morts pour que l'étoffe humaine ne se défasse pas toute entière.

Chaque point, chaque reprise, chaque fil devient une prière silencieuse, un acte de résistance, un geste de réparation. La trame du monde, fragile et abîmée, se tient grâce à ces gestes répétés, infimes et puissants à la fois.

Chaque point, chaque reprise, chaque fil devient
un geste de mémoire,
une prière silencieuse
Un acte de résistance

La déchirure n’est pas effacée, mais transformée en lieu vivant.

Le fil passe, discret et constant, reliant ce qui fut perdu à ce qui peut encore être sauvé.

Emounah Hazak Hatikva…

Et à chaque couture, à chaque geste, l’étrange couturière murmure, comme moi

Emounah Hazak Hatikva…

 Brigitte Judit Dusch :psychanalyste, historienne, exploratrice urbaine, chercheur

Crédit photo @brigittedusch

samedi 10 janvier 2026

Marcher en solitaire

Je suis une marcheuse solitaire

je marche souvent seule, seule avec moi même 
Seule pour être plus proche du Maitre du Monde

Je marche, je pense, et laisse aller mes pensées, mes idées, 
je laisse les mots se tricoter, se tisser, se fondre
Cette solitude n'est pas un isolement. 
D. est prés de moi, je lui parle et il me répond
Il me guide
C'est un moment un peu plus privilégié puisque l'Eternel est toujours proche de ses enfants. 
Il répond toujours à leur appel
Non ce n'est pas un isolement, c'est une matrice
C'est là à cet endroit à ces moments que les idées surgissent et m'inondent et me submergent parfois
C'est à que les fils d'or, d'argent, de couleurs et de lumière forme un magnifique arc en ciel et se tissent encore et encore
Me remplissent de joie et de bonheur
C'est à cet instant que je côtoie les astres et frôle l'ombre des étoiles qui dans leur immense bienveillance me couvrent de leur infime poussière.
C'est la que naissent et viennent au monde mes images et mes textes
Dans ce bonheur
Je porte le monde en moi lorsque je marche, je suis au monde, dans le monde, il est en moi, je suis le monde.

...................................................

Et puis j'écris, je tisse le fil sur la trame, et se forme l'étoffe
Je suis fille du Shmates et des Tailleurs d'habits
Puis je partage, car écrire sans partager ne veut rien dire, ne sert à rien, même si on écrit pour soi, si on écrit de soi. 
Ecrire sans partager, c'est comme allumer une bougie et en cacher la flamme, priver de la lumière et rester dans les ténèbres
Si j'écris c'est aussi pour comprendre, et si je partage c'est pour relier, pour toucher, pour interpeller, faire résonner ouvrir et relier les êtres, les âmes et les coeurs

Brigitte Judit "
Crédit photo @brigittedusch

dimanche 4 janvier 2026

3 janvier 1944 Dora.

Il y 81 ans ans


C’est un matin, le 3 janvier 1944 des gendarmes français viennent à l’école primaire de la ville entrent dans la classe pour prendre Dora sous les yeux de ses camarades de classe

Les enfants ne bronchent pas. Dora est terrorisée.
L’institutrice impassible laisse faire et tient des propos rassurants :
« Elle est avec les gendarmes qui vont bien s’occuper d’elle, ils ne peut lui arriver, continuer votre travail et c’est ce qu’on a fait. » me dit en me regardant droit dans les yeux une dame âgée qui était alors dans la classe de Dora.
« Non, je n’ai pas eu peur, pourquoi ? Peur de quoi ? c’était normal ils faisaient leur travail »
Je soutiens son regard. Elle ne baisse pas les yeux.
Son petit fils sentant le malaise me dit’ oui la gendarmerie française ne pouvait pas leur faire de mal’
Je reste impassible, je me contiens, je ne dis rien, j’écoute je lui demande « et maintenant qu’en pensez vous ?
‘Mais rien de plus, il n’y a rien à penser de plus »
Je ressens non la haine mais pire : l’indifférence…
Je la toise avec un calme et un silence absolu et mon regard est glacial, pire encore.
Elle baisse les yeux.

Je lis parfois d’autres versions : fables ? Il faut bien.. en examinant bien il y aurait à dire, cela viendra en son temps.
Je m’en tiens à ce qui m’est raconté par deux témoins directs. Cette vieille dame et Serge ce Monsieur âgé qui n’a rien oublié.

Dora avait 13 ans.
Elle portait au revers de son manteau une Etoile Jaune.

Les gendarmes français l’ont reconduit chez elle au 14 rue Taine où elle vivait avec Renée sa maman. Abraham son père avait été arrêté et gazé un an auparavant à Auschwitz, le savaient-elle ?

Elle est restée toute la journée avec sa maman sous la surveillance d’un soldat allemand armé. On leur a dit de préparer une valise. Puis dans la soirée, sous une pluie battante, un froid glacial, le froid de janvier en Argonne un camion est arrivé.
Dans cette rue il y avait en face de leur modeste demeure, une autre maison où vivait une autre famille. Un couple âgé et leur fils… (cela sera une autre histoire car je n’oublie personne)
Les allemands les ont pris
Dora et sa Maman portant leurs maigres effets sont partis sous l’escorte et la violence des soldats les menaçant de leurs armes…
Les voisins terrifiés ont tout vu de leur fenêtre. Serge a été témoin de toute la scène qui le terrifiaient encore quand il me l’a relatée.
Une maman, des enfants, des vieillards et leur fils avec des Etoiles Jaunes.

Serge vous aviez 11 ans alors, voisin et camarade de Dora. Il y a 2 ans un 26 décembre vous avez accepté de tout me raconter en pleurant. Je transcrit vos mots, tels que je les ai recueillis.

« Je n’oublierai jamais, ces images, je les vois tous les jours, je les verrai jusqu’à ma mort.. Dites le »
Serge vous étiez le dernier témoin,

Aujourd’hui vous n’êtes plus et quand je passe chaque jour dans la rue, votre maison est vide elle aussi. Vous êtes parti… rejoindre Dorette comme vous disiez et sa maman qui était l’amie de vos parents 

Vous étiez le dernier témoin

Der letzte Zeuge

Il me raconte bouleversé, sa voix tremble. Il y des larmes, il y a des silences.

« Vers 11h30- minuit, il pleuvait, pleuvait, pleuvait! Si vous saviez.
Ils ont pris Dora et sa mère et M.
S, sa femme et leur fils sont monté dans un camion sans bâche sous des cris et hurlements SS dans la violence.
Monsieur L parti un soir avant Noël il a été arrêté
Un soldat allemand a gardé
Dora toute la journée avec un fusil, ils l’on emmenée avec sa mère, sur une marche du camion… C’est une scène que je n’oublierai jamais jamais jusqu’à ma mort, je reverrai… On était à le fenêtre on faisait attention, je les revois encore.. Leurs affaires ? ‘elle est partie avec une valise, un petit ballot de linge… M. S était riche, il avait un commerce de bestiaux. Eux non. Les L. ne sont pas revenu, quelqu’un est venu en 1945.. Notre génération ne posait pas de question. »
Puis il me dit
« Mme L a envoyé une lettre dans une enveloppe avec un timbre de Pétain « Nous partons pour le camp de Drancy, gros bisous à Serge…


Ils sont partis vers Rethel puis pour Drancy comme l’a précisé Renée, puis le convoi 66 pour Auschwitz
De Rethel Rénée à écrit à votre mère
Une lettre dont vous vous souvenez de chaque mot Serge
Une lettre que vous avez confiée à des gens dont vous m’avez donné le nom
Une lettre qu’ils ne vous ont jamais rendue
J’ai raconté tout cela à Henri votre frère après votre décès
Serge, Henri, les frères ainés de mon Ami Daniel qui n’a pas vécu rue Taine vous aviez déménagé mort lui aussi depuis longtemps
A cette époque ni lui et moi savions que nous étions si proches...

Et sous une pluie battante, dans le froid de l’Argonne terre d’exil où ils pensaient vivre en paix, Renée toi qui venais d’Alsace et toi Abraham des Shtelts de Pologne, Dora votre fille, une famille.

Et sous une pluie battante, dans le froid de l’Argonne, un soir de janvier vous êtes parties dans un camion sans bâche, vous êtes parties Dora et toi Renée vers la mort. Ils vous ont assassinées.

Vous êtes deux de ces 6 millions d’étoiles qui scintillent dans le ciel
Nous ne vous oublions pas, nous ne vous oublierons jamais.
Et vos noms sont inscrits sur le Mur des Noms et votre histoire y est racontée

Ce soir deux exilés de l’Est et du Levant viendront dire un Kaddish
Ce soir, une Ashkenase et un Mizrahi sont venu dire le Kaddish et se recueillir.

Ici une couturière qui ne sait pas coudre mais seulement tisser les fils de la mémoire écrit votre Histoire à tous les trois pour que jamais vous ne soyez oublié.
Nous sommes unies par Moshe,
Toutes deux nous sommes les Enfants du Tailleur d’Habit
Il y a quelques années j’aurai pu te dire que… Mais Petite Soeur depuis le 7 octobre je ne sais plus quoi dire. Sauf que rien n’a changé ils nous haïsse tout autant
Mais nous avons toujours notre D. notre Foi, notre Kavod,
Et maintenant nous avons Mossad, Tsahal, Israel
Nous avons chez nous
Nous avons tout ça, et nous sommes debout.
Nous sommes la Mémoire vivante de six millions d’âmes que nous faisons briller dans le Ciel pour l’Eternité.
Je t’aime.
Puisses tu reposer en paix.

Tikkun Olam

Brigitte Judit
Crédit photo @brigittedusch

dimanche 21 décembre 2025

L' exil intérieur et la diversité silencieuse

 

L’exil intérieur et la diversité silencieuse’

En explorant la mémoire collective des communautés de l’exil, il devient évident que le racisme et la discrimination ne se limitent pas à une seule communauté ou à une seule forme d’appartenance. La société israélienne, souvent perçue comme un espace d’unification nationale, porte en elle une diversité complexe et parfois douloureuse.

Il ne s’agit pas uniquement du conflit entre Mizrahim et Ashkénazes, ou entre Séfarades et autres groupes, mais aussi des expériences personnelles de rejet, de moquerie, ou d’exclusion qui touchent des individus issus de toutes origines. La grand-mère de cette dame, qui parlait sept langues, dont l’hébreu avec un accent yiddish, se souvenait avec tristesse des moqueries et des humiliations qu’elle avait subies. Ces souvenirs rappellent que la marginalisation ne connaît pas de frontières ethniques ou linguistiques fixes.

Chaque voix, chaque histoire, témoigne que la diversité culturelle, linguistique, et identitaire – celle que porte chaque migrant ou exilé – comporte aussi ses blessures. Ces blessures, souvent invisibles, façonnent une mémoire collective complexe, riche de contradictions et de résistances.

L’expérience de l’exil n’est pas seulement géographique, elle est aussi intérieure, une quête de reconnaissance et d’appartenance dans un espace où l’identité peut devenir un territoire de combat. Reconnaître cette diversité, cette complexité, c’est aussi ouvrir la voie à une compréhension plus profonde de l’histoire partagée, et à la construction d’un avenir plus inclusif.

Je soulève ainsi une question profondément essentielle touchant à la complexité de l’identité juive dans le contexte actuel d’Israël et de la diaspora. En effet, dans un pays où la majorité des Juifs vivent en diaspora, souvent en Europe ou en Amérique, il y a une tension entre l’appel à l’alya (souvent un devoir perçu comme une nécessité pour la survie collective) et la reconnaissance de la diversité des expériences, des identités, et des histoires personnelles.
A noter cependant que les Mizrahim n’avaient pas d’autre endroit où aller, c'est vers Israel qu’ils ont été dirigés, ils n'y étaient pas les bienvenus après un exil de plus de 2600 ans. Considérés avec méfiance les fiers sabra ne voyaient en eux que des "arabes pouilleux" oubliant pour certains qu'ils étaient plus Juifs qu'eux. Ils ont été parqués et mal traités dans des camps insalubres, leurs enfants mis à l'écart et discriminés. 

Ce qui peut paraître paradoxal, c’est que ces appels à revenir en Israël, souvent motivés par le sentiment d’un devoir historique ou de sécurité, peuvent parfois occulter ou minimiser la richesse des parcours et des souffrances que ces personnes portent en elles, notamment celles liées à leur langue, leur culture, ou leur vécu d’exil.

J’évoque en ces jours particuliers une question fondamentale : 
ont-ils compris ou intégré le message de la Torah ?
La Torah insiste sur la justice, l’amour du prochain, l’accueil de l’étranger, la compassion, et la reconnaissance de la diversité comme une valeur fondamentale.
Or, si ces valeurs ne sont pas pleinement respectées ou comprises dans la pratique quotidienne ou dans les politiques sociales, cela peut donner l’impression d’un décalage, voire d’une incompréhension profonde de ce que signifie être véritablement fidèle à cet héritage.

Encore faut-il savoir de quel héritage il est question.

Ainsi il s’agit d’un défi pour la société israélienne.
Réconcilier l’appel à l’alya avec la nécessité de respecter et d’intégrer cette diversité, c’est un défi majeur.
Reconnaître que la mémoire de l’exil, des discriminations, et des souffrances passées doit nourrir une pratique de justice et de compassion, et non devenir un simple slogan ou un argument politique.

Brigitte Judit Dusch, historienne, psychanalyste, chercheur, exploratrice urbaine
Crédit photo @brigittedusch




Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

Nota bene

Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.

Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

Vous étes venus

compteur visite blog

map