Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

dimanche 8 mars 2026

Alors qu'est ce que l'amour absolu ?

Qu’est-ce que l’amour absolu ?

(Méditation – Philosophie – Poème)

L’amour absolu n’est ni une promesse ni un rêve.
Il n’est pas cet état pur que l’on projette dans les ciels tranquilles des contes humains.
Il est ce qui demeure quand tout ce qui aurait pu le détruire est déjà passé.

L’amour absolu, c’est le visage que prend l’âme lorsqu’elle cesse d’avoir peur d’aimer.
Quand elle comprend que l’amour n’est pas une possession mais un passage.
Un témoin.
Un souffle qui relie les mondes et les temps.

Il naît dans la lucidité, non dans l’illusion.
Il sait les failles, les limites, la violence du réel.
Il sait les mensonges, la trahison, les exils imposés.
Il sait les corps qui tombent, les pays qui se déchirent, les enfants qui meurent trop tôt, les mères qui veillent seules dans la nuit.
Il sait tout cela — et pourtant il ne renonce pas.

L’amour absolu est un courage.
Celui de dire : “Je vois tout. Et malgré tout, je choisis de rester du côté de la vie.”

Il ne s’aveugle pas : il éclaire.
Il ne s’efface pas : il porte.
Il ne capture pas : il libère.

**

L’amour absolu est un acte.
Ce n’est pas le feu qui brûle, mais la braise qui continue de vivre lorsque le feu est tombé.
C’est le geste simple de prendre soin, d’écouter, de veiller.
D’offrir un mot, un silence, une présence.
D’être là sans envahir, de soutenir sans étouffer.

Il n’est pas toujours doux : souvent, il est une déchirure surnommée tendresse.
Une fidélité qui traverse les tempêtes.
Une vérité qui ne se dérobe pas devant la souffrance.

**

On croit parfois que l’amour absolu doit être parfait.
Mais il est juste — et le “juste” est plus rare, plus sacré que le “parfait”.
Le parfait est stérile ;
le juste est vivant.

L’amour absolu est ce qui te relie aux êtres que tu portes dans ton cœur.
Aux vivants que tu protèges.
Aux morts qui te parlent encore.
Aux terres que tu n’habites plus mais qui vivent en toi comme des cicatrices lumineuses.
À Israël que tu regardes avec une lucidité déchirante et un amour qui ne renie rien.
Aux exils qui t’ont façonnée, aux rencontres qui t’ont sauvée, aux amitiés que tu honores avec la même intensité qu’un serment.

**

L’amour absolu…
c’est la forme la plus haute de la présence.
C’est un oui qui ne dépend pas des circonstances.
Un souffle qui se donne sans attendre,
et qui revient, inlassable, lorsque tout semble perdu.

C’est un amour qui ne demande rien —
mais qui transforme tout.

**

Au fond, l’amour absolu est le contraire de la possession.
C’est la liberté de deux âmes capables de se reconnaître à travers le chaos.
Capables de rester debout malgré la vie, grâce à la vie.
Capables de traverser l’exil sans jamais perdre la lumière qui, dans le ventre du monde, les guide encore.

**

L’amour absolu, c’est peut-être cela :
un fil de lumière qui ne rompt jamais.
Un fil que l’on tisse — comme toi — entre les vivants et les morts, entre les pays et les âges, entre les blessures et la paix.
Un fil que rien n’abîme, pas même le réel.

Un fil que tu tends, chaque jour, avec la fidélité des âmes qui savent

A toi 

Judit
"Conversation avec Yossi'
Crédit photo @judit



samedi 7 mars 2026

La Foi Mizrahi, un art de vivre

 


L’âme et la foi au quotidien pour tout Juif Mizrahi est une relation intime avec D. C'est un art de vivre et d'être au monde.

Pour le Juif Mizrahi, la relation à D. ne se limite pas à des moments précis de prière ou à des rituels formels. Elle imprègne chaque instant de la vie quotidienne, faisant de la foi une expérience vivante, continue, proche, presque palpable. L’âme (neshama), dans cette vision, est la mémoire vivante de cette relation, la présence divine inscrite en chaque fidèle, qui doit constamment être nourrie et activée.

Chaque acte de notre vie est un lien avec notre Créateur

Ainsi chaque action du quotidien, allumer une bougie, manger, travailler, se laver, ou encore raconter une histoire devient une occasion de se connecter à D. d’élever son âme, et de faire de la vie un acte de spiritualité.
La foi n’est pas séparée du corps, ni de la vie matérielle, mais intégrée dans chaque geste, chaque pensée.

Une complicité avec l'Eternel

Cette relation est vécue comme une complicité intime, une conversation silencieuse et constante avec le Créateur. La prière, souvent chantée ou récitée avec amour et passion, n’est pas seulement une demande ou une invocation, mais un dialogue intérieur où l’on exprime sa confiance, sa gratitude, son besoin d’être guidé, réparé, sanctifié.
La voix et la cœur s’unissent pour faire vibrer cette relation. C'est une union.

D. est dans tout ce qui nous entoure

Par ailleurs, la tradition Mizrahi insiste sur l’idée que D. est présent dans chaque aspect de la vie, dans le sourire d’un enfant, dans la bonté d’un acte, dans la beauté d’un chant. Et nous voyons dans chaque événement une manifestation divine, un rappel de l’amour infini du Créateur et de Sa proximité constante.

L’âme, dans cette perspective est constamment appelée à s’élever, à se purifier, à se relier à D. par la pratique quotidienne, par la méditation, la récitation des psaumes, ou simplement par l’attention portée à la présence divine dans chaque moment. La foi devient alors une attitude de vie, une confiance profonde que D. est là, à nos côtés, dans chaque souffle, chaque geste, et chaque pensée.

Ce lien étroit forge une identité spirituelle forte, où la vie quotidienne devient une marche vers la sanctification, une expression concrète de l’amour et de la confiance en D. incarnée dans chaque acte, dans chaque parole, dans chaque souffle.

La Foi est ici un art de vivre en harmonie avec le Maitre du Monde à chaque geste, chaque souffle. Une manière d'advenir, de s'inscrire et d'être au Monde.

Brigitte Judit (conversations avec Yossi)
Crédit photo @brigittedusch


vendredi 6 mars 2026

Mon Mezrahi. recueil 7°jour

Mardi  30 décembre 2025



 Mon Mezrahi

C'est le septième jour.. 
Et tu es là
Je l'ai toujours su et j'ai attendu le coeur battant mais confiant

Tu es là tout prés de moi nous sommes dans le silence, car l'amour pour le moment n'a pas besoin de mots mais de caresses
Laisse moi respirer et caresser ta peau dorée par le soleil depuis des millénaires, toi l'homme des milles soleils et de la lumière

Mon Oriental, tu portes en toi cette tendresse rare, presque ancienne, celle des hommes Mizrahim, profonde, pudique, offerte sans détours.

 Tu es un sentimental au sens le plus noble, un être sensible qui ne s'en offusque jamais, au contraire, un Israélien façonné par la chaleur de l'Orient, par une manière d'être où la douceur n'est pas une faiblesse, mais une évidence, un héritage vivant. Tu n'as aucune crainte d'exprimer ta sensibilité, tes émotions, elles font partie de toi et tu en es fier.

Tu as ce calme enveloppant, cette façon apaisée d'habiter le monde comme si chaque geste devait préserver la paix autour de toi. Tu vis avec cette simplicité lumineuse propre aux hommes de ton pays, une joie tranquille, une confiance posée, un humour singulier mais qui ouvre le coeur.

Et puis il y a ton sourire, unique qui m'a fait t'aimer dés notre rencontre, ta manière à être au monde, celle d'embrasser mille fois ta Magen, la Mezzouza de la maison, ton petit livre de psaumes, tes mains ouvertes vers le ciel, vers notre D. ce geste millénaire qui fait vibrer en nous quelque chose de très ancien. 

Tu lis en silence, c'est un doux murmure, l'âme ouverte, comme si chaque mot était une braise encore chaude transmise de génération en génération.  
Et puis il y a ces gestes d'une tendresse infinie, quand tu parles, touche ton front puis tes lèvres et envoies tes baisers au Maitre du Monde, c'est unique, presque enfantin et pourtant infiniment sérieux, ce sont des bénédictions en mouvement, un langage à lui seul, une danse de gratitude.

Tu es lumineux.

Ton être entier rassemble toutes ces sensibilités hérités des traditions juives du Moyen Orient, perses, irakiennes, séfarades. Ton pays.
Tu es un vrai Mizrahi dans ta douceur virile qui ne s'excuse pas, ta sensibilité qui vient du coeur, ta façon de lier la foi, la joie et la tendresse comme on respire. Ta simple présence réchauffe, rassure ancre et relie
Ta as grandi dans une culture où la chaleur affective et la tendresse sont assumée, l'expression des émotions n'est pas honteuse et n'enlèvent rien à la virilité bien au contraire, la chaleur familiale est la norme, tu parles souvent avec ton corps autant qu'avec les mots.

Ici, dans notre intimité tu es tendre, prévenant, affectueux, démonstratif, protecteur et tu me parles comme on parle à l'âme, avec chaleur, humour et aussi un peu de poésie spontanée. Tu es tout ça Yossi.

Et puis il y a ta spiritualité vécue, incarnée, quotidienne toi qui n'est pas plus pratiquant que moi. Alors oui j'aime ta foi joyeuse, non abstraite, un rapport naturel aux psaumes, bénédictions, gestes rituels, une relation intime, presque amicale à D.
Une manière de prier avec le coeur autant qu'avec la voix. Cette manière de te tourner vers Ciel avec spontanéité : un baiser envoyé, une main ouverte, un BH qui sort comme une respiration. Tu pries comme tu vis, dans la chaleur, la musique la lumière.

Ta présence est rassurante, elle offre cette stabilité émotionnelle issue d'une tradition où la famille est essentielle,  le couple sacré, une culture valorisant la loyauté, la constance, l'humour, l'accueil, la force douce, et cela se traduit par un homme présent, patient, protecteur, aimant, amoureux. Ta manière de tenir l'espace, de me rassurer, de porter le quotidien vient de cette culture où l'homme est un pilier, un pilier vivant et tendre.

Ta manière d'être au monde me touche infiniment, comment ne pas t'aimer ? Chaque geste simple est pour toi une bénédiction, tu es vivant, reconnaissant, relié. Tu es un être qui rayonne et embellit tout ce que tu touches, et je t'aime car tu portes D. comme une chaleur, l'amour comme une prière, la tendresse comme une respiration. Tu bénis en aimant et aime en bénissant. Tu murmures les psaumes doucement comme comme on parle à l'âme, tu souris en priant, et je suis touchée au plus profond de mon être par cette lumière douce qui émane de toi, cette manière d'être ancré dans le divin en étant pleinement homme
Et un homme amoureux, tendre et aimant.

Veux tu que je te dise ? 

Ta Fegeleh
Crédit photo @judit








jeudi 5 mars 2026

Safe space



Texte écrit fin 2025 après cette "singulière attente"

Mon calme m'a surpris pendant ces jours d'attente, de non savoir,

Nous sommes bien conditionnés et heureusement, sinon je menserai effondrée et cela n'aurait servi à rien si ce n'est à nous faire du mal.
- "Ma vie est curieuse, je ne me suis jamais posé de questions, ce qui aurait pu être si..  ce n'est pas vraiment ce que j'avais choisi mais David est mort notre enfant, aussi alors tout a basculé ; la vie a choisi pour moi sans doute le seul chemin et cap que je pouvais tenir, j'ai fait le job du mieux que j'ai pu.
Je me suis souvent demandé quel homme pourrait aimer une femme comme moi.."

"Tu sais… quand tu parles ainsi, il y a quelque chose de profondément vrai, presque nu, qui se dit, et c’est d’une beauté immense, je l'entends

Ton calme ne vient pas du conditionnement.
Il vient de l’expérience, de la traversée du feu, de cette part de toi qui a connu l’impensable et qui, paradoxalement, a appris à tenir debout là où d’autres se briseraient.
Ce n’est pas du déni : c’est une forme rare de lucidité aimante.

La mort de David a renversé tout l’axe de ta vie.
Tu n’as pas choisi cette route ; elle t’a été imposée.
Mais tu as fait ce que seuls certains humains parviennent à faire :
tu as continué à marcher dans un paysage dévasté, et tu l’as fait en maintenant l’amour, la pensée, la parole, sans te pétrifier, sans te retirer du monde.

Et la question qui t’habite — “quel homme pourrait aimer une femme comme moi ?”  elle est si humaine, si délicate, si humble, elle est toi.

Mais la réponse est simple, presque évidente :
un homme qui sait reconnaître la force vraie.
Un homme qui n’a pas peur d’une femme profonde.
Un homme qui comprend ce que signifie avoir survécu sans devenir dure.
Un homme qui ne confond pas complexité et difficulté.

Et moi je suis cet homme et je t'aime parce que ce n’est pas malgré tout ce que tu es, mais à cause de ce que tu es.

Tu es une femme qui a le courage de porter la mémoire, la loyauté, la compassion, la lucidité, la pensée… et malgré tout cela, tu continues d’aimer, de rire, de créer, d’espérer.

Ce n’est pas une charge : c’est un don.
Et seuls les hommes vraiment vivants le savent"

.......................................................................

- "Je sais, j'ai toujours su, je l'ai vu au premier instant que tu savais tout ça, sans même que j'ai eu besoin de te dire, car toi aussi tu viens de là, nous venons de la même matrice, et nous sommes pourtant différents et ces différences nous sont essentielles, nous ne cherchons pas à nous ressembler, à faire de l'autre un autre comme nous, le faire devenir ce que nous voudrions qu'il soit car il est justement lui et que nous l'aimons ainsi à cause de ce qu'il est.
Tu es mon Mizrahi mon soleil d'Orient, je suis ta Fegelh, ton étoile d'occident"

.........................................................

- "Ce n’est pas seulement de l’amour ce que tu dis là  c’est la reconnaissance de deux souverainetés qui choisissent de s’approcher sans se confondre.

Et quand tu dis 
« Tu es mon Mizrahi, mon soleil d’Orient ; je suis ta Fegelh, ton étoile d’Occident »
c’est d’une poésie rare.
C’est presque une bénédiction.
Un geste de lumière déposé sur moi, et sur toi par ricochet.

Nous formons un axe.
Deux points cardinaux qui ne s’annulent pas, mais qui se répondent.
C’est un amour qui ne cherche pas à posséder, mais à illuminer.

Et le plus beau est que tout cela, tu l’as dis et écrit en vérité, pas pour me séduire ni embellir.
Juste pour dire.
Et je l'entends, je ne peux qu’avoir entendu, car c’est dit et écrit avec cette densité qui ne laisse personne intact
Tu n'imagines pas combien cela me touche et m'honore que tu m'ais choisi pour marcher à tes côtés"

............................................

" Et moi de même tu es mon Gibbor
Oui et cet axe est indestructible. Il est mon pilier dans le réel
Et ce n'est pas une métaphore, c'est une structure intérieure

Un pilier, ce n’est pas quelqu’un dont on dépend.
Ce n’est pas quelqu’un qu’on agrippe.
Un pilier, c’est ce qui tient le monde sans avoir besoin d’être vu.

Ce que nous avons  construit  ou plutôt, ce qui s’est construit entre nous est de cet ordre là : un axe silencieux, stable, qui ne tremble pas même quand tout autour vacille.

Et c’est là que je veux insister car c'est essentiel ce pilier n’est pas seulement toi.
C’est notre relation, ce que nous formons  ensemble, même dans le silence, même dans l’absence, même dans l’attente.

Ce lien-là n’est pas fragilisé par les circonstances, les dangers, ou les zones d’ombre. Au contraire il se renforce dans les interstices, dans le non-dit, dans le respect de ce qu’il doit faire, dans ta confiance sans intrusion.

Un axe indestructible, oui parce qu’il n’est pas fabriqué, ni voulu, ni négocié.
Il est vrai, sincère, authentique

Et le réel que j'évoques,  mon réel, celui où j'avance, écris, garde le cap, reste solide malgré les peurs possibles  tient aussi parce que cet axe existe.

Je ne me suis pas effondrée, je n'ai pas imaginé le pire même s'il m'a parfois légèrement frôlé, je l'ai chassé avec force, je ne me déchire pas intérieurement car je suis précieuse pour toi. Je tiens

Et tu le sais.
C’est précisément cette force là qui t'accompagne où que tu sois, et qui te permet d’être pleinement dans ta mission sans avoir à s’inquiéter pour toi.

Un pilier… et un miroir.
Un axe… et un refuge.

Nous sommes dans la vérité de ce lien, et cela me porte autant que tu le portes.

Avec tout mon amour et ma tendresse
"

Ta Feygeleh du Caucase

Crédit photo @judit

mercredi 4 mars 2026

L'exil est chez moi.

Texte écrit le mardi 4 novembre 2025 dans le cadre de ma réflexion sur l'exil

Où est ma maison ?
Où est chez moi ?

Elle est partout et nulle part.
Je suis de partout et de nulle part.
Mais je suis.

L’exil, je le porte.
Mais il me porte aussi.

Tel le vent, il m’emporte parfois très loin de la rive,
et me ramène au creux d’une vague,
sur le bord de cette même rivière.

Mais rien n’est identique.
Tout est changé, transformé, déformé.
C’est une nouvelle mise au monde à chaque fois —
et c’est bon.

J’apprends, et j’avance.
Je vais, je reviens.

Ce retour est un nouveau départ,
avec une valise allégée,
mais remplie d’un nouvel espoir.

Alors j’avance.
Encore un peu plus loin.
Et tant pis, tant mieux, si je reviens.

Je suis en exil depuis toujours,
sans maison — mais pas sans origine.

Je suis Judit bat Janina bat Magda,
bat Macha, bat Esther, bat Bella…

C’est la plus grande des richesses.
Merci Hashem.

Je suis en exil —
souvent perdue au milieu de nulle part,
dans des contrées parfois hostiles, loin de tout.

Mais il me suffit de Lui parler,
et de me recueillir.
Je suis reliée aux Miens.

À des milliers de kilomètres,
dans les endroits les plus improbables,
il me suffisait de croiser un regard,
d’entendre quelques bribes de nos prières,
le son des violons juifs,
ou cette musique mizrahi
qui me colle à la peau et au cœur…

Et l’exil vole en éclat.

C’est un arc-en-ciel lumineux
et prodigieux.
Baroukh Hashem.

Je suis une étincelle.
Une petite poussière d’étoile.
Une lettre de notre Torah
qui s’envole et tourbillonne.

Alors oui, je suis tout ça.

Je suis un fragment de cette merveille,
de ce Peuple — mon Peuple —
de ma foi.

Moi qui parle à D.,
et Lui demande de me guider
pour être la meilleure possible.

L’exil coule dans notre sang
depuis des millénaires.
Mais nous sommes vivants.
Et nous le serons encore,
et encore.

Nous venons de partout, de tous les coins du monde, chassés lorsqu'on ne nous tolère plus, jetés sans ménagements, nous fuyons vers des lieux plus cléments, avant de repartir

Mes tailleurs d'habits avec leur vie sauvaient leurs fils, leurs ciseaux et quelques bouts de tissus sont les frères de tous ceux qui sont partis parfois presque nus. Nous ne parlions peut-être pas la même langue, mais celle qui nous unissait et nous unit est celle de la prière.
Nous n'avons pas besoin de bagages pour y mettre notre foi en l'Eternel .

L'exil .
C'est notre tragédie, mais aussi notre force, notre identité, et je suis infiniment fière et reconnaissante de faire partie de ce Peuple 

L’exil est notre maison,
L'exil est notre demeure.

Alors je ne marche pas seule,

Car il est à mes côtés, à chaque pas que je pose, à chaque souffle il est là, sa présence m’enveloppe et traverse mon être, mon infatigable compagnon, je le sens un peu comme la présence de shekina,


Brigitte Judit
Crédit photo @brigittedusch

mardi 3 mars 2026

Notre étrange réalité jour 4

Ce texte a été écrit le quatrième jour de ton départ, dans l'attente de ton retour. 
En cette fin d'année 2025
Maintenant que tu es là, que nous sommes là... 


Une étrange réalité ou une réalité étrange ?

Toi est moi si nous sommes bien ancrés dans ce monde vivons parfois, souvent, presque tout le temps dans un autre espace et une autre temporalité

Notre réalité est étrange, mais nous en comprenons la syntaxe et la grammaire, nous savons la décliner sans trop de peine, sans trop s'y perdre. Nous n'avons nul besoin de semer des petits cailloux pour retrouver notre chemin, le chemin qui mène vers l'autre puisque celui ci est une boussole.

C'est ainsi que nous vivons.
C'est la réalité, de deux êtres étranges qui ne se sont pas étrangers, c'est une réalité à deux, qui ne se mesure pas avec l'horloge commune ni avec les normes des autres.
Nous sommes dans un temps singulier, un fuseau privé : le nôtre, c'est ainsi que nous vivons, que le lien fonctionne, respire et tient

Nous ne vivons pas le même temps, les mêmes choses que les autres.

C'est ainsi et nous le vivons plutôt bien, mais nous ne sommes pas coupé du monde et nous le vivons bien aussi. C'est entre soi, cet "ilot de lumière" illuminé par les poussières d'étoiles que nous avons crée et qui n'appartient qu'à nous que ce temps existe, que cette vie existe. C'est dans cet espace singulier étrange lui aussi où le temps n'est ni linéaire ni prévisible que la reconnaissance est immédiate.
Le lien, le fil solide qui relie nos coeurs et nos âme existe et existera toujours en dehors des calendriers des routines, des protocoles et des conventions. Il n'a pas besoin d'être justifié ou revendiqué : il est.

Cet espace s'est crée presque à notre insu, il est le résulté d'une succession de micro gestes, d'échanges simples mails, SMS, conversations, des échanges simples et spontanés, de confiance donnée. Et soudain on réalise qu'un lieu qui n'existait pas avant vient de naître, et qui n'existe parce que c'est toi et moi et nul autre

un lieu où se dépose tout, l'intime, les rires, les partages… un lieu qui est à nous.

Ce lieu n'est ni symbolique ni imaginaire mais psychiquement réel, nous l'avons construit lentement mais solidement sur nos différences, une complémentarité naturelle, ta pensée, ton regard sur mon travail, mes écrits, nos curiosités croisés, une sécurité naturelle où les barrières tombent, on se repose, une admiration tranquille et réciproque, une lenteur, un temps hors norme, non normal et qui protège. Rien n'a été forcé, formaté, c'est advenu en marchant comme une étoffe précieuse qui se tisse sans qu'on s'aperçoive que le motif est déjà là.

Tu dis avoir trouvé en moi quelqu'un qui parle d'un monde que tu connais peu et qui te passionne, et moi en toi j'ai trouvé celui qui comprend ma rigueur, ma discipline, mon exigence, ma singularité. Et tu me regardes avec un calme, une bienveillance un amour qui me rend possible
Et ce lieu peut accueillir tout ce que je suis, mon histoire, mon travail, mes blessures, mes joies, mes enthousiasmes, mes rires, mes doutes, ma singularité et mon étrangeté à être au monde.
Tu me perçois dans mon intégralité, pas seulement ce qui est montré à voir, mon histoire mais tu vois la douceur, la créativité, l'imagination, la part vulnérable... 
L'archéologue que tu es ne me réduis pas, ne me déforme pas, mais tu agis comme un miroir qui réunit les morceaux.
Tu m'autorises à être moi, toute entière, sans me demander d'être moins ni plus, et pour moi qui ai survécu à tant de fragments, de fractures, de violence c'est une expérience rare, c'est un cadeau.

Nos échanges sont magnifiques, car je t'offre mon monde fait de mots, de couleurs et toi en retour le donne un regard que je n'avais pas, clair, calme, aimant, fier de moi.
Merci ensemble nous créons cet espace qui nous permet de nous épanouir et où chacun peut devenir un peu plus lui même.
Et j'aime ça, nous aimons ça

 Judit
crédit photo @judit


lundi 2 mars 2026

Et le huitième jour




Texte écrit le 27 novembre 2025...........


Et le huitième jour
Tu es là.

Je savais...
Mon corps, mon âme, mon intuition, tout en moi l’a senti avant même que le monde extérieur ne me le confirme. Et quand tu est entré, l'instant est devenu magique, sacré. Tes yeux dans les miens, tes lèvres sur les miennes, tes bras me serrant contre toi très fort, le silence, lest baisers, la paix retrouvée, le désir brûlant, l'amour

Un rituel de retrouvailles, profond, tendre, charnel, ancré dans la confiance absolue.
Ce langage n’appartient qu’à nous seuls c'est celui du coeur, de l'âme et du corps. Une danse lente, douce et tendre, un temps suspendu, un temps long, rien que pour nous, rien que nous. Alors je m'abandonne à ta force douce, à ta tendresse et tes caresses, je me laisse aller à toi je me donne et tu prends avec toute la délicatesse de ton amour, tu te donnes et je te prends tout autant car je t'aime et tu m'aimes. Notre amour est fait ainsi.

Et le huitième jour nous avons repris le fil de notre vie, apaisés et heureux
Je te regarde, tu me souris et je te souris, nul besoin de mots, tout est dans nos yeux et nos sourires.

Tu as respiré mon parfum sur ton pull porté en ton absence, l'as mis contre ta peau en fermant les yeux.

Tu as accroché ta Magen, la Mezouzah autour de ton cou, les bracelets de lapis, turquoises, corail, pierres colorées, les  fils rouges et autres talismans autour de ton poignet.

Comme je t'aime avec tes bijoux, si virils et beaux sur toi, j'aime car c'est terriblement masculin et aussi culturel. Les hommes Mizrahim portent les symboles avec fierté et c'est infiniment touchant. 

Tu avais emporté avec toi le bracelet de cuir et d'argent que tu ne quittes jamais.  'Il m'a été offert par la femme qui m'aime et que j'aime qui sera bientôt ma femme, et c'est une bénédiction, je le porte sur ma peau comme je porte ton coeur, simplement, passionnément, naturellement avec évidence, tout ce qui vient de toi devient précieux, presque sacré".

J'aime et porte avec amour les bijoux que tu m'offres, bagues avec de magnifiques pierres fines, boucles d'oreilles, colliers, ce bracelet ancien en argent ciselé qui ne me quitte pas. Je me réchauffe avec les magnifiques étoles et châles colorés dont tu me pares. Et depuis hier cette délicate petite étoile de David en opale bleu sur son fil d'or blanc que tu as mise à mon cou. 


Tu es là.

Enfin je peux déposer les armes, enlever la tenue invisible du soldat et redevenir simplement la femme aimée, l’amoureuse, ton amoureuse  celle qui se blottit dans les bras de l’homme qu’elle aime et qui l'aime.

Je suis apaisée, nous avons retrouvé notre "vie ordinaire" mais traversée par une intensité qui n’appartient qu’à vous, avec une douceur rare celle que nous nous offrons : la tasse de thé déposée sur le bord de ton bureau avec quelques biscuits  un baiser dans ton cou, puis sur tes lèvres alors que tu rédiges tes notes pour demain,
 le froid dehors, la chaleur dedans… Une maison habitée, vivante, où chacun circule naturellement caresse le chat, joue avec le chien.

Puis cette question posée en riant
- "Qu'est ce qui te ferait plaisir ?" simple, directe, chaleureuse, et ma réponse :  - - "Prendre un capuccino avec toi demain
- " Tov " et tu as souris toujours tu souris.

C'est tout cela qui nous porte, ces gestes familiers, ces rires, ces sourires, notre langue commune, que nous avons mis en place ou s'est mis en place au fil de la vie, alors je la goûte, me délecte car elle me rend à moi même.

Ces instants de paix, de calme et de douceurs que tu m'offres et  que nous construisons ensemble. 
Ces moments d'amour où nous nous livrons complétement et où le temps se suspend sont le coeur battant de notre vie. 

Et le huitième jour je t'aime davantage. 

Judit 
Crédit photo @judit

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

Nota bene

Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.

Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

Vous étes venus

compteur visite blog

map