L'autre ne peut être réduit à un objet de satisfaction
Ces mots prennent tout leur sens et ont une forte résonance philosophique et psychanalytique.
Dire que l'autre ne peut être réduit à un objet de satisfaction signifie que l'autre n'est pas là pour combler mes besoins, mes manques ou mes désirs, mais possède une existence propre, une dignité irréductible.
L'amour commence peut-être là, lorsque l'autre cesse d'être un objet destiné à satisfaire nos attentes. Tant que nous aimons pour être comblés, rassurés ou sauvés de notre solitude, nous risquons de faire de l'autre le remède à notre propre manque. Nous ne le rencontrons pas encore, mais le sollicitons pour répondre à nos besoins.
Aimer véritablement, c'est accepter que l'autre ne nous appartienne pas. C'est renoncer à le réduire à ce qu'il nous apporte.
Il est un sujet, une liberté, une histoire, un mystère. Il n'est ni un objet de satisfaction, ni un idéal à posséder, ni une projection de nos désirs.
L'amour naît lorsque nous nous réjouissons de l'existence de l'autre avant de nous réjouir de ce qu'il peut nous donner. Alors la relation cesse d'être une appropriation pour devenir une rencontre. L'autre demeure autre, et c'est précisément cette altérité qui rend l'amour possible.
Dans le "Fantasme de complétude" je montrai que l'être humain cherche ce qui abolirait le manque. Or cette quête peut contaminer l'amour lui-même : nous demandons parfois à l'autre de nous rendre heureux, de nous réparer, de nous compléter.
Mais si l'on attend cela de l'autre, on lui confie une mission impossible. Aucun être humain ne peut porter le poids d'être la réponse définitive au manque d'un autre.
"L'amour cesse lorsque l'autre devient un moyen ; il commence lorsqu'il est reconnu comme une fin."
Cette phrase fait écho à la pensée de Kant, qui affirme que toute personne doit toujours être traitée comme une fin en soi, jamais simplement comme un moyen Est ce cela ?
Mais il n'est pas condamnable d'éprouver de la joie, du réconfort ou du bonheur grâce à l'amour de l'autre. C'est profondément humain. Ce qui devient problématique, c'est lorsque la raison d'aimer se réduit à ce que l'autre m'apporte.
Alors oui recevoir de l'amour et en être heureux est naturel, mais exiger que l'autre existe uniquement pour combler mon manque est une autre chose.
Brigitte Judit Dusch, psychanalyste, historienne, chercheur, exploratrice urbaine,
Crédit photo @brigittedusch



