Psychanalye Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

jeudi 14 novembre 2024

Manipulateur/ manipulé histoire d'une rencontre



Histoire d'une rencontre singulière et pourtant inévitable le plus souvent;
C'est une histoire d'amour manquée, une histoire d'un manque d'amour, d'un manque et d'un amour qui ne savent où se loger car ils n'ont pas de place. 
C'est l'histoire d'un sujet qui ne sait pas ce que signifie aimer , qui ne l'a pas vraiment été et celle d'un autre, qui ne sait pas vraiment mais voudrait être aimé.
Alors il va aimer celui qui ne l'est pas et ne sait pas ce que c'est, il pense qu'en l'aimant ce dernier l'aimera en retour et apprendra ce qu'est l'amour.
La rencontre à lieu et se noue autour de cette imposture où ces deux êtres sont des imposteurs à eux mêmes et à l'autre.
Le manipulateur, ne sait pas qu'il l'est, il le devient peu à peu, car il comprend rapidement comment on peut obtenir de l'attention, être regardé pour être et advenir à l'existence. Un tant soit peu.
Une fois encore et surtout c'est une histoire de regard, et toutes les histoires d'amour ne peuvent passer que par là.
L'un n'a jamais été regardé l'autre désire plus que tout l'être.
L'un ne regarde pas celui qui voudrait tant l'être Il ne le voit même pas, sauf quand il a besoin de lui. Regarder ?
Il se regarde tout au plus mais ne s'aime pas, ne se supporte pas. 
Le regard de l'autre lui montre que pourtant il existe, qu'il est bien présent à ce monde où il a été jeté sans vraiment de précaution. 
Ce sont deux être intelligents et sensibles, une sensibilité anesthésiée chez l'un, exacerbée chez l'autre, et tous deux ne savent quoi en faire.
Une sensibilité qui s'exprime par le mal, la douleur, la souffrance voire la cruauté.
C'est là que se noue le drame de ces deux êtres en errance qui vont ce créer un monde et un espace fou. Un espace de non dupes, de dupés sans l'être, de consenti et de consentant, d'agresseur et de victime, de bourreau et de martyr. 
Ainsi se noue une des relations les plus toxiques entre deux êtres, ainsi se crée une addiction à la pire drogue celle de l'être existé et existant.
L'un ne peut plus se passer de l'autre, même s'il sait tout le mal qu'il lui fait, la souffrance qu'il génère, la douleur des plaies qui ne cicatrisent jamais.
Béantes, elles sont toujours, le ravaudage et les sutures ne tiennent jamais
L'un a besoin de l'autre pour tenir debout, et l'un ne peut vivre sans l'autre, je te vampirise, et je jouis, tu es vampirisé et tu as mal mais c'est dans cette plaie que je creuse à chaque seconde que se loge ta jouissance. Ils se connaissent par coeur, savent leurs failles et leurs limites. 
Le manipulé se rebiffe parfois et timidement menace, de partir, de quitter cet être qui le maltraite; Mais il ne peut pas, c'est plus fort que lui. Il y est attaché pieds et poings liés et malgré tout il aime ça; Cette maltraitance paradoxalement le rassure, et il trouve moultes raisons pour ne pas s'enfuir. 
Elles sont toutes bonnes, défendables entendables. " il a quand même de bons côtés" certes, un être ne peut pas à moins d'être un monstre complétement mauvais. "Mais quand je menace, on parle et il me dit qu'il comprend et va faire des efforts" Il les fait quelques heures, quelques jours au mieux, mais ce n'est pas dans sa nature car c'est un être égoiste dont seul son bien être est essentiel. "Il me fait sans cesse des reproches mais peut être que je n'en fais pas assez "vrai on peut toujours faire mieux.. "il m'a dit qu'il ne recommencerait plus, et m'a demandé pardon" comme l'enfant qui a volé des bonbons, mais son nez tourne. Qu'est ce que le pardon chez un être qui agit tout en sachant que ce qu'il fait n'est pas acceptable. "il me dit qu'il n'a pas menti, qu'il n'a pas voulu me faire de peine" Pourquoi a t-il commis cet acte qui vous aurait fait mal ? 
La liste est loin d'être exhausitive, il y a les mensonges, les tromperies, les infidélités, les humiliations, les insultes, les propos dégradants, les moqueries, les  dénigrements, les petits mots piquants devant les autres.. tout le temps ou presque. 
L'autre n'est rien qu'un objet "un paillasson sur lequel il n'a même pas le courage de s"essuyer les pieds " me confie une patiente maltraitée depuis des années mais qui n'avait pas le courage de partir de quitter son confort.. Mais lequel ? 
Objet, outil destiné à servir, utilisé mais pourquoi ? Où est l'amour, le regard ?
Imposture cruelle et tragique.
Et pourtant l'histoire continue, longtemps parfois, toute une vie "jusqu'à ce que la mort nous sépare... " mais quelle vie. 
Une vie de non duperie, mais subie sans mots dits mais maudis dés que l'imposture trop dure à digérer à supporter explose en pleine figure et ne peut plus être supportée, endurée, tolérée. 
Souffrance infernale et descente aux enfers,dans les ténèbres les plus sombres de la colère, de la haine de soi.
Car ce n'est pas l'autre que l'on déteste, on continue de l'aimer malgré tout, mais c'est bien de la haine de soi qu'il s'agit, ce soi qu'on n'a jamais vraiment aimé car on ne sait absolument rien de l'amour, de cet amour inconditionnel dont seul le regard peut rendre compte. Alors honte et culpabilité nourrissent la haine et la détestation de soi à tel point qu'on ne peut /veut plus vivre parfois "comment j'ai fait pour supporter tout ça ? "en effet ? Comment ?
Et c' est cette question là, cette question essentielle qu'il faut se poser.
Comment ? Comment ais je pu me laisser entrainer par ce courant tranquille sans vouloir ne rien voir pour ne rien faire
Seul le sujet peut y donner du sens, peut tenter de donner un sens à ce qui lui est arrivé.
Ce n'est que par cette prise de conscience, ce constat qu'il pourra enfin comprendre comment il a pu se laisser prendre dans les mailles de ce filet toxique, dans les fils de cette toile tissée lentement, mais savamment par son chasseur.
C'est une longue démarche qui mène à la confrontation à soi même, à l'acception de soi et de ses failles. Se trouver face à son vide, à ses manques et ses faiblesses
Doivent elles être comblées ? Par qui ? Pour quoi ? Comment ?
Qui peut répondre ? le sujet ? La victime ? Mais aussi l'agresseur... 

Brigitte Judit Dusch, psychanalyste, historienne, exploratrice urbaine
Crédit photo @brigittejuditdusch

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Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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