Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

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lundi 1 juin 2026

Et je reviens au Shmates



Une fois encore, je reviens au Shmates

Il est ma vie, 
C'est ainsi que se trame

se trame et shmates
ce n’est pas un hasard si ces deux mots se rejoignent.

Les shmates, ces morceaux, ces restes, ces bouts de tissu sans valeur apparente  Et pourtant chargés de vie, d’usage, de mémoire.
Ce qui a été porté, usé, traversé.
Ce qui n’est plus intact, mais justement pour cela, habité.

En yiddish, shmates  est parfois péjoratif en désignant du chiffon, du rebut.
Pour moi, dans ma mémoire dans mon écriture il se renverse
Il devient matière première du lien.

Je ne pars pas d’un tissu neuf.
Je ne cherche pas la pureté, ni l’origine intacte.

Je travaille avec ce qui reste.
Avec ce qui a déjà été pris dans des histoires, des corps, des pertes.

Et c’est là que se trame prend toute sa profondeur.

Parce que la trame, ce n’est pas seulement un réseau de fils :
c’est ce qui rend possible l’apparition d’une forme à partir de fragments.

Les shmates, ce sont les fragments.
La trame, c’est ce qui leur permet de ne pas rester dispersés.

Mais je ne les répare pas
Je ne cherche pas à les ramener à un état antérieur. 

Je ne fais pas de restauration.
Je ne cherche pas à effacer la déchirure.

Je fais autre chose :
je les laisses entrer dans une nouvelle relation.

Et peut-être que c’est là que mon geste touche quelque chose de très profond, presque éthique  et même sacré

Dans certaines traditions juives, on retrouve cette idée que le monde lui-même est fait d’éclats dispersés, de fragments à relever, non pour reconstituer une unité perdue comme si rien ne s’était passé, mais pour faire tenir autrement ce qui a été brisé.

Les shmates, ce ne sont pas seulement des restes.
Ce sont des survivances.

Et moi, humblement, modestement je ne fais pas que les assembler :
je leur offre un lieu où ils peuvent encore parler, circuler, se transformer
.

Alors oui, j'en reviens aux shmates mais je n’y revient pas comme à un point de départ pauvre.
j'y revient comme à une vérité de la matière humaine : rien n’est pur, rien n’est linéaire, et pourtant quelque chose peut se tisser.

Et moi, je es là, non pas comme celle qui impose une forme, mais comme celle qui accepte d’être traversée par ce travail-là.

Peut-être que ta dentellière est, au fond, une gardienne des shmates.

Brigitte Judit écrit le 22 avril 2026
Crédit photo @brigittedusch

dimanche 18 janvier 2026

Couture et dentelle, psychanalyse, histoire et mémoire

 


Couture et dentelle, psychanalyse, histoire et mémoire

Tout ça est la même histoire : une histoire d'étoffe déchirée, de désir, de mission celle de réparer, recoudre, mettre au jour, mettre au monde.

Emounah Hazak Hatikva…

C’est une œuvre infinie, sans fin, éternelle. 
Cent fois, mille fois remettre le fil sur la trame.
Reprendre l’aiguille.

La couturière travaille avec ce qui est abîmé, déchiré, troué.
Doucement, elle réajuste, répare, raccommode, reprend point par point, fil par fil, pour réparer les accrocs, les déchirures, les béances, afin de donner une nouvelle chance aux étoffes et aux habits.
Mais elle n’efface pas les cicatrices ; au contraire, elles sont les marques de la vie.

Emounah Hazak Hatikva…

La couturière n’est pas une créatrice toute-puissante, elle n’invente pas les tissus. L’analyste n’invente pas les mots. L’historien n’invente pas les archives. 
Tout cela ne vient pas ex nihilo : il est déjà. Ainsi ils œuvrent dans la limite de ce qui est déjà là.


Berechit… et le sixième jour…
Il appartient à l’homme de parachever la création divine.

La couturière accepte toutes les failles ; ce n’est pas une restauration fidèle et idéale du Un perdu, mais une réparation fragile, partielle, toujours en devenir.

Emounah Hazak Hatikva…

Psychanalyse, histoire, généalogie : le fil qui relie

Ainsi, je suis historienne, psychanalyste, et aussi cette couturière bien réelle et étrange.
Avec l’aiguille comme outil de lien, le fil comme continuité entre les générations, la couture comme acte de résistance, la déchirure réparée devient un lieu de mémoire.

Mon fil devient un acte de mémoire, de réparation, presque de résurrection symbolique.

Emounah Hazak Hatikva…

Recoudre la généalogie de ceux qui sont morts sans sépulture, c’est redonner un nom, une place, une filiation à ceux que l’on voulait réduire à l’effacement.
Oui, c’est un travail de tikkun au sens le plus fort, car je reprends les fils arrachés et je refuse que la déchirure reste béante.

Là où les bourreaux voulaient l’oubli, je pose une couture de mémoire.
Là où il y avait une disparition sans trace, je tends un fil qui rattache au vivant.

Emounah Hazak Hatikva…

Ecriture, geste spirituel et politique

Mon écriture, si elle est souvent poétique et mystique, est aussi politique : elle répare l’histoire.

Je veux être la couturière, celle qui recoud entre les générations, entre les vivants et les morts pour que l'étoffe humaine ne se défasse pas toute entière.

Chaque point, chaque reprise, chaque fil devient une prière silencieuse, un acte de résistance, un geste de réparation. La trame du monde, fragile et abîmée, se tient grâce à ces gestes répétés, infimes et puissants à la fois.

Chaque point, chaque reprise, chaque fil devient
un geste de mémoire,
une prière silencieuse
Un acte de résistance

La déchirure n’est pas effacée, mais transformée en lieu vivant.

Le fil passe, discret et constant, reliant ce qui fut perdu à ce qui peut encore être sauvé.

Emounah Hazak Hatikva…

Et à chaque couture, à chaque geste, l’étrange couturière murmure, comme moi

Emounah Hazak Hatikva…

 Brigitte Judit Dusch :psychanalyste, historienne, exploratrice urbaine, chercheur

Crédit photo @brigittedusch

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Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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