Psychanalye Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

samedi 25 mai 2024

Mon dernier coup de poker ?




Je suis venue ici pour me réparer, réparer mon corps et mon âme. Tous deux mutilés et meurtris.
Je suis venue ici pour trouver un peu de paix et de calme
Je suis venue ici pour vivre


Ich bin hierher gekommen, um mich selbst zu reparieren, meinen Körper und meine Seele zu reparieren. Beide sind verstümmelt und verletzt.
Ich bin hierher gekommen, um ein wenig Frieden und Ruhe zu finden.Ich bin hierher gekommen, um zu leben

Un jour il faut partir pour penser et panser toutes ses blessures. 

Trouver asile, un havre de paix loin de la folie de son monde, d'un tsunami qui nous emporte aux portes de l'abime,  loin de ce qui fait mal, même si ce mal et cette douleur on les emporte avec soi dans ses bagages, dans ses cartons. On ne ressors jamais indemne de la guerre qu'on nous a mené et de celle qu'on se mène. Les cicatrices ne se ferment jamais vraiment, elles sont à fleur de peau et d'âme, il faut peu de choses pour qu'elles s'ouvrent et saignent encore. 

Il faut du temps, beaucoup de temps, pour décider, partir, aller, et s'arrêter du moins un peu, un peu longtemps le temps de ? d'aller un peu mieux, de reprendre les forces nécessaires pour une nouvelle route.

Il faut du temps, le temps est mon allié, il ne m'a jamais trahi, j'ai toujours misé sur le temps, et j'ai bien fait.

Die Zeit ist mein Verbündeter sie hat mich noch nie betrogen


Une étape ? pour la remission et non la guérison qui ne saurait survenir par miracle ! mais aller seulement un peu mieux c'est déjà ça. Si on ne peut venir à bout du Mal de la peine et du chagrin nous pouvons tout de même en alléger le poids du fardeau. 

Alors comment faire ?


Penser, méditer ? Eviter de ruminer, de se plonger encore en un passé qui fait encore mal ? S'en tenir à une distance suffisante pour reprendre les forces essentielles afin de les réparer. J'ai appris ça dans une autre vie, il y a bien longtemps. Je n'ai pas oublié.


Laisser là bas ce qui a fait effraction ? mais on ne laisse jamais tout, il y a toujours un peu de ce "malgré soi" qu'il faut bien affronter un jour ou l'autre pour pouvoir avancer, à petit pas, à tout petit pas. Il faut le temps, encore.


Rien ne sert de le ranger dans un tiroir fermé à double tour parce qu'on ne veut le plus voir sans se résoudre malgré tout à jeter.
Jeter ? Se délester ? Terrible ascèse que d'abandonner, de laisser là, détruire parfois ce qui a fait partie d'une vie mais qu'on ne veut ou ne peut emporter avec soi ?
Nous n'en garderons que le souvenir, parfois le regret, se dire que on n'aurait pas du, mais qu'il n'y avait pas assez de place. 
Mais quelle place ? Celle qu'on lui donne ou pas, à nous de faire ce choix aussi douloureux soit-il ?


Je suis une enfant de Survivants et une Survivante, de mon passé il ne reste que peu de choses, des ruines certes mais des fondations solides, celles qui ont fait ce que je suis. Ce n'est pas rien. C'est en elles que j'ai puisé alors chaque matin  la force nécessaire pour faire face et tenir à bout de bras ce qui pouvait l'être encore. Seule. 
Mais seule on ne peut pas se trahir, c'est toujours ça.


Alors je suis partie. Partir ; ce désir niché au fond de moi depuis tant d'années ; quitter ces lieux où j'étais en souffrance, de trop, pas à ma place, aller au delà de ce mal entendu où je n'entendais rien que des bribes d'un discours qui m'était étranger, moi l'étrangère qui envers et contre tout s'est évertuée à conserver cette différence, cette singularité pour ne pas perdre mon âme. 
Parce qu'il était temps de remettre les choses à leur place.

Weil die Zeit gekommen ist, endlich die Wahrheit zu sein. Aufhören zu lügen, sich selbst zu belügen und sich zu verstellen


Ce rêve est devenu un pari "mon dernier coup de poker" ais je souvent pensé et dit, jurant que c'était vraiment le dernier, que plus jamais je ne jouerai !

Quel joueur ne l'a pas dit ?

Des nuits d'angoisse, de frayeurs  et d'insomnies se sont ajoutées alors à celles qui depuis des années rongeaient ma vie, mais il le fallait. Il faut parfois abattre ses cartes sans connaitre vraiment le jeu de l'adversaire, il faut le deviner, l'anticiper, être attentif aux moindres signes et saisir l'instant, sur le vif. Rester impassible toujours.


il faut oser, il faut parier, il faut tenir, ne pas fléchir, il faut ; je dois car je n'ai pas le choix. 

Ich muss, weil ich keine andere Wahl habe


Je l'ai fait, car je n'avais pas grand chose à perdre, rien peut-être, si ce n'est ma vie, et ce n'est pas rien, alors mon instinct m'a dit encore une fois "Sauve toi !" je l'ai écouté comme souvent et c'est pour cela que je suis toujours là. Ce désir de vivre est si fort,  chevillé au corps depuis ma naissance, moi qui devais alors mourir.

Chaque matin je ressens le bonheur d'être ici, au bout du monde, dans ce monde qui est un peu le mien, moi qui suis de partout et de nulle part. Mais ici c'est un peu chez moi je crois. Chaque matin je vois les monts et les forêts, la rivière, les champs et le clocher, j'entends le son du carillon qui marque le temps et rythme à présent de ma vie. Qui marque mon présent. Pour le moment.

Chaque matin, je remercie la vie de m'avoir donné ça et je me remercie d'avoir osé.

Ich danke dem Leben, dass ich am Leben bin

Chaque jour je marche, longtemps, je marche et médite, pense, écris,  je m'en vais sur les chemins, les sentiers, au bord de cette rivière sauvage et indomptable qui me ressemble et qui enfant me terrifiait. Je l'ai apprivoisée.

Ich habe sie gezähmt und habe keine Angst mehr

Je découvre, explore, je vais à la rencontre de ces lieux abandonnés, oubliés, laissés là par l'homme qui n'en n'a plus besoin, je marche, je regarde, et parfois je contemple. Longuement, longtemps, lentement langsam

Mais c'est une autre histoire. 


Chaque jour je vais à la rencontre de ces ruines parfois, ces bâtiments, ces traces d'un passé pas si lointain qui se raconte à travers le lierre et les ronces. Et je me laisse aller à écouter ces histoires, les leurs.  C'est un bonheur infini, une source d'émerveillements quotidiens, et la joie d'un rayon de soleil, d'une fleur, d'un ciel et de nuages. 

La Vie, l'Haim. Merci.


Marcher, en solitaire, explorer en solitaire, le pas de l'homme est singulier, et chacun marche à son rythme. Prendre le temps encore, s'offrir ce temps long qui n'existe pas vraiment? C'est un temps de méditation, de face à face avec soi avec la nature pour seul témoin. C'est une communion. Merci.

Marcher c'est aussi sortir des sentiers balisés, c'est aller au delà de ce qui est montré à voir, c'est aller au devant de ce qui ne se voit pas, lentement, respectueusement, sans déranger, je ne suis que de passage et ne laisse pas de trace. C'est aller au devant de soi, de ses chemins noirs, ce ce continent obscur qu'on peut enfin accueillir sans crainte. Etre soi avec soi. 

Hors les murs, hors les chemins tracés c'est un peu l'histoire de ma vie, celle que j'ai choisie. Parfois sur le fil malgré le vertige je n'ai jamais flanché. Je n'en n'ai jamais eu le luxe.

Mon dernier coup de poker ?

Mein letztes Pokerspiel

La  vie n'est-elle pas un éternel pari sur l'avenir ? Ne faut-il pas oser pour sortir de sa souffrance ? faut-il du courage ? Je ne saurai savoir, ce que je sais intimement c'est qu'il faut avoir l'envie de rester en vie car la vie est le plus beau des cadeaux.

Le poker n'est pas la roulette russe, ni le casino, ce n'est pas un jeu de hasard

Es gibt keinen Zufall

Au poker, il faut faire preuve d'audace, de  concentration, d'une grande capacité d'analyse, savoir se remettre en question mais aussi être d'une rigueur implacable et malgré tout ce brouillard, ces ténèbres qui souvent m'envahissaient, j'ai conservé toutes ces qualités. Alors j'ai osé. 

  • Mon dernier coup de poker ? S'il fallait, il ne serait alors que l'avant dernier.
  • Mein letzter Poker? Wenn es sein müsste, wäre er dann nur der vorletzte.


Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste, exploratrice urbaine (Historikerin, Psychoanalytikerin urbex)
Crédit photo @brigittedusch


samedi 4 mai 2024

Lettre à Gustave 1


Lettre écrite en 2018

Gustave,


Tu vas sans doute penser que j'en ai mis du temps : un peu plus d'un an maintenant, mais je suis longue, parfois, surtout quand je suis bouleversée, ébranlée, quand cela me tient à cœur, me prend toute l'âme, quand les larmes trahissent mon émotion, même si je te parle tous les jours, un peu comme Marguerite le faisait, dans son jardin, dans sa maison, partout, mais je n'arrivais pas à t'écrire, à mettre les mots, même si ces mots , ces phrases, dansaient et s'assemblaient dans ma tête, le soir, avant de m'endormir. 

Alors je me suis mise au travail, pour tenir ma promesse. Je suis de ceux pour qui la parole a un sens, comme toi, nous sommes des êtres de devoir. Cette promesse, que je t'ai faite, assise devant toi, dans ce chemin en cette fin de journée d'été. Tu te souviens n'est-ce pas, celle que je t'ai faite, là à Soupir où je suis allée te retrouver.

Là, en ce moment je peux prendre la plume, te parler, ça va à peu près, je ne pleure pas, pas encore. Je peux mettre les mots, te raconter, même si je suis certaine que tu le sais.

Sacha m'a demandé, où tu étais, comment c'était, je lui ai répondu, montré les photos. il était ému, comme moi. Je lui ai dit aussi que tu m'avais tenu la main, lorsque je suis descendue du plateau de Californie, moi qui ai le vertige, je n'y avais même pas pensé, mais je ne voulais pas te décevoir peut-être ? J'aurai eu honte de me plaindre. Tu étais là, prés de moi, et je n'ai pas eu peur. 

Voilà Gustave où nous en sommes, je reconstitue pour écrire l'histoire, la tienne et celle des tiens, je découvre et lorsque j'en saurai un peu plus je te tiendrai au courant. Je te dirai quoi comme on dit chez nous. Mes recherches sont chaotiques, parfois il m'est impossible d'aller plus loin, je suis obligée de laisser, là, en plan, je n'y arrive pas, quelque chose bloque, me bloque, une crainte, une peur, je ne sais pas exactement, comme si je voulais, je devais prendre mon temps. Mais le temps ne l'avons nous pas ? Maintenant, est-ce urgent ? Comme si je voulais bien faire, aussi, une recherche de perfection, mon plus grand défaut, ma plus grande qualité aussi quand j'arrive à trouver le juste milieu, le raisonnable. 

Je ne suis peut-être pas un excellent détective, mais j'ai de la chance, jusqu'ici ta main (ou celle de Marguerite, ou les vôtres) me guide encore, et m'arrête là où il faut lorsque j'erre dans ces liasses énormes de registres et de fiches. Il y a des manques, tu sais, car beaucoup de documents ont été détruits mais je ne désespère pas, je crois en la chance et en notre étoile. Elle brille tous les soirs dans le ciel. Je pense à toi. A ce moment là. Peut-être un peu plus.
Gustave tu occupes mes pensées souvent, je ne sais pas vraiment pourquoi, si loin tu m'es pourtant si proche. Je me pose tant de questions ? Ai-je le droit ? Dois-je faire ça ? De quel droit ? Est-ce à moi ? Mais qui d'autre le ferait ?

Tu as été un homme de devoir, je suis ainsi également, Marguerite m'a transmis ça : le sens du devoir, de l'honneur, de la parole donnée. Alors je poursuis le chemin qui me conduira au plus près de toi, nous y allons doucement Sacha et moi, à notre rythme, pas de la même manière, mais nous y allons, nous allons à ta rencontre, nous allons vers ton histoire pour l'écrire, la mettre en mots, pour que nul n'oublie. C'est notre devoir, bien maigre consolation… J'en conviens


Il me faut bien poster aujourd'hui cette lettre, écrite il y a longtemps, depuis tant de choses se sont passées, et tu le sais car tu en es sûrement à l'origine, rien de se perd dans l'Univers, rien ne se dilue vraiment.

Il me faut bien poster cette lettre, ces mots ont été les miens à cet instant.

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
Crédit photo @brigittedusch collection privée
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Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.

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Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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