La vérité, rien que la vérité,
Mais quelle vérité ?
Quid de la vérité ?
Est elle singulière ou plurielle ?
Ou bien les deux
La vérité de l'Historien ?
Qu'elle est-elle ?
Les faits, rien que les faits ?
Les sources rien que les sources ?
Mais quels faits et quelles sources ?
Ceux qui nous parviennent ?
N'ont pas été détruits par le temps, les hommes,
Ce qui advient à nous,
Ce que nous retrouvons en cherchant, au hasard, au détour d'un registre, d'une liasse, d'un carton, d'une archive conservés.
Traces du passé, fragments d'histoires qui constituent l'Histoire
Celle là même qui sera racontée, expliquée, dans les livres
Qui constituera la Mémoire, ou le "Roman mémoriel"
L'Histoire instrumentalisée "le Roman national" représenté par les figures héroïques sensées donner le sens du devoir envers une patrie
Le XIX° siècle et la Troisième République ont parfaitement rempli une de leurs missions.
Mais quid de la vérité historique ?
Est-ce un oxymore ?
Freud la concevait comme '"un fragment perdu de l'expérience vécue du sujet, accessible uniquement par un travail de construction"
Construire, bâtir, fabriquer ?
Serait-elle alors le résultat d'un assemblage de morceaux épars, dispersés dans et par le temps; rassemblés par l'historien pour échafauder un discours scientifique à partir d'une méthodologie rigoureuse ?
Rend elle compte de la réalité ? de son authenticité, des faits tels qu'ils se sont passés ?
Ce récit là est-elle conforme à ce qui a existé ?
Qui peut en décider, le vérifier, le confirmer, l'infirmer ?
C'est une vérité non connue, s'articulant autour d'éléments et d'indices concordants et discordants dans un moment donné et à disposition du chercheur.
Encore une fois, il y a du manque, du vide, des trous, qui jamais ne seront comblés "sources manquantes"...
Des fragments de tessons disparus qui ne permettront jamais de reconstituer le vase ou l'amphore, des mots effacés, des dates oubliés, des lettres perdues
C'est toute une successions de pertes, tissus troués, fils arrachés montrés à voir à l'historien.
Quelle vérité peut-on tisser à partir de ces matériaux épars ? Quelle réalité peut -on faire surgir ?
Quelle vérité historique peut s'inscrire au milieu de ce fatras ?
L'histoire est écrite le plus souvent par ceux qui écrivent, qui savent écrire, qui racontent les faits intimes ou publics au prisme de leur vécu, foi, croyance, désir,
Ce sont parfois des confessions intimes, intimistes.
Mais ceux qui n'écrivent pas, n'ont pas ce don de mettre en mots leur pensée, expérience, de que se déroule devant eux, la vie qu'ils mènent, leur souffrance, leur joie, leur peine ?
Quid de ces bribes muettes, de ces témoins silencieux qui pourtant auraient beaucoup à dire, raconter, transmettre de cette réalité qui a été la leur ?
Ce sont des sources administratives rédigées avec soin parfois
Approximativement le plus souvent, à la lueur d'une chandelle, à la hâte comportant des erreurs, d'orthographe, de nom, de lieux, de prénoms,
Une graphie phonétique, un défi à déchiffrer
Pour s'approcher au plus prés de la vérité, le chercheur doit alors s'armer de patience, jouer les détectives, croiser plusieurs fragments, sources,
Partir à la quête de matériaux fragiles, abîmés.
Aller à la rencontre d'hommes, de femmes, de lieux, ouvir de vieux registres poussiéreux et usés.
Parfois se heurter au silence.
C'est un voyage sur les sentiers de la vie, sur les chemins les plus noirs souvent, danser sur un fil sans avoir le vertige, maintenir le cap pour se tenir au plus près du réel, de la réalité, en gardant une neutralité qui ne sera ni bienveillante ni hostile, du moins essayer
C'est se trouver face à l'indicible, l'innommable quelque fois, être ému, bouleversé, pleurer
Est ce possible ?
L'histoire, la vérité historique est-elle fiable ?
Non, bien sûr que non
Elle est impermanente, éphémère.
Ce qui est vrai aujourd'hui ne le sera peut-être plus demain.
L'édifice est fragile, une pierre nouvelle peut l'ébranler sérieusement, en casser les fondations et détruire tout ce qui a été.
Un champ de ruines.
Ainsi faut-il tout recommencer.
Reprendre le fil
Sans chercher à ravauder un tissu couvert de fil blanc
En laissant les vides et les trous, même si ça ne tient pas debout
L'échafaudage ne peut reposer sur des hypothèses, des peut-être ou probablement
L'édifice doit être solide
Jusqu'à ce qu'une nouvelle pierre vienne l'ébranler
Puis une nouvelle..
Remettre cent fois sur le métier son ouvrage.
La vérité ne serait elle qu'une illusion ?
Que l'homme se donne pour se rassurer, s'inventer un passé qui lui permet de vivre un présent tout en construisant un futur qui ressemble étrangement à ce passé qu'il voulait changer ?
L'homme est imparfait, c'est ce qui fait son humanité
La vérité qu'il met au jour ne peut être qu'à son image.
Brigitte Judit Dusch, historienne, psychanalyste, exploratrice urbaine, chercheur
crédit photo @brigittedusch

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