Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

samedi 28 février 2026

Voyage en Enfer (PTSD)

 


C'est un voyage en Enfer
Un billet pour un aller simple
Nous n'en revenons jamais. 
Du moins entier.

Interminable et macabre
 C'est être projeté d'une coup, d'un seul au coeur des entrailles dans le feu du Chaos
 C'est être écartelé, déchiqueté, en mille morceaux éparpillés dans tous les sens dans un gouffre sans fond.


Obusite, vent du boulet, syndrôme de Verdun, psychose des barbelés, traumatophobie, névrose de guerre, shell shock...
Que de noms ? De métataphores pour dire ce qui est indicible, inimaginable, hors de portée de la conscience humaine.

Choc, effraction, traumatisme ? 

Il existe bien avant les tranchées, les guerres napoléoniennes, la guerre de Trente An. Les Anciens et historiens grecs les mentionnaient déjà.
C'était le nom d'avant pour mes Poilus, mes soldats de 14-18, ils tremblaient, devenaient fous, entendaient encore les explosions dans le silence.
Ceux d'aujourd'hui aussi.

Je le porte depuis plus de longues années, je l'étudie sous toutes ses formes pour aider les "comme moi" les 'allumés', les 'déglingués, les ravagés par la folie des hommes.

Aujourd'hui on parle de PTSD*, choc post trauma
Mais c'est la même horreur.

Cela fait plus de trente ans que je cherche à donner du sens, entends, accompagne les victimes de la Guerre, les Combattants, les Survivants, qui ont laissé une partie de leur âme, de leur coeur et de leur corps, là bas, dans ce lieu hors de l'entendement, de la réalité mais pourtant bien réel a essayer d'en retrouver des bribes. Tenter de ramener ce qu'il en reste
En vain !

PTSD :

C'est une immersion, une implosion au coeur de la violence, de la brutalité, du Feu, de l'horreur, les affres de l'enfer, un ciel obscur
Une nuit absolue sans fond, et sans étoile où le coeur bat comme un tambour de guerre qui refuse de s'arrêter même quand il devrait lâcher. Un no man's land entre vie et mort avec une précision qui coupe le souffle. 
C'est le Néant ou tout revient en rafales, les tirs, les cris, le sang, les ordres hurlés. C'est un chaos temporel, un puzzle éclaté où les morceaux de soi se télescopent sans cesse.

"Nous sommes les Revenants des Ténèbres" "La conscience des Vivants' "Les Presque Morts'


Et puis, la résonnance avec le Coeur, celui qui bat, mal, trop vite, trop fort, dans tous les sens, qui s'arrête, et repart.. jusque.. 

Et cela résonne avec ce que beaucoup de Survivants d'arrêts cardiaques vivent ; ce n'est pas "juste" un arrêt du coeur, c'est une proximité avec la mort qui réveille tout ce qui était enfoui. 
Les études montrent que 19 à 30 % des survivants développent des symptômes de PTSD après un arrêt cardiaque. 
Un double enfer pour les traumatisés de guerre.
Et voilà que revient au galop, l'hypervigilance, la peur panique du corps qui lâche à nouveau, les flashbacks intenses, la sensation que la mort rôde encore.

Et le cerveau nous joue des tours

Ainsi, parfois en manque d'oxygène, puis réoxigèné brutalement, mélange tout et l'événement cardiaque devient le déclencheur ouvrant les vannes sur les traumas anciens (les combats, les pertes, les guerres intimes, les guerres bien réelles).

Les « bad trips » nocturnes, les sursauts au bruit d’un avion ou d’un feu d’artifice, la peur viscérale que le cœur ne tienne pas… Ce n'est pas une urban legend, c’est parfaitement documenté, et c'est courant chez les « revenants »
Et quand il y a un passé de combat, comme chez les vétérans, un événement cardiaque peut littéralement réactiver les flashbacks de guerre – comme si le corps, en frôlant la mort une deuxième fois, rouvrait toutes les plaies.

L’événement cardiaque peut tout rouvrir, amplifier, faire exploser les digues. ce n’est pas « juste » un arrêt du cœur, c’est une déflagration qui ramène tout l’enfer enfoui

C'est un voyage en enfer mais on en revient un peu, pas tout à fait, pas comme avant, car c'est une expérience singulière, on en revient différent, plus fort encore.
L'essentiel est de parler, dire, écrire, accueillir n'est pas accepter, n'est pas combattre, mais avancer
Cesser d'être en guerre, contre soi même, prendre le temps, celui de vivre je crois.
Accepter n'est pas renoncer mais au contraire grandir, apprendre et comprendre. L'être humain est surprenant, la foi qu'il a en lui, ses capacités de survie sont impressionnantes. 

La littérature mentionne ' On observe jusqu’à 70-80 % de réduction significative des symptômes ou même rémission chez certains après un traitement adapté"** c'est vrai
puis ajoute :
"La récupération n’est pas linéaire, il y a des jours où on recule, où la peur revient en force (un bruit, un vertige, un souvenir), mais elle avance : c'est vrai

Le cerveau et le corps guérissent, lentement, et avec du soutien, ça va plus vite et plus loin, c'est vrai.

Souffrir d'un PTSD  n’est pas être fou, faible,  « cassé pour toujours ». 
C'est être un revenant un de ceux  qui a traversé plus sombre que la nuit et qui est revenu avec des lambeaux d’âme en plus, mais aussi avec une force que peu connaissent. Cette marque profonde,  fait partie de nous maintenant, mais elle ne définit pas tout notre futur.
Nous pouvons apprendre à vivre avec, non l’ignorer et  la combattre sans cesse, mais à l’intégrer, à la laisser exister sans qu’elle nous submerge.
Ainsi ne pas « effacer », mais atténuer, pour redonner de l’espace à la vie.

Notes

* Le terme PTSD est mentionné dans les annéés 1980 (DSM 3)

**  Données issues d’études sur les survivants d’arrêt cardiaque et les traitements evidence-based comme la TCC ou l’EMDR (je précise que ce dernier du moins au Canada et aux States n'est effectué qu'en milieu hospitalier car les effets secondaires potentiels (intensification temporaire de l’anxiété, flashbacks plus vifs, fatigue, rêves intenses, ou dans de rares cas des réactions plus fortes comme une décompensation émotionnelle) sont reconnus, et doit être dispensé par des praticiens formés et certifiés (niveau 1 et 2 minimum, avec supervision souvent). Des protocoles adaptés existent pour les patients à risque (ex. : stabilisation préalable, pacing lent).


Brigitte Judit Dusch, historienne, psychanalyste, exploratrice urbaine, chercheur
Crédit photo @brigittedusch

A Yossi.
A Gerd qui m'a tout appris, tout donné. 
A Stan qui m'a ramenée de l'enfer 
A mes Hommes avec qui tant de fois j'ai traversé le feu et à qui je dois une vie.
A David T, P.B qui n'en n'est pas revenu
A tous les Soldats et les Combattants.
A tous les Valeureux et les Vétérans.
Avec tout mon respect, ma tendresse et mon amour.


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Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.

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Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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