L'Etre humain est unique, chaque rencontre est unique, c'est un éternel recommencement, une aventure nouvelle à chaque fois
Psychanalyse Aujourd'hui
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne
Accompagner le désir d'être Soi
"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir
Mon livre : "j'aime ma vie"
mardi 15 avril 2008
dimanche 13 avril 2008
Mythes, spiritualité et psychanalyse.
Mythologie, mythes, spiritualité, des mots qui reviennent souvent ? Des mots qui interrogent et qui questionnent.
Ils questionnent notre compréhension, notre acception, nos théories, nos "faire avec"
Non seulement ils interpellent mais ils agacent parfois. J'ai tenté de comprendre dans un précédent article le rapprochement de la spiritualité et de la psychanalyse.
Je suis pour ma part, convaincue de la laïcité de la démarche psychanalytique. De cette nécessité là. Nul besoin de s'embarasser de dieu, de Dieu, de maître, de croyances, de fables, de mythes !
Nous y voilà :
Freud lui même reconnaissait sa dette, il se sentait redevable. Il a largement puisé dans la mythologie, dans les croyances, dans ce qu'avaient inventé les hommes pour tenter de comprendre la vie, ce qui leur arrivait, ce qui advenait.
Ainsi la mythologie, la religion, les écrits, l'épigraphie, les graffitis....
Comprendre déjà ?
Comprendre est une notion ancienne, une démarche aussi vieille que les hommes, aussi ancienne que l'humanité. Comprendre ce qu'on fait là, pourquoi ? et pour quoi faire ?
Freud s'est inspiré, mais a adapté, il s'est réapproprié ces histoires pour en écrire d'aussi merveilleuses ou terrifiantes, pas tout à fait fidéles à l'origine, à leurs auteurs, mais fidéles à ses théories naissantes.
L'inverse du chercheur. Celui ci cherche, fouille, parfois trouve, mais pas toujours ce qu'il cherche. Il fouille et découvre ce qu'il ne cherche pas. Ce qu'il n'avait pas prévu. Ce qui peut-être infirme toutes sa ou ses théories. Ce qui va démolir sa belle construction.
Son édifice s'éffrondre ou s'effrite, et à la lumière des nouvelles découvertes, trouvailles, il va devoir reconstruire, rebâtir....Pour parfois recommencer à l'infini.
Nulle certitude donc ! Tout est à recommencer un jour !
Ils questionnent notre compréhension, notre acception, nos théories, nos "faire avec"
Non seulement ils interpellent mais ils agacent parfois. J'ai tenté de comprendre dans un précédent article le rapprochement de la spiritualité et de la psychanalyse.
Je suis pour ma part, convaincue de la laïcité de la démarche psychanalytique. De cette nécessité là. Nul besoin de s'embarasser de dieu, de Dieu, de maître, de croyances, de fables, de mythes !
Nous y voilà :
Freud lui même reconnaissait sa dette, il se sentait redevable. Il a largement puisé dans la mythologie, dans les croyances, dans ce qu'avaient inventé les hommes pour tenter de comprendre la vie, ce qui leur arrivait, ce qui advenait.
Ainsi la mythologie, la religion, les écrits, l'épigraphie, les graffitis....
Comprendre déjà ?
Comprendre est une notion ancienne, une démarche aussi vieille que les hommes, aussi ancienne que l'humanité. Comprendre ce qu'on fait là, pourquoi ? et pour quoi faire ?
Freud s'est inspiré, mais a adapté, il s'est réapproprié ces histoires pour en écrire d'aussi merveilleuses ou terrifiantes, pas tout à fait fidéles à l'origine, à leurs auteurs, mais fidéles à ses théories naissantes.
L'inverse du chercheur. Celui ci cherche, fouille, parfois trouve, mais pas toujours ce qu'il cherche. Il fouille et découvre ce qu'il ne cherche pas. Ce qu'il n'avait pas prévu. Ce qui peut-être infirme toutes sa ou ses théories. Ce qui va démolir sa belle construction.
Son édifice s'éffrondre ou s'effrite, et à la lumière des nouvelles découvertes, trouvailles, il va devoir reconstruire, rebâtir....Pour parfois recommencer à l'infini.
Nulle certitude donc ! Tout est à recommencer un jour !
Il faut vivre avec cette idée !
Pour le maître de la psychanalyse il n'en n'est pas tout à fait comme ça. Les mythes sont mis à son service. Il a lui même convoqué et n'a retenu que ce qui pouvait affirmer ses hypothéses quittent à reformuler, arranger, bricoler. Mettre au goût du jour.
Il en va ainsi d'Oedipe, de la Horde, de ce pauvre Moïse, de Jocaste...
A notre grand bonheur tout de même, car ces livres (romans ? ) sont parfois jubilatoires !
Et puis Freud n'est pas historien, il ne se targue pas d'écrire l'histoire ! Il est le découvreur, et il a à ce titre là, tous les droits, ceux de réécrire, d'inventer, de réinventer à notre plus grande joie !
Il s'est approprié et a revisité ces histoires, historiettes et anecdotes, intelligemment, mais on se rend compte quand même que tout ne "tient pas" !
Les mythes représentent pour moi une grille de lecture, une possibilté de compréhension du monde, de la sociéte, des relations interpersonnelles, du lien social.
Ce sont des modèles ! Comme les fables, qui permettent aux hommes de s'identifier, de faire comme... Mais aussi de tirer des leçons.
Il y a toujours une morale à la fable, au conte, à l'histoire !
Une morale ou une moralité...Comme quoi !
Un fin. Mais qui nous laisse sur notre faim !
Pour le maître de la psychanalyse il n'en n'est pas tout à fait comme ça. Les mythes sont mis à son service. Il a lui même convoqué et n'a retenu que ce qui pouvait affirmer ses hypothéses quittent à reformuler, arranger, bricoler. Mettre au goût du jour.
Il en va ainsi d'Oedipe, de la Horde, de ce pauvre Moïse, de Jocaste...
A notre grand bonheur tout de même, car ces livres (romans ? ) sont parfois jubilatoires !
Et puis Freud n'est pas historien, il ne se targue pas d'écrire l'histoire ! Il est le découvreur, et il a à ce titre là, tous les droits, ceux de réécrire, d'inventer, de réinventer à notre plus grande joie !
Il s'est approprié et a revisité ces histoires, historiettes et anecdotes, intelligemment, mais on se rend compte quand même que tout ne "tient pas" !
Les mythes représentent pour moi une grille de lecture, une possibilté de compréhension du monde, de la sociéte, des relations interpersonnelles, du lien social.
Ce sont des modèles ! Comme les fables, qui permettent aux hommes de s'identifier, de faire comme... Mais aussi de tirer des leçons.
Il y a toujours une morale à la fable, au conte, à l'histoire !
Une morale ou une moralité...Comme quoi !
Un fin. Mais qui nous laisse sur notre faim !
"Voici une histoire que je vous relate là, écoutez la Bonnes gens, écoutez bien !"
Et de raconter les aventures, d'un bucheron, de rois et reines, d'une princesse, d'une méchante sorcière (elle ne peut être que forcément méchante) d'une gentille fée (forcément gentille), de nains...
"Il leur est arrivé ceci et cela...Ils ont parcouru le monde, franchi des obstacles, fait des miracles... Bref, ils ont vécu, plus ou moins bien. Mais la morale est :
"Il vous faut Bonnes gens, en tirer une morale" ce qui peut s'entendre par "ne pas faire, ou faire comme.."
Mais la mythologie ? Qu'en est-il de la mythologie ? Elle raconte des histoires, celles de dieux, demi dieux, héros, mais finalement hormis leur immortalité (ce qui n'est quand même pas rien ! chance ou terrible fardeau ?) ces histoires sont sommes toutes banales.
Tueries, tromperies, beuveries, trahisons, amitiés, haines, honneurs, lachetés
Tout ce que l'homme vit dans la réalité.
Les Anciens se sont finalement bien amusés, et à leurs dépends bien souvent. Pourtant à travers ces récits "fabuleux" ils avaient l'intention de délivrer un message, de tirer des conclusions, de prendre du recul, d'attribuer à d'autres, qu'ils dotaient de pouvoirs supra humains, les mêmes aventures qu'ils vivaient...
Pour voir comment ils s'en sortaient ?
Alors la mythologie ne serait qu'un gigantesque laboratoire ?
Un champ expérimental ?
On y multiplie les expériences, on change la fin parfois.... Parce qu'elle ne convient pas ? On y rajoute des obstacles...
Pourtant ce sont bien les dieux qui regardent les hommes du haut de l'Olympe. Ce sont eux qui comptent les points sur les champs de batailles. Qui se battent, soutiennent les camps, font des hommes leurs marionnettes pour régler leurs propres comptes. Leur propres contes ?
Tueries, tromperies, beuveries, trahisons, amitiés, haines, honneurs, lachetés
Tout ce que l'homme vit dans la réalité.
Les Anciens se sont finalement bien amusés, et à leurs dépends bien souvent. Pourtant à travers ces récits "fabuleux" ils avaient l'intention de délivrer un message, de tirer des conclusions, de prendre du recul, d'attribuer à d'autres, qu'ils dotaient de pouvoirs supra humains, les mêmes aventures qu'ils vivaient...
Pour voir comment ils s'en sortaient ?
Alors la mythologie ne serait qu'un gigantesque laboratoire ?
Un champ expérimental ?
On y multiplie les expériences, on change la fin parfois.... Parce qu'elle ne convient pas ? On y rajoute des obstacles...
Pourtant ce sont bien les dieux qui regardent les hommes du haut de l'Olympe. Ce sont eux qui comptent les points sur les champs de batailles. Qui se battent, soutiennent les camps, font des hommes leurs marionnettes pour régler leurs propres comptes. Leur propres contes ?
Ce sont eux qui pour combler le vide de leur vie, où il n'arrive plus rien, se mèlent aux hommes, leur font des enfants (ces fameux demi dieux) car malgré les déesses, ils convoitent les mortelles.
Comme quoi nous ne sommes jamais satisfaits de notre sort ?
Alors que signifie cette gigantesque mascarade ? Pourquoi les hommes ont-ils besoin de s'inventer un théatre, un théatre dans l'au delà, d'où les dieux, créatures issues de l'imagination débordante de l'homme s'amusent à tirer les ficelles, (et à les couper par la même occasion) des misèrables pantins qui les ont eux même crées. Ils se jouent de leurs créateurs ! Mais arrivent-ils à ceux là même de se révolter ? De leur demander des comptes ? Des contes ?
Pourquoi donc ce besoin d'un être supérieur, différent, magique, omniprésent, omniscient...
Pourquoi ce besoin de mettre en place une telle machination ?
Pourquoi faire ? Pour qu'en faire ?
C'est amorcer là, le concept de la spiritualité...
Comme quoi nous ne sommes jamais satisfaits de notre sort ?
Alors que signifie cette gigantesque mascarade ? Pourquoi les hommes ont-ils besoin de s'inventer un théatre, un théatre dans l'au delà, d'où les dieux, créatures issues de l'imagination débordante de l'homme s'amusent à tirer les ficelles, (et à les couper par la même occasion) des misèrables pantins qui les ont eux même crées. Ils se jouent de leurs créateurs ! Mais arrivent-ils à ceux là même de se révolter ? De leur demander des comptes ? Des contes ?
Pourquoi donc ce besoin d'un être supérieur, différent, magique, omniprésent, omniscient...
Pourquoi ce besoin de mettre en place une telle machination ?
Pourquoi faire ? Pour qu'en faire ?
C'est amorcer là, le concept de la spiritualité...
Et les mythes sont immortels !
jeudi 10 avril 2008
Anorexie : réglementer l'inconscient ?
Décidèment quelle utopie que de croire que la Loi peut tout régler, réglementer, codifier !
S'agit-il de le croire ? Ou plus simplement de se rassurer ?
Mais rassurer qui ?
Utopie ? Rêve ? Mensonge ? Illusion ?
Que penser de tout cela ?
Que penser de cette intrusion là ? Encore ! Qui pourtant part d'un constat accablant...Tellement accablant qu'on se dit qu'il faudrait peut-être faire quelque chose, réagir. Donc légiférer, pour faire en sorte que ça n'arrive plus. Qu'on ne voit plus ça ! Plus jamais ça.
Nous le savons, l'enfer est pavé de bonnes intentions....
Une loi réglera t-elle le problème ?
Toutes ces questions, je me les pose à chaque fois que la loi intervient dans la psyché, dans la conduite, dans les comportements des individus que nous sommes.
Quand la loi se donne pour objectif de réglementer l'inconscient.
C'est un sujet complexe qui suscite de vastes débats, mais qui n'apporte pas vraiment de réponses, des élèments de réflexion seulement, mais ce n'est pas si mal !
Intrusion ? Certainement. Mais le point que personnellement je trouve positif, c'est qu'on parle de l'anorexie, enfin ! encore !
Que des élus se penchent sur une des facettes de cette maladie.
Car il s'agit bien de mal à dit. Ce n'est pas seulement un souci d'identification, de mode. Mais c'est surtout une maladie, un fléau, une souffrance qui touche, des enfants, des jeunes filles, des femmes, mais des hommes aussi, des jeunes garçons..
L'anorexie se voit. Elle se montre à voir. Et ce qui est montré à voir dans ce cas précis n'est pas supportable. N'est pas voyable ! N'est pas regardable !
Cachez se corps...Que je ne saurai voir....Que je ne pourrai voir...Que je ne peux voir. Que je ne veux pas voir...
Cachez ce corps... Interdisez ce corps... Interdisez pour que je n'ai plus à voir ce corps là, que je ne supporte pas de voir, que je ne souffre pas !
Pourquoi ?
Bonne question, sans réponse, ou suscitant trop de réponses.
A quoi nous renvoit une telle image du corps ? Quel imaginaire convoque t-elle ?
Qu'est ce qui nous insupporte dans cette vision, dans ce que nous voyons.
Les mannequins, les images (retouchées) les sites internet, la mode. Un monde qui n'est pas le quotidien, mais un monde qui pourtant s'introduit insidieusement dans le quotidien de chacun.
L'anorexie donne à voir, montre à voir un corps décharné, une maigreur terrible, insupportable.
Une maigreur..De famine...Dans un monde trop plein. Trop plein de nourriture, de biens d'équipements, de gadgets, trop plein de tout.
D'un monde qui a force de susciter du désir, n'offre que du vide, et du plaisir. Du plaisir, pas du bonheur..Car de la jouissance tout de suite, immédiate. Du tout et du rien.
Du tout pour du rien
Du tout pour combler du vide. Mais qui ne se comble pas, mais qui parfois rejette, vomit ce trop plein de tout !
Serait-ce alors un mal nouveau ? Non, bien sûr que non !
L'anorexie est plus complexe qu'un phénomène de mode. Il n'y a pas d'anorexie au singulier, mais des anorexies au pluriel. Elle se décline de différentes manières, à plusieurs niveaux.
Quel est ce rapport à la nourriture ? Ces troubles du comportement alimentaire pour reprendre les termes du DSM IV.
Comment comprendre ce refus de se nourrir. D'alimenter son corps ? Nourriture terrestre ? Céleste ? Aliments ? Mais quels sont réélement ces aliments dont on ne veut pas, dont on ne veut plus ? Pour son corps ?
Aliments qu'on absorbe... Nourrit ture Nourrit qui tue ! Nourrit torture... Nourriture.
Ce qui rentre par la bouche, mais qu'on fait ressortir par la bouche aussi parfois, en se faisant mal. Pour ne pas garder, pour ne pas avoir, pour ne pas profiter, pour jeter, pour vider, faire le vide, vider le corps, priver de vie le corps..
Faire le vide partout.
Puis ces aliments qui ne peuvent même plus passer, rentrer. Qu'on ne peut plus absorber. Ces douleurs, ce corps nié, gommé, effacé qui hurle de douleur.
La faim, la fin ? Mais la fin de quoi ?
Un appel ? un SOS ? Mayday ! M'aider....? Mais à qui cette balise de détresse est-elle destinée ?
Tout va bien, du moins on le croit, puis ça arrive comme ça, sans qu'on s'en apercoive, on ne sait pas trop comment c'est arrivé, mais c'est là !On mange peu, puis de moins en moins, puis plus du tout. On perd du poids.
C'est la soustraction. La régle des moins : moins de nourriture, moins de poids.
On se déleste du fardeau, comme pour faire prendre du lest à la mongolfière. On ne charge pas, puis après on crache, on recrache, on jete, on déleste, on se déleste....
Soustraction. Mais pourtant la régle algébrique veut que moins par moins, ça fasse plus. Alors où est le plus ?
Cherchons ce plus ! Il y est forcément.
Il faut pourtant continuer...
Alors on s'efforce de "faire bonne figure" et de donner le change. Puis on recrache, dans son mouchoir, dans les toilettes : "Vous n'imaginez pas les stratégies, les efforts qu'il faut déployer pour vivre avec les autres" me dit une patiente. "Lheure du repas est une torture". "je suis fatiguée d'avoir sans arrêt besoin d'inventer, pour que ça ne se voit pas, pour ne pas entendre, allez force toi un petit peu" soupire une autre.
la vie sociale devient une torture, être en realtion finit par devenir impossible. Conduisant à l'isolement.
Notre société repose sur la convivialité, et le repas en fait partie.
Un objecteur de conscience, faisant la grêve de la faim pour ne pas faire son service militaire m'a raconté comment il avait vécu ces épreuves... L'heure du repas ! Il n'avait jamais auparavant pris conscience de l'importance que ce rituel avait dans ses relations à l'autre.
"Donner le change, faire semblant, faire croire que tout va bien...."
Y mettre les formes, alors que des formes on n'en veut plus !
Pour ne pas inquiéter
Car cet état là, se voit. Il inquiéte l'entourage, qui ne sait pas. Qui ne sait pas quoi dire, qui ne sait pas quoi faire.
Qui assiste impuissant à la mort lente d'un corps qui s'efface, et qui malgré tout hurle qu'il veut vivre !
L'anorexie, n'est pas que la perte de l'appétit, elle est aussi la perte de l'autre, et des autres, elle est surtout la perte du désir. Une perte de l'en vie. Une perte de soi, une perte de vue, à perte de vue.
L'envie d'être, ou de ne plus être, de gommer une place peut-être déjà si tenue (mince) ou si peu tenue. Une place ? Mais quelle place ?
Une place, un manque de place, un peu de place, comme juste un peu de nourriture.
Alimenter quoi ? un corps en manque de place ?
Amincir encore un peu... Jusqu'à l'effaçage total ?
Ce refus de manger est-il le seul moyen de dire sa douleur, de rejeter sa souffrance ? De dire son mal aise, mal être ?
Une loi, un réglement, arriveront-ils à bout de ce processus ?
La loi a t-elle à faire dans cette aventure là ? Dans cette descente aux enfers ?
Que réglemente t-on au juste ? Sa propre conscience ? D'avoir fait ce qu'on pensait juste ?
Soigne t-on le mal ? Par la loi
Celle ci guérit-elle le mal de vivre ? Le mal de manger ?
Interdire de faire défiler, de montrer des filles "sous alimentée" va t-il venir à bout de ce fléau ?
Le croire est-il réaliste ? Vouloir le faire croire l'est-il davantage ?
Faut-il en passer par là, par la loi afin de mettre un terme ou de penser qu'on peut mettre un terme à l'insupportable ? A l'impensable ? A l'innomable ? A l'impossible ?
Est-il du ressort de la collectivité, des pouvoirs publics de s'introduire dans l'intime, dans l'intimité du sujet en souffrance ?
S'agit-il de le croire ? Ou plus simplement de se rassurer ?
Mais rassurer qui ?
Utopie ? Rêve ? Mensonge ? Illusion ?
Que penser de tout cela ?
Que penser de cette intrusion là ? Encore ! Qui pourtant part d'un constat accablant...Tellement accablant qu'on se dit qu'il faudrait peut-être faire quelque chose, réagir. Donc légiférer, pour faire en sorte que ça n'arrive plus. Qu'on ne voit plus ça ! Plus jamais ça.
Nous le savons, l'enfer est pavé de bonnes intentions....
Une loi réglera t-elle le problème ?
Toutes ces questions, je me les pose à chaque fois que la loi intervient dans la psyché, dans la conduite, dans les comportements des individus que nous sommes.
Quand la loi se donne pour objectif de réglementer l'inconscient.
C'est un sujet complexe qui suscite de vastes débats, mais qui n'apporte pas vraiment de réponses, des élèments de réflexion seulement, mais ce n'est pas si mal !
Intrusion ? Certainement. Mais le point que personnellement je trouve positif, c'est qu'on parle de l'anorexie, enfin ! encore !
Que des élus se penchent sur une des facettes de cette maladie.
Car il s'agit bien de mal à dit. Ce n'est pas seulement un souci d'identification, de mode. Mais c'est surtout une maladie, un fléau, une souffrance qui touche, des enfants, des jeunes filles, des femmes, mais des hommes aussi, des jeunes garçons..
L'anorexie se voit. Elle se montre à voir. Et ce qui est montré à voir dans ce cas précis n'est pas supportable. N'est pas voyable ! N'est pas regardable !
Cachez se corps...Que je ne saurai voir....Que je ne pourrai voir...Que je ne peux voir. Que je ne veux pas voir...
Cachez ce corps... Interdisez ce corps... Interdisez pour que je n'ai plus à voir ce corps là, que je ne supporte pas de voir, que je ne souffre pas !
Pourquoi ?
Bonne question, sans réponse, ou suscitant trop de réponses.
A quoi nous renvoit une telle image du corps ? Quel imaginaire convoque t-elle ?
Qu'est ce qui nous insupporte dans cette vision, dans ce que nous voyons.
Les mannequins, les images (retouchées) les sites internet, la mode. Un monde qui n'est pas le quotidien, mais un monde qui pourtant s'introduit insidieusement dans le quotidien de chacun.
L'anorexie donne à voir, montre à voir un corps décharné, une maigreur terrible, insupportable.
Une maigreur..De famine...Dans un monde trop plein. Trop plein de nourriture, de biens d'équipements, de gadgets, trop plein de tout.
D'un monde qui a force de susciter du désir, n'offre que du vide, et du plaisir. Du plaisir, pas du bonheur..Car de la jouissance tout de suite, immédiate. Du tout et du rien.
Du tout pour du rien
Du tout pour combler du vide. Mais qui ne se comble pas, mais qui parfois rejette, vomit ce trop plein de tout !
Serait-ce alors un mal nouveau ? Non, bien sûr que non !
L'anorexie est plus complexe qu'un phénomène de mode. Il n'y a pas d'anorexie au singulier, mais des anorexies au pluriel. Elle se décline de différentes manières, à plusieurs niveaux.
Quel est ce rapport à la nourriture ? Ces troubles du comportement alimentaire pour reprendre les termes du DSM IV.
Comment comprendre ce refus de se nourrir. D'alimenter son corps ? Nourriture terrestre ? Céleste ? Aliments ? Mais quels sont réélement ces aliments dont on ne veut pas, dont on ne veut plus ? Pour son corps ?
Aliments qu'on absorbe... Nourrit ture Nourrit qui tue ! Nourrit torture... Nourriture.
Ce qui rentre par la bouche, mais qu'on fait ressortir par la bouche aussi parfois, en se faisant mal. Pour ne pas garder, pour ne pas avoir, pour ne pas profiter, pour jeter, pour vider, faire le vide, vider le corps, priver de vie le corps..
Faire le vide partout.
Puis ces aliments qui ne peuvent même plus passer, rentrer. Qu'on ne peut plus absorber. Ces douleurs, ce corps nié, gommé, effacé qui hurle de douleur.
La faim, la fin ? Mais la fin de quoi ?
Un appel ? un SOS ? Mayday ! M'aider....? Mais à qui cette balise de détresse est-elle destinée ?
Tout va bien, du moins on le croit, puis ça arrive comme ça, sans qu'on s'en apercoive, on ne sait pas trop comment c'est arrivé, mais c'est là !On mange peu, puis de moins en moins, puis plus du tout. On perd du poids.
C'est la soustraction. La régle des moins : moins de nourriture, moins de poids.
On se déleste du fardeau, comme pour faire prendre du lest à la mongolfière. On ne charge pas, puis après on crache, on recrache, on jete, on déleste, on se déleste....
Soustraction. Mais pourtant la régle algébrique veut que moins par moins, ça fasse plus. Alors où est le plus ?
Cherchons ce plus ! Il y est forcément.
Il faut pourtant continuer...
Alors on s'efforce de "faire bonne figure" et de donner le change. Puis on recrache, dans son mouchoir, dans les toilettes : "Vous n'imaginez pas les stratégies, les efforts qu'il faut déployer pour vivre avec les autres" me dit une patiente. "Lheure du repas est une torture". "je suis fatiguée d'avoir sans arrêt besoin d'inventer, pour que ça ne se voit pas, pour ne pas entendre, allez force toi un petit peu" soupire une autre.
la vie sociale devient une torture, être en realtion finit par devenir impossible. Conduisant à l'isolement.
Notre société repose sur la convivialité, et le repas en fait partie.
Un objecteur de conscience, faisant la grêve de la faim pour ne pas faire son service militaire m'a raconté comment il avait vécu ces épreuves... L'heure du repas ! Il n'avait jamais auparavant pris conscience de l'importance que ce rituel avait dans ses relations à l'autre.
"Donner le change, faire semblant, faire croire que tout va bien...."
Y mettre les formes, alors que des formes on n'en veut plus !
Pour ne pas inquiéter
Car cet état là, se voit. Il inquiéte l'entourage, qui ne sait pas. Qui ne sait pas quoi dire, qui ne sait pas quoi faire.
Qui assiste impuissant à la mort lente d'un corps qui s'efface, et qui malgré tout hurle qu'il veut vivre !
L'anorexie, n'est pas que la perte de l'appétit, elle est aussi la perte de l'autre, et des autres, elle est surtout la perte du désir. Une perte de l'en vie. Une perte de soi, une perte de vue, à perte de vue.
L'envie d'être, ou de ne plus être, de gommer une place peut-être déjà si tenue (mince) ou si peu tenue. Une place ? Mais quelle place ?
Une place, un manque de place, un peu de place, comme juste un peu de nourriture.
Alimenter quoi ? un corps en manque de place ?
Amincir encore un peu... Jusqu'à l'effaçage total ?
Ce refus de manger est-il le seul moyen de dire sa douleur, de rejeter sa souffrance ? De dire son mal aise, mal être ?
Une loi, un réglement, arriveront-ils à bout de ce processus ?
La loi a t-elle à faire dans cette aventure là ? Dans cette descente aux enfers ?
Que réglemente t-on au juste ? Sa propre conscience ? D'avoir fait ce qu'on pensait juste ?
Soigne t-on le mal ? Par la loi
Celle ci guérit-elle le mal de vivre ? Le mal de manger ?
Interdire de faire défiler, de montrer des filles "sous alimentée" va t-il venir à bout de ce fléau ?
Le croire est-il réaliste ? Vouloir le faire croire l'est-il davantage ?
Faut-il en passer par là, par la loi afin de mettre un terme ou de penser qu'on peut mettre un terme à l'insupportable ? A l'impensable ? A l'innomable ? A l'impossible ?
Est-il du ressort de la collectivité, des pouvoirs publics de s'introduire dans l'intime, dans l'intimité du sujet en souffrance ?
mardi 8 avril 2008
Bienveillance.
C'est le titre de ce best seller, maintenant paru aux "éditions de poches" et que je n'ai pas lu, qui me fait réflechir à cette notion ou à ce concept
Je n'ai pas lu le livre. Je n'en n'ai lu et entendu seulement que des extraits. J'ai regardé les émissions sur le sujet, lu les articles qui en parlaient... Mais je ne l'ai pas lu... Pas encore ! Je ne sais si je le lirai..
Mais le titre "les bienveillantes" me surprend ! m'interpelle aussi .
Il semblerait qu'il ait été donné en référence à la tragédie d'Eschyle, les Euménides....
En effet, tueries, vengeances, persécutions, culpabilités...Mais je ne vois ni Athéna, ni d'Erynes ?
Ce titre me laisse songeuse. Vraiment
D'ailleurs il n'a pas été traduit en allemand. Le livre portera un autre titre. Cette traduction littérale là était absolument impensable.
Impensable ! C'est peut-être ça !
Bienveillantes?
Cela me mène inévitablement vers la bienveillance, la neutralité bienveillante, soit disant bien veillante...
Pourrait -elle cette écoute, cette neutralité être alors mal veillante ?
Quel sens ? Pourquoi ?
Je réalise alors que cet adjectif m'interpelle depuis longtemps, et qu'il y a quelque chose qui cloche dans son acception. Dans l'acception que j'en ai. Dans sa représentation aussi sûrement. Etre bienveillant ! Il s'en dégage une sorte de condescendance, un rapport qui ne semble pas d'égalité... C'est peut-être ça aussi ?
Les orientaux insistent sur la volonté du bien et du bonheur d'autrui, le christianisme également, tout en soulignant qu'elle ne suppose pas la réciprocité, et n'instaure pas de liens durables avec l'autre. Il s'agit de veiller à son bien, de "veiller"
Bien veillance ; veiller au bien de.
Accepter l'autre, sans jugement, sans critique. C'est le sens analytique, qui ne signifie pas non plus d'avoir une attitude passive, froide, distante..
Pourtant, le recul nécessaire, la distance sont essentiels.
Dans la cure, l'analyste n'accompagne pas le sujet, s'il le fait il devient thérapeute.
Il lui permet. Et lui permet seulement. Il lui permet d'associer librement, les mots, phrases, idées...
Pas n'importe comment, mais librement. Pas si libre que ça en fait, car si ce n'est volontaires, ces paroles le sont cependant dictées par des mécanismes indépendants de ce qui est conscient.
C'est l'inconscient qui parle.
Le sujet entre en relation avec ce qu'il ne connait pas, ce qu'il ne sait pas de lui. De son "moi" . De ce qu'il a de plus intime, mais paradoxalement de plus "inconnu", ce qu'il ne soupçonne pas.
L'analyste n'a pas à intervenir dans ce "dialogue " là, pas plus qu'à donner son avis, encore moins des conseils...
Alors où se place, où se loge la bien veillance là dedans ?
Quelle place a t-elle dans la communication des inconscients ?
L'analyste n'aide pas. Puisque tout se passe au niveau du transfert.
Comment peut-il être bienveillant ?
Peut-on à la lumière de ces élèments tenter de rédéfinir la notion de neutralité bienveillante ?
Un paradoxe ? La neutralité signifiant un apparent détachement ou pire encore la passivité et l'adjectif le contraire ....
Que croire, que penser alors ?
Un leurre ?
Faire ou laisser croire que tout arrive comme ça, rêve, parole, silence... Tout ce matériau amené par le sujet à l'analyste qui n'en fait rien, qui laisse venir...sans dire et faire ?
Ou bien laisser croire à l'annulation du sens du premier par le deuxième, ou son atténuation ?
L'analyste est neutre ; il n'intervient pas.... Mais cependant veut le bien de son analysant ?
Pas très probant tout ça.... Bricolage, arrangement, ajustement ?
Qu'à voulu signifier Freud ?
Devons nous préférer à ce terme qui pourtant lui était si cher, celui "d'acte psychanalytique" rendant davantage compte de la responsabilité du psychanalyste dans le manièment de la cure ?
Je n'ai pas lu le livre. Je n'en n'ai lu et entendu seulement que des extraits. J'ai regardé les émissions sur le sujet, lu les articles qui en parlaient... Mais je ne l'ai pas lu... Pas encore ! Je ne sais si je le lirai..
Mais le titre "les bienveillantes" me surprend ! m'interpelle aussi .
Il semblerait qu'il ait été donné en référence à la tragédie d'Eschyle, les Euménides....
En effet, tueries, vengeances, persécutions, culpabilités...Mais je ne vois ni Athéna, ni d'Erynes ?
Ce titre me laisse songeuse. Vraiment
D'ailleurs il n'a pas été traduit en allemand. Le livre portera un autre titre. Cette traduction littérale là était absolument impensable.
Impensable ! C'est peut-être ça !
Bienveillantes?
Cela me mène inévitablement vers la bienveillance, la neutralité bienveillante, soit disant bien veillante...
Pourrait -elle cette écoute, cette neutralité être alors mal veillante ?
Quel sens ? Pourquoi ?
Je réalise alors que cet adjectif m'interpelle depuis longtemps, et qu'il y a quelque chose qui cloche dans son acception. Dans l'acception que j'en ai. Dans sa représentation aussi sûrement. Etre bienveillant ! Il s'en dégage une sorte de condescendance, un rapport qui ne semble pas d'égalité... C'est peut-être ça aussi ?
Les orientaux insistent sur la volonté du bien et du bonheur d'autrui, le christianisme également, tout en soulignant qu'elle ne suppose pas la réciprocité, et n'instaure pas de liens durables avec l'autre. Il s'agit de veiller à son bien, de "veiller"
Bien veillance ; veiller au bien de.
Accepter l'autre, sans jugement, sans critique. C'est le sens analytique, qui ne signifie pas non plus d'avoir une attitude passive, froide, distante..
Pourtant, le recul nécessaire, la distance sont essentiels.
Dans la cure, l'analyste n'accompagne pas le sujet, s'il le fait il devient thérapeute.
Il lui permet. Et lui permet seulement. Il lui permet d'associer librement, les mots, phrases, idées...
Pas n'importe comment, mais librement. Pas si libre que ça en fait, car si ce n'est volontaires, ces paroles le sont cependant dictées par des mécanismes indépendants de ce qui est conscient.
C'est l'inconscient qui parle.
Le sujet entre en relation avec ce qu'il ne connait pas, ce qu'il ne sait pas de lui. De son "moi" . De ce qu'il a de plus intime, mais paradoxalement de plus "inconnu", ce qu'il ne soupçonne pas.
L'analyste n'a pas à intervenir dans ce "dialogue " là, pas plus qu'à donner son avis, encore moins des conseils...
Alors où se place, où se loge la bien veillance là dedans ?
Quelle place a t-elle dans la communication des inconscients ?
L'analyste n'aide pas. Puisque tout se passe au niveau du transfert.
Comment peut-il être bienveillant ?
Peut-on à la lumière de ces élèments tenter de rédéfinir la notion de neutralité bienveillante ?
Un paradoxe ? La neutralité signifiant un apparent détachement ou pire encore la passivité et l'adjectif le contraire ....
Que croire, que penser alors ?
Un leurre ?
Faire ou laisser croire que tout arrive comme ça, rêve, parole, silence... Tout ce matériau amené par le sujet à l'analyste qui n'en fait rien, qui laisse venir...sans dire et faire ?
Ou bien laisser croire à l'annulation du sens du premier par le deuxième, ou son atténuation ?
L'analyste est neutre ; il n'intervient pas.... Mais cependant veut le bien de son analysant ?
Pas très probant tout ça.... Bricolage, arrangement, ajustement ?
Qu'à voulu signifier Freud ?
Devons nous préférer à ce terme qui pourtant lui était si cher, celui "d'acte psychanalytique" rendant davantage compte de la responsabilité du psychanalyste dans le manièment de la cure ?
lundi 7 avril 2008
La plainte et le silence.
La plainte du patient
Le silence de l'analyste.
Et on parle (!) d'une rencontre possible, d'un rendez vous qui ne peut, ne doit être manqué !
Les analystes dans la pure tradition lacanienne (qui pourtant se réclame du Maitre alors que Freud parlait, commentait, conseillait, bref était actif dans la cure) se targuent de ne dire mot !
Ils écoutent en silence, du moins ils le prétendent.
Ils écoutent la plainte, celle du sujet en souffrance qui s'allonge là, et qui parle, ou ne parle pas. Mais ce silence là est souvent plus éloquent que la parole.
Ils parlent ou ne parlent pas de leur douleur psychique, de leur mal, de leur souffrance, de ce qui les hantent, les empêche de vivre et qui grâce à un sursaut de vie, une pulsion de survie, quand même, les mène vers le cabinet d'un thérapeute.
Alors de cette plainte on en fait quoi ?
A quoi sert-elle ?
Se plaindre est humain, on souffre, s'inquiéte et on fait partager ce sentiment, cet affect, cette émotion à l'autre. Un autre semblable, son collègue, son conjoint, son voisin, un ami... un inconnu. Une personne à qui on ne se confie pas vraiment mais à qui "l'on dit". On dépose alors un petit peu de son fardeau, pensant qu'ensuite il sera peut-être un peu moins lourd... On entend ou on n'entend pas les paroles gentilles, compatissantes, de cet autre vraiment bienveillant.
Nous connaissons tous ces situations, de temps à autres.
Mais quand il s'agit de sujets en souffrance psychique, de mal de vivre, à la douleur d'un événement de vie, deuil, maladie, rupture, abandon... S'en sortir seul ou avec l'aide d'un proche n'est pas de l'ordre du possible, et le recours au tiers extérieur s'impose : D'où les rendez vous avec le thérapeute.
Oui, mais voila. Que va dire le thérapeute ?
Et surtout que ne va t-il pas dire ?
Et que se passe t-il s'il ne dit rien ?
Certains sujets n'attendent rien. Le thérapeute, n'est que le miroir, le double qui entend ou qui n'entend pas, sa simple présence suffit. Il n'a pas besoin de renvoyer, Le feed back n'est pas nécessaire, il serait presque inutile, incongru. Ces sujets là n'en veulent surtout pas.
Dire simplement... Dire seulement !
Attitude oh combien lourde de sens et qui mériterait qu'on s'y arréte plus longuement...
Mais d'autres sujets, pourtant avertis des pratiques de l'analyse, sont surpris, ne comprennent pas, ne gérent pas ces silences, ne les supportent pas...
Ils leur sont insupportables et générent de la plainte. Une plainte qui s'ajoute aux autres plaintes.
Ne comprennent pas que leur plainte ne renvoit rien...Du moins le pensent-ils, le supposent-ils.
Ne serait-elle pas alors entendue ?
N'y aurait-il rien à en faire ?
Toutes ces années passées dans les services hospitaliers m'ont appris que la souffrance physique et psychique demandent une réponse de la part de l'autre.
Une réponse qui est attendue, voire sollicité, verbalement ou non. Explicitement ou non.
Cette réponse ne passe pas forcément par des mots. Il y a, et nous le savons tous, d'autres formes de langage. D'autres manières de marquer son intéret.. De dire, de montrer qu'on a entendu.
Qu'on n'est pas sourd au langage de l'autre. A ses mots et à ses maux !
La douleur est actuellement considérée, du moins, elle l'est davantage. Si dans les années passées les médecins répugnaient à donner des antalgiques et encore moins de la morphine, il n'en n'est plus ainsi, et c'est tant mieux ! A quoi bon souffrir inutilement alors qu'on peut abaisser le seuil de la douleur, et rétablir un certain confort pour le malade. Un relatif bien-être.
Alors pourquoi tant de questions, tant de recul, tant de craintes, tant de réticences vis à vis de "l'antalgique psychique" ?
Cette peur, encore ! Cette angoisse, devant ce territoire inconnu que constitue la maladie mentale, ou simplement le mal d'être ? devant le "ce que je ne comprends pas" et "ce qui pourrait être le pire qui pourrait arriver"
Les maladies de l'âme ne méritent-elles pas compassion ? Empathie ? Et réponse ?
Pourquoi ne pas panser ces maux là... Des maux penser par les mots, mais qui doivent aussi être pansés par des gestes, par des regards, ou s'il le faut par l'absorbtion de substances...
Pour ma part, je ne suis jamais restée sourde devant la plainte. Cela n'a pour moi aucun sens.
Cette plainte adressée à l'autre, soignant ou non exige une réponse appropriée. C'est le travail du thérapeute !
Laisser le patient se répandre dans la plainte, ne peut rien lui apporter, si ce n'est que de tourner en rond, et de passer en boucle sa souffrance...De laisser cette plainte et ce mal aise s'incruster, se greffer, s'insérer dans le plus profond de l'être. De faire de la plainte l'essence de son moi.
La plainte alimente la plainte..
Et il est bon de s'en défaire...
Si elle est dans certains cas adaptée, nécessaire au changement, elle peut à la longue, si elle est entretenue...par le sujet....et par le thérapeute, devenir toxique.
Elle finit par donner une vision erronée des événements, des choses et du monde.
C'est loin d'être le but d'une thérapie que d'accompagner le sujet sur ce chemin là... L'objectif étant au contraire de le rendre libre et autonome. Acteur de sa situation et de sa vie. Dans la mesure du possible... Des possibles, mais en aucun cas, le maintenir dans une situation de "victime".
Mais s'il ne faut pas rester sourd, faut-il rester muet ?
Le silence de l'analyste.
Et on parle (!) d'une rencontre possible, d'un rendez vous qui ne peut, ne doit être manqué !
Les analystes dans la pure tradition lacanienne (qui pourtant se réclame du Maitre alors que Freud parlait, commentait, conseillait, bref était actif dans la cure) se targuent de ne dire mot !
Ils écoutent en silence, du moins ils le prétendent.
Ils écoutent la plainte, celle du sujet en souffrance qui s'allonge là, et qui parle, ou ne parle pas. Mais ce silence là est souvent plus éloquent que la parole.
Ils parlent ou ne parlent pas de leur douleur psychique, de leur mal, de leur souffrance, de ce qui les hantent, les empêche de vivre et qui grâce à un sursaut de vie, une pulsion de survie, quand même, les mène vers le cabinet d'un thérapeute.
Alors de cette plainte on en fait quoi ?
A quoi sert-elle ?
Se plaindre est humain, on souffre, s'inquiéte et on fait partager ce sentiment, cet affect, cette émotion à l'autre. Un autre semblable, son collègue, son conjoint, son voisin, un ami... un inconnu. Une personne à qui on ne se confie pas vraiment mais à qui "l'on dit". On dépose alors un petit peu de son fardeau, pensant qu'ensuite il sera peut-être un peu moins lourd... On entend ou on n'entend pas les paroles gentilles, compatissantes, de cet autre vraiment bienveillant.
Nous connaissons tous ces situations, de temps à autres.
Mais quand il s'agit de sujets en souffrance psychique, de mal de vivre, à la douleur d'un événement de vie, deuil, maladie, rupture, abandon... S'en sortir seul ou avec l'aide d'un proche n'est pas de l'ordre du possible, et le recours au tiers extérieur s'impose : D'où les rendez vous avec le thérapeute.
Oui, mais voila. Que va dire le thérapeute ?
Et surtout que ne va t-il pas dire ?
Et que se passe t-il s'il ne dit rien ?
Certains sujets n'attendent rien. Le thérapeute, n'est que le miroir, le double qui entend ou qui n'entend pas, sa simple présence suffit. Il n'a pas besoin de renvoyer, Le feed back n'est pas nécessaire, il serait presque inutile, incongru. Ces sujets là n'en veulent surtout pas.
Dire simplement... Dire seulement !
Attitude oh combien lourde de sens et qui mériterait qu'on s'y arréte plus longuement...
Mais d'autres sujets, pourtant avertis des pratiques de l'analyse, sont surpris, ne comprennent pas, ne gérent pas ces silences, ne les supportent pas...
Ils leur sont insupportables et générent de la plainte. Une plainte qui s'ajoute aux autres plaintes.
Ne comprennent pas que leur plainte ne renvoit rien...Du moins le pensent-ils, le supposent-ils.
Ne serait-elle pas alors entendue ?
N'y aurait-il rien à en faire ?
Toutes ces années passées dans les services hospitaliers m'ont appris que la souffrance physique et psychique demandent une réponse de la part de l'autre.
Une réponse qui est attendue, voire sollicité, verbalement ou non. Explicitement ou non.
Cette réponse ne passe pas forcément par des mots. Il y a, et nous le savons tous, d'autres formes de langage. D'autres manières de marquer son intéret.. De dire, de montrer qu'on a entendu.
Qu'on n'est pas sourd au langage de l'autre. A ses mots et à ses maux !
La douleur est actuellement considérée, du moins, elle l'est davantage. Si dans les années passées les médecins répugnaient à donner des antalgiques et encore moins de la morphine, il n'en n'est plus ainsi, et c'est tant mieux ! A quoi bon souffrir inutilement alors qu'on peut abaisser le seuil de la douleur, et rétablir un certain confort pour le malade. Un relatif bien-être.
Alors pourquoi tant de questions, tant de recul, tant de craintes, tant de réticences vis à vis de "l'antalgique psychique" ?
Cette peur, encore ! Cette angoisse, devant ce territoire inconnu que constitue la maladie mentale, ou simplement le mal d'être ? devant le "ce que je ne comprends pas" et "ce qui pourrait être le pire qui pourrait arriver"
Les maladies de l'âme ne méritent-elles pas compassion ? Empathie ? Et réponse ?
Pourquoi ne pas panser ces maux là... Des maux penser par les mots, mais qui doivent aussi être pansés par des gestes, par des regards, ou s'il le faut par l'absorbtion de substances...
Pour ma part, je ne suis jamais restée sourde devant la plainte. Cela n'a pour moi aucun sens.
Cette plainte adressée à l'autre, soignant ou non exige une réponse appropriée. C'est le travail du thérapeute !
Laisser le patient se répandre dans la plainte, ne peut rien lui apporter, si ce n'est que de tourner en rond, et de passer en boucle sa souffrance...De laisser cette plainte et ce mal aise s'incruster, se greffer, s'insérer dans le plus profond de l'être. De faire de la plainte l'essence de son moi.
La plainte alimente la plainte..
Et il est bon de s'en défaire...
Si elle est dans certains cas adaptée, nécessaire au changement, elle peut à la longue, si elle est entretenue...par le sujet....et par le thérapeute, devenir toxique.
Elle finit par donner une vision erronée des événements, des choses et du monde.
C'est loin d'être le but d'une thérapie que d'accompagner le sujet sur ce chemin là... L'objectif étant au contraire de le rendre libre et autonome. Acteur de sa situation et de sa vie. Dans la mesure du possible... Des possibles, mais en aucun cas, le maintenir dans une situation de "victime".
Mais s'il ne faut pas rester sourd, faut-il rester muet ?
samedi 5 avril 2008
Jamais sans maquillage !
C'est au hasard d'un magazine féminin exhortant ses lectrices de ne jamais sortir sans mascara, rouge à lèvres, ou autre fard, que me reviennent l'image et les paroles d'une patiente rencontrée au sein d'un service de soins intensif en cardiologie.
"Vous ne me verrez jamais sans maquillage, sans poudre, sans vétements corrects.. Même sur mon lit d'hôpital...C'est une question de politesse, d'éducation"
Me dit-elle, en souriant, faisant suite à mon étonnement de la voir si élégamment pomponnée alors qu'elle venait d'être hospitalisée pour un malaise grave !
Ce n'est pas tant le titre de l'article, ni le discours de cette dame qui m'interpelle, mais le message non verbal qui se cache derrière tout ça. La lecture que nous pouvons en faire, du moins tenter de faire.
Maquillage, masque... Travestir la réalité, masquer la réalité... Pour donner une image, renvoyer une image à soi, à l'autre.
Mais quelle image ? Une image de soi ? Pas l'image de soi, mais UNE image, une parmi tant d'autres peut-être... Un assortiment d'images....Un soi qu'on peut travestir, transformer, déguiser, maquiller selon...
Selon quoi ?
Selon l'image qu'on veut donner, qu'on voudrait que l'autre perçoive, l'image qu'on pense être et qu'on espère renvoyer à l'autre, pour qu'il nous trouve acceptable, voire aimable !
Mais ne peut-on pas l'être sans tout ces artifices ? Sont-ils nécessaires, indispensables, essentiels pour qu'on puisse se montrer à voir sans craintes ? Ou simplement se montrer à voir à l'autre ?
Nudité ? Serait-ce alors de se montrer sans tout ça. Nu ? Naturel ? Mais faussement naturel aussi, car le maquillage tendance se veut aussi "nude"....
Que cache t-on derrière ce masque, pourquoi ce besoin de grimer son moi. Ce maquillage là, donne t-il de l'assurance (celle d'être un autre, le moi caché par l'autre moi qui peut non seulement être montré, mais qui protége le moi, celui que ne le peut pas ?), une autre personnalité...
Pour se cacher et ne pas se dévoiler. Garder alors secret ce "territoire inconnu" et inviolé que ce moi là.
Pour au contraire s'exposer... Car le vrai moi, le moi intime n'est pas jugé digne d'être montré, d'être estimé, aimé ?
Pour suivre la mode ? Mais quelle mode ? On se maquille depuis la nuit des temps. Sensé embellir, protéger, masquer les imperfections (oh !).
Pour être présentable... ? Même sur leur lit de mort, on maquille, on arrange le corps.
Nous avançons alors tous masqués, cachés derrière des poudres et des onguents, des couleurs qui nous donnent bonne mine..
Dupes et dupent...
Traces effacables ! gommables ! Lavables ! On rentre et on retire tout ! On se retrouve face à face avec soi devant la glace "et c'est pas joli joli" me clame en riant une jeune patiente !
On maquille, se maquille, démaquille, se démaquille..
Que reste t-il ?
L'expression "maquillée comme une voiture volée" lancée par une jeune adolescente "gothique" m'a profondément interpellée..
Une voiture volée... Pas tant la voiture que volée... ! Qui ne nous appartient pas donc, et qu'on cherche à camoufler... Mais pour se l'approprier.
Ici la fonction du maquillage serait de masquer la véritable, la réalité, afin de lui donner l'allure d'une autre, qui ne sera pas reconnaissable, mais qui pourra avoir une "nouvelle vie".
Volée, raptée, kidnappée, subtilisée, désappropriée....
Je ne peux cependant m'empêcher de me détacher de la représentation que j'ai de ce mot... Qui correspond à son éthymologie et à sa définition : Une opération qui a pour but de modifier frauduleusement l'aspect d'une chose.
D'où la "voiture volée".
Mais aussi toute la terminologie associée : se grimer, se farder, modifier, truquer, falsifier, fausser....
Cette piste reste ouverte...
"Vous ne me verrez jamais sans maquillage, sans poudre, sans vétements corrects.. Même sur mon lit d'hôpital...C'est une question de politesse, d'éducation"
Me dit-elle, en souriant, faisant suite à mon étonnement de la voir si élégamment pomponnée alors qu'elle venait d'être hospitalisée pour un malaise grave !
Ce n'est pas tant le titre de l'article, ni le discours de cette dame qui m'interpelle, mais le message non verbal qui se cache derrière tout ça. La lecture que nous pouvons en faire, du moins tenter de faire.
Maquillage, masque... Travestir la réalité, masquer la réalité... Pour donner une image, renvoyer une image à soi, à l'autre.
Mais quelle image ? Une image de soi ? Pas l'image de soi, mais UNE image, une parmi tant d'autres peut-être... Un assortiment d'images....Un soi qu'on peut travestir, transformer, déguiser, maquiller selon...
Selon quoi ?
Selon l'image qu'on veut donner, qu'on voudrait que l'autre perçoive, l'image qu'on pense être et qu'on espère renvoyer à l'autre, pour qu'il nous trouve acceptable, voire aimable !
Mais ne peut-on pas l'être sans tout ces artifices ? Sont-ils nécessaires, indispensables, essentiels pour qu'on puisse se montrer à voir sans craintes ? Ou simplement se montrer à voir à l'autre ?
Nudité ? Serait-ce alors de se montrer sans tout ça. Nu ? Naturel ? Mais faussement naturel aussi, car le maquillage tendance se veut aussi "nude"....
Que cache t-on derrière ce masque, pourquoi ce besoin de grimer son moi. Ce maquillage là, donne t-il de l'assurance (celle d'être un autre, le moi caché par l'autre moi qui peut non seulement être montré, mais qui protége le moi, celui que ne le peut pas ?), une autre personnalité...
Pour se cacher et ne pas se dévoiler. Garder alors secret ce "territoire inconnu" et inviolé que ce moi là.
Pour au contraire s'exposer... Car le vrai moi, le moi intime n'est pas jugé digne d'être montré, d'être estimé, aimé ?
Pour suivre la mode ? Mais quelle mode ? On se maquille depuis la nuit des temps. Sensé embellir, protéger, masquer les imperfections (oh !).
Pour être présentable... ? Même sur leur lit de mort, on maquille, on arrange le corps.
Nous avançons alors tous masqués, cachés derrière des poudres et des onguents, des couleurs qui nous donnent bonne mine..
Dupes et dupent...
Traces effacables ! gommables ! Lavables ! On rentre et on retire tout ! On se retrouve face à face avec soi devant la glace "et c'est pas joli joli" me clame en riant une jeune patiente !
On maquille, se maquille, démaquille, se démaquille..
Que reste t-il ?
L'expression "maquillée comme une voiture volée" lancée par une jeune adolescente "gothique" m'a profondément interpellée..
Une voiture volée... Pas tant la voiture que volée... ! Qui ne nous appartient pas donc, et qu'on cherche à camoufler... Mais pour se l'approprier.
Ici la fonction du maquillage serait de masquer la véritable, la réalité, afin de lui donner l'allure d'une autre, qui ne sera pas reconnaissable, mais qui pourra avoir une "nouvelle vie".
Volée, raptée, kidnappée, subtilisée, désappropriée....
Je ne peux cependant m'empêcher de me détacher de la représentation que j'ai de ce mot... Qui correspond à son éthymologie et à sa définition : Une opération qui a pour but de modifier frauduleusement l'aspect d'une chose.
D'où la "voiture volée".
Mais aussi toute la terminologie associée : se grimer, se farder, modifier, truquer, falsifier, fausser....
Cette piste reste ouverte...
jeudi 3 avril 2008
Le mal d'être.
Barbara a chanté le mal de vivre, sobrement, si joliment... Mais le mal d'être !
Etre, verbe d'état. Etre ! Etre là, au milieu de là...d'....?
Mes patients évoquent bien souvent le mal d'être. D'être ?
Ce n'est pas seulement le mal être, mais le mal d'...Ce "d'" qui fait toute la différence, qui se rapporte directement au sujet, qui dit que c'est lui, qui est concerné par ce mal là.
Que ce mal le touche directement dans son être. Mal lié au moi.. Mal du moi. Que la cible c'est pas l'être, seulement mais le "d" !
Faut-il se référer pour tenter de comprendre ce qui arrive au spleen évoqués et décrit abondamment par les romantiques du XIX° siècle, et plus précisément encore le romantisme allemand ?
A tous ces poétes, écrivains en mal d'être justement, mais qui ont su transcender et sublimer leur douleur en l'écrivant.
Si ce mal n'avait été, auraient-ils pu écrire ?
Quel héritage aussi que celui là ?
Héritage et transmission à travers les générations mais aussi les inconscients.
Freud s'en disait redevable... Quel imaginaire ces écrits, ces larmes, ces souffrances ont-ils crées ? suggérés ? Développés ? convoqués ?
Jung parle d'un inconscient collectif ? Ce spleen là, y serait-il inscrit ? Pourrions nous alors nous y servir encore et encore à profusion ?
Le Banquet ?
Mais dans ce cas précis, aujourd'hui, qu'est ce que ce mal d'être ?
Nous ne pouvons guère évoquer ce spleen, du moins sous cette forme là. Il ne correspond plus. Il n'a plus le même sens, le même rythme, le même tempo. Les temps ont changés, le temps n'a plus la même notion, le regard sur soi aussi....
Comment ce mal là, qui finalement ne trouve pas trop de mots pour le définir se manifste t-il ?
Des plaintes, diffuses, diverses, somatiques et autres, on dort mal ou pas bien. On rêve mal ou pas bien. On vit mal ou pas bien.
Mais ce serait plutôt le "pas trop bien"
Une sorte de mal aise, indéfinissable... Impalpable.
Non que les choses soient vraiment désagréables, mais pas vraiment agréables, avec une interrogation et surtout une grande incompréhension :
"Pourquoi ? Je ne comprends pas, je n'ai rien vraiment qui peut provoquer ça"
"Qu'est-ce qui m'arrive à moi, là ?"
Après avoir passé en revue, une vie somme toute "possible et vivable" s'insalle non seulement le questionnnement, le doute, mais aussi et surtout la culpabilité...
"Je sais, je ne devrai pas.... Quand même ? j'exagère.... Je me plains alors que...."
Pour conclure :
"Mais je n'y peux rien !"
C'est justement ce "je n'y peux rien" qui cloche, car le sujet en mal d'être, aimerait bien y pouvoir quelque chese. S'il le pouvait ça changerait tout. Du moins il le croit, le pense. Et surtout il ne souffrirait pas de ce mal là. Il pense ça aussi.
Aucun remède me dit-on !
"Je ne suis pas malade...C'est mon médecin qui l'a dit" Affirmation qui ne le rassure pas après une batterie d'explorations cherchant à valider ou invalider un cortège de symptômes, malaises, douleurs "un peu partout" sans "trop savoir pourquoi".
Pas même un petit soupçon de conversion ? une bonne névrose..
Pas même dépressif... Car la dépréssion, c'est "une vraie maladie"... Avec des symptômes reconnaissables, identifiables, repérables, mesurables. Bref, une maladie diagnosticable.
Mais là, le "mal d'être" ?
"Non je devrai aller bien, mais je ne vais pas bien, j'ai tout pour être heureux, mais ce n'est pas ça, il faudrait peut-être que je me secoue un peu, mais je ne peux pas...."
C'est comme s'il manquait quelque chose. Mais ce quelque chose on ne sait pas quoi. On ne sait pas de quoi il s'agit. Peut être meme qu'il ne manque rien.
Ce n'est peut-êtr e qu'une vue de l'esprit ?
Une occupation de quelqu'un qui n'a rien d'autre à faire....Que de se dire qu'il lui manque peut-être quelque chose ? Qui n'a pas vraiment de soucis ? Les vrais soucis....Ceux qui occupent vraiment, qui font mal...
Un simple caprice ? Celui, d'un sujet qui a tout, ou presque, mais qui pense qu'il lui faut encore plus, mais ne sait pas vraiment quoi au juste...Il manque toujours quelque chose.
Il y aura toujours un vide à combler. On remplit le trou, mais un autre apparait à côté, on remplit et ça continue............Pourquoi ?..............J'y arrive pas ?
Il manque et ça manque...
Et ce manque là, la société se charge de le lui marteler. Il manque toujours quelque chose dans notre société libérale et capitaliste. Il manque toujours quelque choise pour faire notre bonheur. Sans ce quelque chose que personne ne sait définir, et pour cause, notre bonheur ne peut pas être complet, il peut parfois même, ne pas être !
Le bonheur ! Le mot est laché ! Pour être heureux...
Mais que veut dire bonheur et heureux ?
Crise existencielle ? Regard sur sa vie ? accomplie mais pas vraiment comme on le voudrait, comme on l'aurait voulu ?comme on l'avait voulu ?
Un regard en arrière....? Un regard vers hier ? Avant hier ?
Faut-il vraiment se retourner ?
Regrets ? Remords ? non, ce n'est pas encore vraiment ça, mais c'est quand même un peu tout ça... Un peu de tout, et de rien, mais ce tout là, on ne peut pas dire ce que c'est vraiment, mais on s'approche un peu, ça commence un peu à chauffer..
C'est physique aussi, ça vous reste dans la gorge, ça remue, mais ça inhibe aussi.. Ca oppresse, et ça comprime, opprime aussi..On se dit, c'est un ulcére, une crise d'angor ! de panique alors puisque le médecin a dit que ce n'était rien... Mais non, c'est pas encore ça.. C'est angoissant, mais pas vraiment... C'est ambiant, on est ainsi, dans cet état là. Coincé entre.. Ca et Ca !
On aimerai bient que ça sorte, mas non ça reste coincé là. En soi, une sorte de poids, de boulet.... De brouillard aussi...
"Je suis pas bien, pas vraiment bien, je ne sais pas ce que c'est ? je me sens barbouillé dans ma tête "
Souchon chantait qu'il "marchait tout seul le long de la ligne de chemin de fer'" décrivait "dans ma tête y a rien à faire"
Il disait Son "mal en campagne, son mal en ville" pour conclure qu'il "était peut-être un peu trop fragile" !
C'est peut-être CA :
Etre fragile ! Mais de quoi ? et en quoi ? et pour quoi ?
Se serait donc ça cette impression "d'être pas bien," nulle part et partout, mais surtout en soi.
Le mal d'être, non soi, mais en soi.
Etre, verbe d'état. Etre ! Etre là, au milieu de là...d'....?
Mes patients évoquent bien souvent le mal d'être. D'être ?
Ce n'est pas seulement le mal être, mais le mal d'...Ce "d'" qui fait toute la différence, qui se rapporte directement au sujet, qui dit que c'est lui, qui est concerné par ce mal là.
Que ce mal le touche directement dans son être. Mal lié au moi.. Mal du moi. Que la cible c'est pas l'être, seulement mais le "d" !
Faut-il se référer pour tenter de comprendre ce qui arrive au spleen évoqués et décrit abondamment par les romantiques du XIX° siècle, et plus précisément encore le romantisme allemand ?
A tous ces poétes, écrivains en mal d'être justement, mais qui ont su transcender et sublimer leur douleur en l'écrivant.
Si ce mal n'avait été, auraient-ils pu écrire ?
Quel héritage aussi que celui là ?
Héritage et transmission à travers les générations mais aussi les inconscients.
Freud s'en disait redevable... Quel imaginaire ces écrits, ces larmes, ces souffrances ont-ils crées ? suggérés ? Développés ? convoqués ?
Jung parle d'un inconscient collectif ? Ce spleen là, y serait-il inscrit ? Pourrions nous alors nous y servir encore et encore à profusion ?
Le Banquet ?
Mais dans ce cas précis, aujourd'hui, qu'est ce que ce mal d'être ?
Nous ne pouvons guère évoquer ce spleen, du moins sous cette forme là. Il ne correspond plus. Il n'a plus le même sens, le même rythme, le même tempo. Les temps ont changés, le temps n'a plus la même notion, le regard sur soi aussi....
Comment ce mal là, qui finalement ne trouve pas trop de mots pour le définir se manifste t-il ?
Des plaintes, diffuses, diverses, somatiques et autres, on dort mal ou pas bien. On rêve mal ou pas bien. On vit mal ou pas bien.
Mais ce serait plutôt le "pas trop bien"
Une sorte de mal aise, indéfinissable... Impalpable.
Non que les choses soient vraiment désagréables, mais pas vraiment agréables, avec une interrogation et surtout une grande incompréhension :
"Pourquoi ? Je ne comprends pas, je n'ai rien vraiment qui peut provoquer ça"
"Qu'est-ce qui m'arrive à moi, là ?"
Après avoir passé en revue, une vie somme toute "possible et vivable" s'insalle non seulement le questionnnement, le doute, mais aussi et surtout la culpabilité...
"Je sais, je ne devrai pas.... Quand même ? j'exagère.... Je me plains alors que...."
Pour conclure :
"Mais je n'y peux rien !"
C'est justement ce "je n'y peux rien" qui cloche, car le sujet en mal d'être, aimerait bien y pouvoir quelque chese. S'il le pouvait ça changerait tout. Du moins il le croit, le pense. Et surtout il ne souffrirait pas de ce mal là. Il pense ça aussi.
Aucun remède me dit-on !
"Je ne suis pas malade...C'est mon médecin qui l'a dit" Affirmation qui ne le rassure pas après une batterie d'explorations cherchant à valider ou invalider un cortège de symptômes, malaises, douleurs "un peu partout" sans "trop savoir pourquoi".
Pas même un petit soupçon de conversion ? une bonne névrose..
Pas même dépressif... Car la dépréssion, c'est "une vraie maladie"... Avec des symptômes reconnaissables, identifiables, repérables, mesurables. Bref, une maladie diagnosticable.
Mais là, le "mal d'être" ?
"Non je devrai aller bien, mais je ne vais pas bien, j'ai tout pour être heureux, mais ce n'est pas ça, il faudrait peut-être que je me secoue un peu, mais je ne peux pas...."
C'est comme s'il manquait quelque chose. Mais ce quelque chose on ne sait pas quoi. On ne sait pas de quoi il s'agit. Peut être meme qu'il ne manque rien.
Ce n'est peut-êtr e qu'une vue de l'esprit ?
Une occupation de quelqu'un qui n'a rien d'autre à faire....Que de se dire qu'il lui manque peut-être quelque chose ? Qui n'a pas vraiment de soucis ? Les vrais soucis....Ceux qui occupent vraiment, qui font mal...
Un simple caprice ? Celui, d'un sujet qui a tout, ou presque, mais qui pense qu'il lui faut encore plus, mais ne sait pas vraiment quoi au juste...Il manque toujours quelque chose.
Il y aura toujours un vide à combler. On remplit le trou, mais un autre apparait à côté, on remplit et ça continue............Pourquoi ?..............J'y arrive pas ?
Il manque et ça manque...
Et ce manque là, la société se charge de le lui marteler. Il manque toujours quelque chose dans notre société libérale et capitaliste. Il manque toujours quelque choise pour faire notre bonheur. Sans ce quelque chose que personne ne sait définir, et pour cause, notre bonheur ne peut pas être complet, il peut parfois même, ne pas être !
Le bonheur ! Le mot est laché ! Pour être heureux...
Mais que veut dire bonheur et heureux ?
Crise existencielle ? Regard sur sa vie ? accomplie mais pas vraiment comme on le voudrait, comme on l'aurait voulu ?comme on l'avait voulu ?
Un regard en arrière....? Un regard vers hier ? Avant hier ?
Faut-il vraiment se retourner ?
Regrets ? Remords ? non, ce n'est pas encore vraiment ça, mais c'est quand même un peu tout ça... Un peu de tout, et de rien, mais ce tout là, on ne peut pas dire ce que c'est vraiment, mais on s'approche un peu, ça commence un peu à chauffer..
C'est physique aussi, ça vous reste dans la gorge, ça remue, mais ça inhibe aussi.. Ca oppresse, et ça comprime, opprime aussi..On se dit, c'est un ulcére, une crise d'angor ! de panique alors puisque le médecin a dit que ce n'était rien... Mais non, c'est pas encore ça.. C'est angoissant, mais pas vraiment... C'est ambiant, on est ainsi, dans cet état là. Coincé entre.. Ca et Ca !
On aimerai bient que ça sorte, mas non ça reste coincé là. En soi, une sorte de poids, de boulet.... De brouillard aussi...
"Je suis pas bien, pas vraiment bien, je ne sais pas ce que c'est ? je me sens barbouillé dans ma tête "
Souchon chantait qu'il "marchait tout seul le long de la ligne de chemin de fer'" décrivait "dans ma tête y a rien à faire"
Il disait Son "mal en campagne, son mal en ville" pour conclure qu'il "était peut-être un peu trop fragile" !
C'est peut-être CA :
Etre fragile ! Mais de quoi ? et en quoi ? et pour quoi ?
Se serait donc ça cette impression "d'être pas bien," nulle part et partout, mais surtout en soi.
Le mal d'être, non soi, mais en soi.
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Nota bene
Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.
Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.
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