Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

mardi 26 mai 2026

"L''inconfort de la compréhension" historien 2

   


"L’inconfort de la compréhension »


Cela pourrait presque être une définition du véritable travail historien.
Non pas accumuler un savoir clos, mais accepter d’habiter une connaissance inachevée, mouvante, toujours susceptible d’être déplacée par une archive retrouvée, une lecture nouvelle, une autre sensibilité du temps.

« ce ne sera jamais parfait »

Cette phrase pour moi est immense dans le champ historique. Parce qu’elle désacralise l’œuvre achevée sans pour autant nier la nécessité d’écrire.

L’historien doit écrire malgré le manque.
Penser malgré les trous.
Construire malgré l’incomplétude.

Sinon rien ne serait jamais transmis.
Lorsque je relie mes travaux universitaires, mes articles, je souris et me dis parfois :

"Je n'écrirai plus cela ainsi"

Cela signifie que le travail historique n’est pas une possession définitive de la vérité, mais une relation vivante au savoir.
 
L’historien change, le monde change, les questions changent, les sensibilités changent, les archives elles-mêmes changent parfois d’accessibilité ou de signification.

Et je suis aussi psychanalyste. 
Et le lien entre l'histoire et la psychanalyse est extrêmement pertinent, dans les deux approches il y a des traces, des silences, des reconstructions, des récits, des oublis, des résistances, des déplacements de sens.

Et dans les deux approches il faut renoncer à la toute puissance.

Le psychanalyste ne "possède" pas la vérité du sujet.
L'historien ne "possède" pas la vérité du passé.
Tous deux travaillent à partir de fragments, des paroles, de symptômes, de lacunes, d'indices.

Ma fonction de psychanalyste m'enseigne la même chose :

"L'impermanence"

Celle des savoirs, des lectures, des certitudes, des récits, des archives elles mêmes qui se perdent, se détruisent, réapparaissent
Et paradoxalement, cette impermanence ne détruit pas la valeur du travail historique.
Elle en constitue peut-être la condition même.
Car si tout était définitivement fixé, il n'y aurait plus de recherche possible, plus de dialogue avec le passé.

Ainsi ma réflexion rejoint quelque chose de très profond et d'essentiel, une forme d'humilité épistémologique. 
Non pas le relativisme qui dirait "tout se vaut" mais la conscience que toute vérité humaine est située, partielle, révisable.

Cette même humilité qui permet, qui me permet je crois d'approcher des sujets aussi douloureux que la Shoah, les filiations brisées, les contradictions des rabbins de 14, le rav Ber, les morts, les silences... sans jamais les réduire.

Car je ne cherche pas à maîtriser totalement ces histoires mais j'accepte qu'elles me déplacent aussi. 

Accepter d'être déplacée par ce que je découvre est une expérience singulière
C'est accepter la faille.

Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste, exploratrice urbaine, chercheur
Crédit photo @brigittedusch

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Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.

Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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