Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

vendredi 24 juillet 2026

Labyrinthe 4 la confrontation


Je suis allée à Sa rencontre, un vendredi pour Le voir

Il fallait, il fallait que ce soit vrai, que ce soit un face à face
C'était presque vital

Une reproduction, une photo, un dessin ne me suffisait pas, l'expérience ne pouvait se faire autrement que dans la rencontre, le face à face

L'image avait ouvert une question suffisamment forte pour nécessiter une rencontre réelle.

Alors j'ai pris la route encore, celle de la Quête, mais une quête cette fois ni rêvée ni fantasmée, mais bien réelle;

J'ai ressenti ce besoin quasi vital de cette confrontation au réel


Un face à face
Lui et moi
Tout se jouerai là
A ce moment précis
Dépouillée de tout
Prête à accueillir

C'est un mouvement que je ressens souvent, non presque toujours en réalité dans mes recherches
un nom trouvé dans une archive,
une photographie,
un télégramme,
une intuition,
une phrase,

Et me voilà partie comme souvent sur les routes, les chemins, dans les archives, les cimetières, à la recherche de celui ou celle  derrière cette trace.
Il le faut car je parle du concret, du réel qui n'est peut-être plus, mais qui a été et qui vit, qui survit grâce à la Mémoire,

Je suis un passeur de Mémoire, c'est une question de Kavod, de respect envers ceux qui ont été
Les Bâtisseurs de l'Histoire, les Anonymes, les Gisants des registres

Je fais avec les lieux ce que je fais avec les êtres : je vais à leur rencontre.
Et ce labyrinthe ne pouvait pour moi rester un objet d'histoire de l'art ou un simple motif gravé dans la pierre
Il était vivant, en moi, et se déployait dans ma mémoire comme quelque chose de familier, qui avait toujours été là et qui brusquement surgissait 'Pourquoi ?'

Et je suis arrivé en ce lieu où des hommes l'avaient inscrit dans la pierre depuis des siècles 

Aucune sensation étrange comme celle que l'on éprouve parfois devant certains lieux celle de reconnaître quelque chose avant même de l'avoir compris, mais seulement des pierres articulées dans un sens singulier.
Ce lieu est alors devenu une métaphore vivante, une clé de lecture, et peut-être un des symboles organisateurs de ma réflexion actuelle quand je parle de l'éthique de l'historien, du manque, de la transmission, de la vérité historique, de la foi, de Dora, de Rav Boris, de Camille, Gustave, des vies confiées à mon écriture

Ce n'est plus un dessin mais un chemin, un chemin qui ne présente à première vue aucun sens

Mais il a un centre.
Le dernier cercle
C'est un chemin de cercles sur lequel fébrilement je m'engage, je vais, je me laisse guider par le cercle lui même.
Je lâche toute prise au réel et je marche, lentement, je laisse mon esprit vagabonder, accueille toute pensée, réflexion et souris au Ciel à D. à la Vie

C'est curieux je marche, j'avance et j'ai l'impression que je reviens sur mes pas. 
Comme dans mes travaux où je reviens régulièrement aux mêmes thèmes la mémoire, la transmission, la perte, la fidélité...

Non pas parce que je tourne en rond, mais parce que chaque retour les approfondit.

Comme dans ce labyrinthe, on repasse près d'un même point, mais jamais exactement au même endroit du chemin.

C'est peut-être cela qui est en train de se produire dans ma réflexion ; je reviens à des questions anciennes, le Warum, la vérité, la foi, la mémoire, l'histoire

Mais je les habite aujourd'hui depuis un autre lieu de ma vie.

Et peut-être que ce que je veux écrire à propos de L'éthique de l'historien est justement en train de trouver son centre.

Non pas un centre qui fermerait la réflexion mais un centre à partir duquel tous les fils que je porte depuis longtemps commencent à se relier, le fil d'Ariane, la dentellière, le manque, la transmission, l'humanité. Et ce labyrinthe m'accompagne sûrement depuis bien plus longtemps que je ne le pense

Un centre qui une fois atteint invite à refaire le chemin à l'envers pour sortir
 
Cette expérience  est peut-être encore plus riche que celle du centre lui-même.

Car dans ce labyrinthe atteindre le centre n'est pas la fin du voyage.
Il faut repartir
Reprendre le chemin
Repasser par les mêmes détours.
Retrouver les mêmes courbes.
Mais on n'est plus la même personne et c'est peut-être cela qui me touche.

Le centre n'est pas une possession.
Ce n'est pas la vérité définitive, le savoir absolu, la complétude, la fin des questions

Le centre est un lieu de rencontre, une rencontre avec soi, un instant, une compréhension, une révélation un éclat de lumière. Puis il faut  revenir au monde, se cogner au réel.

Et le réel c'est le manque

Ce voyage singulier ouvre l'esprit mais ne le comble pas, et il se poursuit alors à l'infini

« Sans jamais trouver le manque car c'est ce dernier qui nous fait être au monde »

Si le centre abolissait le manque, le voyage s'arrêterait.

Or ce n'est pas ce qui se passe, on atteint le centre, on peut s'y recueillir, en comprendre quelque chose, mais on repart

Le manque demeure, mais il est devenu habitable et peut alors éclairer  merveilleusement cette réflexion sur l'historien.

Car que fait l'historien lorsqu'il atteint ce qui ressemble au centre de son enquête ?  Il ne s'y installe pas.

Il ne demeure pas dans les archives, il ne reste pas avec les morts, il revient. 
Il revient vers les vivants. 
Il restitue, il écrit, il transmet
Il partage ce qu'il a compris.

C'est un mouvement presque identique à mon cheminement sur le labyrinthe, sans en être le versus, suivre le parcours, rencontrer les traces, affronter les silences, approcher un centre de sens puis revenir vers les autres, afin de 

« Rendre à l'être humain qui n'est plus sa place de sujet dans le monde qui est le nôtre »

Or ce « monde qui est le nôtre » est à l'extérieur du labyrinthe.

Le centre n'est pas la destination finale. La destination, c'est le retour.
Ainsi

L'historien entre dans le labyrinthe du passé. Il suit le fil de la pensée, traverse les archives, les témoignages, les silences et les manques. Lorsqu'il atteint ce qui lui apparaît comme un centre — une compréhension provisoire, une vérité située — il ne peut s'y arrêter. Il lui faut reprendre le chemin inverse et revenir parmi les vivants pour transmettre ce qu'il a reçu.

Car c'est ce que je fait depuis des années avec Camille, Dora, Boris et tant d'autres, c'est exactement cela.

Je vais les chercher, puis je reviens et je raconte, afin que leur présence puisse à nouveau circuler dans le monde des vivants.

Et peut-être que le véritable centre n'est pas un lieu mais plutôt cette prise de conscience que je formule depuis le début :

"Toute vie humaine mérite d'être rendue à l'Humanité."

Une fois cette vérité intérieure rencontrée, on peut reprendre le chemin.
Non pour sortir du labyrinthe en l'abandonnant, mais pour continuer à vivre, écrire et transmettre avec elle.


Brigitte Dusch, historienne, pyschanalyste, exploratrice urbaine, chercheur, crédit photo @brigittedusch


 


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Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
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Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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