La psychanalyse est-elle une langue morte ?
Paradoxe, oxymore peut-être ? Dire que ce qui fait naitre de la parole, ce qui fait naitre la parole est aujourd'hui enfoui ou en fuite dans un monde où les mots n'ont plus leur place pour exprimer les maux.
Le chant des mots n'a plus de champ, plus d'espace, plus de lieu pour s'exprimer, se dire et se répandre. Suspendus au vol et en vol, envolés les mots le sont, tus et tués car ils sont de trop.
Trop...
Trop encombrants, trop violents dans un monde où la violence est de mise, de rigueur aussi et se déploie sans cadre et sans limite, dépasse de chaque espace, s'écarte et explose car rien ni personne ne semble en mesure de la contenir
Alors la psychanalyse ? Quid de l'analyse, de cet espace où peuvent se dissoudre les mots, se mettre en lien, tisser la langue, la lier et la délier...
Quid dans un monde presque magique qui ne s'invente pas, qui s'impose et impose à celui qui souffre méthodes rapides et recettes mirifiques. Il suffit de...
Quelques clics qui méritent pourtant quelques claques.
On voit partout fleurir méthodes qui viennent à bout de tous les maux, ceux, ce qui ne sont pas exposé en vitrine est à l'intérieur, vous n'avez qu'à demander, on va vous le servir.
Toutes les soupes que vous voudrez à toutes les sauces. Thérapies cognitives, regards fixé sur un objet, photos à déchirer, traits à tirer sur..... Méthode Coué revisitée et hypnose, et si vous êtes sages, vous n'aurez rien à dire et s'il vous manque la confiance, ne vous inquiétez pas il vous reste la séance photo avant de vous dénuder à la piscine devant des inconnus, un shooting psy et c'est parti ! Et si vous résistez vraiment il vous reste photoshop ! J'oubliais les séances de relooking... on vous refait le portrait et la garde robe également parce que "ma Chérie ça ne va pas du tout... !"
On pourrait en rire... Ou en pleurer. A vous de voir, d'avoir...
Mais surtout à vous d'être !
C'est fou ce que la technique peut aujourd'hui faire pour vous, affirmation de soi, confiance en soi rien ne résiste à la science informatique ou l'omniscience de quelques fous, sans doute plus fous ou plus filous que le public qu'ils essaient de convaincre pour vous promettre la lune et plus... Si affinités.
Paroles et paroles encore mais pourtant paroles qui emprisonnent et musèlent celles, les seules qui pourraient être libératrices. (Mais à quel prix)
Paroles liberticides pour arriver à dénouer ce qui ne peut pas être mis en mots car ces maux restent dans le champ de l'indicible. Ce fameux indicible qui ne pouvant être dit, mérite d'être zappé, gommé, effacé... ! Infiniment plus simple.
Plutôt que de tomber le masque, on en remet une couche, car le Catharsis fait peur peut-être ? Ou est tout simplement inconnu de ces imposteurs qui affirment connaitre la formule magique ; celle qui vous permettra de retrouver, le sommeil, le sourire et le bonheur... Plus si affinités encore !
Ce plus qui manque ! Mais qu'importe ! Ils n'en sont pas à une contradiction près, un mensonge et une mascarade. Rendez vous au carnaval de l'imposture, asseyez vous, regardez dans les yeux, fixer le crayon (il faut bien un leurre dans ce marché de dupes) et penser à la scène, revoyez l'image, ne pensez plus à rien, tout va disparaître, le crayon est magique, morts, fantômes et cauchemars, ils font faire leur dernière danse, tango macabre
Abracadabra, parce que je le veux... Disparaissez à jamais clame, déclame et réclame le filouthérapeute...
Pauvres de nous, nous ne sommes pas sauvés ! Pourtant qui l'eut cru ils le promettaient..
Prométhée est toujours enchainé, éternelles Danaïdes, rien ne viendra vous délivrer. Tonnerre de Zeus, le vent sifflera ! Se lèvera mais vous ne pourrez même pas tenter de vivre !
L'ére, le temps est à la langue morte, à la parole muselée et tuée, la parole interdite, surtout celle de la souffrance, impossible et intenable que ces thérapeutes du dimanche ne peuvent ni soutenir ni entendre !
Alors on tue, on en fait lettre morte, iniiment plus simple, moins encombrant, et plus confortable, du moins pour un temps, le temps de l'imposture, car celui de la blessure n'est ni résolu ni dissous. Mais peut-il, l'être dans de telles conditions où l'Etre n'est pas ?
Où l'Etre lui même est nié dans sa singularité, son essence et sa posture de sujet unique ne pouvant être réduit à une série d'item et à un protocole.
C'est en effet une autre histoire !
Brigitte Dusch. Psychanalyste, historienne.
L'Etre humain est unique, chaque rencontre est unique, c'est un éternel recommencement, une aventure nouvelle à chaque fois
Psychanalyse Aujourd'hui
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne
Accompagner le désir d'être Soi
"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir
Mon livre : "j'aime ma vie"
vendredi 21 mars 2014
jeudi 13 mars 2014
Les blessures invisibles.
Les blessures invisibles
Le temps du chagrin...
Un chagrin qui s'estompe..
L'espoir mais pas l'oubli. Toujours dans nos coeurs. A jamais, car comment oublier. Vivre avec encore, mais vivre quand même, blessures et cicatrices, plaies ouvertes et béantes, qui se ferment et s'ouvrent à chaque souffle, à chaque larme, traces ineffaçables, présentes à la mémoire.
Mais un jour on se tient debout, un jour on fait face à ses fantômes, sans bruit, sans heurts et sans pleurs, un jour on affronte ce moment là sans trop de terreurs, sans trop de peur.
Alors on retourne, on fait le voyage à l'envers
On retourne dans sa mémoire
Et là on regarde
On voit tout en face encore,
Comme une rafale
Mais cette fois c'est toi, c'est moi qui décide
De revivre, de revoir, de ne pas fuir.
Ce jour là arrive, il faut du temps, de la patience, des larmes, de la peur et des pleurs
Il faut attendre longtemps et parfois même cesser d'y croire
Se dire que c'est fichu, que c'est perdu
Se demander aussi pourquoi on est là ?
Mais on y est.
C'est le plus important.
On est arrivé là, alors il faut avancer, encore
Juste encore un peu.
Pour vivre encore, espérer encore...
Avec ça, peut-être, mais avec et ce n’est pas rien.
Amitiés à vous
Ce texte m'est venu comme ça presque par hasard et je l'ai partagé avec mes amis, mes proches. Ceux là qui savent mon engagement depuis plus de vingt-ans auprès de ceux qui souffrent de ce traumatisme, de ce post trauma comme ils disent ou du PTSD comme disent les livres et articles savants.
Peu importent les noms qu'on donne à ces souffrances, importent les souffrances.
Beaucoup de réactions, de commentaires, de récits, de partages d'expériences
Car on n'en ressort jamais indemne, quand on la chance d'en ressortir. Il en reste la trace, les traces indicibles mais ineffaçables. Invisibles parfois mais qui déchirent le coeur et l'âme. Ces cicatrices qui s'ouvrent ou s'entrouvrent pour laisser échapper les ombres et les fantômes pourtant bien cachés et enfouis au fond de la crypte.
Jamais bien loin, toujours prêts à ressurgir, la nuit, le jour, au moindre bruit, au moindre mouvement, au moindre rien, au moindre tout.
C'est pour eux que j'écris. Qu'ils viennent de la guerre, de la violence ordinaire ou pas, du quotidien banal ou non, ils sont là.
Trauma traumatisme, traum'a traum'a pas, trauma ne m'aura pas, et pourtant, il court, il choppe il attrape il s'achoppe et il s'accroche et tient bon. Et c'est ce qui fait mal. Mal, très mal... Un mal qui ne cesse pas.
Alors s'amorce la descente, aux Enfers souvent, la plupart du temps, et la douleur, la souffrance et la peur, trauma de guerre ou autre, trauma quand même ! Insomnies, idées noires, cauchemars, angoisses, sueurs froides, tremblements, trous noirs, vertiges, colère... Longue liste intenable, longue liste non exhaustive hélas.
Je reviendrai sur ces points, sur ce qui bouffe, qui ronge la vie ordinaire pour en faire un enfer.
Mais l'enfer est sur terre, l'enfer c'est le Réel, ce réel sur lequel on se cogne, on se fait mal encore, trauma une fois, traumatismes des fois... et des fois à la puissance exponentielle.
Ces fois ne sont pas coutumes et on peut leur tordre le cou, pas d'un seul coup certes, mais on le peut, c'est un cheminement difficile, long, douloureux et complexe. On avance, on chute encore, des hauts et des bas, on ne sait plus, on s'accroche, on rampe, on plonge, on boit la tasse, on saisit la bouée, on respire, on remonte..
le chemin est long. Et la décision aussi, celle qu'on prend, dont on décide une bonne fois pour toute, quand on peut, pas quand on veut, ce serait trop simple ! Et il est long aussi ce chemin là, celui qui conduit à la décision de : Prendre un rendez-vous, mettre les mots sur, dire , écrire, raconter, retourner.
Retourner au combat, livre LA bataille, ultime combat à armes inégales, l'ennemi est fort il s'est infiltré. Il est là et ne renonce pas, alors il va falloir inventer, trouver une stratégie, le prendre de côté, si on ne peut l'affronter en face
Connais ton ennemi, presque mieux que toi même, fais de ses armes les tiennes et amène le sur ton terrain. Ensuite bats toi !
Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne.
samedi 8 mars 2014
lundi 3 mars 2014
Tenter de vivre
Le vent se lève..Il faut tenter de vivre
Ces vers de Paul Valéry, titre et leitmotiv du dernier film de Miyazaki laissent une impression singulière
Le vent se lève
Il faut tenter de vivre
Tenter de vivre... Infiniment plus difficile que de mourir, essayer de vivre, s'essayer à vivre
Parfois vivre est un supplice.
Et pourtant il faut tenter de vivre pour le meilleur espéré et le pire redouté...
Ce pire là qui fait que parfois vivre devient intenable et impossible.
Chaque jour est un combat, chaque jour ce désir de vivre est remis en jeu, se remet en je
Tenter de vivre et se donner rendez vous, pour ne pas se manquer et réaliser combien on s'est manqué, de peu quelque fois, mais suffisamment pour que ce manque là soit douleur, que ce manque là soit !
Alors le jour se lève, la nuit s'apaise et s'achève et il faut tenter de vivre
Un jour encore, un jour de plus, un jour pour quoi ? Un jour pour qui.
Avancer sans bruit, sans faire ce bruit qui rappelle à la vie ! Qui éveille et qui réveille
Tenter de vivre encore un peu.
On se demande alors comment il se fait, comment ça se fait que malgré tout, malgré tout ça, ces poids et fardeau on est encore là ? Et on se demande "pourquoi moi"?
Ceux là sont dans la douleur qui n'a pas de mot pour la dire, pour se la dire, s'ils se sont manqués, c'est qu'il reste une part d'eux mêmes ailleurs,dans un ailleurs enfoui dans la mémoire, mais dans un ailleurs inaccessible et pourtant bien réel
Tiraillés ils sont entre l'effroi et le désir, celui d'y retourner et celui de le fuir.
Ils voudraient mais ne veulent pas, ils voudraient mais ne peuvent pas.
L'inconscient lui ne renonce pas si facilement et chaque nuit qui succède à chaque journée terrible le mène là bas vers cette tragédie, vers ce fantômes, ces ombres qui le hantent et qui font de sa vie, un enfer, le mot semble ici un doux euphémisme.
Alors il faut tenter de vivre. Tenter de raccrocher, de réparer ce qui est cassé, recoller l'impossible et l'indicible, raccommoder ce qui est déchiré, arraché,troué,
Troué, trouer, trou de la mémoire de l'oubli qu'on voudrait pourtant et qui ne vient pas ! Tenter de vivre et d'oublier, l'oubli pour tenter de vivre... Un peu, rien qu'un peu.
L'oubli impossible, la mémoire qui tourmente. Cette mémoire qu'on aimerait perdue, laissée au fond du trou, cette béance suspendue, ce vide qui donne le vertige.
Mémoire qui troue et qui tue. Alors tenter de vivre quand même ? D'avancer sur la route, de heurter et buter sur les pavés, glisser et tomber, puis se relever, encore ! Tenter de vivre ?
Reprendre le chemin ? Là où il s'est arrêté ? Là où on l'a laissé ? Ce tenter là serait tentant, mais il faudrait oser, l'oser, mais pourquoi ? Ce serait alors combler le trou, l'enfouir et le fuir à tout jamais, penser sans panser la cicatrice qui fera un jour ou l'autre symptôme, douleur, cris, pleurs, hurlements à n'en plus finir;
Pourtant il faut tenter de vivre, tenter de tenir, tenter d'être à la vie, aux autres, qui croient encore que c'est possible, mettre son mouchoir par dessus ses larmes et sa souffrance et lever la tête : Hauts les coeurs et les corps, haut le coeur et la nausée. Envie de vomir, de rendre une bonne fois pour toutes ses tripes ?
Tenter de vivre ? Pour soi, sûrement, car la vie est là, et retrouver l'envie. Tenter d'avoir envie pour tenter d'être à nouveau envie, rien qu'un instant, l'instant suffisant pour tenter de vivre ?
Mais tenter de vivre se doit d'être tenté....
Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste
A José, David, Phil et les autres à leurs camarades qui liront et à qui je dis souvent, et à qui je dirai encore.... "Il faut tenter de vivre" Quand même...!
Ces vers de Paul Valéry, titre et leitmotiv du dernier film de Miyazaki laissent une impression singulière
Le vent se lève
Il faut tenter de vivre
Tenter de vivre... Infiniment plus difficile que de mourir, essayer de vivre, s'essayer à vivre
Parfois vivre est un supplice.
Et pourtant il faut tenter de vivre pour le meilleur espéré et le pire redouté...
Ce pire là qui fait que parfois vivre devient intenable et impossible.
Chaque jour est un combat, chaque jour ce désir de vivre est remis en jeu, se remet en je
Tenter de vivre et se donner rendez vous, pour ne pas se manquer et réaliser combien on s'est manqué, de peu quelque fois, mais suffisamment pour que ce manque là soit douleur, que ce manque là soit !
Alors le jour se lève, la nuit s'apaise et s'achève et il faut tenter de vivre
Un jour encore, un jour de plus, un jour pour quoi ? Un jour pour qui.
Avancer sans bruit, sans faire ce bruit qui rappelle à la vie ! Qui éveille et qui réveille
Tenter de vivre encore un peu.
On se demande alors comment il se fait, comment ça se fait que malgré tout, malgré tout ça, ces poids et fardeau on est encore là ? Et on se demande "pourquoi moi"?
Ceux là sont dans la douleur qui n'a pas de mot pour la dire, pour se la dire, s'ils se sont manqués, c'est qu'il reste une part d'eux mêmes ailleurs,dans un ailleurs enfoui dans la mémoire, mais dans un ailleurs inaccessible et pourtant bien réel
Tiraillés ils sont entre l'effroi et le désir, celui d'y retourner et celui de le fuir.
Ils voudraient mais ne veulent pas, ils voudraient mais ne peuvent pas.
L'inconscient lui ne renonce pas si facilement et chaque nuit qui succède à chaque journée terrible le mène là bas vers cette tragédie, vers ce fantômes, ces ombres qui le hantent et qui font de sa vie, un enfer, le mot semble ici un doux euphémisme.
Alors il faut tenter de vivre. Tenter de raccrocher, de réparer ce qui est cassé, recoller l'impossible et l'indicible, raccommoder ce qui est déchiré, arraché,troué,
Troué, trouer, trou de la mémoire de l'oubli qu'on voudrait pourtant et qui ne vient pas ! Tenter de vivre et d'oublier, l'oubli pour tenter de vivre... Un peu, rien qu'un peu.
L'oubli impossible, la mémoire qui tourmente. Cette mémoire qu'on aimerait perdue, laissée au fond du trou, cette béance suspendue, ce vide qui donne le vertige.
Mémoire qui troue et qui tue. Alors tenter de vivre quand même ? D'avancer sur la route, de heurter et buter sur les pavés, glisser et tomber, puis se relever, encore ! Tenter de vivre ?
Reprendre le chemin ? Là où il s'est arrêté ? Là où on l'a laissé ? Ce tenter là serait tentant, mais il faudrait oser, l'oser, mais pourquoi ? Ce serait alors combler le trou, l'enfouir et le fuir à tout jamais, penser sans panser la cicatrice qui fera un jour ou l'autre symptôme, douleur, cris, pleurs, hurlements à n'en plus finir;
Pourtant il faut tenter de vivre, tenter de tenir, tenter d'être à la vie, aux autres, qui croient encore que c'est possible, mettre son mouchoir par dessus ses larmes et sa souffrance et lever la tête : Hauts les coeurs et les corps, haut le coeur et la nausée. Envie de vomir, de rendre une bonne fois pour toutes ses tripes ?
Tenter de vivre ? Pour soi, sûrement, car la vie est là, et retrouver l'envie. Tenter d'avoir envie pour tenter d'être à nouveau envie, rien qu'un instant, l'instant suffisant pour tenter de vivre ?
Mais tenter de vivre se doit d'être tenté....
Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste
A José, David, Phil et les autres à leurs camarades qui liront et à qui je dis souvent, et à qui je dirai encore.... "Il faut tenter de vivre" Quand même...!
mercredi 26 février 2014
Mémoire et trauma
Mémoire et trauma sont intiment liés, le trauma est lié à la mémoire et c'est elle qui en garde la trace, l'empreinte.
Nous y reviendrons, ailleurs, dans un autre lieu
Je voudrai ici répondre à mon Amie Myriam Karsenty. à propos de la mémoire, du trauma, du devoir de mémoire, du cheminement de la mémoire, du travail de mémoire proche de celui du deuil qui s'opère aussi là, dans ces moments là, où la Mémoire prend une majuscule, celle de l'Histoire, de la vie, de l'Humanité
Myriam écrit, inlassablement pour ne pas oublier ceux qui étaient volontairement destinés à l'oubli, effacés des Livres de la vie, gommés, brulés, jetés...Aux oubliettes de la mémoire.
Voilà ce qu'elle a répondu au texte que j'avais publié, je te cite mon Amie.
"Il faut attendre longtemps avant de s'engager sur ce chemin de la mémoire. Être prêt... On pense que ça fera moins mal. Mais parfois, il faut souffrir pour être bien, pour trouver la sérénité. C'est ce que l'on croit.
Merci Brigitte. Magnifique approche."
Voilà ses mots, son cheminement à elle, sa représentation
Si je ne t'ai pas répondu de suite, Myriam c'est parce qu'il m'a fallu du temps à moi aussi, pour prendre, penser, analyser, comprendre tes mots et y mettre les miens, traduire ma pensée, mon ressenti, faire travailler ma mémoire. Ma mémoire pour ce devoir de mémoire. Cette même là qui ne voulait pas, qui ne voulait pas si frotter, comme tu le dis, il en faut là aussi du temps.
Il faut souffrir aussi pour retrouver, pour se retrouver.
Combien tu as raison.
Mais comment peut-on aller sur ce chemin là, faire comme je le dis la route en sens inverse. J'ai essayé de le faire ce chemin, dans la réalité. Insoutenable, indicible. Terrible. Terrifiant. Aucun mot. Des larmes.
Puis j'essaie de le refaire dans la mémoire, avec ma mémoire et celle de l'Histoire, retrouver la trace, retrouver ce qui reste. Requiem. Ce qu'il reste de l'histoire d'un homme, puis d'un autre, d'un autre encore. Il reste des numéros de convois, des papiers, des archives, des itinéraires, des sigles, des ... et puis parfois pas tout, rien, peu.
Historienne, je sais qu'on ne comble pas les vides, les manques, les failles... Ce n'est pas possible, on ne peut écrire l'histoire ainsi, pour l'écrire il faut chercher, les tessons, les brisures, les cassures, les morceaux, éparpillés, les bribes de l'histoire.
Mais comment fait-on quand ils sont brulés, réduits en cendres ? Quand la mort est encore une fois tuée. Quand la volonté est de ne rien laisser, d'effacer la moindre trace de l'éventuelle possible trace. Couvrir la trace ! Recouvrir encore les plis de la Mémoire.
Je peine à écrire, je peine à construire, je peine à rétablir, je l'ai dit déjà. Ces archives là me tétanisent. Je lis des extraits d'actes de naissances, des dates et des lieux, des métiers, des adresses au quatre coins de l'Est, celui qui est le mien, qui le sera pour toujours.
Tailleur d'habits.. Alors j'imagine le père d'Albert, puis Albert, qui croyait aux lendemains meilleurs, une Etoile qui brille, une étoile qui s'est levée contre le fachisme, une étoile qui s'est éteinte dans les eaux froides de la Baltique après avoir survécu à l'Enfer. Injuste !
Kaddish.
Et puis toi : mort pour quoi ? Toi qui repose en "terre ennemie" tombé du ciel, en paix ? Je ne sais mais dans la verdure et quiétude de ces arbres centenaires...Tombes fleuries, mais par qui ? As tu trouvé ce soit disant repos ?
Il me semble parfois que les soldats
Qui ne sont pas revenus des champs ensanglantés,
Ne se sont pas couchés en notre terre, jadis.
Mais sont devenus de blanches grues.
Sont-elles passées, Ont-elles ramené vos âmes..? ! Zhuravli.......
"Un jour viendra, avec le vol des grues,
De flotter dans la même brume bleue
Et depuis les cieux vous appeler, en langue d’oiseau
Vous tous, laissés sur terre."
Le temps viendra, il vient et arrive, tu m'y aides aussi, toi Myriam qui t'es donnée ce but, rendre un nom et une histoire à ceux qu'on nous a pris, trop tôt. Qu'on nous a confisqués.
A défaut d'écrire l'histoire d'Albert, d'Anatol, Ruth, et des autres, j'écris sur ces moments, cela se met en place, comment et pourquoi ? Le travail de cette autre mémoire qui parfois nous fait mal, nous aide surtout à ne pas oublier ce qui n'aurait jamais du être. J'écris, je décris, j'explore, je pars, je reviens, je retourne en arrière, vers ce passé pour comprendre le présent, notre présent.. et notre avenir.
Je fouille ce passé qui me fait mal, je vois défiler les noms, les images, les camps... Et c'est là que tes paroles prennent tout leur sens. Aller au bout de sa souffrance, exorciser une bonne fois pour toute, aller au bout de soi, pour sortir la douleur et trouver la paix, en leur offrant l'ultime sépulture : Celle de notre mémoire.
Et le trauma ? Que vient-il faire dans cette histoire de mémoire aussi singulière, ce trauma qui est celui de l'autre ? De cet autre disparu. De cet autre inconnu ? Trauma traumatisme ? Le trauma résultant de l'effroi de l'histoire, le traumatisme de sa représentation. Le trauma de l'autre que nous revivons par procuration... Effroi, souffrance... Trace ! Trace indélébile, et c'est peut-être tant mieux ! Cette souffrance nécessaire dont tu parles mon Amie qui nous mène à cette mémoire du non oubli.
Brigitte Dusch, historienne psychanalyste.
A Myriam Karsenty...Et ç tous ceux pour qui oubli et mémoire, mémoire et oubli interpellent.
Nous y reviendrons, ailleurs, dans un autre lieu
Je voudrai ici répondre à mon Amie Myriam Karsenty. à propos de la mémoire, du trauma, du devoir de mémoire, du cheminement de la mémoire, du travail de mémoire proche de celui du deuil qui s'opère aussi là, dans ces moments là, où la Mémoire prend une majuscule, celle de l'Histoire, de la vie, de l'Humanité
Myriam écrit, inlassablement pour ne pas oublier ceux qui étaient volontairement destinés à l'oubli, effacés des Livres de la vie, gommés, brulés, jetés...Aux oubliettes de la mémoire.
Voilà ce qu'elle a répondu au texte que j'avais publié, je te cite mon Amie.
"Il faut attendre longtemps avant de s'engager sur ce chemin de la mémoire. Être prêt... On pense que ça fera moins mal. Mais parfois, il faut souffrir pour être bien, pour trouver la sérénité. C'est ce que l'on croit.
Merci Brigitte. Magnifique approche."
Voilà ses mots, son cheminement à elle, sa représentation
Si je ne t'ai pas répondu de suite, Myriam c'est parce qu'il m'a fallu du temps à moi aussi, pour prendre, penser, analyser, comprendre tes mots et y mettre les miens, traduire ma pensée, mon ressenti, faire travailler ma mémoire. Ma mémoire pour ce devoir de mémoire. Cette même là qui ne voulait pas, qui ne voulait pas si frotter, comme tu le dis, il en faut là aussi du temps.
Il faut souffrir aussi pour retrouver, pour se retrouver.
Combien tu as raison.
Mais comment peut-on aller sur ce chemin là, faire comme je le dis la route en sens inverse. J'ai essayé de le faire ce chemin, dans la réalité. Insoutenable, indicible. Terrible. Terrifiant. Aucun mot. Des larmes.
Puis j'essaie de le refaire dans la mémoire, avec ma mémoire et celle de l'Histoire, retrouver la trace, retrouver ce qui reste. Requiem. Ce qu'il reste de l'histoire d'un homme, puis d'un autre, d'un autre encore. Il reste des numéros de convois, des papiers, des archives, des itinéraires, des sigles, des ... et puis parfois pas tout, rien, peu.
Historienne, je sais qu'on ne comble pas les vides, les manques, les failles... Ce n'est pas possible, on ne peut écrire l'histoire ainsi, pour l'écrire il faut chercher, les tessons, les brisures, les cassures, les morceaux, éparpillés, les bribes de l'histoire.
Mais comment fait-on quand ils sont brulés, réduits en cendres ? Quand la mort est encore une fois tuée. Quand la volonté est de ne rien laisser, d'effacer la moindre trace de l'éventuelle possible trace. Couvrir la trace ! Recouvrir encore les plis de la Mémoire.
Je peine à écrire, je peine à construire, je peine à rétablir, je l'ai dit déjà. Ces archives là me tétanisent. Je lis des extraits d'actes de naissances, des dates et des lieux, des métiers, des adresses au quatre coins de l'Est, celui qui est le mien, qui le sera pour toujours.
Tailleur d'habits.. Alors j'imagine le père d'Albert, puis Albert, qui croyait aux lendemains meilleurs, une Etoile qui brille, une étoile qui s'est levée contre le fachisme, une étoile qui s'est éteinte dans les eaux froides de la Baltique après avoir survécu à l'Enfer. Injuste !
Kaddish.
Et puis toi : mort pour quoi ? Toi qui repose en "terre ennemie" tombé du ciel, en paix ? Je ne sais mais dans la verdure et quiétude de ces arbres centenaires...Tombes fleuries, mais par qui ? As tu trouvé ce soit disant repos ?
Il me semble parfois que les soldats
Qui ne sont pas revenus des champs ensanglantés,
Ne se sont pas couchés en notre terre, jadis.
Mais sont devenus de blanches grues.
"Un jour viendra, avec le vol des grues,
De flotter dans la même brume bleue
Et depuis les cieux vous appeler, en langue d’oiseau
Vous tous, laissés sur terre."
Le temps viendra, il vient et arrive, tu m'y aides aussi, toi Myriam qui t'es donnée ce but, rendre un nom et une histoire à ceux qu'on nous a pris, trop tôt. Qu'on nous a confisqués.
A défaut d'écrire l'histoire d'Albert, d'Anatol, Ruth, et des autres, j'écris sur ces moments, cela se met en place, comment et pourquoi ? Le travail de cette autre mémoire qui parfois nous fait mal, nous aide surtout à ne pas oublier ce qui n'aurait jamais du être. J'écris, je décris, j'explore, je pars, je reviens, je retourne en arrière, vers ce passé pour comprendre le présent, notre présent.. et notre avenir.
Je fouille ce passé qui me fait mal, je vois défiler les noms, les images, les camps... Et c'est là que tes paroles prennent tout leur sens. Aller au bout de sa souffrance, exorciser une bonne fois pour toute, aller au bout de soi, pour sortir la douleur et trouver la paix, en leur offrant l'ultime sépulture : Celle de notre mémoire.
Et le trauma ? Que vient-il faire dans cette histoire de mémoire aussi singulière, ce trauma qui est celui de l'autre ? De cet autre disparu. De cet autre inconnu ? Trauma traumatisme ? Le trauma résultant de l'effroi de l'histoire, le traumatisme de sa représentation. Le trauma de l'autre que nous revivons par procuration... Effroi, souffrance... Trace ! Trace indélébile, et c'est peut-être tant mieux ! Cette souffrance nécessaire dont tu parles mon Amie qui nous mène à cette mémoire du non oubli.
Brigitte Dusch, historienne psychanalyste.
A Myriam Karsenty...Et ç tous ceux pour qui oubli et mémoire, mémoire et oubli interpellent.
jeudi 20 février 2014
Bribes et dires.
Elle se penche et dit :
"Je voulais choisir une fleur...
Une fleur, une orchidée....
Peut-être, sûrement, oui c'est ça !
Alors je regarde, je le vois toutes...Elles sont là...
Là devant moi... Elles sont là...De toutes les couleurs, belles...
Et me tendent leurs bras, fleurs...
Je regarde et je me sens mal, tout à coup !
Infiniment mal !
Je ne vois plus les fleurs...
Je vois un orphelinat
Ces orphelinats avec les enfants des camps
Camps..Goulag... Je ne sais pas, mais c'est ce que je vois
Des enfants des camps, orphelins, abandonnés..? Retirés ? Enlevés ?
Des camps laissés là
Attendre des parents ?
Il me faut choisir, il faut choisir !
Mais comment choisir ?
En prendre un et laisser les autres, laisser tous les autres
Les laisser là.
Pourquoi celui là ? Et pas celui là ? Et celle là ?
Elle me tend les bras..
Je ne peux pas...
Prendre et laisser, laisser pour prendre"
"Je voulais choisir une fleur...
Une fleur, une orchidée....
Peut-être, sûrement, oui c'est ça !
Alors je regarde, je le vois toutes...Elles sont là...
Là devant moi... Elles sont là...De toutes les couleurs, belles...
Et me tendent leurs bras, fleurs...
Je regarde et je me sens mal, tout à coup !
Infiniment mal !
Je ne vois plus les fleurs...
Je vois un orphelinat
Ces orphelinats avec les enfants des camps
Camps..Goulag... Je ne sais pas, mais c'est ce que je vois
Des enfants des camps, orphelins, abandonnés..? Retirés ? Enlevés ?
Des camps laissés là
Attendre des parents ?
Il me faut choisir, il faut choisir !
Mais comment choisir ?
En prendre un et laisser les autres, laisser tous les autres
Les laisser là.
Pourquoi celui là ? Et pas celui là ? Et celle là ?
Elle me tend les bras..
Je ne peux pas...
Prendre et laisser, laisser pour prendre"
lundi 17 février 2014
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Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.
Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.
Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.