Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

samedi 29 mars 2008

La nécessité de l'analyse ?

Depuis quelques temps, je me promène sur le net et les forums. Je m'arréte plus longuement sur les discussions, questions, liées aux thérapies et à la psychanalyse.

On vient demander des informations, des conseils, des noms des tarifs sur les différentes possibilités de thérapies, psy, ou corporelles...
On vient parler de son expérience, de son vécu, de sa souffrance, mais aussi de la parole, de la parole dite en analyse. A son analyste ?

Pourquoi ?

On vient raconter son désespoir, faire part de ses interrogations, dire qu'on s'allonge trois fois par semaine, et qu'on ne va pas bien. Que cela dure depuis des années, et que rien ne se passe, que parfois même on n'est encore plus mal....
On ne demande même pas de réponse, on vient déposer sa misère et sa solitude.

Et l'analyste ?
Le sujet semble lui faire part de tout ce vécu douloureux, de ces blocages, de ces noeuds qui au lieu de se dénouer, se resserent davantage..
Et il se passe quoi ?
Pas grand chose, car le sujet continue de se rendre à ses rendez-vous.... Tout en se demandant s'il fait bien ? Si cela sert à quelque chose... Mais à quoi ? Qui ne savent pas si elles trouveront le courage pour continuer cette quête .
Il parle, parfois il ne peut pas, la séance n'est qu'un long silence, peuplé de larmes..Et d'encore plus de désarroi, de questions sans réponse. De culpabilité, de honte, de desespoir, de haine de soi.

Donc il se passe bien quelque chose ?
Le sujet se rend bien compte que quelque chose cloche. Non seulement dans son histoire, dans son rapport à la souffrance, dans son désir de voyage puisque psychanalyse il a entrepris...

Mais qu'il y a aussi quelque chose d'autre qui cloche
Dans son analyse : Dans ce voyage entrepris... Qui n'arrive "nulle part" qui laisse un sentiment de profond mal être", de souffrance terrible...

Et je lis, les symptômes énumérés : Une phobie spécifique...Qui fait que depuis des années, le sujet ne sort plus que pour se rendre chez son analyste, et qui se demande combien de temps il pourra encore y aller, vu qu'il ne travaille plus, et qu'il ne pourra plus payer les séances,mais surtout parce qu'au fur et à mesure que les dites séances passent, sa phobie s'aggrave...

Des troubles d'angoisse généralisée...
Des stress post traumatiques....
Des difficultés d'endormissement
Un manque d'estime de soi, de confiance en soi, d'affirmation de soi...
De traumatismes d'enfance, de souffrance au travail..au sein du couple, de violences

Le divan est la seule solution...? Des années durant, trois fois par semaine, la parole va se libérer, libérant le sujet de ses troubles....Libre association, transfert...Et parfois dépendance.
Mais pas de résultat, se plaignent les sujets, "ça ne va pas mieux, au contraire..."
"Dois-je quand même continuer ? Je ne suis pas sûr !" "Je n'en peux plus de vivre."

Le divan est-il la seule solution ?
L'unique solution ?
Le seul remède ?

Une personne explique qu'elle consulte un analyste, suite à des attaques de panique ! Et l'analyste "bienveillant" de lui suggérer qu'il a peur de la mort ! de sa propre mort ! et l'analysant s'allonge et parle de la mort.... de sa mort, future et éventuelle...Il y pense tout le temps, alors qu'avant il faisait simplement des attaques de panique "où il avait l'imminente sensation qu'il allait mourir" (un des critéres du DSM IV pour diagnostiquer ce trouble)
Maintenant il a progressé car il sait pourquoi il a peur.... De mourir.... De sa mort...Il a peur et....

Pour parodier Omer Simpson "on va tous mourir.... et moi le premier....Ptoooo !"

Malheureusement ce n'est pas un gag ! encore moins une fiction ni une caricature... de la psychanalyse...
Elle n'a pas besoin de tout ça pour se ridiculiser davantage !
Ces plaintes et témoignages, je les entends aussi...

Je posais la question dans un mail, à une amie... Pourquoi ?

Pourquoi ? Oui, Pourquoi les thérapeutes continuent en ce sens ? Aveugles ? Bien veillants ?
Continuent, mais persistent.... "Vous verrez... "
Ou persistent dans le silence... En donnant rendez vous au patient à la prochaine séance, sans un autre mot...que "à mardi.. jeudi.."

Une phobie peut-être efficacement prise en charge par une TCC
Un trouble et une attaque de panique aussi.
L'ignorent-ils vraiment ?
Les TCC ne font pas de miracles, mais pour certaines personnes et dans le cas de certains troubles, il y a des résultats.

Dans un premier temps, ce peut être interressant, pour le patient, de recommencer à avoir une vie sociale.. De prendre un bus, travailler, voir des amis....
Y pensent-ils ?
Savent-ils à quels points ces troubles sont invalidants ? Et la souffrance psychique qu'ils provoquent ?
Et l'isolement ? Et la rupture du lien social ?
Que peut-être il faut procéder par ordre... Qu'il faut peut-être rétablir un équilibre, que parfois des médicaments sont nécessaires, peuvent lever une angoisse qui permettra d'engager de façon bénéfique une thérapie.
Et pourquoi pas une analyse...
Pour comprendre, se comprendre....Dans un autre temps.

Les deux ne sont pas incompatibles !
Ce sont deux démarches différentes tout simplement.
Comme les antibiotiques en cas d'infection grave.. Et l'homéopathie en traitement de fond...
On peut combiner et conjuguer les deux..

Personnellement j'adresse des patients vers une art -thérapeute, un relaxologue, sophrologue ou autre confrére qui peut leur venir en aide autrement, en appui quand cela est nécessaire et que le patient est d'accord.
Nous ne travaillons plus seuls, au sein et à l'abri d'un cabinet feutré.
Il faut aussi savoir entrer en relation....Avec les autres, confréres, thérapeutes, mais aussi soignants, travailleurs sociaux, équipes éducatives....
Aller au devant parfois !
Mon objectif est d'aider le sujet qui me demande de l'accompagner dans sa démarche pour aller mieux...
Et si ce que je lui propose, selon mes compétences et mes connaissances ne suffit pas ou n'est pas ce qui est mieux pour lui, mon éthique et ma conscience professionnelle font que je l'oriente ailleurs.
Un thérapeute se doit d'être conscient de ses limites ! C'est un minimun envers lui même et surtout envers la personne qui lui donne sa confiance, qui fait de lui, son thérapeute !

Ce qui me surprend aussi, c'est que ces patients, analysants, sujets en thérapie ne remettent que rarement leur thérapeute en question....

Les cognitivistes parlent "d'alliance thérapeutique"... Cette expression est fort belle et exprime tout à fait ce qui est nécessaire et essentiel pour que le travail analytique ou thérapeutique puisse se faire et avoir lieu.
Une relation de confiance et une démarche active de la part des deux parties (active ne signifiant pas faire pour, conseiller, dire, faire à la place de). Il s'agit pour le thérapeute de donner au patient les moyens de redevenir acteur de sa propre vie et de recouvrer la liberté

mercredi 26 mars 2008

Etranger à soi même

J'évoquais cette sensation douloureuse dans l'article précédent : l'exil de soi.

Comment pouvait-on être ou devenir étranger à soi même ? Etre en exil de soi même ?

Curieusement, dans ce cas, le chemin peut se faire dans les deux sens, à l'aller, au retour, parfois il n'y a pas de retour possible


"J'ai alors vu la lumière, les couleurs, le ciel, la mer...Avant tout était noir, noir, complétement noir, je sors des ténébres" me dit un analysant. Il exprime ainsi ses premiers pas vers un mieux être après des séances de thérapie, une prise de conscience de son état. Celui qui était et celui qui devient.


"J'ai l'impression que tout se voile, lentement je descends, un gigantesque tunnel, puis je suis aspiré par une spirale infernale, un tourbillon, je ne vois plus rien vraiment, ce n'est pas la mort, mais la dépression, oui la dépression un immense tunnel sombre d'où l'on ne voit rien" Ainsi s'exprime un autre, souffrant oh combien les affres de la dépression !

Ainsi, le moi ne se reconnait pas, ne sait plus qui il est "je est un autre" disait Rimbaud.
Etranger à nous même dans le sens d'une étrangeté étrange. Une sorte d'état de soi qu'on ne se connait pas, qu'on ne reconnait pas comme soi, ni qu'on ne maitrise pas.
Une sorte d'autre soi. Mais qui n'est pas soi...

Souvent cette étrangeté là est pensée comme de la folie, de l'aliénation,
La maladie mentale, les troubles de l'humeur, la dépression, la bouffée délirante, donnent un tableau d'étrangeté, de mise "hors de soi".
Se pose aussi, dans certains cas la question de savoir si le sujet "était en pleine possession de ses moyens lors de cet acte posé à ce moment là"..

Mais il ne s'agit pas de cet état là, justement, mais de cet état latent, larvé au fond de notre soi qui fait que parfois, ou qu'à un certain moment on sait plus qui est vraiment ce "moi".

Exil, il y a ce "ex", signifiant "qui vient de"..
Mais ce mot évoque le banissement, l'exil était une peine appliquée dans l'Antiquité, les grecs anciens parlaient aussi d'autarcie
C'était un chatiment, privant le citoyen de son toit, de sa terre, l'expulsant, hors de sa maison, hors de son clan, hors de sa patrie. Hors de son "chez soi".
Le chassant, l'éloignant, lui interdisant de revenir aussi.
Au XII° siècle s'y rajoutait la notion de malheur et de tourment.

Ainsi, sommes nous explusés de nous mêmes, jetés vers un vaste continent noir, inconnu et souvent terrifiant...
Une ile déserte, aride, perdue au fond des océans.
Une ile que personne ne voit, ne distingue, ne remarque,
Une ile qui n'existe pas !

Relégué en nous, au fond de nous ?
La lumière fait place aux ténébres, à un soleil noir, froid, inquiétant.
Cet astre sombre illumine nos jours et nos nuits.

Nous sommes les voyageurs des ténébres, étrangers à la lumière, voyageur bien malgré soi, à travers les méandres de l'esprit et de l'inconscient.
Voyageur en fuite, en fuite de maux, qu'on ne peut mettre en mots, voyageurs maudits...
Fantome errant en quête d'absolu, qui ne se reconnait plus.

dimanche 23 mars 2008

Analyse et spiritualité

La dimension spirituelle de l'analyse ?

Cette question posée par un analysant est interressante sur plusieurs points.

Spiritualité et psychanalyse peuvent-elles cohabiter ? se cotoyer ?
Y a t-il une dimension spirituelle à la psychanalyse ?

J'ai toujours considéré la démarche et le travail analytique comme une quête, un long voyage à la rencontre de soi. Un voyage qui peut aussi ne pas aboutir. La psychanalyse ne promet rien, n'assure de rien, elle permet tout simplement. Et ce n'est pas rien !

Partir à la quête, à la conquête ou à la reconquête de soi, est une décision lourde de conséquences pour soi, déjà, pour ceux qui nous entourent également. Ce désir là, s'il est présent depuis longtemps, ne se concrétise qu'après une mûre réflexion.... Parfois, il faut des jours, des semaines, des mois, des années avant de franchir le pas. Parfois, les tentatives avortées sont nombreuses. Parfois on ne trouve pas la "bonne personne", enfin "sa bonne personne" . Celle que le sujet fera "son analyste"..

Se chercher pour se trouver est-il une quête spirituelle ?
La quête est historiquement principalement spirituelle, ou plutôt "religieuse", ce qui n'est pas la même chose
Ainsi la Reconquista, la quête vers la lumière etc...les pélerinages, les marches vers les lieux saints, pour demander, guérir, obtenir une faveur, quêter de l'espoir, un signe divin ?

Il n'y a rien de divin dans la démarche psychanalytique, dans le sens où pas de "deus ex machina". Pas de miracle non plus, même si Lacan affirme que la guérison "arrive en sus" !

La quête analytique si l'on veut garder ce terme, qui me convient par certains aspects n'a rien de religieux non plus. Bien au contraire, elle m'apparait comme laïque, purement et simplement laïque.
Dieu ou dieu, n'a rien à faire ni affaire la dedans, dans ce rendez vous là ? Il ne s'agit pas non plus d'un diner avec le Commandeur. Il n'est pas convoqué.

Seul notre moi est convoqué ! Et encore, il n'est pas obligé ni d'être à l'heure, ni au rendez-vous...

Mais pourquoi donc alors parler de démarche et de dimension spirituelle ?
Pourquoi dire, affirmer, écrire même comme le fait cet analysant, qu'il a tout d'un coup, "tout" compris, que "fiat lux" ?

Vivait-il alors dans les ténébres ? dans le noir ?
La dépression, c'est le noir, les ténébres de l'esprit, les sous bois de la vie. La lumière et les couleurs ne sont pas au rendez vous du quotidien. On fonctionne à demi, et parfois plus du tout.
L'analyse ne guérit pas instantanément de la dépression. Elle y aide, y contribue c'est certain. Mais le miracle ne vient pas spontanément.

L'analysant est-il un conquistador ? Le conquistador des temps modernes ? Le conquistador de son Moi ?

Il part en effet à la découverte d'une terra incognita. Son inconscient est un vaste continent noir qui lui reserve des surprises. Bonnes, parfois mauvaise..... Si les hommes d'Henri le Navigateur, n'avaient que peu de chances de revenir de cette aventure là, soit qu'ils mouraient en mer ou bien qu'ils brulaient leur vaisseau. Qu'en est-il de l'analysant ?

Y at-il un retour possible ? Oui, mais pas un retour au même possible ? on en revient changé, parfois on en revient un autre. Un autre qu'on ne reconnait pas, un autre dont on ne veut peut-être pas....

Mais qu'y a t-il de spirituel dans cette aventure là ? Que dans cette quête la ?
Dans cette requête ? Dans cette conquête ?

C'est l'esprit qui travaillle, qui est en cause, c'est l'esprit qu'on questionne, qu'on convoque à ce rendez-vous. Certes, mais pas le sprituel, pas cette dimension là ?

Pourtant ce mot "spirituel" est récurent, il tourne dans ma tête et dans mon esprit, il tourne et tourne encore sans que je sache vraiment pourquoi.
Et il me renvoit toujours au religieux, c'est la représentation que j'en ai. Et qui me géne. Pas de place pour la religion dans cette affaire là.


La psychanalyse n'est pas une confession. L'analyste ne donne ni bénédiction ni absolution. Il ne donne rien, il permet.
C'est l'analysant qui "fait tout le boulot" m' a dit un jour un patient. Ce qui est en partie vrai. Puisque le travail ne se fait pas seulement pendant les séances, mais aussi et surtout, entre les rendez vous, la nuit, dans les rêves, les actes du quotidien.


La psychanalyse "éveille" ? pour reprendre les termes des spiritualités orientales ? Certainement, elle éveille, réveille et émerveille aussi.

Ténébres et lumières : Moyen âge/époque moderne : Obscurantisme/connaissance : religion/sciences.......

Le sens de spirituel ne peut être que religieux, du moins il ne peut en être dénué. Même si cette acception (religieuse et théologique) ne vaut que jusqu'au XV° siècle.
Ma formation d'historienne et plus particulièrement de dixseptièmiste me renvoie également au "père spirituel".... Le confesseur, le directeur de conscience.

J'ai longuement réfléchi en son temps, sur l'analogie éventuelle ou le parallélisme plus probable que nous pourrions établir entre l'analyste et ce fameux directeur de conscience.
J'ai utilisé à défaut de paroles, les écrits des "dirigées" "pseudo analysées" (il s'agissait de femmes)...
Freud n'était pas encore né. Parler de psychanalyse avant lui, pourquoi pas après tout. Il déclare lui même qu'il ne l'a pas inventé, qu'elle existait bien avant lui, reconnaissant sa dette immense envers les auteurs de romans..

La clé et la réponse aux questions précédentes restent dans l'interrogation de la subjectivité, celle ci est-elle possible alors ?


Mais "spiritualité" évoque encore ce scientifique et pourtant mystique suédois : Swedenborg qui dialoguait avec les esprits, les anges et Dieu....
L'analysant ne dialogue pas avec ces gens là.
L'analyste n'est ni un esprit, un ange, encore moins un dieu

Dialogue ? ou monologue ?

L'analyse n'est pas une démarche spirituelle du moins avec ces acceptions du terme. C'est une démarche volontaire reposant sur l'association libre, le transfert, la parole, le silence....
Une démarche mais aussi un désir, celui de recouvrer un certaine liberté, la liberté d'être soi.
La spiritualité promet, la psychanalyse permet.
C'est là sûrement toute la différence.

samedi 22 mars 2008

Tout ?

Aujourd'hui on médiatise tout ou presque.

On parle de tout, on expose, on s'expose on sexe pose aussi

Passer dans des emissions de télé realité pour parler de soi, de sa maladie, de ses difficultés diverses : avec son conjoint, ses enfants, ses parents, son patron, ses voisins... On parle sour l'oeil de la caméra et sous celui bienveillant et compatissant (?) de l'animateur, qui pose LES questions, préparées avec les réponses par avance....Avec art, car c'est du live !

Les français aiment ça, ils participent, regardent, se reconnaissent ! En redemandent !


Ainsi on parle de tout librement, on débale tout, sans limite, sans frein, il faut tout dire, c'est libérateur !

Alors on raconte ! on écrit sa vie, narre sa thérapie, sa souffrance, on fait des livres comme on fait des chateaux de sable. Ils durent d'ailleurs aussi longtemps, avant qu'une vague, un autre livre ne les submerge.... Et ça recommence.

Il parait que 'ça" fait du bien, que ça soulage, disent les participants, les "nouveaux biographes". C'est une nouvelle forme de thérapie. Et qui ne coûte rien, elle peut même rapporter, et "cela peut servir à d'autres."

Il parait que ca fait du bien aussi à ceux qui les regardent ou les lisent "on voit comme ça qu'on est pas tout seul, que d'autres sont aussi malheureux, ont les mêmes problèmes que nous"

Ouf ! Il y a plus malheureux que soi...

On se console comme on peut, on se rassure avec ce qu'on a !
Finalement ce n'est pas très compliqué...

On aime les anti héros, les gens ordinaires "comme nous".
On ne cherche plus à grandir, à "se grandir " s'élever, s'édifier, se construire.
la simplicité, l'ordinaire, le "normal" le médiocre aussi... séduisent, plus besoin d'aspirer à devenir.
A s'identifier... A vouloir ressembler !

Les anti héros ont la côte ! ils sont "comme tous le monde". On désacralise tout, on ne se géne plus, on ne se retient plus. On se libére des carcans, on se libére de tout, des interdits, des limites. No limit ! do it !

Ces slogans pullulent, laissant croire que tout est possible, qu'on peut tout faire, franchir toutes les lignes jaunes, sans risque !
Just do it ! Il faut tout essayer ! tout connaitre.. tout raconter ! tout montrer.

On met tout en scène, on livre tout en pature, au public, sa vie, sa mort, son intimité, son intime.

Mais on demande à l'autre, on exige de l'Autre de légiférer, de dire si c'est bien ou pas bien... Car en définitive on ne sait plus très bien. Si c'est bien, mal, si on transgresse, si... et si...
Si ça se fait ou pas, si on peut ou non....

L'Autre doit poser le cadre. Qu'on s'empresse de transgresser ! Mais on l'interroge sur tout, jusqu'au plus intime... La vie, la mort.

S'il faut souffrir beaucoup, plus que beaucoup pour avoir le droit de mourir. On se montre mourant, souffrant, on demande le coup de grâce ! Comme le condamné qui attendait sa grâce..
Grâce de vivre, mais maintenant que la peine de mort est abolie on demande la grâce de mourir !

Loi ! terrible loi .
Paradoxe que tout ça.
L'homme n'a cessé de chercher, de quémander, de mendier, de se battre pour sa liberté ! Il est mort pour elle.

Qu'en a t-il fait ? Qu'en fait-il ? Qu'en sait-il ?

Liberté ? Qu'est ce qu'être libre ? Question cliché des bacs philo...Personne ne sait vraiment y répondre, personne ne sait peut-être vraiment ce que ce mot recouvre. Banal, banalisé, il ne veut plus dire grand chose, n'évoque plus guère de représentation.

Au nom de la liberté, on veut tout dire et tout montrer, on veut faire tomber des murs, abolir toutes les frontières, on ne veut plus de limites.

Peut-on vivre dans un monde sans limite ?
Un monde sans limite est-il un monde libre ?

Des patients anxieux, phobiques demandent lors des thérapies à en être libérés, ne plus souffrir de peur, d'anxiéte... Ne plus jamais avoir peur.
S'il faut leur expliquer que la peur, l'anxiété sont nécessaires, essentielles à la vie et à la survie, est-il nécessaire de rappeler aujourd'hui que la honte et la culpabilité sont essentielles à la vie en société. Sont nécessaire au maintien d'un lien social harmonieux et constructif.

Que tout n'est pas permis, que tout ne peut être fait, acter, assener ?
Qu'un peu de retenue est nécessaire, indispensable et fondamentale dans une société libre.

jeudi 20 mars 2008

Celui qui reste

On en parle plus volontiers
Il en parle aussi, non qu'il en parle volontiers, mais sa souffrance parle, en parle.


Etre quitté, laissé, abandonné, cela peut arriver à chacun de nous, il n'y a pas de profil particulier, personne n'est à l'abri. Je dirai même que dans une vie, nous avons tous été un jour quitté, laissé, abandonné.

Enfant, adolescent, adulte, vieux.... Il n'y a pas d'age pour être laissé !

Mais nous réagissons, réagirons chacun à notre manière, parce que nous sommes tous différents, uniques, mais aussi et surtout parce que nous avons tous une histoire singulière, un rencontre particulière avec la séparation.

J'ai évoqué rapidement dans un article consacré à la solitude à quel point la constitution et l'élaboration de liens et d'une relation sécure permettait de faire face aux événements de la vie.
Traumatismes, trauma, choc, stress, maladie, mais aussi et surtout à la séparation, l'abandon, au fait d'être quitté.

La première séparation est notre venue au monde. Séparé de l'utérus maternel, d'un milieu aquatique, à priori en sécurité, on se retrouve au prix d'immenses souffrances projeté dans un monde froid, éblouissant, au milieu d'inconnus.
On coupe le cordon, celui qui nous reliait au dedans, et nous voici au dehors, brutalement...!

Le bébé pourtant continue d'avoir un lien fusionnel avec sa mère, ou celle qui lui en tiendra lieu. Cette proximité le rassure, il apprend, ou n'apprend pas, que le départ de celle ci, ne coïncide pas avec l'abandon. La mère revient, elle reviendra. Ce temps d'absence est nécessaire et lui permet de se construire. Partir/revenir pour partir et revenir encore. Pour lui permettre à lui aussi de partir, et de revenir.
L'amour reste le lien.... Présent ou absent, l'amour est là. L'absence, source d'angoisse, ne l'est plus "tant que ça" puisque l'être aimé ou investi va revenir. C'est une question de temps.

L'enfant apprend petit à petit qu'il existe d'autres "autres" que ses parents, il se socialise peu à peu, pour devenir autonome. Ce qui ne signifie pas se passer des autres. On ne s'en passe pas, mais on peut vivre en leur absence. Leur absence est parfois nécessaire, nous avons aussi besoin de solitude. Même si on ne le voit pas, ne l'entend pas, celui qui est parti reviendra..

C'est pourquoi la mort, chez l'enfant comme chez l'adulte est particulièrement traumatisante et éprouvante, c'est une effraction ! l'être aimé, ou ce qui est perdu, l'est à jamais, sans aucun espoir de retour.

La rupture est une séparation non désirée, non souhaitée, brutale, innatendue. Le sujet est quitté. On le quitte, il est laissé. Abandonné. L'autre n'est pas mort, il est seulement parti, mais il a décidé qu'il ne reviendra pas.
Ainsi pas de retour possible, perte de l'autre, qui disparait, mais qui n'est pas mort. Cet autre, qui laisse, part parfois pour un autre.
Celui qui reste, doit faire son deuil, son deuil de l'autre, son deuil de la perte. Accepter qu'il n'y aura pas de retour possible... Long et douloureux travail, dont l'objectif est d'apprendre à rester ! et rester seul.

L'abandon d'un enfant est différent. Ce "laisser" là peut prendre de multiples visages, une mère peut accoucher sous X (comme le cas de ma patiente dans mon précédent article), mais des parents peuvent tout en étant là, ne pas s'occuper de leurs enfants. Il ne s'agira pas d'un abandon au sens juridique du terme, mais ils seront laissés.... livrés à eux mêmes ou à d'autres autres... à leur pouvoir.

Abandon et oubli, ces mots reviennent souvent dans la bouche de ceux qui ont vécu ça. "Mes parents m'ont abandonné... J'ai fais des foyers.... Des familles d'accueil..... Mais on me laissait là....On ne s'occupait pas de moi...." Oubliés !
Et l'oubli c'est terrible et terrifiant
Les témoignages sont poignants, des enfants laissés, comme des objets, là, sans attention, sans un mot, sans tendresse, sans amour.
Celui qui reste !
Le reste, le trop, ce dont on ne veut pas, dont on ne veut plus car on n'est rassasié, ce qu'on laisse.

Comment se construire ainsi, avec ce fardeau là ? avec ce bagage là ? Comment donner de l'amour ?
Des femmes me disent n'avoir jamais voulu avoir d'enfant "trop peur de ne pas pouvoir... les aimer, les élever...Non, je n'avais pas envie de reproduire ça, j'ai préféré que ça s'arréte"

Mettre un terme à cette spirale infernale
Ne pas enfanter, ne pas donner la vie ! Celle qu'on leur a infligé est déja tellement pénible !

D'autres au contraire ont tellement envie. En vie de donner la vie, pour prendre une revanche et aimer ! Donner l'amour qu'elles n'ont jamais reçu. Réparer ?

Certaines reproduisent encore et encore le seul scénario possible, n'ayant pas réussi à comprendre et casser ce cercle vicieux qui les enferme parfois depuis des générations...

Pas facile d'être celui qui reste, pas plus que d'être celui qui laisse..
Une rencontre ratée, un rendez vous manqué encore !
Parfois celui qui reste essaie de retrouver et rencontrer celui qui l'a laissé. Chemin oh combien pavé de douleur, d'espérances, de fantasmes, mais de bonheur quelque fois.

Ce désir de savoir, de savoir ce qui s'est passé ? Pourquoi ? Pourquoi n'étais je pas aimable ? Digne de l'amour ? digne d'intéret ? Ce désir là est légitime.
Quête impossible bien souvent !

La thérapie, l'analyse, ne permettent surement pas d'y apporter une réponse, mais parfois elles permettent à certains de vivre avec "ça". Avec ce traumatisme terrible. Elle permettent de vivre, de construire, de se donner la vie une nouvelle fois.
De renaitre à soi même !
D'être en vie, et d'avoir envie !

mercredi 19 mars 2008

Celle qui laisse

Peut-être pour faire suite à mon article sur la solitude et l'abandon.
On laisse peu la parole à celui qui laisse, qui abandonne.

Ce sont les mots d'une de mes patientes qui m'incitent à en parler.

"C'est le plus beau cadeau, la plus belle preuve d'amour que je lui ai faite" me dit-elle en relatant l'abandon de sa fille à sa naissance.
Déjà mère de deux enfants, l'un confié à la grand mère, l'autre élevé tant bien que mal par les compagnons de passage, elle ne pouvait garder cet autre enfant : "trop folle.... pas capable, bonne à rien.... Même pas fichue de m'occuper de moi, j'oublie de leur donner à manger..."disait-elle en larmes..

Il me faut revenir sur le terme "Abandon" et sa signification, le sens et le sens commun qui lui est donné.



Littéralement il veut dire "au pouvoir de"
Abandonner c'est quitter, cesser de s'occuper de...
Dans l'ancien temps on disait "mettre à bandon" c'est à dire, "mettre au pouvoir de"
Puis le français lui confère le sens de" l'action de renoncer à quelque chose, en la laissant au pouvoir de quelqu'un".
Toujours cette notion de laisser au "pouvoir" d'un autre, d'un tiers. (tiers séparateur ?)


L'idée de laisser prévaut.
Mais au XII° siècle, le sens de "laisser en liberté" est à mentionner, abandonner, ainsi employé dans le milieu de la fauconnerie.

On parle de laisser "quelque chose", un objet, un bien, une terre. Il faut attendre la seconde moitié du XVII° pour que l'emploi du terme concerne les personnes. Ainsi on peut alors abandonner quelqu'un : le laisser "au pouvoir de l'autre"

Je reviens aux mots de ma patiente, elle avait en effet laissé son enfant au pouvoir de l'autre, d'une autre mère qui l'espèrait-elle serait "suffisamment bonne", du moins pensait-elle "plus bonne que je pourrai l'être moi même".

Comme si cet acte d'abandon, pouvait laisser une chance à ce nouveau né d'avoir une autre vie, un autre destin. Que sa "mère biologique" pensait meilleure. Un autre départ. Une séparation nécessaire au bonheur ?

Un geste d'amour, ultime ! Un ultime geste d'amour, de cadeau d'amour ! D'amour pour cet enfant, mais aussi d'amour pour cette "autre" à qui elle le laissait.
Elle cessait de s'occuper.
Pourtant elle ne cessait ni d'y penser, ni d'aimer cette petite fille, ni de souffrir.
"J'ai trois enfants "déclarait-elle toujours, ce qui désorientait ses interlocuteurs, qui n'en voyaient que deux sur ses papiers....
Pourtant elle ne "fabulait pas " "ne délirait" aucunement. Elle avait bien trois enfants ! Cette fillette quittée était bien son enfant.

Geste d'amour, geste de désespoir mais d'espoir aussi, sursaut d'amour maternel pour donner une chance à ce bébé, une chance de grandir sans sa mère qui n'aurait su en prendre soin, d'avoir une chance d'accéder au bonheur que sa mère n'avait jamais connu et qui se pensait incapable de lui offrir.
Un cadeau ?
Une offrande ?
Un "don"
Un abandon pour lui permettre de s'épanouir ?
Un abandon pour "laisser en liberté" ?

A quel prix ?


Cette mère a fait ce qu'elle pensait devoir faire à ce moment là, et me dit que malgré sa peine, sa douleur elle "a bien fait, qu'il le fallait, au moins une de sauvée...."

Elle continue à souffrir, à ressasser sa peine, sans cesse, à avoir mal, dans son corps aussi et surtout, partout, tout le temps, et la médecine, malgré toutes les explorations, n'a pas vraiment de diagnostic ni de traitement à proposer... On parle pudiquement de "troubles fonctionnels" et me l'adresse.

Mais elle. Elle sait, elle sait de quoi elle souffre, et me le dit clairement "j'ai une maladie orpheline".

mardi 18 mars 2008

Etre malade sur le net !

Sous ce titre, je souhaite analyser et tenter de comprendre les rapports qui se mettent en place entre le malade et la maladie.

Curieusement, c'est sur le net, en lisant les messages de divers forums où les malades atteints d'une pathologie similaire se regroupent pour en parler, que cette idée m'est venue.

Elle m'est venue, parce que ces forums là, justement m'ont interpellée. Ainsi de longues listes mentionnant toutes les maladies, ou les grandes formes pathologiques dont nous pourrions être amenées à souffrir..
Vous avez un cancer, une parkinson... Venez en parler sur nos forums...

Parler fait du bien. Nous le savons tous. Parler entre patients peut-être thérapeutique, nous le savons aussi, c'est le but des groupes de paroles (animés par des thérapeutes) des groupes organisés par des associations d'anciens malades (qui encadrent et accompagnent). Mais cette parole là, libéréé sur le net, à l'intention et l'attention d'anonymes ou de personnes sensées mieux comprendre parce que souffrant elles aussi ou de personne !
Quid de cette parole ?

Tout est conçu pour que les forumeurs se sentent "chez eux". Ils peuvent établir un profil, mettre des photos, des petites phrases, signatures, avatars... Ils ont même sur certains forums des statuts particuliers selon le nombre de messages postés.

Que se disent-ils ?


Il se racontent, racontent leur maladie, leur souffrance, leur parcours du combattant au quotidien, l'angoisse de l'attente du diagnostic, leur peur de la maladie, de la mort, de celle d'un mari, d'un enfant, l'incompréhension de leurs proches, la nullité de leur médecin, des psys qui ne comprenent rien, l'inhumanité des institutions, ils parlent aussi d'eux mêmes donnent des détails intimes, plaisantent... Bref, il se tisse une véritable communauté sur la toile. Une communauté de pseudos amis qui ne se connaissent pas, mais qui arrivent parfois à se rencontrer.


Ils échangent sur tout, mais principalement sur les informations médicales, partagent les renseignements sur les traitements, leurs effets secondaires, comment ils réagissent à tel ou tel médicaments, demandent des conseils...Transmettent des liens, recommandent des sites parlant encore de leur maladie.
Ils tentent par tous les moyens de capter, de capturer de l'info, du savoir, de la connaissance, ils essaient de comprendre par eux mêmes, de décoder le langage médical obscur, de traduire la dernière consultation médicale. Persuadés souvent à tord ou à raison, qu'on ne leur dit pas tout, qu'il existe d'autres solutions...Peut-être....Qu'ils peuvent guérir ?

Ils attendent de l'autre cette attente là....


Parfois, les discussions sont animées, l'intrus ou l'indésirable est délogé sans grand ménagement.

Il ya le ton forumement correct. On dit tout, mais d'une façon acceptable, les habitués y veillent... Il y a des malades quand même... Et qui esperent !


Cela fonctionne finalement comme au sein d'un groupe. Avec des régles et une dynamique propres.

Ceux qui se connaissent, qui sont là depuis longtemps... Un peu les piliers, qui rassurent, qui répondent, qui ont l'expérience "les experts". Il y a le plaisantin, celui qui vient pour "rire un peu malgré nos souffrances" clown triste essayant d'apporter un "rayon de soleil" dans cet univers effrayant. Il y a celui qui vient "voir" qui visite, qui n'écrit pas, ou peu, qui met quelques smileys pour dire qu'il est bien là, ou un message laconique, car finalement il n'a pas grand chose à dire, ou n'est pas trop sûr, de lui. Refusant de s'engager davantage, mais profitant au passage des infos données par les autres. Il y a celui qui passe et qui ne laisse rien. Parasite du système, ou trop timide pour se lancer ?
Ce n'est pas facile que d'écrire ! Quelques personnes ont l'honnéteté de dire qu'elles viennent là depuis plusieurs jours, ou semaines, lisent.... n'osent pas, et que cette fois, elles osent poster. "Je me jette à l'eau". Et se présentent maladroitement... Attendent une réponse qui tarde parfois à venir, s'impatientent.


La qualité des messages est variable. De pertinentes informations cotoient des posts insignifiants, un langage choisi un charabia SMS...

Tout le monde semble y trouver son compte, puiqu'ils reviennent dans ce lieu virtuel qui semble convivial. Tout semble simple, on se tutoie ! c'est la règle, toutes les barrières tombent. Un monde qui semble sans limite, même si un modérateur est censé réguler et empécher tout éventuel débordement. Un simple clic suffit pour l'avertir !
Simple, facile, le malade n'est plus seul ! il y toujours sur le forum, un autre malade pour lui répondre à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit... Tous les jours. On répond ! Mais pas forcément à la question posée, seulement pour lui dire que quelqu'un "qui sait, qui a la même saloperie" viendra sûrement très vite lui donner la réponse attendue ! Qu'il ne s'inquiéte pas.
Si la solidarité est de mise, les disputes, propos violents et noms d'oiseaux fusent parfois, et on s'étripe sur les bienfaits d'un régime alimentaire, de l'incidence d'un vaccin, d'un traitement altérnatif....

On pourrait en rire ou en sourire.
Si ce n'était point de maladie dont on parlait.

Ma première remarque face à cette profusion de forum, de questions anonymes, face à tant de bouteilles à la mer pourrait être que le système médical et paramédical avait terriblement failli. failli pour ne pas avoir pu, ni su offrir l'écoute, la bienveillance, la compassion, l'empathie, le réassurement. Bref, n'avait pas accompli sa mission

Que le net jouait alors le rôle du tiers. Ce fameux tiers : Nous. Sencés mettre à distance le malade de sa maladie. Censés lui apporter au moins un peu de soutien à défaut d'un espace de parole et d'un peu de chaleur humaine... Censé l'écouter. Censé être là dans ces cas là !

Ainsi, nous sommes absents ! Ou pire sourds et muets ! Nous ne remplissons donc pas ou plus les rôles qui nous sont assignés. Les sujets malades ne trouvent donc pas chez les professionnels l'écoute, le retour qu'ils sont en droit d'attendre. Ou bien nous ne sommes pas à la place qu'ils souhaitent ! Comme si la donne avait changé. Que nous ne connaissions pas les nouvelles règles du jeu. Que celles ci avaient changées à notre insu et qu'on n'aurait pas pris la peine de nous en avertir !

Le malade et la maladie s'en étaient alors allés avec leur solitude sur la toile. Où, désespèrement ils tentent de tisser des liens, avec d'autres "supposés savoir" ce qu'ils ne savent pas au sujet de leur maladie.
Quelle détresse dans tous ces messages, que de SOS !
Quelle cruauté des services ! des personnels !
Quelle vide devant ces chiffres, pourcentages, que sont les examens sanguins, les termes techniques et barbares des résultats d'une imagerie ou d'une biopsie !
Quelle stupeur devant la réthorique déployée à grand frais pour masquer le nom terrible de la maladie !
De la peur, de l'angoisse, de la stupeur, de la frayeur, de la colère, du désespoir ....

Alors on vient, inquiet, apeuré, effrayé, avec ses questions, sa solitude et sa maladie pour tout bagage, on vient timidement frapper à la porte. A une porte virtuelle, où son "même" qui est arrivé avant viendra l'acceuillir et lui dispenser quelques mots d'encouragement, un peu de cette chaleur humaine qu'il ne toruve pas auprès des siens. Un peu comme Saint Pierre à la Porte du Paradis, sauf que la maladie n'est pas ce dont on a rêvé !

C'est effrayant de lire ces posts, ce desespoir étalé là, dans les colonnes anonyme sur un écran. De voir des vies livrées à des anonymes parce que les proches ne peuvent être là, ne peuvent offrir et dire les mots, qu'on aimerait entendre, qu'on espére entendre, qu'on attend en vain....Car ils ne viendront jamais ! Car ils ne savent pas ! Car ils ne peuvent pas !

Mais ce qui est plus effrayant encore c'est de lire les pseudos choisis. Ils s'agit parfois du nom de la maladie associé au numéro de leur département, du nom du médicament, du traitement.
Il parle de "leur cancer", de "leur SEP", ils sont LA maladie. Ils se présentent ainsi, je suis parkinson, ma mère est Alzheimer..
Malade et maladie fusionne, ne font plus qu'un. Ne sont plus qu'un. Cette fusion est leur raison d'être là, sur ce forum, auprès d'autres malades. Elle leur donne l'illusion de ne pas être seul, alors que la réalité leur impose cette solitude à chaque seconde. Cette fusion devient leur raison d'être !

Ils attendent derrière leur clavier, derrière leur écran la réponse, la venue d'un autre, d'un ami virtuel... Seul lien à une réalité irréelle, mais qui pourtant concrétise une chose particulièrement réelle : la maladie
La maladie qui devient alors le seul lien social.
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Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.

Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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