Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

dimanche 11 mai 2008

Les mères !

Ah que ne dit-on pas des mères ?
Tant et tant ! Vous m'en direz tant !
Reproches, fautes, coupables...
Elles sont sans cesse sur le banc des accusées, coupables !
Accusées de tous les maux, elles ne trouvent guère d'avocats véritables que des commis d'office, bien décidés pourtant, à les défendre. Surtout si ce sont des fils !

Pourquoi donc les mères... Pourquoi et qu'ont elles fait ? Ou pas fait ?
Fait ou pas fait, cela revient au même, car si elles ont fait, elles ne l'ont pas fait bien, et si elle ne l'ont pas fait...Cela a fait défaut ! Cela a manqué ! Et la mère qui manque....Qui manque à ses devoirs, la mère défectueuse, la mère que fait des faux !
Défaut ! Nous y voila, des faux et des faux à défaut de faucilles pour couper, éraser, éradiquer, castrer toutes actions, pensées, volonté, désirs...

Pauvres mères, ce n'est pourtant pas la mer à boire que d'élever des enfants..
La mer à boire, il faut le faire, et parfois la coupe est amère ! Pauvre mère !
La coupe est pleine, pleine de mères

Tache impossible que d'éduquer constatait Freud ! Amer peut-être ? Réaliste sûrement.
Mais parlait-il au nom et en nom du Père, du fils, ou du psychanalyste ?
Mais que disait-ils des mères, lui qui n'aimait pas vraiment les femmes ou qui les craignaient et s'en méfiait peut-être un peu...

Comme les hommes de son temps, le Père méconnaissait ce sexe qui l'intriguait pourtant, qui ne voulait pas révèler ses secrets, qui se tordait, se tordillait scandaleusement et hurlait dans les murs de la Salpétrière...
Pourtant il a exploré, voulu comprendre, analysé... Mais il s'est heurté à l'aridité du vaste "Continent noir" pourtant si fertile qui ne s'est ni dévoilé, ni laissé vaincre.

Freud misogyne, sûrement... Ou Ignorant. Ou maladroit.

Au point de leur faire envier le satané pénis... Attribut viril ! Phare, emblème de la masculinité à défaut de virilité.
Dépourvue de pénis, la pauvre femme est condamnée d'avance. Née femme, la voilà victime et condamnée à tout jamais
Heureusement "on ne nait pas femme on le devient" Merci cher Castor !


Mais pour des décennies la voilà castrée à tout jamais, il lui manque ce qu'elle convoite pourtant et qu'elle n'aura jamais.

Tant pis pour elle ! Ou tant mieux
Que ferait-elle de ce "machin" pour reprendre les termes d'une de mes patientes ?

Mais pourtant, selon les épigones, elle aura le phallus, du moins un substitut : Elle s'en saisira et le brandira au nez et à la barbe de l'homme, qui en a lui ! l' enfant ! emblême de sa féminitude...de sa féminité, de sa femmellité.

Pauvre mère en effet, qui porte l'enfant, mais le porte déjà mal in utéro, elle lui parle trop, mal ou pas assez ! Catastrophe ! le pauvre enfant, pas encore né est déjà traumatisé !
Mère qui n'a pas su, ne sait et ne saura le protéger.. Du dedans, du dehors, de la horde, du père !

Mis au monde, ne va t-elle pas trop l'accaparer, le dévorer, le manger du regard, et par là peut être délaisser le père, telle la mante religieuse qui pour un temps, n'a plus besoin de s'accoupler puisqu'elle a satisfait au besoin de l'espèce. Qui sans elle s'en verrait menacée.
Que ne doit on pas aux mères ? Ou alors faut-il le leur reprocher ça aussi, la continuité de notre espéce, en l'espèce et en l'état ?

Procrér, mère ventre, mère continuité de l'espèce, mère femelle, mère porteuse...
Elle avait les siècles passés tout intéret à mettre au monde un garçon, sinon elle risquait d'être répudiée, jetée, délaissée, reléguée..
Bonne à faire des hommes qui iront mourir à la guerre pour nourrir la folie des hommes, la folie meurtrière !

Mais revenons à cette mère, porteuse et éleveuse. Et de son petit, de sa portée.

Ou bien elle ne s'occupe pas de ce petit être ou ne s'en occupe pas suffisamment, pas assez, pas assez bien, mais toujours avec du "pas" du négatif, elle ne sera pas suffisamment aimante, suffisamment enveloppante, protectrice, maternante, femellisante..
Des mères animales abandonnent leurs petits....

Mère abandonnique, source des tous les maux, que les malheureux un peu plus grands mettront en mots sur les divans des analystes. S'épancheront longuement sur cette femme qui leur a donné la vie, et qui leur a donné si mal, tant de mal ! Qui certains les encourageront dans cette stupide croyance que leur mère est source de tous leurs maux... Ou cause de leur bonheur, insupportable ou insurmontable bonheur d'une mère qui aurait été trop aimante, trop collante, trop posséssive, qui ne lui aurait pas laissé de place, ou une toute petite place.
Du peu, du pas, on passe au trop, au trop peu, au trop trop....

Elle n'est pas une mère !
Trop mère, trop de mère, pas assez de mère, pas de mère.... C'est amère !

Mère sacrée, mais vierge, qui a pourtant enfanté, mais qui pourtant est divinisée justement car elle n'a jamais fauté.
Reproduction sexuée, et sexuelle, plus vraie pourtant de nos jours, puisqu'on peut y assiter, et l'assisté, et comble de la .....choisir le père, le garder, le jeter... Le manipuler? lui faire un chien de sa chienne, lui faire un enfant dans le dos.

Mère sans père devenu inutile et mère vierge de toute intrusion du sexe male
.. Ah les miracles de la sciences, bébés éprouvettes et mère couveuse.
Quid de l'enfant ?

Elle couve, elle couve, elle met au monde, elle borde, elle gronde, elle caresse, elle aide, elle crie, elle nourrit, elle soigne, elle réprimande, elle frappe parfois, elle aime, elle embrasse, elle félicite, elle cajole, elle rassure, elle guide les premiers pas, elle se lève la nuit...elle aime encore, elle pleure souvent, elle aime toujours, elle déteste parfois, elle se fache encore, elle pardonne la plupart du temps, elle aime, elle pleure, elle embrasse encore, elle prend la main, elle serre la main, elle aime, elle lache la main, elle fait signe de la main un beau matin à son enfant qui s'éloigne, un peu... qui revient... et qui repart encore... qui revient, et qui ne revient pas.. ou alors si loin, si longtemps après !
C'est un peu le fort Da, mais à l'envers
L'enfant lui est sûr que sa mère reviendra. Elle, elle ne l'est pas !

Mère à toutes épreuves, à toutes les sauces, à toutes les fêtes, à tous les maux, à tous les mots, à toutes les calomnies, à toutes les gémonies.
Responsables de nos malheurs, de nos troubles en tout genres, de notre anorexie, de notre boulimie, de nos insomnies, de nos manies, de nos toxicomanies, de nos addictions, de nos maladies..
N'a t-on pas dit, écrit, enseigné, avant de revenir un peu à la raison, que c'était la mère, elle encore elle, toujours elle qui était responsable de l'autisme de son enfant, de sa psychose !
Mère phobogéne, anxiogène, psychogène

Accusée taisez vous !
Vous étes coupable, vous étes née coupable et vous n'avez rien à dire !
Pas d'avocat, de plaidoierie, elle est inutile, pas de procés, il est fait d'avance ! La sentence est prête, toute faite.

On aime sa mère, et on la déteste, on l'aime et on la hait, on l'aime trop, pas assez, pas comme il faudrait, du moins pas comme elle voudrait, pas comme on voudrait non plus.
Ou on ne la deteste pas assez, car on ne peut pas, on n'y arrive pas, on voudrait bien, ce serait plus simple, plus facile...Pour qui ? pour nous ? pour elle ?

Mais elle ne nous aime pas non plus comme on voudrait qu'elle nous aime, enfant objet unique de son amour, on doit la partager, avec le père, avec le frére, avec la soeur, avec tous ces rivaux !
Plus tard en grandissant, on se dit qu'elle nous a aimé moins peut etre que le père, le frére la soeur, ou plus ? Ou on n'en sait rien.

Alors est-on quitte ? Ou resterons nous éternellement en compte ? Ne solderons nous jamais les comptes, les dettes, celles que l'on croit devoir, celles dont on se croit redevables ?

On se dit aussi qu'elle ne nous a peut etre pas aimé, jamais, ce qui est peut etre vrai
Et alors ? En avait -elle le droit
Mais doit on se poser la question en ses termes là?
Droit, le droit est partout, pas encore de loi pour régir ses rapports là ,
Tu aimeras ta mère, je crois dans un vague papier qui se nomme testament, un commandement c'est ça ! Mais force de loi ?

Injonction d'aimer ta mère, mais elle ?
Injonction d'aimer son enfant, c'est l'usage, c'est la coutume, c'est comme ça. Il le faut, on le doit, l'amour maternel ! Il est divinisé, sacralisé, élevé au rang de mythe supréme.
Elle aime son enfant, c'est comme ça, cet amour là ne s'apprend pas, elle l'a eu fond des tripes, c'est animal, c'est bestial !
On veut encore nous faire croire tout ça
On mélange tout, on confuse tout, instinct, pulsion, passion, on secoue, on mélange bien, et on distribue un peu d'amour maternel par ci par là. Comme le plus vieux métier, il est vieux comme le monde
Curieux non ce rapport, cette équation entre la maman et la putain. La maman ou la putain.
Deux destins de femmes... Le quel choisir ? Mais y a t-il y choix ?

Pauvre enfant, et pauvre mère aussi, qui avant d'être mère a été un enfant, un bébé, une petite fille et qui a eu elle aussi une mère... Qui l'a aimé. Y songe t-on ?
Sa mère, l'a telle aimé trop ? pas assez ? pas du tout ?
Qu'en savons nous ?
Que savons nous de l'amour de la mère de notre mère pour sa fille ?
Que savons nous de cette relation là ? De cette tendresse là ?
De ces sentiments là. Elle même le sait-elle ?
Que donner quand on n'a rien reçu ? ou trop reçu ,
Quand on a été trop aimé ou pas assez ?
Ce qui revient au même ou qui est pire

Il ya la mère et la fille, la fille et la mère, la mère et le fils le fils et la mère
Que n'a t-on pas écrit (des choses fort justes,souvent d'ailleurs) sur ces duos insolites et détonnants.
Les relations, ne sont pas les mêmes, les gestes, la tendresse....
Mais l'amour maternel ? l'amour de la mère ? L'amour à la mère, le mal à la mère, la maladie de la mère, le manque de mère, le vide de mère...
Une bouteille à la mer...E

Quoiqu'elle fasse, la mère ne le fait pas bien, pas assez bien, et parfois mal, c'est ce que disent les magazines, les psy de bazar, les psychanalsystes qui ont oubliés qu'ils ont et qui pontifient des théories...
C'est ce qu'on lit dans les journaux, voit à la télé, dans les séries, les mauvais films.. ou les bons
Il faut bien une intrigue

C'est sain de reprocher à sa mère, mais c'est toxique et simplissime de tout lui mettre sur le dos, même s'il est large et de se défiler des responsabilités qui nous incombent
On peut pendant des années, pleurer sur le divan que tout ce qui n ous arrive est de sa faute, ce qui est sans doute vrai, puisqu'on le dit, en tout cas c'est vrai pour le patient
Mais après ? Vivre toute sa vie avec ces regrets, ces remords, ses rancoeurs et surtout ces non dits, ou ces trop dits. Ces et ses silences !
Ce n'est pas ça faire le chemin, du moins pas vraiment comme ça.

Peut être a t-on la chance de s'en expliquer, de s'en ouvrir à elle, si on le peut, si c'est possible et si on n'en a encore le temps. Si on le désire, si elle le désire. Si la rencontre peut avoir lieu
Que de rendez vous manqués !
Que de rencontres ratées
Que de longues d'ondes différentes, de défauts de connections...

Une de mes patientes a pu le faire....Elle avait mal à la mère, mal à sa mère, qui avait mal et male de son enfant...La guérison arrive en sus, de surcroit parfois !

Il faut parfois régler ses comptes, ses contes avec sa mère, ça compte dans la vie, dans notre vie, dans sa vie à elle, dans notre vie de mère, si on le devient...
Ouvir une fois pour toute le tiroir caisse.
La mère compte dans une vie et elle nous conte parfois une bien sombre histoire, avec laquelle nous ne sommes pas toujours au clair. Clarifier ou éclaircir, mais nous ne menons pas une enquête policière, tout juste une quête, à la recherche de soi même. Si toute fois on y parvient
Mère que ne dit-on pas en ton nom ? Que n'as tu pas fait encore ?
C'est ta faute, mais c'est à toi qu'on s'adresse quand on souffre, c'est ton nom que le jeune soldat qui agonise sur les champs de bataille gémit dans son dernier soupir, c'est encore "maman" qui est tatouée "pour toujours" sur le bras du dur des durs ou du légionnaire....
C'est "Mama" me dit un jour un ancien prisonnier des goulags sibériens devenu mercenaire en sortant une vieille photos jaunie de la poche de son treillis. Il me désigne en souriant une Babouchka trônant sur un misérable banc, un chat sur les genoux "Mama" Son visage s'est éclairé, je ne l'avais jamais vu aussi heureux
Maman, c'est plus doux que mère !

Oui, la mère a des tords parfois, souvent quelque fois, mais si elle n'a pas été celle qu'on aurait aimé qu'on soit, nous n'avons pas non plus été l'enfant dont elle a révé !

Il m'arrive alors de penser à la mienne. Toute une histoire que la nôtre, sans elle et sans cette histoire si particulière je ne serai pas devenue moi, je ne serai pas devenue psychanalyste, je ne serai pas devenue une femme libre.
Si nous n'avons pas toujours pu nous dire les choses que nous aurions voulu, il me plait à croire que nous nous sommes aimées, chacune à notre manière...Maladroitement peut-être. Mais elle m'a transmis le plus beau des héritages, et je l'en remercie !
Aujourd'hui, et pour toujours elle me manque !

C'est un article lu dans la presse médicale qui m'a agaçée vivement et m'a donné envie d'écrire tout ça : "Si les enfants ont de l'asthme c'est de la faute de leur mère "assène sans complexe le titre accrocheur
Et d'expliquer à grand renforts d'exemples (surgénéralisation pathologique ?) que la mère stressée pendant sa grossesse provoquaient ces troubles chez le nouveau né, puis l'enfant !!!!
Sans manquer de préciser ôh quelle horreur ! le côut entrainé par le stress de ces mères déjà mauvaises.

Peut-être par ce que mère moi même ?

Mais c'est avec bonheur et espoir que je le termine cet article.
J'ai regardé avec beaucoup d'émotion le merveilleux film franco-israélien de Radu Mihaileanu
"Va, vis et deviens"
Une mère guidée par l'amour qu'elle porte à son enfant, un amour inconditionnel, lui ordonne de suivre une autre mère, en partance pour un avenir meilleur.. Un avenir qu'elle ne pourrait pas lui donner. Une possibilité de vivre. Seulement de vivre !
Pas de mot ! Mais le regard, le regard seul de ces deux femmes, de ces deux mères, dont l'une venait de voir mourir son fils de faim, de maladie dans ses bras, et l'autre qui perdait le sien....
Cet enfant a eu trois mères, il a toujours été fidèle a celle qui lui a donné la vie, en aimant les deux autres, qui l'ont aimé aussi, fort, très fort, si fort.
Qui chacune à leur manière lui ont donné l'amour et lui ont donné la vie.
Ces trois femme lsui ont fait le plus beau des cadeaux, celui de devenir un homme !


Va.... Vis ....et Deviens !

C'est sur ces mots, ces mots d'espoir, ces mots d'amour aussi que je veux conclure....

lundi 5 mai 2008

Les noeuds de l'enfance..

"Aujourd'hui que vous étes psychanalyste, vous avez forcément dénoué tous les noeuds de votre enfance" m'écrit une jeune analysante, particulièrement aux prises avec ceux de son enfance à elle !
Les noeuds de l'enfance ? Les dénouer ? Tous ? Forcément ?


Tous les noeuds ?
Dénouer tous les noeuds ?
Forcément ?
Ce forcément durassien... Forcément !

Sûrement certains et heureusement ! Suis je tentée de répondre... Mais tous ?
Car il n'y a pas de noeud unique, forcément !
Il y en a plusieurs....

Les noeuds de l'enfance ? Noués lors de l'enfance,
C'est sûrement eux qui ont fait que je sois devenue psychanalyste, et thérapeute...Oui, sûrement.
Ce sont eux qui ont fait que je me suis posée toutes ces questions, enfant déjà. Que je voulais comprendre. Ce qui n'allait pas, mais ce qui allait aussi.
Que j'ai cherché à avoir des réponses, que je me suis engagée sur ce long chemin, dans ce difficile parcours. Que les réponses amenaient encore des questions, que ces mêmes réponses dénouaient mais renouaient encore....

Que j'ai cherché encore et toujours.
Sans regret, avec douleur parfois, avec bonheur souvent.

C'est sûrement eux qui ont fait la femme que je suis aujourd'hui...

La souffrance, celle de l'enfance, mais aussi celle qui suit celle ci, la souffrance tout court cette fois, est souvent déterminante pour comprendre. Mais elle n'est pas la seule et heureusement. C'est la vie, la vie tout court, qui est faite de bonheur, de joie, de souffrance, de chagrin, de joie encore et de bonheur.... Un éternel recommencement, le chemin de la vie, faite et ponctuée d'événements heureux et/ou malheureux, mais que nous affrontons plus ou moins bien, cela dépend. Mais que nous essayons d'affronter, de dépasser, de digérer, pour être plus fort, pour vivre au quotidien tout simplement, du mieux que l'on peut, avec soi, mais aussi avec les autres. Si l'on peut. Comme on peut !


Alors on se fait le pari : Se comprendre d'abord. Du moins essayer de tenter
Puis peut-être, après le désir de comprendre les autres.
Mais se comprendre avant, étape essentielle, fondamentale, essentiellement nécessaire avant de s'engager dans le difficile parcours d'aller à la rencontre de l'autre.
Se rencontrer, ne pas manquer son rendez vous avec soi, pour éventuellement accepter un rendez vous avec l'autre...

Se comprendre pour s'aider...
Se comprendre pour aider...
Comprendre les autres pour les aider ?
Le mot aide ne convient pas ici. Il est presque de trop, incongru.
Bien que parfois, il faut porter, tenir à bout de bras la souffrance de l'autre, pour lui permettre de tenir debout, du moins pas trop courbé, affligé par le chagrin, la peine...
Porter ! Soutenir ! Su porter !

Alors, comprendre, dénouer, délier, pour accompagner, écouter... ?
Offrir un espace de parole, un espace d'écoute, un espace à celui qui s'engage sur ce long chemin ?

Pour en revenir aux noeuds de l'enfance, on peut se demander comment ces noeuds adviennent
Pourquoi un noeud ? Des noeuds ?

Qu'est ce qui se noue ? Qui noue ? Et pour quoi ? Pour qui ? Comment ?
Pourquoi ensuite dénouer ? Pour soi ?

Sommes nous alors "un sac de noeuds" ? Sublime et pittoresque métaphore
Mais dans ce cas précis, il y a le sac, celui qui contient le noeud, les noeuds,
Et dans quel état se trouve ce sac ne contenant que des noeuds

Je m'attarde volontairement juste un peu sur le noeud, sa représentation, la représentation que j'en ai. Elle est paradoxale, d'une part le joli noeud qui orne les nattes de la petite fille (oui, la natte, la tresse, on tisse ? on lie on noue ? les cheveux, la chevelure, les méches que l'on retient par ce joli petit bout de chiffon qui deviendra le noeud, ces méches rebelles, folles qu'on prive de liberté, de mouvement naturel, pur les discipliner sagement et transformer la sauvageonne en petite fille modèle)
Et le noeud qui ferme, qui empéche que ça ne s'échappe, qui obstrue, qui relie les liens...
les liens ?
Le noeud qui ferme le sac

Et puis il y a ce noeud au fond de la gorge, qui empêche les mots de sortir, de s'échapper, de se dire, de se laisser aller, de laisser les mots de courir en toute liberté...
J'ai la gorge nouée, les sanglots ne peuvent même pas éclater !
Le noeud qui empêche les aliments de passer
Ce qui reste à travers la gorge, ceux qui restent...
Celui qui tord l'estomac, les intestins...
Le corps est noué, les muscles, les nerfs...
Tout est dur! tendu ! prêt à se défendre

En position de combat
Mais pour affronter qui ?
Pour affronter quoi ?
Les fantômes et les squelettes enfouis dans les placards, au fond des oubliettes, des caches secrétes, de la crypte souterraine ?

Déterrés le morts! ou plutôt les pseudo morts, ceux ou ce qu'on ne peut tuer ! Qui ne peuvent pas mourir !
Les éveiller et les empêcher de dormir au cimetière,
Debout !
Toutes ces ombres, ces spectres qui rodent, qui hantent notre inconscient. Qui heurtent et frappent aux portes de notre conscient, comme un inconnu la nuit au plus profond de l'hiver
Alors nous le laissons entrer, lui faisons une petite place, une toute petite à table d'abord, puis comme il fait froid et que la tempête de neige est au plus fort, on lui offre une paillasse pour la nuit, à défaut de la chambre d'amis.

Toutes ces ombres...Enfouies, mais pas suffisamment
Et qui reviennent de temps à autres
Se rappeler... Se souvenir
Don't remenber the bad days !
Don't remenber !
Vergiss nicht !

Noeuds que je dénoue, que je renoue, et que je noue encore et encore.Comme sur un tricotin !

Noeuds de l'enfance, du souvenir construit assemblé et rejeté pourtant au plus loin de mon inconscient, mal refoulé, pensionnaire à vie de ma mémoire à long terme... Qui fait que jamais je n'oublierai.
Même la démence ne m'en protégera pas !

L'homme est-il donc condamné à vivre de noeuds ? A nouer et vivre encore et encore avec les noeuds de ses propres fantômes et ceux de ses ancêtres parfois ?
Les maisons ne sont pas hantées, ce sont les êtres, et nul ne peut exhorciser ! Nul ne peut extirper ces esprits malins cachés à tous jamais au plus profond de ces noeuds du corps, mais aussi et surtout de l'esprit.
Esprits malins qui torturez l'esprit de l'homme, qui nouez pour qu'il n'oublie pas, comme on fait un noeud à son mouchoir
On fait un noeud tant et si bien, qu'on ne sait plus pourquoi on l'a fait
On le dénoue alors, pour redonner forme au mouchoir !
Lisse, tout lisse et uni, il est prêt à servir, à resservir
Et puis, pour ne pas l'oublier

On refait encore une fois, un petit noeud.................

jeudi 1 mai 2008

Scansion

Grande question que celle là ? La pratiquer ou pas ?
Lacan en a usé et abusé ! Tant et tellement que c'en est caricatural.

Aujourd'hui, un analysant avisé écrirait peut-être sur un site déjanté et loufoque : "Aujourd'hui,je suis allée chez mon analyste, il a interrompu la séance au bout de cinq minutes et a quand même empoché mes 500 fr.vdm"
Et il aurait raison, du moins il n'aurait pas tord..
Cela démontrerait qu'il a un certain sens de l'humour, de la formule et surtout qu'il saurait mettre des mots sur une pratique qui ne manque pas d'interpeller...
Scansion ou pas scansion ?

Mais pourquoi au juste.
Les freudiens, du moins ceux qui se réclament du Père, directement du Père, ne la pratiquent pas. La scéance, quoi qu'il arrive, dure 45 mn.... Retard ou non.
45 mn, presque chrono en mains...!
Si votre rendez vous est à 15 h, vous en aurez terminé à 15h45, que vous soyez à l'heure ou que vous ayez une demi heure de retard ! Dans ce cas là, tant pis pour vous, ou tant mieux !
Certains analystes mettent un réveil, ou une minuterie...Et l'analysant peut ainsi voir défiler le temps ! Etre surpris dans son discours, dans son silence. Sur Pris en plein milieu de son inconscient, de son retour du réfoulé..

Se dire qu'il lui reste encore quelques minutes à dire !

Car le temps sur le divan n'est pas le même que le temps ordinaire. Sa perception n'est pas la même !
Il ne coule pas de la même manière, il peut être plus long, ou plus court. C'est selon.


Les héritiers de Lacan, ou qui se disent tels ! interrompent la séance quand bon leur semble ! Enfin vous diront-ils, si toutefois, ils concédent ou condescendent à vous ou simplement à dire quelque chose, quand cela leur semble nécessaire, utile, essentiel.
C'est eux non "les supposés savoir" ?

Interventionnistes donc. Car ce bon qui leur semble est à leur pure discrétion, appréciation.
Le bon moment. "C'est tout pour aujourd'hui".
Cette formule en impose, il faut en convenir....Elle n'appelle pas de commentaire, aucun, ni de soupir, aucun, du moins apparent. Celui qui se rebifferait, n'aurait rien à faire là, ou serait guéri, c'est peut-être ça la "guérison en sus" ou de "surcroit" !!!

"Peut-être avait-il une course à faire" me dit un jour un patient qui n'avait pas apprécié cette méthode
"Il a censuré ma parole" Dit un autre.
"Il m'a quand même pris mes 100 Euros !" reconnait plus pragmatiquement une jeune femme qui se dit "plus près de retourner chez de tels charlatans"

D'autres y trouvent leur compte ! C'est le cas de le dire
L'analyste dans sa toute puissance... L'analyste sachant savoir ce supposé ou ce satané savoir, que lui analysant ne sait pas et paie n'importe quel prix pour enfin savoir, ou pour enfin espèrer peut-être savoir, ce qu'au fond, il n'a peut-être pas vraiment envie de savoir. D'où le nombre de resistances... Au savoir, à l'analyste, au savoir de l'analyste, au savoir de l'analysant, au savoir de la cure. Au savoir tout court !
Bref, si l'analyste le fait me dit une jeune femme : "C'est qu'il a ses raisons"
Ses raisons qu'elle ne connait pas, mais que lui doit savoir
"C'est pour mon bien" Mais le bien de qui ? Le sien ? Celui de l'analyste ?
Allez savoir ?

Pour en revenir à la scancion... Elle peut,sous certaines conditions et dans certains cas, elle peut être utile, nécessaire....Pour l'analysant.
Pas toujours, pas tout le temps "C'est plus du jeu, sinon"

Trop de scancion tue la scancion
Et c'est vrai.

En revanche, ce que je qualifierai d'outil thérapeutique, bien manié comme tous les outils dont dispose le thérapeute, peut être interressant, peut dénouer, faire avancer le travail analytique, pendant et en dehors des séances...
C'et d'ailleurs son objectif.
Il peuten effet, à certains moments de l'analyse, que le sujet et son analyste auront repérés permettre à l'analysant de dénouer, de comprendre, faire des lien, d'aller au delà..
De reprendre ensuite à la séance suivante. Plus facilement peut-être, ou bien autrement, car cette scansion là, aura marqué, scandé le tempo, celui de l'inconscient ramené sur le divan.
Pourquoi pas ?

Souvent vécu comme une frustration, la scancion l'est en effet, mais la frustration n'est elle pas nécessaire au développment (le b a ba de la psychologie de l'enfant)
Ce serait croire, -à tord, mais aussi à raison- que l'analysant est un enfant ?
Enfant, sûrement pas, mais le transfert permet souvent une régression. La regression dont parle Freud.
Mais l'analysant est-il en mesure de faire face à cette interruption de sa parole ? D'y trouver de l'intéret ? De lui donner du sens ?
Nous avons tous en mémoire la souffrance de Maud Mannoni lorsque Winnicott (qui ne l'avait pas informée de la durée de ses séances) interrompit brutalement leur entretien...
Brutalement ! C'est en fait parfois vécu comme une violence...
Une frustration, nous l'avons déjà souligné, sûrement. L'interruption de la séance au moment où l'inconscient se fait jour... Jouir ? Pour reprendre un propos prété à Lacan ?
La jouissance de l'inconscient ? de l'analysant ? Ou celle de l'analyste ?
Une jouissance impossible ? Mais pour qui ? Et pour quoi ?
Faire jouir ? Ou faire jour ?
Ramener au conscient le matériau refoulé, car jusque là impossible à surmonter, associer ces mots, ces pensées, ces rêves, perlaborer.... Puis brusquement être interrompu "c'est fini pour aujourdh'ui !"
C'en est fini pourqui ? Le sujet ? ou l'analyste, qui montre là son impossibilité à surmonter sa propre jouissance ou celle de son analysant, préférant ainsi par là, castrer. Mais castrer qui ? Encore une fois ?
Castration ? Frustration ? Violence ? Brutalité ?
Qui refoule encore et qui refoule quoi ? L'impossible impossibilité de la jouissance de l'inconscient à faire jour au conscient ?

La scansion donne t-elle sa mesure, son rythme à la cure ?
La cure est-elle une partition ? Celle de l'inconscient qui se joue sur le divan ?

dimanche 27 avril 2008

Pourquoi la douleur ?

"Mais pourquoi j'ai mal ? Pourquoi cette douleur ? pourquoi je souffre ? "
Ces questions je les ai entendues souvent, je les entends encore, je me les pose aussi, quand je ne sais pas comment faire face à des douleurs rebelles. Face aux douleurs, aux plaintes du corps
Je n'ai pas de réponses !

"J'ai mal ! Pourquoi ? "
On peut expliquer d'où ça vient, pourquoi aussi en termes techniques. Il s'agit de la loi de cause à effet. Tout le processus de la douleur est maintenant connu en partie, on sait aussi un peu soulager, si peu !


Cela ne fait que peu de temps qu'on s'y interresse à soulager le mal, la douleur, celle qui fait si mal...Celle qui fait que le corps se manifeste, que le corps crie, que le corps hurle
Qu'il pousse des cris tellement fort qu'il n'en peut plus ni d'avoir mal ni de crier
Qu'il gémisse tellement longtemps qu'il n'en peut plus car ça lui fait mal depuis si longtemps et pendant si longtemps.
Quand le corps ne sait plus parler autrement, qu'il semble qu'il ait abandonné, relégué, oublié un autre langage, une autre langue que celle là


Soigner, apaiser, guérir le "avoir mal " ?
Nous ne sommes pas encore très au point pour ça d'ailleurs !
Cela fait peu de temps qu'on prend en compte la douleur de l'enfant et celle du nourrisson... Sensé encore, il y a quelques décennies ne pas ressentir la douleur.

J'ai vu et entendu bien des médecins expliquer à leur patient le mécanisme induisant leurs souffrances physiques, et , navrés leur dire qu'ils faisaient du mieux qu'ils pouvaient pour soulager. Ce qui était vrai.

Mais la question, la véritable question, celle qui taraude ceux qui ont mal, au fond d'eux même, ce n'est pas vraiment de savoir quelle est la cause mécanique de ce qui leur douleur,(le savoir n'apaise pas la douleur) mais de savoir pour quoi ?
Et c'est ce Pour Quoi ?
Pour quelle chose ?
Et quelle est cette chose ?
Cette chose qui fait que j'ai mal ?
La maladie oui, sans aucun doute ! Le traumatisme oui, certainement !
la cause physiologique n'est pas niée. Non elle explique, une cause qui produit un effet.
Mais la question, l'interrogation véritable se situe au delà et donne justement naissance à une réflexion plus intense, plus complexe, plus intime.
Plus intime, car plus profonde, comme si la réponse ou un élèment d'un semblant de celle ci pouvait se loger en nous, se lover dans un creux de nous, dans une faille, un petit vide qu'on aurait pas comblé. Et qu'on ne pourrait combler
Alors se met en place le long monologue...Un monologue intérieur. Une foule de pensées, parasites, automatiques. Ca n'arrête plus !

Mais qu'ais je fait ?
Pourquoi moi ? Que faut-il faire pour que ça cesse ?
Comme s'il s'agissait d'une malediction, d'u mauvais sort jeté, d'une punition divine ou pas.
mais dans tous les cas, cette douleur affligeante a une cause plus ou moins magique. Comme s'il fallait par là, payer une dette. Mais une dette dont on ne connait pas vraiment l'origine, ou alors celle ci se perd dans la nuit des temps !
Une dette qui ne se réglera peut-être même jamais.
Cette douleur là ne céde pas... Elle résiste aux traitements, à tous les antalgiques !
Elle résiste à tout !
On la traine alors comme un fardeau, un boulet qui devient chaque jour un peu plus lourd !

Mais cette douleur nous l'avons fait nôtre. Sans même sans apercevoir, sans s'en rendre compte, malgré notre volonté. Elle s'est installée, comme une tension musculaire qui chaque jour gagne du terrain et réduit notre mobilité.
Elle a pris possession de notre corps, l'a envahie, intrusé, elle s'est faite lui.
Corps étranger, c'est une lutte sans merci qu'elle livre avec ce corps intime. Pour le déposseder de son essence, et prendre possession, s'installer au sein de cette enveloppe.
Le corps et la douleur, la douleur et le corps
Une histoire d'amour qui finit mal, mais qui n'est pas non plus une histoire de haine
Une histoire tout court, un rendez vous malsain, toxique, un rendez vous avec un hôte pervers, qui s'installe sans prévenir, et qui ne s'en va pas. Qui se trouve bien là, et dont on ne peut plus se défaire
Et c'est là, à cet instant, à ce point que tout ce joue !
Que se joue la relation perverse avec la douleur et la souffrance qu'elle génére
Jamais je n'ai entendu de mots aussi guerrier pour en parler, les patients engagent une véritable lutte, un combat sans merci, parfois à mort
Un combat où les forces peuvent paraitre inégales, mais nous savons tous, que sur les champs de bataille rien n'est jamais joué d'avance
On lutte, on use de stratégie, de stratégème, on la soudoie, on la calme, on l'endort, on la drogue, on la caresse, on discute, on négocie, on promet, on lutte encore, puis on baisse les bras, si on n'en sort pas vainqueur.
Elle met KO, et parfois on ne se reléve pas. Mais au bout de combien de rounds ?

La douleur fait souffrir, fatigue, lasse, tue !

Mais le "J'ai mal". Signifie t-il que nous nous sommes approprié celle ci ? qu'Elle est nôtre à présent. Le je a mal...
On aimerait dans ce cas, vraiment que Je soit un autre.
Qu'est ce qui a mal ? Qui souffre ?
Je ? Mais ce je là qui est-ce ? Est-ce bien moi, ce je qui a mal ?
Qui suis-je moi qui ai mal ?
Je ne suis qu'un alors moi et la douleur ?

Mais c'est mon corps qui a mal, c'est lui qui souffre, qui ressent la douleur
Mon corps est alors ce Je ?
Je est une somme : Celle du corps et de l'âme. Mais aussi de l'esprit
Pour être plus pragmatique, nous dirons que nous sommes fait d'un corps, d'une enveloppe corporelle, et aussi d'un cerveau. Qui fait partie du corps lui aussi, mais qui en régle le fonctionnement !
La douleur est-elle le parfait exemple de la réunion de tous ces élèments ?
J'ai mal, je souffre.. En est-il l'indicateur ?
Faut-il le croire ? Le faire croire ? Le laisser croire ?

La douleur rappelle que le corps est bien là, qu'il nous enveloppe, mais il ne fait pas que nous protéger. Indicateur que quelque chose se passe la douleur est un symptôme, qui mise bout à bout avec d'autres signes cliniques constituera un syndrôme. Organique.
Mais le psychisme. Que fait-il de ce mal ? De cette souffrance du corps ? Cette souffrance qui n'est pas création de l'esprit. Elle est bien réelle, et n'est pas uniquement l'expression d'un mal de l'âme.
Et encore que : "J'ai mal à mon âme, et pour le dire, je ne peux que dire j'ai mal à mon corps"
C'est déjà pas mal ? On dit quelque chose au moins !
On s'adresse à l'autre "ça va pas, j'ai mal là"
Sous entendant peut-être "je suis là, j'existe, tu me vois, tu m'entends"

A quelle négociation sommes nous alors parvenu ? Comment pouvons nous extirper cet hôte indésirable, qui tue peu à peu tout désir, jusqu'à celui de désirer, mais qui est désirant par dessus tout ?
Exorciser ! Sortir dehors !
Chamanisme ? Cannibalisme ?
La douleur incorporée au corps est de trop, elle est trop, elle est en trop et nous n'en voulons pas, pourtant elle est là,
Apprendre à vivre avec ? Certains patients me disent que c'est possible, qu'ils n'ont pas d'autres choix ?
En lien alors avec le "tu dois souffrir"
Sotte injonction dont on se croit devoir être fidéle
Une douleur rédemptrice nous offrant un billet d'entrée au Paradis
Sommes nous ou désirons nous donc tant à être des VIP ?
Quel est le prix à payer ?
Sommes nous alors décidé à mettre ce prix fort ?
Ou sommes nous enfin prêt à franchir le pas, à s'affranchir du pas, et ne rien devoir, ne pas y voir de prix, d'honneur ni d'excellence et à refuser de souffrir pour avoir enfin le droit de vivre ?

mercredi 23 avril 2008

Le roi du temps gris

Elle est vient de loin cette histoire, de très loin dans mon enfance
J'avais 10 ans je crois, et je m'en souviens encore, je m'en souviendrai toujours.
Notre professeur de français nous avait fait lire un texte "Le roi du temps gris", je ne sais plus de quel ouvrage il est extrait, mais ce texte et l'histoire qu'il racontait je me la rappelle fort bien, encore aujourd'hui.
Ce conte m'avait en effet profondément marquée ! interpellée ! questionnée, troublée aussi ! Je l'ai lu et relu...Encore et encore !

En réalité j'étais fascinée par ce roi, par sa manière d'appréhender la réalité, une réalité qu'il avait fait sienne. Mais était-ce la réalité ? Et si non, qu'en était-il de la réalité..

Je m'imaginais les scénes, le roi. Je le voyais sombre, le visage fermé, sur son cheval, l'anti Don Quichotte, mais jeune pourtant, alors que l'Homme de la Mancha, je me l'imaginais vieux, très vieux...Et je ne comprenais pas vraiment.
L'âge ? Non ? Alors quoi ? Qu'est ce qui fait que l'on peut être comme ce roi ?

Des questions sans réponses. On ne m'en demandait pas d'ailleurs, les questions ne portant que sur des élèments grammaticaux, éthymologiques ou d'analyse logique.
Mais moi ce qui m'interressait c'était le personnage, le roi, la personnalité de celui ci. Son caractère...Il était inquiétant, dérangeant, mais aussi terriblement attachant.
J'avais envie d'intervenir dans le texte, lui dire "Regarde", lui expliquer
Je compris la notion de "libre arbitre"

Ce n'est que beaucoup plus tard, que je sus, du moins que je pus émettre des hypothéses.
Il illustre en tous cas parfaitement le modèle de Séligman, celui de Beck aussi...

Je ne sais plus non plus s'il commençait par "il était une fois" ?
Once upon a time !

C'est l'histoire d'un roi, roi d'un pays où il ne fait jamais de soleil, il y pleut souvent, il y fait toujours gris. Le roi était triste, tout le temps, mais ce jour là il l'était encore plus, car la reine était morte.
Il devait aller chercher une autre épouse, une princesse qui vivait dans un autre royaume.

Le texte portait sur ce voyage

Aprés nombre d'aternoiments, le roi du temps gris, se décide enfin à aller chercher cette jeune fille pour en faire sa reine. Il ne sait pas si cela est vraiment utile... Il hésite et il est triste ! Toujours triste, et il pleut, et il fait gris, et il n'y a pas de soleil, le ciel n'est jamais bleu, mais gris comme le temps, comme le roi !


Il prend enfin un cheval, triste et sombre lui aussi... Puis il s'en va pensif et affligé sur sa monture vers ce royaume où l'attend sa jeune fiançée..
Il traverse une forêt, où il n'y a rien, les arbres sont noirs, il pleut encore ! Il fait de l'orage, c'est lugubre ! Le roi ne voit pas ce décor, c'est le sien depuis et pour toujours...
Et il pense, et devise avec son cheval....
Il se demande s'il a bien fait de partir, de laisser son royaume... Que va t-il devenir sans lui ?

Et d'imaginer celui ci assailli par des ennemis, des barbares, le château et les terres dévastés, la ruine et la famine s'installent, et le temps toujours plus gris !
Il se demande s'il a bien fait de partir ! Pourquoi faire ? aAller vers ce royaune iconnu, inconnu de lui à l'autre bout de la terre.. L'inconnu ? C'est terrifiant ! Et pourquoi aller si loin ?

Si le temps là bas n'était pas gris ?


Il se demande comment sera sa fiançée... Elle sera vieille est laide ? Peut-être morte ? Peut-être mariée à un autre prince ou fiancé. Elle ne l'aura peut-être pas attendu, pourquoi aurait-elle attendu ? Qui est-il lui, pauvre roi triste pour qu'on puisse l'attendre ? Ou même penser à lui ? Lui qui ne se décidait pas à entreptrendre ce voyage ?

Il se demande s'il a bien fait de partir !

Il se demande pourquoi il est là, dans cette forêt lugubre où les chouettes hululent, où les oiseaux de nuits crient dans un ciel sombre, sans étoile, où son cheval renacle et où il pleut toujours, le ciel est couvert, les nuages sont épais, le temps est gris..
Alors le roi sedit que ça ne sert à rien,
Alors le roi fait demi tour


Alors le roi repart
Et s'en retourne vers son royaume. Au pays du temps gris.

Très loin là bas à l'autre bout de la terre, au fond d'une vallée, dans un écrin de verdure, se trouve un royaume merveilleux, fleuri, où les oiseaux chantent et les filles dansent ! Dans un royaume où tout est bleu, jaune vert, rose, où le soleil brille, où la terre est féconde, une jeune fille d'une beauté éclatante Se penche à la fenêtre du château, elle attend et elle regarde.
Elle regarde et elle attend....


Elle attend l'arrivée de son fiancé !
De ce roi, qui doit venir la chercher pour l'emmener dans son royaume.....
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