Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

lundi 3 août 2026

Sensualité 1

 



« Pour moi

Enfant du Shmates, toucher le tissu relève de la sensualité la plus profonde. »


Ce geste profondément sensuel engage la mémoire, le corps, l'histoire familiale.
Mes doigts reconnaissent une laine, une soie, un velours, un lin.
Chaque matière possède une température, une résistance, un poids, une façon de glisser ou d'accrocher la peau.
J'ai grandi parmi les tissus et c'est ainsi que j'ai développé cette "intelligence tactile"


Dans la culture occidentale la sensualité est hélas souvent réduite à la sexualité.
Pourtant, étymologiquement, la sensualité renvoie d'abord aux sens, à la capacité d'être touché par le monde.
C'est oublier qu'elle peut ainsi être comprise comme une disponibilité à la présence du monde.

Car elle passe par tous les sens :

Le toucher d'un tissu, d'un bois poli, d'une pierre chauffée par le soleil ;
L'odeur d'un livre ancien, de la terre après la pluie, d'un jardin ;
La lumière qui traverse un vitrail ou les feuilles d'un arbre ;
Le son d'un violon klezmer, du vent, du silence lui-même ;
La saveur d'un morceau de pain encore chaud ou d'un café partagé.

Il n'y a là aucune érotisation. Seulement une intensité de présence.

Dans la tradition juive, cette dimension est particulièrement importante. Le judaïsme n'est pas une spiritualité qui méprise les sens, bien au contraire, il les sanctifie.
Les bénédictions avant de manger, le parfum de la havdala, les épices, le vin du kiddouch, les lumières de Chabbat, le toucher du talith ou le baiser donné à la mezouza sont autant de gestes où les sens deviennent des chemins vers le sacré.

La sensualité n'est donc pas l'opposé de la spiritualité.
Elle peut en être un langage, mais il y a peut-être davantage.

J'évoque souvent le shmates

Pour beaucoup, ce mot évoque un chiffon. 

Pour moi ce n'est pas ça, bien au contraire, il est un héritage, une mémoire des mains.
Mes ancêtres vendaient des étoffes, étaient des tailleurs d'habits, les femmes cousaient des vêtements
Et j'écris souvent que « l'Étrange Couturière tisse »,  les existences sont des fils, et que la transmission est une grande tapisserie.


Et c'est je crois ce qui fait lien : le contact avec le tissu n'est pas seulement agréable, il est une manière de renouer avec une filiation.

La sensualité est alors une mémoire incarnée.

J'ajouterais une distinction qui me semble féconde.
La sexualité est orientée vers la rencontre des corps et, souvent le désir, alors que 
La sensualité est orientée vers l'émerveillement sensible

Elle peut exister seule, dans la contemplation d'une étoffe, d'un jardin, d'une musique, d'un visage aimé, sans qu'aucun désir sexuel n'entre en jeu.

C'est peut-être pourquoi certaines personnes très sensuelles ne sont pas forcément particulièrement portées sur la sexualité, tandis que d'autres peuvent vivre une sexualité intense sans véritable sensualité, c'est-à-dire sans cette qualité de présence aux sensations.

J'ai décrit que la grande tapisserie n'était pas un tissu ordinaire mais une constellation. 
Ma sensualité ressemble à cela, non pas la recherche d'une excitation, mais le fait de laisser mes mains, mes yeux, mon odorat, mon écoute reconnaître les fils invisibles qui relient les êtres, les objets et les générations.

Dans cette perspective, toucher un tissu n'est plus un simple geste tactile. C'est presque un acte de mémoire, les doigts se souviennent avant même que les mots ne viennent.

C'est une rencontre avec l'étoffe, presque un apprivoisement

"Apprivoisement"
 car cela évoque immédiatement la réciprocité. On n'apprivoise pas par la force, on s'approche, on prend le temps, on laisse la confiance naître. C'est une invitation et une rencontre qui respecte ce qui est en face de soi.

Avec une étoffe, cela peut sembler paradoxal puisqu'elle est inanimée. Pour moi elle ne l'est pas, au contraire elle est vivante, c'est une présence, nous nous rencontrons et c'est une reconnaissance mutuelle

Je la vois, je la touche, elle se laisse toucher et je la laisse me toucher
C'est merveilleux.
C'est une caresse d'une douceur incroyable qui comble tous les sens
C'est un émerveillement
C'est une histoire d'amour l

Car le toucher est le seul sens véritablement réciproque et lorsque ma main caresse le tissu, le tissu caresse aussi ma main.

je touche et je reçcois une sensation en retour

« il faut que le tissu et la peau s'épousent » 

Il y a accord ou désaccord, harmonie ou résistance.

Une étoffe ne se choisit pas seulement avec les yeux.
Elle demande un temps d'approche.
Je la regarde, puis je la touche.
la porte contre mon visage, j'en respire l'odeur, j'écoute ce qu'elle raconte à ma peau.

C'est une rencontre, presque un apprivoisement.
Certaines étoffes demeurent étrangères ; d'autres, au premier contact, semblent m'avoir toujours connue.

Il y a toujours un écho discret avec mon "Étrange Couturière". Dans mon univers d'écriture, les tissus ne sont jamais de simples objets mais portent une mémoire, une histoire, une transmission.
Les apprivoiser, c'est aussi entrer dans cette mémoire.

Je demande toujours la permission avant de toucher. Ce détail pourrait paraître anodin, mais il ne l'est pas car mon geste est une relation éthique. Je ne prends pas mais sollicite. Je ne m' approprie pas, mais je suis accueillie. Cela donne à cette rencontre avec l'étoffe une qualité de délicatesse qui est en accord avec ce qui pour moi est essentielle la vraie rencontre commence toujours par le respect.

Car il faut que le tissus et la peau s'épousent

Et c'est encore une histoire d'amour

Brigitte Judit Dusch, psychanalyste, historienne, exploratrice urbaine, chercheur
Crédit photo @brigittedusch

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Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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