Vieillir, à vrai dire elle n'y avait jamais pensé, elle savait que c'était comme ça, inéluctable, mais y penser, non, à vrai dire non.
Il faut dire qu'elle n'a jamais vraiment eu le temps pour ça, le temps de voir passer le temps qui passe...
Qui passe, mais ne repasse pas.
Il faut dire que le temps est passé sans vraiment qu'elle se rende compte, qu'avec ce temps là, il y a aussi les années, et que celles ci passent... Elles aussi...
Il y a bien eu les anniversaires, les cadeaux, les gâteaux, les bougies, et puis les anniversaires, les cadeaux, les gâteaux, sans bougies... Parce que ça faisait beaucoup sur le gâteau !
Alors on n'en mettait plus.
Plus de bougies... Plus d'ans, plus d'années;
Le temps qui passe, sans les années...
Et puis il y a eu les cases à remplir, les tranches d'âges dans lesquelles il faut se situer pour remplir un questionnaire, une enquête.
Et puis, il y a le temps qui passe, sans s'arrêter vraiment, pour faire le point, une sorte de point sur l'âge, passé, et futur..
Travail, enfants, maison, ménage, mari, amant parfois, pour faire passer le temps et ne pas oublier... Qu'elle n'a pas vraiment l'âge... !
L'âge ?
Et puis le matin il faut faire vite, devant le miroir, ne pas trop s'attarder, il faut partir, travailler, une bonne crème, un coup de blush, de mascara, un soupçon de rouge et c'est parti.
Elle lit ou parcourt de temps en temps les magazines féminins, chez le médecin, le coiffeur, mais n'a pas vraiment le temps pour ça !
Pas l'âge pour ça...
L'âge ?
Et puis la lecture de ces magazines lui semble futile, elle ne s'y reconnait pas, se dit que ce n'est pas pour elle, elle ne comprend pas, ne comprends plus des préoccupations qui ne sont pas, ne sont plus les siennes
Et puis ces mots, ces expressions : Ca veut dire quoi ? Ce ne sont pas ses mots à elle...
Elle ne se reconnait pas, ne se reconnait plus
Elle ressent alors une étrange étrangeté, un étrange mal aise, un mal être... De ne pas être, ou plus être à sa place
Mais quelle place ?
Et puis vient le temps où le temps passe moins vite, car il y a moins à faire...
Elle s'attarde un peu plus devant le miroir
Elle voit le temps, les marques du temps...
Elle ne se reconnait pas.
Elle ne reconnait pas l'image que ce satané miroir lui renvoie..
Elle suit d'un doigt les sillages creusés dans son visage, la mine défaite,l'oeil triste, les cernes bleuis.
Un visage fatigue, le teint terne lui aussi....
Elle se dit que non, ce n'est pas elle, mais simplement une autre, une autre elle, fatiguée et malade et que demain il n'en sera plus rien...
mais le charme est rompu, les ravages du temps ne s'efface pas davantage à coup de déni que de crème ou sérum anti rides
Elle sait tout ça !
Désarmée et défaite, elle ne peut pas lutter, elle ne peut rien contre le temps
Incidieux et sordide il s'est infiltré dans sa vie, ne lui laissant aucun sursis.
Pourtant elle n'a rien vu venir, pourtant elle savait qu'il lui fallait vieillir
Mais ça n'arrive qu'aux autres ?
Se croyant à l'abri elle n'a jamais cru que le temps implacable s'attaquerait à elle, se croyant à l'abri elle n'a jamais préparé le combat
Mais quel combat, injuste et inégal, il est perdu d'avance...
Et puis tout d'un coup, elle voit les marques du temps et réalise que les ans ont passés, vite, trop vite, sans qu'elle ait eu ce temps, qu'elle ait pu au moins retenir un peu...
Un peu, juste un peu de jeunesse et vendre son âme au diable pour en garder ne serait ce qu'une promesse
L'âge est venu et le temps a fait son oeuvre
Son chef d'oeuvre
Et le temps est venu.
La première ride en a appelé une autre, puis une autre, au coin de l'oeil, puis autour des lèvres lui gâchant son sourire...
Elle ne sourit plus...
Elle n'ose affronter la glace, le miroir qui lui montre à voir cette image qu'elle ne reconnait pas...
Ce miroir qui l'insulte !
Cette femme qui n'est pas elle...
Elle réalise avec effroi que les autres la voit comme ça !
Elle se trouve laide, affreuse, immonde, vieille...
Elle se demande comment faire....
Elle veut masquer, puisqu'elle ne peut l'ôter, le gommer, le tuer, le ravage de ce temps sans pité...
Mais comment faire pour paraitre moins vieille
Car elle ne se sent pas vieille, elle ne se voit pas vieille !
Pourtant cette image, ces yeux, cette bouche... Elle n'ose aller plus loin et regarder son corps...
Elle n'a jamais vraiment eu le temps de s'attarder....
Vieillir est une souffrance, une douleur, une perte, un deuil à faire....Aussi
A Elle, elles, toutes... C elles...
L'Etre humain est unique, chaque rencontre est unique, c'est un éternel recommencement, une aventure nouvelle à chaque fois
Psychanalyse Aujourd'hui
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne
Accompagner le désir d'être Soi
"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir
Mon livre : "j'aime ma vie"
dimanche 16 octobre 2011
mardi 11 octobre 2011
Thérapie
Alice Miller est une psychanalyste qui a beaucoup apporté à la clinique, elle s'est aussi consacrée à la recherche sur l'enfance... Auteur de nombreux livres traduits dans le monde entier elle a surtout réfléchi sur les causes et conséquences des mauvais traitements infligés aux enfants.
Je voulais vous proposer aujourd'hui, mais aussi quand vous voulez... de réflechir à cette phrase d'Alice Miller extraite de "Ta vie sauvée enfin" à propos de la thérapie
"Une thérapie adéquate me permet d'apprendre à comprendre mes sentiments et non à les condamner, à les considérer comme amis et protecteurs au lieu de les redouter et d'y voir des ennemis que l'on doit combattre."
Je voulais vous proposer aujourd'hui, mais aussi quand vous voulez... de réflechir à cette phrase d'Alice Miller extraite de "Ta vie sauvée enfin" à propos de la thérapie
"Une thérapie adéquate me permet d'apprendre à comprendre mes sentiments et non à les condamner, à les considérer comme amis et protecteurs au lieu de les redouter et d'y voir des ennemis que l'on doit combattre."
vendredi 7 octobre 2011
Symptôme
Le symptôme
Ce qui est montré à voir, à entendre
La souffrance qui se voit, qui s'entend, la douleur qui crie, qui se crie
Le symptôme qu'on voudrait étendre, faire taire, pour ne plus souffrir, être malade, aller mieux
J'ai mal... !
J'ai mal à l'âme aussi...
Ces maux du corps qui se résument en mots, nausées, vomissements, pincements, serrements...
Ces maux du corps qui font que le sujet consulte, à leur propos, parce qu'ils se manifestent et deviennent gènants, envahissants..
Ces maux du corps qui quelque fois ne trouvent pas de mots pour les expliquer vraiment
Car ces maux là ne correspondent à aucun tableau, sont diffus, variés complexes...
Des maux sans mots.
Ou plutôt si des maux qui amènent des mots qui ne sont pas ceux attendus. Un scénario du pire ou presque, une incompréhension, une colère aussi parfois, parce qu'on ne trouve rien
Parce que la Science, la Bien nommée n'objective rien. Elle explore, biopsise, scanne, ponctionne, mais le résultat est négatif !
Négatif. Non !
Il n'y a rien
Rien qui se voit à la radio, au scanner, à l'IRM...
Rien d'objectif, de concret, d'objectivable !
Donc rien
Il n'y a rien
Vous n'êtes pas malade !
Pourtant...
Les symptômes sont là, toujours, encombrants, empêchant le sujet de vivre pleinement,
Les symptômes sont là comme pour lui rappeler que quelque chose ne va pas, qu'il y a quelque chose qui cloche !
Alors la Science se tromperait-elle ?
Et de nouveau recommence la ronde infernale des consultations, spécialistes en tous genres, examens cliniques et paracliniques, ailleurs,cette fois, dans un autre endroit, plus sûr, plus sècure, avec de meilleurs outils, une meilleure approche, car forcément si les symptômes sont là c'est que quelque chose est là, aussi
Car les symptômes ne sont pas des fantômes...
L'attente en devient presque insupportable, ce n'est pas que le sujet veuille être malade, mais il voudrait comprendre...
Tous ces symptômes cachent forcément quelque chose
Et si ON ne voulait pas lui dire.. Si On lui cachait quelque chose, ce quelque chose qui cloche peut-être...
Puis un médecin lui assène alors un diagnostic sans appel, "consulter un psy, c'est la seule chose à faire ! Vous n'avez rien.... C'est fonctionnel !"
Et le sujet de consulter encore, de faire moultes recherches, non plus auprès de la Science, qui n'entend rien, ne comprend rien,mais ailleurs,
Se tourner alors vers d'autres médecines peut-être, celles qu'on dit parallèles, celles qui ne peuvent rencontrer les autres
Celles qui promettent...
D"éradiquer, de tuer le symptôme, en douceur, sans lui faire de mal en quelques sortes, à grand renfort, de potions, d'incantations, de gélules et tisanes
Car forcément, le symptômes est là, il signifie bien que le corps ne va pas bien, certains diront qu'il faut l'écouter, que le genou fait fait mal, parce que le je n'aime pas le nous...
Bref, le sujet se perd...Il cherche encore ! La toile lui offre tellement d'opportunité de trouver des réponses, auprès d'autres aussi comme lui, souffrant de symptômes, fonctionnels et incompris.
Incompris par les autres et aussi par cette Science...
Théorie du complot ? Du complot de l'incompréhension.
Mais laquelle ?
Qui dans cette histoire, n'entend ni ne comprend
Le symptôme ne dit mot, mais dit maux.
Des maux qui existent et qui sont bien réels...
Mais quels mots ?
De quels maux s'agit -il ?
Faut-il vraiment tuer, venir à bout de ces maux, qui ne correspondent à aucun tableau clinique, ne représentant aucune "symptomatologie" ?
Alors quels mots, faut-il mettre dessus...
Est-il nécessaire de les tuer, avant de leur demander de s'expliquer ?
De les mettre une bonne fois pour toute en joute, en joues ? En jeux ?
Des mots enjeux avec qui il convient de ne pas trop jouer, au moins trop longtemps ?
Des maux pour de vrais, qui veulent dire quelque chose
Des maux qui sont là et qui se répètent encore et encore... Des mots qui clochent...?
Ce qui est montré à voir, à entendre
La souffrance qui se voit, qui s'entend, la douleur qui crie, qui se crie
Le symptôme qu'on voudrait étendre, faire taire, pour ne plus souffrir, être malade, aller mieux
J'ai mal... !
J'ai mal à l'âme aussi...
Ces maux du corps qui se résument en mots, nausées, vomissements, pincements, serrements...
Ces maux du corps qui font que le sujet consulte, à leur propos, parce qu'ils se manifestent et deviennent gènants, envahissants..
Ces maux du corps qui quelque fois ne trouvent pas de mots pour les expliquer vraiment
Car ces maux là ne correspondent à aucun tableau, sont diffus, variés complexes...
Des maux sans mots.
Ou plutôt si des maux qui amènent des mots qui ne sont pas ceux attendus. Un scénario du pire ou presque, une incompréhension, une colère aussi parfois, parce qu'on ne trouve rien
Parce que la Science, la Bien nommée n'objective rien. Elle explore, biopsise, scanne, ponctionne, mais le résultat est négatif !
Négatif. Non !
Il n'y a rien
Rien qui se voit à la radio, au scanner, à l'IRM...
Rien d'objectif, de concret, d'objectivable !
Donc rien
Il n'y a rien
Vous n'êtes pas malade !
Pourtant...
Les symptômes sont là, toujours, encombrants, empêchant le sujet de vivre pleinement,
Les symptômes sont là comme pour lui rappeler que quelque chose ne va pas, qu'il y a quelque chose qui cloche !
Alors la Science se tromperait-elle ?
Et de nouveau recommence la ronde infernale des consultations, spécialistes en tous genres, examens cliniques et paracliniques, ailleurs,cette fois, dans un autre endroit, plus sûr, plus sècure, avec de meilleurs outils, une meilleure approche, car forcément si les symptômes sont là c'est que quelque chose est là, aussi
Car les symptômes ne sont pas des fantômes...
L'attente en devient presque insupportable, ce n'est pas que le sujet veuille être malade, mais il voudrait comprendre...
Tous ces symptômes cachent forcément quelque chose
Et si ON ne voulait pas lui dire.. Si On lui cachait quelque chose, ce quelque chose qui cloche peut-être...
Puis un médecin lui assène alors un diagnostic sans appel, "consulter un psy, c'est la seule chose à faire ! Vous n'avez rien.... C'est fonctionnel !"
Et le sujet de consulter encore, de faire moultes recherches, non plus auprès de la Science, qui n'entend rien, ne comprend rien,mais ailleurs,
Se tourner alors vers d'autres médecines peut-être, celles qu'on dit parallèles, celles qui ne peuvent rencontrer les autres
Celles qui promettent...
D"éradiquer, de tuer le symptôme, en douceur, sans lui faire de mal en quelques sortes, à grand renfort, de potions, d'incantations, de gélules et tisanes
Car forcément, le symptômes est là, il signifie bien que le corps ne va pas bien, certains diront qu'il faut l'écouter, que le genou fait fait mal, parce que le je n'aime pas le nous...
Bref, le sujet se perd...Il cherche encore ! La toile lui offre tellement d'opportunité de trouver des réponses, auprès d'autres aussi comme lui, souffrant de symptômes, fonctionnels et incompris.
Incompris par les autres et aussi par cette Science...
Théorie du complot ? Du complot de l'incompréhension.
Mais laquelle ?
Qui dans cette histoire, n'entend ni ne comprend
Le symptôme ne dit mot, mais dit maux.
Des maux qui existent et qui sont bien réels...
Mais quels mots ?
De quels maux s'agit -il ?
Faut-il vraiment tuer, venir à bout de ces maux, qui ne correspondent à aucun tableau clinique, ne représentant aucune "symptomatologie" ?
Alors quels mots, faut-il mettre dessus...
Est-il nécessaire de les tuer, avant de leur demander de s'expliquer ?
De les mettre une bonne fois pour toute en joute, en joues ? En jeux ?
Des mots enjeux avec qui il convient de ne pas trop jouer, au moins trop longtemps ?
Des maux pour de vrais, qui veulent dire quelque chose
Des maux qui sont là et qui se répètent encore et encore... Des mots qui clochent...?
mercredi 5 octobre 2011
mardi 27 septembre 2011
Symptômes, fantômes
Elle ne devait pas avoir la trentaine, pas encore.
Mais elle était lasse déjà, de son travail, de la vie, de tout
Elle cherchait à tout prix un moyen d'y échapper, au travail, la famille, à tout...
Elle venait d'être hospitalisée plusieurs jours pour des malaises, des mal êtres, qui semblaient selon les médecins... Fonctionnels !
Elle avait exigé des examens compliqués, douloureux, intrusifs, précis, à la pointe de la technologie, qui devraient, qui devaient objectiver quelque chose, mettre un nom sur une maladie, une pathologie..
Mettre un nom sur sa souffrance, sur son mal de vivre !
Elle avait consulté encore, et encore ! Encore !
Tous ces examens, ces consultations avaient mis un non sur sa souffrance !
Ainsi, elle était là...
Elle était là, devant moi, sans aucune envie de me voir !
Nous ne nous étions pas choisies. Elle surtout !
Mais il lui fallait passer par moi ! Comme c'est parfois le cas, à l'hôpital quand c'est "fonctionnel"
Nous ne nous étions pas choisies, elle n'avait pas demandé à être là,
Elle était en colère....
"Je suis malade vous savez, très malade me lance -t-elle d'emblée, ces imbéciles ne trouvent rien...."
Elle aurait aimé qu'ils trouvent au moins un peu quelque chose, cela l'aurait rassuré, lui aurait permis de mettre des mots sur ces maux
Car elle souffre, elle a mal, des nausées, les membres qui tremblent, les sueurs, et puis ce coeur qui fait mal, qui serre à l'étouffer, à la faire mourir
Ses jambes qui se dérobent, ne la portent plus, la lâchent..
Elle est en arrêt maladie. Cela fait plusieurs mois ! Elle se fit qu'il va falloir reprendre le chemin du travail, qui ne lui plait pas, qui la dégoute, lui donne la nausée, mais qu'il va falloir y retourner pour ne pas perdre son salaire...
A moins que !
A moins qu'une pathologie soit décelée, une grave sinon, elle n'aura droit à rien
Il lui faut être malade, sinon, elle devra travailler, pour ne pas être pauvre !
Malade sans la misère.
Elle connait par coeur la liste des pathologies invalidantes, ouvrant droit à des congés longue maladie, longue durée.
Elle cherche, à regarder sur le net et pense que plusieurs symptômes correspondent !
Elle n'a pas choisi d'être là, dans ce bureau, de voir une femme qui ne lui plait pas et qui est là, dit-elle "pour ne voir que des fous"
"Parce que je suis malade, vous comprenez, je ne suis pas folle"
La folie n'est pas une maladie ?
Elle est d'abord agressive, presque insolente....
Elle parle néanmoins tout le temps, se vide, ne s'arréte pas, elle respire à peine.
Elle tente de me mettre en colère.
Ses yeux ne se fixent sur rien, mais fuient mon regard, elle cherche désespérement à accrocher quelque chose, à défaut de quelqu'un...
Les médecins voudraient qu'elle sorte ! Elle se plaint encore et revient, ré hospitalisée pour autre chose....
Perte de mémoire, troubles de l'équilibre, perte de la vue...
Malgré tout, les examens se multiplient.. 'si on passait à côté de quelque chose"
On ne sait jamais... Passer à côté..
Confier aux machines sophistiquées le soin de montrer ce que cette jeune femme s'évertue à montrer à voir !
Comment pourtant ne pas entrendre ces symptômes, ces douleurs et ces souffrances qu'elle nous lance en pâture, nous suppliant d'en faire quelque chose, de mettre, à nous, "sachant" soit disant, d'inscrire un mot savant sur tout ça !
Puis, peu à peu, elle passe à une attitude un peu plus compliante, séductrice, un peu.
Elle a lu aussi que la folie aussi pouvait être une maladie, et qu'elle ouvrait à des droits en matière d'indemnités. Elle me le dit lors d'un entretien.
Puis peu à peu, elle devient plus calme, parle de son travail, qu'elle n'aime pas..
je me souviens l'avoir croisée, parfois, nourrie de série américaine elle courait partout, un café et un petit déjeuner à la main, jouant la femme pressée, la working girl comme elle dit !
Elle se "la jouait.". Mais ce jeu là, n'a pas suffit à lui faire oublier la médiocrité de sa tâche, car c'est ça.... Elle le dit, le souligne, "un job de merde"
Pourtant elle a fait "des études"
-"Vous étes jeune, vous pouvez peut-être envisager un changement d'orientation.. Quand vous irez mieux !"
Elle me regarde !
Cela semble presque irréel ! Comme si elle n'y avait jamais pensé...Jamais !
Irréel ! La réalité c'est pour elle cet arrêt de plus longue durée qui lui permettrait de fuir la réalité du quotidien, au travail... Surtout
Pourtant chez elle, elle ne fait rien.
Elle raconte "la petite vie tranquille" qui est la sienne suite aux nombreux arrêts maladie. La peur d'un contrôle par la médecine du travail, la peur de devoir retourner là bas.
Elle n'arrive pas à dire vraiment pourquoi. Tout la "gonfle" les gens, les collègues, le travail, ça ne l'amuse pas, ça la fatigue elle en a marre !
Elle pense à la retraite, alors comme c'est loin, il reste l'arrêt maladie
Arrêt de la vie. Arrêt sur la vie...
Une sorte de finitude immédiate, qui la met à l'abri pour un temps, quelques mois, quelques années...
Pour laisser venir..
Mais venir quoi ?
Ad venir ?
Elle n'envisage rien... Rien.
Dépression ? Non ! a dit l'expert psychiatre !
Alors qu'est ce qui se cache derrière ce refus, derrière cette lassitude ? Derrière cette maladie, ces douleurs, vertiges, malaises, montrés à voir.... Donnés à voir à nous spectateurs.
Mise en échec de l'ordre, du pouvoir médical, de la science qui n'a pas de réponse à donner, à poser, pas d'ordonnance....
Personne n'ose.. Dire... Alors !
Elle est là... Maintenant, ni agressive, ni sur la défensive, encore un peu séductrice...
Elle est là, elle ne m'a pas choisie, nous ne nous sommes pas choisies..
Elle est là...
Elle pourrait ne pas venir, ne plus venir... C'est à elle de décider maintenant.
Elle sait que je ne prescris rien, ni d'examens, ni d'arrêt maladie.
Elle est là....
Elle parle, pleure, elle ne parle plus de son travail, de ces gens, de ce qui la gonfle, des arrêts maladies...
Elle parle de la petite fille...
Mais elle était lasse déjà, de son travail, de la vie, de tout
Elle cherchait à tout prix un moyen d'y échapper, au travail, la famille, à tout...
Elle venait d'être hospitalisée plusieurs jours pour des malaises, des mal êtres, qui semblaient selon les médecins... Fonctionnels !
Elle avait exigé des examens compliqués, douloureux, intrusifs, précis, à la pointe de la technologie, qui devraient, qui devaient objectiver quelque chose, mettre un nom sur une maladie, une pathologie..
Mettre un nom sur sa souffrance, sur son mal de vivre !
Elle avait consulté encore, et encore ! Encore !
Tous ces examens, ces consultations avaient mis un non sur sa souffrance !
Ainsi, elle était là...
Elle était là, devant moi, sans aucune envie de me voir !
Nous ne nous étions pas choisies. Elle surtout !
Mais il lui fallait passer par moi ! Comme c'est parfois le cas, à l'hôpital quand c'est "fonctionnel"
Nous ne nous étions pas choisies, elle n'avait pas demandé à être là,
Elle était en colère....
"Je suis malade vous savez, très malade me lance -t-elle d'emblée, ces imbéciles ne trouvent rien...."
Elle aurait aimé qu'ils trouvent au moins un peu quelque chose, cela l'aurait rassuré, lui aurait permis de mettre des mots sur ces maux
Car elle souffre, elle a mal, des nausées, les membres qui tremblent, les sueurs, et puis ce coeur qui fait mal, qui serre à l'étouffer, à la faire mourir
Ses jambes qui se dérobent, ne la portent plus, la lâchent..
Elle est en arrêt maladie. Cela fait plusieurs mois ! Elle se fit qu'il va falloir reprendre le chemin du travail, qui ne lui plait pas, qui la dégoute, lui donne la nausée, mais qu'il va falloir y retourner pour ne pas perdre son salaire...
A moins que !
A moins qu'une pathologie soit décelée, une grave sinon, elle n'aura droit à rien
Il lui faut être malade, sinon, elle devra travailler, pour ne pas être pauvre !
Malade sans la misère.
Elle connait par coeur la liste des pathologies invalidantes, ouvrant droit à des congés longue maladie, longue durée.
Elle cherche, à regarder sur le net et pense que plusieurs symptômes correspondent !
Elle n'a pas choisi d'être là, dans ce bureau, de voir une femme qui ne lui plait pas et qui est là, dit-elle "pour ne voir que des fous"
"Parce que je suis malade, vous comprenez, je ne suis pas folle"
La folie n'est pas une maladie ?
Elle est d'abord agressive, presque insolente....
Elle parle néanmoins tout le temps, se vide, ne s'arréte pas, elle respire à peine.
Elle tente de me mettre en colère.
Ses yeux ne se fixent sur rien, mais fuient mon regard, elle cherche désespérement à accrocher quelque chose, à défaut de quelqu'un...
Les médecins voudraient qu'elle sorte ! Elle se plaint encore et revient, ré hospitalisée pour autre chose....
Perte de mémoire, troubles de l'équilibre, perte de la vue...
Malgré tout, les examens se multiplient.. 'si on passait à côté de quelque chose"
On ne sait jamais... Passer à côté..
Confier aux machines sophistiquées le soin de montrer ce que cette jeune femme s'évertue à montrer à voir !
Comment pourtant ne pas entrendre ces symptômes, ces douleurs et ces souffrances qu'elle nous lance en pâture, nous suppliant d'en faire quelque chose, de mettre, à nous, "sachant" soit disant, d'inscrire un mot savant sur tout ça !
Puis, peu à peu, elle passe à une attitude un peu plus compliante, séductrice, un peu.
Elle a lu aussi que la folie aussi pouvait être une maladie, et qu'elle ouvrait à des droits en matière d'indemnités. Elle me le dit lors d'un entretien.
Puis peu à peu, elle devient plus calme, parle de son travail, qu'elle n'aime pas..
je me souviens l'avoir croisée, parfois, nourrie de série américaine elle courait partout, un café et un petit déjeuner à la main, jouant la femme pressée, la working girl comme elle dit !
Elle se "la jouait.". Mais ce jeu là, n'a pas suffit à lui faire oublier la médiocrité de sa tâche, car c'est ça.... Elle le dit, le souligne, "un job de merde"
Pourtant elle a fait "des études"
-"Vous étes jeune, vous pouvez peut-être envisager un changement d'orientation.. Quand vous irez mieux !"
Elle me regarde !
Cela semble presque irréel ! Comme si elle n'y avait jamais pensé...Jamais !
Irréel ! La réalité c'est pour elle cet arrêt de plus longue durée qui lui permettrait de fuir la réalité du quotidien, au travail... Surtout
Pourtant chez elle, elle ne fait rien.
Elle raconte "la petite vie tranquille" qui est la sienne suite aux nombreux arrêts maladie. La peur d'un contrôle par la médecine du travail, la peur de devoir retourner là bas.
Elle n'arrive pas à dire vraiment pourquoi. Tout la "gonfle" les gens, les collègues, le travail, ça ne l'amuse pas, ça la fatigue elle en a marre !
Elle pense à la retraite, alors comme c'est loin, il reste l'arrêt maladie
Arrêt de la vie. Arrêt sur la vie...
Une sorte de finitude immédiate, qui la met à l'abri pour un temps, quelques mois, quelques années...
Pour laisser venir..
Mais venir quoi ?
Ad venir ?
Elle n'envisage rien... Rien.
Dépression ? Non ! a dit l'expert psychiatre !
Alors qu'est ce qui se cache derrière ce refus, derrière cette lassitude ? Derrière cette maladie, ces douleurs, vertiges, malaises, montrés à voir.... Donnés à voir à nous spectateurs.
Mise en échec de l'ordre, du pouvoir médical, de la science qui n'a pas de réponse à donner, à poser, pas d'ordonnance....
Personne n'ose.. Dire... Alors !
Elle est là... Maintenant, ni agressive, ni sur la défensive, encore un peu séductrice...
Elle est là, elle ne m'a pas choisie, nous ne nous sommes pas choisies..
Elle est là...
Elle pourrait ne pas venir, ne plus venir... C'est à elle de décider maintenant.
Elle sait que je ne prescris rien, ni d'examens, ni d'arrêt maladie.
Elle est là....
Elle parle, pleure, elle ne parle plus de son travail, de ces gens, de ce qui la gonfle, des arrêts maladies...
Elle parle de la petite fille...
mardi 20 septembre 2011
Interminable deuil
"Le deuil, ça prend du temps... (...) Si longtemps que ça ?"
Interminable, terminable, tout à une fin, la fin du deuil, la fin....
Y aurait-il un temps dévolu, comme dans ce temps pas si lointain que ça où les convenances exigeaient de ceux qui restent une attitude de circonstance.
Des artifices montrés à voir à ceux qui sont encore, que la peine est là, qu'elle doit s'afficher et que le mort doit être respecté !
Pendant un certain temps, un temps imparti... Un temps de deuil, où certaines choses ne se font pas, ne se font plus
Attendre la fin du deuil pour reprendre le cours de la vie
Comme avant, comme si rien n'avait changé...
Malgré la perte, l'absence....
Disparition..
Montrer à voir à l'autre...Pendant un peu de temps, de ce temps là, pour le mort, du temps que lui donne encore les vivants.
Mais ?
Au fond du coeur, le deuil parfois n'est plus à faire, car fait depuis longtemps du temps du vivant, ou au contraire ne peut se faire...
Ne peut se faire !
L'impossible deuil au moins pour l'instant, même après toute ces années, comme si vivre sans l'autre, sans lui, sans elle, n'avait pas de sens. Comme si la vie avait perdu tout son sens
Vivre à présent pour qui ? Pour quoi ?
l'impossible oubli qu'il ne faut cependant plus montrer à voir...
Car le temps est dépassé, maintenant et qu'il n'est plus supportable pour l'autre de voir cette dame en noir !
Le deuil indécent car il est temps maintenant de tourner la page ! Le regard douloureux, rempli de compassion de celui qui ne comprend pas pourquoi depuis tout ce temps, l'esprit du mort rode encore dans la tête des vivants
Pourquoi ce fantôme ? Pourquoi s'acharner à ne pas le laisser partir, enfin, pour qu'il trouve la paix...
Eternelle
Et le vivant d'être coupable de ne pas oublier, de ne pas laisser soit disant l'âme s'en aller..
Et le vivant de souffrir !
Pourtant !
Il ne retient rien, le vivant, il n'empêche rien, il ne peut tout simplement pas vivre sans....
Il garde sa peine bien vivante à fleur de peau, il ne peut faire taire sa douleur, retenir ses larmes...
L'absence est venue,, mais la présence hante les murs, l'écho de la voix du disparu souffle encore quelques mots à l'oreille du vivant, hagard, perdu, lui aussi et qui ne sait plus vraiment ce qu'il en est !
Il reste comme figé dans un passé présent et sans avenir.
Il ne peut tout simplement plus aller de l'avant.
Mélancolie du deuil.. qui devient pathologique
Il faut soigner ce deuil intolérable pour les vivants..
Il faut retrouver le goût de la vie et aller de l'avant....
Ne pas se tourner vers l'arrière... Avancer...Seul, sur un chemin pavé de solitude et de douleur
Il faut, cela semble simple, il suffit de vouloir !!!!!
L'impossible absence de la terrible perte.... Tous jours..
"Cela fait si longtemps, que j'en oublie les contours du visage, le son de la voix... "
Souffrance que cet oubli là, où on se demande à quoi ressemblait alors cet autre, cet autre chéri, aimé.
Malgré les photos, on n'y arrive pas, comme si la présence devenait impalpable, presque irréelle, im matérielle....
Comme si l'autre, fantôme disparaissait dans la brume de l'oubli, les ténèbres de la mélancolie
Et cette voix, qu'on entend pourtant à l'intérieur....Ne résonne plus du même timbre...
S'éloigne, s'efface !
Passager du navire qui regarde le quai, qui le voit de plus en plus petit, de plus en plus flou, puis que ne voit plus rien..
Terrible deuil que celui là !
Cette présence qu'on cherche à retenir, puis ce semblant de présence, ce souvenir de présence, ce parfum, ce son, cette pause, ce sourire, cette manière de relever ses cheveux, de tenir un livre, de nouer sa cravate...
Cette présence qui colle et qui tient chaud, car elle seule permet de vivre et de tenir, à présent tout doucement s'enfuit, se dissipe
La peur du plus rien, la peur de l'oubli qui jusqu'ici impossible vient alors avec arrogance se substituer à....
Comment faire ? Comment ne pas oublier de ne pas oublier ?
Comme si cette esquisse qui s'évanouit dans le brouillard marquait la fin...La fin de quoi ? La fin de qui ?
Interminable, terminable, tout à une fin, la fin du deuil, la fin....
Y aurait-il un temps dévolu, comme dans ce temps pas si lointain que ça où les convenances exigeaient de ceux qui restent une attitude de circonstance.
Des artifices montrés à voir à ceux qui sont encore, que la peine est là, qu'elle doit s'afficher et que le mort doit être respecté !
Pendant un certain temps, un temps imparti... Un temps de deuil, où certaines choses ne se font pas, ne se font plus
Attendre la fin du deuil pour reprendre le cours de la vie
Comme avant, comme si rien n'avait changé...
Malgré la perte, l'absence....
Disparition..
Montrer à voir à l'autre...Pendant un peu de temps, de ce temps là, pour le mort, du temps que lui donne encore les vivants.
Mais ?
Au fond du coeur, le deuil parfois n'est plus à faire, car fait depuis longtemps du temps du vivant, ou au contraire ne peut se faire...
Ne peut se faire !
L'impossible deuil au moins pour l'instant, même après toute ces années, comme si vivre sans l'autre, sans lui, sans elle, n'avait pas de sens. Comme si la vie avait perdu tout son sens
Vivre à présent pour qui ? Pour quoi ?
l'impossible oubli qu'il ne faut cependant plus montrer à voir...
Car le temps est dépassé, maintenant et qu'il n'est plus supportable pour l'autre de voir cette dame en noir !
Le deuil indécent car il est temps maintenant de tourner la page ! Le regard douloureux, rempli de compassion de celui qui ne comprend pas pourquoi depuis tout ce temps, l'esprit du mort rode encore dans la tête des vivants
Pourquoi ce fantôme ? Pourquoi s'acharner à ne pas le laisser partir, enfin, pour qu'il trouve la paix...
Eternelle
Et le vivant d'être coupable de ne pas oublier, de ne pas laisser soit disant l'âme s'en aller..
Et le vivant de souffrir !
Pourtant !
Il ne retient rien, le vivant, il n'empêche rien, il ne peut tout simplement pas vivre sans....
Il garde sa peine bien vivante à fleur de peau, il ne peut faire taire sa douleur, retenir ses larmes...
L'absence est venue,, mais la présence hante les murs, l'écho de la voix du disparu souffle encore quelques mots à l'oreille du vivant, hagard, perdu, lui aussi et qui ne sait plus vraiment ce qu'il en est !
Il reste comme figé dans un passé présent et sans avenir.
Il ne peut tout simplement plus aller de l'avant.
Mélancolie du deuil.. qui devient pathologique
Il faut soigner ce deuil intolérable pour les vivants..
Il faut retrouver le goût de la vie et aller de l'avant....
Ne pas se tourner vers l'arrière... Avancer...Seul, sur un chemin pavé de solitude et de douleur
Il faut, cela semble simple, il suffit de vouloir !!!!!
L'impossible absence de la terrible perte.... Tous jours..
"Cela fait si longtemps, que j'en oublie les contours du visage, le son de la voix... "
Souffrance que cet oubli là, où on se demande à quoi ressemblait alors cet autre, cet autre chéri, aimé.
Malgré les photos, on n'y arrive pas, comme si la présence devenait impalpable, presque irréelle, im matérielle....
Comme si l'autre, fantôme disparaissait dans la brume de l'oubli, les ténèbres de la mélancolie
Et cette voix, qu'on entend pourtant à l'intérieur....Ne résonne plus du même timbre...
S'éloigne, s'efface !
Passager du navire qui regarde le quai, qui le voit de plus en plus petit, de plus en plus flou, puis que ne voit plus rien..
Terrible deuil que celui là !
Cette présence qu'on cherche à retenir, puis ce semblant de présence, ce souvenir de présence, ce parfum, ce son, cette pause, ce sourire, cette manière de relever ses cheveux, de tenir un livre, de nouer sa cravate...
Cette présence qui colle et qui tient chaud, car elle seule permet de vivre et de tenir, à présent tout doucement s'enfuit, se dissipe
La peur du plus rien, la peur de l'oubli qui jusqu'ici impossible vient alors avec arrogance se substituer à....
Comment faire ? Comment ne pas oublier de ne pas oublier ?
Comme si cette esquisse qui s'évanouit dans le brouillard marquait la fin...La fin de quoi ? La fin de qui ?
lundi 19 septembre 2011
Cora Vaucaire
Elle vient de nous quitter....
Elle restera à jamais l'interprète inoubliable des plus grands
Renoir, Prévert, Aragon..
Adieu Dame Blanche de Saint Germain des Prés !
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Nota bene
Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.
Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.
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Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.