L'Etre humain est unique, chaque rencontre est unique, c'est un éternel recommencement, une aventure nouvelle à chaque fois
Psychanalyse Aujourd'hui
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne
Accompagner le désir d'être Soi
"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir
Mon livre : "j'aime ma vie"
samedi 8 novembre 2008
N'être seul
mercredi 5 novembre 2008
Ecrire la souffrance
C'est la lecture d'un article dans la salle d'attente de mon médecin, qui me donne l'envie de revenir sur cette écriture de la souffrance, de cette mise en mots de ces des maux là.
Il s'agissait d'un article sur la résilience, mettant en scène des femmes (encore....Mais les hommes aussi le sont) avec quelques commentaires de Boris Cyrulnick
J'apprécie beaucoup ce psychiatre, son tact, sa pudeur, l'extrême justesse et mesure de ses propos...
Il parlait de l'écriture, des écrivains (au féminin mais je n'aime pas ce féminin là il heurte mon oreille, ne résonne pas bien.) Il disait que beaucoup de ces femmes avaient souffert, qu'elles avaient beaucoup souffert, et avait écrit....
Comme si l'ecriture était un ex utoire, un moyen de sortir au dehors cette souffrance qui dévore l'intérieur. Pour justement, que cette souffrance puisse être mise à jour, mise à nu aussi par les mots, au travers des mots, grâce aux mots
Magnifiques et magiques instruments que ceux ci...
Au service de la souffrance et de la douleur
Mais, et je repose encore la question : La souffrance est-elle nécessaire à l'écriture ? Faut-il avoir souffert pour pouvoir écrire ? Pour pouvoir témoigner ainsi, liberer son corps et libérer son âme, du moins rien qu'un tout petit peu ?
Comment répondre ? En sachant qu'il n'y a jamais ni réponse ni vérité, que celles ci sont singulières...A chaque sujet sa réponse, à chacun sa vérité, et c'est heureux !
Je ne peux que tenter d'apporter quelques élèments à la lumière de mon expérience personnelle et professionnelle, de par les témoignages de ceux et celles qui ont fait de moi leur analyste, qui m'ont confié un instant de leur vie, de leur intime intimité et de leur confiance....
La souffrance m'a mené sûrement, sans aucun doute à la psychanalyse, elle m'a permis de comprendre, de vivre avec et surtout d'aller au delà de cette douleur morale, de ce mal de vivre....La psychanalyse ne guérit pas, ce n'est pas là son objectif, le symptôme ne doit pas être tu, tué, annhilé, le symptôme c'est le sujet, pour paraphraser....je pourrai ajouter avec une pointe d'humoir cultive le c'est toi !
L'écriture a toujours chez moi été un besoin, une nécessité, une nourriture, une source de vie, de vitalité, elle m'a permis enfant de dire, de confier, à un journal, à une amie, imaginaire ou non, ce que mon coeur, trop petit ne pouvait garder.
Elle m'a sauvée, peut-être,a été, peut-être un tuteur de résilience, comme le dit M. Cyrulnick.
j'ai toujours ressenti ce besoin d'écrire, de mettre des mots, peut-être parce que j'ai eu cette chance d'aimer les mots. Une sorte de rencontre réussie, un rendez-vous pas manqué, celui là !
Les mots sont des couleurs, des crayons, des pinceaux....
Plus tard, devenue historienne, et que mes recherches me conduisirent aux Archives, à la découverte des écrits de ces femmes du XVII° siècle, j'ai retrouvé ce gout et ce besoin de l'écrit, de la mise en mots....J'ai découvert qu'à cette époque aussi, l'écriture pouvait être un moyen de dire, de dire aux autres, mais aussi de dire à soi, de se dire à soi.
Mon travail de thérapeute et d'analyste me confronte aux mots, aux mots des patients, aux mots des analysants. Des mots qu'ils disent, qu'ils me disent, surtout qu'ils se disent
Des mots qui veulent dire, ce qu'ils pensent, ressentent, éprouvent, aiment, détestent, adorent ou aimeraient, souhaiteraient, désireraient...
Des mots qui donnent du sens ou pas, qui représentent, qui traduisent un sentiment, un affect, une émotion, une pulsion, un désir...
L'analysant parle, ou pas, parfois les mots font place au silence, aussi, et parfois plus éloquent que les mots lachés, dits, prononcés...
Le patient aussi,
Parfois analysant et patient écrivent. Ils mettent sur le papier des mots qu'ils ne peuvent dire, prononcer...Lacher de la sorte. Comme si le besoin de la plume ou du clavier s'avèrait un médium nécessaire,une sorte d'espace intermédiaire, une interface peut-être, une mise à distance de l'évenement, de ce qu'il y a justement à dire,, qui ne peut l'être, mais qui peut être écrit
Plus facile ?
Ca l'était et l'est encore pour plusieurs femmes traumatisées, gravement dans leur petite enfance ou adolescente, qui n'ont pu parler, dire se libérer des mots, qu'après avoir écrit, écrit leur malheur, leur douleur, leur souffrance sur de petits billets qu'elles me glissaient à la fin de la séance
"C'est pour vous"
Tristes petits bouts de papiers, griffonnés, chiffonés, pleins de larmes parfois, larmes de la peine, des souffrances qui enfin peuvent être libérées de leur cage, de là où elles étaient enfermées depuis des années...
Comme si écrire était plus facile "c'est plus facile pour moi" me dit D, qui lors de la prochaine séance n'abordait pas le petit papier, parlait d'autre chose, de la pluie, du soleil, de ses envies de nourriture, de la vie donc....Et qui au moment de partir me glissait un nouveau petit mot, décrivant son calvaire...
L'écriture l'a sauvée, c'est elle qui le dit, elle a toujours écrit, tenu un journal...Continue d'écrire et de m'écrire, alors que notre travail est achevé....
Une autre écrit lors de ses insomnies, "n'importe quoi, mais ca me soulage, ça fait du bien, je vide, je me vide..."puis je m'endors, le lendemain je déchire tout...
Soulage, retirer un poids, celui qui pèse et qui ronge en même temps...Celui qui fait mal et qui est là, niché au fond de soi...
L'écriture soulage alors, comme un rémède, un cataplasme, qui permet de mieux respirer, de mieux regarder, de mieux vivre un peu
La mise à distance, donner à l'autre, lui faire lire les mots, qui décrivent un peu cette souffrance qui le ronge, faire partager, faire don...Donner un peu à l'autre, celui en qui on a confiance, celui qui est supposé savoir, savoir quoi faire de cette souffrance là....
C'est aussi ne plus être seul, puisque c'est mettre l'autre, celui qui reçoit ce billet, ce petit mot chiffoné dans la confidence, dans "le coup"
Sale coup parfois, prise de coup et de risques, pour l'un et l'autre? Le mettre dans le bain, être dans le même bain. Faut-il jeter l'eau ?
L'écriture permet à celle ou celui qui l'a choisit de dre la souffrance autrement que par les mots, peut-être our en garder une trace...La parole s'envole les écrits restent dit l'adage.
Et c'est à méditer !
Vouloir en garder l'empreinte ? Peut-être pas, mais vouloir voir, sur le papier étalé l'ampleur de la souffrance tout d'un coup, d'un coup de crayon mise à nu, concrétiser, prendre forme et prendre sens ?
La voir, la regarder...faire des mots abstraits une matière concréte. Qui est là, devant soi, au regard de l'autre, à qui on la montre à voir, à regarder....Pour ne plus être seul, pour vivre peut etre un peu mieux ?
C'est en se sens, que je travaille avec ce support, que j'organise des ateliers d'écriture qui n'ont d'ailleurs et heureusement pas tous vocation à être thérapeutique. Car écrire est aussi un plaisir, un exercice à la portée de chacun d'entre nous. Un outil servant à dire, à s'exprimer, à exprimer pas seulement la souffrance et la douleur, mais aussi, ses joies, ses bonheurs, son bonheur
Ecrire c'est vivre, c'est la vie....
C'est mettre la vie en mots, mettre des mots sur sa vie.
C'est avoir en vie, c'est être en vie !
C'est l'en vie !
mardi 4 novembre 2008
Impossible oubli
Certains voudraient oublier, ne plus penser, ne plus y penser, car y penser fait mal, justement fait très mal, trop mal....Ce souvenir fait souffrance, blesse, torture. L'oubli serait un remède, une guérison....Pour ne plus souffrir, l'antidote de la douleur.. En quelque sorte, du moins on peut le croire, tenter de le croire. Qu'oublier, pourrait permettre...
L'oubli....
Certains oublient, tout, presque, ne savent plus, ne se souviennent plus, l'oubli fait de leur vie, une nuit sombre et perpétuelle...Sans plus jamais laisser pointer le jour, le souvenir du jour, que le jour existe, qu'ils existent
L'oubli
Plus facile pour les uns que pour les autres
Plus difficile pour les autres que pour les uns....
Si l'on pouvait oublier, recommencer, déchirer ce brouillon en quelque sorte, mais un brouillon suffit-il ? En faut-il plusieurs ?
Une suite de brouillons ?
Mais qu'en est-il de cet impossible oubli, de cet oubli qui n'a pas lieu, qui n'advient pas, et qui fait que ça revient encore et encore à la mémoire ? Que ça devient la mémoire.
In mémorian...
Que cet événement, ce traumatisme, cet accident, revient encore et encore, la nuit, le jour, éveillé, endormi....Dans les rêves nocturnes ou diurnes, il est là, comme un fantôme, un spectre dont on ne peut se débarrasser, avec lequel on ne peut négocier.
Mais négocier quoi ?
Oubli impossible, car on n'y peut rien, on ne le maitrise pas, on ne le maintient pas, il déborde du cadre, il n'y a plus de cadre....Les images sont là, envahissantes, obsédantes, dévorant l'espace qui n'a plus de marge, plus de liberté, plus de mémoire vive, telle une pieuvre géante qui déplie ses multiples tentacules pour s'inscruster dans les plus petits recoins de l'âme et de la mémoire.
Et voilà le sujet aux prises avec cet impossible oubli, ennemi de la vie, de sa vie, de sa survie, implacable compagnon qui le hante, plus proche de lui que son ombre. Il est en lui, il est sur lui, il est lui !
Les images défilent, les sons, les mots et les odeurs, chaque jour, chaque instant, chaque minute, chaque seconde revoient encore et encore cet événement, cet accident, ce traumatisme, qu'on voudrait oublier, qu'on voudrait ne plus voir, ne plus entendre, ne plus sentir.
Il est si proche, si près qu'on le sent comme un souffle mal faisant, mal veillant, à la lueur de son âme, prêt à pénêtrer, encore et encore, envahir encore et encore corps et âme, corps et bien...
Implacable tatouage, qui ne peut pas s'effacer, ni même cicatriser, tellement à fleur de peau, que chaque geste, chaque pensée, le fait remonter à la surface, car il n'est en réalité pas si loin que ça !
Prisonnier de cet impossible oubli, condamné à perpétuité, à la perpétuité de cette mémoire, qui pour une fois, ne fait pas défaut, pas simplement des faux...des faux qui s'inscrivent en faux dans la mémoire du quotidien, déformant la vision d'une réalité qui ne peut plus se voir, se percevoir qu'en fonction de cet impossible oubli.
Oubli qu'on voudrait pourtant enterrer au plus profond d'un moi qui souffre tant qu'il ne sait plus où il en est....Impossible pour ce moi de voir, d'entendre et comprendre ce qui se passe, autour, et en soi
Cet impossible oubli s'invite à la table du Commandeur, il y joue les convives mal élevès qui ne savent pas ou ne veulent pas partir, et qui s'éternisent encore et encore. Impossible oubli qu'il n'est pas possible de flanquer à la porte, car il s'incruste encore au mépris des efforts de la maitresse de maison, qui voudrait tant s'en débarrasser et aller enfin dormir...
Non qu'il manque de savoir vivre, mais parce qu'il ne sait pas vivre autrement. Il ne doit sa vie du moins sa survie qu'à lui même, à l'impossible oubli qui une fois pour toute en viendrait à bout.
Mais si cet oubli est impossible et ne s'inscrit pas dans le champ d'un possible, que faire alors ?
Que faire pour le sujet ? Pour apaiser sa souffrance, sa douleur qui le ronge, qui le mange, qui le dévore à l'intérieur ? Qui le dévore de l'intérieur. Qui l'empêche de vivre, de vivre pleinement une vie, une vie au ralenti, une vie qui s'étiole. Qui empêche le sujet de naître véritablement à lui même et aux autres. De naitre enfin à la vie, à sa vie ?
Comment en venir à bout de cet impossible oubli tellement présent partout, obsédant, advenant sans cesse jour et nuit, nuit et jour....
Ce traumatisme qu'on ne peut oublier, qui ne peut être oublié et qui est trop présent. Un passé plus présent que le présent lui même qui finit par devenir un hypothétique temps décomposé.
Le présent n 'est plus, il ne peut lutter car le passé est plus fort, il le bat à chaque round, lui cloue les épaules au sol, il s'impose, arrive, incidieux, tortueux, est là, toujours là, dans les mots, les regards, à chaque instant, dans chaque lieu...Le passé est le seul écran, la seule scène où s'écrit et se lit chaque jour le scénario du présent.
Un présent passé, un passé de narration...Un passé historique, qui s'inscruste dans l'histoire du sujet, une histoire passée qui dévore le présent, qui fait que le sujet n'a plus de présent, et n'est même plus présent dans ce présent....
L'oubli n'est pas possible, mais est-il souhaitable ?
S'il est tant là, s'il est tant présent, qu'en faire ?
Puiqu'il ne peut être remisé par devers on ne sait quel autre souvenir, meilleur, moins mauvais, plus juste...
Si on ne peut oublier, alors que faire ? me demande une jeune femme en proie à des reves récurents ramenant un passé terrible sur le devant de la scène...
Peut-être affronter....Affronter cet implacable ennemi sur son propre terrain....Essayer ainsi de le vaincre, non de le clouer au tapis et de l'oublier, puisque c'est là que ça coince justement, que le noeud se serre et se ressere...
L'affronter sur son propre terrain de l'impossible, de faire de cet impossible un possible, et se donner le choix, la liberté. Celle de vivre avec cet impossible oubli.
Ne plus chercher à l'oublier, mais au contraire le laisser revenir, à soi, sans pour autant le laisser submerger le moi, son propre moi. S'offrir cet immense cadeau, cette luxeuse liberté, si luxeuse qu'elle pourrait en paraitre indécente
A moi compte deux mots !
Il est temps alors de faire les contes, de laisser l'histoire se dérouler, se compter sur les doigts, se conter avec les mots, de mettre des mots, de mettre en mot, cet impossible et terrible compagnon de captivité, qui empêche la vie d'aller et venir librement...
Mettre des mots, c'est déjà partager, c'est ne plus être seul, c'est faire part...à l'autre, de cet impossible oubli qui taraude encore et encore, qui résonne et que cette fois nous allons raisonner !
L'affronter ainsi avec l'angoisse et la peur au ventre, dans les entrailles, les sentir bouillonner jusqu'à la nausée tellement cette peur est là, mais qu'il faut regarder une bonne fois pour toute en face. Oser.
Peut-être ?
Une solution ?
Un remède ?
Pour avoir moins mal ?
Pour vivre un peu mieux ?
Pour être acteur de sa vie ?
Pour ne plus souffrir autant ?
Pour être libre ?
Aucune promesse, la psychanalyste pourrait promettre quoi ? Elle peut simplement permettre, offrir un espace de mise en mots, de mise en mots des maux de la souffrance que cet impossible oubli inflige chaque jour
Elle permet, peut-être, du moins je l'espère d'offrir un peu de liberté, et que celle ci est rare et chère, au sujet qui a le courage, l'audace de s'engager sur son difficile et laborieux chemin.
Pour vous C.
samedi 18 octobre 2008
Le boulevard périphérique
Je viens de terminer son dernier roman, le boulevard périphèrique. On ne sort pas indemne ce cette lecture !
Des les premières pages on se trouve immergé au coeur de l'univers du narrateur, son quotidien, ses allers et retour vers l'hôpital, où il visite sa belle fille souffrant d'un cancer, d'une récidive de cancer...Elle se bat. Il est le témoin de cette lutte, il regarde, spectateur impuissant...Il raconte, nous raconte, se raconte. Il dit, comme toujours, avec les mots juste, cette impuissance là, ce combat pour la vie, ce combat contre la mort.
Puis il se souvient, il pense tout au long de ce chemin, si long, si douloureux aussi, pas facile, pas simple. Une sorte de monologue intérieur, un monologue dialogue avec le lecteur, qui devient témoin, qui devient l'oreille, qui écoute, qui entend les mots lachés sur le papier...
Il décrit, le quotidien, ce quotidien là, le chemin, les visites....L'hôpital
L'univers de l'hôpital est dur, la maladie est dure ! Dure pour les patients, mais aussi et surtout pour les proches, moins armés peut-être pour faire face à la maladie, à la souffrance, à la déchéance des corps, à l'approche, à l'odeur de la mort...Au combat de celui ou celle, gisant sur un lit, se raccrochant à un espoir, à un projet, à un lendemain, à un futur.... Un possible, une autre alternative, une sorte d'autre fin, qui même si elle n'a pas l'apparence de la happy end, serait ou sera peut-être mieux que l'ultime... La fin, la fin du film !
Ce monologue, c'est une sorte d'accroche, d'escalade, d'ascension vers le sommet, un sommet, à ce quelque chose qui permet qu'on ne se retrouve pas forcèment face au vide, à l'angoisse de la pensée, de l'ultime, de la possibilité de la fin...
Alors il pense ! Son esprit chemine dans sa vie, sa vie à lui, il y a longtemps, des années en arrière, alors qu'il était jeune, et que c'était la guerre....Il pense à cet homme, à cet ami de jeunesse, avec qui il a partagé des moments, intenses !
Entre les deux hommes c'est une histoire d'escalade ! Il l'admire, il admire sa précision, son ....
Puis la guerre, la Résistance...La mort de cet ami, une mort dont il ne sait finalement pas grand chose
Présent et passé, se croisent, se rencontrent, s'éloignent, le présent permet de comprendre le passé, la mort, le passé éclaire le présent...
La mort, car de la mort il est question ici, tout au long de ces pages, de cette histoire terrible, au présent et au passé, de cette mort présente, à chaque page, à chaque instant...
La mort et la réalite de la vie, la maladie et son cortège de douleur, de questions, d'hypothèse, d'espoir et de desespoir. Les visites quasi quotidienne de son domicile à l'hôpital, vers cette chambre dernier domicile de sa belle fille, théatre de la vie, des proches, qui parlent qui décident de ce que devrait, devra être demain....On élabore, on parle, on pleure, on se remet..On rêve, on se dispute...Bien ordinaire, un quotidien que je rencontre souvent, lors de mes visites, de mes entretiens avec les patients, leur famille....
Une sorte de chronique de la misère ordinaire, dans ce lieu inhumain !
Et ces quotidiens trajets sur le boulevard périphèrique encombré, les heures de pointes à éviter. Les trajets en RER... La lecture qui accompagne, qui alterne avec les pensées, de la guerre, de la résistance...
Les visites à la belle fille malade, aujourd'hui, les visites à la prison, après la guerre pour rencontre le colonel nazi, dernier témoin des derniers instants de son ami !
Bouleversante histoire d'amour et d'amitié, mais l'amitié est peut-être de l'amour !
Henri Bauchau une fois encore a su dire avec des mots ordinaires et simples l'anxiété des proches, l'espoir des malades, le quotidien des soignants...
C'est aussi l'histoire de la peur, du dépassement de la peur, de la grandeur de l'âme, de l'esprit de l'homme qui a su transcender sa propre peur, qui a pu l'affronter pour vivre son destin...
Croisé et croisement d'un chapitre à l'autre, d'un paragraphe à l'autre, d'une ligne à l'autre, le temps n'existe pas, n'existe plus, tels ces souvenirs qui s'inscrivent et s'invitent au présent....
Merveilleux moments que de lire un tel roman. Que monsieur Bauchau en soit remercié lui qui a si souvent accompagné mes trajets en RER.... de chez moi, à l'hôpital...Où la mort parfois m'était insupportable....Si souvent insupportable, mais comment peut elle être autrement ?
Oedipe et Antigone ont été mes compagnons de route, dans le RER...Je les ai lu et relus, souvent, y puisant à chaque fois, un peu de force, un peu de vie, et surtout un enseignement fort riche
Henri Bauchau Le boulevard périphérique, Acte sud, janvier 2008
samedi 27 septembre 2008
Complétude
Complèter, c'est ajouter, mettre un plus sur ce qui est déjà, sur ce qui existe déjà...
C'est dire, admettre, suggèrer, évoquer, penser que ce qui est déjà, n'est pas complet, qu'il faut, faudrait, ajouter quelque chose pour que ce qui est déjà soit complet.
Cela suppose que le sujet ait déjà l'idée du "complet", de sa représentation. En quelque sorte, qu'il entend quelque chose par là
Et que ce qu'il a ne l'est pas, ou pas vraiment, ce qui n'est pas tout à fait la même chose, l'est peut-être, mais pourrait l'être davantage
Alors pour cette complétude soit, il faut y ajouter
Qu'il faut faire l'opération suivante. Ce que j'ai est un tout, avec un moins, si je soustrais ce moins il me reste quand même un tout avec un manque...
Un reste, une sorte de a
Pour obtenir ce que je veux, ou ce que je voudrai, ce que j'aimerai, il faudrait que j'ajoute un plus au tout incomplet que j'ai déjà...
Ainsi le plus viendrait en apport du moins et le supprimerait ?
Non pas tout à fait, car cela suppose que le plus soit le moins....Identique, pareil au moins...
Mais quel est ce moins ? Et quel est ce plus qui viendrait à sa place, d'une manière tellement ....Qquelle le comblerait.
L'annulerait.
Mais le plus n'annule pas le moins
Il ne le comble pas,
Le masque tout au plus
Ainsi, le moins est peut-être un peu moins, mais toujours quand même moins, il reste une faille entre le moins et le plus, un peu comme 1+1 = 3
L'incomplétude est....Elle se symbolise par ce vide, qui parfois s'ouvre sur le réel..
La complétude n'est dans ce cas qu'une illusion, une tentative de représentation d'un plus qui viendrait combler ce vide qui parfois s'ouvre sur le réel, sans toutefois le combler complétement, laissant ainsi un vide si petit soit il, un moins par lequel le vide se montre à voir...S'échappe ou laisse passer
On ne peut combler cette ouverture...Cette faille.
La complétude relèverait alors de l'illustion ou pire de l'espoir....Espèrer trouver ce petit plus venant combler ce petit moins pour faire un grand tout....
Cet espoir là rassurerait-il ? Cette volonté de recherche du grand tout, apaiserait-elle les craintes ? Craintes du morcellment, de la perte, et une fois encore de la solitude...
Mais pourquoi rechercher ce soit disant manque qui viendrait completer et faire du sujet un être complet, du moins qui se voudrait comme tel, qui s'envisagerait rien qu'un instant comme tel
Comme s'il en était sûr que la complétude était une sorte de remède
Mais de remède contre quoi
Le sujet est divisé, le sujet est séparé...Il n'a de cesse que de réparer, cette séparation, non en rajustant, racommodant les deux espaces béant formant la plaie, la faille, mais en la comblant, comme on comble les rides...
On se plait à dire dans le sens commun, en parlant de l'autre, qu'il est sa moitié. Une sorte d'un seul être nous manque. Agrégeant à notre moi cet autre moi pour en faire un moi...Mais quel moi justement ? De quel moi sagit-il ? On ne sait plus vraiment....
On voudrait se compléter, pour mieux s'ajuster, car on n'est pas complet, et en manque de ce "morceau de moi"qui manque, qui erre on ne sait où, et qu'on ne trouvera peut-être jamais, parce que ce "bout de moi" n'existe peut-être pas ?
Mais comment savoir ?
Alors on espère encore..On cherche pour trouver peut-être, mais qu'importe, seule importe la quête...La quête de soi encore une fois, qui passe par là....
Cesser de chercher, c'est renoncer, c'est abdiquer, c'est perdre, c'est admettre l'échec, le manque, l'absence de complétude, d'un sujet complet
Cesser de chercher, c'est peut-être commencer à mourir !
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vendredi 26 septembre 2008
Attendre
Attendre son tour patiemment ou non, dans une salle d'attente
Attendre indéfiniment que sa vie change
Attendre que l'autre vienne
Attendre un enfant
Attendre son train
La fin de l'histoire, la fin du film,
Attendre la mort !
Que de temps passe t-on à attendre ? Mais attendre quoi ? Ou qui ?
Attendre ou espèrer ?
L'attente n'est pas toujours facile, pas toujours simple à vivre, à gérer..
Elle instaure en effet un espace de solitude, solitude encore, encore et toujours..
Attendre c'est se retrouver face à soi même, face à son être seul, et c'est parfois le plus difficile, le plus compliqué, le moins supportable..
Attendre, c'est renoncer à la satisfaction immédiate, renoncer au tout de suite. Pas maintenant.
Satisfaction d'un désir, d'un besoin. Cette satisfaction là, est différee dans le temps, un temps parfois incertain, un temps inconnu, qu'on ne mesure pas toujours, qu'on ne maitrise pas
C'est se retrouver face à l'impuissance, à la non puissance de gérer ce temps, de le ramener, ou de l'amener à une distance qui nous semblerait raisonnnable, qui nous conviendrait, qui nous serait plus supportable, moins anxiogène.
"Je n'en peux plus d'attendre...Qui ou quoi ?"... Me dit un jour une analysante. Attendre, mais quoi, peu lui importait de le savoir, mais elle savait qu'elle attendait.
Que quelque chose se passe dans sa vie, quelque chose, dont elle ne savait rien, qu'elle n'imaginait pas vraiment, mais qu'elle attendait.
Insurmontable attente, laissant le sujet seul face à un espace, un espace de temps, dont il ne sait que faire, qu'il ne sait, ou n'ose combler dans l'attente de.
Un espace temps qu'il n'ose investir, car l'évènement attendu pourrait arriver. "Alors si je commence quelque chose... Je raterai, comment savoir ?"
Comment savoir en effet ?
Mais savoir quoi ?
L'attente est un problème de sociéte, tant et si bien que la question se pose partout. Les salles d'attente, où des inconnus se croisent, se regardent, se parlent parfois....Lisant les magazines laissés là, à leur intention pour "tuer le temps", attendre sans attendre.
Comme si l'attente, cette attente là générait un ennui, une sorte de "je ne sais pas quoi faire" . Répondant à l'injonction parentale d'antan, "Ne reste pas sans rien faire" et pour aller plus loin encore "l'oisiveté est mère de tous les vices " Peut-être ?
Le temps perdu....Ou qu'on pense tel, car on aurait envie de faire autre chose que rien, ce rien qui justement s'impose là, comme ça, sans qu'on n'y puisse rien...Le temps encore est toujours qu'on croit nôtre, mais contre lequel on ne peut rien encore une fois, qui s'impose et qui se pose dans un espace que nous n'avons pas forcèment prévu, et qu'on s'obstine à meubler parce que cet espace là, on ne le veut pas vide. Un espace ne peut être vide, le vide se doit d'être comblé...
Pendant cette attente. Contre laquelle il n'y a rien à faire de plus que feuilleter machinalement la revue placée là pour ça... Les mots croisés pour se concentrer et faire passer le temps plus vite... Travailler en attendant, sur son ordinateur, sur des dossiers, afin de ne pas perdre son temps....Ou en ne faisant rien, les yeux perdus dans le vague, dans le ciel, profitant de ce temps libre pour penser, rêver, méditer... Contre tout attente !
Le temps donc ! Une question de temps...Perdu, mais qu'il ne faut cependant pas perdre, car pour certains il s'avère précieux....
La perte ! Insupportable perte.
Ce temps, qu'on tue, pour ne pas le perdre.
Curieux paradoxe !
Temps mort !
Une si longue attente...
On attend un enfant, on attend à la caisse, on attend son tour, on attend des résultats, on attend un rendez vous, on attend un événement, on attend son train, son taxi....
Quai de gare !
On attend, donc on est là à un moment a et on attend le moment b. Seulement la route n'est pas directe. Il existe un espace entre les deux, il y a un "entre" a et b.
Cet "entre" là c'est l'attente
Une sorte d'entre acte.... Pour que les acteurs se changent, reprennent leur souffle, qu'on change le décor
La vie est un théatre....
Dans ces cas l'attente est dévolue à quelque chose, à une sorte de résultat
L'enfant viendra, le train, le taxi arriveront, on finira par vider son caddie à la caisse du supermarché.
L'attente n'est pas vaine, même si ce temps là, ne sert concrétement à rien. Du moins c'est ce qu'on croit. Il n'y a qu'à regarder les files d'attente...génèrant davantage de stress qu'une joie débordante !
Donc quel est cet espace qui se situe dans l'intervalle de l'ensemble a et l'ensemble b, il n'y a pas de rencontre possible....
Si le temps est linéaire, l'intervalle serait plus ou moins long, mais serait là, mesurable, mathématiquement calculable..
Une sorte de no mans land...Un sass où il est censé ne rien se passer. Pourtant.
Il s'en passe des choses, il s'en dit des mots... On pense, on imagine, on improvise, on invente un scénario, je dirai, je dirai ça...je ferai ci je ferai ça...On refait le monde, à notre image, on se réinvente un monde, un peu meilleur, juste un peu plus adapté, un peu comme on voudrait, où on serait un peu le héros, du moins un peu moins ci, un peu plus ça...
L'attente entre les séances d'analyse....
Attentes si longues, trop longues parfois, où on pense, où on dit, on se redit, on dit à soi même, on se souvient, on ressent, encore la séance, ce qui s'est dit, pas dit, ce qu'on aurait aimé dire, ce qu'on aurait du dire, qu'on n'aurait pas du dire, qu'on a pas pu dire, on se dit les mots qu'on dira la prochaine fois... Peut-être, si on s'en souvient. Puis on pense encore aux mots qu'on a dit, qu'on a pas dit, la dernière fois...On aurait du, on a pas pu, on le dira, on le dira pas...On pense, on élabore, on échafaude, on rêve, on analyse, on fait des liens, on associe, on comprend tout, on ne comprend plus rien....On tisse des liens, on tricote, on brode, on détricote, on reprise, on ressasse, on recoud, on remet des pièces, on rafistole, notre vie, on bricole, on colmate, on reprise encore et encore avec quelques mots, lachés là, seuls qui se raccrochent peut-être encore à quelque chose, à un lien tenu, un pauvre fil suspendu, qu'on essaie de sauver, pour faire du lien, pour tisser, pour ramailler là où ça a céder....On tente encore une dernière fois, ça tient, ça tient pas, de ci de là, de ci de ça, et puis peut-être on tire encore, des plans, sur la comète, avec le fil qui ne rentre pas dans le chas de l'aiguille, le chat....Le fil qui tient et qui tient pas, qui ne tiendra pas, et on coupe ! finalement on tranche ou pas, on fruste ou pas, on castre ou pas, on censure ou pas....L'interséance... Angoisse, pas bien, nausée, malaise....
Joie, bonheur, euphorie, c'est ça tout ça, l'attente de l'autre, de la séance, la future, pas la dernière, l'attente de l'analyse, l'attente de l'analyste !
On attend la prochaine fois, le temps est long, on est en manque, en manque de la séance, en manque du dire, on manque de mots à mettre sur les émotions, les souffrances, les douleurs, les rires, les plaisirs, on manque du manque, on manque de la séance, on manque de l'analyse, on manque de l'analyste...
Mais la séance viendra, il faut être patient l'heure finit par arriver, le rendez vous finit par avoir lieu, notre tour arrive...
Quand il viendra, il se passera quelque chose, ou il ne se passera rien, ou pas ce qu'on attendait, mais on attendait quoi ? Le plan ne se déroule pas comme on l'avait prévu...Alors on attend encore, la prochaine fois, la prochaine séance, le prochain rendez-vous, la prochaine rencontre...
Pour ne pas la manquer. Cette fois, encore une fois !
Un tour, encore un tour, un tour de passe passe, le temps qui passe et qui repasse, cent fois remettre sur le métier son ouvrage !
On attend....
Je me souviens d'une expression de mon enfance... "Attendre le dégel". Elle me faisait rêver, mais ne manquait pas de m'interpeller en plein été...
Attendre quelque chose qui ne vient pas, et qui ne viendra jamais, mais attendre, telles ces femmes de marin qui attendent le retour... Un retour impossible parfois, mais qu'elles espèrent quand même, car cet espoir les maintient en vie, du moins les aide à survivre
L'attente de l'homme, du fils ou du mari, parti en mer, et pas revenu ! Naufrage, mère cruelle, qui a ravi le corps, le corps du fils ou du mari, dans l'immensité de l'océan, gouffre sans fond, sans fondement, ce qui ravive encore l'attente, l'attente du miracle...
Survivre à ça....Vivre pour attendre, attendre pour vivre, regarder la mer, qui réclame toujours plus de sacrifice sans jamais s'apaiser, qui réclame des vies pour se nourrir du désespoir et de la souffrance....Regarder le ciel, implorant la clémence des dieux, qui ne peuvent être si cruels, des dieux, qui pour une fois, peuvent ramener le fils ou le mari vivant, sur le rivage, là où les pieds de la pauvre femme errent cent fois par jour, dans l'attente d'un signe qui ne vient pas, qui ne viendra peut-être pas, mais qui peut peut-être venir !
Sa vie ne tient qu'à ça, de ci de ça, vie qui ne tient qu'au fil tenu, malingre et malicieux qui la maintient en vie, en survie, et qui se coupe, qui se brise, qui ne tient plus, qui lache, qui ne peut comme les filets de la nasse être sans cesse ravaudée
Pauvre vieille ! Pauvre femme ! Pauvre mère!
Que faire, elle n'est pas de taille pour lutter contre cette mère qui dévore tout, ses enfants et ses navires !
Mais elle attend, une si longue attende, des journées à attendre, une vie d'attente !
Cette même attente, qui se confond avec ce misèrable espoir des plus pauvres, des plus solitaires, de ceux qui souffrent, qui pensent que demain sera meilleur, si ce n 'est pour eux, il le sera peut-être, sûrement même pour leurs enfants....
Leur laissant croire, les rassurant, que finalement ils n'ont pas tort, ils ont raison d'attendre, ils ont raison de miser sur cette attente là
Qu'il finira bien par se passer quelque chose; qu'ily aura une lumière au bout du tunnel, que ça ne peut pas être sombre tout le temps, noir partout !
Alors il faut attendre, attendre encore et encore
Interminable attente !
Nota bene
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.
Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.
