L'Etre humain est unique, chaque rencontre est unique, c'est un éternel recommencement, une aventure nouvelle à chaque fois
Psychanalyse Aujourd'hui
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne
Accompagner le désir d'être Soi
"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir
Mon livre : "j'aime ma vie"
jeudi 22 février 2018
L'encombrant
Enchainés, tenaillés, attachés... ll y a le fardeau, celui de ceux d'avant. ll n'est pas le notre. A nous : il faut vivre, se détacher. Etre.
"J'espère que je ne connaitrai jamais la guerre ; c'est ma plus grande peur ça "
Elle dit.
Silence.
Pourtant elle est née une décennie après la fin de la seconde, la dernière guerre dans un pays en paix. La guerre est en elle malgré elle ; la guerre fait partie d'elle, elle en est imprégnée, comme si...
Les récits de guerre sont son décor.
"Je n'ai jamais manqué de rien"
Dit-elle.
Et puis la guerre encore. Les paroles se tricotent avec les souvenirs d'enfants les histoires entendues et racontées, les silences et les non dits, des histoires de lettres et de vestes qui se portent à l'endroit puis à l'envers
"Je ne comprenais pas comment on pouvait sortir avec une veste retournée" dit-elle
Pourquoi avant et après
Puis viennent dans le récit des mots qui s'ils n'avaient de sens pour la petite fille sont devenus un fardeau pour l'adulte d'aujourd'hui.
Collaboration,
"Je ne supporte pas qu'on ne disent plus salariés, employés, mais collaborateurs"... J"e ne suis pas". Silence
"C'est après que j'ai fait le rapprochement, collaborateur, collaboration dénoncer, corbeau lettre anonyme...
ll faut vivre avec ça !"
Vivre avec quoi ?
Silence
"Avec le poids des mots et des fautes d'avant, la mort des gens peut-être d'autres gens à cause d'eux, c'est.... "
Silence
Nous portons souvent, tout le temps, des fardeaux qui ne sont pas les nôtres, nous nous sommes construit au milieu de vies qui ne sont pas les nôtres et qui malgré tout nous collent à la peau, nous imprégnent, fassent corps, éffractent notre mémoire et notre enveloppe corporelle; Où sommes nous , où est ce JE parmi cette nébuleuse tragique ?
-"Longtemps, j'ai eu honte quand j'ai compris, honte d'eux, qui n'avaient pas honte, vraiment; Le pire c'est de ne pas savoir exactement, je ne peux que supposer, mettre bout à bout, essayer de reconstituer, on ne parle pas on n'en parle pas, et le peu dit se termine par c'était la guerre alors c'était comme ça".
Absolution.
- "l'insupportable c'est l'histoire de ces vestes... retournées toujours au bon moment, un moment de gloire, leur fierté d'avoir été futés.... "
Silence, soupir....
- "résistants de dernière heure.... J'ai entendu ça enfant, je ne savais pas ce que ça voulait dire la dernière heure.... La fin..."
"Pourquoi il faut qu je porte ça pourquoi ça me colle à la peau, je ne suis pas eux, je les aime et je les hais, je sais que je n'aurai pas été eux.. non, je n'aurai pas fait ça je voudrai divorcer d'eux.;
Elle pleure.
Silence
"Je voudrai laver, lessiver, effacer, je voudrai que ça n'a jamais été, je voudrai être fière d'eux alors que j'ai honte. lls me font honte, ils sont ma honte, celle qui colle à ma peau et que tout le monde voit"
Elle dit.
Le silence, les mots sont trop lourds. Silence.
"ll faut réparer, réparer le mal, leur mal, c'est ma mission celle que je me suis donnée, que je me suis imposée pour effacer..."
Sanglots
ll y a la faute, le mal, la faute et le mal de l'autre, de l'autre et pas de soi. Mais celle ci devient originelle comme elle le souligne "sa croix à porter".... ll y a le poids de l'autre, de ses actes mais pas seulement, la faute du père que le fils doit porter pour que l'autre pardonne, pour racheter la faute de l'ancêtre avant lui. Une histoire sans fin une transmission perverse et toxique, un héritage empoisonné qui peut être refusé.
C'est une autre histoire que de ne pas accepter ça, de renoncer à ce cadeau gâté, ne plus transmettre une bonne fois pour toute car la fidélité familiale a ses limites. Mettre fin. Un point final à une histoire qui est celle de l'autre, s'en libérer pour vivre sans chaine, mais ce n'est pas une mince affaire, car pour ce faire encore faut-il l'affronter, la comprendre et la mettre à distance. Tout un travail parfois dans la douleur, la sienne et celle de voir, d'accepter que ses proches ne soient pas exemplaires, pas des héros... Comme dans les films.
Pourtant on voudrait bien.
On vient de quelque part.
Et ce quelque part doit être parfait ou presque.... Pour l'être aussi.
Un long chemin à parcourir pour accepter d'être enfin soi, délesté d'un poids, retirer de la valise ce qui ne nous appartient pas. La rendre plus légère, et aller, adevenir au monde, aux autres et à soi.
Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste
Labels:
existentiel,
transgénérationnel
dimanche 28 janvier 2018
Alfred 1914-1918... Et après, un homme dans la guerre
Alfred... La guerre. Des Hommes, une vie, une histoire, la Mémoire. Notre Devoir, parler, dire, raconter, mettre des mots, des émotions, des larmes, des rires. Hier pour aujourd'hui, aujourd'hui pour ne pas oublier hier.
"S'ensevelir sous les ruines du Fort plutôt que de se rendre".
Telle était la devise de votre Régiment.
J'ai du mal à imaginer le jeune soldat, il est difficile pour moi de parler de vous Monsieur, je ne me souviens de vous qu'au soir de votre vie. ll y a longtemps. On disait de vous que vous étiez un grand Homme, et combien du haut de mes 6 ans vous me paraissiez grand ! L'enfant que j'étais alors n'avait pas compris qui vous étiez, quel homme vous aviez été, mais vous étiez si gentil, et elle vous aimait, ça me suffisait.
Comment dire, vous, tu, je ne sais, je verrai tout en écrivant. L'émotion guidera mes mots...
Je ne parlerai que de la guerre, la Première, la Grande, l'Horrible, la Tragique. Je pourrai parler de la Seconde, et de vous aussi, mais gardons cela pour une autre fois. ll y a tant à dire de vous, à propos de vous.
Vous êtes né un 15 février 1890 dans un bourg de l'Est. Vous parliez l'allemand autant que le français, nourri de Racine et de Goethe. Classe 1910 vous avez fait votre service militaire comme tous ceux de votre âge, et le 3 aout 1914 comme tous ces hommes vous avez rejoint votre régiment.
C'est votre livret militaire qui me parle de vous, qui vous raconte. ll me faut le lire dans tous les détails, ce ne fut pas simple de vous trouver, car je ne savais presque rien de vous. ll faut souvent jouer les détectives dans les Archives, poser des hypothèses, les vérifier, se tromper, et recommencer, mais ce jour comme les autres, j'étais guidée, accompagnée il fallait que je vous trouve, alors vous ètes venu à moi. Avec le mince bagage en ma possession un tour aux registres de naissances, puis aux fiches matriculaires, et vous voilà tout près de moi ! Mais quelle est longue cette fiche !
Oui, vous êtes grand, 1,76 m, je peux vous imaginer, couleur des yeux, des cheveux, des sourcils, tout est là ! à moi de fermer les yeux et de regarder. Le voila ce soldat.
A cette époque elle ne vous connaissait pas, vous ne vous êtes rencontrés qu'après, après la guerre, où vous êtes parti, elle non, mais elle lui a enlevé son amour à tout jamais. C'est peut-être pour ça que vous vous êtes trouvés. Deux survivants ; Peut-être ? Que de destins croisés dans vos deux vies... Que de rencontres singulières aussi. La vie joue des tours, mais il n'y a pas de hasard ; et ce 17 avril 1917 ? Là bas, c'est encore une autre histoire, pour une autre fois si vous le voulez bien.
Je lis votre fiche et je sais tout de vous, ou presque, de vous soldat et un peu plus, votre mère était allemande semble t-il peut-être vous a t-elle légué ces "cheveux blonds" et ces "yeux bleus clairs". En rouge est noté : "permis de conduire pour tourisme". Votre destin était tracé mais votre vie a basculé un 1° août 1914 ; vous avez du rejoindre votre régiment. Artillerie. Vous passez de missions en missions ; Bordeaux, Marseille Cherbourg, Montbeliard, et les autres, qui me sont familiers... et de blessures en blessures, un éclat d'obus à la nuque, le 24 mai 17 puis une autre suite à une explosion le 27 septembre de la même année là où vous effectuiez des missions de reconnaissances, blessé encore," le sous officier énergique et dévoué au front depuis le début de la campagne n'en n'a pas moins assuré son service jusqu'a la fin de la journée". Vous vous êtes distingué à Rancourt. Elève pilote vous avez rejoint le 13 mars 1918 l'aviation à Dijon. Que d'aventures, de péripéties, de combats, de risques, de souffrance, de douleurs, de mitrailles, de bruits, de fumée, de ténèbres, de cris, d'horreur, de peur et de morts... mais vous êtes là, toutes ces années. Dés que possible vous quittiez l'ambulance et l'hôpital pour rejoindre le Front, les tranchées, la guerre.
Vous avez reçu la médaille militaire. Vous avez survécu à cette horreur. Vous vous êtes battu pour ne plus connaitre l'horreur, vous ne saviez pas encore. Elle non plus.
Une curieuse rencontre, je me suis souvent demandé comment elle a eu lieu, elle ne me l'a jamais dit mais parlait souvent de vous. Vous aviez chacun votre vie... Elle vous a aimé, tout comme vous l'avez aimé, je crois, elle vous aimait et vous l'aimiez ; c'est ce que mes yeux de petite fille ont perçu lorsque je vous ai vu ensemble, une fois, cette fois. Je n'oublierai pas ses larmes, j'étais à ses côtés quand elle vous a rendu une dernière visite, quand elle est venu vous dire adieu. Que vous me sembliez grand ! encore
Et puis elle est restée seule, encore, elle a continué à m'aimer, à parler à ses fantômes... Nous leur parlions ensemble. Vous et Elle m'avez appris qu'on pouvait s'aimer ainsi ; éloignés mais proches. Merci.
Et puis elle est partie, me laissant seule. Bien seule sans elle... Ainsi est la vie; Mes yeux se brouillent de larmes... Mais je pense que vous l'avez aidé à être en vie, vous vous êtes soutenus, tenus, portés. Ensemble vous avez traversé des épreuves, la guerre, l'autre sale guerre. Vous avez été un brave, et un héros, un de ces héros de l'ombre et qui le restent car ils n'ont fait que leur devoir d'Homme, leur Devoir. Vous n'avez jamais rien demandé, mais une place, celle de votre ville porte aujourd'hui votre nom.
Je vous remercie Monsieur pour tout. J'espère être digne de votre héritage, d'avoir gardé et transmis ce que vous lui avez donné ; ce que vous m'avez donné.
Si vous le permettez je reviendrai vers vous pour parler encore, vous raconter, dire votre vie après la guerre, pendant la guerre, l'autre, avec elle... ll y a tant à dire.
Je vous remercie, Monsieur, pour ces moments passés à vos côtés à travers ces Archives, ces instants furtifs et ce voyage dans le passé, j'espère ne pas vous avoir dérangé.
A Vous et à Elle. Mes héros.
Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
dimanche 21 janvier 2018
mercredi 17 janvier 2018
Le Visiteur
Il est de passage
Pour un jour ou deux
Peut être un peu plus
Souvent un peu moins
Pour un jour ou deux
Peut être un peu plus
Souvent un peu moins
VisiteurC'est le nom qu'on lui donne
*********
Il passe mais sans visiter vraiment
Il ne reste pas, il ne regarde pas, il ne s'attache pas
De lien il n'a pas, il ne veut pas
Pour quoi faire ?
Pour qu'en faire ?
Puisqu'il ne fait que passer
*********
Il passe mais sans visiter vraiment
Il ne reste pas, il ne regarde pas, il ne s'attache pas
De lien il n'a pas, il ne veut pas
Pour quoi faire ?
Pour qu'en faire ?
Puisqu'il ne fait que passer
**************
Passe passe partout et par là, par ici et ne revient pas
Il ne revient jamais sur ses pas
Un jour ici, l'autre là
Nul ne sait d'où il vient
Nul ne sait où il va ?
Et lui ?
Peut-être même ne le sait-il pas !
Passe passe partout et par là, par ici et ne revient pas
Il ne revient jamais sur ses pas
Un jour ici, l'autre là
Nul ne sait d'où il vient
Nul ne sait où il va ?
Et lui ?
Peut-être même ne le sait-il pas !
Brigitte Dusch psychanalyste, historienne in Les Nouvelles d'Arsel "Bribes"
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Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.
Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.
Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.