J'aime bien "Actes Sud", je lis souvent leurs éditions que je trouve à la bibliothèque.
Je prends souvent un de leur livre au hasard, parce que la couverture me plait, me parle, parce que quelque chose dans le titre me dit que...parce que je connais l'auteur, ou que je ne le connais pas
La Reconstruction c'est un peu de tout ça.
Premier roman d'Eugène Green plutôt connu comme cinéaste, ce livre est une merveille
Je l'ai dévoré presque d'une seule traite, un samedi soir....Puis j'en ai relu des passages encore et encore, pour comprendre, pour mieux comprendre, pour reprendre le chemin à l'endroit cette fois...
Véritable voyage dans la mémoire, mais aussi dans l'oubli, une sorte d'impossible oubli là aussi. Voyage à travers l'histoire, l'histoire sombre de deux pays, deux frères ennemis aujourdh'ui réunis mais qui portent chacun à leur manière des blessures qui ne cicatrisent pas.
La mémoire : Le devoir de mémoire aussi, l'impossible oubli, la culpabilité aussi...
Voyage dans le temps, voyage intérieur, rencontre avec l'inconnu, le connu, pas si connu que ça, rencontre avec soi même car ce soi là s'était donné rendez vous
Rendez vous curieux...Qui permet cependant de retrouver, de reconstituer, de reconstruire, comme le titre éponyme.
Rendez vous, rencontre, étrange, insolite avec un homme qu'il ne connait pas, mais que lui connait un peu, à travers son père qui lui a dit, raconté, laissé quelques bribes..
Homme étrange et étranger, témoin involontaire de l'histoire et de la barbarie des hommes qui fait une sorte de voyage pour comprendre et se trouver
Qui se cherche, en quête de son identité.
Chacun cherche celle ci dans son histoire et dans celle de l'autre, explorant ses souvenirs, convoquant à la mémoire à sa mémoire ceux ci pour tenter de savoir, de comprendre qui est qui, ou qui suis je ?
Quelques jours dans une vie...Pour la quête de toute une vie...
Mémoire, qui flanche qui défaille, mais qui dit, qui affirme que ça s'est passé ainsi, comme ça, et pas autrement..qui laisse le doute, s'infiltrer, s'organiser, s'affirmer lui aussi
Mais qu'importe ?
Mémoire en sommeil, mémoire dans le coma, qui revient peu à peu à la surface, qui reprend forme qui reconstruit.
Réalité,souvenir, vérité, histoire,puzzle, fiction, invention, réinvention..Une vie, des vies !
Où sont elles ?
Où se trouve la ou les vérités ? De quoi se nourrissent-elles ? La fiction estelle ici nécessaire pour que clle ci puisse enfin advenir ? Mais est-ce vraiment nécessaire
Enigme de l'existence, voyage, histoire, histoires de vie, de familles éclatées, déchirées, de secrets, enfouis, en fuite, pas si bien gardé ou au congtraire enfermé à double tour dans la crypte aux fantomes. Bien mal, qui se confondent, qui sont l'un l'autre, l'un et l'autre à la foi, ou le bien et le mal n'ont plus vraiment de sens. Où ça ne fait plus sens,
Où le mal fait le bien , est nécessaire pour que le bien puisse advenir..
Roman sur la reconstruction de soi, de l'être mais aussi de l'Eurpoe, d'une Europe déchirée, éclatée, par des conflits...Conflits humains, d'une violence inouïe, larvée au plus profond de chaque être, encore aujourdh'ui...
A lire absolument
Eugène Green, La Reconstruction, Actes Sud. 2008
L'Etre humain est unique, chaque rencontre est unique, c'est un éternel recommencement, une aventure nouvelle à chaque fois
Psychanalyse Aujourd'hui
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne
Accompagner le désir d'être Soi
"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir
Mon livre : "j'aime ma vie"
dimanche 23 novembre 2008
La Reconstruction
dimanche 16 novembre 2008
Injonctions
Nous vivons quand même dans un monde surprenant !
Un monde où il faut, où l'on doit, où l'on se doit....
Un monde d'injonctions,
D'injonctions le plus souvent paradoxales !
Un monde qui s'efforce de rendre l'autre fou....
Un monde qui par certains côtés rend fou...
Un monde qui ne veut pas non plus de ses fous..
Un monde qui n'assume pas...ou plus, ou peu, ou pas assez ?
Fais ceci, fais cela, sois comme ci, sois comme cela
L'uniformité
Ne voir qu'une seule tête
Une sorte de modèle, modéliser, la modélisation, façonner, créer, cloner, clowner !
Un monde où il faut, où l'on doit, où l'on se doit....
Un monde d'injonctions,
D'injonctions le plus souvent paradoxales !
Un monde qui s'efforce de rendre l'autre fou....
Un monde qui par certains côtés rend fou...
Un monde qui ne veut pas non plus de ses fous..
Un monde qui n'assume pas...ou plus, ou peu, ou pas assez ?
Fais ceci, fais cela, sois comme ci, sois comme cela
L'uniformité
Ne voir qu'une seule tête
Une sorte de modèle, modéliser, la modélisation, façonner, créer, cloner, clowner !
Injonctions paradoxales, doubles contraintes. Ronald Laing a merveilleusement nommé, exposé ce concept, et démontré comment il rendait fou. Nous y sommes presque, presque entièrement. Il en faut de si peu.
Ainsi,par exemple il faut manger : Raisonnablement, on nous l'assenne partout, dans la rue,à la TV, des légumes , des fruits bien sûr, mais la publicité nous montre paradoxalement tout ce qui est à banir de l'alimentation, chocolats, sucreries, sodas....
Qui croire ?
Que faire ?
Toute notre vie semble modélisée, ainsi il convient d'être parfait, heureux, souriant. Et de le montrer.
Le bonheur ! le positif, l'humeur, "tout va bien"... Même si rien ne va bien ou si rien ne va du tout L'important est de ne pas le montrer, le camouffler, ne pas dire, taire sa souffrance, son chagrin, sa peine, sa douleur... L'enfouir, l'en fuir, au plus profond de soi, ne pas laisser penser que...
Comment faire ?
Ainsi,par exemple il faut manger : Raisonnablement, on nous l'assenne partout, dans la rue,à la TV, des légumes , des fruits bien sûr, mais la publicité nous montre paradoxalement tout ce qui est à banir de l'alimentation, chocolats, sucreries, sodas....
Qui croire ?
Que faire ?
Toute notre vie semble modélisée, ainsi il convient d'être parfait, heureux, souriant. Et de le montrer.
Le bonheur ! le positif, l'humeur, "tout va bien"... Même si rien ne va bien ou si rien ne va du tout L'important est de ne pas le montrer, le camouffler, ne pas dire, taire sa souffrance, son chagrin, sa peine, sa douleur... L'enfouir, l'en fuir, au plus profond de soi, ne pas laisser penser que...
Comment faire ?
Fumer tue !
C'est ce qui est inscrit sur les paquets de cigarettes en vente libre dans tous les bureaux de tabac (dans les supermarchés de certains pays)
Ainsi on vend la mort pour quelques euros ! La mort est en vente libre...
Fumer, oui, mais ça vous tue !
Ne vous plaignez pas car on vous avait prévenu...
Comment faire en effet dans un monde qui nous demande d'exprimer le contraire de ce qu'on ressent, de taire ses émotions, de vivre en perpétuelle dissonance. Comment se retrouver dans un discours aussi complexe, aussi pervers ?
On encourage le sujet à être positif, lui même, mais on lui demande en même temps de nier ce qu'il ressent, ou pire de ne pas trop l'exprimer afin de rester conforme à un modèle socialement correct, à une attitude socialement acceptable et surtout socialement supportable.
Nous n'allons pas bien, la société toute entière va plutôt mal, mais si nous faisons un petit effort et affichons une mine joyeuse et réjouie on pourrait croire que !
Mais croire quoi ? Croire que quoi ?
Les émotions ? Quid de cela ?
La société, le monde tel qu'il est aujourd'hui renvoit le sujet à lui même, il lui faut alors se débrouiller avec...Avec ses peines, sa douleur, ses souffrances, ses insomnies, sa maladie, son deuil, ses larmes.
Il se doit de ne pas les dire, en parler, les étaler. On en veut bien un peu, mais pas trop, si on admet le deuil, la peine de la perte, c'est pour un certain temps, déterminé, au delà, ça devient ennuyeux, difficile, insupportable, pas normal. On ne sait plus quoi lui dire, on l'évite, on le laisse se débrouiller avec sa peine, sa douleur et sa souffrance.
Les spécialistes parlent de deuil pathologique, les critères de celui ci sont dailleurs doctement rassemblés dans les manuels de psychiatrie !
Cette souffrance qu'on ne veut et qu'on ne peut pas voir fait mal, car chacun sait, même s'il ne veut pas vraiment le reconnaitre que ça n'arrive pas qu'aux autres !
"Cachez moi ce deuil que je ne saurai voir !"
Les émotions ne doivent surtout pas être manifestées, on n'admet ni trop de pleurs, ni trop de larmes, ni trop de cris, juste ce qu'il faut quand même, car ne pas verser de larmes lors d'un enterrement parait suspect !
Juste ce qu'il faut dans les délais impartis
Sinon, ce n'est plus la norme, la norme sociale, et on sombre dans le pas normal, le pathologique, la folie, qui fait peur, qu'on ne veut pas voir, qu'on ne peut pas voir, qu'on refuse de voir
"Cachez ce fou que je ne saurai voir !"
Notre monde recherche la performance, le meilleur, le toujours plus, le "peut mieux faire" qui tue l'élève qui pourtant à donné dans sa copie le plus qu'il pouvait faire... Encore un peu, toujours plus, travailler plus pour gagner quoi ?
D'ailleurs que gagne t-on ? Quel gros lot ?
La recherche de performance est partout, dans le travail, le sport, le loisir, la famille, le sexe, la forme, la santé. Ultra.
Celui que ne répond pas à ces critères s'écarte de la norme, se met en marge du monde, de ce monde là...Il devient marginal, déviant, car ne suit pas la ligne droite, exentrique, toqué, original, fou...On retombe encore une fois dans le pseudo pathologique !
Celui qui n'y arrive pas, malgré ses tentatives sera au mieux une mauviette, puis un raté, un nul, un bon à rien. Mauvais
Coupable ! Coupable de ne pas être en forme, sexuellement performant, ne pas faire le meilleur score au tennis, ne pas avoir fait O fautes...
La culpabilité, qui ne souffre pas d'être coupable ? Coupable de tout ? Surtout de ce qu'il n'a pas fait ?
Un monde qui culpabilise.
Parce que peut-être qu'aujoud'hui ce monde là, ne tient plus ses promesses.
Le monde capitaliste qui est le nôtre nous a toujours leurré, laissant croire qu'il peut tout, qu'il peut surtout susciter le désir, et combler celui ci, par n'importe quoi. Tout se vend et tout s'achète. Biens de consommation. Il peut tout, état providence, là et là, omniprésent et omniscient....Que la science explique tout, que le discours scientifique peut tout. Etat providence, Science providence;
Un monde où tout s'achète, un monde qui laisse croire que tout est achetable, le bonheur, la minceur, le bien être, que tout est monnayable, un monde libéral où la loi du plus fort, du plus riche...
Mais quid de cette loi face à la souffrance ?
Sois heureux ! Sois beau ! Soit....
Une longue liste sans fin, interminable
Mais où est le "sois toi" !
Seule injonction qui pourrait peut-être s'entendre ?
samedi 8 novembre 2008
N'être seul
mercredi 5 novembre 2008
Ecrire la souffrance
C'est la lecture d'un article dans la salle d'attente de mon médecin, qui me donne l'envie de revenir sur cette écriture de la souffrance, de cette mise en mots de ces des maux là.
Il s'agissait d'un article sur la résilience, mettant en scène des femmes (encore....Mais les hommes aussi le sont) avec quelques commentaires de Boris Cyrulnick
J'apprécie beaucoup ce psychiatre, son tact, sa pudeur, l'extrême justesse et mesure de ses propos...
Il parlait de l'écriture, des écrivains (au féminin mais je n'aime pas ce féminin là il heurte mon oreille, ne résonne pas bien.) Il disait que beaucoup de ces femmes avaient souffert, qu'elles avaient beaucoup souffert, et avait écrit....
Comme si l'ecriture était un ex utoire, un moyen de sortir au dehors cette souffrance qui dévore l'intérieur. Pour justement, que cette souffrance puisse être mise à jour, mise à nu aussi par les mots, au travers des mots, grâce aux mots
Magnifiques et magiques instruments que ceux ci...
Au service de la souffrance et de la douleur
Mais, et je repose encore la question : La souffrance est-elle nécessaire à l'écriture ? Faut-il avoir souffert pour pouvoir écrire ? Pour pouvoir témoigner ainsi, liberer son corps et libérer son âme, du moins rien qu'un tout petit peu ?
Comment répondre ? En sachant qu'il n'y a jamais ni réponse ni vérité, que celles ci sont singulières...A chaque sujet sa réponse, à chacun sa vérité, et c'est heureux !
Je ne peux que tenter d'apporter quelques élèments à la lumière de mon expérience personnelle et professionnelle, de par les témoignages de ceux et celles qui ont fait de moi leur analyste, qui m'ont confié un instant de leur vie, de leur intime intimité et de leur confiance....
La souffrance m'a mené sûrement, sans aucun doute à la psychanalyse, elle m'a permis de comprendre, de vivre avec et surtout d'aller au delà de cette douleur morale, de ce mal de vivre....La psychanalyse ne guérit pas, ce n'est pas là son objectif, le symptôme ne doit pas être tu, tué, annhilé, le symptôme c'est le sujet, pour paraphraser....je pourrai ajouter avec une pointe d'humoir cultive le c'est toi !
L'écriture a toujours chez moi été un besoin, une nécessité, une nourriture, une source de vie, de vitalité, elle m'a permis enfant de dire, de confier, à un journal, à une amie, imaginaire ou non, ce que mon coeur, trop petit ne pouvait garder.
Elle m'a sauvée, peut-être,a été, peut-être un tuteur de résilience, comme le dit M. Cyrulnick.
j'ai toujours ressenti ce besoin d'écrire, de mettre des mots, peut-être parce que j'ai eu cette chance d'aimer les mots. Une sorte de rencontre réussie, un rendez-vous pas manqué, celui là !
Les mots sont des couleurs, des crayons, des pinceaux....
Plus tard, devenue historienne, et que mes recherches me conduisirent aux Archives, à la découverte des écrits de ces femmes du XVII° siècle, j'ai retrouvé ce gout et ce besoin de l'écrit, de la mise en mots....J'ai découvert qu'à cette époque aussi, l'écriture pouvait être un moyen de dire, de dire aux autres, mais aussi de dire à soi, de se dire à soi.
Mon travail de thérapeute et d'analyste me confronte aux mots, aux mots des patients, aux mots des analysants. Des mots qu'ils disent, qu'ils me disent, surtout qu'ils se disent
Des mots qui veulent dire, ce qu'ils pensent, ressentent, éprouvent, aiment, détestent, adorent ou aimeraient, souhaiteraient, désireraient...
Des mots qui donnent du sens ou pas, qui représentent, qui traduisent un sentiment, un affect, une émotion, une pulsion, un désir...
L'analysant parle, ou pas, parfois les mots font place au silence, aussi, et parfois plus éloquent que les mots lachés, dits, prononcés...
Le patient aussi,
Parfois analysant et patient écrivent. Ils mettent sur le papier des mots qu'ils ne peuvent dire, prononcer...Lacher de la sorte. Comme si le besoin de la plume ou du clavier s'avèrait un médium nécessaire,une sorte d'espace intermédiaire, une interface peut-être, une mise à distance de l'évenement, de ce qu'il y a justement à dire,, qui ne peut l'être, mais qui peut être écrit
Plus facile ?
Ca l'était et l'est encore pour plusieurs femmes traumatisées, gravement dans leur petite enfance ou adolescente, qui n'ont pu parler, dire se libérer des mots, qu'après avoir écrit, écrit leur malheur, leur douleur, leur souffrance sur de petits billets qu'elles me glissaient à la fin de la séance
"C'est pour vous"
Tristes petits bouts de papiers, griffonnés, chiffonés, pleins de larmes parfois, larmes de la peine, des souffrances qui enfin peuvent être libérées de leur cage, de là où elles étaient enfermées depuis des années...
Comme si écrire était plus facile "c'est plus facile pour moi" me dit D, qui lors de la prochaine séance n'abordait pas le petit papier, parlait d'autre chose, de la pluie, du soleil, de ses envies de nourriture, de la vie donc....Et qui au moment de partir me glissait un nouveau petit mot, décrivant son calvaire...
L'écriture l'a sauvée, c'est elle qui le dit, elle a toujours écrit, tenu un journal...Continue d'écrire et de m'écrire, alors que notre travail est achevé....
Une autre écrit lors de ses insomnies, "n'importe quoi, mais ca me soulage, ça fait du bien, je vide, je me vide..."puis je m'endors, le lendemain je déchire tout...
Soulage, retirer un poids, celui qui pèse et qui ronge en même temps...Celui qui fait mal et qui est là, niché au fond de soi...
L'écriture soulage alors, comme un rémède, un cataplasme, qui permet de mieux respirer, de mieux regarder, de mieux vivre un peu
La mise à distance, donner à l'autre, lui faire lire les mots, qui décrivent un peu cette souffrance qui le ronge, faire partager, faire don...Donner un peu à l'autre, celui en qui on a confiance, celui qui est supposé savoir, savoir quoi faire de cette souffrance là....
C'est aussi ne plus être seul, puisque c'est mettre l'autre, celui qui reçoit ce billet, ce petit mot chiffoné dans la confidence, dans "le coup"
Sale coup parfois, prise de coup et de risques, pour l'un et l'autre? Le mettre dans le bain, être dans le même bain. Faut-il jeter l'eau ?
L'écriture permet à celle ou celui qui l'a choisit de dre la souffrance autrement que par les mots, peut-être our en garder une trace...La parole s'envole les écrits restent dit l'adage.
Et c'est à méditer !
Vouloir en garder l'empreinte ? Peut-être pas, mais vouloir voir, sur le papier étalé l'ampleur de la souffrance tout d'un coup, d'un coup de crayon mise à nu, concrétiser, prendre forme et prendre sens ?
La voir, la regarder...faire des mots abstraits une matière concréte. Qui est là, devant soi, au regard de l'autre, à qui on la montre à voir, à regarder....Pour ne plus être seul, pour vivre peut etre un peu mieux ?
C'est en se sens, que je travaille avec ce support, que j'organise des ateliers d'écriture qui n'ont d'ailleurs et heureusement pas tous vocation à être thérapeutique. Car écrire est aussi un plaisir, un exercice à la portée de chacun d'entre nous. Un outil servant à dire, à s'exprimer, à exprimer pas seulement la souffrance et la douleur, mais aussi, ses joies, ses bonheurs, son bonheur
Ecrire c'est vivre, c'est la vie....
C'est mettre la vie en mots, mettre des mots sur sa vie.
C'est avoir en vie, c'est être en vie !
C'est l'en vie !
mardi 4 novembre 2008
Impossible oubli
L'oubli...
Certains voudraient oublier, ne plus penser, ne plus y penser, car y penser fait mal, justement fait très mal, trop mal....Ce souvenir fait souffrance, blesse, torture. L'oubli serait un remède, une guérison....Pour ne plus souffrir, l'antidote de la douleur.. En quelque sorte, du moins on peut le croire, tenter de le croire. Qu'oublier, pourrait permettre...
L'oubli....
Certains oublient, tout, presque, ne savent plus, ne se souviennent plus, l'oubli fait de leur vie, une nuit sombre et perpétuelle...Sans plus jamais laisser pointer le jour, le souvenir du jour, que le jour existe, qu'ils existent
L'oubli
Plus facile pour les uns que pour les autres
Plus difficile pour les autres que pour les uns....
Si l'on pouvait oublier, recommencer, déchirer ce brouillon en quelque sorte, mais un brouillon suffit-il ? En faut-il plusieurs ?
Une suite de brouillons ?
Mais qu'en est-il de cet impossible oubli, de cet oubli qui n'a pas lieu, qui n'advient pas, et qui fait que ça revient encore et encore à la mémoire ? Que ça devient la mémoire.
In mémorian...
Que cet événement, ce traumatisme, cet accident, revient encore et encore, la nuit, le jour, éveillé, endormi....Dans les rêves nocturnes ou diurnes, il est là, comme un fantôme, un spectre dont on ne peut se débarrasser, avec lequel on ne peut négocier.
Mais négocier quoi ?
Oubli impossible, car on n'y peut rien, on ne le maitrise pas, on ne le maintient pas, il déborde du cadre, il n'y a plus de cadre....Les images sont là, envahissantes, obsédantes, dévorant l'espace qui n'a plus de marge, plus de liberté, plus de mémoire vive, telle une pieuvre géante qui déplie ses multiples tentacules pour s'inscruster dans les plus petits recoins de l'âme et de la mémoire.
Et voilà le sujet aux prises avec cet impossible oubli, ennemi de la vie, de sa vie, de sa survie, implacable compagnon qui le hante, plus proche de lui que son ombre. Il est en lui, il est sur lui, il est lui !
Les images défilent, les sons, les mots et les odeurs, chaque jour, chaque instant, chaque minute, chaque seconde revoient encore et encore cet événement, cet accident, ce traumatisme, qu'on voudrait oublier, qu'on voudrait ne plus voir, ne plus entendre, ne plus sentir.
Il est si proche, si près qu'on le sent comme un souffle mal faisant, mal veillant, à la lueur de son âme, prêt à pénêtrer, encore et encore, envahir encore et encore corps et âme, corps et bien...
Implacable tatouage, qui ne peut pas s'effacer, ni même cicatriser, tellement à fleur de peau, que chaque geste, chaque pensée, le fait remonter à la surface, car il n'est en réalité pas si loin que ça !
Prisonnier de cet impossible oubli, condamné à perpétuité, à la perpétuité de cette mémoire, qui pour une fois, ne fait pas défaut, pas simplement des faux...des faux qui s'inscrivent en faux dans la mémoire du quotidien, déformant la vision d'une réalité qui ne peut plus se voir, se percevoir qu'en fonction de cet impossible oubli.
Oubli qu'on voudrait pourtant enterrer au plus profond d'un moi qui souffre tant qu'il ne sait plus où il en est....Impossible pour ce moi de voir, d'entendre et comprendre ce qui se passe, autour, et en soi
Cet impossible oubli s'invite à la table du Commandeur, il y joue les convives mal élevès qui ne savent pas ou ne veulent pas partir, et qui s'éternisent encore et encore. Impossible oubli qu'il n'est pas possible de flanquer à la porte, car il s'incruste encore au mépris des efforts de la maitresse de maison, qui voudrait tant s'en débarrasser et aller enfin dormir...
Non qu'il manque de savoir vivre, mais parce qu'il ne sait pas vivre autrement. Il ne doit sa vie du moins sa survie qu'à lui même, à l'impossible oubli qui une fois pour toute en viendrait à bout.
Mais si cet oubli est impossible et ne s'inscrit pas dans le champ d'un possible, que faire alors ?
Que faire pour le sujet ? Pour apaiser sa souffrance, sa douleur qui le ronge, qui le mange, qui le dévore à l'intérieur ? Qui le dévore de l'intérieur. Qui l'empêche de vivre, de vivre pleinement une vie, une vie au ralenti, une vie qui s'étiole. Qui empêche le sujet de naître véritablement à lui même et aux autres. De naitre enfin à la vie, à sa vie ?
Comment en venir à bout de cet impossible oubli tellement présent partout, obsédant, advenant sans cesse jour et nuit, nuit et jour....
Ce traumatisme qu'on ne peut oublier, qui ne peut être oublié et qui est trop présent. Un passé plus présent que le présent lui même qui finit par devenir un hypothétique temps décomposé.
Le présent n 'est plus, il ne peut lutter car le passé est plus fort, il le bat à chaque round, lui cloue les épaules au sol, il s'impose, arrive, incidieux, tortueux, est là, toujours là, dans les mots, les regards, à chaque instant, dans chaque lieu...Le passé est le seul écran, la seule scène où s'écrit et se lit chaque jour le scénario du présent.
Un présent passé, un passé de narration...Un passé historique, qui s'inscruste dans l'histoire du sujet, une histoire passée qui dévore le présent, qui fait que le sujet n'a plus de présent, et n'est même plus présent dans ce présent....
L'oubli n'est pas possible, mais est-il souhaitable ?
S'il est tant là, s'il est tant présent, qu'en faire ?
Puiqu'il ne peut être remisé par devers on ne sait quel autre souvenir, meilleur, moins mauvais, plus juste...
Si on ne peut oublier, alors que faire ? me demande une jeune femme en proie à des reves récurents ramenant un passé terrible sur le devant de la scène...
Peut-être affronter....Affronter cet implacable ennemi sur son propre terrain....Essayer ainsi de le vaincre, non de le clouer au tapis et de l'oublier, puisque c'est là que ça coince justement, que le noeud se serre et se ressere...
L'affronter sur son propre terrain de l'impossible, de faire de cet impossible un possible, et se donner le choix, la liberté. Celle de vivre avec cet impossible oubli.
Ne plus chercher à l'oublier, mais au contraire le laisser revenir, à soi, sans pour autant le laisser submerger le moi, son propre moi. S'offrir cet immense cadeau, cette luxeuse liberté, si luxeuse qu'elle pourrait en paraitre indécente
A moi compte deux mots !
Il est temps alors de faire les contes, de laisser l'histoire se dérouler, se compter sur les doigts, se conter avec les mots, de mettre des mots, de mettre en mot, cet impossible et terrible compagnon de captivité, qui empêche la vie d'aller et venir librement...
Mettre des mots, c'est déjà partager, c'est ne plus être seul, c'est faire part...à l'autre, de cet impossible oubli qui taraude encore et encore, qui résonne et que cette fois nous allons raisonner !
L'affronter ainsi avec l'angoisse et la peur au ventre, dans les entrailles, les sentir bouillonner jusqu'à la nausée tellement cette peur est là, mais qu'il faut regarder une bonne fois pour toute en face. Oser.
Peut-être ?
Une solution ?
Un remède ?
Pour avoir moins mal ?
Pour vivre un peu mieux ?
Pour être acteur de sa vie ?
Pour ne plus souffrir autant ?
Pour être libre ?
Aucune promesse, la psychanalyste pourrait promettre quoi ? Elle peut simplement permettre, offrir un espace de mise en mots, de mise en mots des maux de la souffrance que cet impossible oubli inflige chaque jour
Elle permet, peut-être, du moins je l'espère d'offrir un peu de liberté, et que celle ci est rare et chère, au sujet qui a le courage, l'audace de s'engager sur son difficile et laborieux chemin.
Pour vous C.
Certains voudraient oublier, ne plus penser, ne plus y penser, car y penser fait mal, justement fait très mal, trop mal....Ce souvenir fait souffrance, blesse, torture. L'oubli serait un remède, une guérison....Pour ne plus souffrir, l'antidote de la douleur.. En quelque sorte, du moins on peut le croire, tenter de le croire. Qu'oublier, pourrait permettre...
L'oubli....
Certains oublient, tout, presque, ne savent plus, ne se souviennent plus, l'oubli fait de leur vie, une nuit sombre et perpétuelle...Sans plus jamais laisser pointer le jour, le souvenir du jour, que le jour existe, qu'ils existent
L'oubli
Plus facile pour les uns que pour les autres
Plus difficile pour les autres que pour les uns....
Si l'on pouvait oublier, recommencer, déchirer ce brouillon en quelque sorte, mais un brouillon suffit-il ? En faut-il plusieurs ?
Une suite de brouillons ?
Mais qu'en est-il de cet impossible oubli, de cet oubli qui n'a pas lieu, qui n'advient pas, et qui fait que ça revient encore et encore à la mémoire ? Que ça devient la mémoire.
In mémorian...
Que cet événement, ce traumatisme, cet accident, revient encore et encore, la nuit, le jour, éveillé, endormi....Dans les rêves nocturnes ou diurnes, il est là, comme un fantôme, un spectre dont on ne peut se débarrasser, avec lequel on ne peut négocier.
Mais négocier quoi ?
Oubli impossible, car on n'y peut rien, on ne le maitrise pas, on ne le maintient pas, il déborde du cadre, il n'y a plus de cadre....Les images sont là, envahissantes, obsédantes, dévorant l'espace qui n'a plus de marge, plus de liberté, plus de mémoire vive, telle une pieuvre géante qui déplie ses multiples tentacules pour s'inscruster dans les plus petits recoins de l'âme et de la mémoire.
Et voilà le sujet aux prises avec cet impossible oubli, ennemi de la vie, de sa vie, de sa survie, implacable compagnon qui le hante, plus proche de lui que son ombre. Il est en lui, il est sur lui, il est lui !
Les images défilent, les sons, les mots et les odeurs, chaque jour, chaque instant, chaque minute, chaque seconde revoient encore et encore cet événement, cet accident, ce traumatisme, qu'on voudrait oublier, qu'on voudrait ne plus voir, ne plus entendre, ne plus sentir.
Il est si proche, si près qu'on le sent comme un souffle mal faisant, mal veillant, à la lueur de son âme, prêt à pénêtrer, encore et encore, envahir encore et encore corps et âme, corps et bien...
Implacable tatouage, qui ne peut pas s'effacer, ni même cicatriser, tellement à fleur de peau, que chaque geste, chaque pensée, le fait remonter à la surface, car il n'est en réalité pas si loin que ça !
Prisonnier de cet impossible oubli, condamné à perpétuité, à la perpétuité de cette mémoire, qui pour une fois, ne fait pas défaut, pas simplement des faux...des faux qui s'inscrivent en faux dans la mémoire du quotidien, déformant la vision d'une réalité qui ne peut plus se voir, se percevoir qu'en fonction de cet impossible oubli.
Oubli qu'on voudrait pourtant enterrer au plus profond d'un moi qui souffre tant qu'il ne sait plus où il en est....Impossible pour ce moi de voir, d'entendre et comprendre ce qui se passe, autour, et en soi
Cet impossible oubli s'invite à la table du Commandeur, il y joue les convives mal élevès qui ne savent pas ou ne veulent pas partir, et qui s'éternisent encore et encore. Impossible oubli qu'il n'est pas possible de flanquer à la porte, car il s'incruste encore au mépris des efforts de la maitresse de maison, qui voudrait tant s'en débarrasser et aller enfin dormir...
Non qu'il manque de savoir vivre, mais parce qu'il ne sait pas vivre autrement. Il ne doit sa vie du moins sa survie qu'à lui même, à l'impossible oubli qui une fois pour toute en viendrait à bout.
Mais si cet oubli est impossible et ne s'inscrit pas dans le champ d'un possible, que faire alors ?
Que faire pour le sujet ? Pour apaiser sa souffrance, sa douleur qui le ronge, qui le mange, qui le dévore à l'intérieur ? Qui le dévore de l'intérieur. Qui l'empêche de vivre, de vivre pleinement une vie, une vie au ralenti, une vie qui s'étiole. Qui empêche le sujet de naître véritablement à lui même et aux autres. De naitre enfin à la vie, à sa vie ?
Comment en venir à bout de cet impossible oubli tellement présent partout, obsédant, advenant sans cesse jour et nuit, nuit et jour....
Ce traumatisme qu'on ne peut oublier, qui ne peut être oublié et qui est trop présent. Un passé plus présent que le présent lui même qui finit par devenir un hypothétique temps décomposé.
Le présent n 'est plus, il ne peut lutter car le passé est plus fort, il le bat à chaque round, lui cloue les épaules au sol, il s'impose, arrive, incidieux, tortueux, est là, toujours là, dans les mots, les regards, à chaque instant, dans chaque lieu...Le passé est le seul écran, la seule scène où s'écrit et se lit chaque jour le scénario du présent.
Un présent passé, un passé de narration...Un passé historique, qui s'inscruste dans l'histoire du sujet, une histoire passée qui dévore le présent, qui fait que le sujet n'a plus de présent, et n'est même plus présent dans ce présent....
L'oubli n'est pas possible, mais est-il souhaitable ?
S'il est tant là, s'il est tant présent, qu'en faire ?
Puiqu'il ne peut être remisé par devers on ne sait quel autre souvenir, meilleur, moins mauvais, plus juste...
Si on ne peut oublier, alors que faire ? me demande une jeune femme en proie à des reves récurents ramenant un passé terrible sur le devant de la scène...
Peut-être affronter....Affronter cet implacable ennemi sur son propre terrain....Essayer ainsi de le vaincre, non de le clouer au tapis et de l'oublier, puisque c'est là que ça coince justement, que le noeud se serre et se ressere...
L'affronter sur son propre terrain de l'impossible, de faire de cet impossible un possible, et se donner le choix, la liberté. Celle de vivre avec cet impossible oubli.
Ne plus chercher à l'oublier, mais au contraire le laisser revenir, à soi, sans pour autant le laisser submerger le moi, son propre moi. S'offrir cet immense cadeau, cette luxeuse liberté, si luxeuse qu'elle pourrait en paraitre indécente
A moi compte deux mots !
Il est temps alors de faire les contes, de laisser l'histoire se dérouler, se compter sur les doigts, se conter avec les mots, de mettre des mots, de mettre en mot, cet impossible et terrible compagnon de captivité, qui empêche la vie d'aller et venir librement...
Mettre des mots, c'est déjà partager, c'est ne plus être seul, c'est faire part...à l'autre, de cet impossible oubli qui taraude encore et encore, qui résonne et que cette fois nous allons raisonner !
L'affronter ainsi avec l'angoisse et la peur au ventre, dans les entrailles, les sentir bouillonner jusqu'à la nausée tellement cette peur est là, mais qu'il faut regarder une bonne fois pour toute en face. Oser.
Peut-être ?
Une solution ?
Un remède ?
Pour avoir moins mal ?
Pour vivre un peu mieux ?
Pour être acteur de sa vie ?
Pour ne plus souffrir autant ?
Pour être libre ?
Aucune promesse, la psychanalyste pourrait promettre quoi ? Elle peut simplement permettre, offrir un espace de mise en mots, de mise en mots des maux de la souffrance que cet impossible oubli inflige chaque jour
Elle permet, peut-être, du moins je l'espère d'offrir un peu de liberté, et que celle ci est rare et chère, au sujet qui a le courage, l'audace de s'engager sur son difficile et laborieux chemin.
Pour vous C.
samedi 18 octobre 2008
Le boulevard périphérique
Cela fait plusieurs années que je lis les ouvrages d'Henri Bauchau, et que je les relis toujours avec autant de plaisir, de bonheur et d'émotion..
Je viens de terminer son dernier roman, le boulevard périphèrique. On ne sort pas indemne ce cette lecture !
Des les premières pages on se trouve immergé au coeur de l'univers du narrateur, son quotidien, ses allers et retour vers l'hôpital, où il visite sa belle fille souffrant d'un cancer, d'une récidive de cancer...Elle se bat. Il est le témoin de cette lutte, il regarde, spectateur impuissant...Il raconte, nous raconte, se raconte. Il dit, comme toujours, avec les mots juste, cette impuissance là, ce combat pour la vie, ce combat contre la mort.
Puis il se souvient, il pense tout au long de ce chemin, si long, si douloureux aussi, pas facile, pas simple. Une sorte de monologue intérieur, un monologue dialogue avec le lecteur, qui devient témoin, qui devient l'oreille, qui écoute, qui entend les mots lachés sur le papier...
Il décrit, le quotidien, ce quotidien là, le chemin, les visites....L'hôpital
L'univers de l'hôpital est dur, la maladie est dure ! Dure pour les patients, mais aussi et surtout pour les proches, moins armés peut-être pour faire face à la maladie, à la souffrance, à la déchéance des corps, à l'approche, à l'odeur de la mort...Au combat de celui ou celle, gisant sur un lit, se raccrochant à un espoir, à un projet, à un lendemain, à un futur.... Un possible, une autre alternative, une sorte d'autre fin, qui même si elle n'a pas l'apparence de la happy end, serait ou sera peut-être mieux que l'ultime... La fin, la fin du film !
Ce monologue, c'est une sorte d'accroche, d'escalade, d'ascension vers le sommet, un sommet, à ce quelque chose qui permet qu'on ne se retrouve pas forcèment face au vide, à l'angoisse de la pensée, de l'ultime, de la possibilité de la fin...
Alors il pense ! Son esprit chemine dans sa vie, sa vie à lui, il y a longtemps, des années en arrière, alors qu'il était jeune, et que c'était la guerre....Il pense à cet homme, à cet ami de jeunesse, avec qui il a partagé des moments, intenses !
Entre les deux hommes c'est une histoire d'escalade ! Il l'admire, il admire sa précision, son ....
Puis la guerre, la Résistance...La mort de cet ami, une mort dont il ne sait finalement pas grand chose
Présent et passé, se croisent, se rencontrent, s'éloignent, le présent permet de comprendre le passé, la mort, le passé éclaire le présent...
La mort, car de la mort il est question ici, tout au long de ces pages, de cette histoire terrible, au présent et au passé, de cette mort présente, à chaque page, à chaque instant...
La mort et la réalite de la vie, la maladie et son cortège de douleur, de questions, d'hypothèse, d'espoir et de desespoir. Les visites quasi quotidienne de son domicile à l'hôpital, vers cette chambre dernier domicile de sa belle fille, théatre de la vie, des proches, qui parlent qui décident de ce que devrait, devra être demain....On élabore, on parle, on pleure, on se remet..On rêve, on se dispute...Bien ordinaire, un quotidien que je rencontre souvent, lors de mes visites, de mes entretiens avec les patients, leur famille....
Une sorte de chronique de la misère ordinaire, dans ce lieu inhumain !
Et ces quotidiens trajets sur le boulevard périphèrique encombré, les heures de pointes à éviter. Les trajets en RER... La lecture qui accompagne, qui alterne avec les pensées, de la guerre, de la résistance...
Les visites à la belle fille malade, aujourd'hui, les visites à la prison, après la guerre pour rencontre le colonel nazi, dernier témoin des derniers instants de son ami !
Bouleversante histoire d'amour et d'amitié, mais l'amitié est peut-être de l'amour !
Henri Bauchau une fois encore a su dire avec des mots ordinaires et simples l'anxiété des proches, l'espoir des malades, le quotidien des soignants...
C'est aussi l'histoire de la peur, du dépassement de la peur, de la grandeur de l'âme, de l'esprit de l'homme qui a su transcender sa propre peur, qui a pu l'affronter pour vivre son destin...
Croisé et croisement d'un chapitre à l'autre, d'un paragraphe à l'autre, d'une ligne à l'autre, le temps n'existe pas, n'existe plus, tels ces souvenirs qui s'inscrivent et s'invitent au présent....
Merveilleux moments que de lire un tel roman. Que monsieur Bauchau en soit remercié lui qui a si souvent accompagné mes trajets en RER.... de chez moi, à l'hôpital...Où la mort parfois m'était insupportable....Si souvent insupportable, mais comment peut elle être autrement ?
Oedipe et Antigone ont été mes compagnons de route, dans le RER...Je les ai lu et relus, souvent, y puisant à chaque fois, un peu de force, un peu de vie, et surtout un enseignement fort riche
Henri Bauchau Le boulevard périphérique, Acte sud, janvier 2008
Je viens de terminer son dernier roman, le boulevard périphèrique. On ne sort pas indemne ce cette lecture !
Des les premières pages on se trouve immergé au coeur de l'univers du narrateur, son quotidien, ses allers et retour vers l'hôpital, où il visite sa belle fille souffrant d'un cancer, d'une récidive de cancer...Elle se bat. Il est le témoin de cette lutte, il regarde, spectateur impuissant...Il raconte, nous raconte, se raconte. Il dit, comme toujours, avec les mots juste, cette impuissance là, ce combat pour la vie, ce combat contre la mort.
Puis il se souvient, il pense tout au long de ce chemin, si long, si douloureux aussi, pas facile, pas simple. Une sorte de monologue intérieur, un monologue dialogue avec le lecteur, qui devient témoin, qui devient l'oreille, qui écoute, qui entend les mots lachés sur le papier...
Il décrit, le quotidien, ce quotidien là, le chemin, les visites....L'hôpital
L'univers de l'hôpital est dur, la maladie est dure ! Dure pour les patients, mais aussi et surtout pour les proches, moins armés peut-être pour faire face à la maladie, à la souffrance, à la déchéance des corps, à l'approche, à l'odeur de la mort...Au combat de celui ou celle, gisant sur un lit, se raccrochant à un espoir, à un projet, à un lendemain, à un futur.... Un possible, une autre alternative, une sorte d'autre fin, qui même si elle n'a pas l'apparence de la happy end, serait ou sera peut-être mieux que l'ultime... La fin, la fin du film !
Ce monologue, c'est une sorte d'accroche, d'escalade, d'ascension vers le sommet, un sommet, à ce quelque chose qui permet qu'on ne se retrouve pas forcèment face au vide, à l'angoisse de la pensée, de l'ultime, de la possibilité de la fin...
Alors il pense ! Son esprit chemine dans sa vie, sa vie à lui, il y a longtemps, des années en arrière, alors qu'il était jeune, et que c'était la guerre....Il pense à cet homme, à cet ami de jeunesse, avec qui il a partagé des moments, intenses !
Entre les deux hommes c'est une histoire d'escalade ! Il l'admire, il admire sa précision, son ....
Puis la guerre, la Résistance...La mort de cet ami, une mort dont il ne sait finalement pas grand chose
Présent et passé, se croisent, se rencontrent, s'éloignent, le présent permet de comprendre le passé, la mort, le passé éclaire le présent...
La mort, car de la mort il est question ici, tout au long de ces pages, de cette histoire terrible, au présent et au passé, de cette mort présente, à chaque page, à chaque instant...
La mort et la réalite de la vie, la maladie et son cortège de douleur, de questions, d'hypothèse, d'espoir et de desespoir. Les visites quasi quotidienne de son domicile à l'hôpital, vers cette chambre dernier domicile de sa belle fille, théatre de la vie, des proches, qui parlent qui décident de ce que devrait, devra être demain....On élabore, on parle, on pleure, on se remet..On rêve, on se dispute...Bien ordinaire, un quotidien que je rencontre souvent, lors de mes visites, de mes entretiens avec les patients, leur famille....
Une sorte de chronique de la misère ordinaire, dans ce lieu inhumain !
Et ces quotidiens trajets sur le boulevard périphèrique encombré, les heures de pointes à éviter. Les trajets en RER... La lecture qui accompagne, qui alterne avec les pensées, de la guerre, de la résistance...
Les visites à la belle fille malade, aujourd'hui, les visites à la prison, après la guerre pour rencontre le colonel nazi, dernier témoin des derniers instants de son ami !
Bouleversante histoire d'amour et d'amitié, mais l'amitié est peut-être de l'amour !
Henri Bauchau une fois encore a su dire avec des mots ordinaires et simples l'anxiété des proches, l'espoir des malades, le quotidien des soignants...
C'est aussi l'histoire de la peur, du dépassement de la peur, de la grandeur de l'âme, de l'esprit de l'homme qui a su transcender sa propre peur, qui a pu l'affronter pour vivre son destin...
Croisé et croisement d'un chapitre à l'autre, d'un paragraphe à l'autre, d'une ligne à l'autre, le temps n'existe pas, n'existe plus, tels ces souvenirs qui s'inscrivent et s'invitent au présent....
Merveilleux moments que de lire un tel roman. Que monsieur Bauchau en soit remercié lui qui a si souvent accompagné mes trajets en RER.... de chez moi, à l'hôpital...Où la mort parfois m'était insupportable....Si souvent insupportable, mais comment peut elle être autrement ?
Oedipe et Antigone ont été mes compagnons de route, dans le RER...Je les ai lu et relus, souvent, y puisant à chaque fois, un peu de force, un peu de vie, et surtout un enseignement fort riche
Henri Bauchau Le boulevard périphérique, Acte sud, janvier 2008
samedi 27 septembre 2008
Complétude
Complétude, pour complèter, mais quoi ? Mais qui ?
Complèter, c'est ajouter, mettre un plus sur ce qui est déjà, sur ce qui existe déjà...
C'est dire, admettre, suggèrer, évoquer, penser que ce qui est déjà, n'est pas complet, qu'il faut, faudrait, ajouter quelque chose pour que ce qui est déjà soit complet.
Cela suppose que le sujet ait déjà l'idée du "complet", de sa représentation. En quelque sorte, qu'il entend quelque chose par là
Et que ce qu'il a ne l'est pas, ou pas vraiment, ce qui n'est pas tout à fait la même chose, l'est peut-être, mais pourrait l'être davantage
Alors pour cette complétude soit, il faut y ajouter
Qu'il faut faire l'opération suivante. Ce que j'ai est un tout, avec un moins, si je soustrais ce moins il me reste quand même un tout avec un manque...
Un reste, une sorte de a
Pour obtenir ce que je veux, ou ce que je voudrai, ce que j'aimerai, il faudrait que j'ajoute un plus au tout incomplet que j'ai déjà...
Ainsi le plus viendrait en apport du moins et le supprimerait ?
Non pas tout à fait, car cela suppose que le plus soit le moins....Identique, pareil au moins...
Mais quel est ce moins ? Et quel est ce plus qui viendrait à sa place, d'une manière tellement ....Qquelle le comblerait.
L'annulerait.
Mais le plus n'annule pas le moins
Il ne le comble pas,
Le masque tout au plus
Ainsi, le moins est peut-être un peu moins, mais toujours quand même moins, il reste une faille entre le moins et le plus, un peu comme 1+1 = 3
L'incomplétude est....Elle se symbolise par ce vide, qui parfois s'ouvre sur le réel..
La complétude n'est dans ce cas qu'une illusion, une tentative de représentation d'un plus qui viendrait combler ce vide qui parfois s'ouvre sur le réel, sans toutefois le combler complétement, laissant ainsi un vide si petit soit il, un moins par lequel le vide se montre à voir...S'échappe ou laisse passer
On ne peut combler cette ouverture...Cette faille.
La complétude relèverait alors de l'illustion ou pire de l'espoir....Espèrer trouver ce petit plus venant combler ce petit moins pour faire un grand tout....
Cet espoir là rassurerait-il ? Cette volonté de recherche du grand tout, apaiserait-elle les craintes ? Craintes du morcellment, de la perte, et une fois encore de la solitude...
Mais pourquoi rechercher ce soit disant manque qui viendrait completer et faire du sujet un être complet, du moins qui se voudrait comme tel, qui s'envisagerait rien qu'un instant comme tel
Comme s'il en était sûr que la complétude était une sorte de remède
Mais de remède contre quoi
Le sujet est divisé, le sujet est séparé...Il n'a de cesse que de réparer, cette séparation, non en rajustant, racommodant les deux espaces béant formant la plaie, la faille, mais en la comblant, comme on comble les rides...
On se plait à dire dans le sens commun, en parlant de l'autre, qu'il est sa moitié. Une sorte d'un seul être nous manque. Agrégeant à notre moi cet autre moi pour en faire un moi...Mais quel moi justement ? De quel moi sagit-il ? On ne sait plus vraiment....
On voudrait se compléter, pour mieux s'ajuster, car on n'est pas complet, et en manque de ce "morceau de moi"qui manque, qui erre on ne sait où, et qu'on ne trouvera peut-être jamais, parce que ce "bout de moi" n'existe peut-être pas ?
Mais comment savoir ?
Alors on espère encore..On cherche pour trouver peut-être, mais qu'importe, seule importe la quête...La quête de soi encore une fois, qui passe par là....
Cesser de chercher, c'est renoncer, c'est abdiquer, c'est perdre, c'est admettre l'échec, le manque, l'absence de complétude, d'un sujet complet
Cesser de chercher, c'est peut-être commencer à mourir !
Complèter, c'est ajouter, mettre un plus sur ce qui est déjà, sur ce qui existe déjà...
C'est dire, admettre, suggèrer, évoquer, penser que ce qui est déjà, n'est pas complet, qu'il faut, faudrait, ajouter quelque chose pour que ce qui est déjà soit complet.
Cela suppose que le sujet ait déjà l'idée du "complet", de sa représentation. En quelque sorte, qu'il entend quelque chose par là
Et que ce qu'il a ne l'est pas, ou pas vraiment, ce qui n'est pas tout à fait la même chose, l'est peut-être, mais pourrait l'être davantage
Alors pour cette complétude soit, il faut y ajouter
Qu'il faut faire l'opération suivante. Ce que j'ai est un tout, avec un moins, si je soustrais ce moins il me reste quand même un tout avec un manque...
Un reste, une sorte de a
Pour obtenir ce que je veux, ou ce que je voudrai, ce que j'aimerai, il faudrait que j'ajoute un plus au tout incomplet que j'ai déjà...
Ainsi le plus viendrait en apport du moins et le supprimerait ?
Non pas tout à fait, car cela suppose que le plus soit le moins....Identique, pareil au moins...
Mais quel est ce moins ? Et quel est ce plus qui viendrait à sa place, d'une manière tellement ....Qquelle le comblerait.
L'annulerait.
Mais le plus n'annule pas le moins
Il ne le comble pas,
Le masque tout au plus
Ainsi, le moins est peut-être un peu moins, mais toujours quand même moins, il reste une faille entre le moins et le plus, un peu comme 1+1 = 3
L'incomplétude est....Elle se symbolise par ce vide, qui parfois s'ouvre sur le réel..
La complétude n'est dans ce cas qu'une illusion, une tentative de représentation d'un plus qui viendrait combler ce vide qui parfois s'ouvre sur le réel, sans toutefois le combler complétement, laissant ainsi un vide si petit soit il, un moins par lequel le vide se montre à voir...S'échappe ou laisse passer
On ne peut combler cette ouverture...Cette faille.
La complétude relèverait alors de l'illustion ou pire de l'espoir....Espèrer trouver ce petit plus venant combler ce petit moins pour faire un grand tout....
Cet espoir là rassurerait-il ? Cette volonté de recherche du grand tout, apaiserait-elle les craintes ? Craintes du morcellment, de la perte, et une fois encore de la solitude...
Mais pourquoi rechercher ce soit disant manque qui viendrait completer et faire du sujet un être complet, du moins qui se voudrait comme tel, qui s'envisagerait rien qu'un instant comme tel
Comme s'il en était sûr que la complétude était une sorte de remède
Mais de remède contre quoi
Le sujet est divisé, le sujet est séparé...Il n'a de cesse que de réparer, cette séparation, non en rajustant, racommodant les deux espaces béant formant la plaie, la faille, mais en la comblant, comme on comble les rides...
On se plait à dire dans le sens commun, en parlant de l'autre, qu'il est sa moitié. Une sorte d'un seul être nous manque. Agrégeant à notre moi cet autre moi pour en faire un moi...Mais quel moi justement ? De quel moi sagit-il ? On ne sait plus vraiment....
On voudrait se compléter, pour mieux s'ajuster, car on n'est pas complet, et en manque de ce "morceau de moi"qui manque, qui erre on ne sait où, et qu'on ne trouvera peut-être jamais, parce que ce "bout de moi" n'existe peut-être pas ?
Mais comment savoir ?
Alors on espère encore..On cherche pour trouver peut-être, mais qu'importe, seule importe la quête...La quête de soi encore une fois, qui passe par là....
Cesser de chercher, c'est renoncer, c'est abdiquer, c'est perdre, c'est admettre l'échec, le manque, l'absence de complétude, d'un sujet complet
Cesser de chercher, c'est peut-être commencer à mourir !
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Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.
Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.
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Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.
