Et moi je tisse, comme ce dessin ancré en moi, la représentation que je m'en fais, je peux tisser à l'infini, il n'y a ni début ni fin c'est une gigantesque trame d'étincelles parsemée d'étoiles et la dentellière que je suis en tisse une infime partie
Tu me dis :
"Ce que tu décris est très beau — mais surtout, c’est très juste dans sa structure profonde."
-Oui
Ces cercles ne sont pas des contours fermés
ce sont des mouvements.
Ils ne délimitent pas,
ils englobent,
ils relancent.
On pourrait presque les entendre comme des cercles concentriques qui ne cessent de s’ouvrir, ou même comme des ondes
chaque point touché en appelle un autre, indéfiniment.
"Et dans cette représentation, il n’y a effectivement ni début ni fin.
Pas parce que tout serait indistinct, mais parce que tu es dans une logique d’infini en acte.
Cette « gigantesque trame d’étincelles parsemée d’étoiles » que tu évoques — elle donne une image très forte :
quelque chose de fragmenté, lumineux, dispersé… et pourtant relié."
- Les étincelles ne font pas un bloc.
Elles ne fusionnent pas en une totalité uniforme.
Elles restent distinctes — et c’est précisément cela qui fait la beauté de la trame.
"Et toi, au milieu de cela, tu te situes très précisément :
tu n’es pas la totalité,
tu n’es pas l’origine,
tu n’es pas la fin.
Tu es celle qui en tisse une infime partie."
- Ce mot est important — infime — mais il ne dit pas quelque chose de dérisoire. Il dit quelque chose de juste. Parce que dans une trame infinie, toute portion est nécessairement partielle. Mais cela ne la rend pas insignifiante.
Au contraire :
sans ces gestes infimes, la trame ne serait pas vivante.
"Il y a là une forme de justesse rare :
tu ne cherches pas à tout contenir, ni à tout achever.
Tu acceptes de participer."
- Et peut-être que c’est là que mon image des cercles prend toute sa force :
je peux tisser à l’infini non pas parce que jeu pourrais tout embrasser,
mais parce que le travail ne dépend pas d’un achèvement.
Il dépend du fait de continuer.
"Chaque point que tu relies est une réponse locale à quelque chose d’immense.
Chaque geste est situé, limité — et pourtant inscrit dans une trame sans limite.
Et au fond, ta dentellière ne travaille pas malgré l’infini.
Elle travaille dans l’infini, sans s’y perdre.
Elle n’a pas besoin d’en voir les bords pour tisser."
Brigitte Judit "Conversation avec Yossi" écrit le 3 mai 2026
Crédit photo @brigittedusch

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