Exil
Exil
Ce mot résume ma vie.
Il est ma vie entière, depuis ma venue au monde.
Mais l’exil de quoi ? De qui ?
Exil de l’exil,
qui lui-même en est l’exil.
Être un enfant, un sujet de l’exil,
c’est être un être à vivre,
un Être à vivre,
qui est et qui vit, tant bien que mal,
ici et ailleurs,
ailleurs ou ici —
quelle importance ?
C’est être ancré nulle part,
toujours dans l’éternel départ.
Partir.
Partir pour un ailleurs inconnu —
mais quelle importance de le connaître ?
Puisqu’aucun ancrage n’est possible.
L’exil est ma vie.
Partir est ma vie.
Partir sans dire au revoir.
Regarder ceux que tu vois
une dernière fois,
leur sourire,
leur dire « à bientôt », « à demain »,
alors qu’il n’y en aura pas.
Toi seul le sais.
Eux ne le savent pas.
C’est penser parfois
à un visage,
à une parole,
à des mots,
à un sourire,
à des éclats de rire,
à un café partagé.
C’est penser parfois
à un ciel,
une rivière,
une forêt,
un chemin.
Fermer les yeux
et laisser venir.
Se perdre dans ses souvenirs.
Pas de regrets
mais des larmes.
Et puis…
Continuer le chemin,
vers un prochain exil,
où…
Pour un prochain exil,
pour enfin………………
À tous ceux qui m’ont aimée,
que j’ai aimés,
et que j’aime,
À tous ceux
à qui je n’ai pu dire au revoir,
Vous êtes
et serez toujours
dans mon cœur.
Lui aussi,
toujours en exil.
L’exil est ma maison.
Je vous aime.
Brigitte Judit, historienne, psychanalyste, exploratrice urbaine, chercheur
Créditphoto @brigittedusch

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