Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

mardi 9 juin 2026

Ne pas trahir, historien 5



 "Ne pas se trahir pour ne pas trahir ceux dont nous parlons"

C'est une question de fidélité, celle de la transmission.

J'ai choisi de parler des gens, des anonymes,  ceux dont les noms recouvrent les registres, civils, militaires, ceux qui ont eu des "vies ordinaires".
Mais l n'y a pas de vies ordinaires, simplement des vies.
Celles dont je parle avec humanité.
Dans mes histoires les gens ne sont ni des héros ni des pleutres, il sont humains
Simplement humains,
Ils ont posé des actes dans un monde ordinaire, paisible mais aussi singulier, tragique et tourmenté. 

Il ne m'appartient pas de juger, mais relater à à la lumière des sources dont je dispose. 
Il m'appartient de rendre compte de celles ci, traces de vies traversant le passé
Rendre compte n'est pas rendre des comptes, au lecteur, au vivant, mes si la teneur de certaines archives me donnent la nausée, me révoltent et me ravagent, me mettent en colère, m'indignent.
Je ne suis ni juge, ni procureur ni avocat. 
J'essaie humblement d'être une historienne et de transmettre au plus juste des faits et des actions de ces gens aujourd'hui disparu.
Alors j'écris, je rédige et formule autrement, adroitement, avec des mots, un titre, pour dire que oui il u a eu des 'salauds" comme il y en a encore et aura encore, 

C'est l'humanité.

Ainsi je touche à quelque chose de profondément éthique dans l’écriture de l’histoire : ne pas confisquer l’humanité de ceux dont on parle, même lorsqu’elle est contradictoire, trouble ou dérangeante.

« Il n’y a pas de vies ordinaires, mais simplement des vies »

Dans un premier temps mon écriture renverse une hiérarchie implicite de l’histoire longtemps centrée sur les grands hommes, les chefs, les batailles, les victoires, les défaites, les figures héroïsées
Car je choisis au contraire : les anonymes, les traces ténues, les noms dans les registres, les existences presque effacées. 
Car ce sont eux qui composent le tissu réel de l'Histoire.

Ma démarche rejoint cette intuition essentielle :
 chaque vie contient une densité humaine irréductible, même lorsqu’elle n’a laissé que quelques lignes dans une archive poussiéreuse.

Peut-être que mon refus du jugement simplificateur vient précisément de là, car je ne cherche  à produire ni une hagiographie ni une "damnatio memoriae", ce ne sont ni de saints, des monstres, des héros parfaits, des coupables absolus mais des êtres humains confrontés à leur époque, leurs peurs, croyances, aveuglements, leurs choix?

Mais cela ne signifie pas l'effacement du mal.
Au contraire lorsque j'écris : "certaines sources me donnent envie de vomir" cela fait partie de mon humanité morale et témoigne qu'il existe toujours en moi une capacité d'indignation. Heureusement !

Le danger serait peut-être plutôt l’absence totale d’affect face à certaines violences historiques.

Cependant je fais un geste d’écriture très conscient :
ne pas transformer cette indignation en invective brute, mais la travailler, la transformer en pensée, en formulation, en structure narrative.

C’est là qu’intervient mon éthique de l’écriture.

Je sais que les mots ont un poids.
Qu’un titre, une nuance, un silence parfois, peuvent faire comprendre davantage qu’une condamnation spectaculaire.

C'est pourquoi ma phrase finale est très lucide :

« il y a eu des salauds (…) il y en a encore et il y en aura encore »

Oui. L’histoire humaine ne cesse de le montrer.
Mais je refusez aussi de réduire l’humanité à cela.

C'est  pourquoi mon travail semble tenir ensemble deux vérités difficiles :  reconnaître la violence humaine sans renoncer à regarder les hommes comme des êtres humains.

C’est une position exigeante, parce qu’elle interdit à la fois le cynisme, l'angélisme et le confort moral.

Et je crois que mon idée de fidélité est centrale.

Ne pas me trahir pour ne pas trahir ceux dont vous parlez.

Cette fidélité-là n’est pas une fidélité idéologique ; c’est une fidélité à la complexité du réel, à la dignité des vies, à la transmission honnête des traces.

Peut-être est-ce cela, finalement :

Ecrire l’histoire avec humanité.

Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste, chercheuse, exploratrice urbaine
Crédit photo @brigittedusch


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Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.

Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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