Ce jour là quand je pousse la porte, Arnold* est en larmes
Au fond de son lit, il me regarde et me fait signe d'approcher.
Il pleure, il pleure depuis longtemps...
Il me regarde et me dit : "Que vais-je dire à mes parents ? Comment vais-je dire ça à mon père... ?
Et à ma mère.. "
Silence
Il pleure encore
Arnold est désespéré, il n'arrive pas à parler, il ne peut que pleurer... Doucement, terriblement.
Puis il me regarde : "Vous avez un peu de temps"
Ce temps. Le temps. Ils me demandent tous," si j'ai ce temps". Le temps que sans doute ils pensent ne pas avoir, ce temps qu'ils vont me demander et comme ils me disent parfois "je ne veux pas vous le faire perdre"
On ne perd jamais son temps
J'ai tout mon temps.. Nous avons ce temps
Je rassure Arnold, "oui, j'ai tout le temps, le temps qu'il vous faut.. Pour dire, me dire, nous dire, prenez ce temps, ne vous inquiétez pas"
Alors Arnold sèche un peu ses larmes, mais ne s'apaise pas. Il me regarde encore et me dit
"Le docteur vous a dit ?"
"Non, je ne l'ai pas, vu, personne ne m'a dit"
"J'ai eu les résultats des examens, ce n'est pas bon, qu'est ce que je vais dire à mes parents ? Qu'est ce qu'ils vont penser de moi, je ne suis pas un bon fils, je vais les décevoir... "'
ll pleure
"Ce sera la première fois je crois, la première fois que je vais les décevoir. Toute ma vie, j'ai tout réussi, bien comme il faut, je leur ai fait plaisir, j'ai tout fait comme il voulait, toujours les meilleures notes, les mentions, j'ai exaucé leurs souhaits, ils voulaient tant que je réussisse; et là !"
Arnold pleure encore...
"Et là voilà j'ai merdé sur ce coup là, mes résultats sont nuls,vous comprenez, c'est foutu, je vais mourir, je ne peux pas faire ça à mes parents, je n'ai pas le droit... Que vont-ils devenir ? Que vont-ils penser.. Comment je vais faire pour leur dire ça.. Ils vont m'en vouloir.. "
Arnold me regarde. Encore;
Un enfant, un grand ado, un jeune adulte tout pâle, au fond de son lit. Perdu.
Il a raté ses examens, il va décevoir ses parents, pour la première fois, il ne sait pas comment leur dire ça, les résultats ne sont pas ceux espérés, il a tout "foiré" comme il dit
Alors il pleure et il a peur, comme le gosse qui craint de se faire punir pour une mauvaise note, son contrôle raté, la classe qu'il devra redoubler, parce qu'il n'a pas bien travaillé, pas assez appris...
Peur, puni, peur, décevoir, raté,
Mais il ne s'agit pas d'examen, de concours, de note, de devoirs, de partiels, de leçons.. Il s'agit de sa vie, de la vie d'Arnold.
Il s'agit de la maladie, de ce mot qu'il ne peut dire, qu'il ne peut se dire et qu'il n'arrivera pas à dire à ses parents.
Leur dire "Je suis malade".....................
De crainte d'être un mauvais fils, de les décevoir, de les trahir...
Comme un enfant qui a fait une bêtise, coupable d'être malade. Sujet coupable d'être un objet défectueux, qui ne marche plus comme on voudrait qu'il marche.
Il trahit la confiance, il n'est plus à la hauteur, à la hauteur de l'attente, de l'espoir.
Arnold a mal, mal à lui et mal à l'autre.........
Mal de faire du mal à l'autre, mal de savoir que l'autre va avoir mal
Le mal toujours, ce mal culpabilisateur, assassin de soi et de l'autre ce mal qui tricote le mal encore et encore en une fine dentelle qui recouvre le verbe et la peine.
Fantôme qui rode toujours, bien tapi au fond de la crypte
Il est infidèle, ne transmettra pas, n'assurera ni ce legs ni cet héritage, ni cette continuité qui pourtant va de soi
Mais rien ne va de soi.
Arnold ne sait pas comment dire, comment dire: "Sur ce coup là je vous ai déçu", mais de quel coup s'agit-il ? Que peut-il ? Que peut-il faire ?
A part avoir peur ?
Les "bonnes âmes" diront, "eh bien voilà une belle résilience, vouloir guérir et rester en vie pour faire plaisir à ses parents"........................................
.......................................................................................................................................
Faire plaisir à... mettre les autres dans ce coup là. Quel plaisir il y a ?
Quelle place l'autre a dans cette histoire là ?
Avant d'être à l'autre, ne faut-il pas déjà être à soi ?
Un peu, juste un petit peu, faire pour soi ?
Etre soi ?
Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
* Le prénom a été modifié.
L'Etre humain est unique, chaque rencontre est unique, c'est un éternel recommencement, une aventure nouvelle à chaque fois
Psychanalyse Aujourd'hui
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne
Accompagner le désir d'être Soi
"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir
Mon livre : "j'aime ma vie"
samedi 28 février 2015
dimanche 15 février 2015
La douleur.
La douleur
Avoir mal, souffrir, dans son corps
Le rapport et la relation que chacun entretient avec la douleur sont singuliers ; elle renvoie le sujet à lui-même et à sa propre solitude, à un face à face terrible avec le mal, avec ce qui lui cause du mal, ce qui lui fait mal, sans qu’il puisse y faire grand-chose.
Se plaindre, s’en plaindre, mettre des mots, peut-être ? Au mieux ? Mais pourquoi et pour qui ?
Dire à l’autre qu’il a mal, que « ça fait mal » et après ?
Mettre l’autre dans ce coup là ? L’y impliquer.
La douleur, l’écoute de la douleur semble être prise en charge, au moins un petit peu. Des réponses sont apportées en milieu hospitalier, on prescrit des antalgiques, de la morphine parfois. On entend le patient, celui qui souffre. Mais est-ce suffisant ?
La douleur n’est pas suffisamment entendue. Combien de médecins s’en préoccupent ? Trop occupés par le symptôme… Mais la douleur en est-elle un ?
Bien singulière question ?
Qu’est ce que souffrir, comment s’installe t-elle ? Comment arrive t-elle ?
Nous avons tous souffert plus ou moins ressenti la douleur, avoir mal, aux dents, à la tête, au dos, à…. Quelque part, en un lieu, car la douleur se loge, habite le corps, en un endroit, parfois plusieurs, parfois elle envahit l’espace tout entier, le dévore !
« J’ai tellement mal » « je suis prêt à tout pour que ça cesse »..
"Quoi faire ? Je prendrai n'importe quoi, je n'en peux plus d'avoir mal"
Le mal est épuisant, fatigant, déprimant.
Le discours autour de ce mal, de cette douleur est tragique, rien ne peut l’atténuer
Et l’autre ? Le parent devant son enfant qui souffre et qui ne peut rien faire d’autre que d’assister impuissant à cette douleur insupportable. Combien de mères, de pères auraient alors voulu à ce moment précis prendre sur eux ce mal pour en délivrer leur enfant ? Prendre une part de ce mal ?
Impuissants… Et c’est aussi cette impuissance qui n’est pas supportable, qui est intenable, ce « je ne peux rien faire, si ce n’est voir, entendre l’autre avoir mal »
Cette douleur donnée à voir et à entendre renvoie alors à la culpabilité fondamentale de la mère, qui a mis au monde son enfant ou comme le souligne Heidegger l’y a « jeté ».
C’est peut-être cette impuissance là qui plonge le sujet dans une immense solitude, dans ce face à face terrible avec lui-même ? Celui qui souffre et celui qui reçoit cette souffrance en pleine face et qui n’y peut rien, qui ne peut ni la soulager, ni la prendre avec lui, ni…
Mais seulement en être témoin ! Et ce n’est pas rien
On ne ressort jamais indemne de la douleur, ni de celle qu’on ressent, ni de celle qu’on reçoit sans la ressentir vraiment, mais qu’on perçoit à travers la souffrance de l’autre, l’autre aimé.
Soulager, rassurer, être à côté, accompagner.
Et que dire de celui qui souffre « si vous saviez comme je m’en veux d’infliger ça à mes parents » me confie un jeune homme atteint de douleurs neuropathiques, ils sont tellement malheureux de ne pouvoir rien faire, ma mère dit tout le temps que ce n’est pas normal, qu’elle voudrait la prendre elle, ; pour elle cette douleur, pour m’en délivrer »
Culpabilité. Encore !
Cette douleur qui frappe et qui cogne « et qui me rappelle que je suis vivant »… souligne cette femme qui en veut à son corps de ‘l’avoir lâché, trahi ! »…
Longtemps le corps médical pensait que le corps du nouveau né ne percevait pas la douleur… Tout comme celui des malades mentaux. Quid de la douleur en psychiatrie ? Comme si la folie était un rempart contre cette souffrance ? Ou bien était-il (est-il) plus simple de ne pas l'entendre.
Entendre la douleur et ne pouvoir rien faire, rien en faire, prescrire quelque remède pour la faire taire, la mettre en sourdine au moins quelque temps. Le temps de ?
Mais le temps de quoi ?
Avoir mal ne suffit pas, être mal non plus, cette douleur qui renvoie le sujet à sa propre peur de son impuissance, l'obligeant ainsi à accepter ses limites, les limites du tout contrôle, admettre cette impossibilité là et cette possibilité de devoir subir ce qui est imposé par ?
Mais par quoi ?
Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste.
vendredi 30 janvier 2015
Thérapies brèves ?
Histoire de ...
Lui : Bonjour vous faites des thérapies brèves.
Faire... Construire... Elaborer... Fabriquer... Faire... Outil, instrument, technique....
L'autre : (thérapeute, psy, nébuleuse psy) : Qu'entendez-vous par "Thérapies brèves ?"
.................................. pff............ bofffffffffffffff............ Soupirs.......... bennnnnnnnnnn.. oups !
Lui : Ben un truc qui dure pas longtemps, quoi, qui va vite, qui ? je ne sais pas moi quelque chose qui guérit tout de suite. Là comme ça sans faire d'effort.
Truc.... Dure... longtemps... pas.. vite... quelque chose... tout de suite... guèrit.. effort
L'autre (nébuleux) : Qui ne dure pas longtemps ?
............ ?????
Lui : Ben oui, qu'on soit pas obligé de venir pendant des années, réfléchir et tout ça. Un truc qui marche.
Obligé... années... réfléchir... truc.. marche..
L'autre : Un truc ? Qu'est ce qu'un truc pour vous ?
......... énervé... agité...
Lui : Oui vous comprenez (trop bien sans doute) quelque chose qui va me changer vite, va me faire devenir bien, thérapies brèves quoi, j'ai entendu ça à la télé, c'est fini toutes ces conneries où il faut parler de ses rêves et tout ça, vous me donnez (? ) des trucs qu'on fait pour aller bien, et hop on prend le bus, on dit merde à son patron, on est bien dans sa peau, le truc magique quoi !
Tout commentaire serait superflu, de trop. Ce n'est pas hélas caricatural. Cela pourrait faire l'objet d'un sketch, on pourrait en faire de l'humour....
Si...
Ce n'était pas le reflet du profond malaise qui nous entoure !
Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste.
Lui : Bonjour vous faites des thérapies brèves.
Faire... Construire... Elaborer... Fabriquer... Faire... Outil, instrument, technique....
L'autre : (thérapeute, psy, nébuleuse psy) : Qu'entendez-vous par "Thérapies brèves ?"
.................................. pff............ bofffffffffffffff............ Soupirs.......... bennnnnnnnnnn.. oups !
Lui : Ben un truc qui dure pas longtemps, quoi, qui va vite, qui ? je ne sais pas moi quelque chose qui guérit tout de suite. Là comme ça sans faire d'effort.
Truc.... Dure... longtemps... pas.. vite... quelque chose... tout de suite... guèrit.. effort
L'autre (nébuleux) : Qui ne dure pas longtemps ?
............ ?????
Lui : Ben oui, qu'on soit pas obligé de venir pendant des années, réfléchir et tout ça. Un truc qui marche.
Obligé... années... réfléchir... truc.. marche..
L'autre : Un truc ? Qu'est ce qu'un truc pour vous ?
......... énervé... agité...
Lui : Oui vous comprenez (trop bien sans doute) quelque chose qui va me changer vite, va me faire devenir bien, thérapies brèves quoi, j'ai entendu ça à la télé, c'est fini toutes ces conneries où il faut parler de ses rêves et tout ça, vous me donnez (? ) des trucs qu'on fait pour aller bien, et hop on prend le bus, on dit merde à son patron, on est bien dans sa peau, le truc magique quoi !
Tout commentaire serait superflu, de trop. Ce n'est pas hélas caricatural. Cela pourrait faire l'objet d'un sketch, on pourrait en faire de l'humour....
Si...
Ce n'était pas le reflet du profond malaise qui nous entoure !
Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste.
dimanche 18 janvier 2015
Maux de mots
"Les mots font mal pas de les entendre mais de les dire...
Les mots je ne les trouve pas, pas vraiment, pas exactement, pas le bon, pas celui qu'il faut.
Les mots je ne m'en souviens plus, je ne sais plus comment on dit, ou on devrait dire,
Les mots, ils s'envolent, je les perds, je les oublie, c'est comme ça, je n'y peux rien !
Les mots c'est des maux, c'est pour dire j'ai mal, alors je préfère les taire, mais pas me taire, alors j'ai mal, mal dans mon corps, mal à mon corps, c'est peut-être plus simple ?
Les mots, longtemps je n'ai pu les laisser aller, hors de ma bouche, hors de mon corps, hors de moi, en dedans, ils restaient là, bien cachés, tout au fond, comme coincés.
Les mots ? Vous croyez qu'il faut vraiment les dire, les vrais ceux qu'on pense, qui ne sont pas beaux, les mots gris, gros et moches ?
Les mots, les gros mots, ce sont eux qui me viennent, ils ne sont d'ailleurs pas si gros que ça, ils sont fleuris, ils sont lourds, ils font du bruit, comme des merdes qui tombent, c'est le bruit, le choc des mots et c'est jouissif. Ou jouissant ? Je ne sais pas, les deux peut-être. Enfin, bref ça fait du bien (éclat de rire).
Les mots doux qui ne le sont pas tant que ça, sucrés, salés, piquant, je te pique et tu me piques, tu fais mal, mais je peux faire pire avec la langue, la langue des mots, celle qui blesse, la langue sexe, la langue sexuelle qui touche sa cible et ne la rate pas. la langue qui pique, langue à la sauce piquante !
Les mots d'enfant, na, ra, minou.. (rire) minou ! mot d'enfant ? Comme les sucettes à l'anis ou pas, ça m'a toujours fait rire, play a joke !
Les mots en toutes les langues, je les assemble et les colle dans un discours incohérent pour les autres, mais qui prend tout son sens pour moi, car les autres, ces mots les emmerde et cela me plait bien à moi de les emmerder comme ça, avec mes mots à moi, mon monde à moi.
Merde, c'est un mot que j'aime bien, un mot que j'emploie souvent, ça résume bien ma vie, finalement, ou la vie tout court, c'est une merde, nous venons comme de la merde et finissons en merde... Ah non, en poussière, mais finalement c'est pareil, merde tu es, merde tu finiras. C'est comme ça !
J'aime les mots, justes, précis, le mot, avec ce le défini, celui qu'il faut exactement, à cette place dans cette phrase, il faut que le mot s'emboite comme une pièce de puzzle, qu'il vienne se mettre là tout bien à sa place. Et c'est moi qui ait ce pouvoir. De l'y mettre ou pas
Le mot qui bouche le vide, qui le remplit, parler pour ne rien dire, pour ne pas sentir ce vide, ce blanc pas supportable, même pour dire des conneries, je parle, je mets des mots partout.
Mot, cailloux, pour baliser la route, pas perdre le nord, mots boussoles.
Je joue avec les mots comme je joue aux échecs ou au carte, je suis le maître des maux et des mots, et du jeu, je fouette les mots, fouette cocher et cours jusqu'à en crever, ton dernier mot sera ton dernier souffle, d'ailleurs je pense souvent aux derniers mots de mes derniers maux.
Les mots de la folie, ceux qui tournent en boucle dans mon pauvre ciboulot malade, pauvre tête qui était bien remplie et qui se vide comme une vieille gamelle, je suis bon à foutre en l'air, foutre mots. foutage de maux, foutre, c'est drôle ça, foutre ? en l'air, s'envoyer en l'air et y rester, une belle fin.
Mots de la fin et de la faim, ne rien bouffer, ne rien avaler car ça ne passe pas, ça reste en travers, au travers et ça barre le passage. Je n'y peux rien, je n'y veux rien, et surtout pas mettre de mots là dessus, ils seraient indigestes.
Je ne dirai plus rien, je la fermerai, à chaque fois que je l'ouvre et que je dis ce que je pense c'est le drame. Tout ce que vous pourrez dire sera retenu contre vous, vous voyez ?"
Mots dits, retenus, lancés, balancés, vomis, hurlés, vociférés, criés dans un sanglot, dans un soupir, mots qui soulage du mal qui au pluriel devient l'homonyme, le mot nymos. l'homo nyme de ce qui est dit, le sera, ne le sera pas, pourrait l'être, pourrait ne pas l'être, le sera ou ne le sera pas
Dire des mots, ne pas les dire est difficile est complexe, on ne parle pas pour ne rien dire, même si ce rien est déjà beaucoup. On parle pour dire ou ne pas dire, on dit ou on ne dit pas pour ne pas parler des mots qui sont là au fond de l'âme, toile de fond du bonheur, de la souffrance, de la joie ou de la douleur, on les lance sur du papier ou à la cantonade et on les chante aussi parfois pour ne pas les pleurer ou les vomis. Les mots vomis, gueulés et dégueulés à la face de l'autre pour ne pas être transparents, pour être tout simplement, un peu comme si le mot faisait vivre, comme le mal, un peu comme si le mot animait l'âme morte, au fond du trou. Mais qui ne dit mot consent ? Rien n'est alors moins sûr, ce mot, retenu, ou qui s'arrête au seuil de la porte sans en pouvoir franchir le pas, retenu dans le filet ou dans le sas pour être filtré peut-être ou tu, tué.
Mot, mots dis, mal dit, maudit. Male diction, bene diction. Diction. Dire.
Je te dis, tu me dis, on se dit. On parle, on cause, on échange, on partage, on vit, on se lie, on se délie, on se noue, on se dénoue.
On parle.
Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
Les mots je ne les trouve pas, pas vraiment, pas exactement, pas le bon, pas celui qu'il faut.
Les mots je ne m'en souviens plus, je ne sais plus comment on dit, ou on devrait dire,
Les mots, ils s'envolent, je les perds, je les oublie, c'est comme ça, je n'y peux rien !
Les mots c'est des maux, c'est pour dire j'ai mal, alors je préfère les taire, mais pas me taire, alors j'ai mal, mal dans mon corps, mal à mon corps, c'est peut-être plus simple ?
Les mots, longtemps je n'ai pu les laisser aller, hors de ma bouche, hors de mon corps, hors de moi, en dedans, ils restaient là, bien cachés, tout au fond, comme coincés.
Les mots ? Vous croyez qu'il faut vraiment les dire, les vrais ceux qu'on pense, qui ne sont pas beaux, les mots gris, gros et moches ?
Les mots, les gros mots, ce sont eux qui me viennent, ils ne sont d'ailleurs pas si gros que ça, ils sont fleuris, ils sont lourds, ils font du bruit, comme des merdes qui tombent, c'est le bruit, le choc des mots et c'est jouissif. Ou jouissant ? Je ne sais pas, les deux peut-être. Enfin, bref ça fait du bien (éclat de rire).
Les mots doux qui ne le sont pas tant que ça, sucrés, salés, piquant, je te pique et tu me piques, tu fais mal, mais je peux faire pire avec la langue, la langue des mots, celle qui blesse, la langue sexe, la langue sexuelle qui touche sa cible et ne la rate pas. la langue qui pique, langue à la sauce piquante !
Les mots d'enfant, na, ra, minou.. (rire) minou ! mot d'enfant ? Comme les sucettes à l'anis ou pas, ça m'a toujours fait rire, play a joke !
Les mots en toutes les langues, je les assemble et les colle dans un discours incohérent pour les autres, mais qui prend tout son sens pour moi, car les autres, ces mots les emmerde et cela me plait bien à moi de les emmerder comme ça, avec mes mots à moi, mon monde à moi.
Merde, c'est un mot que j'aime bien, un mot que j'emploie souvent, ça résume bien ma vie, finalement, ou la vie tout court, c'est une merde, nous venons comme de la merde et finissons en merde... Ah non, en poussière, mais finalement c'est pareil, merde tu es, merde tu finiras. C'est comme ça !
J'aime les mots, justes, précis, le mot, avec ce le défini, celui qu'il faut exactement, à cette place dans cette phrase, il faut que le mot s'emboite comme une pièce de puzzle, qu'il vienne se mettre là tout bien à sa place. Et c'est moi qui ait ce pouvoir. De l'y mettre ou pas
Le mot qui bouche le vide, qui le remplit, parler pour ne rien dire, pour ne pas sentir ce vide, ce blanc pas supportable, même pour dire des conneries, je parle, je mets des mots partout.
Mot, cailloux, pour baliser la route, pas perdre le nord, mots boussoles.
Je joue avec les mots comme je joue aux échecs ou au carte, je suis le maître des maux et des mots, et du jeu, je fouette les mots, fouette cocher et cours jusqu'à en crever, ton dernier mot sera ton dernier souffle, d'ailleurs je pense souvent aux derniers mots de mes derniers maux.
Les mots de la folie, ceux qui tournent en boucle dans mon pauvre ciboulot malade, pauvre tête qui était bien remplie et qui se vide comme une vieille gamelle, je suis bon à foutre en l'air, foutre mots. foutage de maux, foutre, c'est drôle ça, foutre ? en l'air, s'envoyer en l'air et y rester, une belle fin.
Mots de la fin et de la faim, ne rien bouffer, ne rien avaler car ça ne passe pas, ça reste en travers, au travers et ça barre le passage. Je n'y peux rien, je n'y veux rien, et surtout pas mettre de mots là dessus, ils seraient indigestes.
Je ne dirai plus rien, je la fermerai, à chaque fois que je l'ouvre et que je dis ce que je pense c'est le drame. Tout ce que vous pourrez dire sera retenu contre vous, vous voyez ?"
Mots dits, retenus, lancés, balancés, vomis, hurlés, vociférés, criés dans un sanglot, dans un soupir, mots qui soulage du mal qui au pluriel devient l'homonyme, le mot nymos. l'homo nyme de ce qui est dit, le sera, ne le sera pas, pourrait l'être, pourrait ne pas l'être, le sera ou ne le sera pas
Dire des mots, ne pas les dire est difficile est complexe, on ne parle pas pour ne rien dire, même si ce rien est déjà beaucoup. On parle pour dire ou ne pas dire, on dit ou on ne dit pas pour ne pas parler des mots qui sont là au fond de l'âme, toile de fond du bonheur, de la souffrance, de la joie ou de la douleur, on les lance sur du papier ou à la cantonade et on les chante aussi parfois pour ne pas les pleurer ou les vomis. Les mots vomis, gueulés et dégueulés à la face de l'autre pour ne pas être transparents, pour être tout simplement, un peu comme si le mot faisait vivre, comme le mal, un peu comme si le mot animait l'âme morte, au fond du trou. Mais qui ne dit mot consent ? Rien n'est alors moins sûr, ce mot, retenu, ou qui s'arrête au seuil de la porte sans en pouvoir franchir le pas, retenu dans le filet ou dans le sas pour être filtré peut-être ou tu, tué.
Mot, mots dis, mal dit, maudit. Male diction, bene diction. Diction. Dire.
Je te dis, tu me dis, on se dit. On parle, on cause, on échange, on partage, on vit, on se lie, on se délie, on se noue, on se dénoue.
On parle.
Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
dimanche 11 janvier 2015
Le Sacré et le profane 1
Sacré et profane, c'est un peu comme Eros et Thanatos, comme le Bien et le Mal, une histoire de couple qui s'entend, puis ne s'entend plus, s'aime et se déteste, se supporte et s'insupporte, s'unit et se quitte, mais continuent à aller et venir, à venir et aller, à être ensemble, l'un tirant toujours la couverture à soi.
Indissociable. L'un et l'autre, mais pas l'un sans l'autre. Curieuse relation.
Le Sacré et le Profane.
1 Le Sacré
Un sacré inaccessible, hors de portée, symbolique, extra ordinaire, qui échappe au commun des mortels, au commun tout court. Un sacré nécessaire qui tire origine de l'Origine elle même, du fond des temps, de la Mythologie, du Mythe, de la religion aussi...
Il y a du dire et du non dit, du dit et du non dire, de la transmission inachevée, tout est là mais pas tout, il y a du mystère, du secret... Du caché.
Le Sacré en la Crypte...
Et la Crypte est parfois scellée, elle même inaccessible sauf à quelques uns ?
Le sacré est aussi cette sorte de garde fou qui empêche de franchir certaines barrières, qui maintient en le cadre, qui fixe des limites. Mais quelles limites, là est la bonne question
Il y a quelque chose de mystérieux dans le Sacré, quelque chose qui échappe, ce 'ça " qui se loge là où on ne l'attend pas, partout et nulle part, cet inconnu connu seulement des initiés où de ce qu'on se figure tel.
Le Sacré fait peur, parfois, inspire le respect, l'angoisse, le questionnement, le Savoir
Quel savoir... Le Sacré et ses secrets, ses symboles et ses histoires, ses objets et ses rituels
Nous avons besoin de ce Sacré là ? C'est l'espoir dont nous nous nourrissons, qui nous permet de nous situer ici et maintenant, mais aussi hier et ailleurs. Sans ce sacré que serait l'homme qui serait-il ? Serait-il un Sujet Humain ?
Le Sacré est-il nécessaire à l'humanisation du Sujet, à son maintien dans cette Humanité là ? Le Sacré est pourtant l'oeuvre des hommes. Leur création. Pourquoi ce besoin ? Ce besoin de créer et ce besoin d'exprimer cette création à travers des paroles, des gestes, des rites.
Réassurance ? Crainte ? Angoisse devant ce grand vide que pourrait être la mort, la sienne et celle de l'autre, mais la mort de l'Humanité toute entière
Le Sacré pour s'en protéger. Pour s'en prémunir, rituel magique devenu immuable auquel il ne faut pas toucher, pas s'attaquer sous peine de...
Sous peine de quoi ?
Qu'est-il attaché à ce Sacré là ? Ce symbole ou représentation symbolique qui retranche les hommes derrière une défense archaïque et complexe, celle de l'Origine et de l'Originel.
Ce temps or temps, hors du monde, cet espace singulier qui n'appartient à personne, ni tout à fait à l'homme ni tout à fait aux dieux.. Lieu de rencontre ? Ou pas.
Lieu où cette rencontre entre ces entités pourraient avoir lieu mais ne sera pas, au risque d'en perdre le caractère qui en fait justement le Sacré.
Le Sacré a t-il une identité ? Est-il insaisissable, impalpable, inqualifiable, imprononçable, hors champ. S'il est confondu avec le divin le voilà basculé et basculant devant un caractère qui le désigne en un lieu où il peut-être, peut-être mais où il ne peut pas être entièrement.
Le Sacré amène alors le Tabou, celui d'enfreindre la limite. De briser la barrière pour aller voir de l'autre côté. Sans limite ?
Mircea Eliade disait que la seule chose que nous pouvions lui opposer était le profane.......
Brigitte Dusch Historienne, psychanalyste.
Indissociable. L'un et l'autre, mais pas l'un sans l'autre. Curieuse relation.
Le Sacré et le Profane.
1 Le Sacré
Un sacré inaccessible, hors de portée, symbolique, extra ordinaire, qui échappe au commun des mortels, au commun tout court. Un sacré nécessaire qui tire origine de l'Origine elle même, du fond des temps, de la Mythologie, du Mythe, de la religion aussi...
Il y a du dire et du non dit, du dit et du non dire, de la transmission inachevée, tout est là mais pas tout, il y a du mystère, du secret... Du caché.
Le Sacré en la Crypte...
Et la Crypte est parfois scellée, elle même inaccessible sauf à quelques uns ?
Le sacré est aussi cette sorte de garde fou qui empêche de franchir certaines barrières, qui maintient en le cadre, qui fixe des limites. Mais quelles limites, là est la bonne question
Il y a quelque chose de mystérieux dans le Sacré, quelque chose qui échappe, ce 'ça " qui se loge là où on ne l'attend pas, partout et nulle part, cet inconnu connu seulement des initiés où de ce qu'on se figure tel.
Le Sacré fait peur, parfois, inspire le respect, l'angoisse, le questionnement, le Savoir
Quel savoir... Le Sacré et ses secrets, ses symboles et ses histoires, ses objets et ses rituels
Nous avons besoin de ce Sacré là ? C'est l'espoir dont nous nous nourrissons, qui nous permet de nous situer ici et maintenant, mais aussi hier et ailleurs. Sans ce sacré que serait l'homme qui serait-il ? Serait-il un Sujet Humain ?
Le Sacré est-il nécessaire à l'humanisation du Sujet, à son maintien dans cette Humanité là ? Le Sacré est pourtant l'oeuvre des hommes. Leur création. Pourquoi ce besoin ? Ce besoin de créer et ce besoin d'exprimer cette création à travers des paroles, des gestes, des rites.
Réassurance ? Crainte ? Angoisse devant ce grand vide que pourrait être la mort, la sienne et celle de l'autre, mais la mort de l'Humanité toute entière
Le Sacré pour s'en protéger. Pour s'en prémunir, rituel magique devenu immuable auquel il ne faut pas toucher, pas s'attaquer sous peine de...
Sous peine de quoi ?
Qu'est-il attaché à ce Sacré là ? Ce symbole ou représentation symbolique qui retranche les hommes derrière une défense archaïque et complexe, celle de l'Origine et de l'Originel.
Ce temps or temps, hors du monde, cet espace singulier qui n'appartient à personne, ni tout à fait à l'homme ni tout à fait aux dieux.. Lieu de rencontre ? Ou pas.
Lieu où cette rencontre entre ces entités pourraient avoir lieu mais ne sera pas, au risque d'en perdre le caractère qui en fait justement le Sacré.
Le Sacré a t-il une identité ? Est-il insaisissable, impalpable, inqualifiable, imprononçable, hors champ. S'il est confondu avec le divin le voilà basculé et basculant devant un caractère qui le désigne en un lieu où il peut-être, peut-être mais où il ne peut pas être entièrement.
Le Sacré amène alors le Tabou, celui d'enfreindre la limite. De briser la barrière pour aller voir de l'autre côté. Sans limite ?
Mircea Eliade disait que la seule chose que nous pouvions lui opposer était le profane.......
Brigitte Dusch Historienne, psychanalyste.
dimanche 4 janvier 2015
samedi 13 décembre 2014
Psychanalyse has been ?
"Has been, c'est mieux que never been, quand même !"avait coutume de plaisanter un de mes patients...
Has been la psychanalsye ?
Dépassée ; La psychanalyse ?
Je ne sais pas si la psychanalyse est dépassée, c'est à dire comme je l'entends plus "à la mode", car il y a des modes comme ces "thérapies à deux balles" qui sévissent en promettant monts et merveilles. Comme si on allait guérir en un claquement de doigt. Je ne sais pas si comme "on" le dit elle est dépassée. Mais ce "on" le dit depuis longtemps. Tellement longtemps.
Et la psychanalyse est toujours là, au rendez-vous de ceux qui espèrent connaitre, comprendre, et pour cela acceptent d'aller à la rencontre d'eux mêmes. Qui se donnent ce curieux rendez-vous, ce moment singulier où...
Où.
Où, justement pour marquer le lieu, l'endroit et l'espace où a lieu cette rencontre
Car la psychanalyse n'est pas un concept abstrait, une idée, une vue de l'esprit. Elle est, permet, propose.
Alors ? Elle a toujours fait et continue de faire couler beaucoup d'encre, ceux de ses adorateurs, de ses détracteurs... Des extrêmes souvent les débats qu'elle suscite sont le plus souvent passionnés on aime, on adore, on déteste, on hait aussi ! La psychanalyse n'est pas une science, n'est pas évaluable, n'est pas ci pas cela.
Mais elle est.
Ce sont la plupart du temps les psychanalystes eux mêmes qui la maltraitent, la mettent en péril en se conduisant comme des gourous, maintenant pour certains les analysants fragiles sous emprise , mais ils ne sont pas les seuls hélas. Ce sont ces mêmes qui la rendent ridicule par leur langage abscons, hermétique, fermés qu'ils comprennent eux mêmes à peine. Leurs congrès, séminaires, ressemblent parfois à des meetings politiques, orateurs agités, allumés, haranguant une foule qui attend la bonne parole et se rassemble autour d'un messie providentiel. Buvant, avalant, ingurgitant une bouillie infâme et indigeste, mais une fois encore ils ne sont pas les seuls !
Les meilleurs amis sont parfois les meilleurs ennemis quand on ne sait pas raison garder.
Comme partout, il faut savoir trouver et surtout sauve- garder la juste mesure ; infiniment complexe et compliqué !
La psychanalyse est décriée, elle ne sert à rien, n'est réservé qu'à ceux qui ont les moyens de se l'offrir.
Le verbe est juste, offrir, on s'offre. On se fait ce cadeau, celui de ce parcours. Pourquoi pas ?
Elle est un verbiage, une dentelle verbale, on brode, on tricote et on assemble. On toujours mais qui est ce on ? Qui est cet autre on ? Ce je ? et surtout que veut-il ? Que me veut-il ? Et qu'est ce que mon Je lui veut... A ce on ?
Des questions, des pistes, des images, des représentations, des rêves et des liens, tout ça dans l'ordre, dans le désordre, ça secoue, ça ébranle, ça interpelle ça convoque, ça bouge, ça remue, ça...
Ca prend du temps, aussi, un peu, beaucoup de temps parfois
C'est long à ce qu'"on dit une psychanalyse ? Long... Pas forcément, pas toujours.
Une thérapie n'est pas éclair non plus, même les cognitivistes révisent leur position et parlent de deux ans, nous sommes loin des trois mois promis pour faire de vous un autre homme ou une autre femme sûre d'elle ! Nous ne polémiquerons pas, nous soulignerons, stabiloterons seulement !
Mais il faut que ça aille vite, alors on invente, on bricole des méthodes, des formations tout aussi éclair que le résultat qu'elles sont sensées apporter.
Il faut être sérieux ni la méthode Coué ni celle qui consiste en des mouvements oculaires ni toutes ces autres new-âgeries pour reprendre le terme d'un de mes vieux professeurs n'ont révolutionné la Santé Mentale et ont apaisé les souffrances ! Cela se saurait, malgré la propagande et la publicité douteuses dont ces méthodes s'entourent.
Venez, venez, sans rien faire ou presque vous irez mieux. En TCC, il faut mouiller sa chemise, sortir affronter en live ses pires cauchemars, mettre le nez sur l'araignée ou toutes autres bestioles responsables de la peur, terreur ou de l'effroi ressenti par le sujet, qui à la lumière de cette expérience s'il lui reste un peu d'esprit nommera ses "impressions" car cognitives elles sont aussi actives les thérapies. Vous serez guéris de vos phobies, énurésie, insomnies.
Vous serez guéris !
Qui résisterait à ce chant des Sirènes
Guéris, guérison... En effet. Guérir et ne plus souffrirLa psychanalyse, elle ne parle pas de guérison, car on ne guérit pas de soi même, nous ne sommes pas une maladie il me semble, mais on peut en souffrir. On peut souffrir de cette maladie, de ces mots non dits, mais mis en maux. Le symptôme ne s'éradique pas, ne se musèle pas, mais s'écoute. La psychanalyse lui offre, lui propose cet espace. Cet espace où il peut être dit, en mots ou silences.
Espace ; Lieu singulier d'une écoute particulière, celle où les maux se mettent en mots, se disent autrement, mais se disent. L'un et l'autre, l'autre et l'un mais n'est pas..
La psychanalyse permet d'Etre ce "eSt" avec un S qui change tout. Qui sépare, ce S séparateur, qui coupe, qui délie et sort le sujet de l'indifférenciation. Il est. Un, unique, singulier. C'est cette singularité là que lui offre la psychanalyse, cette manière d'être qu'elle lui permet. Etre sujet, un peu acteur de sa vie également, au passage ce n'est pas négligeable, au contraire, c'est un bonus, recouvrer cette liberté d'être et de faire, d'agir en tant que Je, sujet Je. Je suis : Moi et pas un autre, Je suis celui que je veux être et pas celui que les autres veulent que je sois. Je suis.
Etre ! Advenir à soi même n'Etre que ça, naitre encore, Re naitre à soi même ?
Alors je ne sais pas si la psychanalyse est dépassée, mais elle permet ce dépassement là, celui du désir, du désir de l'autre pour soi.
Elle permet alors le Désir.
Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste.
Has been la psychanalsye ?
Dépassée ; La psychanalyse ?
Je ne sais pas si la psychanalyse est dépassée, c'est à dire comme je l'entends plus "à la mode", car il y a des modes comme ces "thérapies à deux balles" qui sévissent en promettant monts et merveilles. Comme si on allait guérir en un claquement de doigt. Je ne sais pas si comme "on" le dit elle est dépassée. Mais ce "on" le dit depuis longtemps. Tellement longtemps.
Et la psychanalyse est toujours là, au rendez-vous de ceux qui espèrent connaitre, comprendre, et pour cela acceptent d'aller à la rencontre d'eux mêmes. Qui se donnent ce curieux rendez-vous, ce moment singulier où...
Où.
Où, justement pour marquer le lieu, l'endroit et l'espace où a lieu cette rencontre
Car la psychanalyse n'est pas un concept abstrait, une idée, une vue de l'esprit. Elle est, permet, propose.
Alors ? Elle a toujours fait et continue de faire couler beaucoup d'encre, ceux de ses adorateurs, de ses détracteurs... Des extrêmes souvent les débats qu'elle suscite sont le plus souvent passionnés on aime, on adore, on déteste, on hait aussi ! La psychanalyse n'est pas une science, n'est pas évaluable, n'est pas ci pas cela.
Mais elle est.
Ce sont la plupart du temps les psychanalystes eux mêmes qui la maltraitent, la mettent en péril en se conduisant comme des gourous, maintenant pour certains les analysants fragiles sous emprise , mais ils ne sont pas les seuls hélas. Ce sont ces mêmes qui la rendent ridicule par leur langage abscons, hermétique, fermés qu'ils comprennent eux mêmes à peine. Leurs congrès, séminaires, ressemblent parfois à des meetings politiques, orateurs agités, allumés, haranguant une foule qui attend la bonne parole et se rassemble autour d'un messie providentiel. Buvant, avalant, ingurgitant une bouillie infâme et indigeste, mais une fois encore ils ne sont pas les seuls !
Les meilleurs amis sont parfois les meilleurs ennemis quand on ne sait pas raison garder.
Comme partout, il faut savoir trouver et surtout sauve- garder la juste mesure ; infiniment complexe et compliqué !
La psychanalyse est décriée, elle ne sert à rien, n'est réservé qu'à ceux qui ont les moyens de se l'offrir.
Le verbe est juste, offrir, on s'offre. On se fait ce cadeau, celui de ce parcours. Pourquoi pas ?
Elle est un verbiage, une dentelle verbale, on brode, on tricote et on assemble. On toujours mais qui est ce on ? Qui est cet autre on ? Ce je ? et surtout que veut-il ? Que me veut-il ? Et qu'est ce que mon Je lui veut... A ce on ?
Des questions, des pistes, des images, des représentations, des rêves et des liens, tout ça dans l'ordre, dans le désordre, ça secoue, ça ébranle, ça interpelle ça convoque, ça bouge, ça remue, ça...
Ca prend du temps, aussi, un peu, beaucoup de temps parfois
C'est long à ce qu'"on dit une psychanalyse ? Long... Pas forcément, pas toujours.
Une thérapie n'est pas éclair non plus, même les cognitivistes révisent leur position et parlent de deux ans, nous sommes loin des trois mois promis pour faire de vous un autre homme ou une autre femme sûre d'elle ! Nous ne polémiquerons pas, nous soulignerons, stabiloterons seulement !
Mais il faut que ça aille vite, alors on invente, on bricole des méthodes, des formations tout aussi éclair que le résultat qu'elles sont sensées apporter.
Il faut être sérieux ni la méthode Coué ni celle qui consiste en des mouvements oculaires ni toutes ces autres new-âgeries pour reprendre le terme d'un de mes vieux professeurs n'ont révolutionné la Santé Mentale et ont apaisé les souffrances ! Cela se saurait, malgré la propagande et la publicité douteuses dont ces méthodes s'entourent.
Venez, venez, sans rien faire ou presque vous irez mieux. En TCC, il faut mouiller sa chemise, sortir affronter en live ses pires cauchemars, mettre le nez sur l'araignée ou toutes autres bestioles responsables de la peur, terreur ou de l'effroi ressenti par le sujet, qui à la lumière de cette expérience s'il lui reste un peu d'esprit nommera ses "impressions" car cognitives elles sont aussi actives les thérapies. Vous serez guéris de vos phobies, énurésie, insomnies.
Vous serez guéris !
Qui résisterait à ce chant des Sirènes
Guéris, guérison... En effet. Guérir et ne plus souffrirLa psychanalyse, elle ne parle pas de guérison, car on ne guérit pas de soi même, nous ne sommes pas une maladie il me semble, mais on peut en souffrir. On peut souffrir de cette maladie, de ces mots non dits, mais mis en maux. Le symptôme ne s'éradique pas, ne se musèle pas, mais s'écoute. La psychanalyse lui offre, lui propose cet espace. Cet espace où il peut être dit, en mots ou silences.
Espace ; Lieu singulier d'une écoute particulière, celle où les maux se mettent en mots, se disent autrement, mais se disent. L'un et l'autre, l'autre et l'un mais n'est pas..
La psychanalyse permet d'Etre ce "eSt" avec un S qui change tout. Qui sépare, ce S séparateur, qui coupe, qui délie et sort le sujet de l'indifférenciation. Il est. Un, unique, singulier. C'est cette singularité là que lui offre la psychanalyse, cette manière d'être qu'elle lui permet. Etre sujet, un peu acteur de sa vie également, au passage ce n'est pas négligeable, au contraire, c'est un bonus, recouvrer cette liberté d'être et de faire, d'agir en tant que Je, sujet Je. Je suis : Moi et pas un autre, Je suis celui que je veux être et pas celui que les autres veulent que je sois. Je suis.
Etre ! Advenir à soi même n'Etre que ça, naitre encore, Re naitre à soi même ?
Alors je ne sais pas si la psychanalyse est dépassée, mais elle permet ce dépassement là, celui du désir, du désir de l'autre pour soi.
Elle permet alors le Désir.
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Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.
Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.
Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.