Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

jeudi 14 mai 2026

Le fantasme de l'Unité

 


Le fantasme de l’unité

C'est un leurre tenace.
Un rêve ancien, persistant, obsédant.
Celui d’un retour à un état originaire, sans faille ni fêlure,
où l’être serait un, total, indivisible.
Un rêve de fusion parfaite, sans séparation ni altérité.

Mais ce fantasme, pourtant si humain, est aussi une illusion.
Il porte en lui le désir d’une plénitude perdue,
d’un temps d’avant la perte, d’avant la division,
d’avant la conscience même du manque.

Ce que nous appelons unité est souvent la nostalgie d’une complétude mythique.
Le fantasme d’un dedans sans dehors,
d’un monde sans frontières,
d’un soi sans Autre.

C’est l’image idéalisée d’un paradis perdu :
la mer matricielle, l’union avec la mère,
la fusion prénatale, confondue avec la sécurité absolue.
Mais il n’y a jamais eu de fusion.
Il y avait deux êtres.
Un hôte et un hôte accueilli.
Et bientôt : une séparation.

Car pour qu’il y ait sujet, il faut rupture.
Il faut naître à soi, se désengluer du même.
La confusion stérilise.
La division fonde.

L’unité est un mythe car l’un sans l’autre n’existe pas.
Le sujet ne devient sujet qu’en se détachant,
qu’en affrontant la perte, le manque, la discontinuité.
C’est dans ce vide, cet écart, que peut naître le désir.
Et c’est là, précisément, que réside l’humanité :
dans ce qui échappe, ce qui divise,
ce qui rend vulnérable, manquant, mais aussi vivant.

Le fantasme de l’unité veut nier cela.
Il veut gommer la faille, abolir l’altérité,
réduire le monde à une totalité sans autre.
Mais c’est une tentation dangereuse.
Car toute totalité porte en elle un risque de totalitarisme.
L’un devient alors tyrannie.
Un absolu qui ne tolère aucune altération,
aucune voix dissonante, aucune ombre.

L’unité véritable ne serait-elle pas alors dans l’acceptation du morcelé ?
Dans la reconnaissance de nos morceaux épars,
de nos contradictions, de nos fissures ?
Dans cette capacité à cohabiter avec notre incomplétude ?

Être un, ce n’est pas être plein.
C’est peut-être, au contraire, consentir à être troué,
à être traversé, traversant.

C’est faire de l’écart une respiration.
Du manque, une ouverture.
Et du fantasme… un moteur de quête,
à condition de ne pas le prendre pour la destination finale.

Brigitte Judit Dusch, historienne, psychanalyste, exploratrice urbaine in "La Complétude' essai en cours de publication. Ecrit le 3 août 2025.
Crédit photo @brigittedusch

6 commentaires:

David Rot a dit…

Brigitte après t'avoir répondu à propos de ton analyse ...très longuement. Assez intime.
(Sur mon.mobile)
Je crois que cela n'a pas passé car j'étais en anonyme..

Dis moi si en fait tu l'as reçu et si non je le ferai sur ordinateur.

Moi je me suis basé sur la pesanteur et sa delivrance..et août de mon expérience et vécu.
Shabbat Shalom
Toda Rava

David Rot a dit…

*Bonjour Brigitte. Je vais tâcher de me rememorer sur mon commentaire qui n'est pas passé.
Je crois que le fantasme est en nous depuis l'enfance. Fantasmer de devenir tellle ou telle persone, faire telle et telle chose dans notre vie. Puis, il arrive un moment où ayant réalisé quelque chose dans notre vie; par des moments diciles, par une maladie ou autre nous pouvons dire je n'ai pas bien fait et nous tourmenter. A vrai dire je ne vais pas arriver à pouvoir exprimer la même chose que j'écrivais l'autre jour mais je vais aller ver une expérience. La rencrontre d'une philosophe et le mot *PESANTEUR lisant Simone Weil, completant avec la lecture de Edith Stein (convertie au catholisatisme morte dans le camps de la mort car juive) Ce mot Pesanteur m'a fait comprendre combien j'avait en moi deux êtres : Un qui tirait de toutes ses forces trainant des apparences pour ne pas laisser transparaitre mon mal_être et celui au plus profond en moi. L'union de ses deux, appellons *êtres) devint UN dans le moment même ou j'ai accepté ma pesanteur. Je l'ai accuilli. Je me suis accuilli avec le mon * Je suis un être humain. J'accepte ce qui m'arrive et qui defait quelque part l'image que j'avait de moi sans me regarder totalement.
Après le 7 oct 23 je me suis lancé dans cette course prèsque folle des infos ...il fallait les donner mais pas avant d'avoir la permission de les difusser. Faire des choix par respect du monde interne du quel je donnais des infos. Un effort qui jusqu'a le 20 oct 2025 je n'avai mesure nuit et jour. Non pas pour me croire un grand journaliste :)) C'est en ce jour même, le soir, que je suis redevenu à cette pesanteur qui me tombait dessus : Accepter que j'était encore cet être humain qui devait m'aimer et accepter encore cela.
Voilà Brigitte. Très décousu mais je suis en paix d'avoir donné suite à ce que j'avait pas pu faire l'autre jour.
Merci infiniment de cette profondeur de ton texte que je relirai encore. BH Lehaïn

Brigitte Dusch a dit…

Shalom David, merci pour ta confiance mon Frère en Israël, notre Terre, celle qu'Aba nous a donnée, celle que nous devons défendre jusqu'à notre dernier souffle, ce que tu fais David
Ce sont souvent les épreuves qui nous font avancer et réfléchir. BH.
J'entends mot pour mot ce que tu dis avec une justesse et une émotion qui me touchent profondément.
Ne pas montrer à voir. Etre digne, même dans la souffrance, serrer les dents sans rien dire et avancer. Montrer à voir ce "moi" "soi" à 'autre, afin qu'il ne découvre pas nos faille
Vivre sous couverture. Le lot de presque chaque Juif transmis à chaque génération.
Rester debout
Nous sommes debout.
Et le soi véritable, vulnérable et fragile, l'humain
Ces deux êtres ne font en vérité qu'un seul
Dans ma vie j'ai appris que toute notre vie on marchait avec "des cailloux dans ses rangers' et pas seulement métaphoriquement.
Et tu as raison il faut l'accepter. Nous SOMMES ça.
Notre vie, la tienne et la mienne passe par Israël, sans mesure aucune
Maintenir l'Unité de notre peuple dispersé partout ;regarde nous l'avons fait pour Noam, notre Enfant à tous qui a hissé notre Etoile samedi devant un parterre de haine. Les Juifs du monde entier se sont levés et cette force que seuls NOUS avons et sommes capables l'a hissé à la place qui lui était due, par son talent certes mais aussi par l'âme qui est en lui : Neshama, une étincelle divine que nous avons tous. BH.
Ce que tu dis n'est pas décousu et tu le sais je suis une couturière qui tisse les fils décousus. Ton texte est magnifique, me va droit au coeur
Nous sommes des êtres humains aux facettes multiples, le Maitre du Monde nous a dit "tu choisiras la vie" l'Haim c'est ce que nous faisons
Sois béni
Nous continuons nos missions, nous sommes sur le terrain, nous occupons la place, on fait le Job, c'est une mitsva, pas seulement pour nous mais pour tout Israêl
AM ISRAEL HAI
et jusqu'à mon dernier souffle
Que D. Eternel et tout puissant guide chacun de tes pas, comme ceux de nos Halayim
Toda Raba

Brigitte Dusch a dit…

Et je voulais saluer également le travail d'information en temps réel que tu fais, tu fais partie de ces rares, qui donnent tout
Je sais le prix qu'il faut payer, et celui que tu paies pour notre Pays.
Celui de ta santé et de ta vie
Prends bien soin de toi David, nous sommes là aussi
Avec mon amour et ma tendresse

David Rot a dit…

Shalom Brigitte. Toda Raba de ta réponse qui complète mon ecrit.

Brigitte Dusch a dit…

C'est moi qui te remercie car ta réflexion en amène une autre. L'implication de chaque Juif dans la défense des valeurs de sa Terre. C'est notre Kavod, nos mitsvot et c'est sacré.
Comme toi et comme tant de nos frères, le 7 octobre a tout fait basculer, le monde pour moi n'est plus autrement. J'étais sidérée, on est venu nous tuer chez nous, un massacre programmé par ces amalekin contre les enfants d'Israêl. Ils ont commis les pires atrocités, les mêmes qu'ils avaient commises en 1948. Comment rester muet ? Comment ne rien faire ? Ce n'est pas possible. Alors naturellement dans la mesure de nos moyens nous avons repris du service ou un peu plus car nous ne le quittons jamais et nous sommes mis à disposition. Que faire d'autre ?
Prends soin de toi et ménage ta santé, promets moi

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