Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

mardi 14 janvier 2014

Travail sur soi

Faire un travail sur soi !
Une expression curieuse et qui dérange dans son acception...
Une expression ambigüe, un barbarisme grammatical et sémantique qui prolifère partout aussi bien dans les magazines féminins que dans les revues spécialisées, les forums, "posts" et discussions.

Il y a une sorte d'incongruité dans ces mots, une mauvaise association, une curieuse composition pour décomposer je ne sais quelle chose ! Das "Ding" ?
Travail sur soi...
Le mot travail peut-être ? Qui ne convient pas ? Ou si mal....
Cet "Arbeit" qui résonne et raisonne peut-être autrement dans la langue de Molière mais qui dans celle de Goethe n'a pas le même son, ni le même sens.
C'est peut-être "ça" qui heurte l'oreille... Mais pas seulement l'oreille.
Ce qui est donné à entendre l'est également donné à comprendre.

Travailler sur soi, cent fois sur le métier remettre son ouvrage !
Oui, en effet il peut y avoir de "ça".
Pourquoi ne pas dire simplement "je fais une thérapie, une analyse, une psychothérapie, une psychanalyse, une introspection, une quête spirituelle... "
Pourquoi travail ? Comment s'opère t-il cet '"Arbeit" singulier, cette tâche qui demande peine et aussi salaire ?
Et quel salaire ? La peine en étant la condition ?
Dans quel rapport le sujet se situe t-il ? Va t-il se loger pour ?
"Travaillez prenez de la peine..." Il faut donc souffrir lorsqu'on travaille, cette même souffrance originelle de 'l'Arbeit Zimmer" qui préside à la naissance ?
Naître dans la souffrance, celle de la mère et celle de soi. Naitre encore dans une autre souffrance celle de sa connaissance et reconnaissance pour s'inscrire quelque part ? Se cramponner au lien social ?
"Tu accoucheras dans la douleur"
Mais qui a dit "'ça" ? Et faut-il le croire ?
Mal édiction ? Fausse croyance... Mais peut-être finalement pas si inconfortable
Accoucher de soi mérite souffrance et peine, douleur et persévérance. Et toute peine mérite salaire !
Lequel ? Encore une fois ?
Un petit détour vers l'histoire éthymologique de ce mot singulier ne nous conforte guère dans son acception agréable, issu du bas latin Tripallium qui désignait une sorte d'appareil formé de trois pieux destiné à nourrir les animaux mais aussi et surtout l'instrument de torture pour punir les esclaves. Rien de bien réjouissant, torture et esclave.
S'il n'en n'est aujourd''hui plus que la métaphore et parfois la réalité, le mot est toujours emprunt de la représentation d'effort à accomplir tant physiquement qu'intellectuellement pour obtenir un résultat
Il désigne l'emploi, le poste occupé, l'activité à faire pour obtenir un paiement, un salaire ou non, le travail domestique en étant le paradigme...
Alors travaillons sur soi ? Travaillez et prenez de la peine à aller au devant de vous, de ce "Je" caché peut-être... Mais où ?
Entreprendre une psychanalyse ou une démarche psychothérapeutique n'est pas forcément facile, simple. Cela demande du courage, de la persévérance, de l'engagement, de la volonté, de l'envie, du désir. Demande et suppose tout ça à la fois, avec des hauts et des bas, des moments de bonheur et des moments de questionnements, des envies de renoncements. Un peu comme au travail me direz-vous ?
Mais pourquoi ce parallèle ?
Quid de ce "travail sur soi" ? Je me raccommode, je me ravaude, je me rapièce, je me retricote, je me rafistole, je me bricole...
Oui, il y a de ça, aussi, une espèce de puzzle dont il manque des morceaux, vase brisé dont on a perdu les pièces et qui ne retrouvera peut-être jamais son éclat antérieur.
Quid de ce travail analytique qu'on s'impose, qu'on s'inflige car la souffrance trop forte est devenue insupportable ? Quid de ça ?

jeudi 2 janvier 2014

Meilleurs voeux

C'est avec plaisir que je vous présente mes meilleurs voeux pour cette nouvelle année.
Meilleurs voeux ! Belle année...
Des formules toutes faites qui paraissent parfois désuètes, surannées, décalées. Pourtant elles entretiennent le lien social et nous font du bien
Alors, oui, sincèrement c'est avec plaisir que je vous souhaite de belles et douces choses pour ce nouvel an qui arrive. Que vos voeux, vos souhaits, vos projets se concrétisent, que vous trouviez le bonheur dans leur réalisation.
Le bonheur, ne l'oubliez pas, c'est au quotidien, des choses simples qui ne s'achètent pas forcément, regarder le ciel, un arbre, une fleur, le sourire d'un enfant...
Tout ce qui donne envie d'être En Vie.
Belle Année et merci d'être fidèle à Analyse et Thérapies.

dimanche 1 décembre 2013

De l'Etat à la Horde

Ce n'est pas que je veuille paraphraser l'admirable essai d' Eugène Enriquez De la Horde à l'Etat, mais l'actualité nous questionne à ce propos, nous y interpelle violemment.
Ce n'est pas non plus que je veuille donner un avis, porter un jugement, c'est simplement le constat d'un fait, qui se répète, et qui ne peut que convoquer ce qui fait que nous sommes ce que nous sommes au sein de ce Lien social.

Ainsi Freud nous a montré à partir de son mythe scientifique Totem et Tabou comment l'être humain tente péniblement d'advenir à l'Humanité, essai de devenir un "sujet humain". Et cela ne va pas de soi, car non seulement le crime rode, mais le mal est toujours tapi, endormi au plus profond du coeur de ce même homme et ne demande qu'à se réveiller.
Ainsi l'homme primitif, l'homme de la Horde n'est jamais bien loin et sommeille toujours en chacun de nous.
Alors pourquoi cet article ? Réaction ou plutôt questionnement à partir de ces événements d'auto défense, mais plus encore à propos des soutiens qu'ils ont suscités. "Un commerçant abat celui qui la braqué... "
Auto défense ? Se défendre soi même ? Pourquoi ? Parce que la société, la Loi, l'état ne remplit plus cet office, cet état de droit que l'homme a lui même mis en place, qu'il a lui même substituer au désordre de la Horde  cet état de droit dont il est à l'orgine et qu'il n'est plus en mesure de faire respecter ?

"Tu ne tueras pas" ! Un commandement, un interdit (celui que Levinas plaçait à la première place, avant celui de l'inceste)  mais qui est aussi et surtout un des principes fondateurs du lien social
De ce lien qui permet aux hommes de vivre en paix, du moins dans une illusion de celle ci, car nous savons tous, que cette paix n'est que toute relative... Et l'actualité nous le prouve, chaque jour hélas !
Ainsi tout dernièrement, un homme a tiré sur un autre, pour se défendre, en état de légitime défense". Pour sauver sa vie, parce qu'il avait peur, pour lui, les siens, ses biens, parce qu'il avait déjà été agressé, parce qu'il ne se sentait plus en sécurité....
Sécurité ! Voilà le mot est enfin lâché. Cette sécurité qui permet, qui promet de vivre en paix. Une assurance que le lien social permet et promet, du moins en principe, du moins en théorie.
Qu'en est-il de la réalité ? Que montre le réel ?
Le réel c'est sur quoi on se cogne à chaque instant. Et ce réel là s'il est singulier n'en n'est pas moins terrible et terrifiant.
Qu'adviendra t-il d'une société ou chacun de ses membres se doit de maintenir, d'assurer sa propre sécurité parce que l'état ne peut le lui permettre. Parce que ce lien là est brisé, rompu ?
Parce que l'autre partie contractante se montre défaillante, ou pire à en lire certains commentaires des réseaux sociaux, "complice" ?
Tout cela est grave, c'est une situation d'urgence, ignorée, mais pendant combien de temps encore.
Dans un pays où la peine de mort est abolie, l'autodéfense, la légitime défense permet cette même peine. Donner la mort.
Quid alors de ce "tu ne tueras point", quand il s'agit de lui ou moi ?
Le citoyen rétablit lui même cette peine de mort en instituant la "loi du Talion" ?
Qu'est ce que cet état là ? de cette Cité là ?
Que sont devenues ses/ces Lois, celles qui mettent de l'ordre et assurent la protection des sujets humains qui sont en son sein ? Quid de tout cela ?
Vaste de débat, qui depuis des siècles reste sans réponse, sinon il n'y aurait plus besoin de tribunal, de prison, de sanctions... De Loi ? Peut-être ?
Quid de cette violence ? De ces violences ? De cet effet domino ? Car les citoyens prennent non seulement la parole, mais aussi les armes... Pour poser les actes, qu'ils estiment non remplis par ceux qui sont chargés de les protéger, de leur assurer la tranquillité....Pour répondre.
Jusqu'où ? Comment lire, interpréter ces pages de soutien à ces commerçants qui pour se défendre, blessent ou tuent leur agresseur, voleur ?
Comment ? Que fait l'Etat ? Entend-il ? A t-il au moins pris conscience de la gravité du message ? De la situation ? De ces SOS qui s'ils ne sont pas pris en compte vont précipiter ce qui reste de cette société malade vers le Chaos ?
Quid ?
Quid alors de ce qui fait le fondement, l'assise de notre société, de ce qui en pose la morale et l'éthique ?
Que penser ? Que dire ? Que faire ?
Juger, condamner, réagir de manière violente, émotionnelle, épidermique ?
Réagir sûrement car nous ne sommes pas de simples témoins, spectateurs impassibles des événements qui se déroulent, ils n'arrivent pas qu'aux autres, car tout à l'heure, demain, après demain, ce bijoutier peut-être n'importe lequel d'entre nous.
Chacun s'identifie alors à cette victime innocente du crime qu'il commet pour ne pas être tué, blessé, assassiné, tout le monde et chacun devient un bijoutier, une victime potentielle.
Bouteille à la mer ! SOS que l'Etat ne reçoit pas, n'entend pas, ne veut pas entendre peut-être ?
Mais la révolte gronde ! Toujours, encore et la colère monte, le ton hausse.
Rester sourd ne sert à rien, pas même à reculer pour mieux sauter, car ces cris, ces appels, ces SOS, cette colère il va bien falloir que ceux qui gouvernent et dirigent, ceux qui ont été placés à la tête de ce Etat de droit qui ne l'est plus en tiennent compte. L'affrontent une bonne fois pour toutes afin d'y répondre, d'y apporter un remède avant que le désordre, la folie et la haine ne fasse de cette société un champ de bataille, un champ de ruines que personne ne pourra plus reconstruire. Nous savons qu'une fois la possibilité de dialogue rompue, tout est mort. Définitivement mort !
Est-ce là le projet social de ce début de XXI° siècle ?

Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste. Parce que le psychanalyste se doit aussi et surtout d'être au coeur de la Cité

mardi 19 novembre 2013

Les Proches : burn out

Les Proches :
Ceux des malades, ceux à qui personne ne demandent si ça va, si ils vont bien, mais à qui tout le monde dit : "Vous êtes forts, courageux, tenez bon, il ou elle a besoin de vous, soutenez le ...Surtout ne faiblissez pas"
Soyez... ! Tout ça et si possible tout à la fois !

Tout un discours surfait, des injonctions qui les plongent s'il le fallait encore un peu plus dans la détresse, la solitude, le désespoir.
Car qui se soucie des proches ? Qui ?
Ils sont le déversoir des lamentations, de toutes les peines, celles des autres, du malade, des médecins ceux la  même qui sont supposés savoir ce qui guérit, ce qui soulage, mais qui en réalité sont impuissants.

Ils offrent, donnent, mais ne reçoivent rien si ce n'est que cet ordre terrible ! Vous devez !
Devoir : Obligation.

Il faut ! Vous êtes. Pire encore, car cette affirmation ne suppose et n'appelle aucune réponse, aucune défense, aucune explication...
Mais il faut quoi ?
Apprendre à vivre avec la mort prochaine, avec l'absence qui se profile, avec cette peine qu'ils se doivent de cacher sous peine de ne pas être à la hauteur.
Mais à la hauteur de quoi ?
De l'attente impossible de ces mêmes autres, qui n'ont pas même la décence de se soucier de ce qu'ils peuvent endurer, en silence, dans le silence de leur peine et de leur douleur ?

Car qui les écoutent les proches ?
Qui entend leur désespoir, leur peur, leur angoisse, leurs insomnies, leurs doutes, leur envie de fuir, de partir, de se sauver, de se perdre.... Loin très loin, ailleurs.
De fuir, de quitter tout ça, cette mort latente, en sursis, en suspend ?
Une mort tellement présente dans la vie de l'autre, celui dont justement ils sont proches ? Se doivent-ils d'être là, infaillibles, faisant face au vide de cette terrible souffrance, de cette béance que rien ne pourra remplir.
Car les proches sont dans l'attente, de la terrible nouvelle, du départ, de l'absence, de la disparition.
ON leur demande de vivre avec le mort en sursis ; terrible défi
ON leur demande de faire face et de faire semblant, de vivre la mort en différé, au jour le jour, de prendre finalement cet ici et maintenant, et de profiter. De profiter en oubliant le fantôme et la faux qui se profilent et qu'ils ne peuvent, eux, oublier !
ON leur demande de se tenir sur le fil, de tenir et maintenir ce fragile équilibre que le moindre souffle, le moindre silence peut les précipiter dans l'éternelle abime !
Car ces ombres sorties un beau jour des ténèbres, sans que personne ne s'y attende, ou si peu ne disparaissent pas comme ça, par enchantement ; il n'y a pas de tour de passe passe...
Le proche est désenchanté, dépité, découragé, démuni, déprimé, déçu, désemparé, désespéré,
Il n'en peut plus. Mais à qui peut-il le dire ? A qui peut-il se confier, vers qui s'épancher ?
Et il n'ose pas, il n'ose pas mettre les mots, mettre les cris, les larmes, il n'ose le dire et le dit !
Il n'est pas entendu, il est mal entendu,
Ses plaintes sont réprimées, cachées, tuées, refoulées, "tu y arriveras, tu es tellement courageux"
Une réponse qui n'appelle plus rien d'autre que le définitif, une injonction à peine déguisée qui reste sans appel autre que le silence.
Et comment oser après ça, être dans la plainte alors que près de lui quelqu'un souffre, et se meurt peut-être. Pour quel infâme égoïste il passerait s'il osait seulement un soupir ! Alors le mot, il serait de trop, inévitablement, infailliblement, irrespectueusement, immanquablement de trop !
Une sorte d'incongruité dans cet univers qui se veut feutré afin de mieux s'en protéger, s'en distancer. Il est le sas le gardien, le veilleur ! Et la lumière ne doit en aucun cas s'éteindre. Sous peine de...
Veilleur éveillé, qui doit tenir bon, coûte que coûte, il ne l'a pas demandé, choisi, accepté, ça lui est tombé dessus, comme ça et il ne peut se rétracter !
"Il faut être fort, mais vous l'êtes, vous avez au fond de vous la ressource nécessaire"
Oui, il faudrait être fort pour s'en dégager, dégager et déguerpir, sauver sa peau, le temps que c'est encore possible, du moins ce qu'il en reste.
Et puis le summum de la folie : de l'injonction paradoxale "il a besoin de vous, voyons vous n'avez pas le droit de flancher"
Culpabilité, terrible sous entendu ! si vous flanchez ...
Vous tenez sa vie entre vos mains...
Mais comment ? Vous !
Le proche n'en peut plus, n'en veut plus, et il a bien raison. Comment lui en vouloir ?
Il lui faut s'échapper, fuir pour vivre, se reconstruire, être et se retrouver parmi les vivants... La chambre des morts n'est pas pour lui, maintenant ! Il lui faut partir.
Il n'a plus rien à faire, ni de ces autres là ni de cette abnégation demandée, exigée par une société, qui ne sait ni prendre en compte la maladie ni la souffrance psychique.
Elle n'a pas le droit de demander ce sacrifice là, elle n'a pas le droit d'exiger.  Le sujet, le proche à lui, le droit, peut-être le devoir de dire non ! stop, de se protéger, de refuser, de ne plus vouloir, pouvoir, devoir supporter la maladie, la mort proche, la tyrannie parfois de ce mourant/vivant en sursis.
Ce blues, comme ils disent, cette fatigue, physique, mentale, psychique, émotionnelle, ce burn out que vivent ces proches qui sont sans cesse sollicités, à qui il est demandé d'apprendre à faire le deuil de ce parent en partance, pas tout à fait mort, mais pas tout à fait vivant.
C'est l'impossible qui est demandé, et la morale qui est convoquée.. ! Mais quelle morale ?
Le socialement correct qui encore une fois vient s'en mêler. Le "qu'en dira-t-on ?" et nous savons tous à quel point ce regard là, cette désapprobation sociale là est intolérable ! La pire des blessures narcissiques pour quelques uns !
Le proche a t-il besoin, ce besoin social, narcissique exigé par la pression d'une société toujours plus intrusive, inquisitrice de renoncer à lui même, pour accompagner ?
Se mettre entre parenthèses, s'oublier pour ne pas paraitre ingrat ? Mais aux yeux de qui ?
N'a-il pas le droit de craquer ? De pleurer, de hurler ? De dire qu'il n'en peut plus ? Qu'il voudrait que ça finisse peu importe comment, mais que ça finisse, car il ne veut plus de cette boule au ventre, dans la gorge, il n'en peut plus de guetter dans le regard de l'autre de celui qui est malade, le moindre signe qui montre que son état empire.. De ne plus vivre avec cette peur là, cette angoisse là,
Il oublie parfois tout ça, quand la maladie laisse du répit, quand la mort se met en vacances pour quelques jours, quelques heures, alors il oublie tout ça et vit revit un petit peu, mais ça ne dure jamais longtemps...
Sa vieille ennemie n'est jamais bien loin et tout recommencer....................

Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste.

A tous les proches, avec mon amitié, mon soutien
A toi aussi ma Chère, ma Douce, ma Tendre Amie Esther qui entendra ses mots avec la musique qu'il convient.

mardi 12 novembre 2013

La plainte (1)

"Tu ne te plaindras pas"... "Jamais tu ne te plaindras"
Injonction ou commandement ? !
La plainte, se plaindre n'est pas vraiment bien toléré dans nos sociétés, la douleur qui en émane, physique ou/et psychologique n'est au mieux pas entendue au pire pas prise en charge.
En effet il n'est pas vraiment de bon ton de se plaindre, de dire la douleur, de mettre des mots sur ces maux du corps, de l'âme ou de l'esprit, de dire ces bleus, ces blessures, ces hématomes là.
Tout juste quelques antalgiques anti quelque chose, pour mettre fin aux maux mais surtout à ces mots qui  sont parfois pour l'autre intolérables.
Entendre la plainte n'est pas simple, pas facile, surtout quand on ne peut ni l'apaiser ni la soulager. Car même l'écoute attentive et bienveillante n'est pas un remède suffisant, parfois l'antalgique le plus puissant n'est pas la solution
Alors que faire ?
Que faire avec la plainte, que faire de la plainte ?
"Il ou Elle se plaint tout le temps, c'est fatiguant à la fin, elle ou il a toujours quelque chose, mal quelque part.."
Douleur, mal, plainte, bouteille à la mer, pour dire à l'autre j'ai mal, pas forcément aide moi, du moins pas directement
Mais que signifie t-elle ? Que veut le sujet de la plainte ? Pourquoi interpelle t-il l'autre, son alter non ego ? Que lui veut-il au juste ? Ou pas.
Qu'est ce que la plainte ? Porter plainte, qui dans son acception juridique signifie porter à la connaissance de l'autorité une infraction à la loi. Ainsi le sujet lui demande de reconnaitre qu'il a été victime de quelque chose qui lui fait offense.
Il y a là, dénonciation et énonciation d'un fait, l'expression d'un mécontentement, la plainte est portée devant l'autre chargé de faire respecter la loi que les hommes ont mises en place. Ainsi le sujet se plaint du traitement dont il a été l'objet, de l'instrumentalisation qui a été faite de sa position de sujet qui a été bafouée, maltraitée. Il dit, déclare, parle...
Il existe donc un discours de la plainte, une sorte d'espace lexical où l'on retrouve pèle mêle des cris, des mots, des gémissements, des larmes, des lamentations, ce plagere latin qui se veut bruyant et démonstratif, qui montre à voir ce chagrin et cette douleur dans des manifestations intempestives, hurlements, vêtements déchirés, coups portés sur et contre soi... Ces cortèges antiques, pleureuses où le corps tout entier est alors convoqué pour dire à l'autre et porter la plainte au dehors, aux yeux de tous, leur dire la mort, la peine et la douleur bruyante qui en résulte. Une douleur qui se montre à voir et à entendre.
Exporter, exalter la plainte, la faire sortir hors du corps pour que l'autre en soit témoin.
Tant de mots et de gestes qui relèvent presque de l'impudeur dans nos sociétés occidentales où souffrances et manifestations de celles ci se doivent d'être silencieuses, on doit avoir mal en silence et surtout ne pas se plaindre. Serrer les dents et ne pas déranger l'autre. La plainte se doit d'être muette et sourde. Elle ne doit avancer que masquer, le sujet se doit de la taire, de la faire taire de la garder silencieuse et l'autre alter non ego ne pas la voir ni l'entendre. Même pas la deviner !
La plainte intolérée devient intolérable. Il faut l'étouffer dans l'oeuf, la réduire au silence. Toute une panoplie de stratagème est déployée, médicaments en tous genres, analgésique, antalgique, anxiolitiques, formules de politesse et gestes de circonstances sont autant de circonvolutions qui porte la plainte loin du regard qui ne peut la soutenir !
Car elle peut être contagieuse, elle peut toucher et blesser, renvoyant à l'alter non ego, autre, témoin assistant mais non assisté son propre "je" ou "moi"insupportable.
Signaler, déposer, mettre en cause, voilà ce qu'est la plainte, voila ce qu'elle dit, ce qu'elle nous dit, son acception juridique en souligne bien l'aspect de monstration et c'est bien là le drama, l'action de la plainte.
Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
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Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.

Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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