Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

dimanche 1 septembre 2013

Femmes et violences

Violences... Il y a plusieurs années, on n'en parlait pas, même les femmes n'en parlaient pas, personne ne parlait de ça. Aujourd'hui, on en parle, tout le monde ou presque, des affiches sont placardées, des spots publicitaires sont diffusés, des clips télévisés programmés. Campagnes chocs, visages tuméfiés, femmes violentées, violées, battues, agressées. Violence domestique, presque un paradoxe, ce foyer qui devrait offrir la sécurité leur offre le malheur et parfois la mort.
On en parle, mais les femmes continuent d'être maltraitées, par leur mari, leur compagnons de fortune ou d'infortune, leur frère, leur père, leurs enfants..
La violence faite aux femmes. Pourquoi ? Qu'a t-elle donc de si spécifique cette violence là ? Est-elle différente de la violence ordinaire ?
La violence peut-elle être ordinaire, banale, légale, tolérée ? De quel droit violente t-on, agresse t-on l'autre et pourquoi ?
Il y a tant et tant de raisons qui n'en sont pas, qui ne sont pas excusables, qui ne sont pas tolérables.
Souvent violence est synonyme de coups, de blessures, d'ailleurs ne demandent-on pas à ces femmes, à ces victimes d'attester, de montrer à voir les preuves de ces violences. Il faut des hématomes, des arcades ouvertes, du sang, des bras cassés et j'en passe pour qu'elles soient prises au sérieux, et encore pas toujours..
"Elle a du sacrément l'énerver pour se prendre une telle raclée" m'a dit une fois un fonctionnaire de police qui rechignait à prendre la plainte d'une malheureuse victime.
Car bien sûr elle l'avait sans doute mérité !
Violence, violences
Il n'y a pas que les coups, il n'y a pas que ce qui se voit ! Il y a pire aussi, ce qui ne se voit pas, mais qui chaque jour fait perdre pied à la victime, lui fait perdre espoir, confiance, et raison
Humiliations, insultes, dénigrements, moqueries, regards méchants, sarcasmes...Sont autant de violences qui ne laissent pas de traces sur le corps mais qui traumatisent l'esprit.
Comment survivre ? Comment le dire ? Que faire ?
Ces violences là, on n'en parle pas, pas toujours. Elles sont ignorées, pas vraiment graves, car qui le sait, qui l'entend, qui ?
C'est qu'elles sont insidieuses, sournoises, toxiques, perverses. Elles attaquent et s'attaquent à la personne, qui ne fait jamais "rien comme il faut"' "rien complétement", "rien parfaitement" ou qui oublie toujours quelque chose, qui est imparfaite, il y a du manque, toujours du manque... Attaques rituelles, quotidiennes, qui piquent et qui font mal... Encore et encore !
Elles attaquent et s'attaquent encore plus sournoisement à la personne, "trop" cette fois, trop grosse, trop maigre, trop bête, trop moche, que sais-encore ?
Ces pervers là ont plus d'un tour dans leur sac et ne manquent jamais d'arguments pour dénigrer, faire mal, blesser, critiquer. Des critiques jamais constructives, car ils sont dans l'emprise et la destruction. Faire de leur victime une proie, puis faire de cette proie l'objet de tous leurs tourments, car s'ils sont méchants, violents, s'ils s'emportent c'est bien à cause d'elle ! Elle !
Sans elle, ils seraient doux, affectueux, calmes, bienveillants !
Bien sûr !
Souvent les victimes le croient, mais que peuvent-elles faire d'autre, car ces actes relèvent de la torture et du harcèlement, ils constituent un véritable conditionnement. Induisant une relation toxique et perverse elle aussi, un mode de fonctionnement tordu. Car rien n'est simple, la complexité de la relation est de mise et la victime en perd son latin !Car elle ne peut que se demander comment elle a pu en arriver là, ce qu'elle a fait, ce qu'elle a dit pour que son compagnon, si doux, si gentil au début de leur rencontre a pu devenir en l'espace de quelques mois cet odieux individu aigri, méchant, malheureux. C'est de leur faute, bien sûr, comment pourrait-il en être autrement ? Elles sont mauvaises, mal intentionnées.. nuisibles ! Que n'ai-je pas entendu ?
Pourtant ? Comment étaient-elles ces jeunes filles, ces femmes ? Avant ?
Pourquoi entendent-elles, croient-elles toutes ces insanités, ces toxicités, ces horreurs telles qu'elles n'ont plus une once de confiance en elle ? Comment ont-elles pu en arriver là ?
Le constat douloureux est toujours terrible ? Car constater, c'est regarder, prendre du recul, se dire : voilà... Puis décider, renoncer, partir, essayer de ne pas revenir, un dur combat, couteux, difficile et complexe, car conditionnement il y a ! Culpabilité et honte il y a ? Qui suis-je alors ?
Se reconstruire, se construire à nouveau, sur un champ de ruine, car du passé personne ne fait table rase ? En sortir plus fort, alors qu'on est à terre ?
Comment faire ?

samedi 10 août 2013

De souche

"Etre français de souche", une expression que je lis beaucoup actuellement, qui parsème les réseaux sociaux, les posts et les fils de ceux qui revendiquent une antériorité et de ce fait une postérité particulière.
Voyons d'un peu plus prés.

Sur ces mêmes réseaux sociaux, je lis hier une discussion sur le fil de la page soutien à un homme qui se révolte contre les propos antisémites d'une pièce qui l'est tout autant. Une pièce qui se dit "de théâtre"  mais se cache derrière ce masque, cette persona tout en revendiquant la liberté d'expression... Je lis une longue diatrible qui fleure bon le discours du Maréchal.. Nous voilà, nous ne sommes pas loin ! Nous sommes même tout prêt, tout prés.
Prêts à bondir sur le juif, l'arabe, le manouche, l'homosexuel, celui qui dérange parce qu'il n'est pas comme nous !

Etre français de souche devient un passeport, l'Aussweiss du bien pensant, de celui qui a le droit, de celui qui peut puisqu'il est de là, d'ici, de souche quoi !
Petite fille je regardais presque avec envie ces enfants qui avaient une maison familiale, qui étaient du village, installés là depuis des siècles, depuis des décennies, nés ici, comme leurs parents, grand' parent, moi qui venait de partout et de nulle part ! Qui avaient des tombes à fleurir au cimetière.
Ces gens qui étaient de souche, sans le savoir !

Je ne comprenais pas vraiment tout, moi qui grandissait baignée de langues où les r se roulent, où les mots chantent, où on parle fort aussi..  Baignée d'histoires de pays, de villes et de régions d'où on part car on n'est plus en sécurité ! Il faut être prêts toujours car on ne sait jamais. Je me revois enfant entendant ces langues qui chantent, ces consonnes qui roulent,  ces femmes qui rient, jouent aux cartes en buvant du thé.... puis je me vois plus grande où ces mêmes langues résonnent aussi  dans ces pays frères où elles ne chantaient pas toujours ! Bonheur, rires, espoirs, larmes, amour, poésies.. histoires toujours, celles de l'Histoire !

Je pense fort à mon père, à son accent si singulier, cet accent d'ailleurs. A ma grand mère qui essayait toujours de trouver le mot juste, celui qu'il faut pour désigner un objet, dire quelque chose le plus justement possible, à ma grand 'tante, qui me grondait : "on n'aime qu'une personne, pas un objet ! " gern c'est vrai, je n'aime pas lire, mais je lis volontiers...Pourtant c'est ainsi que je pensais, pense et rêve toujours. Heimatsprache !
Je revois mon père qui me demandait toujours de relire ses lettres, pour vérifier s'il avait tout bien écrit, sans faire de fautes d'orthographe ou de style, si les accords étaient parfaits. Bien écrit cette langue si difficile. Je pense à ses jeunes années à lui, lui qui ne disait pas, qui gardait le silence, ces années là, sombres, ce temps passé ailleurs qu'à l'école, car à cette époque là, l'enfance de ceux qui n'étaient pas de souche n'avait pas d'importance ! Ceux là d'ailleurs n'avaient pas d'importance, puisqu'il fallait les éliminer jusqu'au dernier. Ce temps rattrapé, cette rage de lire, d'apprendre, de savoir, qu'il m'a transmis, sûrement ? Peut-être ?
Je pense à ceux qui ne sont pas revenus, dénoncés, arrêtés, gazés, dont il ne reste même pas la trace de la trace, aux autres, comme eux, juifs, résistants, communistes, fous, homosexuels, tziganes, tout ceux dont on ne voulait plus. J'ouvre un gros dossier, ce livre pas terminé, ces matricules, ses papiers si bien ordonnés de ceux que des fous ont rayé de l'univers des vivants, les larmes me viennent !

Qui pour eux a dit le kaddish ?

Le discours de la haine n'est pas mort, non, il est bien vivant et se larve dans les mots, ces beaux mots de France qu'ils pervertissent avec le Mal, ce mal qui ne demande même pas à se réveiller, car il est au coeur de leur coeur, si coeur il y a. Alors ils se revendiquent de souche, pour bien mettre à distance sont qui ne le sont pas.
J'aimerai simplement, mais cela demande intelligence et bon sens, ce dont je pense qu'ils sont pleinement dépourvus, qu'ils se penchent un peu sur l'histoire, sur leur généalogie peut-être aussi ? Qui sait ? Qu'ils s'arrêtent... Pour mettre peut-être un peu de distance avec cette soif stupide de pureté ignoble et impure, de ce désir de singularité malsaine. Qu'ils analysent et comprennent que la multiplication des mêmes ne donne rien, ne produit rien, n'apporte rien, n'enseigne rien. La haine ne conduit à rien d'autres que la haine ! Nulle autre issue.

Alors quid de ce "de souche" ? Nous sommes tous de la même souche, nous venons tous du Chaos, nous tentons tous d'advenir à l'Humanité et ce n'est pas gagné ! Certains n'en sont pas sortis, ne veulent pas en sortir et s'accrochent peut-être désespérement à cette souche pour ne pas avoir à affronter le monde, un monde qui leur fait peur, et qu'ils ne veulent pas voir changer ?

A eux ! Nous sommes de souches, avec des S, plusieurs S, pleins de S...Et c'est tant mieux, je crois.

mardi 30 juillet 2013

Mère aimante ?

La légende bien tenace veut qu'une mère aime son enfant, et réciproquement !
Cela tient du mythe, de la légende, du fantasme mais aussi de la morale, de l'ordre du lien social. Comment pourrait-il en être autrement, car soutient-on parfois même les animaux aiment leurs petits, ce qui est oublier que parfois ils les dévorent ou les mettent à mort.
Chasser l'animalité de l'homme, cet archaïsme, cette bestialité qui est en chacun de nous et qui remonte très vite à la surface, sans grand effort, car elle est là, tapie au fond de chaque sujet qui se dit, se déclare, se veut, se revendique humain
Pulsions inavouables... Inavouées.
Mais qu'en est-il alors de ces mères, de ces pères aussi, mais cela semble moins grave après tout, car on n'est jamais vraiment sûr que le père soit le père ! qu'en est-il de ces parents là, qui n'aiment pas, pire qui rejettent, abandonnent leur progéniture ?
Et la mère : Elle, celle qui ne peut-être que la mère ! mère, maternante, aimante, qui se sacrifie pour son enfant, qu'on sacrifie pour lui, sacrifée sur l'autel de la morale et de la bienséance ?
Une mère se Doit d'être une mère, c'est à dire aimante...
Aimante comment ? Suffisamment aimante ? Ni trop, ni pas assez, car c'est de ça aussi qu'il s'agit, la mère doit savoir trouver cette juste mesure qui la fera parfaite
"On" n'en n'attend pas autrement d'elle.
La perfection, elle doit savoir exactement comment, quand son enfant a besoin d'elle, donner ce qu'il faut quand il faut, juste ce qu'il faut, être là, mais pas trop, juste quand il faut !
Quel travail que celui d'être mère.
Hélas, rien ni personne ne la prépare à devenir et être cette mère parfaite. Pourtant ce ON sociétal, lui lance cette terrible injonction "Une bonne mère tu seras !"
Injonction qui hélas encore ne la rendra ni bonne ni mauvaise, mais simplement folle !
C'est en général l'objectif des injonctions, rendre l'autre fou...
Alors quid de ces mères qui abandonnent, ne veulent pas, laissent leurs enfants ? Je ne parlerai pas de ces abandons réels, mais de ceux qui pire encore laissent l'enfant dans le manque, dans le vide, dans le gouffre de la solitude et du non amour !
Car si l'enfant pour la mère n'est pas aimable, pour qui le sera t-il ?
Et pourquoi celle là même qui le met au monde ne l'aime pas ?
Souvent de ce non amour là, ON ne parle pas, car il n'est pas pensable, donc ne peut être pensé. Ma mère ne m'a pas aimé, dit on parfois, combien de fois l'ais je entendu ?
Mais n'a pas aimé comment ? Sait-on au moins comment on voudrait être aimé, par la mère ? Par sa mère ?
Quelle est la qualité de cet amour là, pour qu'il soit suffisamment bon, suffisamment tenable pour soutenir le sujet et le porter au dehors, pour qu'il puisse s'aimer suffisamment afin d'advenir au lien social ?
La mère qui n'aime pas ses enfants n'est pas comprise n'est pas même l'objet d'une interrogation mais seulement celui de la désapprobation, de la condamnation, c'est une mère dénaturée ! Hors nature. Donc ? Pas une mère ? Mais quoi ? Un monstre alors ?
Toutes les femmes devraient donc être des mères, et des mères aimantes ? Car telle est la vocation, le destin de toute femme. Avoir, mettre au monde, faire des enfants et les aimer, indispensable condition et résultat, cause des femmes !
Cause, à cause de cet amour, de ce trop d'amour, de ce trop peu d'amour, de cet amour qui ne peut émerger, qui ne peut devenir, être et advenir la voilà condamnée ! La voilà monstrueuse et inhumaine, placée en marge d'une Humanité qui se veut alors inhumaine.
Un vaste débat pour une impossible question !

dimanche 14 juillet 2013

La valise de ma grand mère

Elle nous faisait bien rire la valise de ma grand mère !
Elle nous faisait bien rire quand elle disait à qui voulait l'entendre, mais à voix basse, qu'elle avait près d'elle une valise toujours prête "au cas où"
Au cas où il faudrait partir, encore, partir !
Pour aller où ?
Là n'était pas la question, mais partir pour aller ailleurs...
Ailleurs où l'air serait plus respirable
Au moins pour un moment !

Dans l'article précédent, j'évoquais cette pièce de théâtre nauséabonde, cette stupidité ordinaire, cette banalité stupide d'un quotidien trivial où nul ne fait plus guère attention à l'autre. Ignorant aussi qu'il est pour cet autre un autre/
On est toujours l'autre de l'autre, l'autre de quelqu'un...
C'est peut-être ça qui fait peur, terrifie, ne pas se reconnaitre dans un autre, un autre tellement différent, étrange et étranger dans lequel on ne se voit pas, ou qui renvoie une image qui ne résonne pas, qui ne peut-être raisonnée.
C'est peut-être dans cette faille là que se loge la valise de ma grand-mère ?

L'autre ; bouc émissaire pour renforcer la cohésion d'un groupe par ailleurs bien mal en point, incohérent ou presque mais qui se retrouve dans une langue commune autour d'un ennemi commun.
Ennemi commun, qu'il faut désigner comme l'autre étrange et étranger qu'il convient d'abattre, pour rester entre soi, ensemble, dés fois que....
La langue, langage, parler, même, mêmeté, indifférenciation, chaos....
Peur ? Cet autre qui fait peur ?
Qui renvoie de soi, la part de soi dont on ne veut pas, celle qu'on voudrait peut-être cacher, mais qui est là ?
Qu'est ce que tu n'aimes pas alors toi, l'autre qui n'aime pas ce bouc que tu as désigné, que n'aimes tu pas chez cet autre là ?
Le sais tu ?

L'autre ? Celui qu'on désigne, qu'on nomme ou qu'on montre du doigt, celui là même qui comme le père de Freud ramassa sans mot dire son chapeau qu'un passant haineux avait jeté à terre !
Tout comme ma mère qui avançait à petit pas, se faisant toute petite, pour qu'on ne la remarque pas, elle l'étrange étrangère...!
Tout comme l'accent de mon père, cet accent singulier que nous ne comprenions pas parfois, gamin à qui des bien pensants, ces mêmes qui pensent et affirment savoir qui doit vivre ou mourir ont confisqué l'enfance et l'adolescence !

C'est peut-être ça aussi la valise de ma grand-mère ?
Elle qui nous racontait ses départs, qui regardait si la cave ... '"Au cas où "'
Une valise toujours prête !
Elle la nomade qui était de partout et de nulle part, enfant de la Terre, se disant que si les hommes pouvaient être raisonnables ! 

Cette valise là revient à ma mémoire, car cette infamie qui soit disant pour faire rire et rire convoque la haine et la bêtise. Usant de l'art pour montrer à voir la haine de l'autre, mais pas de n'importe quel autre, cet autre désigné d'office depuis tant de siècle, cet autre qu'il faut anéantir
Une haine perverse qui sous des allures bon enfant distille son venin ! Le théâtre est fait pour être dit, joué, mais joue t-on la haine ? C'est bien là la question, la véritable question !
Le théâtre, la pièce, le drame ne prend vie que grâce aux acteurs et au public
Ils étaient tous deux au rendez-vous !
Hélas !
Le monde ne changera donc jamais .
Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste
A nous...


jeudi 4 juillet 2013

L'Etoile

Etoile !
Quoi de plus beau qu'une étoile, L'étoile qui brille au firmament, étoile de lumière, étoile du berger, naitre sous une bonne étoile, étoile de David...

Mon étoile, notre étoile.

Etoile Jaune...
Et puis l'étoile jaune
Celle qui désigne, des hommes parmi les hommes.
Que des hommes qui se disent des hommes excluent de leur monde d'hommes ?

Reconnaissable parmi toute, étoile de la honte disaient-ils ?
Mais de quelle honte ? Et de la honte de qui ?
L'étoile qui désigne ceux dont on ne veut pas, dont on ne veut plus, dont on n'a jamais vraiment voulu.
dont ILS ne veulent pas.
Etoile, étrange insigne qu'il faut épingler, coudre au revers de sa veste, de sa chemise, de sa robe, du plus intime de son vêtement.
Tissus jaune qu'il faut acheter avec ses tickets de rationnement...
Etoile pour tatouer un peuple ...
Avant de graver leur chair..
Pour commettre l'impensable et l'impensé
Pourtant....

On pourrait se demander comment ! Comment cette société soit disant aussi civilisée aussi instruite, cultivée à pu en arriver là
Comment l'Homme sorti de la Horde, comment après avoir soit disant parcouru un si long chemin a pu faire ça ?
Je n'en dirai rien, rien de vraiment original, Freud l'a expliqué, démontré. Le mal est au coeur de l'homme prévient-il, le crime rode, l'ombre de la Horde n'est pas loin, la culture n'est qu'un vernis qui ne demande qu'à craquer pour liberer les pulsions les plus sombres, les plus sordides que la civilisation tente tant bien que mal de réprimer.
Il suffit de lire la longue réponse qu'il adresse à Einstein pour comprendre. Hélas !

Et puis Hannah Arendt avec son impardonnable et implacable théorie de la banalité du mal arrivée sûrement trop tôt, effractant ainsi les esprits avec une violence qu'elle n'a pas voulue. Elle qui s'est justement détachée des passions pour livrer une explication rationnelle et raisonnée de ces crimes contre l'Humanité.
Car il faut être sorti du monde des Humains pour poser de tels actes, nul ne peut en être autrement.
Pourtant cette banalité du mal, ce crime commis par l'homme ordinaire me semble tellement d'actualité, encore. Hélas.
Pas un seul jour sans que l'ombre de l'Etoile ne se profile
Cette étoile pour mettre de côtés ceux qu'ils ont désignés;
Désigner les indésirés, les indésirables dont disent-ils, hurlent-ils il faut se débarrasser !
Les voilà ces gens, ce peuple tout entier désigné par ces autres, qui au nom de leur  vérité, seule et unique qui s'impose à tous devient loi pour  condamner et  dire qui a le droit de vivre et qui doit mourir, choisir qui doit vivre ou non !
Quel choix de société !
Ce groupe là, qui autorise le crime, le légitime et l'organise, à l'échelle industrielle.
Ce même groupe qui édicte des normes, raciales, ethniques. Qui est digne d'être ou ne pas être.


Aujourd'hui encore le crime, ce crime rode, ces mots de haine ne se chuchotent même plus, et ne suscitent ni indignation, aucune réaction
C'est en ce sens où cela devient banal, ordinaire.
Presque dans l'ordre des choses.

Juste ces quelques mots pour rappeler la banalité du mal, la banalité des mots qui font sens, qui font mal et le mal
Juste pour rappeler que le mois dernier à La Rochelle, petite ville de province on a mis en scène dans une université, des juifs, sans étoile, mais en avaient-ils besoin ? Le metteur en scène et les scénaristes y avaient déployés tous les stéréotypes des siècles précédents ! La caricature qui amuse soit disant !
Une comédie à la tristesse d'une mascarade et d'une mauvaise farce.

Le théâtre en sort-il grandi ?

Juste pour dire que des gens de théâtre du moins se disent-ils ainsi ont désigné un groupe pour faire  rire et divertir ! Qu'ils relisent Boileau et son Art de plaire, si toutefois ils l'ont lu un jour !

Désigner l'autre, encore une fois, et pas n'importe lequel, car cet autre là est bien le "bouc émissaire" d'un monde malade de la haine, de sa haine, d'un monde qui se gangrène et se délite !
Instrumentaliser l'art, le théâtre et la parole redevient une arme à la mode, un slogan publicitaire pour servir une idéologie violente et perverse !
Une déclaration de guerre !
Un déni et une projection qualifiant la victime de paranoäique, bien sûr quel autre moyen de défense les criminel avancent-ils ?
La pièce de la honte ! Applaudie par des gens qui au final ne savent peut-être même pas ce qu'ils cautionnent ; car la bêtise est comme la haine, elle n'a ni frontières ni limites.

La ville n'en sort pas grandi !

Et puis juste aussi pour rappeler que le mois dernier dans une autre petite ville de province à quelques kilomètres de là, lors d'une conversation banale dans une file de cinéma, quelqu'un m'a dit "il s'appelait ... Mais même sans ce nom on savait d'où il venait... Rien qu'a le regarder !"*

Juste pour rappeler ça, banalité du mal, banalité des mots qui font mal
Tellement banal, que celui qui les prononce, les mets en scène ne réalise pas ce qu'il dit, la portée de ce dire et des actes posés.. Banalité du Mal
Le mal est devenu ordinaire... Et c'est de cette banalité, de cet ordinaire là qu'il faut s'inquiéter.... !

Je dédie cet article tout spécialement à mes amis, Emile, Elisabeth, Rachel, qui sont à mes côtés pour dénoncer cette infamie
Une pensée pour Michel Goldberg qui a tout mon soutien.

dimanche 16 juin 2013

Lise Marie, histoire d'une petite fille

Lise Marie... Une petite fille

Lorsque mon amie Anne a évoqué en quelques mots de l'histoire de Lise Marie, j'ai été bouleversée,  je lui ai alors demandé de nous la raconter, de nous l'écrire ce qu'elle a accepté bien volontiers. Qu'elle en soit remerciée. Voici donc le récit de cette rencontre singulière et émouvante, Anne a su mettre les mots pour dire, pour transmettre  la détresse, le questionnement et la recherche de cette enfant.
Un très beau texte !



Lise-Marie
Il y a quelques années j’ai travaillé beaucoup en centre de loisirs maternel avec des enfants de 2 à 6 ans, et c’est là que j’ai rencontré Lise-Marie.
A l’époque elle avait 4 ans. C’était une petite fille, toute gentille, mignonne, polie, respectueuse, sage… Bref « bien élevée » comme on dit. Elle n’a jamais posé aucun souci à toutes les équipes d’animateurs qui l’ont connue. Mais-Lise Marie était particulière…
Lise Marie ressemblait à un garçon. Son papa était un vieux monsieur, adorable, gentil, poli qui tentait d’élever sa fille et son fils seul du mieux qu’il pouvait. Le frère le Lise-Marie était aussi adorable, gentil et attentionné avec sa soeur,il avait 12 ans et il était vraiment touchant. Le papa était un peu « rococo » et s’habillait comme un vieux monsieur, il portait une petite casquette, des pulls en jersey, avait les cheveux blancs et une petite moustache toute blanche également… Tout le monde pensait que ce monsieur était le grand père de Lise-Marie. Et il habillait ses enfants de la même façon… Son frère entrant dans la préadolescence, choisissait ses vêtements mais tous ses anciens vêtements servaient à habiller Lise-Marie. Il n’y avait aucune figure féminine forte dans l’entourage de Lise Marie.
Elle était donc constamment habillée avec un pantalon (genre de velours) et souvent un pull en jersey… Pour les cheveux c’était la même chose, elle avait une coupe au bol à la garçonne. Ne côtoyant au quotidien que son père et son frère elle avait pris une voix grave, parlait comme un garçon et jouait aux jeux de garçons (voitures, guerre… pas de poupée, ni de cuisine même si un enfant a le droit de jouer à ce qu’il veut et que sur le lieu du centre on ne forçait aucun enfant à jouer de telle ou telle manière). Pour les autres enfants, aucun doute, Lise Marie était un garçon. On passait notre temps à leur expliquer que non mais rien à faire. Elle était un garçon.
Tous les animateurs qui arrivaient dans l’équipe aussi le pensaient ; moi-même la première fois que je l’avais vue, je lui avais demandé « comment ça va bonhomme ? » et le malaise qui a suivi je m’en souviendrai toujours lorsqu’une collègue est venue me dire qu’elle était une fille. Lise Marie, elle, était habituée et ne réagissait pas. A l’arrivée ensuite de tout nouvel animateur je m’empressais de lui spécifier doucement que cet enfant était bien une petite fille qui s’appelait Lise-Marie.
Mais voilà à part en la voyant aux toilettes, nous n’avions aucun moyen de savoir qu’elle était bien une petite fille et les autres enfants n’arrivaient pas à nous croire. Ce qu’ils voyaient ne correspondait pas avec ce qu’on leur disait. Ils savaient bien qu’un garçon s’habille comme ça, a les cheveux courts, une voix de garçon et joue à des jeux de garçon. Lise-Marie était donc un garçon.
Mais si Lise-Marie était si particulière c’est que son histoire l’était aussi… Elle n’était pas une petite fille comme les autres. Elle était donc élevée par son papa et n’avait que très peu connu sa maman qu’elle n’avait pas vue depuis plusieurs années. Cette dernière était internée en hôpital psychiatrique depuis longtemps car elle avait notamment essayé de noyer le grand frère de Lise Marie et bien d’autres choses que nous ne savions pas évidemment. Et le pauvre papa se retrouvait avec ses deux enfants à élever seul. Il était assez âgé, et vivait comme nos grands parents. La psychologie enfantine il ne connaissait pas ou peu. Remettre les vêtements de l’ainé à la petite, ça se pratiquait avant, il n’y avait pas de mal… Sauf qu’à 6 ans Lise Marie était toujours un garçon… Lise Marie participait très bien aux ateliers que nous pouvions proposer durant la journée, qu’ils soient sportifs ou d’arts plastiques ou autres. Mais Lise Marie faisait tout, tout le temps en noir. Uniquement et systématiquement en noir. S’il n’y avait pas de noir disponible ou s’il fallait choisir plusieurs couleurs, elles prenaient toujours les plus foncées : gris, bleu marine… Toujours. Nous savions bien que les couleurs choisies n’étaient qu’une façon d’exprimer un vide et un manque en elle. Jamais on ne l’a brimée à ce niveau là en la forçant à prendre des couleurs qu’elle ne voulait pas, au fond le problème n’était pas la couleur…
Et puis un jour, en fin de session de vacances, juste avant qu’elle entre au CP et donc passe dans le centre de loisirs pour les enfants en primaire ; un lundi matin, Lise-Marie est arrivée comme d’habitude… Elle était mignonne et gentille comme d’habitude. Elle a décidé de faire un dessin et s’est donc assise à la table où
nous faisions les dessins et c’est moi qui était là cette fois-ci (en effet tous les matins en attendant que tous les enfants arrivent, et de proposer des ateliers plus dirigés, nous laissions les enfants libres de faire ce qu’ils voulaient, dessins, mais aussi jeux de société, jeu d’imitation, de construction avec dans chaque coin un animateur pour jouer, avec eux, les aider, les soutenir, les surveiller). Lise Marie choisit donc les dessins ce matin là.
Et là…. Elle prend des feutres de couleurs… plein de couleurs, du jaune, du rouge, du vert, du bleu, du violet, du rose… Et elle dessine sa famille, son papa, son frère, elle-même et…. Sa maman. Elle n’avait jamais ni dessiné ni même évoqué sa maman à aucune reprise depuis 3 ans que je la connaissais. Elle dessine un poste de radio qui semblait faire de la musique et des serpentins et des confettis. C’était clairement la fête. Le dessin fait le tour du centre, avec évidemment des bravos à Lise-Marie. Et on commence gentiment à lui demander d’expliquer son dessin. Après quelques minutes, on comprend que le samedi précédent, elle a vu sa maman. Première fois en au moins 3 ans depuis que je la suivais, qu’elle voyait sa maman. Et subitement dans la foulée le noir s’est transformé en couleur. Ce bouleversement tellement énorme et soudain nous a tous cloué sur place. Personne ne pouvait croire que juste le simple fait d’avoir passé un moment avec sa famille au complet et donc sa maman avait pu provoquer tout ça. On avait jamais vu ça.
Evidemment nous avons gardé le précieux dessin comme un trésor jusqu’au soir et nous l’avons remis au papa, fiers pour la première fois en 3 ans de lui remettre un dessin en couleurs de sa fille.
Lise-Marie est passée ensuite dans le centre de loisirs pour les grands et je ne l’ai qu’aperçue par la suite. J’ai appris que le papa s’était retrouvé une compagne et me suis dit qu’enfin une femme dans la vie de Lise-Marie allait lui faire beaucoup de bien. Et peut-être l’aider à se rendre compte qu’elle était une fille. Je ne sais pas ce qu’elle est devenue, elle doit être adolescente aujourd’hui, je ne sais pas si cette différence, lui a couté ou pas dans sa vie, je ne sais pas si elle a revu sa maman, je ne sais pas si elle a développé une relation de complicité avec la nouvelle compagne de son papa. Je ne sais pas comment elle a évolué. Mais son histoire restera toujours gravée au fond de ma mémoire. Cette petite fille qui ressemblait à un garçon, tellement triste de ne pas voir sa maman, qui l’avait finalement connue et le choc que ça a provoqué, ce revirement total dans l’esprit de la petite fille. Et ce papa probablement perdu avec tout ça qui a fait son maximum pour inculquer les valeurs qui lui semblait importantes à sa fille, la politesse et le respect, face à une situation que manifestement devait le dépasser. Il essayait de rester droit, et d’être là du mieux qu’il pouvait pour ses enfants.

Anne Petitrésors.

mardi 21 mai 2013

Entendre...

Il y a l'écoute, celle du psychanalyste, neutre et bienveillante...
Entendre, attention flottante, paroles et mots qui coulent, se répandent et se diluent...
Les mots et les maux qui filent qui tissent et qui tricotent après avoir détricotés les souvenirs, dénoués et renoués les souffrances, les peines, chagrins, bonheurs, ces pensées qui adviennent..
Ces mots qui assemblent, font des liens qui amènent à comprendre, à expliquer peut-être, cu moins à tenter de voir un peu plus clair.
Et puis il y l'écoute, l'autre, celle hors cadre, hors champ de la psychanalyse, mais pas tout à fait quand même.
Car être psychanalsyte est une fonction, mais un état aussi... Une écoute neutre et bienveillante, qui ne s'arrête pas non plus à la porte du cabinet de l'analyste
Une porte fermée, qui s'ouvre, puis se referme
L'entrouvert ?
Peut-être ?
Une écoute alors qui se situerait là, peut-être ?
Une écoute qui s'entend, des mots qui sont dits, posés, pour être transmis, écrits, traduits. Des mots qui ont un sens et qui prennent au fur et à mesure du sens. Des mots à qui la parole donne ce sens là. Des mots qui s'animent au fil de la parole, au fil des rencontres.
Des rencontres ! Car les mots sont aussi le fruit de ces rendez vous où l'un et l'autre sont à l'heure, présent, là dans l'écoute et l'entente.
Entre cet espace intime et infime, cet entre deux, cet entrouvert
Cette possibilité d'ouvrir à demi, peut-être pour recueillir les mots, les maux, ce qui advient de la parole de l'autre. Ce qu'il dit, mais pas seulement, car le dire et le dit ne sont que la résonance de ce qui gît au plus profond de l'autre, de l'âme aussi sûrement
Entendre l'âme ?
Il n'y a rien de religieux ni même de spirituel, il n'y a que de l'humanité, de cet once de progrès qui a conduit l'individu de la Horde au sujet humain, qui a fait de lui ce qu'il doit chaque jour remettre en jeu
car dans cette histoire là rien n'est jamais vraiment acquis
Si le crime rôde la pulsion n'est jamais bien loin, contenue et réprimée afin de mieux se fondre, se couler, s'écouler dans le moule du lien social
Entendre quoi ? Etre à l'écoute de quoi ? De qui ?
Entendre ce bruissement sourd, qui reste muet, juste des bribes, des soupirs et des silences
Une petite musique qui sort de l'oubli, des replis sombres de l'esprit
Entendre cette possibilité là, cette esquisse là, cet embryon, cette promesse de vie et d'envie
Le désir ? Peut-être ? mais qui est-il ? Qu'est-il ?
Et qu'en savons nous ?
Entendre alors seulement et simplement la possibilité de ça... De ce désir là
Ce n'est pas rien : Déjà.
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Nota bene

Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.

Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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