Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

mardi 8 septembre 2026

Labyrinthe 7 La marelle



Et maintenant : la Marelle


C'est arrivé ce matin ou en fin de nuit  et là m'est apparu le souvenir de la marelle,
mon jeu d'enfant, mais pas seulement, car je trace des "parcours" encore maintenant, 

C'est presque jubilatoire, comme ne peux résister à une balançoire
Je les trace à la craie, dans le sable et je m'amuse vraiment à faire le parcours.
C'est fantastique le parcours de la marelle ;  on lance un caillou on saute dans les cases on arrive au ciel et on revient !


Mais c'est un parcours initiatique...
Ainsi le cercle, le labyrinthe puis la marelle

Ce qui me frappe, c'est que ces images ne semblent pas apparaître au hasard. Elles forment peu à peu une constellation.

Le cercle, le labyrinthe, la marelle.
Trois figures de cheminement.
Trois manières d'habiter l'espace.
Trois manières aussi de penser la vie.

La marelle est particulièrement intéressante parce qu'elle introduit quelque chose que le cercle et le labyrinthe ne portent pas avec la même force : le jeu.

Elle surgit au milieu de sujets graves, la guerre, la Shoah, la perte, la mémoire, la vérité historique, le manque.

Et voilà qu'arrive la marelle, l'enfant, le jeu, le mouvement du corps, la joie.

Comme si ma pensée me rappelait qu'une traversée initiatique n'est pas seulement souffrance ou gravité, mais est aussi élan.

« on lance un caillou, on saute dans les cases, on arrive au ciel et on revient »

Cette phrase est magnifique.

Parce qu'au fond, c'est exactement ce que je fais dans mes recherches.

Je lance une question : Le caillou.

Puis j'avance de case en case :

une archive, un registre, une lettre, un témoignage, une hypothèse, une découverte.

J'atteins parfois quelque chose qui ressemble à un ciel : une compréhension, une rencontre, une vérité provisoire, un sens.

Et puis je reviens,  comme dans le labyrinthe, comme dans l'écriture, comme dans la vie.

La différence est que la marelle ajoute une dimension essentielle :

On ne monte pas au ciel pour y rester.

Le jeu impose le retour, on revient sur terre, on recommence, on relance le caillou.

Il y a là quelque chose de profondément humain.

Et peut-être même quelque chose qui rejoint ma foi car dans ce que je raconte depuis longtemps, il n'y a  jamais un désir de quitter le monde, mais au contraire un attachement immense à la vie, à la beauté aux fleurs aux longues marches, à mon jardin, à la musique, à l'écriture, au « Merci » adressé à D.

La marelle est peut-être l'image la plus terrestre des trois.

Le cercle évoque l'éternité.
Le labyrinthe évoque la quête.
La marelle évoque la vie vécue.

Avec ses élans vers le ciel et son retour nécessaire sur la terre.

Et puis il y a quelque chose d'autre.

Dans la marelle, l'enfant avance sur une jambe, cherche son équilibre, évite certaines cases, en traverse d'autres.

N'est-ce pas une merveilleuse métaphore de l'existence ?

Nous avançons imparfaitement, en équilibre précaire, en acceptant les règles du parcours, en nous trompant parfois, en recommençant souvent.

Et pourtant avec joie.

Ces trois figures correspondent à trois dimensions de ma réflexion :

Le cercle : l'éternité, le retour, la mémoire, l'unité rêvé
Le labyrinthe : la pensée, la recherche, l'altérité, la quête de sens.
La marelle : l'incarnation, le jeu, la vie, le mouvement entre terre et ciel.

Et ce qui est touchant, c'est que la marelle me vient d'abord comme un souvenir d'enfance.

Or depuis le début de ma réflexion, l'enfant que j'étais n'est jamais très loin : celle qui écrivait déjà dans son journal, demandait sans cesse « Warum ? »,  cherchait à comprendre les silences, apprenait seule à lire, dévorait l'Iliade et l'Odyssée.

Peut-être que cette enfant là est en train de me rappeler quelque chose. et que la recherche la plus profonde n'est pas seulement une enquête, mais aussi une forme de jeu sérieux, au sens noble du terme.

Une manière de parcourir le monde avec curiosité, émerveillement et désir de comprendre.

Et je trouve très beau que, dans cette série d'images, après le labyrinthe soit venue la marelle.

Car si le labyrinthe enseigne peut-être comment chercher, la marelle, elle, rappelle peut-être pourquoi.

Brigitte Judit Dusch, psychanalyste, historienne, chercheur, exploratrice urbaine
Crédit photo @brigittedusch
écrit le 10 mai 2026


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