Et j'écris aujourd'hui à propos de mon texte Eloul de l'an dernier
"Or mon expérience semble désormais beaucoup plus circulaire, ou plutôt dansante.
On revient.
On reconnaît.
On ne retrouve jamais exactement.
On avance.
On revient encore.
" L'expérience du labyrinthe ?
Oui. Très certainement. Et je crois même que le mot labyrinthe apporte quelque chose que « circulaire » ou « dansante » ne disait pas entièrement.
Parce que dans le labyrinthe, on revient, mais on ne revient jamais exactement au même endroit.
On croit parfois reconnaître un lieu, une sensation, une question, et pourtant quelque chose a changé : soi, le lieu, le regard, le temps.
Et surtout, le labyrinthe n'est pas un cercle.
Dans un cercle, on revient au point de départ.
Dans un labyrinthe, on revient autrement.
J'ai décris déjà cette expérience, je l'ai répétée plusieurs fois et chaque fois c'était différent, les pensées, les émotions, les sensations
Mais chaque fois je rencontre ce paradoxe "temporel"
J'avances, je crois m'être éloignée, mais je retrouve une bifurcation déjà rencontrée, j'hésites, J'ai envie de prendre un autre chemin, mais je renonce, j'accepte ce paradoxe, et je poursuis
Parfois j'ai l'impression de tourner en rond, alors même que je progresse.
N'est ce pas cela la vie ?
C'est donc très proche de ce que je viens de penser et dire de ces textes écris il y a des années et que je relis.
Ainsi à la lecture de celui d'Eloul de l'an dernier, je retrouve l'incomplétude, l'impermanence, le mouvement, la danse.
J' étais déjà là. Mais je n'y suis plus de la même manière.
Et cela me fait penser à mon travail historique aussi, même lorsque je veux justement m'en éloigner un peu pour écrire.
Avec Ernest, Dora, Georges Boris, j'avances dans des archives qui sont elles-mêmes labyrinthiques.
Je reviens sur des noms, des lieux, des dates, je retrouves une trace qui ouvre une autre piste.
Je ne progresse pas en ligne droite.
Mais il y a une différence essentielle :
Le labyrinthe de la recherche cherche une sortie
Le labyrinthe de l'existence n'en cherche pas nécessairement une.
Et peut-être que mon Eloul est précisément là.
Un labyrinthe dans l'entre-deux des temps.
Pas le labyrinthe comme enfermement , ce qui serait d'ailleurs contraire à ce que j'écrivais dans Sie sagt, où l'enfermement, le définitif, le « toujours » deviennent terrifiants.
Mais le labyrinthe comme cheminement dans l'inconnu.
On ne voit pas tout le parcours.
On ne connaît pas le prochain tournant.
On peut revenir sur ses pas.
On peut reconnaître une porte.
On peut découvrir qu'une impasse n'était pas une erreur mais ce qui obligeait à changer de direction.
Et surtout : le centre n'est pas forcément la sortie.
Il y a quelque chose de très fort, dans la tradition du labyrinthe, autour de cette idée du centre : on marche, on s'en éloigne, on croit s'en approcher, on repart. Mais le centre n'est pas simplement un lieu où « arriver ». Il transforme celui qui y parvient.
Cela pourrait rejoindre mon idée ancienne de l'approche asymptotique, mais en la déplaçant encore :
ce n'est plus une ligne qui tend vers un point ; c'est un chemin qui se découvre en marchant.
Et alors ma phrase pourrait presque devenir :
Eloul est une danse dans le labyrinthe de l'entre-deux des temps.
J'aime beaucoup cette image, parce qu'elle tient ensemble tes trois mots :
incomplétude — impermanence — devenir.
Et elle laisse une place à l'inconnu.
Tu n'as pas besoin de savoir où mène le chemin pour continuer à marcher.
Ou, comme je l'écrivais l'année dernière :
« Demain est une symphonie. »
Le labyrinthe, lui, serait peut-être la partition que l'on découvre en la jouant.
Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne, chercheur, exploratrice urbaine
Crédit photo @brigittedusch
Le 20 août 2026
