Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

jeudi 20 mars 2008

Celui qui reste

On en parle plus volontiers
Il en parle aussi, non qu'il en parle volontiers, mais sa souffrance parle, en parle.


Etre quitté, laissé, abandonné, cela peut arriver à chacun de nous, il n'y a pas de profil particulier, personne n'est à l'abri. Je dirai même que dans une vie, nous avons tous été un jour quitté, laissé, abandonné.

Enfant, adolescent, adulte, vieux.... Il n'y a pas d'age pour être laissé !

Mais nous réagissons, réagirons chacun à notre manière, parce que nous sommes tous différents, uniques, mais aussi et surtout parce que nous avons tous une histoire singulière, un rencontre particulière avec la séparation.

J'ai évoqué rapidement dans un article consacré à la solitude à quel point la constitution et l'élaboration de liens et d'une relation sécure permettait de faire face aux événements de la vie.
Traumatismes, trauma, choc, stress, maladie, mais aussi et surtout à la séparation, l'abandon, au fait d'être quitté.

La première séparation est notre venue au monde. Séparé de l'utérus maternel, d'un milieu aquatique, à priori en sécurité, on se retrouve au prix d'immenses souffrances projeté dans un monde froid, éblouissant, au milieu d'inconnus.
On coupe le cordon, celui qui nous reliait au dedans, et nous voici au dehors, brutalement...!

Le bébé pourtant continue d'avoir un lien fusionnel avec sa mère, ou celle qui lui en tiendra lieu. Cette proximité le rassure, il apprend, ou n'apprend pas, que le départ de celle ci, ne coïncide pas avec l'abandon. La mère revient, elle reviendra. Ce temps d'absence est nécessaire et lui permet de se construire. Partir/revenir pour partir et revenir encore. Pour lui permettre à lui aussi de partir, et de revenir.
L'amour reste le lien.... Présent ou absent, l'amour est là. L'absence, source d'angoisse, ne l'est plus "tant que ça" puisque l'être aimé ou investi va revenir. C'est une question de temps.

L'enfant apprend petit à petit qu'il existe d'autres "autres" que ses parents, il se socialise peu à peu, pour devenir autonome. Ce qui ne signifie pas se passer des autres. On ne s'en passe pas, mais on peut vivre en leur absence. Leur absence est parfois nécessaire, nous avons aussi besoin de solitude. Même si on ne le voit pas, ne l'entend pas, celui qui est parti reviendra..

C'est pourquoi la mort, chez l'enfant comme chez l'adulte est particulièrement traumatisante et éprouvante, c'est une effraction ! l'être aimé, ou ce qui est perdu, l'est à jamais, sans aucun espoir de retour.

La rupture est une séparation non désirée, non souhaitée, brutale, innatendue. Le sujet est quitté. On le quitte, il est laissé. Abandonné. L'autre n'est pas mort, il est seulement parti, mais il a décidé qu'il ne reviendra pas.
Ainsi pas de retour possible, perte de l'autre, qui disparait, mais qui n'est pas mort. Cet autre, qui laisse, part parfois pour un autre.
Celui qui reste, doit faire son deuil, son deuil de l'autre, son deuil de la perte. Accepter qu'il n'y aura pas de retour possible... Long et douloureux travail, dont l'objectif est d'apprendre à rester ! et rester seul.

L'abandon d'un enfant est différent. Ce "laisser" là peut prendre de multiples visages, une mère peut accoucher sous X (comme le cas de ma patiente dans mon précédent article), mais des parents peuvent tout en étant là, ne pas s'occuper de leurs enfants. Il ne s'agira pas d'un abandon au sens juridique du terme, mais ils seront laissés.... livrés à eux mêmes ou à d'autres autres... à leur pouvoir.

Abandon et oubli, ces mots reviennent souvent dans la bouche de ceux qui ont vécu ça. "Mes parents m'ont abandonné... J'ai fais des foyers.... Des familles d'accueil..... Mais on me laissait là....On ne s'occupait pas de moi...." Oubliés !
Et l'oubli c'est terrible et terrifiant
Les témoignages sont poignants, des enfants laissés, comme des objets, là, sans attention, sans un mot, sans tendresse, sans amour.
Celui qui reste !
Le reste, le trop, ce dont on ne veut pas, dont on ne veut plus car on n'est rassasié, ce qu'on laisse.

Comment se construire ainsi, avec ce fardeau là ? avec ce bagage là ? Comment donner de l'amour ?
Des femmes me disent n'avoir jamais voulu avoir d'enfant "trop peur de ne pas pouvoir... les aimer, les élever...Non, je n'avais pas envie de reproduire ça, j'ai préféré que ça s'arréte"

Mettre un terme à cette spirale infernale
Ne pas enfanter, ne pas donner la vie ! Celle qu'on leur a infligé est déja tellement pénible !

D'autres au contraire ont tellement envie. En vie de donner la vie, pour prendre une revanche et aimer ! Donner l'amour qu'elles n'ont jamais reçu. Réparer ?

Certaines reproduisent encore et encore le seul scénario possible, n'ayant pas réussi à comprendre et casser ce cercle vicieux qui les enferme parfois depuis des générations...

Pas facile d'être celui qui reste, pas plus que d'être celui qui laisse..
Une rencontre ratée, un rendez vous manqué encore !
Parfois celui qui reste essaie de retrouver et rencontrer celui qui l'a laissé. Chemin oh combien pavé de douleur, d'espérances, de fantasmes, mais de bonheur quelque fois.

Ce désir de savoir, de savoir ce qui s'est passé ? Pourquoi ? Pourquoi n'étais je pas aimable ? Digne de l'amour ? digne d'intéret ? Ce désir là est légitime.
Quête impossible bien souvent !

La thérapie, l'analyse, ne permettent surement pas d'y apporter une réponse, mais parfois elles permettent à certains de vivre avec "ça". Avec ce traumatisme terrible. Elle permettent de vivre, de construire, de se donner la vie une nouvelle fois.
De renaitre à soi même !
D'être en vie, et d'avoir envie !

mercredi 19 mars 2008

Celle qui laisse

Peut-être pour faire suite à mon article sur la solitude et l'abandon.
On laisse peu la parole à celui qui laisse, qui abandonne.

Ce sont les mots d'une de mes patientes qui m'incitent à en parler.

"C'est le plus beau cadeau, la plus belle preuve d'amour que je lui ai faite" me dit-elle en relatant l'abandon de sa fille à sa naissance.
Déjà mère de deux enfants, l'un confié à la grand mère, l'autre élevé tant bien que mal par les compagnons de passage, elle ne pouvait garder cet autre enfant : "trop folle.... pas capable, bonne à rien.... Même pas fichue de m'occuper de moi, j'oublie de leur donner à manger..."disait-elle en larmes..

Il me faut revenir sur le terme "Abandon" et sa signification, le sens et le sens commun qui lui est donné.



Littéralement il veut dire "au pouvoir de"
Abandonner c'est quitter, cesser de s'occuper de...
Dans l'ancien temps on disait "mettre à bandon" c'est à dire, "mettre au pouvoir de"
Puis le français lui confère le sens de" l'action de renoncer à quelque chose, en la laissant au pouvoir de quelqu'un".
Toujours cette notion de laisser au "pouvoir" d'un autre, d'un tiers. (tiers séparateur ?)


L'idée de laisser prévaut.
Mais au XII° siècle, le sens de "laisser en liberté" est à mentionner, abandonner, ainsi employé dans le milieu de la fauconnerie.

On parle de laisser "quelque chose", un objet, un bien, une terre. Il faut attendre la seconde moitié du XVII° pour que l'emploi du terme concerne les personnes. Ainsi on peut alors abandonner quelqu'un : le laisser "au pouvoir de l'autre"

Je reviens aux mots de ma patiente, elle avait en effet laissé son enfant au pouvoir de l'autre, d'une autre mère qui l'espèrait-elle serait "suffisamment bonne", du moins pensait-elle "plus bonne que je pourrai l'être moi même".

Comme si cet acte d'abandon, pouvait laisser une chance à ce nouveau né d'avoir une autre vie, un autre destin. Que sa "mère biologique" pensait meilleure. Un autre départ. Une séparation nécessaire au bonheur ?

Un geste d'amour, ultime ! Un ultime geste d'amour, de cadeau d'amour ! D'amour pour cet enfant, mais aussi d'amour pour cette "autre" à qui elle le laissait.
Elle cessait de s'occuper.
Pourtant elle ne cessait ni d'y penser, ni d'aimer cette petite fille, ni de souffrir.
"J'ai trois enfants "déclarait-elle toujours, ce qui désorientait ses interlocuteurs, qui n'en voyaient que deux sur ses papiers....
Pourtant elle ne "fabulait pas " "ne délirait" aucunement. Elle avait bien trois enfants ! Cette fillette quittée était bien son enfant.

Geste d'amour, geste de désespoir mais d'espoir aussi, sursaut d'amour maternel pour donner une chance à ce bébé, une chance de grandir sans sa mère qui n'aurait su en prendre soin, d'avoir une chance d'accéder au bonheur que sa mère n'avait jamais connu et qui se pensait incapable de lui offrir.
Un cadeau ?
Une offrande ?
Un "don"
Un abandon pour lui permettre de s'épanouir ?
Un abandon pour "laisser en liberté" ?

A quel prix ?


Cette mère a fait ce qu'elle pensait devoir faire à ce moment là, et me dit que malgré sa peine, sa douleur elle "a bien fait, qu'il le fallait, au moins une de sauvée...."

Elle continue à souffrir, à ressasser sa peine, sans cesse, à avoir mal, dans son corps aussi et surtout, partout, tout le temps, et la médecine, malgré toutes les explorations, n'a pas vraiment de diagnostic ni de traitement à proposer... On parle pudiquement de "troubles fonctionnels" et me l'adresse.

Mais elle. Elle sait, elle sait de quoi elle souffre, et me le dit clairement "j'ai une maladie orpheline".

mardi 18 mars 2008

Etre malade sur le net !

Sous ce titre, je souhaite analyser et tenter de comprendre les rapports qui se mettent en place entre le malade et la maladie.

Curieusement, c'est sur le net, en lisant les messages de divers forums où les malades atteints d'une pathologie similaire se regroupent pour en parler, que cette idée m'est venue.

Elle m'est venue, parce que ces forums là, justement m'ont interpellée. Ainsi de longues listes mentionnant toutes les maladies, ou les grandes formes pathologiques dont nous pourrions être amenées à souffrir..
Vous avez un cancer, une parkinson... Venez en parler sur nos forums...

Parler fait du bien. Nous le savons tous. Parler entre patients peut-être thérapeutique, nous le savons aussi, c'est le but des groupes de paroles (animés par des thérapeutes) des groupes organisés par des associations d'anciens malades (qui encadrent et accompagnent). Mais cette parole là, libéréé sur le net, à l'intention et l'attention d'anonymes ou de personnes sensées mieux comprendre parce que souffrant elles aussi ou de personne !
Quid de cette parole ?

Tout est conçu pour que les forumeurs se sentent "chez eux". Ils peuvent établir un profil, mettre des photos, des petites phrases, signatures, avatars... Ils ont même sur certains forums des statuts particuliers selon le nombre de messages postés.

Que se disent-ils ?


Il se racontent, racontent leur maladie, leur souffrance, leur parcours du combattant au quotidien, l'angoisse de l'attente du diagnostic, leur peur de la maladie, de la mort, de celle d'un mari, d'un enfant, l'incompréhension de leurs proches, la nullité de leur médecin, des psys qui ne comprenent rien, l'inhumanité des institutions, ils parlent aussi d'eux mêmes donnent des détails intimes, plaisantent... Bref, il se tisse une véritable communauté sur la toile. Une communauté de pseudos amis qui ne se connaissent pas, mais qui arrivent parfois à se rencontrer.


Ils échangent sur tout, mais principalement sur les informations médicales, partagent les renseignements sur les traitements, leurs effets secondaires, comment ils réagissent à tel ou tel médicaments, demandent des conseils...Transmettent des liens, recommandent des sites parlant encore de leur maladie.
Ils tentent par tous les moyens de capter, de capturer de l'info, du savoir, de la connaissance, ils essaient de comprendre par eux mêmes, de décoder le langage médical obscur, de traduire la dernière consultation médicale. Persuadés souvent à tord ou à raison, qu'on ne leur dit pas tout, qu'il existe d'autres solutions...Peut-être....Qu'ils peuvent guérir ?

Ils attendent de l'autre cette attente là....


Parfois, les discussions sont animées, l'intrus ou l'indésirable est délogé sans grand ménagement.

Il ya le ton forumement correct. On dit tout, mais d'une façon acceptable, les habitués y veillent... Il y a des malades quand même... Et qui esperent !


Cela fonctionne finalement comme au sein d'un groupe. Avec des régles et une dynamique propres.

Ceux qui se connaissent, qui sont là depuis longtemps... Un peu les piliers, qui rassurent, qui répondent, qui ont l'expérience "les experts". Il y a le plaisantin, celui qui vient pour "rire un peu malgré nos souffrances" clown triste essayant d'apporter un "rayon de soleil" dans cet univers effrayant. Il y a celui qui vient "voir" qui visite, qui n'écrit pas, ou peu, qui met quelques smileys pour dire qu'il est bien là, ou un message laconique, car finalement il n'a pas grand chose à dire, ou n'est pas trop sûr, de lui. Refusant de s'engager davantage, mais profitant au passage des infos données par les autres. Il y a celui qui passe et qui ne laisse rien. Parasite du système, ou trop timide pour se lancer ?
Ce n'est pas facile que d'écrire ! Quelques personnes ont l'honnéteté de dire qu'elles viennent là depuis plusieurs jours, ou semaines, lisent.... n'osent pas, et que cette fois, elles osent poster. "Je me jette à l'eau". Et se présentent maladroitement... Attendent une réponse qui tarde parfois à venir, s'impatientent.


La qualité des messages est variable. De pertinentes informations cotoient des posts insignifiants, un langage choisi un charabia SMS...

Tout le monde semble y trouver son compte, puiqu'ils reviennent dans ce lieu virtuel qui semble convivial. Tout semble simple, on se tutoie ! c'est la règle, toutes les barrières tombent. Un monde qui semble sans limite, même si un modérateur est censé réguler et empécher tout éventuel débordement. Un simple clic suffit pour l'avertir !
Simple, facile, le malade n'est plus seul ! il y toujours sur le forum, un autre malade pour lui répondre à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit... Tous les jours. On répond ! Mais pas forcément à la question posée, seulement pour lui dire que quelqu'un "qui sait, qui a la même saloperie" viendra sûrement très vite lui donner la réponse attendue ! Qu'il ne s'inquiéte pas.
Si la solidarité est de mise, les disputes, propos violents et noms d'oiseaux fusent parfois, et on s'étripe sur les bienfaits d'un régime alimentaire, de l'incidence d'un vaccin, d'un traitement altérnatif....

On pourrait en rire ou en sourire.
Si ce n'était point de maladie dont on parlait.

Ma première remarque face à cette profusion de forum, de questions anonymes, face à tant de bouteilles à la mer pourrait être que le système médical et paramédical avait terriblement failli. failli pour ne pas avoir pu, ni su offrir l'écoute, la bienveillance, la compassion, l'empathie, le réassurement. Bref, n'avait pas accompli sa mission

Que le net jouait alors le rôle du tiers. Ce fameux tiers : Nous. Sencés mettre à distance le malade de sa maladie. Censés lui apporter au moins un peu de soutien à défaut d'un espace de parole et d'un peu de chaleur humaine... Censé l'écouter. Censé être là dans ces cas là !

Ainsi, nous sommes absents ! Ou pire sourds et muets ! Nous ne remplissons donc pas ou plus les rôles qui nous sont assignés. Les sujets malades ne trouvent donc pas chez les professionnels l'écoute, le retour qu'ils sont en droit d'attendre. Ou bien nous ne sommes pas à la place qu'ils souhaitent ! Comme si la donne avait changé. Que nous ne connaissions pas les nouvelles règles du jeu. Que celles ci avaient changées à notre insu et qu'on n'aurait pas pris la peine de nous en avertir !

Le malade et la maladie s'en étaient alors allés avec leur solitude sur la toile. Où, désespèrement ils tentent de tisser des liens, avec d'autres "supposés savoir" ce qu'ils ne savent pas au sujet de leur maladie.
Quelle détresse dans tous ces messages, que de SOS !
Quelle cruauté des services ! des personnels !
Quelle vide devant ces chiffres, pourcentages, que sont les examens sanguins, les termes techniques et barbares des résultats d'une imagerie ou d'une biopsie !
Quelle stupeur devant la réthorique déployée à grand frais pour masquer le nom terrible de la maladie !
De la peur, de l'angoisse, de la stupeur, de la frayeur, de la colère, du désespoir ....

Alors on vient, inquiet, apeuré, effrayé, avec ses questions, sa solitude et sa maladie pour tout bagage, on vient timidement frapper à la porte. A une porte virtuelle, où son "même" qui est arrivé avant viendra l'acceuillir et lui dispenser quelques mots d'encouragement, un peu de cette chaleur humaine qu'il ne toruve pas auprès des siens. Un peu comme Saint Pierre à la Porte du Paradis, sauf que la maladie n'est pas ce dont on a rêvé !

C'est effrayant de lire ces posts, ce desespoir étalé là, dans les colonnes anonyme sur un écran. De voir des vies livrées à des anonymes parce que les proches ne peuvent être là, ne peuvent offrir et dire les mots, qu'on aimerait entendre, qu'on espére entendre, qu'on attend en vain....Car ils ne viendront jamais ! Car ils ne savent pas ! Car ils ne peuvent pas !

Mais ce qui est plus effrayant encore c'est de lire les pseudos choisis. Ils s'agit parfois du nom de la maladie associé au numéro de leur département, du nom du médicament, du traitement.
Il parle de "leur cancer", de "leur SEP", ils sont LA maladie. Ils se présentent ainsi, je suis parkinson, ma mère est Alzheimer..
Malade et maladie fusionne, ne font plus qu'un. Ne sont plus qu'un. Cette fusion est leur raison d'être là, sur ce forum, auprès d'autres malades. Elle leur donne l'illusion de ne pas être seul, alors que la réalité leur impose cette solitude à chaque seconde. Cette fusion devient leur raison d'être !

Ils attendent derrière leur clavier, derrière leur écran la réponse, la venue d'un autre, d'un ami virtuel... Seul lien à une réalité irréelle, mais qui pourtant concrétise une chose particulièrement réelle : la maladie
La maladie qui devient alors le seul lien social.

lundi 17 mars 2008

Abandon et solitude.

La solitude apparait soit effrayante, soit salvatrice. Comme une sorte de malediction ou de bénediction. Selon.....

Rarement choisie, (elle l'est cependant, nous y reviendrons dans un autre article) elle est souvent subie. C'est la plupart du temps la representation que nous en avons..

"Etre seul, seule ! se retrouver seul ! "J'entends souvent cette phrase, suivie de 'il ou elle est partie, les enfants sont partis.... il ou elle m'a quitté... Que vais je faire ?"
Abandon, être abandonné, quitté, délaissé avant d'être laissé, oublié ! Etre alors seul, seul dans une solitude forçée, pesante, qui fait souvent mal.

Ainsi être seul est le résultat du départ des autres ou de l'autre. Non seulement il faut faire face à la rupture, mais il faut ensuite faire avec la solitude.
Deux traumatismes violents parfois, avec lesquels il faut apprendre à vivre.

Aujourd'hui le divorce est devenue banal et classique. Les gens se rencontrent, se plaisent, essaient la vie commune, et si ça ne marche pas y mette un terme. C'est malheureusement aussi caricatural que ça.

L'un part parce qu'il ne supporte plus l'autre, qui ne lui convient plus, ou parce qu'il a rencontré un autre "autre" avec lequel la vie semble plus prometteuse....Du moins pour recommencer, essayer.. Une autre vie à nouveau.

L'autre reste seul, ou seul avec des enfants. Mais seul avec ! Sans compagne ou compagnon ! Par choix parfois, mais pas toujours souvent !

Parfois c'est la mort de l'autre qui met un terme à la vie commune. Une longue maladie, un accident brutal. On se retrouve seul !

L'homme, nous l'avons vu déja est un "animal social". Ce qui ne signifie pas qu'il n'est pas fait pour la solitude.

Il y a en effet solitude et solitudes...

La rupture, l'abondon, font que cette solitude, pas choisie est aussi source de questionnements, de remise en cause de soi, de profonds bouleversements. C'est une blessure narcissique profonde, une perte d'amour qui fait de nous un être qui n'est plus "aimable" "consommable" m'a dit une patiente..
S'en suit irremédiablement une baisse de l'estime de soi, de la confiance en soi. De ses compétences, de ses capacités. De soi.

Qui suis-je donc si je ne suis plus aimé ? Si je suis quitté "je suis un ou une bonne à rien". PLus digne d'amour, de tendresse, du regard de l'autre ?

Cette solitude à laquelle personne n'est vraiment préparée est toxique, dans le sens où elle blesse, fait mal, et empêche de vivre, de vivre vraiment, car on essaie tout de même de faire face au quotidien mais pas toujours.

Certains sont mieux préparés que d'autres. Cela dépend de ce que nous avons vécu dans l'enfance. Comment nous avons vécu la et les séparations.
Freud a expliqué dans son ouvrage, Au delà du principe de plaisir, après avoir observé son petit fils comment l'enfant arrivait à maitriser l'absence (de sa mère en l'occurence).

Plus près de nous Winnicott, a démontré que la capacité pour l'enfant d'être seul en présence de sa mère était un signe essentiel de développement. Ce qu'il en raconte du reste se fonde sur le renforcement (n'en déplaise aux psychanalystes ennemis des TCC). Il faut que l'expérience en présence de l'autre soit suffisamment répétées pour qu'elle soit efficace.

Ainsi, il faut que l'enfant expérimente la solitude pour se découvrir et se façonner, il faut qu'il comprenne (Freud l'explique fort bien avec le Fort/Da) que ce qui est loin de son regard ne signifie pas la disparition de l'être aimé. Il est nécessaire qu'il comprenne que le départ de l'adulte n'est pas un abandon.... La mère "suffisamment présente" qui sait aussi ne pas être là. Que l'enfant se dise confiant "maman n'est pas là, elle me manque, mais je sais qu'elle va revenir". Que l'enfant apprenne aussi à être heureux loin de ceux qui l'aiment et qu'il aime. Qu'il construire serainement tout un réseau social, des copains à la créche, à l'école. Qu'il se détache, doucement, confiant...Que la mère, mais le père aussi, le lui apprenne ! Que les parents soient au sens winnicottien "suffisamment bons".

C'est un idéal. Nous savons tous que l'idéal n'est pas la réalité. Etre parents, ne s'apprend pas, éduquer, disait Freud est une tâche impossible et nous sommes, nous mêmes le résultat de notre propre histoire, qui n'a pas été idéale non plus. La plupart des parents essaient ou croient bien faire. (je ne parle pas des liens ni des conduites pathologiques, ni fusionnelles)

C'est souvent ce un lien enfant/adulte, absent ou défectueux qui peut conduire au shéma d'abandon, à cette angoisse de séparation, à ce sentiment d'être suffisammnent mauvais pour être laissé "pour toujours"..

Mais 'pourquoi" ? Ce point est également à développer et constitue l'histoire du sujet. Du moins un des points de départ de son histoire, de sa souffrance parfois. Les histoires se ressemblent souvent. Du moins c'est ce que j'entends au quotidien : Vulnérabilité, insécurité, fragilité de ce lien ou absence tout court..

Autant d'élèments qui font que lors d'une rupture, des années plus tard ce shéma s'active ou se reactive. Le traumatisme se réveille... On observe une succession de traumatismes ("de chocs tout le temps, depuis que je suis née" me confiait une patiente. La répétition se met en place !

Que ce soient les théories analytiques ou cognitivistes, l'explication sous des appelations différentes en arrive à la même conclusion.

Mal préparés, fragilisés dés les premières années, il est alors difficile, voire impossible pour ces sujets de faire face, encore moins de supporter la solitude. Sauf, si des facteurs de résilience suffisamment forts, se sont mis en place. Heureusement ! Et cela existe.

Ainsi, nous sommes inégaux devant la solitude, les solitudes. Nous la vivons différemment selon notre histoire, mais aussi selon le moment, la personne qui nous quitte, la manière dont elle le fait.
Le moment ou l'histoire même de la solitude, qui fait qu'on se retrouve seul.
Seul devant tout ce temps, dont on ne sait subitemment pas quoi faire, alors qu'on se plaint qu'on manque de temps, qu'on a le temps de rien !
Seul devant ce mur de temps, qui se dresse hostile devant nous ! Qui nous nargue et nous rend fou !
Seul devant cette montagne de solitude qu'on ne peut déplacer, qu'on n'a même plus besoin de bouger, devant laquelle on est résigné !
Seul devant cette mer de sable, qui nous enlise doucement, nous étouffe, nous suffoque !
Seul face à ce vide !
Seul face à nous même !

samedi 15 mars 2008

Avoir mal au travail

Le harcélement, le malaise, la souffrance au travail....Pas un seul jour sans qu'on en parle.
A la télé, dans les journaux, des ouvrages en la matière sont devenus des classiques.

A l'hôpital, ma fonction n'était pas de recueillir la parole des soignants, ou des personnels. Pourtant nombre d'entre eux me demandait parfois un rendez-vous : "Ce ne sera pas long, on aurait juste besoin d'un conseil, vous parlez un peu, quand vous aurez cinq minutes..."
Cela durait rarement cinq minutes.

Puis, une fois assis "On souhaiterait, s'il vous plait que ça reste entre nous....qu'on ne sache pas qu'on est venu vous voir"Comme si la parole dite pouvait être dite à d'autres, ailleurs...

D'emblée le décor est planté. Avant même les premiers mots lachés, la souffrance transpire, du regard, des gestes, de l'attitude...

Que de douleur ! Que de souffrance ais-je entendu. Une souffrance identifiée, comprise, supportée par ces personnes jusqu'à l'extrème ! Mais quel extrême !

Dans le meilleur des cas, celui où elles trouvaient encore, où elles pouvaient encore puiser en elle, la force et les ressources nécessaires pour dire enfin ! Mettre en mots, mettre des mots, en sachant que ça ne changerait pas grand chose sur un plan concret.

Car dans le pire des cas, on ne dit rien, on n'ose dire, on culpabilise tant, on a tellement honte ! et on glisse lentement jusqu'à l'autre extrême, celui de mettre un terme à tout ça, car on ne peut rien, et surtout on ne peut plus.

Le nombre de suicides au travail est de plus en plus important. La justice reconnait elle aussi certaines notions, la médecine aussi, en prescrivant non plus de simples arrêts maladies, mais des "accidents de travail" et des "maladies professionnelles". Ce qui n'est pas rien, non seulement dans le versement des prestations, mais aussi et surtout pour les personnes elles mêmes victimes de ces agissements, qui se sentent enfin entendues, reconnues et comprises.

Car ces agissements, on les rencontre partout. Ici pour une fois, pas d'opposition public/privé, l'agissement prevers, la perversité institutionnelle est partout.

Ces agissements prennent toutes les formes possibles et imaginables... La perversité posséde en la matière un registre illimité, qui me surprendra toujours.

Elle va du rejet, au harcelement, à l'abaissement de l'autre. C'est une véritable mise à mort ! une mort psychique !

Il en résulte de véritables blessures narcissiques et de la souffrance. Car l'agresseur (c'est bien de cela qu'il s'agit, et souvent celui ci a un visage d'ange, c'est un bon agent au dessus de tout soupçons) ne s'attaque pas au travail, ne critique pas la prestation, mais la personne "tu es un nul !"
Ce n'est pas rien !
Tout salarié est un sujet qui a au sein de l'entreprise une fonction, des tâches à assumer, un rôle à jouer.... Il le fait, bien ou moins bien... Il peut recevoir des félicitations, encouragements (ce qui malheureusement est rare) et des critiques (les négatives sont faites à foison !) qui portent sur la qualité de son travail. Du rôle de M. x, salarié.

Mais nullement sur ce qu'il est lui. Sur sa qualité de sujet. Sur sa qualité d'homme ou de femme...

Et c'est là que le bât blesse ! L'agresseur, qui ne sait pas que les limites existent, ou que des limites en dehors des siennes existent, mélange tout ! mixe tout ! la personne, le travail, la fonction. Tout cela ne fait qu'un. Un bon/un mauvais. Et l'autre est forcément mauvais.

Et il en retire un plaisir intense. Je n'oserai dire une jouissance.

On peut en analyser les causes, le pourquoi il en arrive là.

On peut penser qu'il fonctionne tout simplement sur un mode pervers, mais qu'il peut le mettre aussi en route pour se protéger. Car contrairement à l'idée reçue l'agresseur, n'est pas un" sur homme". Il a des failles, et de nombreuses !

On peut aussi passer en revue, les nombreuses motivations qui le poussent à "casser sa victime" : la jalousie, la peur de perdre sa place, les peurs diverses....

La peur explique et permet de comprendre beaucoup de choses. Cela se joue souvent sur les registres de la peur, ou plutôt des peur. Peur de soi même. Peur de l'autre, de ce que représente l'autre, de ce qu'il pourrait représenter.. La peur que l'autre soit meilleur. Tout cela se joue aussi dans l'inconscient.
L'agresseur a une faible estime de lui même, peu ou pas de confiance en lui. Il ne peut s'exprimer que sur un mode violent et agressif, blessant l'autre, de peur d'être blessé lui même

Il applique de façon erroné le sage "si vis pacem, pare bellum" !

Il s'en suit une sorte de chasse, un jeu malsain du chat et de la souris, ou l'agresseur se transforme peu à peu en un redoutable tueur !

Mais il y a aussi, pire, je crois que l'agressivité, l'agression directe, les insultes, la violence verbale, les humiliations. Car celles ci se voient, s'entendent. Elles peuvent constituer des preuves. Il peut y avoir des témoins.

Comme je l'ai souligné plus haut, le pervers a plus d'un tour dans son sac...(et quel sac !)

Il y a l'ignorance. Ignorer l'autre, le collègue, faire comme s'il n'existait pas.
L'indifférence ! Ne rien témoigner, de témoigner de rien ! Ne rien manifester. Aucun affect, aucune émotion. L'autre n'est pas ! Il n'a pas d'être ! De substance. Il n'y a rien, l'autre est ce rien. L'autre est rien. Ground zéro !

"Je suis transparent !"
Cette impression (qui est réellement vrai, donc qui n'en n'est pas une) est intolérable pour l'autre, qui est littéralement zappé de l'espace vital de l'autre. Qui ne le voit pas, qui ne l'entend pas, qui ne lui parle pas, qui ne lui répond pas.
Une sorte d'isolement sensoriel... Mais plus pervers encore puisque cela ne se joue pas in vitro, mais in vivo, avec la présence de l'autre ou des autres qui ignorent leur victime. Qui font comme si elle n'était pas là. Alors qu'elle est là, en chair et en os !

Etre transparent ! un fantasme qui devient dans ce cas une terrible et insupportable réalité.

L'être en entier est nié. Sa personne, sa fonction, ses compétences, son savoir, son savoir faire, son expérience. LUI.
Il ne sert à rien, il est inutile, il n'apporte rien, il n'existe pas.

Il n'a pas de place.
On fait en sorte qu'il n'ait pas de place..........................

C'est insoutenable, invivable, les victimes de la "transparence" préféreraient encore être maltraitées comme l'enfant battu par ses parents 'ils m'aiment puisqu'ils me battent".

Ignorer l'autre, le gommer de son environnement est la pire blessure narcissique qu'on puisse infliger à l'autre.
Qui ne peut même pas se défendre. Il n'y a ni faute, ni délit...

vendredi 14 mars 2008

Ecriture et travail analytique 1

Ou comment ce type de "travail" se met en place à travers l'écrit, avec et grâce aux mots.

Ce sont mes patients, une fois encore, qui m'ont amenée à cette pratique et à ces réflexions.
L'écriture a toujours tenu une place privilégiée dans ma vie, que ce soit celle des autres, que je découvrais en les lisant, ou la mienne que j'ai expérimenté très tôt, sous forme de journal, ou de relations épistolaires.
Enfant, puis adolescente, je ne passais pas une seule journée sans écrire, à moi même, à une amie imaginaire, à ma meilleure amie, voisine de classe, à des amies éloignées, à des correspondants du monde entier à mon cousin pensionnaire dans un collège anglais.
Nous échangions, parlions de nous, de nos émotions, de nos sentiments, de nos désirs, de tout et de rien. Nous n'utilisions pas ou peu le téléphone, les mots n'y avaient pas le même sens.
Tous les jours, j'attendais le facteur, puis je m'isolais pour savourer ces écrits de toutes sortes ! Un bonheur que je n'avais nullement envie de partager.
J'en rêvais aussi...



J'ai toujours continué à écrire. Pour le plaisir, mais aussi pour venir à bout de la souffrance, de celle qui ne pouvait pas toujours se dire. Ces mots sur le papier m'ont alors ensuite permis de faire ce long travail, ce long chemin, qui me paraissait indispensable, rapide, et paradoxalement interminable..

Les patients rencontrés dans le cadre d'accompagnements ou de thérapies m'écrivaient parfois, pour "me donner des nouvelles", m'envoyaient une carte postale, de vacances, pour Noël. Je recevais aussi des cartes m'annonçant un décés.
On ne téléphone pas ces informations là.

L'écrit encore une fois. Le lien, avec le support, l'envoi d'une lettre, extension de nous même.

Mon travail d'alors reposait surtout et principalement sur la parole, dite ou non dite pendant les séances. Libres associations, associations libres. Mise en mots de souffrances, relations d'histoires, d'histoire, de traumatismes.... Mise en mots de maux de toutes sortes, mise en maux de mots tus, de mots tués pendant des années.

L'écrit dans ma relation à l'autre, sujet, ne jouait pas de rôle essentiellement thérapeutique, du moins comme il le joue aujourd'hui dans le travail que je mêne avec mes patients. Je le considérai surtout comme "maintien du lien" "objet de réassurement".

L'envoi d'une lettre ou d'une carte a toujours un sens pour celui qui l'adresse, et il souhaite qu'il ait aussi un sens pour celui qui le reçoit. Ce n'est pas seulement pour "donner des nouvelles" mais aussi et surtout se rappeler à moi. Dire, encore.... Cet "encore" prend tout son sens ici, dans ce contexte. Encore, encore de l'amour... De l'amour de transfert.

Pourtant il parait qu'on s'écrit de moins en moins, qu'on envoie de moins en moins de carte de voeux, de cartes postales, de billets doux, de lettres d'amour. La mode est aux SMS, aux mails, au mieux aux conversations téléphoniques... Pourtant mes patients écrivent, s'écrivent, m'écrivent !
Ils n'écrivent pas de textos, avec des abréviations incompréhensibles, mais des lettres, des textes, des nouvelles parfois. Avec des mots, des mots choisis, qu'ils ont choisis pour exprimer leur pensée, pour dire.

C'est sur ces textes là, ces comportements là, ces désirs là que je souhaite m'arréter et réflechir.
C'est une nouvelle forme d'échanges, de liens aussi entre le sujet et son thérapeute, entre celui qu'il fait son thérapeute..

mercredi 12 mars 2008

Psychanalyse : Une ouverture

La réflexion d'une de mes correspondantes m'interpelle, et interpelle l'idée classique qu'on se fait de la psychanalyse.

Elle m'écrit "c'était bien ça : l'analyse, que je faisais, qui se déroulait, qui se passait, qui avait lieu et je n'en n'étais pas consciente"..... "Ce qui se passe c'est une psychanalyse, je suis en analyse"

Surprenant ! Impensable pour les "puristes" et pourtant. C'est bien le sujet qui fait de nous, le thérapeute, ou l'analyste. Qui de par sa parole nous donne cette fonction.

Durant toutes ces années passées à l'hôpital j'ai rencontré, suivi, accompagné des centaines de patients et leur famille. A leur demande. Pourtant le "travail analytique " ne s'est pas mis en place pour chacun d'eux. Et heureusement.

Il suffisait parfois de quelques entretiens, l'occasion offerte de pouvoir enfin déposer sa souffrance, d'exprimer sa douleur, son chagrin. De chercher des solutions. D'avoir simplement besoin de parler et de pouvoir le faire.

Pour d'autres, ça s'est passé autrement. Nos rencontres se sont passées autrement. Elles ont donné lieu à un autre type de travail.

Ce sont eux qui ont en fait une "analyse". Ce sont eux qui ont décidé que je serai "leur analyste". Qui ont mis en place, avec mon accord, un travail analytique.
Bien sûr ils en avaient la possibilité, le choix leur étant offert. L'espace de parole mis à leur disposition leur permettait de mettre en mots et de dire. Mais aussi et surtout d'élaborer, de comprendre, de permettre.

Et le transfert ? Il y a du transfert partout disait Lacan. Oui sûrement, sauf que le travail analytique s'élabore autour de ce transfert. Que tout se joue à partir de là. Si on s'autorise, si on s'y autorise, on n'improvise pas, on ne s'improvise pas.

Alors que voulait donc dire ma correspondante ? Que le transfert s'était élaboré petit à petit, lors des face à face ? Possible. Sûrement vrai, puisque 'elle le dit. Puisque son analyste (qui n'est pas moi) le dit aussi.

La vérité du Sujet. La seule et l'unique. Qu'importe les autres vérités....

Nourrie à la psychanalyse, je ne le suis pas qu'à la psychanalyse. Nous ne mangeons pas que d'un seul plat ? Nous avons envie d'essayer d'autres parfums... Essayer n'est pas non plus adopter.
Notre société évolue, je l'ai déja souligné lors de la création de ce blog, les rapports sociaux aussi.
Il me semble que s'en tenir à la cure type est réducteur, ce serait se priver de bien des connaissances, de bien des compétences, ce serait par conséquent priver bien des patients, ou simplement des sujets à partir à la découverte d'eux mêmes. Ce ne serait pas convenable....

Pour certains cela convient. C'est leur plus cher désir. Eh bien allongez vous sur le divan !

Mais pour les autres ? Ceux qui ne sont pas prés, qui n'ont pas envie, qui préférent le dialogue, les échanges. Ceux qui réclament une écoute autre que la neutralité bienveillante caricaturale du psychanalyste impassible devant le désespoir, le déballage d'horreurs, les larmes et la souffrance. Ceux qui ont envie, besoin, qu'on leur manifeste un peu d'empathie, de compassion, qui désirent faire un bout de chemin en compagnie d'un être de chair et de sang, mais qui a le recul nécessaire, une formation solide, qui ne les conseillera pas, ne les jugera pas, mais les guidera vers les réponses qu'ils ont en eux, qui les aidera à se rencontrer...

Une écoute attentive, bienveillante, en dehors du divan peut être analytique.... L'inconscient n'est pas le monopole du divan !
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Nota bene

Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.

Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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