L'Etre humain est unique, chaque rencontre est unique, c'est un éternel recommencement, une aventure nouvelle à chaque fois
Psychanalyse Aujourd'hui
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne
Accompagner le désir d'être Soi
"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir
Mon livre : "j'aime ma vie"
mardi 17 janvier 2012
Eva - le mur (1966)
En écho à l'article "Requiem pour un Mur" peut-être ?
Eva une chanteuse oubliée, méconnue, d'une autre époque
Une chanson envoyée par un ami, pour rappeler qu'elle fut interdite d'antenne à une certaine époque !
Eva et son amour pour Berlin, Eva chantant Marlène, de Berlin elle aussi
Que de liens !
Berlin, für immer
dimanche 15 janvier 2012
Comprendre
"Comprendre s'est déjà commencer à excuser" m'écrit un lecteur en réaction à mon article sur l'antisémitisme...
Comprendre ?
Je n'ai pas l'intention de traiter ici une des questions "bateau" des dissertations de philosophie, mais je propose quand même à ceux qui me liront une petite réflexion et mise au point.
Je ne pense pas que ce soit le cas, au contraire, il me semble que le désir de comprendre s'inscrit dans celui du sujet d'ad venir à l'humanité...
Cet article a soulevé plusieurs réactions passionnées, des insultes, des moqueries et aussi de l'indifférence ou de la crainte. Ne pas voir ne signifie pas ignorer, mais peut vouloir dire dénier.
Ce n'est pas notre propos, mais il convient de souligner que le fait même d'en parler provoque des réactions hors norme. Un peu comme si le sujet était en lui même tabou...
Alors avoir la prétention de tenter de donner une explication suscite chez l'autre une certaine indignation
Comprendre : Il s'agit de saisir le sens, (du moins essayer) de concevoir quelque chose par l'esprit, de concevoir les raisons qui ont provoquées tel acte, incitées telle action. C'est aussi connaitre quelque chose en son intérieur en déchiffrant sa singularité. Les scientifiques en donnent la définition suivante : "ramener la diversité des conséquences à leur causes et acceptions".
Justement, ne pas vouloir comprendre, refuser d'en parler, dire simplement, c'est un scandale, une horreur, une honte, ceux qui ont fait ça sont des monstres.. etc... Ne sert à rien. Cela soulage peut-être de ce trop plein de douleur, de colère, de souffrance, de peur, mais...?
On peut en effet entendre, voir, recevoir des paroles, du chagrin, de la peine, mais si ce n'est que pour compatir, plaindre, pleurer avec ? A quoi cela sert-il ?
Comprendre, du moins essayer, est un premier pas.
De nombreux travaux ont été menés pour essayer de donner une explication à l'antisémitisme mais aussi au nazisme, à ce qui s'est passé en Europe il n'y a pas si longtemps. Cette histoire est encore présente. Il reste des survivants victimes et bourreaux. L'histoire est à fleur de peau, sur toutes les lèvres, dans tous les coeurs.
C'est une blessure, une plaie béante qui ne se referme pas, qui ne peut se cicatriser, qui saigne à chaque fois. Une cicatrice qui ne guérit pas !
Un fardeau que nous portons tous, un poids dont la communauté des hommes ne peut se délester. C'est peut-être ça, qui fait qu'elle veut comprendre
Peut-on alors légitimement le lui reprocher ?
Lui en vouloir de chercher à savoir ce qui a permis à d'autres ce qui les a autoriser à commettre de tels crimes, de telles monstruosités, atrocités.
Il ne s'agit en rien d'excuser, ni de commencer à le faire. Ce serait peut-être alors confondre pardon et excuse, pardonner et excuser.
Excuser c'est effacer la faute, disculper, trouver des circonstances atténuantes, dire "vous ne l'avez pas fait exprés", pardonner c'est faire don de générosité..
Mais nous ne sommes pas dans ce registre là.
Comprendre ce n'est pas ça, mais pas du tout ! Comprendre n"est pas être compréhensif, indulgent
Dans le cas qui nous interesse, nous pouvons nous interroger sur l'intention de faire le mal. En toute conscience. Les rapports émanant des interrogatoires, les travaux d'Hannah Arendt (contestés par ceux qui lui reproche sa liaison avec Heidegger par ex, sa conversion au catholicisme, son anti sionisme... aussi) nous éclairent un peu. Obeir aux ordres ! Nous avons obéis aux ordres clament les accusés de Nuremberg, les SS, qui n'ont d'ailleurs aucun remords. Mais pourquoi en auraient-ils puisqu'ils étaient alors convaincus d'avoir fait ce qu'il fallait faire. D'où pour certains l'incompréhension d'être sur le banc des accusés.... Obéir à des ordres fous, in humains (et j'insiste, n'en déplaise à certains, de cliver le mot, en en séparant le préfixe) sans sciller, se poser la moindre question. Volonté de nuire alors ? Désir d'obéir ? Obéir à des ordres qui résonnent et raisonnent dans leur logique. Puisqu'ils ne les heurtent pas, ne les mettent pas en dissonance, au contraire. Obéir à des ordres condamnables au nom de l'Humanité. Font-ils partie eux mêmes de cette Humanité, où bien en sont-ils sortis ?
Peut-on invoquer la "nécessité extérieure" ? Des ordres qui ainsi font d'eux les victimes consentantes d'un système totalitaire et d'un processus qui les y contraignent. Qui leur permet aussi d'assouvir en toute impunité des pulsions sadiques et destructrices, de projeter sur l'autre haï tout ce qu'ils détestent de l'humanité haïe tout autant ?
Des hypothèses, parce que comprendre c'est ça aussi, soulever des hypthèses, les valider ou non, examiner les faits, les questionner.. Qu'est ce qui a permis de tels actes ?
Et à la lumière de cet examen là, tenter, je dis bien modestement tenter de tirer leçon.
Comme je l'ai souligné précédemment, il ne s'agit pas de disculper.
Ni de pardonner. Pourtant certains, et je les admire, car j'en serai incapable, l'ont fait, ont réussi à poser cet acte de générosité envers leurs bourreaux., ils ont pardonnés et en ressortent sans aucun doute grandis et en paix.
Comprendre ?
Je n'ai pas l'intention de traiter ici une des questions "bateau" des dissertations de philosophie, mais je propose quand même à ceux qui me liront une petite réflexion et mise au point.
Je ne pense pas que ce soit le cas, au contraire, il me semble que le désir de comprendre s'inscrit dans celui du sujet d'ad venir à l'humanité...
Cet article a soulevé plusieurs réactions passionnées, des insultes, des moqueries et aussi de l'indifférence ou de la crainte. Ne pas voir ne signifie pas ignorer, mais peut vouloir dire dénier.
Ce n'est pas notre propos, mais il convient de souligner que le fait même d'en parler provoque des réactions hors norme. Un peu comme si le sujet était en lui même tabou...
Alors avoir la prétention de tenter de donner une explication suscite chez l'autre une certaine indignation
Comprendre : Il s'agit de saisir le sens, (du moins essayer) de concevoir quelque chose par l'esprit, de concevoir les raisons qui ont provoquées tel acte, incitées telle action. C'est aussi connaitre quelque chose en son intérieur en déchiffrant sa singularité. Les scientifiques en donnent la définition suivante : "ramener la diversité des conséquences à leur causes et acceptions".
Justement, ne pas vouloir comprendre, refuser d'en parler, dire simplement, c'est un scandale, une horreur, une honte, ceux qui ont fait ça sont des monstres.. etc... Ne sert à rien. Cela soulage peut-être de ce trop plein de douleur, de colère, de souffrance, de peur, mais...?
On peut en effet entendre, voir, recevoir des paroles, du chagrin, de la peine, mais si ce n'est que pour compatir, plaindre, pleurer avec ? A quoi cela sert-il ?
Comprendre, du moins essayer, est un premier pas.
De nombreux travaux ont été menés pour essayer de donner une explication à l'antisémitisme mais aussi au nazisme, à ce qui s'est passé en Europe il n'y a pas si longtemps. Cette histoire est encore présente. Il reste des survivants victimes et bourreaux. L'histoire est à fleur de peau, sur toutes les lèvres, dans tous les coeurs.
C'est une blessure, une plaie béante qui ne se referme pas, qui ne peut se cicatriser, qui saigne à chaque fois. Une cicatrice qui ne guérit pas !
Un fardeau que nous portons tous, un poids dont la communauté des hommes ne peut se délester. C'est peut-être ça, qui fait qu'elle veut comprendre
Peut-on alors légitimement le lui reprocher ?
Lui en vouloir de chercher à savoir ce qui a permis à d'autres ce qui les a autoriser à commettre de tels crimes, de telles monstruosités, atrocités.
Il ne s'agit en rien d'excuser, ni de commencer à le faire. Ce serait peut-être alors confondre pardon et excuse, pardonner et excuser.
Excuser c'est effacer la faute, disculper, trouver des circonstances atténuantes, dire "vous ne l'avez pas fait exprés", pardonner c'est faire don de générosité..
Mais nous ne sommes pas dans ce registre là.
Comprendre ce n'est pas ça, mais pas du tout ! Comprendre n"est pas être compréhensif, indulgent
Dans le cas qui nous interesse, nous pouvons nous interroger sur l'intention de faire le mal. En toute conscience. Les rapports émanant des interrogatoires, les travaux d'Hannah Arendt (contestés par ceux qui lui reproche sa liaison avec Heidegger par ex, sa conversion au catholicisme, son anti sionisme... aussi) nous éclairent un peu. Obeir aux ordres ! Nous avons obéis aux ordres clament les accusés de Nuremberg, les SS, qui n'ont d'ailleurs aucun remords. Mais pourquoi en auraient-ils puisqu'ils étaient alors convaincus d'avoir fait ce qu'il fallait faire. D'où pour certains l'incompréhension d'être sur le banc des accusés.... Obéir à des ordres fous, in humains (et j'insiste, n'en déplaise à certains, de cliver le mot, en en séparant le préfixe) sans sciller, se poser la moindre question. Volonté de nuire alors ? Désir d'obéir ? Obéir à des ordres qui résonnent et raisonnent dans leur logique. Puisqu'ils ne les heurtent pas, ne les mettent pas en dissonance, au contraire. Obéir à des ordres condamnables au nom de l'Humanité. Font-ils partie eux mêmes de cette Humanité, où bien en sont-ils sortis ?
Peut-on invoquer la "nécessité extérieure" ? Des ordres qui ainsi font d'eux les victimes consentantes d'un système totalitaire et d'un processus qui les y contraignent. Qui leur permet aussi d'assouvir en toute impunité des pulsions sadiques et destructrices, de projeter sur l'autre haï tout ce qu'ils détestent de l'humanité haïe tout autant ?
Des hypothèses, parce que comprendre c'est ça aussi, soulever des hypthèses, les valider ou non, examiner les faits, les questionner.. Qu'est ce qui a permis de tels actes ?
Et à la lumière de cet examen là, tenter, je dis bien modestement tenter de tirer leçon.
Comme je l'ai souligné précédemment, il ne s'agit pas de disculper.
Ni de pardonner. Pourtant certains, et je les admire, car j'en serai incapable, l'ont fait, ont réussi à poser cet acte de générosité envers leurs bourreaux., ils ont pardonnés et en ressortent sans aucun doute grandis et en paix.
jeudi 12 janvier 2012
jeudi 5 janvier 2012
Etre et devenir
Partir Revenir
J'ai revu ce film hier, revu ?
Pourtant il m'a semblé le voir pour la première fois...
Encore une fois.
Il est vrai que les films de Lelouch se ressemblent même s'ils sont à chaque fois différents. C'est là, tout le paradoxe, une sensation de déjà vu, parfois..
Des thèmes récurrents, oui, souvent, la mort, la guerre, la délation, la vie, le désir, l'amour, le questionnement de cet au delà inconnu et présent... La réincarnation
Un film singulier porté par la musique, omniprésente, parfois dérangeante, tellement ! Au point que l'envie de couper le son me prend tellement c'en est trop ! Stop !
Une musique qui rythme, qui parle, qui dit, qui psalmodie...
Une musique ! Rachmaninov concerto n°2....
Porté par la musique l'histoire narre l'Histoire.
Celle de la guerre, celles de gens ordinaires.. Pas tant que ça pourtant...
Oublié alors ? Je n'en sais rien
Comme à chaque fois que je regarde ses films, je suis heureuse, ravie, portée, emportée, subjuguées, charmée, enchantée, et mal à l'aise aussi.
Parfois tout cela en même temps !
C'est aussi cela le paradoxe. J'aime ne pas aimer, j'aime ce qui dérange, je suis dérangée parce que j'aime....
L'amour n'est jamais simple...
Mal aise...
Peut-être parce que justement il s'agit de la vie ordinaire, pas si ordinaire que ça, et que les gens qui font cette histoire de l'Histoire pourraient être n'importe qui.
Parce que l'histoire pourrait être vraie, aurait pu être vraie, est peut-être vraie.
Réincarnation ? Ce thème ne m'obsède pas, je ne crois pas en un au dela possible, mais après tout je n'en sais rien, alors pourquoi pas ?
En revanche... la délation.
Ordinaire, dénoncer ? Pourquoi ? Volonté de nuire, méchanceté, haine, vengeance ? Non. Pas seulement. Le film montre que l'amour, la jalousie peuvent conduire à la peur, la peur à la haine, de l'autre puis la haine de soi
Au point que vivre devient impossible !
Vivre nous le savons tous est difficile, demande des efforts, de l'énergie, demande de l'envie pour se maintenir en vie. Vivre pour ne pas mourir...
Et la musique porte cette envie d'en vie. De ne pas mourir, de vivre pour comprendre, pour savoir Qui ?
Savoir ce qui dérange et pourquoi, savoir ce qui questionne, interpelle... Pour aller au delà.
Voir un film c'est aussi s'approprier l'illusion, faire de celle ci, qui n'existe pas, une réalité, afin d'accéder au réel. A sa propre réalité.
Regarder un film c'est aussi abandonner cette illusion, progressivement, comprendre que cela n'est pas, n'est pas réel, et comprendre le présent, construit par le passé.
Filmer est tout autre, je pense, il y a montrer à voir, à entendre et à écouter, tout comme écrire c'est laisser, quitter, donner un peu de soi à l'autre. Dans l'attente d'une response.
res spondeo ...promettre à son tour...
Une histoire de rencontre. Ou pas,
L'adresse... A quelqu'un qu'on ne connait pas. Si l'art n'est pas sans objet il n'est pas non plus sans adresse. Il faut la présence de l'autre pour que le message prenne sens.
L'autre n'entend pas forcément, ne voit pas forcèment ce qui est donné à entendre ou montrer à voir...
Forcèment.
Il y a de nombreuses années un jeune patient me dit "j'ai pleuré en entendant ça (il parlait de musique baroque) je n'y comprends rien à la musique, je n'ai jamais appris quoi que ce soit là dessus, la musique classique, un truc de baltringue...
Mais c'était fort, ça me prenait là, aux tripes, ça me tordait le ventre, j'étais tout retourné, et jai pleuré ....j'ai rien dit, on se serait foutu de moi... vous comprenez.. "
L'Art avait atteint sa cible... ! Tiré, touché, pris, capturé...
Le cinéma c'est pareil, les images, le son, les dialogues tout emporte, nous transporte dans la réalité de l'illusion.
Il se joue des choses dans cet espace là, intime entre le réel et l'illusion, le dedans et le dehors, infime espace privilégié où l'on peut déposer, reposer, questionner... Mais quoi ?
Ca touche, ou ne touche pas !
Ca parle ou ça ne parle pas
Partir Revenir.. Me parle, me touche, me transporte.... Me questionne. Surtout !
Dans un précédent article je parlais de comprendre, de pardon aussi. Les scènes de l'arrestation me soulèvent le coeur, me donnent la nausée
Le réel dans l'illusion, car ce n'est pas dans la fiction. L'histoire, la vraie, les archives, documents historiques le disent...
Ce n'est pas tant l'arrestation, mais la délation, la gendarmerie française, la Gestapo... Arrêter d'autres français, non d'autres, autres parce que juifs... Une mise à mort, sans état d'âme, un combat inégal ! Des gens ordinaires ou presque...
Mélés à tout ça. Sordide, infâme..
Au nom de quoi ?
"Non je ne pardonne pas, ça je ne peux, ne pourrai jamais pardonner.. Non jamais ! "
Cette phrase là m'a échappé, s'est échappée de l'espace intime, de cet intérieur du dedans où se mélent réalité et illusion, où se joue "la création du monde"...
Car cette scène, illusion du cinéma fait irruption dans le réel, intrusion sordide d'une réalité qui l'est tout autant !
Trauma... Effraction dans le réel, et dans cet espace intime...?
Une de mes amies me disait à la suite de "Requiem pour un mur" je comprends ta vigilance... Vigilance ? Peut-on l'être, peut-on protéger l'homme de lui même ?
Traverser l'obscur, quitter les ténébres pour gagner la lumière est un parcours du combattant, c'est un combat qu'on engage pour la vie, pas pour la survie. Pas pour vivre à demi. Pour vivre enfin, pour se donner naissance, s'offrir ce cadeau là, pour dire je, je veux !
C'est peut-être ça, l'illusion du cinéma, de ce cinéma là ?
Un cinéma qui parle, mais qui témoigne...Aussi.
Mais tout comme mon jeune patient...
Tout n'arrive pas forcément à destination. Encore faut-il être présent à l'adresse pour recevoir ce qui nous est destiné.
Pour tenir la promesse et promettre à son tour
Encore un rendez-vous.. Qui peut-être manqué, raté.
Une rencontre avortée...
Ou pas...
Une rencontre troublante, inquiétante, dérangeante, douloureuse... Mais aussi, merveilleuse, puisqu'elle nous permet ce face à face unique avec notre être seul, avec ce moi inconnu, ce je qui est un autre car conjugué à tous les temps du passé, un je à recomposer pour un présent futur.
Un je qui seulement parce qu'il subit ces histoires et ces métamorphoses peut affirmer être un je suis.
Enfin !
J'ai revu ce film hier, revu ?
Pourtant il m'a semblé le voir pour la première fois...
Encore une fois.
Il est vrai que les films de Lelouch se ressemblent même s'ils sont à chaque fois différents. C'est là, tout le paradoxe, une sensation de déjà vu, parfois..
Des thèmes récurrents, oui, souvent, la mort, la guerre, la délation, la vie, le désir, l'amour, le questionnement de cet au delà inconnu et présent... La réincarnation
Un film singulier porté par la musique, omniprésente, parfois dérangeante, tellement ! Au point que l'envie de couper le son me prend tellement c'en est trop ! Stop !
Une musique qui rythme, qui parle, qui dit, qui psalmodie...
Une musique ! Rachmaninov concerto n°2....
Porté par la musique l'histoire narre l'Histoire.
Celle de la guerre, celles de gens ordinaires.. Pas tant que ça pourtant...
Oublié alors ? Je n'en sais rien
Comme à chaque fois que je regarde ses films, je suis heureuse, ravie, portée, emportée, subjuguées, charmée, enchantée, et mal à l'aise aussi.
Parfois tout cela en même temps !
C'est aussi cela le paradoxe. J'aime ne pas aimer, j'aime ce qui dérange, je suis dérangée parce que j'aime....
L'amour n'est jamais simple...
Mal aise...
Peut-être parce que justement il s'agit de la vie ordinaire, pas si ordinaire que ça, et que les gens qui font cette histoire de l'Histoire pourraient être n'importe qui.
Parce que l'histoire pourrait être vraie, aurait pu être vraie, est peut-être vraie.
Réincarnation ? Ce thème ne m'obsède pas, je ne crois pas en un au dela possible, mais après tout je n'en sais rien, alors pourquoi pas ?
En revanche... la délation.
Ordinaire, dénoncer ? Pourquoi ? Volonté de nuire, méchanceté, haine, vengeance ? Non. Pas seulement. Le film montre que l'amour, la jalousie peuvent conduire à la peur, la peur à la haine, de l'autre puis la haine de soi
Au point que vivre devient impossible !
Vivre nous le savons tous est difficile, demande des efforts, de l'énergie, demande de l'envie pour se maintenir en vie. Vivre pour ne pas mourir...
Et la musique porte cette envie d'en vie. De ne pas mourir, de vivre pour comprendre, pour savoir Qui ?
Savoir ce qui dérange et pourquoi, savoir ce qui questionne, interpelle... Pour aller au delà.
Voir un film c'est aussi s'approprier l'illusion, faire de celle ci, qui n'existe pas, une réalité, afin d'accéder au réel. A sa propre réalité.
Regarder un film c'est aussi abandonner cette illusion, progressivement, comprendre que cela n'est pas, n'est pas réel, et comprendre le présent, construit par le passé.
Filmer est tout autre, je pense, il y a montrer à voir, à entendre et à écouter, tout comme écrire c'est laisser, quitter, donner un peu de soi à l'autre. Dans l'attente d'une response.
res spondeo ...promettre à son tour...
Une histoire de rencontre. Ou pas,
L'adresse... A quelqu'un qu'on ne connait pas. Si l'art n'est pas sans objet il n'est pas non plus sans adresse. Il faut la présence de l'autre pour que le message prenne sens.
L'autre n'entend pas forcément, ne voit pas forcèment ce qui est donné à entendre ou montrer à voir...
Forcèment.
Il y a de nombreuses années un jeune patient me dit "j'ai pleuré en entendant ça (il parlait de musique baroque) je n'y comprends rien à la musique, je n'ai jamais appris quoi que ce soit là dessus, la musique classique, un truc de baltringue...
Mais c'était fort, ça me prenait là, aux tripes, ça me tordait le ventre, j'étais tout retourné, et jai pleuré ....j'ai rien dit, on se serait foutu de moi... vous comprenez.. "
L'Art avait atteint sa cible... ! Tiré, touché, pris, capturé...
Le cinéma c'est pareil, les images, le son, les dialogues tout emporte, nous transporte dans la réalité de l'illusion.
Il se joue des choses dans cet espace là, intime entre le réel et l'illusion, le dedans et le dehors, infime espace privilégié où l'on peut déposer, reposer, questionner... Mais quoi ?
Ca touche, ou ne touche pas !
Ca parle ou ça ne parle pas
Partir Revenir.. Me parle, me touche, me transporte.... Me questionne. Surtout !
Dans un précédent article je parlais de comprendre, de pardon aussi. Les scènes de l'arrestation me soulèvent le coeur, me donnent la nausée
Le réel dans l'illusion, car ce n'est pas dans la fiction. L'histoire, la vraie, les archives, documents historiques le disent...
Ce n'est pas tant l'arrestation, mais la délation, la gendarmerie française, la Gestapo... Arrêter d'autres français, non d'autres, autres parce que juifs... Une mise à mort, sans état d'âme, un combat inégal ! Des gens ordinaires ou presque...
Mélés à tout ça. Sordide, infâme..
Au nom de quoi ?
"Non je ne pardonne pas, ça je ne peux, ne pourrai jamais pardonner.. Non jamais ! "
Cette phrase là m'a échappé, s'est échappée de l'espace intime, de cet intérieur du dedans où se mélent réalité et illusion, où se joue "la création du monde"...
Car cette scène, illusion du cinéma fait irruption dans le réel, intrusion sordide d'une réalité qui l'est tout autant !
Trauma... Effraction dans le réel, et dans cet espace intime...?
Une de mes amies me disait à la suite de "Requiem pour un mur" je comprends ta vigilance... Vigilance ? Peut-on l'être, peut-on protéger l'homme de lui même ?
Traverser l'obscur, quitter les ténébres pour gagner la lumière est un parcours du combattant, c'est un combat qu'on engage pour la vie, pas pour la survie. Pas pour vivre à demi. Pour vivre enfin, pour se donner naissance, s'offrir ce cadeau là, pour dire je, je veux !
C'est peut-être ça, l'illusion du cinéma, de ce cinéma là ?
Un cinéma qui parle, mais qui témoigne...Aussi.
Mais tout comme mon jeune patient...
Tout n'arrive pas forcément à destination. Encore faut-il être présent à l'adresse pour recevoir ce qui nous est destiné.
Pour tenir la promesse et promettre à son tour
Encore un rendez-vous.. Qui peut-être manqué, raté.
Une rencontre avortée...
Ou pas...
Une rencontre troublante, inquiétante, dérangeante, douloureuse... Mais aussi, merveilleuse, puisqu'elle nous permet ce face à face unique avec notre être seul, avec ce moi inconnu, ce je qui est un autre car conjugué à tous les temps du passé, un je à recomposer pour un présent futur.
Un je qui seulement parce qu'il subit ces histoires et ces métamorphoses peut affirmer être un je suis.
Enfin !
dimanche 1 janvier 2012
Je voeux
Il est coutume de présenter ses voeux pour la nouvelle année, une bien jolie attention, si elle est sincère et désinteressée.
Souhaiter aux amis, à la famille du bonheur, de la réussite, santé, amour, tout ce qu'ils désirent... N'est -ce pas justement un peu trop ?
Un peu trop de trop ? Nous savons tous, qu'il est impossible de tout obtenir, de tout désirer, de tout vouloir, de tout souhaiter. Pourtant il n'est pas question de rester modeste en cette occasion !
Tous nos voeux... Mais voilà, lesquels
Je voeux. Une de mes amies écrivait "je veux vouloir"...
Vouloir. En effet, je veux.
Peut-être faut-il vouloir d'abord, se souhaiter "la bonne année". Puis la souhaiter à ceux qui nous entourent...
L'an se termine et s'ouvre sur la grisaille, pas seulement celle de la météo, mais l'ambiance générale n'est pas au soleil, à la lumière..
Les libations de la veille laissent la place à la gueule de bois du matin.
Les réveils sont parfois douloureux. Le constat est alors effrayant. Le passage à l'an neuf n'a vraiment rien de réjouissant. Il s'ouvre sur une continuité douloureuse, un non espoir cinglant.
Rien de nouveau sous le soleil. Il n'y a plus de soleil, ni noir, ni trompeur...
En une nuit, si courte soit-elle, rien à changer.
Qui aurait eu la folie de le croire ?
Le monde est toujours aussi gris, glacial et sombre...
Nous marchons au coeur de l'obscur, droit vers les ténèbres, et ceux qui veulent nous faire croire le contraire nous mentent ou se moquent...
Ou peut-être, le miracle existe ? C'est possible et je le souhaite. C'est mon veux pour cette nouvelle année, le plus sincère.
J'aimerais.. Au conditionnel, mais sans condition. Je voeux !
Les réjouissances sont amères cette année ! Cela ne passe pas vraiment. Il est de bon ton, d'être heureux, cette injonction des fins d'années, ces festivités, où on fait le plein de cadeaux, de nourriture, de boissons, de tout..
De tout !
Il faut s'amuser, manger, boire, être heureux, chanter, danser !
Il faut oublier la réalité, un instant, un seul instant...S'enivrer dans un tourbillon, entrer dans un trou noir de paillettes et de confettis..
Pour vivre dans l'illusion, vivre l'illusion d'un monde qui tourne rond.
Où personne ne manque de rien, ou tout le monde mange à sa faim, où les enfants vont à l'école, où il n'est question ni de race, de papiers, de religion de couleur de peau...
Un monde parfait..Ou presque, car nous savons que la perfection n'existe pas !
Un monde où tout le monde est beau, gentil, où ce monde s'embrasse sous les feux d'artifice... Se souhaite les meilleures choses du monde...
Ou tous s'aiment sans conditions, un monde sans guerre, sans faim, sans ...
Un monde sans ?
Mais sans quoi ?
Gueule de bois !
Manque de tout, et manque d'amour surtout !
Il est temps de se reveiller et le voir tel qu'il est ce monde, tel qu'il est en marche..
Tel qu'il avance à grand pas, qu'il progresse et régresse...
Un monde presque parfait en effet, où la singularité n'est plus de mise.
Uniformisation des masses, et j'insiste. Une seule voix, voie, et une seule tête. Car cette tête là sait ce qui est bien et ce qu'il faut faire... Sans laisse de place pour que le plus mince des filets de voix puisse s'élever, pas de voie pour un simple bruissement !
Car la parole se meurt, on la tue en silence et dans l'indifférence générale ou presque. Et c'est ce presque qui représente me semble t-il le seul espoir d'espérance. La faille où peut s'engouffrer les voeux. Le je veux !
Pouvons nous continuer à assister en silence, consentir à ce meurtre là.
A cette perversion là ? Car il ne s'agit en aucun cas de silence de la part de ces meurtriers là. Perversion du langage, mise au service d'un totalitarisme qui ne dit pas son nom. Du moins pas encore !
Tuer la parole, celle qui relie les hommes et qui instaure le lien social. Sans cette parole là, il n'y a plus de confiance, de confiance en soi ni de confiance en l'autre.
L'autre devient un ennemi qu'il faut, craindre, dénoncer, se méfier
Quelle société à venir ?
Le meurtre du sujet. Le meurtre de l'être de langage.
Les nazis affirmaient qu'ils n'y avait pas de pourquoi (cité par C. Lanzman) et en DDR à la question "Warum"' il nous était répondu "Darum"....
La perversion a ici un autre visage, plus pervers encore, car elle maintient le sujet dans l'illusion. Un langage perverti qui laisse croire que la langue lie et relie encore. Alors qu'en vérité tout se délite, tout comme l'humanité de l'humain.
Tout est fait pour que le sujet, l'homme sujet de langage devienne étranger à lui même et le place hors je. Hors du je veux ! Je voeux quoi ?
Horde !
Force de mort, force de destruction...
Alors en cette nouvelle année, que dire et que souhaiter ?
Etre vigilant et laisser entrer la lumière, ce mince rayon de soleil qui force les ténèbres, qui seul peut nous amener hors de l'obscur, fil d'Ariane qui nous mène hors du labyrinthe pour nous faire ad venir à nous même
Pour nous donner la force et le courage de dire non. Pour dire oui, à un monde où chaque sujet reconnaitra son humanité et celle de l'autre. Où il pourra vivre en homme et affronter Thanatos !
En être de parole et de lien social
C'est mon "veux le plus sincère !"
Souhaiter aux amis, à la famille du bonheur, de la réussite, santé, amour, tout ce qu'ils désirent... N'est -ce pas justement un peu trop ?
Un peu trop de trop ? Nous savons tous, qu'il est impossible de tout obtenir, de tout désirer, de tout vouloir, de tout souhaiter. Pourtant il n'est pas question de rester modeste en cette occasion !
Tous nos voeux... Mais voilà, lesquels
Je voeux. Une de mes amies écrivait "je veux vouloir"...
Vouloir. En effet, je veux.
Peut-être faut-il vouloir d'abord, se souhaiter "la bonne année". Puis la souhaiter à ceux qui nous entourent...
L'an se termine et s'ouvre sur la grisaille, pas seulement celle de la météo, mais l'ambiance générale n'est pas au soleil, à la lumière..
Les libations de la veille laissent la place à la gueule de bois du matin.
Les réveils sont parfois douloureux. Le constat est alors effrayant. Le passage à l'an neuf n'a vraiment rien de réjouissant. Il s'ouvre sur une continuité douloureuse, un non espoir cinglant.
Rien de nouveau sous le soleil. Il n'y a plus de soleil, ni noir, ni trompeur...
En une nuit, si courte soit-elle, rien à changer.
Qui aurait eu la folie de le croire ?
Le monde est toujours aussi gris, glacial et sombre...
Nous marchons au coeur de l'obscur, droit vers les ténèbres, et ceux qui veulent nous faire croire le contraire nous mentent ou se moquent...
Ou peut-être, le miracle existe ? C'est possible et je le souhaite. C'est mon veux pour cette nouvelle année, le plus sincère.
J'aimerais.. Au conditionnel, mais sans condition. Je voeux !
Les réjouissances sont amères cette année ! Cela ne passe pas vraiment. Il est de bon ton, d'être heureux, cette injonction des fins d'années, ces festivités, où on fait le plein de cadeaux, de nourriture, de boissons, de tout..
De tout !
Il faut s'amuser, manger, boire, être heureux, chanter, danser !
Il faut oublier la réalité, un instant, un seul instant...S'enivrer dans un tourbillon, entrer dans un trou noir de paillettes et de confettis..
Pour vivre dans l'illusion, vivre l'illusion d'un monde qui tourne rond.
Où personne ne manque de rien, ou tout le monde mange à sa faim, où les enfants vont à l'école, où il n'est question ni de race, de papiers, de religion de couleur de peau...
Un monde parfait..Ou presque, car nous savons que la perfection n'existe pas !
Un monde où tout le monde est beau, gentil, où ce monde s'embrasse sous les feux d'artifice... Se souhaite les meilleures choses du monde...
Ou tous s'aiment sans conditions, un monde sans guerre, sans faim, sans ...
Un monde sans ?
Mais sans quoi ?
Gueule de bois !
Manque de tout, et manque d'amour surtout !
Il est temps de se reveiller et le voir tel qu'il est ce monde, tel qu'il est en marche..
Tel qu'il avance à grand pas, qu'il progresse et régresse...
Un monde presque parfait en effet, où la singularité n'est plus de mise.
Uniformisation des masses, et j'insiste. Une seule voix, voie, et une seule tête. Car cette tête là sait ce qui est bien et ce qu'il faut faire... Sans laisse de place pour que le plus mince des filets de voix puisse s'élever, pas de voie pour un simple bruissement !
Car la parole se meurt, on la tue en silence et dans l'indifférence générale ou presque. Et c'est ce presque qui représente me semble t-il le seul espoir d'espérance. La faille où peut s'engouffrer les voeux. Le je veux !
Pouvons nous continuer à assister en silence, consentir à ce meurtre là.
A cette perversion là ? Car il ne s'agit en aucun cas de silence de la part de ces meurtriers là. Perversion du langage, mise au service d'un totalitarisme qui ne dit pas son nom. Du moins pas encore !
Tuer la parole, celle qui relie les hommes et qui instaure le lien social. Sans cette parole là, il n'y a plus de confiance, de confiance en soi ni de confiance en l'autre.
L'autre devient un ennemi qu'il faut, craindre, dénoncer, se méfier
Quelle société à venir ?
Le meurtre du sujet. Le meurtre de l'être de langage.
Les nazis affirmaient qu'ils n'y avait pas de pourquoi (cité par C. Lanzman) et en DDR à la question "Warum"' il nous était répondu "Darum"....
La perversion a ici un autre visage, plus pervers encore, car elle maintient le sujet dans l'illusion. Un langage perverti qui laisse croire que la langue lie et relie encore. Alors qu'en vérité tout se délite, tout comme l'humanité de l'humain.
Tout est fait pour que le sujet, l'homme sujet de langage devienne étranger à lui même et le place hors je. Hors du je veux ! Je voeux quoi ?
Horde !
Force de mort, force de destruction...
Alors en cette nouvelle année, que dire et que souhaiter ?
Etre vigilant et laisser entrer la lumière, ce mince rayon de soleil qui force les ténèbres, qui seul peut nous amener hors de l'obscur, fil d'Ariane qui nous mène hors du labyrinthe pour nous faire ad venir à nous même
Pour nous donner la force et le courage de dire non. Pour dire oui, à un monde où chaque sujet reconnaitra son humanité et celle de l'autre. Où il pourra vivre en homme et affronter Thanatos !
En être de parole et de lien social
C'est mon "veux le plus sincère !"
samedi 31 décembre 2011
En fête
Psychanalyse aujourd'hui, vous souhaite une belle fin d'année 2011
Et vous remercie de votre fidélité, de vos messages, commentaires
De vos encouragements
Merci chers lecteurs d'être là depuis trois années.
A l'an prochain.
Et vous remercie de votre fidélité, de vos messages, commentaires
De vos encouragements
Merci chers lecteurs d'être là depuis trois années.
A l'an prochain.
vendredi 23 décembre 2011
Requiem pour un Mur
Requiem pour un Mur.
Le Mur est tombé !
Il n'est plus, exit le Mur aujourd'hui.
Pourtant, sont encore là ceux qui sont nés, qui ont grandis, qui ont vécus, aimés, soufferts derrière ce mur, de l'autre côté.
Ceux de derrière le Mur....
Ceux là même qui rêvaient de l'occident, de cet autre monde, sorte d'Eden où tout était permis, où tout existait, où tout était possible la liberté comme le chocolat, la poésie de Baudelaire et les séries américaines. Cet occident avec lequel ils entretenaient un rapport difficile, paradoxal aimé et haï, envié et détesté....
Cet occident maudit !
Cet occident où ils rêvaient d'aller, de rester, de vivre.
Je me souviens de cet autre côté, de ces magasins vides ou presque, pourtant les vendeuses étaient là... Du tram de Weimar, de ces magnifiques promenades dans Thüringer Wald, des vacances au bord du Balaton, de Berlin, für immer ! Mais le Berlin de l'Est... pas l'autre, celui de l'ouest, le Berlin américain.. Check Point !
Le Mur !
Exit le Mur...
Réjouissances et bonheur, le totalitarisme était tombé, il était mort et il fallait l'enterrer.
C'en était enfin fini du Mur de la Honte !
Ce Mur de larmes et de sang, où tant et tant étaient morts pour avoir essayé de le franchir. Epris de liberté, surveillés, menacés ils avaient au péril de leur vie osé... Ils étaient tombés sous les balles implacables des soldats surveillant cette frontière.
Nul ne devait rejoindre l'autre côté. Trahir leur patrie !
Traitres et ingrats !
Il était enfin tombé...
Cris de joie, de liesse, c'est était fini de tout ça !
J'étais en vacances, j'ai entendu, j'ai pleuré... Longuement pleuré, doucement...
Je me souviens de cet Est, celui même que décrit admirablement Makine dans ses romans.
Que reste t-il ? Des films, des images, des vieilles cartes postales, des Trabans, de vieux billets de banques, des clichés surtout !
DDR !
Des émotions, des souvenirs... Peine, douleur, bonheur, joie, souffrance tout cela mélés..
Vestiges de ce passé en ruines, de ce monde qui n'existe plus, remplacé par un autre, avant un autre... Peut-être ?
Derrière le Mur, il y avait la Terreur, l'angoisse et la peur, la crainte de l'autre, de son voisin, de la police, de la milice. La peur tout simplement.
Derrière le Mur, le silence était d'or, la parole pouvait tuer !
Ce derrière là, continent inconnu et obscur objet de tous les fantasmes en cet occident . De cet Est là l'opulence et l'insolence occidentale ne voyait que des bolcheviks et des staliniens, des espions du KGB, où les gens n'avaient rien, avaient faim... Forcément.
Je me souviens des paroles rapportées par mes enfants. Celles de leurs professeurs à qui ils disaient que leur maman avait passé un certain temps derrière ce Mur : "La pauvre ! Comme elle a du souffrir".. Ce qui les faisait rire !
Insouciance de la jeunesse, des jeunesses...
Certains rapportent avec une certaine honte qu'ils gardent de bons souvenirs de leur enfance pendant la guerre "on passait le temps dans les caves pour éviter les bombardements, et comme je détestais l'école, ça m'arrangeait bien...Je n'oserai jamais dire ça " m'a raconté un jour une personne agée maintenant !
Insouciance de l'enfance, mais n'est ce pas le propre de l'enfance justement ?
Cet Est était vivant ! Bien vivant, vivant dans la crainte d'être dénoncé, dans la peur du lendemain désanchanté, bien qu'il n'ait jamais vraiment chanté, dans l'angoisse de ce demain qui ne pouvait peut-être jamais arriver... Dans la souffrance d'être séparés à tout jamais peut-être de ceux qui étaient restés de l'autre côté avant que ne soit élevés ces sinistres barbelés séparant le monde en deux, séparant les gentils des méchants...Pour faire un monde où parfois le soleil était trop brûlant !
Des êtres bien vivants qui chantaient aussi, étaient heureux et attendaient que les lendemains deviennent un peu plus gais et se mettent à chanter. Enfin ! Car forcèment. Demain viendra
Car forcément il faut bien vivre !
Vivre en pensant à maintenant, à demain peut-être, à la liberté... De l'autre côté de ce Mur, où tout pouvait se dire, se faire, s'entendre, s'acheter... Peut-être ?
Vivre et rêver...
Rêver pour vivre...
L'espoir...
Il leur en faut, encore et toujours ! Il leur en faut du courage, de la patience, de la foi à tous ces peuples de l'Est pour continuer malgré tout à croire, à espérer.
Rien n'a tué l'espoir, le désir et l'envie.
Aujourd'hui encore, plus que jamais peut-être ?
L'envie plus forte que tout de vivre et d'aimer, comme je l'écrivais à un ami, il faut avoir dans les veines de ce sang là, pour comprendre; il faut que dans ces mêmes veines coulent l'espérance et l'amour, l'abnégation et la foi, le fatalisme et le désir de vivre
Si je ferme les yeux, je me revois dans ces magnifiques forêts, ignorant alors que ces arbres abritaient les plus sinistres des camps, car de cela jamais il n'a été question !
Je revois ces banderoles et ces inscriptions qui nous exhortaient à remercier les soviétiques de nous avoir sauvés du diable capitaliste ! Ces mêmes qui saccageaient, épuisaient, rendaient exsangues les terres fertiles et affamaient ses habitants !
J'entends encore cette propagande, tout le temps, partout, comme pour nous empêcher de penser... Occuper notre esprit, le conditionner... Pas de face à face avec son être seul, et si seul pourtant !
Si je ferme les yeux, je me revois avec mes amis rire et chanter, nous moquer de l'instructeur qui tentait de nous inculquer les idées essentielles qui feraient de nous des "gens de bien", de nous expliquer que plus tard le "monde serait mieux".
Ces vacances "cosmopolites" avec ceux des "pays frères" ...Toutes ces langues de l'Est dont le dénominateur commun était l'allemand, ou le russe, selon les moments !
Je me revois enseigner le français à des jeunes enfants, avides de connaitre tout de ce beau pays, qui avait vaincu le leur...Je revois les fêtes, les défilés, l'hymne national soviétique, les petits amis, "Micha mon frère" qui m'a montré comment faire un lit pour ne pas avoir froid.....
C'était à Prague...Il y avait un violon et tu disais...Les marronniers n'étaient pas toujours en fleurs, mais c'était à Prague....
Ce sont des moments, des instants brefs mais comme le dit Andreï Makine : Eternels. Je sens encore l'odeur de ces fôrets en même temps que cette peur lors de l'arrestation par les milices, nous n'avions pas de papiers un soir d'été à Leipzig !
Aujourd'hui quand je retourne à l'Est, un seul regard suffit. Nul besoin de paroles. Nos yeux suffisent à dire. Si l'on se croise, nous, ceux qui ont connu ce monde là, celui qui n'existe plus.
Un seul regard pour nous reconnaître, pour savoir que nous savons.
Le regard de ce vieil homme dans le tram de Budapest ! Nous nous sommes dit tant de choses, en un seul regard. Nous avons embrassé toute une époque, tout un savoir....
Une tristesse infinie... Où se mélent mélancolie, nostalgie, mais laquelle ? Celle de ce monde déchu, ou de cette jeunesse qui brûle sa liberté en oubliant l'essentiel ?
Comme si tout tenait dans les yeux...A travers les yeux.... Une histoire sans parole !
Cette histoire est inscrite au plus profond de ceux qui ont grandi derrière ce mur, qui sont nés derrière ce mur, qui sont mort derrière ce mur... Elle est eux... Ils en gardent la trace pour toujours.. Comme l'accent, celui des Ossi et la langue, celle des Zeks !
Si tous ce souvenirs me reviennent aujourd'hui, un peu plus que d'habitude, c'est peut-être parce qu'il y a quelques jours, en France où je vis, un homme me voyant prendre des photos s'est approché et m'a dit "vous prenez des photos, pourquoi faites vous ça ?"
Cela faisait tellement de temps !
Je ne m'attendais plus à ce qu'on me pose ce genre de question... Dans un monde "Libre"
C'est aussi parce que j'ai à tout jamais et pour toujours cet Est là dans le coeur et dans la chair. Il fait partie de moi.
Ich bin Das auch !
Le Mur est tombé !
Il n'est plus, exit le Mur aujourd'hui.
Pourtant, sont encore là ceux qui sont nés, qui ont grandis, qui ont vécus, aimés, soufferts derrière ce mur, de l'autre côté.
Ceux de derrière le Mur....
Ceux là même qui rêvaient de l'occident, de cet autre monde, sorte d'Eden où tout était permis, où tout existait, où tout était possible la liberté comme le chocolat, la poésie de Baudelaire et les séries américaines. Cet occident avec lequel ils entretenaient un rapport difficile, paradoxal aimé et haï, envié et détesté....
Cet occident maudit !
Cet occident où ils rêvaient d'aller, de rester, de vivre.
Je me souviens de cet autre côté, de ces magasins vides ou presque, pourtant les vendeuses étaient là... Du tram de Weimar, de ces magnifiques promenades dans Thüringer Wald, des vacances au bord du Balaton, de Berlin, für immer ! Mais le Berlin de l'Est... pas l'autre, celui de l'ouest, le Berlin américain.. Check Point !
Le Mur !
Exit le Mur...
Réjouissances et bonheur, le totalitarisme était tombé, il était mort et il fallait l'enterrer.
C'en était enfin fini du Mur de la Honte !
Ce Mur de larmes et de sang, où tant et tant étaient morts pour avoir essayé de le franchir. Epris de liberté, surveillés, menacés ils avaient au péril de leur vie osé... Ils étaient tombés sous les balles implacables des soldats surveillant cette frontière.
Nul ne devait rejoindre l'autre côté. Trahir leur patrie !
Traitres et ingrats !
Il était enfin tombé...
Cris de joie, de liesse, c'est était fini de tout ça !
J'étais en vacances, j'ai entendu, j'ai pleuré... Longuement pleuré, doucement...
Je me souviens de cet Est, celui même que décrit admirablement Makine dans ses romans.
Que reste t-il ? Des films, des images, des vieilles cartes postales, des Trabans, de vieux billets de banques, des clichés surtout !
DDR !
Des émotions, des souvenirs... Peine, douleur, bonheur, joie, souffrance tout cela mélés..
Vestiges de ce passé en ruines, de ce monde qui n'existe plus, remplacé par un autre, avant un autre... Peut-être ?
Derrière le Mur, il y avait la Terreur, l'angoisse et la peur, la crainte de l'autre, de son voisin, de la police, de la milice. La peur tout simplement.
Derrière le Mur, le silence était d'or, la parole pouvait tuer !
Ce derrière là, continent inconnu et obscur objet de tous les fantasmes en cet occident . De cet Est là l'opulence et l'insolence occidentale ne voyait que des bolcheviks et des staliniens, des espions du KGB, où les gens n'avaient rien, avaient faim... Forcément.
Je me souviens des paroles rapportées par mes enfants. Celles de leurs professeurs à qui ils disaient que leur maman avait passé un certain temps derrière ce Mur : "La pauvre ! Comme elle a du souffrir".. Ce qui les faisait rire !
Insouciance de la jeunesse, des jeunesses...
Certains rapportent avec une certaine honte qu'ils gardent de bons souvenirs de leur enfance pendant la guerre "on passait le temps dans les caves pour éviter les bombardements, et comme je détestais l'école, ça m'arrangeait bien...Je n'oserai jamais dire ça " m'a raconté un jour une personne agée maintenant !
Insouciance de l'enfance, mais n'est ce pas le propre de l'enfance justement ?
Cet Est était vivant ! Bien vivant, vivant dans la crainte d'être dénoncé, dans la peur du lendemain désanchanté, bien qu'il n'ait jamais vraiment chanté, dans l'angoisse de ce demain qui ne pouvait peut-être jamais arriver... Dans la souffrance d'être séparés à tout jamais peut-être de ceux qui étaient restés de l'autre côté avant que ne soit élevés ces sinistres barbelés séparant le monde en deux, séparant les gentils des méchants...Pour faire un monde où parfois le soleil était trop brûlant !
Des êtres bien vivants qui chantaient aussi, étaient heureux et attendaient que les lendemains deviennent un peu plus gais et se mettent à chanter. Enfin ! Car forcèment. Demain viendra
Car forcément il faut bien vivre !
Vivre en pensant à maintenant, à demain peut-être, à la liberté... De l'autre côté de ce Mur, où tout pouvait se dire, se faire, s'entendre, s'acheter... Peut-être ?
Vivre et rêver...
Rêver pour vivre...
L'espoir...
Il leur en faut, encore et toujours ! Il leur en faut du courage, de la patience, de la foi à tous ces peuples de l'Est pour continuer malgré tout à croire, à espérer.
Rien n'a tué l'espoir, le désir et l'envie.
Aujourd'hui encore, plus que jamais peut-être ?
L'envie plus forte que tout de vivre et d'aimer, comme je l'écrivais à un ami, il faut avoir dans les veines de ce sang là, pour comprendre; il faut que dans ces mêmes veines coulent l'espérance et l'amour, l'abnégation et la foi, le fatalisme et le désir de vivre
Si je ferme les yeux, je me revois dans ces magnifiques forêts, ignorant alors que ces arbres abritaient les plus sinistres des camps, car de cela jamais il n'a été question !
Je revois ces banderoles et ces inscriptions qui nous exhortaient à remercier les soviétiques de nous avoir sauvés du diable capitaliste ! Ces mêmes qui saccageaient, épuisaient, rendaient exsangues les terres fertiles et affamaient ses habitants !
J'entends encore cette propagande, tout le temps, partout, comme pour nous empêcher de penser... Occuper notre esprit, le conditionner... Pas de face à face avec son être seul, et si seul pourtant !
Si je ferme les yeux, je me revois avec mes amis rire et chanter, nous moquer de l'instructeur qui tentait de nous inculquer les idées essentielles qui feraient de nous des "gens de bien", de nous expliquer que plus tard le "monde serait mieux".
Ces vacances "cosmopolites" avec ceux des "pays frères" ...Toutes ces langues de l'Est dont le dénominateur commun était l'allemand, ou le russe, selon les moments !
Je me revois enseigner le français à des jeunes enfants, avides de connaitre tout de ce beau pays, qui avait vaincu le leur...Je revois les fêtes, les défilés, l'hymne national soviétique, les petits amis, "Micha mon frère" qui m'a montré comment faire un lit pour ne pas avoir froid.....
C'était à Prague...Il y avait un violon et tu disais...Les marronniers n'étaient pas toujours en fleurs, mais c'était à Prague....
Ce sont des moments, des instants brefs mais comme le dit Andreï Makine : Eternels. Je sens encore l'odeur de ces fôrets en même temps que cette peur lors de l'arrestation par les milices, nous n'avions pas de papiers un soir d'été à Leipzig !
Aujourd'hui quand je retourne à l'Est, un seul regard suffit. Nul besoin de paroles. Nos yeux suffisent à dire. Si l'on se croise, nous, ceux qui ont connu ce monde là, celui qui n'existe plus.
Un seul regard pour nous reconnaître, pour savoir que nous savons.
Le regard de ce vieil homme dans le tram de Budapest ! Nous nous sommes dit tant de choses, en un seul regard. Nous avons embrassé toute une époque, tout un savoir....
Une tristesse infinie... Où se mélent mélancolie, nostalgie, mais laquelle ? Celle de ce monde déchu, ou de cette jeunesse qui brûle sa liberté en oubliant l'essentiel ?
Comme si tout tenait dans les yeux...A travers les yeux.... Une histoire sans parole !
Cette histoire est inscrite au plus profond de ceux qui ont grandi derrière ce mur, qui sont nés derrière ce mur, qui sont mort derrière ce mur... Elle est eux... Ils en gardent la trace pour toujours.. Comme l'accent, celui des Ossi et la langue, celle des Zeks !
Si tous ce souvenirs me reviennent aujourd'hui, un peu plus que d'habitude, c'est peut-être parce qu'il y a quelques jours, en France où je vis, un homme me voyant prendre des photos s'est approché et m'a dit "vous prenez des photos, pourquoi faites vous ça ?"
Cela faisait tellement de temps !
Je ne m'attendais plus à ce qu'on me pose ce genre de question... Dans un monde "Libre"
C'est aussi parce que j'ai à tout jamais et pour toujours cet Est là dans le coeur et dans la chair. Il fait partie de moi.
Ich bin Das auch !
Inscription à :
Articles (Atom)
Nota bene
Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.
Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.
Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.