Pour ne pas le nommer ! L'annonce de son diagnostic est une lettre de cachet, un arrêt de mort !
Vous avez un cancer ! Quand le mot est prononcé ! Car souvent la périphrase est de mise, on parle de tumeur, maligne ou pas, de masse suspecte ou pas..
On avance doucement ou parfois brutalement, l'annonce est un couperet qui décapite tout espoir de guérison, de rémission !
"Vous êtes foutu "
Je l'ai entendu aussi, souvent... Très souvent... Trop souvent ! Hélas
Condamnation, damnation et mal édiction !
Mal aise toujours, mais comment pourrait-il en être autrement, le messager de la mort est rarement glorieux, n'aime pas vraiment faire ce genre d'annonce, s'en débarrasse comme il peut, lâchant ou non les mots, le mot qui tue !
Dire ou ne pas dire, savoir ou ne pas savoir, pour quoi faire ? Pour qu'en faire ?
Aujourd'hui encore malgré tout le mot fait peur, on n'ose le prononcer, de peur qu'il porte malheur
Cette foutue maladie ne s'attrape pas, mais c'est pire, elle rappelle à chacun de nous que la mort est là, tout près, qu'elle frappe, sournoisement !
Elle terrifie cet autre, qui ne l'a pas, pas encore, mais qui pourrait l'avoir lui aussi, car qui finalement est protégé, vacciné.. Qui ?
Ca n'arrive pas qu'aux autres !
Alors il faut annoncer le pire, pas la mort immédiate, mais la mort future, et ces médecins tout puissants affirmer qu'il vous reste 2 ou 6 mois encore à vivre ! J'ignorai la Science aussi précise !
Car c'est justement là que tout blesse, que tout cloche, car la Science toute puissance, celle qui promet tout ne résout rien, ne peut rien !
Depuis toutes ces années, malgré ses soit disant efforts, ses appels aux dons, ses recherches qu'à fait la Science ? Quel remède propose t-elle hormis sa panoplie mortifère qui retarde de quelques mois, années au mieux l'issue qu'elle nous a promis fatale...
Car l'homme est mortel et mourra un jour, de cela elle peut être sûre ! Le seul diagnostic qu'on ne peut lui réfuter.
Seulement voilà : Que sait-elle du sujet humain ? Si elle sait quelque chose du corps ou seulement un tout petit peu du fonctionnement de ce morceau de chair humaine qu'elle nomme par organe afin de se protéger, elle ne sait rien de l'esprit, de la psyché, de la capacité de résilience de chaque sujet humain, qui peut !
Ce n'est pas affirmer que l'esprit guérit, Qu'il guérit tout et que les traitements médicaux et chirurgicaux ne sont pas nécessaires, certains le disent et je ne suis pas d'accord. La Science a permis de soigner, de guérir, de comprendre ! Et il serait absurde de le nier, et de rejeter ses acquis et ses découvertes. Mais le sujet n'est pas seulement un corps, il est aussi un esprit, il pense ! Le sujet pense et il est ! Alors ignorer cette donnée essentielle est aussi absurde, c'est se priver d'un allié de choix, essentiel car l'un sans l'autre ne peuvent.. ni faire.. Ni être !
L'esprit contribue à attaquer le crabe, il aide à potentialiser l'effet et apaiser les effets secondaires des traitements les plus invasifs, les plus destructeurs aussi. Il y contribue pour s'accrocher à la vie et non à la mort !
Un de mes anciens Patrons, professeur éminent de médecine avait coutume de me dire "voilà moi j'essaie de réparer le corps, à vous de soutenir l'esprit, quand au reste, Lui là haut va nous donner un coup de main"... Quand un patient lui demandait "combien de temps" il répondait humblement qu'il ne savait pas, qu'il y avait bien des statistiques, mais que c'étaient des chiffres, et que les patients n'étaient pas des chiffres, mais des individus qui réagissaient différemment !
Certains de ses détracteurs disaient qu'il se "défilait" ! Je sais bien que non, il disait la vérité. Chaque être est singulier ! Chacun fait comme il peut ..Et je le remercie de son humanité si rare en ces lieux de violence et de mort !
C'est donc bien en cela qu'il faut soutenir ce combat inégal mais qui doit être mené... L'espoir, le désir.. La Science ne peut pas tout, c'est mentir que de le laisser croire ! Elle ne peut et ne doit rien promettre. Nul n'a le droit de condamner à mort, nul n'a le droit de tuer l'espoir qui maintient l'en vie !
Cet espoir qui fait que nous ne sortons malade ou pas de l'Humanité, du monde des vivants.
A tous ceux qui luttent !
L'Etre humain est unique, chaque rencontre est unique, c'est un éternel recommencement, une aventure nouvelle à chaque fois
Psychanalyse Aujourd'hui
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne
Accompagner le désir d'être Soi
"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir
Mon livre : "j'aime ma vie"
dimanche 24 mars 2013
lundi 4 mars 2013
Muttersprache
Encore une histoire de langue ? Ou de langues ?
Nous sommes des êtres de langage, mais de langue aussi, car nous prenons langue dans le langage pour advenir aux autres, construire ce lien social qui fait de nous des autres parmi les autres !
Vaterland, vaters land, mutterland, mutters land ?
La langue des mères ou des pères, la langue de la terre, du pays, des siens, des ancêtres, des origines, parfois tout s'emmêle et se mélange, sans trop savoir pourquoi ?
Parfois les mots restent bloqués, inutiles, impossibles, ne viennent pas, n'adviennent plus. Sont retenus.
Langue qui es-tu ? Où vas-tu ? D'où viens-tu ?
Cela parait simple, langue maternelle dit-on ? Mais n'est-elle pas parfois celle du père, tout comme la terre...
Alors quid de cette langue maternelle qui n'est parfois pas celle du père ? Que dire et que faire de cette langue qui parfois nous lâche car elle devient intenable, impossible, improbable et indécente ?
Il m'est difficile de répondre tiraillée que je suis entre cette langue de mon enfance, les bribes de toutes ces langues de l'Est mélangées, et qui se mélangent, ces intonations, ces mots qui encore aujourd'hui me renvoient à un imaginaire mêlé lui aussi de réels et de souvenirs.
Il m'est bien difficile de dire moi qui pense, rêve, jure aussi parfois dans cette langue de mon enfance qui me vient spontanément, car les mots sont plus précis peut-être, plus adaptés à cette idée, cette pensée. Et cette crainte aussi parfois que cette langue ne s'évanouisse car je ne la parle pas, ou tellement peu, trop peu ! L'entendre alors ma Muttersprache me fait du bien... Je l'entends, l'écoute, elle coule et tout revient d'un seul coup !
Langues et cultures... Peut-être cette chance de baigner ainsi dans ce vaste océan de langues qui fait que.. les sons et les couleurs me sont familiers. Je me sens profondément, intiment de là...
Issue de la matrice. Cette même là que je nomme Muttersprache.
Une langue qui met aussi en dissonance, qui renvoie pour certains à la représentation du mal, car trop chargée d'horreur et d'histoire. Une histoire d'hommes et de femmes...
Une histoire de femmes encore.
Langue qui comme le reste m'a été donnée en héritage par les femmes, langues de l'Est, où se mêle ce mélange de dialectes propre à une communauté !
Langue lourde et chargée qu'il faut prendre ou laisser. Douce et rude.. !
Muttersprache !
Langue qui fait rire mon fils qui n'a pas vraiment pris la peine de l'apprendre puisque je traduis, parle, explique... Et qui sourit quand de l'autre côté du Mur qui n'est plus, personne ne me demande si je suis d'ailleurs.. Tendresse quand dans ce port de la Baltique demandant mon chemin un vieil homme me dit en souriant "Ossie ?" Oui, de là je suis aussi, j'en connais l'âme et l'accent !
Muttersprache !
Langue que j'ai transmise à mes filles ! Aussi...
Qui l'aiment je crois du moins assez puisque l'une d'entre elles a choisi de l'enseigner, de la transmettre, de la donner et de l'offrir...!
Pourtant cet été elle m'a semblé de trop, pas à sa place à cet endroit. J'ai refusé de parler ! Tout comme cette tante qui avait décidé un jour de se taire ! Ce jour de trop, ce jour où cette Muttersprache n'était plus chantée, n'était plus la Sprache de Goethe, de ce jour où elle était aboyée, hurlée, vomie...Elle avait alors décidée de s'en défaire, de vivre ce désamour là...
De ne plus parler la langue de ceux qui étaient devenus ses bourreaux... Pourtant cette Muttersprache c'est elle qui me l'a apprise, à travers son histoire, l'histoire, les contes de fées et d'ogres, car elle était elle, faisait partie d'elle, lui collait à la peau...
Pourtant moi aussi j'ai décidé de me taire ce jour là, bien des années plus tard...
A Buchenwald elle était de trop... Là elle ne pouvait pas être, plus être, car là il n'y a plus de place pour l'être !
Muttersprache
Langue de qui ? Je me suis demandée ? Alors j'ai pleuré, longuement pleuré, tout comme le sujet autistique qui n'en peut plus, submergé par ces bruits qui arrivent de toutes parts j'ai bouché mes oreilles pour ne plus entendre, plus écouter, plus être agressée
Muttersprache dans toute sa violence, son indécence tu étais de trop, tu n'étais pas à ta place en ce lieu, en ces lieux où tu es la langue de la mort.
Comment entendre tout ça dans cette langue là, langue des bourreaux, langue qui raconte ce qu'ils ont fait..? Ecartelée entre amour et haine, Eros et Thanatos ? Entre sa chair et son âme ?
Dissonance ! La question se pose pour nous mais comment s'est-elle posée pour nos parents ?
Nos grands parents ? Impossible dilemme, perte insoutenable, vide, gouffre et terrible abîme pour eux qui n'avaient que cette Muttersprache ? Vatersprache ? Qui était leur, qui leur collait à la peau ?
Nous sommes des êtres de langage, mais de langue aussi, car nous prenons langue dans le langage pour advenir aux autres, construire ce lien social qui fait de nous des autres parmi les autres !
Vaterland, vaters land, mutterland, mutters land ?
La langue des mères ou des pères, la langue de la terre, du pays, des siens, des ancêtres, des origines, parfois tout s'emmêle et se mélange, sans trop savoir pourquoi ?
Parfois les mots restent bloqués, inutiles, impossibles, ne viennent pas, n'adviennent plus. Sont retenus.
Langue qui es-tu ? Où vas-tu ? D'où viens-tu ?
Cela parait simple, langue maternelle dit-on ? Mais n'est-elle pas parfois celle du père, tout comme la terre...
Alors quid de cette langue maternelle qui n'est parfois pas celle du père ? Que dire et que faire de cette langue qui parfois nous lâche car elle devient intenable, impossible, improbable et indécente ?
Il m'est difficile de répondre tiraillée que je suis entre cette langue de mon enfance, les bribes de toutes ces langues de l'Est mélangées, et qui se mélangent, ces intonations, ces mots qui encore aujourd'hui me renvoient à un imaginaire mêlé lui aussi de réels et de souvenirs.
Il m'est bien difficile de dire moi qui pense, rêve, jure aussi parfois dans cette langue de mon enfance qui me vient spontanément, car les mots sont plus précis peut-être, plus adaptés à cette idée, cette pensée. Et cette crainte aussi parfois que cette langue ne s'évanouisse car je ne la parle pas, ou tellement peu, trop peu ! L'entendre alors ma Muttersprache me fait du bien... Je l'entends, l'écoute, elle coule et tout revient d'un seul coup !
Langues et cultures... Peut-être cette chance de baigner ainsi dans ce vaste océan de langues qui fait que.. les sons et les couleurs me sont familiers. Je me sens profondément, intiment de là...
Issue de la matrice. Cette même là que je nomme Muttersprache.
Une langue qui met aussi en dissonance, qui renvoie pour certains à la représentation du mal, car trop chargée d'horreur et d'histoire. Une histoire d'hommes et de femmes...
Une histoire de femmes encore.
Langue qui comme le reste m'a été donnée en héritage par les femmes, langues de l'Est, où se mêle ce mélange de dialectes propre à une communauté !
Langue lourde et chargée qu'il faut prendre ou laisser. Douce et rude.. !
Muttersprache !
Langue qui fait rire mon fils qui n'a pas vraiment pris la peine de l'apprendre puisque je traduis, parle, explique... Et qui sourit quand de l'autre côté du Mur qui n'est plus, personne ne me demande si je suis d'ailleurs.. Tendresse quand dans ce port de la Baltique demandant mon chemin un vieil homme me dit en souriant "Ossie ?" Oui, de là je suis aussi, j'en connais l'âme et l'accent !
Muttersprache !
Langue que j'ai transmise à mes filles ! Aussi...
Qui l'aiment je crois du moins assez puisque l'une d'entre elles a choisi de l'enseigner, de la transmettre, de la donner et de l'offrir...!
Pourtant cet été elle m'a semblé de trop, pas à sa place à cet endroit. J'ai refusé de parler ! Tout comme cette tante qui avait décidé un jour de se taire ! Ce jour de trop, ce jour où cette Muttersprache n'était plus chantée, n'était plus la Sprache de Goethe, de ce jour où elle était aboyée, hurlée, vomie...Elle avait alors décidée de s'en défaire, de vivre ce désamour là...
De ne plus parler la langue de ceux qui étaient devenus ses bourreaux... Pourtant cette Muttersprache c'est elle qui me l'a apprise, à travers son histoire, l'histoire, les contes de fées et d'ogres, car elle était elle, faisait partie d'elle, lui collait à la peau...
Pourtant moi aussi j'ai décidé de me taire ce jour là, bien des années plus tard...
A Buchenwald elle était de trop... Là elle ne pouvait pas être, plus être, car là il n'y a plus de place pour l'être !
Muttersprache
Langue de qui ? Je me suis demandée ? Alors j'ai pleuré, longuement pleuré, tout comme le sujet autistique qui n'en peut plus, submergé par ces bruits qui arrivent de toutes parts j'ai bouché mes oreilles pour ne plus entendre, plus écouter, plus être agressée
Muttersprache dans toute sa violence, son indécence tu étais de trop, tu n'étais pas à ta place en ce lieu, en ces lieux où tu es la langue de la mort.
Comment entendre tout ça dans cette langue là, langue des bourreaux, langue qui raconte ce qu'ils ont fait..? Ecartelée entre amour et haine, Eros et Thanatos ? Entre sa chair et son âme ?
Dissonance ! La question se pose pour nous mais comment s'est-elle posée pour nos parents ?
Nos grands parents ? Impossible dilemme, perte insoutenable, vide, gouffre et terrible abîme pour eux qui n'avaient que cette Muttersprache ? Vatersprache ? Qui était leur, qui leur collait à la peau ?
lundi 25 février 2013
Les mots de l'oubli
Souvent je pense à elle, mais à elle avant !
Avant qu'elle ne soit malade, enfin si on peut dire ça...
Malade ? Il y a tant et tant de mots et de maux qui se fourrent dans ce mot valise, tant et tant qu'elle déborde, éclate, car elle ne peut tout contenir..
Et puis même le mot de la maladie, de la pathologie, mot savant, nom de celui qui l'a mise à jour. Qui l'a mise au monde et qui l'a nommée !
Quelle paternité ! Quelle éternité....Pour ne pas oublier !
Elle, c'est ma mère, elle oublie, elle oubliait tout, tout le temps, elle qui n'oubliait rien, jamais, qui pensait à tout, ordonnait tout, rangeait tout.
A la fin, mais quelle fin ? elle ne se souvenait plus de rien.
Plus de tout, mais pas vraiment de rien
Les souvenirs ne se perdent pas tous, si elle ne savait pas si elle avait déjeuné elle se souvenait bien de cette promenade avec son frère, de ce petit chat quand elle était enfant.
Elle ne se souvenait plus du nom de mes enfants, du mien parfois !
Il fallait du temps pour dire, redire, remettre en ordre sa pensée, remettre de l'ordre dans sa tête.
Mais pour combien de temps ? Pour quoi faire ? Car c'était aussi vite oublié...
Alors il faut apprendre à renoncer, bannir certains mots, certaines expressions, mentir peut-être, masquer, aller dans son sens, ne pas la contredire, ne pas la contrarier. Ne rien dire.
Se taire.
Le silence.
Maladie de la mémoire, de la langue, des mots, des souvenirs qui se mêlent et se nouent pour finalement se loger dans le trou noir. Dans l'abîme inconnue dont plus rien ne pourra sortir !
Une bouteille à la mère, parfois, pour tenter de faire émerger ce désespoir, cette solitude, cette absence ce départ avant l'heure. Un SOS pas vraiment entendu, ou quelques bribes seulement qui donnent une lueur d'espoir tenue et fragile qui s'effrite si vite que les lambeaux des souvenirs ne peuvent avoir du sens
Avoir du sens, faire sens et donner du sens, faire des liens, tricoter, assembler, raccommoder, accommoder, reconstituer un chant de ruines !
S'évertuer à cimenter, pallier, remplacer, puis a mère, renoncer ! Car ?
Pour qui et pour quoi ?
Certains choisissent le silence pour vivre à l'écart du monde, taisent la parole, la retiennent et s'arrêtent sur le pas de la porte, refusant une bonne fois pour toute de l'ouvrir et d'entrer
Elle non, elle n'a pas choisi ça.
Toute sa vie pourtant elle n'a jamais prononcé un mot plus haut que l'autre, trouvait le mot juste, pertinent, savait aussi se taire, retenait les mots et les émotions, par pudeur, éducation peut-être ?
Maintenant elle parle une langue que je ne connais pas, des mots inventés qui n'ont de sens que pour elle, je n'ai pas accès à son monde cet espace vide et obscur qu'elle s'est crée, inventé pour se réfugier
Pour se mettre à l'écart d'une vie qui l'a sûrement mal menée
Je n'en sais rien, car à vrai dire je ne sais rien.
Sa vie et ses souvenirs lui appartiennent tout comme le choix qu'elle a posé. Celui d'oublier...
Avant qu'elle ne soit malade, enfin si on peut dire ça...
Malade ? Il y a tant et tant de mots et de maux qui se fourrent dans ce mot valise, tant et tant qu'elle déborde, éclate, car elle ne peut tout contenir..
Et puis même le mot de la maladie, de la pathologie, mot savant, nom de celui qui l'a mise à jour. Qui l'a mise au monde et qui l'a nommée !
Quelle paternité ! Quelle éternité....Pour ne pas oublier !
Elle, c'est ma mère, elle oublie, elle oubliait tout, tout le temps, elle qui n'oubliait rien, jamais, qui pensait à tout, ordonnait tout, rangeait tout.
A la fin, mais quelle fin ? elle ne se souvenait plus de rien.
Plus de tout, mais pas vraiment de rien
Les souvenirs ne se perdent pas tous, si elle ne savait pas si elle avait déjeuné elle se souvenait bien de cette promenade avec son frère, de ce petit chat quand elle était enfant.
Elle ne se souvenait plus du nom de mes enfants, du mien parfois !
Il fallait du temps pour dire, redire, remettre en ordre sa pensée, remettre de l'ordre dans sa tête.
Mais pour combien de temps ? Pour quoi faire ? Car c'était aussi vite oublié...
Alors il faut apprendre à renoncer, bannir certains mots, certaines expressions, mentir peut-être, masquer, aller dans son sens, ne pas la contredire, ne pas la contrarier. Ne rien dire.
Se taire.
Le silence.
Maladie de la mémoire, de la langue, des mots, des souvenirs qui se mêlent et se nouent pour finalement se loger dans le trou noir. Dans l'abîme inconnue dont plus rien ne pourra sortir !
Une bouteille à la mère, parfois, pour tenter de faire émerger ce désespoir, cette solitude, cette absence ce départ avant l'heure. Un SOS pas vraiment entendu, ou quelques bribes seulement qui donnent une lueur d'espoir tenue et fragile qui s'effrite si vite que les lambeaux des souvenirs ne peuvent avoir du sens
Avoir du sens, faire sens et donner du sens, faire des liens, tricoter, assembler, raccommoder, accommoder, reconstituer un chant de ruines !
S'évertuer à cimenter, pallier, remplacer, puis a mère, renoncer ! Car ?
Pour qui et pour quoi ?
Certains choisissent le silence pour vivre à l'écart du monde, taisent la parole, la retiennent et s'arrêtent sur le pas de la porte, refusant une bonne fois pour toute de l'ouvrir et d'entrer
Elle non, elle n'a pas choisi ça.
Toute sa vie pourtant elle n'a jamais prononcé un mot plus haut que l'autre, trouvait le mot juste, pertinent, savait aussi se taire, retenait les mots et les émotions, par pudeur, éducation peut-être ?
Maintenant elle parle une langue que je ne connais pas, des mots inventés qui n'ont de sens que pour elle, je n'ai pas accès à son monde cet espace vide et obscur qu'elle s'est crée, inventé pour se réfugier
Pour se mettre à l'écart d'une vie qui l'a sûrement mal menée
Je n'en sais rien, car à vrai dire je ne sais rien.
Sa vie et ses souvenirs lui appartiennent tout comme le choix qu'elle a posé. Celui d'oublier...
mardi 19 février 2013
jeudi 7 février 2013
Faire le deuil
Le français est une langue riche disposant d'un registre de noms communs, verbes, adjectifs impressionnant. Mais une langue moins précise peut-être que la langue allemande si redoutable parfois dans sa rigueur.
Le français offre aussi des représentations imagées, des figures de styles mais aussi des clichés.
Des clichés qui si on y regarde bien n'ont pas vraiment de sens en soi, mots assemblés qui ne vont pas forcément bien ensemble, incongruités parfois, paradoxes qui heurtent l'acception.
Il en va ainsi de faire le deuil, ou faire son deuil, le possessif mille, dix mille fois de trop !
Son, le sien... ?
Quel deuil appartient à qui ? Qui peut en réclamer la propriété, un peu comme la maladie, qu'on fait sienne à défaut de s'en défaire. Amour et haine n'arrivant pas à se départager mais continuent à se lier et se délier interminablement, inlassablement !
Faire son deuil
Trois mots qui me heurtent;
Comment faire ça.... ?
Faire, agir, poser un acte.. Action qui suppose et entraine une autre action.
Mais laquelle ?
Fabriquer le deuil ? Faire pour accepter de défaire ce qui a été fait, détricoter ce qui a été longuement avec soin élaboré... Faire en sorte que... Ce qui a été n'est plus, ne sera plus jamais
Accepter alors ce qui peut sembler inacceptable ?
Ce qui signifie quoi au juste ? Qu'on s'habitue à la perte, qu'on l'accepte ?
La perte, le renoncement. Accepter que plus rien ne sera comme avant, mais quid de l'avant, car demain ne peut être identique à hier, ou aujourd'hui." On ne se baigne jamais deux fois dans les eaux du même fleuve" disait Héraclite, car si l'eau n'était plus la même l'homme qui s'y baigne à nouveau a lui aussi changé.
L'homme est impermanent, l'existence l'est tout autant.
Chaque jour nous faisons en quelque sorte le deuil -pour reprendre l'expression- du jour précédent, nous en acceptons sa perte pour tenter parfois bien difficilement de vivre le moment présent.
Alors est-ce bien de cela dont il s'agit ? Accepter ce renoncement, se faire une raison afin de poursuivre le chemin. Seul comme Oedipe sur la route ?
Perdu peut-être car le compagnon ou la compagne n'est plus ? Disparue, morte ou partie ce qui est fort différent mais revient finalement au même car celui qui reste est seul, face à son être seul et faire avec sa perte. Faire avec
Vivre avec l'absence. C'est mieux que rien ?
Car l'absence n'est pas rien !
Elle est souvent de trop, le quelque chose qui fait déborder la peine et la transforme en souffrance insidieuse qui ruine le coeur et l'âme
Pourtant dit-on et dit-on encore et toujours il faut faire son deuil, il est temps ! Il faut apprendre à vivre, à re vivre, encore à avancer sur le chemin de cet enfer pavé de bonnes et mauvaises intentions qu'il faut là aussi affronter seul !
Car le problème est là aussi faire le deuil de ça également... Mais au fond ?
N'est-on pas vraiment seul , Cette solitude, cet abandon originaire qui nous tenaille tant et tant qu'il en devient parfois intenable n'est-il pas la toile de fond de l'existence humaine ?
Le sujet humain qui se leurre et s'égare dans l'imposture d'un lien social, tellement tenu qu'il s'effondre et s'effrite au moindre sourcillement ? Pas besoin de tempête pour s'en rendre compte
La solitude n'est-elle pas le propre de l'homme, sa vieille compagne ? Vieille et sinistre maitresse qui exige à chaque fois le sacrifice ultime. Le renoncement ?
Alors de quoi, de qui fait-on vraiment le deuil ?
Le français offre aussi des représentations imagées, des figures de styles mais aussi des clichés.
Des clichés qui si on y regarde bien n'ont pas vraiment de sens en soi, mots assemblés qui ne vont pas forcément bien ensemble, incongruités parfois, paradoxes qui heurtent l'acception.
Il en va ainsi de faire le deuil, ou faire son deuil, le possessif mille, dix mille fois de trop !
Son, le sien... ?
Quel deuil appartient à qui ? Qui peut en réclamer la propriété, un peu comme la maladie, qu'on fait sienne à défaut de s'en défaire. Amour et haine n'arrivant pas à se départager mais continuent à se lier et se délier interminablement, inlassablement !
Faire son deuil
Trois mots qui me heurtent;
Comment faire ça.... ?
Faire, agir, poser un acte.. Action qui suppose et entraine une autre action.
Mais laquelle ?
Fabriquer le deuil ? Faire pour accepter de défaire ce qui a été fait, détricoter ce qui a été longuement avec soin élaboré... Faire en sorte que... Ce qui a été n'est plus, ne sera plus jamais
Accepter alors ce qui peut sembler inacceptable ?
Ce qui signifie quoi au juste ? Qu'on s'habitue à la perte, qu'on l'accepte ?
La perte, le renoncement. Accepter que plus rien ne sera comme avant, mais quid de l'avant, car demain ne peut être identique à hier, ou aujourd'hui." On ne se baigne jamais deux fois dans les eaux du même fleuve" disait Héraclite, car si l'eau n'était plus la même l'homme qui s'y baigne à nouveau a lui aussi changé.
L'homme est impermanent, l'existence l'est tout autant.
Chaque jour nous faisons en quelque sorte le deuil -pour reprendre l'expression- du jour précédent, nous en acceptons sa perte pour tenter parfois bien difficilement de vivre le moment présent.
Alors est-ce bien de cela dont il s'agit ? Accepter ce renoncement, se faire une raison afin de poursuivre le chemin. Seul comme Oedipe sur la route ?
Perdu peut-être car le compagnon ou la compagne n'est plus ? Disparue, morte ou partie ce qui est fort différent mais revient finalement au même car celui qui reste est seul, face à son être seul et faire avec sa perte. Faire avec
Vivre avec l'absence. C'est mieux que rien ?
Car l'absence n'est pas rien !
Elle est souvent de trop, le quelque chose qui fait déborder la peine et la transforme en souffrance insidieuse qui ruine le coeur et l'âme
Pourtant dit-on et dit-on encore et toujours il faut faire son deuil, il est temps ! Il faut apprendre à vivre, à re vivre, encore à avancer sur le chemin de cet enfer pavé de bonnes et mauvaises intentions qu'il faut là aussi affronter seul !
Car le problème est là aussi faire le deuil de ça également... Mais au fond ?
N'est-on pas vraiment seul , Cette solitude, cet abandon originaire qui nous tenaille tant et tant qu'il en devient parfois intenable n'est-il pas la toile de fond de l'existence humaine ?
Le sujet humain qui se leurre et s'égare dans l'imposture d'un lien social, tellement tenu qu'il s'effondre et s'effrite au moindre sourcillement ? Pas besoin de tempête pour s'en rendre compte
La solitude n'est-elle pas le propre de l'homme, sa vieille compagne ? Vieille et sinistre maitresse qui exige à chaque fois le sacrifice ultime. Le renoncement ?
Alors de quoi, de qui fait-on vraiment le deuil ?
mercredi 30 janvier 2013
La mort invisible
Hier soir je parcourai le forum d'un site virtuel, une jeune femme expliquait qu'elle venait de perdre sa mère, brutalement, dans un accident, il y a 15 jours à peine. Elle parlait de sa douleur, de son chagrin, de sa souffrance, de ses insomnies...
Le médecin consulté pour ces dernières lui a prescrit somnifères, anxiolitiques et anti dépresseurs.. pour aller mieux, la soulager..
Le deuil serait donc une pathologie et le chagrin qu'il occasionne un symptôme qu'il conviendrait de soulager, d'apaiser, de faire taire...
Mais pourquoi donc ?
N'est-il pas naturel, dans l'ordre des choses de pleurer la perte d'un être cher ?
Est-ce pathologique ? Anormal ?
Qu'est ce qui ne va pas ?
Les sociétés antiques, anciennes, et la nôtre il n'y a pas encore si longtemps organisaient des rites pour le deuil et les grands événements qui rythment la vie de l'homme.
Qu'en est-il aujourd'hui ?
Ne convient-il donc de ne plus prendre le temps de pleurer le défunt, d'apprendre à vivre sans lui et avec son absence ?
Ne doit-on pas montrer, parler de cette peine là, doit-on retenir, ravaler ces larmes là ?
Ne doit-on pas éprouver... D'éprouvés, d'émotions.. ?
Paradoxe ! Une société qui étale et qui s'étale sans pudeur, sans retenue, qui montre tout et surtout l'intime au nom d'une soit disant liberté de dire, de faire, de voir.. Qui réprime ce qu'il est pourtant naturel de dire, montrer et voir.
Le deuil, la mort, la perte... Sujet tabou dans un monde où tout doit être parfait, où rien ne doit venir dérégler la machine qui règle et rythme la vie du sujet humain qu'elle s'évertue à déshumaniser.
Il faut être heureux, jeune, souriant, en forme et le montrer
Pas de place pour le malade, le souffrant, le gros, le moche, le pas bien.. Celui qui s'il n'est pas conforme et uniforme est difforme !
Et surtout cacher ce mort que je ne saurai voir !
La mort qui dérange pour la simple raison peut-être qu'elle remet sur le devant de la scène ce que cette société veut cacher. La mort n'est pas vendable, ne fait pas recette.
Si elle est légitimée et banalisée par les guerres menées dans les pays lointains et exotiques elle n'est pas montrable ici dans une société où la science, la technique, le progrès laissent croire au sujet qu'il est immortel
La mort glace.... Celui qui reste, et celui qui est prés de celui qui reste
Voir et entendre les larmes, les mots de douleur de l'endeuillé ne sont pas possibles, ne sont pas entendables, ce n'est pas tenable, car cela renvoie à sa propre mort, à sa finitude.
Infiniment plus simple de faire taire à coup de molécules... Le deuil, l'insomnie, l'anxiété, la peur, l'angoisse..Faire taire pour ne plus entendre la douleur infernale de ce renoncement nécessaire pour faire partie des vivants !
Infiniment plus simple que d'enfouir encore un peu plus la douleur et la souffrance et faire semblant, mettre le masque qui permet d'aller de l'avant, de répondre ça va bien, à l'impossible question "ça va" qui n'attend nulle autre réponse.
Convenance, sociale, socialement correcte, diplomatie hypocrite du vivre ensemble
Mais vivre comment ? Dans le mensonge et le faire semblant ? Sans souci de vérité, d'authenticité et de respect de l'autre et de soi .
Sans souci du souci.
La vie est un théâtre écrivait Shakespeare, c'est vrai mais les hommes en sont devenus de mauvais acteurs, du mauvais boulevard, une farce tragique qui ne fait plus rire personne
Tombe le masque peut-être ? Pour retrouver juste un soupçon de vérité, de naturel, de vie tout simplement.
Laisser au temps le temps de faire ce qui doit être fait. Prendre le temps de s'arranger avec sa peine, prendre le temps de vivre, d'aller, venir, et ad venir...
Le médecin consulté pour ces dernières lui a prescrit somnifères, anxiolitiques et anti dépresseurs.. pour aller mieux, la soulager..
Le deuil serait donc une pathologie et le chagrin qu'il occasionne un symptôme qu'il conviendrait de soulager, d'apaiser, de faire taire...
Mais pourquoi donc ?
N'est-il pas naturel, dans l'ordre des choses de pleurer la perte d'un être cher ?
Est-ce pathologique ? Anormal ?
Qu'est ce qui ne va pas ?
Les sociétés antiques, anciennes, et la nôtre il n'y a pas encore si longtemps organisaient des rites pour le deuil et les grands événements qui rythment la vie de l'homme.
Qu'en est-il aujourd'hui ?
Ne convient-il donc de ne plus prendre le temps de pleurer le défunt, d'apprendre à vivre sans lui et avec son absence ?
Ne doit-on pas montrer, parler de cette peine là, doit-on retenir, ravaler ces larmes là ?
Ne doit-on pas éprouver... D'éprouvés, d'émotions.. ?
Paradoxe ! Une société qui étale et qui s'étale sans pudeur, sans retenue, qui montre tout et surtout l'intime au nom d'une soit disant liberté de dire, de faire, de voir.. Qui réprime ce qu'il est pourtant naturel de dire, montrer et voir.
Le deuil, la mort, la perte... Sujet tabou dans un monde où tout doit être parfait, où rien ne doit venir dérégler la machine qui règle et rythme la vie du sujet humain qu'elle s'évertue à déshumaniser.
Il faut être heureux, jeune, souriant, en forme et le montrer
Pas de place pour le malade, le souffrant, le gros, le moche, le pas bien.. Celui qui s'il n'est pas conforme et uniforme est difforme !
Et surtout cacher ce mort que je ne saurai voir !
La mort qui dérange pour la simple raison peut-être qu'elle remet sur le devant de la scène ce que cette société veut cacher. La mort n'est pas vendable, ne fait pas recette.
Si elle est légitimée et banalisée par les guerres menées dans les pays lointains et exotiques elle n'est pas montrable ici dans une société où la science, la technique, le progrès laissent croire au sujet qu'il est immortel
La mort glace.... Celui qui reste, et celui qui est prés de celui qui reste
Voir et entendre les larmes, les mots de douleur de l'endeuillé ne sont pas possibles, ne sont pas entendables, ce n'est pas tenable, car cela renvoie à sa propre mort, à sa finitude.
Infiniment plus simple de faire taire à coup de molécules... Le deuil, l'insomnie, l'anxiété, la peur, l'angoisse..Faire taire pour ne plus entendre la douleur infernale de ce renoncement nécessaire pour faire partie des vivants !
Infiniment plus simple que d'enfouir encore un peu plus la douleur et la souffrance et faire semblant, mettre le masque qui permet d'aller de l'avant, de répondre ça va bien, à l'impossible question "ça va" qui n'attend nulle autre réponse.
Convenance, sociale, socialement correcte, diplomatie hypocrite du vivre ensemble
Mais vivre comment ? Dans le mensonge et le faire semblant ? Sans souci de vérité, d'authenticité et de respect de l'autre et de soi .
Sans souci du souci.
La vie est un théâtre écrivait Shakespeare, c'est vrai mais les hommes en sont devenus de mauvais acteurs, du mauvais boulevard, une farce tragique qui ne fait plus rire personne
Tombe le masque peut-être ? Pour retrouver juste un soupçon de vérité, de naturel, de vie tout simplement.
Laisser au temps le temps de faire ce qui doit être fait. Prendre le temps de s'arranger avec sa peine, prendre le temps de vivre, d'aller, venir, et ad venir...
vendredi 4 janvier 2013
Belle année
C'est avec infiniment de plaisir que je vous souhaite une belle nouvelle année !
Qu'elle soit comme vous le souhaitez et qu'elle vous apporte bonheur, santé, amour, rire, création, inspiration...
Meilleurs voeux ! Voulez et soyez !
Qu'elle soit comme vous le souhaitez et qu'elle vous apporte bonheur, santé, amour, rire, création, inspiration...
Meilleurs voeux ! Voulez et soyez !
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Nota bene
Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.
Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.
Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.