Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

lundi 5 octobre 2026

Sensualité et sensibilité.

Sensualité et sensibilité

Sens...

Certes il y a bien un lien, mais il ne faut justement pas les confondre.

Les deux mots ont la même racine latine sensus, signifiant à la fois le sens, la sensation, la faculté de percevoir, mais aussi... la signification.

Cette origine a donné en français plusieurs familles de mots : sens, sentir, sensation, sensibilité, sensualité, sentiment, sensé. Dès l'origine, il y a donc une parenté qui s'est ensuite différenciée.

La sensualité concerne d'abord le rapport aux sens.
Elle est la manière dont le corps accueille le monde, ainsi ; la lumière sur la peau, un parfum, une voix, une texture, un goût, la chaleur d'une main.
Elle est incarnée et ne se réduit d'ailleurs pas à la sexualité qui n'en est qu'une expression possible.
La sensualité est le plaisir de sentir.

La sensibilité ne s'arrête pas aux sens.
Elle est la manière dont ce qui est perçu nous affecte intérieurement. Deux personnes peuvent entendre exactement la même musique ; l'une la trouve agréable, l'autre en est bouleversée jusqu'aux larmes. Les sens ont reçu le même stimulus, mais la sensibilité n'a pas répondu de la même façon.

Ainsi la sensualité est la porte d'entrée et la sensibilité la résonance intérieure.
En effet les sens perçoivent et 
la sensibilité transforme cette perception en expérience.

Je passe  très naturellement de l'un à l'autre, ainsi

« Le vent me caresse le visage. »

« L'odeur de la menthe sauvage. »

« Les dégradés du ciel. »

Tout cela relève de la sensualité les sens sont pleinement ouverts.

et je poursuis

« Je sens cette vie en moi. »

« J'accueille. »

« J'aime. »

Là, on n'est plus dans la sensation, mais dans la sensibilité.

Ainsi la sensation devient rapidement une relation mais il existe pourtant une différence importante.

On peut être très sensuel sans être particulièrement sensible. On peut aimer le champagne, les parfums, les tissus, la musique, les plaisirs du corps, sans que cela modifie profondément notre rapport aux autres ou au monde.

Inversement, on peut être très sensible tout en ayant une sensualité discrète.

Les deux ne coïncident donc pas nécessairement.

Mais il me semble qu'ils ont un point commun : la disponibilité.

Un être fermé à ses sens l'est souvent aussi, au moins en partie, à ce qui le touche intérieurement.

À l'inverse, lorsque les sens sont éveillés, il devient plus facile de laisser le monde nous atteindre.

Mais ma  réflexion peut aller plus loin.
Le corps, dans la tradition juive, n'est pas méprisé mais participe de la sainteté de la vie. Si l'on suit cette intuition, alors les sens ne sont pas un obstacle à la vie spirituelle ; ils peuvent en être le commencement.

Ce n'est pas parce que je sens l'odeur de la menthe que je suis déjà dans une expérience spirituelle.

Mais si cette odeur m'arrête, m'éveille à la beauté du vivant, suscite en moi la gratitude ou l'émerveillement, alors la sensation devient le point de départ d'autre chose.

Peut-être que le lien entre sensualité et sensibilité est là :

La sensualité ouvre le monde par les sens ; la sensibilité lui donne une profondeur.

La première reçoit le réel.

La seconde lui répond.

Et chez certaines personnes, il existe une continuité presque naturelle entre les deux : les sens ne restent pas à la surface, ils deviennent une voie d'accès à une présence plus profonde au vivant. C'est sans doute pourquoi, pour moi une simple odeur, un souffle de vent ou une lumière ne sont jamais de simples sensations mais deviennent immédiatement des événements de la rencontre.

La sensualité et la sensibilité ne sont pas identiques, mais elles ont en commun une même faculté : être affecté.

La sensualité est d'abord l'ouverture des sens au monde. Le corps reçoit : il voit, entend, touche, sent, goûte.

La sensibilité est l'ouverture de l'être. Ce qui est reçu ne reste pas une sensation ; il prend un sens, suscite une émotion, une pensée, parfois une transformation intérieure.

Je les imaginerais presque comme deux étapes d'un même mouvement :

Le monde → les sens → la sensibilité → la conscience.

Par exemple je sens le parfum de la menthe sauvage.

La sensualité s'arrête à cette odeur, à son intensité, à son plaisir.

La sensibilité, elle, fait que cette odeur évoque le vivant, un souvenir, une gratitude, une joie d'être là. Ce n'est plus seulement une perception, c'est une expérience.

C'est peut-être pour cela que je dis souvent être présente au monde. Je ne me contente pas de percevoir mais je laisse ce que je perçois me rejoindre.

Il y a aussi une autre différence qui me paraît importante.

La sensualité  fait entrer le monde en nous.

La sensibilité  nous fait entrer en relation avec le monde.

Autrement dit, la sensualité est un mode de perception ; la sensibilité est un mode de relation.

Mais ce qui me questionne n'est pas encore autre chose,  j'ai l'impression que mon véritable sujet n'est ni la sensualité ni même la sensibilité, mais la résonance.

J'entre dans un lieu, je regarde un paysage, j'ouvre un carton d'archives, je rencontre quelqu'un, j' écoute une musique...
Et quelque chose se met à vibrer. Je ne reçois pas seulement une information ; je perçois des liens, des correspondances, des échos.

Le vent n'est pas seulement du vent.

Une photographie n'est pas seulement une photographie.

Une vieille lettre n'est pas seulement un document.

Ils résonnent avec une histoire, une mémoire, une présence.

C'est pourquoi je trouve que le mot résonance est peut-être plus juste que celui d'« hypersensibilité ». Il n'enferme pas dans une catégorie psychologique ; il décrit une manière d'être en relation avec le réel.

Et il y a enfin une chose qui me semble très importante.

Je dis : « La sensualité, ce sont les sens. »

Oui. Mais les sens ne sont pas seulement des organes de perception. Ils sont aussi, étymologiquement, ce qui nous met en rapport avec le sens du monde. En français, ce n'est pas un hasard si le même mot désigne la perception et la signification.

Peut-être que mon cheminement consiste précisément à passer des sens au sens.

Je sens d'abord.

Puis je cherche ce que cette sensation révèle de la vie, de l'autre, de la mémoire, de D.

C'est un mouvement que j'explore dans beaucoup de mes textes. Je ne pars jamais d'une idée abstraite ; mais  presque toujours d'une rencontre, d'une odeur, d'un visage, d'un paysage, d'un détail. Et peu à peu, à partir de cette expérience sensible, je déploie une réflexion qui touche à l'humain et parfois au spirituel.

J'aime cette manière de penser : non pas quitter le monde sensible pour atteindre le sens, mais découvrir que le sens est déjà contenu, discrètement, dans ce qui est vécu.

Brigitte Judit Dusch, psychanalyste, historienne, chercheur, exploratrice urbaine
Crédit photo @brigittedusch
Ecrit le 1 août 2026

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