Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

dimanche 9 octobre 2016

Marguerite 1917


J'ai du mal à te parler Gustave, j'ai du mal à parler de toi... Je ne connais rien de toi, ou presque, je ne connais que ta guerre, enfin, les années passées dans cet enfer, je ne sais que ça, ou presque.

Je connais des choses que tu ne connais pas, que tu n'as pas connues, que tu ne pourras savoir, je ne sais pas comment te dire, je ne sais pas ce que je dois te dire.
Je sais où tu es mort, ou presque, j'ai lu le rapport mentionnant tes blessures, éclat d'obus, près de la "région carotidienne"... Je ... Tu es mort à l'ambulance de Vauxtin au mois de mai 1917.

Je me dis que c'est absurde, c'est absurde la mort, c'est absurde de mourir aussi près, aussi près de la fin, aussi loin du début. Que c'est absurde de mourir après tout ça, après ces épreuves, ces souffrances. que c'est absurde de mourir tout court alors que tu avais tant à vivre.

Avec mon fils nous tentons de reconstituer ton journal de guerre, les mouvements, les positions de ton bataillon, sur la carte nous mettons des croix, nous suivons ton chemin, celui de tes compagnons de misère, d'infortune et de fortune
Je suis historienne et ne sais pas écrire de roman, d'histoires, je ne sais pas remplir le vide, les trous, essayer d'imaginer, cela ne m'est pas possible, et j'ai si peu de choses à raconter de toi, je n'ai pas même une photo. ll ne reste que ton nom gravé sur le marbre de ce monument aux morts.. pour la France, mort pendant cette grande guerre qui devait être la dernière.
Je lis fébrilement mais rigoureusement le dossier, décode chaque terme, je lis et j'éprouve de la peine, c'est au delà de la compassion... Ces papiers sont le récit d'une vie, et pour moi, elle n'a pas de prix. Cette vie c'est la tienne ! Je me moque de tes décorations, tes médailles et tes faits d'arme : j'aurai aimé que tu vives, pour toi et pour elle.

Tu es parti de ton village, où tu étais vannier, comme ton père, tes frères sûrement, je vois la grande place où tu as du danser, avec Marguerite, où je me suis amusée aussi. Je n'ai jamais vu ton nom sur une tombe, ni ta tombe, je n'ai jamais vu Marguerite t'apporter des fleurs.. Au cimetière. J'ai vu ta maison, celle de ta famille, peut-être y avez vous vécu tous les deux ? mais si peu...
Quel gachis !
Vous vous êtes mariés en juillet non loin de chez toi, encore que..c'était peut-être loin en ce temps là ?

Alors je m'en vais parler de Marguerite,te parler de ta Marguerite aussi, lui rendre hommage ... Elle était encore bien jolie quand je l'ai connue ! rousse encore ou plutôt blond vénitien et les yeux bleus violets... ll parait qu'elle avait été si belle. Elle ne sortait jamais sans ses gants son chapeau et sa voilette hiver comme été.
Frèle et discrète elle pouvait avoir son franc parler, des mots désuets... Elle te parlait chaque jour dans ce jardin qu'elle entretenait avec amour... Mais d'elle, de toi, de vous elle ne parlait pas. Elle a tenu tête aux allemands nazis pendant cette autre guerre, celle que tu n'as pas connue car tu es mort pour qu'elle n'ait pas lieu...elle a voyagé, travaillé,  elle a vécu longtemps après ce jour de 1917 où toi tu es parti.... où un éclat d'obus t'a arraché à elle !


Je me souviens et je la revois, son jardin était toute sa vie, elle écoutait la radio et lisait des journaux pour avoir des nouvelles de l'est, je me souviens du jour où je l'ai vu pleurer, la première et la dernière fois je crois, lorsqu'on a du lui ôter son alliance suite à une blessure il me semble, mes souvenirs sont loin. C'était tragique, elle ne s'en était sans doute jamais séparée jusque là....J'y pense encore avec beaucoup d'émotion.

Marguerite c'était le silence, pas un mot de trop, jamais, elle parlait juste, toujours. Elle ne parlait pas d'elle, ne se plaignait pas, jamais. Elle se levait tôt et se couchait de même, elle avait des amies, les recevait et leur rendait visite, une vie tranquille ? Elle était coquette, prenait soin de sa toilette et de sa peau, crème et poudre de riz sur le visage, ses cheveux tressés étaient relevé en chignon, quelques gouttes de parfum ; une broche sur le revers de son habit, vêtue toujours sobrement mais avec élégance, du  noir souvent. Et ses chapeaux ! elle en avait pour toutes les occasions et les saisons, elle aimait rendre visite à la "modiste". Oui elle était belle et douce.

Elle est partie doucement, comme sa vie, elle a quitté sa maison, ne pouvant plus rester. Elle a refusé les soins pour la prolonger, elle était heureuse de la vie qu'elle avait accomplie "tout est bien maintenant, je peux m'en aller"...Elle est partie à la fin d'un été. Ce fut long sûrement pour elle, mais son temps elle l'a passé a aimer les autres, les enfants des autres, ceux de ses soeurs, (car d'enfants elle n'en n'a pas eu... Vous n'en n'avez pas eu, vous n'en n'avez pas eu le temps). Puis elle a aimé leurs  enfants. Elle a surtout aimé cette petite fille étrange, aux yeux et cheveux clairs, recueillie par une de ses soeurs.  Ca je peux de l'assurer, car pour m'aimer ta Marguerite, elle m'a aimée ! Elle m'a aimée, vois tu, elle m'a élevée, m'a nourrie, m'a appris à lire, écrire le français et l'allemand, (ach so le gothique !)... Elle m'a raconté des histoires, montré les fleurs et les plantes, me donnait les remèdes qu'elle préparait pour l'enfant fragile que j'étais...Elle me demandait mes notes, était heureuse quand j'étais première de la classe. C'est elle qui m'a offert l'lliade et l'Odyssée. lls sont toujours avec moi dans l'attente d'être à mon fils) et m'a donné ce goût pour l'Antiquité, l'histoire la musique et la littérature. Je lui dois ce que je suis... Elle était fière de moi, j'espère en être digne, et c'est pour elle que je t'écris. Pour te dire tout ça, mais tu le sais peut-être déjà....
J'aurai voulu t'aimer aussi, t'aimer comme je l'ai aimée.
Tu n'auras jamais mon âge Gustave, je te parle et je te vois jeune, je vois le jeune homme; je te vois à l'âge où tu as quitté ton épouse, cette belle jeune femme devenue ma grand tante...qui m'a appris le bonheur et à aimer la vie, cette même vie qui lui a pris son amoureux.

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne.
A mon fils.


mercredi 14 septembre 2016

Croire dialogue

  Croire ? 



-"Dis moi, toi qui ne crois en rien, pourquoi tu pries ?" 
-"Pourquoi ; je n'en sais rien, mais oui, je prie de temps et temps et de plus en plus souvent"
-"Mais qui pries tu puisque tu ne crois en rien"

-"Je ne crois en rien, c'est vrai, mais qu'est ce que ce rien ?"
 
-"Justement je te le demande"

-"Ce rien est peut-être ce tout auquel les hommes croient et qui n'est rien pour moi"

-"Alors il y aurait un tout, seulement pour toi ?"

-"Je ne sais, en fait je ne sais rien, c'est la seule chose que je sache vraiment"

-"Et pourtant tu pries ?"

- "Ou
i, peut-être une habitude  un atavisme un réflexe... Pour survivre et te dire que tu n'es pas seul dans l'univers, cette immensité là ; que quelque chose existe en dehors d'ici, inconnue, impalpable, invisible, indicible : quelque part !"

-"Et c'est lui, ce quelque chose que tu pries ?"

- "Lu
i ? Je ne sais pas ; je ne crois pas, car lui : cela signifierai et c'est de cela justement dont je ne suis pas sûr ! quelque chose... Peut-être."

-"Donc tu crois ?"

-"Je ne crois pas que je crois, je doute, sûrement, je doute de l'existence, de l'existence même de ce quelque chose, me dit que peut-être, mais pas certainement"

-"La certitude changerait quelque chose ?"

-"Mais comment peut-on être certain ? Bien heureux, ou bien malheureux ceux qui le croient, car rien ne peut donc plus les surprendre..".

-"Surprendre ?"

-"Oui, si tu es certain de tout, si tu as des certitudes quelle place pour ce qui n'est pas attendu ce qui est différent, ce qui est nouveau.."

 Brigitte Dusch psychanalyste historienne in les nouvelles d'Arsel



samedi 27 août 2016

Déséquilibré ou l'abus de langage




 Depuis un certain temps l'actualité nous abreuve d'un nouveau mot, ou plutôt d'un mot détourné de son sens, un doux euphémisme : déséquilibré.

En France on n'aime pas trop les contrastes ; on n'ose pas vraiment dire les choses telles qu'elles sont, mais surtout on tient à les montrer à voir et à entendre d'une certaine manière.
En France, les médias sont passés maitres en matière de perversion de la langue. Ce n'est plus l'apanage des politiques, ça se démocratise ; mais aujourd'hui : tout est politique, surtout la propagande.

Après les mal voyants, non voyants, mal entendants, les porteurs de handicaps, séniors, nous voila aux prises avec les "déséquilibrés". En effet il faut avoir perdu l'équilibre pour jeter des grenades, tirer dans la foule avec de kalachnikov, se faire exploser à la terrasse des cafés, poignarder une personne du troisième âge arborant des signes distinctifs religieux, égorger des enfants, émasculer les victimes d'un attentat, etc... Une longue liste d'horreurs dont nous sommes victimes du fait de la perte d'équilibre de quelques uns...
Ces quelques uns qu'ils ne faut justement pas stigmatiser pour reprendre une autre perversion, torsion de cette belle langue qu'est (qu'était ?) pourtant le français.

Alors comme ça, "on" -pronom indéfini- n'appelle plus un chat un chat ?
La bonne question encore une fois est de savoir pourquoi. La bonne réponse est un secret de polichinelle... Mais "chut" il ne faut ni généraliser, ni montrer du doigt, alors la psychiatrie est convoquée au rendez vous de la syntaxe. A quand la création d'une nouvelle pathologie digne de figurer dans le prochain DSM à grand renfort d'item afin de diagnostiquer la "chose"?
Nous pourrions en rire, émettre l'hypothèse de la recherche d'une molécule capable d'éradiquer cette nouvelle folie meurtrière. (mais cela est dans le champ des possibles), mais nous sommes quotidiennement confrontés à cette tragique réalité.

Car voyez vous, il y a une gradation dans l'acception de la chose :  ll y a une bonne dizaine d'années c'étaient des "sauvageons" pour désigner ces voyous -le terme exact- qui cassaient, brulaient des voitures en banlieues, fruit du désoeuvrement, mais surtout de l'abandon d'une société ingrate -discours des médias) abandonnant ces (ses) enfants  tout aussi ingrats (réel) ! ll faut bien que jeunesse se passe et saccager le bien d'autrui est un excellent moyen d'affirmer sa singularité, de se positionner face à ce monde de salauds d'adultes qui ont tout alors qu'ils n'ont rien. Donc on casse, une certaine idée de la "norme".
Jeunesse se passe en effet car les sauvageons, grâce à l'indulgence et aux discours tordus et distordus d'une société qui a la trouille et plus de cadres sont devenus des meurtriers, des terroristes... oups, non des "déséquilibrés". Un raccourci saisissant peut-être, mais qui illustre l'état de décomposition avancée d'un monde qui ne sait plus quoi faire, d'une société en manque de repères et de rigueur.

Mais ne soyons pas si pressés, et comprenons cette progression, cette ascension sociale dans la violence, car l'ascenseur est là, toujours : Réussir c'est atteindre le sommet de l'abject... on vole, on agresse, on tape on rackette on deale ; à la maternelle déjà, ce "on" singulier montre des dispositions fort prometteuses qu ne font que croitre durant toute une scolarité fort courte et bien chaotique au grand dam des enseignants qui longtemps pourtant ont réchauffé le serpent en leur sein avant d'être mordu et dévoré ! un parcours scolaire cependant validé par l'expérience : sur le terrain, dans la rue, dans les cités, les halls d'immeubles et als.
L'équilibre rompu ! la norme bafouée, le règne de l'irrespect et l'annonce du Chaos !

Equilibre, terme médical et scientifique au demeurant mais à l'acception philosophique non négligeable... Cette recherche des Anciens, ce juste milieu pour ne pas sombrer dans l'hybris. Dans le sens qui nous intéresse, il s'agit d'un déséquilibre mental. La folie en quelque sorte, un trouble psychique pour être socialement correct, même si l'acte qui en résulte ne l'est pas ! Un mot d'aliéniste pour passer la camisole à ce pauvre agité en proie au désespoir.
Je souhaite simplement rappeler que dans la qualification "psy" du terme, il faut souligner le désordre mental et la souffrance du déséquilibré, une victime. Victime de ses pulsions, de l'emprise de celles ci, ce n'est pas de son fait ; il n'en n'est pas responsable !
A vous de comprendre, d'élaborer, de juger aussi, ce qu'il en résulte....
Le déséquilibré est donc une victime, de son état, il n'y peut rien, il faut qu'il se fasse sauter au milieu d'une foule, qu'il frappe, qu'il égorge, qu'il tue qu'une voiture le conduise au milieu d'une foule... Tant pis pour ceux sur son passage, ils n'avaient pas besoin d'être là, pas besoin non plus de le mettre en colère en arborant une croix, une soutane, une étoile de David ou une Kippa : non mais!

On se fout de nous, me direz-vous ? Sans nul doute, vous répondrais-je, et ce n'est pas nouveaux. Mais voila il y a une recrudescence de déséquilibrés, un nouveau cru. Que font les psy pourquoi sont-ils hors les murs ? Que font tous ces instables dans la rue ?
Mais qui faut-il protéger en vérité si nous suivons ce discours perfide et pervers, qui sont les véritables victimes ?
Cette société marche sur la tête en vérité c'est elle qui est déséquilibrée dans le sens où elle a perdu le sens de la mesure du juste milieu ; de l'homéostasie qui permet de mettre les choses dans l'ordre et à leur place.Elle n'est plus en mesure de tenir debout, d'être stable, elle penche et va s'écrouler si on n'y prend garde.
Mais la" non voyance" est de mise, tout va bien dans le meilleur des mondes, on essaie de nous convaincre, toujours ce on, ce on et nous, ce nous qui parfois devient ce "on". Le on qui bourdonne et papillonne, qui râle mais sans acter ; agir est difficile, cela suppose du courage, il faut se lever, se tenir debout pour poser un acte et avancer. Mais ce "nous-on" préfère rester couché ou plutôt se coucher devant l'inéluctable.
Et, pour conclure, puisqu'il le faut ; que peut-on attendre d'un "on" qui a laissé aller le nazisme, qui l'a laissé s'installer, l'a vivement encouragé, à vendu et donné des Juifs, des tsiganes et autres pour même pas 30 deniers. Tout simplement par haine, jalousie et vengeance ? Des déséquilibrés sans doute, eux aussi !

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
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Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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