Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

vendredi 6 septembre 2024

"Love affair"




"Liouba,  En me serrant sur ton coeur tu auras un peu mes mains dans tes cheveux, mes yeux dans les tiens, et mes lèvres sur ta bouche, pour toujours et même après"

"Love affair" C'est ce que tu disais en parlant de notre histoire, tu le disais avec tendresse et tout l'amour que tu as su m'offrir. Love affair. Rien ne nous destinait à une rencontre, le hasard ? Encore lui.

Au début ce fut un jeu, celui des mots et du hasard, nous étions différents, à l'opposé l'un de l'autre mais fascinés chacun par l'érudition, l'intelligence, la pertinence, de l'autre. Alors nous nous sommes engagés sur ce terrain ; excellents joueurs nous avons commencé une longue partie de poker, dont nous sommes sortis tous deux vainqueurs. 

Nous avons su des les premiers instants, qu'il se passerait quelque chose d'unique et de fort entre nous, mais nous n'étions pas pressés, le temps est intelligent. Nous nous étions promis que cela resterait un jeu, qu'il n'y aurait rien de sérieux. Que tout serait léger et vivant. 
Tu avais la sagesse et l'expérience de la vie, moi l'insolence de cette jeunesse qui pouvait tout se permettre, nous avions tous deux cette même soif de vivre, sachant que demain, dans un instant, tout pouvait s'arrêter. En sursis nous sommes tous en sursis de la vie. Alors vivons !

Il y avait cette soif de vivre, puis le désir. Le Désir. Tout se loge dans le Désir, surtout la pulsion de cette vie qui nous est offerte et qui ne demande qu'à être au monde pour mieux défier la mort. 

Nous nous étions promis que cela resterait un jeu.
Et puis.. 
Le désir, la tendresse, et puis l'amour. L'Amour s'il est un cadeau peut rapidement devenir un poison si on ne sait y prendre garde, surtout si on sait que cette "love affair" s'inscrit dans un temps court bref, et qu'il est compté.

Je n'aime pas être comptable de l'amour ni du temps qui m'est donné pour le vivre, mais nous avons décidé de faire vite, ne pas perdre ce temps précieux, le saisir au vol, de vivre ça vite et fort.
Je me souviens de ce long trajet en train, de la gare où tu m'attendais, de ces instants fébriles.. De ce petit train de banlieue de cette ville gigantesque, que nous avons pris tous les deux pour rejoindre avec ta vieille voiture ton refuge enfoui au milieu d'une campagne déserte, Un oasis, loin de tout et du monde qui s'enflammait de partout, Nous avions cet instant de répit rien que pour nous, avant ? De mourir peut-être ensevelis sous ce chaos.


"Love affair." Magique, magnifique, intense, torride, nous avons tout donné, nous nous sommes tout donné. Il fallait défier la mort et rester vivant. Encore, nous l'étions. Jusque quand ? Tu as pleuré tu aurais voulu que cela dure toute la vie, toute notre vie. Je te disais que si tout cela se passait entre nous c'était justement parce qu'il était impossible que ça dure une vie, et quelle vie ? Nous n'avions aucun avenir possible. Tu me parlais dans ta langue, puis en anglais je te répondais en allemand et en Yiddish, nous mélangions les langues, pour rire et s'amuser et quand cela t'énervait nous parlions français. 
On peut s'aimer dans toutes les langues, les mots sont parfois de trop.
 

"Love affair", brève histoire d'amour éternelle.. que nul n'oublie. Chance inouïe cadeau magnifique que la vie te donne, et lui dire merci.

Nous avons figé le temps.

On se lance parfois des bouteilles à la mer.. on n'a rien oublié, ni toi ni moi, je pense souvent à toi. Je revois le temps passé devant la cheminée, le thé fumant puis le champagne ! et les plats que tu me cuisinais, "c'est pas casher Douchka ça ira ?"' on riait, on s'aimait mais tu pleurais.. Car tu savais que tout allait se terminer... Je te disais "vis maintenant, pleinement demain on verra, après demain on sera peut-être mort !" Tu ne comprenais pas toujours comment je pouvais être ainsi. Nous ne nous sommes jamais raconté nos vies, cela n'avait aucune importance. Pourquoi faire ? Il n'y avait pas d'avant, il n'y aurait pas d'après, il n'y avait que l'instant présent, celui qui nous vivions, que nous engloutissions. 


Notre "love affair" est là dans ma mémoire, c'est une de mes plus belles histoires d'amour et je t'en remercie. Oui je t'ai aimé, je t'ai aimé très fort, et tu le sais. Cet amour n'a pu exister que parce qu'il est né et a grandi au milieu des décombres de nos vies, parmi les ruines et la laideur du monde que nous voulions changer. Cet amour a été la petite fleur au milieu de ces champs de mines...
Nous avons  attrapé au vol ce temps ce qui nous a été offert, que nous nous sommes offert, pour vivre, survivre je ne sais pas, pour vaincre la Mort sûrement, pour trop l'avoir vue ?

Je relis souvent cette lettre que tu m'as envoyée je la garde précieusement, si tu me lis, et je sais que tu me lis, sache qu'il me vient des larmes à chaque fois. je ferme les yeux et nous revoie, nous étions beaux, heureux, vivants. 

Je nous voie encore fermer doucement les volets de cette jolie maison qui a abrité la joie et le bonheur des amoureux que nous étions, je crois qu'à cet instant, je, nous, aurions voulu arrêter le temps, encore un peu.. Mais c'était déjà beaucoup ! Tu m'as accompagnée, nous avons fait toute cette route, dans un silence absolu, tu es venu avec moi sur le quai de la gare de cette belle ville si grande et je suis montée dans ce train... Il n'y avait plus rien à dire. On s'était promis de ne pas se retourner et de ne pas pleurer.

Lorsque tu m'as embrassée et serrée dans tes bras une dernière fois tu m'a fait promettre d'écrire notre histoire "Il faut écrire tout ça Liouba, je suis heureux, je ne pensais pas vivre un tel bonheur, je voudrai tellement te garder.. pour moi toujours" 

Immer, toujours.. 
"Quand j'aime c'est pour l'éternité"

A toi, pour toi. je sais que tu gardes sur ton coeur "ton icone". Je sais que tu es en vie, je le suis aussi. Nous nous sommes donné rendez vous au Paradis, le premier arrivé prévient l'autre.. On s'est dit ça ce jour là...
Je t'aime


Birgit (car c'est ainsi que tu disais) Dusch, historienne, psychanalyste, exploratrice urbaine
Crédit photo @brigittedusch

vendredi 23 août 2024

Les couturières et moi.


"
Entre la fenêtre et le foyer, Emma cousait ; elle n’avait point de fichu, on voyait sur ses épaules nues de petites gouttes de sueur."*

Je suis l'héritière d'une longue lignée de "couturières" de métier, occasionnelles, familiales. Il y a aussi des "tailleurs d'habits". 

J'ai grandi au milieu des tissus, des fils de toutes les couleurs, des épingles, l'odeur de la craie, le bruit des ciseaux, de la machine à pédales de ma grand mère dont j'entends encore le ronronnement en fermant les yeux.
Je la revois, tout comme ma mère, assise derrière sa table en piquant les coutures des morceaux de tissus qui deviendraient une robe, une jupe, un vêtement pour moi souvent. Je rêvais et m'impatientais.


Elles cousaient, toutes les femmes de mon enfance cousaient et moi je les regardais. Je voyais peu à peu les morceaux s'assembler devenir des robes, des jupes, des chemises. C'était magique c
oudre, assembler, tisser, relier, donner vie et du sens à des morceaux de tissus afin d'en faire un vêtement : quelque chose qui habille et qu'on habite, qui nous recouvre, nous enveloppe.

Coudre un vêtement est toute une histoire, une histoire singulière, une aventure, ça demande du temps, de la patience, cent fois on remet sur le métier son ouvrage. Il faut assembler, surfiler, essayer, démonter, réajuster, recommencer. Jusqu'à ce que "ça tombe bien".  

Pourtant je ne sais pas coudre et elles ne m'ont jamais appris à le faire.
Je ne suis pas couturière. 
Je suis historienne et psychanalyste
Je ne sais pas coudre... Mais


Je sais rassembler, assembler, coller, relier et donner vie. 
Alors suis-je peut être une couturière à ma façon ? Singulière couture qui est d'assembler non des bouts de tissus mais des morceaux d'histoires ? Des histoires singulières dont ils manquent des morceaux parfois. Assembler du mieux que je peux afin de construire, reconstruire pour mettre en forme et donner du sens...

Etre historien c'est comprendre et partir à la quête de tout ce qui peut nous y aider, afin de tisser, relier, assembler pour mettre du sens et raconter une histoire, celle des hommes, des femmes, des enfants qui ont vécu avant nous. Tenter le plus fidèlement possible de dire, de ne pas les trahir. Tâche oh combien difficile ! Leur donner la parole. Donner la parole aux Morts, aux oubliés souvent, à tous ceux qui n'ont pas laissé de traces dans les livres d'histoire mais qui sont l'histoire. C'est la tâche que je me suis donnée, pour les femmes du XVII° d'abord, puis pour les Hommes de 14. Les sortir de l'oubli et montrer à voir qu'ils n'étaient pas que des soldats, mais des enfants, des maris, des parents, des frères, qu'ils ont aimé, pleuré, ri, souffert, puis pour ces femmes, hommes et enfants victimes de la barbarie nazie.. Reconstruire, rétablir et surtout pour ces derniers la filiation qu'ils ont tenté de détruire en les exterminant.

Historienne, je collecte, je rassemble et j'assemble autant que je peux avec ce que j'ai, le peu parfois, jamais le trop, puis j'essaie de coudre... Coudre, assembler, faire tenir les pièces entre elles les coudre de fils blancs, noirs, de toutes les couleurs. Singulier travail ! Parfois les pièces manquent pour assembler, ravauder, repriser...  laisser des blancs : L'historien n'invente pas. Il s'en tient à ce qu'il a.

Drôle de couturier. 

Analyste, je suis aussi couturière à ma manière, artisan de cet assemblage insolite et singulier que me livrent les analysants, en les aidant à mettre 
 du sens, là où il n'apparait pas instantanément, à réunir des pièces, des bribes, ne pas perdre le fil pour faire tenir ce qu'ils habitent ! pour que ça tombe bien, sans faux plis. Que ce soit précis, clair et net.

"Vous raccommodez les âmes" "vous remettez en ordre le bordel qu'il y a dans ma tête" "Vous faites tenir tout ça, tout ce qui était en vrac" me disent-ils

Tout cela est une histoire des histoires de l'Histoire, c'est pour cette raison que depuis des années j'ai entrepris toutes ces recherches. Pour comprendre et aussi pour me comprendre. Oui j'ai grandi au milieu des tissus,  de la couture, des habits, de la couture et des couturières, je me suis souvent demandé moi qui ne sait pas coudre où je me situais au sein de cette filiation. En avais je par ce manque de savoir rompu le fil ? Ce manque ? Le fil ? le fil de l'histoire ? Celles que j'entendais, enfant.. Je regrette de ne pas avoir posé assez de questions, pourquoi ? Pourquoi je n'ai pas demandé ? Qu'on me dise encore ? Qu'on m'apprenne à coudre ? Pourtant j'ai des souvenirs, ils reviennent s'enfilent dans le chas de l'aiguille et j'assemblent les bribes, je puise dans les archives, croise et reprise, je trouve, je retrouve je me trouve enfin ! C'est parfois terrible et tragique. Alors toutes les émotions surgissent on se demande quoi faire, quoi en faire  ? Comment les assembler ? avec quels fils  pour que ça tienne. Et l'enfance ramène comme la vague sur le sable les mots, ceux là même que tu ne comprenais pas lorsque tu étais enfant, mais qui te semblaient étranges, ces mots chuchotés à peine qu'un enfant ne comprend pas.. Pourtant l'enfant qui ne ressemblait à rien ni à personne  entendait et comprenait ces "secrets" que tout le monde savait sauf lui. Alors tu cherches, tu fais attention au moindre mot, au moindre regard, tu assembles les pièces et tu écoutes de que disent les gens, tu reconstruis le puzzle.. et tu deviens historienne et psychanalyste, tu te dis alors des décennies plus tard, qu'entre un tailleur d'habit, une couturière, un marchand de tissus, une historienne, une psychanalyste, il y a un bien un  lien, un lien solide, le fil que tu as tiré et avec lequel tu as cousu, recousu ta propre histoire, reconstruit la filiation. Tu es heureux car enfin tu sais d'où tu viens et qui tu es.

Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste, exploratrice urbaine
Crédit photo @brigittedusch.

* Gustave Flaubert "Madame Bovary"

lundi 5 août 2024

Nous ne vieillissons pas ensemble

 



Sie schreibt


"Il y a bien longtemps que nos chemins se sont séparés, sans s'en rendre vraiment compte, doucement, brutalement parfois. Nous ne nous sommes jamais vraiment rencontrés, une illusion peut-être, un désir d'y croire. Trop différents, trop étrangers, trop ou peu pour faire "ensemble".

Aujourd'hui le temps nous a usé, nous a épuisé et vampirisé. Il ne reste plus grand chose de l'envie, ni d'être en vie. Tout ne tient qu'à un fil et faire semblant devient de plus en plus difficile
La séparation est là, actée depuis longtemps mais est devenue effective, même si nous essayons de faire semblant et dans les moments aisés d'y croire un peu pour avancer.
Nos mots, nos paroles, nos discours raisonnent et résonnent faux, il n'y a plus d'harmonie, de connivence, de regard, mais seulement de la dissonance et de la discorde.
L'amour s'il a un peu existé s'en est allé, pour laisser place à la colère, la violence, le mépris, la haine, et parfois la pitié.
C'est une grande tristesse, celle d'un immense gâchis, de vies gâchés, d'espoirs déçus, brisés et avortés. 

Mais la vie c'est peut-être ça après tout ?


Ce serait facile d'avoir des regrets toutes ces années plus tard. Parfois il faut en effet éviter de penser. C'est évident que si on savait, on ne s'engagerait jamais dans un chemin boueux par peur de s'enliser, s'étouffer et mourir un petit peu. On ferait demi tout si on le pouvait.
Ce n'est pas de ne pas y avoir pensé mais il y a toujours une bonne raison. Un jour on grandit, on se dit que oui c'est fini et que pour le peu de temps qu'il nous reste, on va en rester là.


Nous ne vieillissons pas ensemble, depuis longtemps, depuis toujours peut-être ? Personne n'y a vraiment cru, persister pour se convaincre de ne pas se tromper. C'est la vie choisie, mais non rêvée. Rêve t-on sa vie ? La subit-on ? On tente de faire pour le mieux, et ce n'est pas simple
Il y a la colère surtout le désamour, le désintérêt, le désespoir, d'éprouver et de vivre tout ça. 
Le faire semblant devient une épreuve, une peine à perpétuité. On n'aspire plus qu'à se séparer, se déchirer, partir, laisser l'autre là, loin de soi. 
On se demande comment on a pu en arriver là ? Sans rien voir ? Entrevoir. Déni ? Confort ? 
Nous ne vieillissons pas ensemble peut-être parce que nous ne sommes justement plus en ensemble depuis longtemps, trop longtemps ? 
Alors ? on se demande dans les quelques instants de lucidité si l'amour éprouvé il y a si longtemps mérite de mourir dans la haine ? 
Alors ? On pourrait se quitter, bons ennemis ? 

"Il n'y a rien de pire que de ne plus s'aimer"

Sie sagt.

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne, exploratrice urbaine
Crédit photo @brigittedusch

vendredi 14 juin 2024

Wieder leben lernen

 


Sie sagt

"Man muss alles neu lernen, alles neu beginnen, wenn man vom Tod zurückkehrt.

Vom Tod des anderen, vom Tod dieses Stücks Selbst, das mit dem anderen gegangen ist und das auch nicht mehr zurückkommt.

Man muss lernen, mit dem Mangel zu leben

Die Mängel

Der Mangel des anderen

Der Mangel an sich selbst.

Man muss wieder lernen zu gehen, zu gehen, zu kommen, wegzugehen, zu gehen, zurückzukehren, allein.

Man muss wieder lernen zu essen, zu schlafen, zu leben

Man muss die Gesten, die einfachen Gesten des Alltags wieder lernen, 

Man muss wieder lernen zu lieben und geliebt zu werden

Man muss wieder lernen, die Liebe zu nehmen, die einem gegeben wird, die Zärtlichkeit, die einem angeboten wird.

ES MUSS.

Aber ist das alles möglich?

Wollen wir es?

Kann man es? 

Ist es nur eine Frage des Wunsches? 

Aber welches Verlangen? 

Der Wunsch zu lieben und zu leben?

Wir sind also dazu verurteilt, ohne den anderen zu leben, ohne denjenigen, der uns ausgewählt hat, den wir ausgewählt haben, um auf ein Stück Ewigkeit zuzugehen, und der weggegangen ist? 

Das müssen wir überleben

Schon wieder? 

Und ich sehe nun schon seit zu vielen Jahren, wie die Menschen sterben, die mich geliebt haben und die ich geliebt habe.

Man glaubt zu sterben, immer. Ich habe oft geglaubt zu sterben.

Ich denke oft

Ein zerbrochenes Leben, Versprechungen auf ein Leben in einer anderen Welt, einem anderen Land, brutal, die Liebe wird durch den Tod, den Tod des anderen, weggerissen. 

Man steht da wie betäubt, zerrissen, mit dem Mangel. 

Dieser Mangel wohnt immer in uns. 


Aber wir sind da, immer noch und immer wieder.

Ich habe viele Gewitter, viele Stürme, viele Sonnen, Sommer und Winter vorbeiziehen sehen.

Ich bin hier, lebendig, immer noch, eine Überlebende, die auf ihren Tod wartet. 

Ich habe keine Angst, meine einzige Qual ist es, den Kummer zu kennen, den ich meinem Sohn bereiten werde. 

Man sagt sich, dass ich nie wieder aufstehen, essen, gehen und lieben kann,

Man gibt sich sogar der Erwartung hin. Die nicht kommt. 

Es ist nicht die Zeit, nicht die Stunde!

Dann eines Tages steht man auf, denn das Leben ist stärker als alles.

Eines Tages, an diesem Tag nach so vielen Tagen des Kummers, habe ich ein Versprechen gegeben, das Versprechen zu leben. Ich habe mein Wort gegeben. Und ich bin hier.

Ich habe mich für das Leben entschieden, und das ist nicht nichts.

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
Crédit photo @brigittedusch



mardi 11 juin 2024

Ich warte



Ich warte


Es ist ein langes Warten

Endlos, dessen Ende ich nicht sehe

Auch du hast auf mich gewartet

Ich bin gekommen


Wie lange soll ich noch warten

Diese unerträgliche Abwesenheit, dieses unerträgliche Schweigen, dieser Mangel an Worten, dieses Zuviel an Übel.


Qual und Folter

Das Warten oder das so tun als ob

Diese Eleganz des Schweigens,

Diese Maske des Anstands

Diese zermürbende Komödie jeden Morgen aufs Neue.


Ich warte

Es steht mir nicht zu, den Zeitpunkt zu bestimmen

Über das Ende oder den Anfang

Also gehe ich voran, ganz langsam

Ich schleiche oft umher


Es ist ein erzwungener Marsch, in der Dunkelheit, im Halbdunkel, im Schwarz.

Die Sonne ist sehr blass und der Himmel viel zu niedrig.

Wir haben uns nicht verabschiedet, sondern bis bald

Dieses Frühere lässt auf sich warten

Ich habe hier noch viel zu tun.


Also warte ich

Aber nicht zu lange


Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne, exporatrice urbaine
Crédit photo @brigittedusch



 

jeudi 6 juin 2024

Heute Abend





Heute Abend wie jeden Abend, aber vielleicht ein bisschen mehr als an jedem anderen Abend.

Ich vermisse dich


Die Zeit ist leer

Leer von dir

Und leer von uns

Ich muss das überleben


Heute Abend vermisse ich dich vielleicht ein bisschen mehr.

Ich weiß nicht


Heute Abend frage ich mich wie jeden Abend, was ich hier tue.

Wie ich es geschafft habe, hier zu sein

Es ergibt kaum einen Sinn

Ich weiß nicht


Heute Abend wie jeden Abend ist es ein Abend, der mich dir ein Stück näher bringt.

Ich bin leer

Leer von dir

Leer ohne dich

Leer von uns


Dieser Abend hat keine Bedeutung mehr

Ich liebe dich

Wie jeden Abend


Brigitte Dusch historienne, psychanalyste, exploratrice urbaine
Crédit photo @brigittedusch




samedi 25 mai 2024

Mon dernier coup de poker ?




Je suis venue ici pour me réparer, réparer mon corps et mon âme. Tous deux mutilés et meurtris.
Je suis venue ici pour trouver un peu de paix et de calme
Je suis venue ici pour vivre


Ich bin hierher gekommen, um mich selbst zu reparieren, meinen Körper und meine Seele zu reparieren. Beide sind verstümmelt und verletzt.
Ich bin hierher gekommen, um ein wenig Frieden und Ruhe zu finden.Ich bin hierher gekommen, um zu leben

Un jour il faut partir pour penser et panser toutes ses blessures. 

Trouver asile, un havre de paix loin de la folie de son monde, d'un tsunami qui nous emporte aux portes de l'abime,  loin de ce qui fait mal, même si ce mal et cette douleur on les emporte avec soi dans ses bagages, dans ses cartons. On ne ressors jamais indemne de la guerre qu'on nous a mené et de celle qu'on se mène. Les cicatrices ne se ferment jamais vraiment, elles sont à fleur de peau et d'âme, il faut peu de choses pour qu'elles s'ouvrent et saignent encore. 

Il faut du temps, beaucoup de temps, pour décider, partir, aller, et s'arrêter du moins un peu, un peu longtemps le temps de ? d'aller un peu mieux, de reprendre les forces nécessaires pour une nouvelle route.

Il faut du temps, le temps est mon allié, il ne m'a jamais trahi, j'ai toujours misé sur le temps, et j'ai bien fait.

Die Zeit ist mein Verbündeter sie hat mich noch nie betrogen


Une étape ? pour la remission et non la guérison qui ne saurait survenir par miracle ! mais aller seulement un peu mieux c'est déjà ça. Si on ne peut venir à bout du Mal de la peine et du chagrin nous pouvons tout de même en alléger le poids du fardeau. 

Alors comment faire ?


Penser, méditer ? Eviter de ruminer, de se plonger encore en un passé qui fait encore mal ? S'en tenir à une distance suffisante pour reprendre les forces essentielles afin de les réparer. J'ai appris ça dans une autre vie, il y a bien longtemps. Je n'ai pas oublié.


Laisser là bas ce qui a fait effraction ? mais on ne laisse jamais tout, il y a toujours un peu de ce "malgré soi" qu'il faut bien affronter un jour ou l'autre pour pouvoir avancer, à petit pas, à tout petit pas. Il faut le temps, encore.


Rien ne sert de le ranger dans un tiroir fermé à double tour parce qu'on ne veut le plus voir sans se résoudre malgré tout à jeter.
Jeter ? Se délester ? Terrible ascèse que d'abandonner, de laisser là, détruire parfois ce qui a fait partie d'une vie mais qu'on ne veut ou ne peut emporter avec soi ?
Nous n'en garderons que le souvenir, parfois le regret, se dire que on n'aurait pas du, mais qu'il n'y avait pas assez de place. 
Mais quelle place ? Celle qu'on lui donne ou pas, à nous de faire ce choix aussi douloureux soit-il ?


Je suis une enfant de Survivants et une Survivante, de mon passé il ne reste que peu de choses, des ruines certes mais des fondations solides, celles qui ont fait ce que je suis. Ce n'est pas rien. C'est en elles que j'ai puisé alors chaque matin  la force nécessaire pour faire face et tenir à bout de bras ce qui pouvait l'être encore. Seule. 
Mais seule on ne peut pas se trahir, c'est toujours ça.


Alors je suis partie. Partir ; ce désir niché au fond de moi depuis tant d'années ; quitter ces lieux où j'étais en souffrance, de trop, pas à ma place, aller au delà de ce mal entendu où je n'entendais rien que des bribes d'un discours qui m'était étranger, moi l'étrangère qui envers et contre tout s'est évertuée à conserver cette différence, cette singularité pour ne pas perdre mon âme. 
Parce qu'il était temps de remettre les choses à leur place.

Weil die Zeit gekommen ist, endlich die Wahrheit zu sein. Aufhören zu lügen, sich selbst zu belügen und sich zu verstellen


Ce rêve est devenu un pari "mon dernier coup de poker" ais je souvent pensé et dit, jurant que c'était vraiment le dernier, que plus jamais je ne jouerai !

Quel joueur ne l'a pas dit ?

Des nuits d'angoisse, de frayeurs  et d'insomnies se sont ajoutées alors à celles qui depuis des années rongeaient ma vie, mais il le fallait. Il faut parfois abattre ses cartes sans connaitre vraiment le jeu de l'adversaire, il faut le deviner, l'anticiper, être attentif aux moindres signes et saisir l'instant, sur le vif. Rester impassible toujours.


il faut oser, il faut parier, il faut tenir, ne pas fléchir, il faut ; je dois car je n'ai pas le choix. 

Ich muss, weil ich keine andere Wahl habe


Je l'ai fait, car je n'avais pas grand chose à perdre, rien peut-être, si ce n'est ma vie, et ce n'est pas rien, alors mon instinct m'a dit encore une fois "Sauve toi !" je l'ai écouté comme souvent et c'est pour cela que je suis toujours là. Ce désir de vivre est si fort,  chevillé au corps depuis ma naissance, moi qui devais alors mourir.

Chaque matin je ressens le bonheur d'être ici, au bout du monde, dans ce monde qui est un peu le mien, moi qui suis de partout et de nulle part. Mais ici c'est un peu chez moi je crois. Chaque matin je vois les monts et les forêts, la rivière, les champs et le clocher, j'entends le son du carillon qui marque le temps et rythme à présent de ma vie. Qui marque mon présent. Pour le moment.

Chaque matin, je remercie la vie de m'avoir donné ça et je me remercie d'avoir osé.

Ich danke dem Leben, dass ich am Leben bin

Chaque jour je marche, longtemps, je marche et médite, pense, écris,  je m'en vais sur les chemins, les sentiers, au bord de cette rivière sauvage et indomptable qui me ressemble et qui enfant me terrifiait. Je l'ai apprivoisée.

Ich habe sie gezähmt und habe keine Angst mehr

Je découvre, explore, je vais à la rencontre de ces lieux abandonnés, oubliés, laissés là par l'homme qui n'en n'a plus besoin, je marche, je regarde, et parfois je contemple. Longuement, longtemps, lentement langsam

Mais c'est une autre histoire. 


Chaque jour je vais à la rencontre de ces ruines parfois, ces bâtiments, ces traces d'un passé pas si lointain qui se raconte à travers le lierre et les ronces. Et je me laisse aller à écouter ces histoires, les leurs.  C'est un bonheur infini, une source d'émerveillements quotidiens, et la joie d'un rayon de soleil, d'une fleur, d'un ciel et de nuages. 

La Vie, l'Haim. Merci.


Marcher, en solitaire, explorer en solitaire, le pas de l'homme est singulier, et chacun marche à son rythme. Prendre le temps encore, s'offrir ce temps long qui n'existe pas vraiment? C'est un temps de méditation, de face à face avec soi avec la nature pour seul témoin. C'est une communion. Merci.

Marcher c'est aussi sortir des sentiers balisés, c'est aller au delà de ce qui est montré à voir, c'est aller au devant de ce qui ne se voit pas, lentement, respectueusement, sans déranger, je ne suis que de passage et ne laisse pas de trace. C'est aller au devant de soi, de ses chemins noirs, ce ce continent obscur qu'on peut enfin accueillir sans crainte. Etre soi avec soi. 

Hors les murs, hors les chemins tracés c'est un peu l'histoire de ma vie, celle que j'ai choisie. Parfois sur le fil malgré le vertige je n'ai jamais flanché. Je n'en n'ai jamais eu le luxe.

Mon dernier coup de poker ?

Mein letztes Pokerspiel

La  vie n'est-elle pas un éternel pari sur l'avenir ? Ne faut-il pas oser pour sortir de sa souffrance ? faut-il du courage ? Je ne saurai savoir, ce que je sais intimement c'est qu'il faut avoir l'envie de rester en vie car la vie est le plus beau des cadeaux.

Le poker n'est pas la roulette russe, ni le casino, ce n'est pas un jeu de hasard

Es gibt keinen Zufall

Au poker, il faut faire preuve d'audace, de  concentration, d'une grande capacité d'analyse, savoir se remettre en question mais aussi être d'une rigueur implacable et malgré tout ce brouillard, ces ténèbres qui souvent m'envahissaient, j'ai conservé toutes ces qualités. Alors j'ai osé. 

  • Mon dernier coup de poker ? S'il fallait, il ne serait alors que l'avant dernier.
  • Mein letzter Poker? Wenn es sein müsste, wäre er dann nur der vorletzte.


Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste, exploratrice urbaine (Historikerin, Psychoanalytikerin urbex)
Crédit photo @brigittedusch


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Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.

Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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