Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

mardi 10 novembre 2009

Mots barrés.

-"Tu as déjà terminé ?"

-"Ce jour là, le prof nous avait distribué des mots barrés... C'est facile, en quelques minutes j'ai fini, alors j'attends, les autres mettent du temps. Pour une fois que je suis bon.. !"

-"Tu as déjà terminé, ou tu n'as rien fait ? "
-"J'ai fini"
-"Montre moi."
-"Mais ce n'est pas possible, tu as copié ! "
-"Mais sur qui ? Les autres n'ont pas finis"
-"Mais alors tu as triché !"
-"Mais comment ? "
-"Je n'en sais rien, mais tu avais les résultats"
-"Quels résultats madame ?"
-"Mais tu as bien fait quelque chose, ce n'est pas possible..."
...
-"Tu seras puni... "


Oui...


"Comment voulez vous que je lui explique que je n'ai pas besoin d'une heure pour faire ça, les mots barrés je les vois, vous comprenez, vous, ils se détachent nettement des autres
Je regarde la grille, et immédiatement, ils sautent aux yeux.. On ne peut pas les rater
Alors je n'ai plus qu'à barrer, facile non... ?"

Et c'est n'est qu'un exemple dans l'histoire scolaire de cet ado.. Comme pour d'autres, qui d'un seul coup d'un seul trouvent le résultat, mais ne peuvent expliquer comment...
Savent "parce que c'est comme ça !

Lui, il sait lui pourquoi il fonctionne ainsi, il ne l'a pas toujours su et en a souffert.
On n'aime pas les différences, les personnes, les élèves qui ne comprennent pas, ou comprennent bien avant
"La réponse je l'ai avant même qu'elle ait fini de poser sa question... Je vois tout de suite où elle veut en venir... "

Il en a souffert, l'école n'est pas tendre avec ces enfants là, ni avec les autres. L'école ne fait pas de cadeaux. Elle n'aime que les "bons élèves" ceux qui sont déjà "formatés", qui conforte les enseignants dans une pédagogie et un enseignement dépassé, anachronique...

Qui les empêchent de remettre en cause des méthodes d'apprentissage désuettes, de voir, et regarder l'élève qui ne "fonctionne pas comme les autres", de s'y arrêter, de s'interroger, de chercher à comprendre...
Une seule tête et une seul, un seul enseignement et un seul...!
Tellement plus simple de se dire "celui qui ne comprend pas ce que je dis est un idiot...!" Je n'exagère malheureusement pas.
Isolement, repli, refus scolaire parfois... Des élèves doués, plus que doués parfois, relégués aux oubliettes... De cette immense machine à broyer !


Alors il a appris à connaitre, à comprendre, à identifier, à en savoir le mécanisme...Puis à accepter, et utiliser cette particularité là !
En faire un "atout"

-"C'est plus simple, c'est mieux de savoir. De savoir qu'on est pas fou, pas débile, c'est rassurant
Ca va mieux.. Je me sens plus à l'aise.."

Prendre le temps là où il faut, quand il faut, accepter aussi que souvent ça va plus vite, aussi, alors ne pas perdre le temps, là où il faut, quand il faut...

Avancer alors sur cette route singulière...
Pour suivre le chemin, son chemin...Trouver sa voie.
Compréhension de la singularité de l'autre, du fonctionnement autre de l'autre...
Savoir que cette particularité là fait partie de soi...Est soi !
A tous les enfants, élèves, ados et adultes que j'ai rencontrés et suivis dans ce cadre, aux enseignants qui, s'ils lisent cet article, puissent s'interroger sur ce qu'est la "préférence hémisphèrique" et avoir un autre regard sur les enfants qui soit-disant, " ne suivent pas"

lundi 2 novembre 2009

25 Frs

Elle n'avait que 25 fr, pour vivre elle, sa fille laissée à ses parents, dans sa Vendée natale, et son fils, ce dernier né... venant de naitre.
25 fr, pour trois ...
"Ce n'est pas assez, je ne peux pas "a t-elle déclaré alors à l'Assistante publique où elle a déposé son enfant, lui, le fils, le dernier né...quelques jours après sa naissance
Lui... Laissé là, quelques jours après qu'elle l'ai mise au monde ..
Mis et laissé au monde
Mais comment vivre avec 25 fr à Paris en 1900...?
Comment ?
"Le père voyant Mlle ....enceinte pour la deuxième fois la laissée et est parti sans dire où il allait" a scrupuleusement inscrit l'employé de l'Assistance
Formule toute faite... ? Père : case vide, néant, inconnu.....X
Père ?
Qui était ce père qui abandonne une femme a qui il a fait deux enfants...Ou un seul ? Nul ne sait, ou celui qui savait a emporté avec lui ce secret dans la tombe !

Secret, tombe, squelette, fantôme..Non dit, caché, tu, tué...Pas dit, honte, culpabilité, crypte........

"N'ayant plus d'aide et déjà une fille de quatre ans et demi en nourrice, se voit forcée d'abandonner le dernier né, ses gages n'étant pas suffisants pour les besoins de trois personnes"
Cruelle destinée...

Mais laquelle ? Celle de cet enfant laissé, confié à l'Assistance pour y être nourri...Celle de sa mère, obligée de laissé ce dernier né faute de moyens pour l'élever ?
Cruelle ? Pour qui ? Pour quoi ?
Ces destins là sont courants, banals presque... Peu d'argent...Donc pas de moyens.
Absence de moyens, a, privatif... Abandon, don, sans don, je laisse à...
Abandon..
Laissé là cet enfant pour une autre vie, une vie différente...Peut-être ?
Espérant alors que l'Autre, cet état providence substitut aura davantage de moyen. Un plus qu'elle n'a pas, car c'est seulement des moins qu'elle, cette mère là peut offrir. Comment donner du moins même si deux moins donnent soit-disant du plus ?
Moins... Laissé à.
Et de repartir pour sa propre vie, une autre vie, différente.... Sûrement, car elle ne pourra plus être comme avant. Peut-être ?
Historienne, je me suis interressée à l'abandon, celui des enfants, au cours des siècles, au cours du temps, je me suis interrogée aussi sur l'amour maternel, l'amour familial, le désir d'enfant... l'amour de ses enfants ?
Femme, mère, psychanalyste, je me suis posée, j'ai posé ces mêmes questions...
L'amour.... Comment peut-on parler de cet amour là, un amour qu'on ne connait pas, un contexte autre. 25 frs...
Nul ne peut juger, nul n'a le droit de dire, il fallait, il faut, elle doit, elle aurait du..
Nul, personne, ne peut, ne sait,

Qui sait ?
Etrange affaire que celle là... Une femme enceinte choisit de laisser aux bons soins de l'Assistance cet enfant là, le dernier né, qu'elle a porté neuf mois, et nourri une dizaine de jours... Pourquoi ?

Amour ? Maternel ? Liens ? Lait ? Nourriture ? Allaitement ? Maternel ? Lien....Mais lequel
Cet enfant là... Que sait-il de tout ça ? Je ne sais pas... Peut-être en sais-je davantage ? Davantage que lui, ais je pénétré ses secrets, dérangés ses fantômes, pour tenter de comprendre ce qu'il a tenu secret au plus profond de son âme.

A t-on le droit de remuer tout ça ? De rechercher dans tout ça ? De vouloir comprendre tout ça ?
Tout ça ? Moi. Avoir entre les mains ces vieux dossiers, lire "ça," ça m'a fait mal ! J'ai éprouvé, ressenti de la souffrance, toute la souffrance de cette femme, au guichet de l'Assistance.. Laissée, délaissée, abandonnée elle aussi à la détresse, celle de son être seul, face à cette décision terrible, face à ce choix tragique...

J'ai éprouvé de la douleur pour ce petit être, qui a grandi dans la froideur d'un orphelinat, dans l'indifférence d'adultes, dans l'hostilité peut-être de toutes ces familles qui l'ont accueilli non pour lui donner de l'amour, mais pour remplacer les bras partis à la guerre.
Les larmes sont venues à mes yeux, à la lecture du misérable pécule... Du peu que cet enfant là, ce garçon là a gagné à la sueur de son front à la peine de son âme, sans amour, sans chaleur....
25 Frs ne suffisaient pas pour une enfance autre que celle là ?
25 frs est-il le prix de la vie, de l'enfance, d'une rencontre ratée ?
Celle d'un rendez vous manqué avec l'amour de la mère....Mère où étais tu alors ? Mère ne sera tu donc jamais là, cette fois ?

A Arsel... A Armance... A... Comme Amour...

jeudi 22 octobre 2009

Quand il manque le début de l'histoire

On fait quoi, quand il manque le début de l'histoire, de son histoire, quand il manque, quand on ne sait pas, parce qu'on ne nous a pas dit ?
Quand notre histoire commence par "il était une fois... moi" ?
Et avant : le déluge.
Car c'est souvent de déluge qu'il s'agit !
Ancêtres quand tu nous tiens, ou plutôt quand tu ne nous tiens pas ! Quand tu n'es pas là pour lier, nouer, peut-être voire sûrement. Quand tu es absent pour tisser grâce à toi, l'immense toile dans laquelle tout sujet s'inscrit, doit s'inscrire
Toile... Toile d'araignée, qui se tisse, tisse, inlassablement le lien de A jusque... Soi
Mais on fait quoi alors quand tout commence par "il était une fois moi" ?
Car il faut bien commencer par quelque part
Je suis souvent confrontée à l'abandon.
Celui, celle qui est abandonné(e) et celui ou celle qui abandonne....

Ces rencontres là, pour des raisons très particulières m'ont toujours infiniment touchée...
Rien n'est plus déchirant que ces histoires là, ces histoires si singulières où il manque quelque chose, fragile chateau de cartes qui repose sur du vide, sur le vide
Le vide des origines
Abandon.. sous X, laissé, abandonné, "on n'a plus voulu de moi, on n'a pas voulu de moi,on m'a laissé là"
Ce là.. N'importe où parfois...
Et s'enchainent alors les histoires de vie terribles souvent, pas toujours.. Parfois, la famille d'accueil à défaut d'être aimante est "accueillante "
Mais... Famille substitut de famille, d'une famille qui a failli, qui n'est pas, qui manque..

Et souvent, toujours, cette question récurente, pourquoi, pourquoi moi ?
Moi, vilain petit canard, si vilain qu'on m'a laissé là..
Si vilain que pas aimable, gardable, vilain, bon pour être abandonnable..
Alors parfois vient ce besoin.
Ce besoin de rechercher, de retrouver trace d'une filiation, d'un nom, de racine, d'un début... D'une explication, d'un pourquoi, d'un motif.. Pourquoi?
Nul ne peut se contenter du "c'etait comme ça? " courant à l'époque
Historienne, je me suis penchée sur ce phénomène, les abandons à Paris au début du siècle précédent..
Mais l'Hisoire ne suffit pas ici à penser, encore moins à panser l'hitoire, l'histoire du sujet.
Déraciné, sans racine
On lui a oté ainsi, toute chance de savoir, de savoir d'où il vient, qui il était, qui était avant lui. Qui était là avant lui, qui a fait de lui ce qu'il est...
De où je viens ? De qui je viens ?
Questions sans réponse, pour toujours peut-être ?
Même s'il n'y a pas toujours de réponses aux questions qu'on se pose, même s'il n'y a pas une réponse, une bonne réponse. Cette question là, place le sujet face au vide, à l'inexplicabilité de son existence, de son issue, du "là d'où je viens" quasi fondamentale pour aller, pour vivre et devenir
Pourtant, rien ne semble joué, d'ailleurs rien n'est joué d'avance, nous avons, je le crois sincérement, infiniment, profondément le libre arbritre, le libre arbitre de notre destin. Celui d'écrire notre présent, notre futur, même s'il manque le passé
Ce passé qui manque et manquera, nul ne pourra le combler, c'est comme ces archives, ces trous, qui manquent, et qui ne permettent pas à l'historien de comprendre. De reconstituer.
Le romancier ou l'historien du dimanche inventera pour combler le manque, le chercheur dira "je ne sais pas, il y a des trous dans les années..." et n'écrira rien, puisqu'il ne sait pas
Ne pas savoir ouvre aussi la porte au fantasme, à l'imaginaire, à l'imaginé, à l'impensable pourtant mis en pensées... Et puis ?
On imagine, on fabrique, on construit.. On élabore, comme on peut, avec ce qu'on a, mais surtout avec ce qu'on a pas, on comble le manque avec du manque. Le seul matériau a disposition pour écrire le passé, l'avant soi..
Ou alors, on décide que ?
Et que l'histoire alors peut peut-être commencer par "il était une fois moi..."

Pour Arsel (comme j'aurai voulu pouvoir t'aimer davantage, avoir ce temps là) et Armance...
Pour Eric. Notre rencontre à permis d'écrire cet article, sois en remercié

mardi 20 octobre 2009

Mal de mère

Quelle souffrance que ce mal là....
Pas de remède possible, rien pour le soulager vraiment
Mal de mère, mal à mère, mal amer, mal, douleur, souffrance...
J'ai le mal de mère, j'ai mal à ma mère....
Combien de fois ais-je entendu ce mal là ? Ce mal sourd, qui ne se dit pas, qui prend racine, qui s'incruste, qui fait son lit, qui fait son nid, et qui grandit
Sourd !
Muet, car on ne sait comment l'exprimer, on ne sait l'exprimer, on ne sait si on doit, si on peut l'exprimer
Car ce mal là, ne se dit pas, il se vit, de l'intérieur, car il ronge, il démange et il tue à petit feu celui ou celle qui en est atteint,
Cette atteinte là n'est pas une vaine attente.. On est atteint, ce n'est pas vraiment contagieux, mais quand on le sait, le mal est fait !
Le mal de mère, il donne la nausée, le tournis, le vide s'installe et ne se comble pas
On ne sait pas vraiment comment le décrire... Dire comment ça se passe, mais ça ne passe pas, ça on sait le dire.
Indicible, indescriptible "indisable" me dit une adolescente... Disable, disette, famine, j'ai faim de ma mère, fin de ma mère, enfin....
Comment dire que l'enfant n'a pas été aimé, n'a pas reçu l'amour de la mère, de cette mère qui se dit la sienne
J'ai mal à ma mère, à la mère qui est la mienne.... Pourtant !
Si je ne suis pas aimable par elle alors qui pourrait bien m'aimer ?
Eternelle question, sempiternelle ritournelle sans faim, et sans fin, sans réponse...
Mal que ce mal là....
Alors comme cette mère presque grand mère, on s'invente une mère....Une mère qui aime, car en cherchant bien il se peut que.
On se raccroche à cet espoir là, à cette idée là et on quête : "On piaille des souvenirs" pour trouver l'indice d'amour, le signe, le flagrant délit d'amour de cette mère là, car une mère et c'est comme ça aime ses petits
On cherche encore dans ses souvenirs ou dans ce quil en reste, dans ce qu'on en fait, dans ce qu'on ramène à la mémoire...Au conscient, de ce qui fait q'uon voudrait cette fois qui advienne...
A mour....Enfin, un peu d'amour pour témoin.. Cet amour là, de la mère qui "vous voyez, je crois qu'elle m'aimait bien quand même...
Ce bien quand même ! En dépit de quoi. En dépit du rejet, des coups, des humiliations, des insultes, de la négligence, de la transparence, du mépris... Quelques gestes, quelques gestes d'aimer bien

Parce qu'une mère ça aime bien quand même un peu bien ses enfants, la chair de sa chair.. Mais cette mère là aime t-elle sa chair ? Car sinon comment aimer la chair de celle ci.
Chère chair ! Chair amère, chair à mère ! A la mer toute !

Alors on puise, on cherche en on finit par trouver l'infime signe qui pourrait laisser croire que...Qu'il y aurait eu peut-être un peu d'amour, là où manifestement tout laisse à croire qu'il n'y en aurait pas... Mais ?
L"infime signe...Qu'on n'aurait peut-être pas vu... Qu'on n'aurait pas compris... Pauvre de soi, qui n'a pas vu que sa mère l'aimait, que sa mère l'a aimé malgré tout, malgré quoi ?
Malgré les coups, les insultes, l'indifférence, l'humiliation....
Et on n'a pas vu, pauvre de nous, et de culpabiliser cet aveuglement, cette folie que de ne pas avoir vu que....Et d'avoir cru n'avoir pas été aimé
Et n'avoir.... Pauvre mère, et pauvre de soi !
J'ai le mal de mer avec tout ça, parce qu'une mère qui n'aime pas, ça ne se dit pas.

Mater familias

D'une main de maître, ou de maitresse elle mène son monde
Mater familias
D'une main de fer parfois, sans forcément de gants de velours, ou pas toujours, juste quand il faut, ou ne faut pas...
Elle mène, guide, élève, éduque, nourrit, corrige, inflige, inculque, explique, aime, n'aime pas...
Mater familias
Où est le père ?
Père y a t-il ? N'y a t-il pas ? Ou n'y a t-il pas assez ? Pas assez suffisamment ?
Mater familias, pour prendre la place inoccupée, déficiente, laissée vacante, mais pas forcèment vide... Vide du père, d'un père qui est là, sans être là, vraiment, ou là, un peu, pas suffisamment.
L'Histoire, mais aussi et surtout les histoires de femmes en sont le témoin, les témoins
Témoin de l'absence où ces femmes doivent répondre présentes...Une présence transparente, absente de la scène, une absence en apparence, masquant l'abscence de celui qui semble présent.


Mater familias..
Pour vivre, faire vivre, aller de l'avant...Combler de part et par leur présence cette place laissée, là, comme ça.
Main de fer, pas forcèment, même s'il faut prendre les choses, les res vitam en mains.
Res vitam ?
Je les entends souvent ces histoires de femmes, de maîtresses femmes d'hier qui ont marquées l'inconscient de ces femmes d'aujourd'hui.
"Fortes femmes" disait on aussi "dans le temps"
Une sorte de matriarchat, où l'homme n'est pas absent, mais ne semble pas tenir le rôle du pater familias, ce rôle que la société lui a pourtant dévolu. Une sorte de toute puissance.
Une toute puissance qui ne se discute pas, ne se refuse pas, mais se transmets... Digne héritage !
Pater y es tu ? N'y es tu pas ?
Pater où es-tu ? Quand viens-tu ?
Transparent ? Transparence... Mais que voir à travers ? A travers le père, à travers le prisme du père, Père à travers, travers du père, père au travers, père de travers. ?

Une patiente s'interrogeait sur cette lignée de femmes qui la précédait, elle qui ne voulait pas vraiment de cet héritage là, qui voulait l'homme, le père, un pater familias, pour elle, sa famille. Elle qui voulait dans sa vie, dans cette vie remettre de l'ordre, revenir à l'ordre, à l'ordre établi depuis toujours, par une société patriarchale
Matricarche, elle ne se voyait pas ainsi. Pourtant mère, grand mère, tante, arrière grand tante et cela depuis des générations jouaient au pater familias, devenant des mater familias, par goût, nécessité ? Elle s'interrogeait...
Pourquoi ces choix, pourquoi ces désirs là justement. Choix ? Nécessité ? Contingence ?
Elle parlait de cette famille "spéciale" avec des femmes qui faisaient tout, mais "qui n'avaient même pas le droit de vote ! c'est pour dire !".
"Tout...Sans elle, peut-être que je ne serai pas là ? Tout, car d'homme il n'y avait pas, ou si peu, d'ailleurs aucune photo, aucun véritable souvenir, si ce n'est que des mauviettes."
Alors pourquoi... ? Elle ne savait pas. La transmission était maternelle, de mères en filles... C'était semble t-il celle là qui importait. La seule transmission possible, le seul lien qui tienne.

Que ces filles là puissent surtout subvenir à elle même.
Une sorte d'autosuffisante pour affronter le demain, l'avenir, un avenir sans homme, ou sans homme suffisamment pater familias ?
"Comment se fait-il que ça se répéte, pourquoi ont-elles choisi ces hommes là ?"
Interressante question..
Subevenir, pour enfin ad venir...
Elle, elle ne pouvait subvenir à rien, et surtout pas à elle. Elle ne voulait pas, elle ne savait pas, ne décidait pas, pas même de la couleur du papier peint..
Remettre en ordre les valeurs, mettre de l'ordre dans les valeurs
Mais quelles valeurs ? Celles où l'ombre du pater familias plane, englobe, englouti, dévore. Omniprésent, omniscient, partout, toujours. Sécurité
Celle où la Femme, la Mère assume, assure, Mère nourricière, mais mater familias ?
Mère, femme, fille...Une sorte de dynastie qui transmet et qui se transmet un rôle, pas celui qui devrait, mais un ordre familial. Le sceau de la famille en quelque sorte. Une histoire et une affaire de femmes, de filles. Où l'homme est, mais à une place qu'il prend, qui reste, qu'on lui donne, qui lui échoit... Choit, choix ?
Quel choix ?
Délibéré, imposé par les circonstances.. Imposé. Posé ?
Femmes...

dimanche 18 octobre 2009

Histoires d'Histoire

Je suis historienne aussi..
J'aime l'Histoire et j'aime les histoires
Les histoires font l'Histoire
L'Histoire est la somme des histoires
Des histoires des hommes, des femmes, de toi, de moi, de vous, de nous, de nous tous

La somme. Gigantesque somme
Mais l'Histoire c'est tout ça
Etudiante en histoire, et encore aujourd'hui, j'ai parcouru les histoires, celles de ces femmes et de ces hommes qui ont vécu il y a des siècles avant nous.
J'ai lu leurs lettres, leurs écrits, leurs billets, leur testament..
J'ai lu pour comprendre
J'ai dressé leur généalogie pour comprendre, m'y retrouver...Les comprendre !
Mais quels liens avec les hommes d'aujourd'hui ? La psychanalyse ? La thérapie ?
Quels liens avec ces histoires là d'hier et ces histoires d'aujourd'hui ?
Celles que disent les sujets en thérapies, en analyse.
Leurs histoires, qui façonnent l'Histoire de demain....
Généalogie... Psychogénéalogie.. J'ai déjà parlé de tout ça dans de précédents articles, de ces fardeaux, cadeaux empoisonnés, boulets, héritages et secrets dont on aimerait parfois se passer, passer.. Faire passer, parce que justement ça ne passe pas
Plusieurs de mes patients racontent leur "histoire",mentionnant par là "les histoires de famille"
Souvent ils ont cherchés, reconstitués ces histoires là, comparer des dates, des faits, "troublants"
Ils cherchent alors à comprendre, à savoir ce qu'on ne leur a pas dit, cachés. Ils découvrent des invraisemblances, des mensonges, par omission...
Des "histoires" encore...
Pourquoi on ne m'a pas dit ça... Je croyais que... Regardez ces dates, ça ne peut pas coller ?
"Des mensonges, que des mensonges... Rien que des mensonges, cinquante ans de mensonges, j'ai l'impression d'avoir été trahie, manipulée, qu'on s'est foutu de moi.. Et comme une idiote j'ai continué à dire, à transmettre ces mensonges..."
Mensonges ?
Petits arrangements avec la vérité. Pour ne pas dire la vérité, la travestir, l'habiller un peu mieux
Tellement cette vérité là est difficile, impossible à affronter, à voir, à regarder en face
Parce qu'elle ne va pas, ne convient pas, on l'arrange alors un peu...
On ne dit pas tout, on oublie, ce qui coince, ce qui gène, ce qui "ne fait pas beau sur la photo" ce qi gâche le décor
Car ce décor là, on le veut irréprochable
Cet oncle là, on ne m'en a jamais parlé, je ne savais pas qu'il existait... D'ailleurs il n'existait pas ou plus... Rayé de l'arbre, cassée la branche , casser la branche. Supprimer...
Comme aux Archives, ces personnes rougissant devant l'acte ne mentionnant pas le nom du père...Encore lui, ce fameux Nom du Père !
Le manque du NDP !
On ne peut transmettre que ce qu'on nous a transmis, raconté, omis, oublié, rapporté, arrangé...Et on arrange aussi nous même, à "notre sauce", un peu comme une recette qu'on améliore...Ou non...
Histoire d'histoires, des historiettes disait-on au XVII° siècles, mais des histoires de famille, qui deviennent en effet des histoires de famille ! De celles qui fâchent parfois, qui séparent... Qui laisse une branche de côté, une branche sciée... Une branche élaguée, parce que génante, parce qu'on espère qu'ainsi l'arbre repoussera un peu mieux
Mais de quel côté sommes nous assis ?
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Nota bene

Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.

Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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