Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

samedi 5 octobre 2013

Histoire...Mémoire.

Historienne, on me demande souvent " sur quelle période ?"... Et je réponds : "Je suis dixseptièmiste"...
Un peu le hasard ? Passionnée d'histoire et de lettres classiques, formée au latin grec dés mon plus jeune âge, je me destinais à l'étude de l'histoire ancienne, pourtant j'avais choisi cette mention singulière en licence "paléographie médiévale et moderne".... Hasard ?
Le sujet d'histoire moderne traité cette année là, le sérieux, la rigueur et le talent de mon professeur m'amenèrent à candidater pour une maitrise d'histoire moderne.. Et je me retrouvais embarquée dans une histoire singulière, d'amour et de passion, celle éprouvée pour ce siècle bouillonnant et  tout aussi singulier qu'est le XVII° siècle. Un coup de foudre !
Je ne le quitte plus depuis... tant d'années.


A mon amie Myriam Karsenty je disais"'j'ai longtemps évité l'histoire contemporaine pour ne pas souffrir ?" sûrement, certainement...
Pourtant cette histoire là, ces moments si précis et cruels de cette période là étaient sous mes yeux, sur les étagères de la bibliothèque familiale, sur la table de chevet de mon père, dans la mémoire des mes grands parents, sur leur chair, dans leur coeur, gravée à tout jamais...
Pourtant ! Même si on n'en parlait pas, les silences valaient plus que les mots, il n'y avait pas le poids de ce silence, mais plutôt celui de ces mots, enfouis, qui ne peuvent être dits, mis à nus, parlés....
Alors ?
J'ai longtemps cherché... Le goût de la psychanalyse aussi sûrement ! Chercher à expliquer à défaut de chercher à comprendre, me disant que l'un éclairerait peut-être l'autre !
Pourtant... J'ai regardé, feuilleté ses livres, en cachette parfois, comme si j'avais petite fille conscience de transgresser, de passer outre ce silence tacite, ce voile d'ombre, cette aura mystérieuse et douloureuse qui entourait les miens, mince cellule familiale ! mince, comme ce qui reste, ceux qui restent..Encore...
On n'en parlait pas, pourtant on parlait de la guerre, de la milice, de la France des collabos, des résistants, des Justes, tout cela me semblaient des mots avec une consonance et un contenu terribles, Des mots scellés, tenus dans une crypte cachée que je ne pouvais pas ouvrir car je n'avais pas la clé, mais qui possédait ce sésame ?
Qui pouvait me dire, me conduire, me mener seulement au seuil de cette porte ?
Et serais-je alors entré ? Aurais-je poussé cette ultime barrière qui m'aurait conduit à ?

Entre deux, deux langues, deux guerres, deux valises, deux cartons, deux ?

Je me suis intéressée à l'histoire de la France, à sa littérature, même si enfant j'ai été imprégnée de littérature russe, contes et légendes de Grimm, berceuses yiddish, mélanges et langues, entre deux...
Un mélange tellement familier que je peux parler, penser, rêver avec toutes ces bribes, ces mots qui s'assemblent et forment un joli patchwork.

Puis peu à peu, j'ai cheminé essayé de lire en entier les livres de mon père, sans y parvenir...Prenant et reposant ces volumes.
Il a fallu recomposer l'histoire, la sienne, mais il n'en parlait pas, bribes volées et morceaux assemblées tels les fragments retrouvés sur ces champs de ruines, pour tenter de comprendre !
Archéologie de la mémoire.
Champ de ruines..Eparpillées, en éclats. Au milieu, je suis là, j'écoute, entends, relie, assemble et tricote, prend du recul sur ce curieux ravaudage et essaie de mettre cette histoire au coeur de l'Histoire.
Depuis quelques temps, j'essaie de retracer le parcours de certains des miens, le dossier est là, numéros de matricules, de convois, dates, archives, copies adressées par les mémoriaux.. Le dossier est là.. .mais je n'y parviens pas. Pas encore. Je crois au temps, au moment. J'attends.

Souvent je pleure en lisant comment Albert est mort, fils d'un tailleur d'habits ; Rien ne le prédisposait à mourir sur les rives rouges de sang de la Baltique... Marches de la mort ! Ton nom sur un mémorial, une stèle, tout ce qui reste, une médaille et quelques images qui restent dans la mémoire de ton fils !
Puis Anatol ? Je ne sais ce que tu es devenu toi qui cumulait tous ces terribles handicaps, toutes ces tares ! juif, hongrois et communiste !Où es-tu ? Es-tu retourné à Pertersburg où tu es né ? J'ai lu et compris que tu avais survécu à Mathausen, aux Kommando et puis à quoi encore ?
Puis ce D, qui git en "terre ennemie" enrolé de force par l'armée soviétique tu es venu finir ta vie là, pourquoi ? Tu étais si jeune ! J'ai vu notre nom, en entier et non le nom de l'exil, là sur cette plaque... j'ai déposé une fleur sur ta tombe l'an passé dans ce cimetière, sous les arbres de l'ancienne DDR, et j'ai prié moi qui n'ai jamais appris à le faire.
Kaddish....
Et les autres ...?
Vous êtes là, êtres de papiers, êtres vivants qui attendent que je fasse vivre votre histoire, que je raconte votre courte vie pour certains, bien trop courte..Vous attendez que je fasse mon devoir, mais je n'y parviens pas, je n'y arrive pas à chaque fois je repose ces documents "historiques". Je n'ose vous demander de m'insuffler la force !
Devoir de mémoire, de votre mémoire, de ma mémoire, de notre mémoire.

La première fois que j'écrivis à un mémorial, je le fis en français, refusant d'user de la langue de leurs bourreaux, en réalité je ne pouvais pas, cela m'étaient impossible...Les mots ne venaient pas, ils s'étaient enfuis, enfouis. Puis peu à peu les échanges se firent plus intimes, et je repris alors la langue... Histoire encore ! Entre deux toujours.!

Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste

Je dédie cet article à Myriam Karsenty, et  la remercie pour tout le travail de mémoire qu'elle fait, qu'elle a le courage de faire. Nous te sommes tous redevables Myriam.

dimanche 29 septembre 2013

Le Pardon ?


Le pardon, de par le don, au delà du don, du don à soi, à l'autre, un concept simple au demeurant mais tellement complexe

J'écris ces lignes au lendemain de Kippour... "Le Grand Pardon"...
Un moment singulier, un moment de réflexion, de retour sur soi peut-être ? Qui ais-je offensé ? Qui m'a offensé ? Pardon ? Pardonner, aller au delà.. Mais au delà de quoi ?
S s'en amuse, il se dit "en mode Bettoun" ce jour là, paraphrasant la célèbre réplique du Parrain "aujourd'hui tout le monde pardonne sauf moi"... Il rit et nous en rions. Puis le ton de la conversation devient grave :" Tu pardonnes toi ? Peut-on pardonner ça ? Et ça ?"

Non, jamais '"qui est venu demander pardon aux miens ?"
Oui ? Qui ? personne.
Et s'ils me demandaient ce pardon, serais-je en mesure de l'accorder ?


Ces bourreaux ont-ils pris conscience de leur faute ? Ont-ils l'intention de ne pas recommencer ?
Pour pouvoir accorder le pardon ?

Si en France le devoir de mémoire est vif, la parole a longtemps été tenue scellée, interdite. Nous devons au Président Chirac la libération de cette parole, (et je l'en remercie) ce dit, ces mots, qui s'ils n'ont guère soulagé la douleur, les souffrances enfouies et le silence au fond des survivants et de leurs enfants, est néanmoins une reconnaissance, un témoignage, celui d'une existence. L'existence d'hommes, de femmes et d'enfants qui ont été rayés du monde de l'Humanité par des fous qui l'avaient décidé.

Des mots qui ont extirpé les fantômes, les ombres de ceux que le silence avait tué encore une fois.
Non, nous ne pouvons pardonner ça... Peut-on pardonner l'impensé, l'impensable ? L'indicible ?
Non, sûrement pas, "essayer d'expliquer ce qu'on ne peut pas comprendre"... Tenter, en effet, sans vraiment de résultat, car quelles explications peut-on proposer, apporter ?
Bien complexe encore une fois
Alors S ne pardonne pas, ne pardonnera jamais, pourtant de "la religion il s'en fout" ça ne le concerne pas "on ne va pas me dire ce que je dois manger ou pas, quand ou pas".
Nous en avons parlé tant et tant de fois !
"Petit fils de survivants, tu te rends compte, j'aurai pu ne jamais être là, et toi non plus... "
"c'est vrai j'y ai souvent pensé."
Enfants de survivants, pouvoir le dire c'est déjà beaucoup. Pouvoir se définir ainsi c'est déjà beaucoup, pouvoir se situer à cette place c'est déjà beaucoup.
Enfants de survivants, n'est pas une malédiction, mais c'est être vivant, au delà de, par dessus.. par, comme le pardon... !
C'est être resté là, malgré tout, car ce tout qui suit le malgré signifie que nous sommes là, n'en déplaise à ceux qui en avaient décidé autrement, à ces exterminateurs fous, à ces monstres sortis de l'Humanité, mais qui ne pourraient peut-être même pas retourner à la Horde !

C'est Kippour mais S. ne pardonne pas, car assène t-il encore il n'y a RIEN à pardonner, c'est trop, tellement trop que c'est ça l'impossible. L'impossible d'imaginer qu'on peut passer au delà de tout ça car ce "tout ça" perdure encore. Et S de citer toutes ces effractions, ces traumatismes, ces humiliations, ces insultes qui finalement n'intéressent personne. Il suffit de se pencher sur l'affaire de la pièce de théâtre de La Rochelle, immonde exemple s'il en fallait de la mise en acte en toute impunité d'une haine quasi atavique.

Je ne sais quoi te dire S. tu le sais, sauf que nous sommes en comptes, sûrement, toi, moi, et tous les nôtres, avec ceux qui ont trahi ce qui fonde le lien social, cette humanité dont nous n'arrivons pas à préserver la mesure, les limites, que nous n'arrivons pas à contenir, qui se laisse déborder par les pulsions meurtrières qui animent certains qui se disent des hommes !
Le chemin est long, pour certains il me semble impossible, fermé, cadenassé, une sorte de voie impénétrable. Mais qui sait ?
Il faut une force, un détachement, une grande sagesse, être en paix, peut-être pour pardonner, aller au delà de ce qui gît au fond de soi, qui n'est pas forcément de la haine, mais de l'incompréhension peut-être ? Une question qui restera toujours sans réponse : Pourquoi ? ou bien Comment ?
Qui peut le dire ?
Il suffit de lire tous ces noms, ceux de ces enfants, de leurs parents, de prendre les registres impeccablement tenus par les nazis administrant les camps de la mort pour se retrouver devant le gouffre et l'effroi, l'horreur et le vide.
Faut-il comprendre afin de pardonner, même si pardonner ne veut pas dire oublier ?

Brigitte Dusch psychanalysten historienne
Crédit photos @brigittedusch collection privée
A toi S. et aux autres...

..

mercredi 18 septembre 2013

Les mots assassins

Vos réactions à mon précédent article à propos des violences subies par les femmes, les commentaires et les mails reçus m'amènent à vous proposer cette réflexion.

Il n'y a pas que les coups qui tuent, qui blessent, qui laissent des traces, des cicatrices, sur le corps, dans le coeur, l'esprit, l'âme... Ces marques qui rappellent, qui font se souvenir de ces douleurs, de cette souffrance, qui anéantissent !
Il y a les mots, ceux qui sont à l'origine de bien des maux !
Les mots qui tuent, qui blessent, qui humilient, qui choquent, qui cassent, qui brisent, qui lessivent, qui tordent..
Des mots de trop, toujours en trop et qui vont là où ça fait mal. Ce ça, petit ça qui fait que tout peut basculer d'un moment à l'autre, très vite ! Que la confiance toujours trop faible en soi s'ébranle car ces mots là savent toujours se loger dans la faille, la brêche parfois infime qui laisse passer, filtrer ce qui va arriver au coeur du coeur !
Des mots qui fragilisent, répétés chaque jour, plusieurs fois par jour ils finissent par s'incruster, se lover au creux de l'être et en faire partie, parfois tant que l'être ne se constitue plus que de ces mots, là, devient ce maux là !
Les mots de la violence sont, nous l'avons souligné déjà, humiliants, blessants, dégradants, insultants, méchants, sournois, vicieux, pervers, toxiques bien lancés pour atteindre toujours la cible, leur cible.
Dits innocemment, parfois au simple détour d'une phrase, d'une réponse, d'une conversation entre amis, ils dénigrent la personne, l'essence même de celle çi le coeur de celle ci et c'est pourquoi ils sont si douloureux, assassins. A force d'être martelés !

Il n'y a pas que dans le couple que ces mots sont assassins, pas seulement dans cet espace intime qu'est le foyer, la relation entre deux êtres, relation malade et toxique où l'un agresse l'autre, où l'un se sert de l'autre pour projeter sa haine, régler ses comptes avec lui même la plupart du temps, mais l'autre offre un champ de bataille tellement plus complexe et confortable !
Quelle jouissance de voir cet autre pleurer, trembler, perdre pied, confiance en lui, sombrer dans une sorte de peur qui devient de la folie et  mourir à petit feu, mourir à lui même !
Quelle victoire pour cet agresseur, assassin à demi car il ne peut porter le coup final, asséner le coup qui tue, il lui manque ce courage là, il préfère les chemins de traverse, ceux plus pervers qui lui permettent de voir sa victime souffrir, se délecter de la mettre à mort lentement, d'admirer de de jouir de sa déchéance !
Une relation qui se tord et se tue, un agresseur qui se victimise de devoir supporter une personnalité fragile et malade qui ne comprend rien, qui ne tire leçon de rien car s'il lui dit ces mots, justement ces mots c'est bien pour l'aider, pour qu'elle change ! Elle c'est pour son bien !
Ainsi la vraie victime devient dangereuse et oblige l'autre à se défendre... Cercle pervers, infernal
Mais il n'y a pas que là, il n'y a pas que dans ce lieu, que dans cet espace que se déploie ce jeu là, il y a l'école, de la maternelle à l'université, il y a le monde du travail, ce qu'on nomme pudiquement le harcélement n'est ni plus ni moins que le champ de bataille de cette instrumentalisation de l'autre !

Et l'enfant ? L'enfant qui subit depuis toujours ces mots assassins, ces mots qui le dénigrent et qui en font un bon à rien ? Alors qu'il est un bon à tout ! Comment grandir et comment vivre quand cet abominable refrain, ce leitmotiv ne vous quitte pas, hante vos oreilles tout au long du chemin ?
Assassins, tueurs à gages, qui mettent à mort l'innocence de l'enfance et de l'amour, agresseurs qui usent et abusent de l'autre, en toute impunité, voire davantage, en toute tranquillité ?

Brigitte Dusch, psychanalyste.

dimanche 1 septembre 2013

Femmes et violences

Violences... Il y a plusieurs années, on n'en parlait pas, même les femmes n'en parlaient pas, personne ne parlait de ça. Aujourd'hui, on en parle, tout le monde ou presque, des affiches sont placardées, des spots publicitaires sont diffusés, des clips télévisés programmés. Campagnes chocs, visages tuméfiés, femmes violentées, violées, battues, agressées. Violence domestique, presque un paradoxe, ce foyer qui devrait offrir la sécurité leur offre le malheur et parfois la mort.
On en parle, mais les femmes continuent d'être maltraitées, par leur mari, leur compagnons de fortune ou d'infortune, leur frère, leur père, leurs enfants..
La violence faite aux femmes. Pourquoi ? Qu'a t-elle donc de si spécifique cette violence là ? Est-elle différente de la violence ordinaire ?
La violence peut-elle être ordinaire, banale, légale, tolérée ? De quel droit violente t-on, agresse t-on l'autre et pourquoi ?
Il y a tant et tant de raisons qui n'en sont pas, qui ne sont pas excusables, qui ne sont pas tolérables.
Souvent violence est synonyme de coups, de blessures, d'ailleurs ne demandent-on pas à ces femmes, à ces victimes d'attester, de montrer à voir les preuves de ces violences. Il faut des hématomes, des arcades ouvertes, du sang, des bras cassés et j'en passe pour qu'elles soient prises au sérieux, et encore pas toujours..
"Elle a du sacrément l'énerver pour se prendre une telle raclée" m'a dit une fois un fonctionnaire de police qui rechignait à prendre la plainte d'une malheureuse victime.
Car bien sûr elle l'avait sans doute mérité !
Violence, violences
Il n'y a pas que les coups, il n'y a pas que ce qui se voit ! Il y a pire aussi, ce qui ne se voit pas, mais qui chaque jour fait perdre pied à la victime, lui fait perdre espoir, confiance, et raison
Humiliations, insultes, dénigrements, moqueries, regards méchants, sarcasmes...Sont autant de violences qui ne laissent pas de traces sur le corps mais qui traumatisent l'esprit.
Comment survivre ? Comment le dire ? Que faire ?
Ces violences là, on n'en parle pas, pas toujours. Elles sont ignorées, pas vraiment graves, car qui le sait, qui l'entend, qui ?
C'est qu'elles sont insidieuses, sournoises, toxiques, perverses. Elles attaquent et s'attaquent à la personne, qui ne fait jamais "rien comme il faut"' "rien complétement", "rien parfaitement" ou qui oublie toujours quelque chose, qui est imparfaite, il y a du manque, toujours du manque... Attaques rituelles, quotidiennes, qui piquent et qui font mal... Encore et encore !
Elles attaquent et s'attaquent encore plus sournoisement à la personne, "trop" cette fois, trop grosse, trop maigre, trop bête, trop moche, que sais-encore ?
Ces pervers là ont plus d'un tour dans leur sac et ne manquent jamais d'arguments pour dénigrer, faire mal, blesser, critiquer. Des critiques jamais constructives, car ils sont dans l'emprise et la destruction. Faire de leur victime une proie, puis faire de cette proie l'objet de tous leurs tourments, car s'ils sont méchants, violents, s'ils s'emportent c'est bien à cause d'elle ! Elle !
Sans elle, ils seraient doux, affectueux, calmes, bienveillants !
Bien sûr !
Souvent les victimes le croient, mais que peuvent-elles faire d'autre, car ces actes relèvent de la torture et du harcèlement, ils constituent un véritable conditionnement. Induisant une relation toxique et perverse elle aussi, un mode de fonctionnement tordu. Car rien n'est simple, la complexité de la relation est de mise et la victime en perd son latin !Car elle ne peut que se demander comment elle a pu en arriver là, ce qu'elle a fait, ce qu'elle a dit pour que son compagnon, si doux, si gentil au début de leur rencontre a pu devenir en l'espace de quelques mois cet odieux individu aigri, méchant, malheureux. C'est de leur faute, bien sûr, comment pourrait-il en être autrement ? Elles sont mauvaises, mal intentionnées.. nuisibles ! Que n'ai-je pas entendu ?
Pourtant ? Comment étaient-elles ces jeunes filles, ces femmes ? Avant ?
Pourquoi entendent-elles, croient-elles toutes ces insanités, ces toxicités, ces horreurs telles qu'elles n'ont plus une once de confiance en elle ? Comment ont-elles pu en arriver là ?
Le constat douloureux est toujours terrible ? Car constater, c'est regarder, prendre du recul, se dire : voilà... Puis décider, renoncer, partir, essayer de ne pas revenir, un dur combat, couteux, difficile et complexe, car conditionnement il y a ! Culpabilité et honte il y a ? Qui suis-je alors ?
Se reconstruire, se construire à nouveau, sur un champ de ruine, car du passé personne ne fait table rase ? En sortir plus fort, alors qu'on est à terre ?
Comment faire ?

samedi 10 août 2013

De souche

"Etre français de souche", une expression que je lis beaucoup actuellement, qui parsème les réseaux sociaux, les posts et les fils de ceux qui revendiquent une antériorité et de ce fait une postérité particulière.
Voyons d'un peu plus prés.

Sur ces mêmes réseaux sociaux, je lis hier une discussion sur le fil de la page soutien à un homme qui se révolte contre les propos antisémites d'une pièce qui l'est tout autant. Une pièce qui se dit "de théâtre"  mais se cache derrière ce masque, cette persona tout en revendiquant la liberté d'expression... Je lis une longue diatrible qui fleure bon le discours du Maréchal.. Nous voilà, nous ne sommes pas loin ! Nous sommes même tout prêt, tout prés.
Prêts à bondir sur le juif, l'arabe, le manouche, l'homosexuel, celui qui dérange parce qu'il n'est pas comme nous !

Etre français de souche devient un passeport, l'Aussweiss du bien pensant, de celui qui a le droit, de celui qui peut puisqu'il est de là, d'ici, de souche quoi !
Petite fille je regardais presque avec envie ces enfants qui avaient une maison familiale, qui étaient du village, installés là depuis des siècles, depuis des décennies, nés ici, comme leurs parents, grand' parent, moi qui venait de partout et de nulle part ! Qui avaient des tombes à fleurir au cimetière.
Ces gens qui étaient de souche, sans le savoir !

Je ne comprenais pas vraiment tout, moi qui grandissait baignée de langues où les r se roulent, où les mots chantent, où on parle fort aussi..  Baignée d'histoires de pays, de villes et de régions d'où on part car on n'est plus en sécurité ! Il faut être prêts toujours car on ne sait jamais. Je me revois enfant entendant ces langues qui chantent, ces consonnes qui roulent,  ces femmes qui rient, jouent aux cartes en buvant du thé.... puis je me vois plus grande où ces mêmes langues résonnent aussi  dans ces pays frères où elles ne chantaient pas toujours ! Bonheur, rires, espoirs, larmes, amour, poésies.. histoires toujours, celles de l'Histoire !

Je pense fort à mon père, à son accent si singulier, cet accent d'ailleurs. A ma grand mère qui essayait toujours de trouver le mot juste, celui qu'il faut pour désigner un objet, dire quelque chose le plus justement possible, à ma grand 'tante, qui me grondait : "on n'aime qu'une personne, pas un objet ! " gern c'est vrai, je n'aime pas lire, mais je lis volontiers...Pourtant c'est ainsi que je pensais, pense et rêve toujours. Heimatsprache !
Je revois mon père qui me demandait toujours de relire ses lettres, pour vérifier s'il avait tout bien écrit, sans faire de fautes d'orthographe ou de style, si les accords étaient parfaits. Bien écrit cette langue si difficile. Je pense à ses jeunes années à lui, lui qui ne disait pas, qui gardait le silence, ces années là, sombres, ce temps passé ailleurs qu'à l'école, car à cette époque là, l'enfance de ceux qui n'étaient pas de souche n'avait pas d'importance ! Ceux là d'ailleurs n'avaient pas d'importance, puisqu'il fallait les éliminer jusqu'au dernier. Ce temps rattrapé, cette rage de lire, d'apprendre, de savoir, qu'il m'a transmis, sûrement ? Peut-être ?
Je pense à ceux qui ne sont pas revenus, dénoncés, arrêtés, gazés, dont il ne reste même pas la trace de la trace, aux autres, comme eux, juifs, résistants, communistes, fous, homosexuels, tziganes, tout ceux dont on ne voulait plus. J'ouvre un gros dossier, ce livre pas terminé, ces matricules, ses papiers si bien ordonnés de ceux que des fous ont rayé de l'univers des vivants, les larmes me viennent !

Qui pour eux a dit le kaddish ?

Le discours de la haine n'est pas mort, non, il est bien vivant et se larve dans les mots, ces beaux mots de France qu'ils pervertissent avec le Mal, ce mal qui ne demande même pas à se réveiller, car il est au coeur de leur coeur, si coeur il y a. Alors ils se revendiquent de souche, pour bien mettre à distance sont qui ne le sont pas.
J'aimerai simplement, mais cela demande intelligence et bon sens, ce dont je pense qu'ils sont pleinement dépourvus, qu'ils se penchent un peu sur l'histoire, sur leur généalogie peut-être aussi ? Qui sait ? Qu'ils s'arrêtent... Pour mettre peut-être un peu de distance avec cette soif stupide de pureté ignoble et impure, de ce désir de singularité malsaine. Qu'ils analysent et comprennent que la multiplication des mêmes ne donne rien, ne produit rien, n'apporte rien, n'enseigne rien. La haine ne conduit à rien d'autres que la haine ! Nulle autre issue.

Alors quid de ce "de souche" ? Nous sommes tous de la même souche, nous venons tous du Chaos, nous tentons tous d'advenir à l'Humanité et ce n'est pas gagné ! Certains n'en sont pas sortis, ne veulent pas en sortir et s'accrochent peut-être désespérement à cette souche pour ne pas avoir à affronter le monde, un monde qui leur fait peur, et qu'ils ne veulent pas voir changer ?

A eux ! Nous sommes de souches, avec des S, plusieurs S, pleins de S...Et c'est tant mieux, je crois.

mardi 30 juillet 2013

Mère aimante ?

La légende bien tenace veut qu'une mère aime son enfant, et réciproquement !
Cela tient du mythe, de la légende, du fantasme mais aussi de la morale, de l'ordre du lien social. Comment pourrait-il en être autrement, car soutient-on parfois même les animaux aiment leurs petits, ce qui est oublier que parfois ils les dévorent ou les mettent à mort.
Chasser l'animalité de l'homme, cet archaïsme, cette bestialité qui est en chacun de nous et qui remonte très vite à la surface, sans grand effort, car elle est là, tapie au fond de chaque sujet qui se dit, se déclare, se veut, se revendique humain
Pulsions inavouables... Inavouées.
Mais qu'en est-il alors de ces mères, de ces pères aussi, mais cela semble moins grave après tout, car on n'est jamais vraiment sûr que le père soit le père ! qu'en est-il de ces parents là, qui n'aiment pas, pire qui rejettent, abandonnent leur progéniture ?
Et la mère : Elle, celle qui ne peut-être que la mère ! mère, maternante, aimante, qui se sacrifie pour son enfant, qu'on sacrifie pour lui, sacrifée sur l'autel de la morale et de la bienséance ?
Une mère se Doit d'être une mère, c'est à dire aimante...
Aimante comment ? Suffisamment aimante ? Ni trop, ni pas assez, car c'est de ça aussi qu'il s'agit, la mère doit savoir trouver cette juste mesure qui la fera parfaite
"On" n'en n'attend pas autrement d'elle.
La perfection, elle doit savoir exactement comment, quand son enfant a besoin d'elle, donner ce qu'il faut quand il faut, juste ce qu'il faut, être là, mais pas trop, juste quand il faut !
Quel travail que celui d'être mère.
Hélas, rien ni personne ne la prépare à devenir et être cette mère parfaite. Pourtant ce ON sociétal, lui lance cette terrible injonction "Une bonne mère tu seras !"
Injonction qui hélas encore ne la rendra ni bonne ni mauvaise, mais simplement folle !
C'est en général l'objectif des injonctions, rendre l'autre fou...
Alors quid de ces mères qui abandonnent, ne veulent pas, laissent leurs enfants ? Je ne parlerai pas de ces abandons réels, mais de ceux qui pire encore laissent l'enfant dans le manque, dans le vide, dans le gouffre de la solitude et du non amour !
Car si l'enfant pour la mère n'est pas aimable, pour qui le sera t-il ?
Et pourquoi celle là même qui le met au monde ne l'aime pas ?
Souvent de ce non amour là, ON ne parle pas, car il n'est pas pensable, donc ne peut être pensé. Ma mère ne m'a pas aimé, dit on parfois, combien de fois l'ais je entendu ?
Mais n'a pas aimé comment ? Sait-on au moins comment on voudrait être aimé, par la mère ? Par sa mère ?
Quelle est la qualité de cet amour là, pour qu'il soit suffisamment bon, suffisamment tenable pour soutenir le sujet et le porter au dehors, pour qu'il puisse s'aimer suffisamment afin d'advenir au lien social ?
La mère qui n'aime pas ses enfants n'est pas comprise n'est pas même l'objet d'une interrogation mais seulement celui de la désapprobation, de la condamnation, c'est une mère dénaturée ! Hors nature. Donc ? Pas une mère ? Mais quoi ? Un monstre alors ?
Toutes les femmes devraient donc être des mères, et des mères aimantes ? Car telle est la vocation, le destin de toute femme. Avoir, mettre au monde, faire des enfants et les aimer, indispensable condition et résultat, cause des femmes !
Cause, à cause de cet amour, de ce trop d'amour, de ce trop peu d'amour, de cet amour qui ne peut émerger, qui ne peut devenir, être et advenir la voilà condamnée ! La voilà monstrueuse et inhumaine, placée en marge d'une Humanité qui se veut alors inhumaine.
Un vaste débat pour une impossible question !

dimanche 14 juillet 2013

La valise de ma grand mère

Elle nous faisait bien rire la valise de ma grand mère !
Elle nous faisait bien rire quand elle disait à qui voulait l'entendre, mais à voix basse, qu'elle avait près d'elle une valise toujours prête "au cas où"
Au cas où il faudrait partir, encore, partir !
Pour aller où ?
Là n'était pas la question, mais partir pour aller ailleurs...
Ailleurs où l'air serait plus respirable
Au moins pour un moment !

Dans l'article précédent, j'évoquais cette pièce de théâtre nauséabonde, cette stupidité ordinaire, cette banalité stupide d'un quotidien trivial où nul ne fait plus guère attention à l'autre. Ignorant aussi qu'il est pour cet autre un autre/
On est toujours l'autre de l'autre, l'autre de quelqu'un...
C'est peut-être ça qui fait peur, terrifie, ne pas se reconnaitre dans un autre, un autre tellement différent, étrange et étranger dans lequel on ne se voit pas, ou qui renvoie une image qui ne résonne pas, qui ne peut-être raisonnée.
C'est peut-être dans cette faille là que se loge la valise de ma grand-mère ?

L'autre ; bouc émissaire pour renforcer la cohésion d'un groupe par ailleurs bien mal en point, incohérent ou presque mais qui se retrouve dans une langue commune autour d'un ennemi commun.
Ennemi commun, qu'il faut désigner comme l'autre étrange et étranger qu'il convient d'abattre, pour rester entre soi, ensemble, dés fois que....
La langue, langage, parler, même, mêmeté, indifférenciation, chaos....
Peur ? Cet autre qui fait peur ?
Qui renvoie de soi, la part de soi dont on ne veut pas, celle qu'on voudrait peut-être cacher, mais qui est là ?
Qu'est ce que tu n'aimes pas alors toi, l'autre qui n'aime pas ce bouc que tu as désigné, que n'aimes tu pas chez cet autre là ?
Le sais tu ?

L'autre ? Celui qu'on désigne, qu'on nomme ou qu'on montre du doigt, celui là même qui comme le père de Freud ramassa sans mot dire son chapeau qu'un passant haineux avait jeté à terre !
Tout comme ma mère qui avançait à petit pas, se faisant toute petite, pour qu'on ne la remarque pas, elle l'étrange étrangère...!
Tout comme l'accent de mon père, cet accent singulier que nous ne comprenions pas parfois, gamin à qui des bien pensants, ces mêmes qui pensent et affirment savoir qui doit vivre ou mourir ont confisqué l'enfance et l'adolescence !

C'est peut-être ça aussi la valise de ma grand-mère ?
Elle qui nous racontait ses départs, qui regardait si la cave ... '"Au cas où "'
Une valise toujours prête !
Elle la nomade qui était de partout et de nulle part, enfant de la Terre, se disant que si les hommes pouvaient être raisonnables ! 

Cette valise là revient à ma mémoire, car cette infamie qui soit disant pour faire rire et rire convoque la haine et la bêtise. Usant de l'art pour montrer à voir la haine de l'autre, mais pas de n'importe quel autre, cet autre désigné d'office depuis tant de siècle, cet autre qu'il faut anéantir
Une haine perverse qui sous des allures bon enfant distille son venin ! Le théâtre est fait pour être dit, joué, mais joue t-on la haine ? C'est bien là la question, la véritable question !
Le théâtre, la pièce, le drame ne prend vie que grâce aux acteurs et au public
Ils étaient tous deux au rendez-vous !
Hélas !
Le monde ne changera donc jamais .
Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste
A nous...


Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

Nota bene

Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.

Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

Vous étes venus

compteur visite blog

map