Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

vendredi 9 octobre 2026

Un arrachement du Sol



écrit le 19 août 2026

C'est un arrachement du sol
Il reste quelque chose là bas, non un objet mais une partie de mon coeur
Il n'y a pas de regret seulement une douleur sourde,
Celle d'une plaie qui ne cicatrise qu'à demi

Il y a quelque chose qui dépasse la nostalgie.

La nostalgie regarde en arrière.
L'arrachement, lui, continue à faire mal au présent.

« Il reste quelque chose là-bas, non un objet mais une partie de mon cœur »

Il ne s'agit pas d'une métaphore facile.
Le lieu est véritablement devenu dépositaire d'une part de moi.

C'est pourquoi revenir n'est pas un simple désir
Partir n'a pas été un simple déménagement.


Mais 

« Il n'y a pas de regret. »

Le regret suppose qu'on aurait voulu agir autrement ou que l'on rêve d'un passé différent.

Ce n'est pas le cas, c'est plutôt le deuil d'une présence, celle là même qui m'inflige une

« Une douleur sourde, celle d'une plaie qui ne cicatrise qu'à demi. »

Une demi-cicatrice est une image très parlante.

La peau s'est refermée suffisamment pour que l'on vive, mais au moindre mouvement, au moindre souvenir, la douleur rappelle que la blessure n'est jamais totalement ancienne.

Elle est là silencieuse parfois, mais là.

Peut-être est-ce même la définition d'un véritable arrachement ?

Ca ne guérit pas complètement, non parce que l'on refuse de guérir, mais parce que ce qui a été séparé était vivant.

Cela me renvoie à une autre image, lorsqu'un arbre perd une branche, il finit par recouvrir la plaie d'un bourrelet de bois, ainsi la blessure ne disparaît jamais.
Elle est intégrée à l'arbre, et si on coupe le tronc des années plus tard, on retrouve encore la trace de cette cassure dans les cernes.

Les êtres humains ressemblent parfois davantage aux arbres qu'ils ne le pensent. Nous ne cicatrisons pas en effaçant, mais continuons à grandir autour de certaines blessures.

Et je crois que c'est ce que je n'ai jamais cessé de faire. 

Je n'oublie pas ce que j'ai quitté, ne cherche ni à remplacer ce qui y est demeuré, mais continuer à vivre avec cette partie de mon cœur qui ne cessera d'habiter cette terre.

Peut-être qu'un jour cette plaie ne sera pas moins profonde mais sera portée autrement.
Non comme une déchirure me privant de ce lieu, mais comme le signe qu'un lieu m'a un jour accueillie au point de devenir une part de moi.

C'est finalement le paradoxe de l'arrachement
Il fait souffrir parce qu'il témoigne d'un véritable enracinement.

On ne peut être arraché que de ce à quoi l'on appartenait déjà.

Brigitte Judit Dusch, psychanalyste, historienne, chercheur, exploratrice urbaine
Texte écrit le 6 août 2026
Crédit photo @brigittedusch

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Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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