Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

jeudi 25 février 2016

Le mensonge


“Plus il est gros plus il passe” 
“A force de le répéter mille fois on finit par le croire”
Pourtant le mensonge reste le mensonge. Mentir, ne pas dire la vérité, la travestir, l’arranger, l’habiller autrement.
Mensonge/Vérité ?
Une parole différente de la pensée, des mots prononcés tout en sachant qu’ils sonnent faux. “Tout en sachant que...” de la mauvaise foi donc, ce qui différencie le mensonge de l’erreur, de l’oubli, de se tromper. ll y a de la volonté dans l’acte de mentir, celle de ne pas dire le vrai. Un seul petit mot “se” ; deux lettres qui changent tout, car on ne se trompe pas (encore que, nous allons le voir) mais le menteur trompe celui à qui il s’adresse. De mauvaise foi, mais en toute bonne foi, d’où sa dissonance.

ll est encore question de langage, puisque c’est de parole dont on parle, celle que le sujet menteur donne et qu’il ne tient donc pas. ll est coutume d’admettre que la parole exprime la pensée du sujet. Une singulière forme de langage qui se tord pour se distordre et énoncer une “contre vérité” . On peut aussi et surtout, c’est l’objet de cet article s’interroger sur le pourquoi du mensonge, les différentes formes qu’il prend, comment il prend possession du sujet qui ne peut plus s’en débarrasser et en devient l’otage avant d’en être le prisonnier,car s’enliser dans les marécages du mensonge peut-être mortel. Des sables mouvants qui n’émeuvent plus personne et isole le menteur face à un lui même qui lui est devenu inconnu et étranger. 
 
 Mais le mensonge peut se comprendre, on ne peut pas tout dire, tout dévoiler... De peur que ? On peut en effet mentir pour le bien de l’autre (mais nous savons que même l’enfer est pavé de bonnes intentions) il y a de pieux mensonges ; éviter de blesser, de faire mal, de mettre à mal, un mensonge utile en quelque sorte. ll y aurait alors un droit moral -au sens philosophique - de mentir. Une manière d’interpréter le “tu ne porteras pas de faux témoignage”. Le mensonge pourrait alors se justifier, s’entendre... Dans certains cas ? Et seulement là, encore faut-il définir le cadre de ces cas ; cela fera l’objet d’un autre article si vous le voulez bien. Restons pour le moment dans le mensonge à l’autre, cette vérité qu’on ne lui dit pas parce qu’on n’a pas envie, qu’on n’ose pas, qu’on en veut pas, qu’il ne faut pas, et mille autres prétextes encore forts louables au demeurant : pour le protéger, l’en protéger, se protéger aussi, et puis ce mensonge qui permet le sujet coutumier du fait de donner la version des faits qui l’arrange, qui le présente sous ses meilleurs jours. C’est humain, on gonfle son CV, on parle couramment des langues dont on ne connait que les rudiments, etc.
 
 Et puis sont les mensonges qui permettent de se victimiser, de se plaindre, d’être vu et entendu, d’une certaine manière. Le sujet a besoin de compassion, d’un regard bienveillant, pensant que l’amour dont il est en manque ne peut s’obtenir qu’à cette condition là.... Alors il montre à voir un autre,"Je" devient un autre, un inconnu, un étranger, un personnage dont il écrit le scénario. Je porte le masque de cet autre Je. Seulement voilà, à force de mentir à l’un, de raconter une histoire à l’autre, il faut vivre et assumer ces/ses multiples facettes, y faire face, aller venir dans les méandres et aspérités de ses scénarii ! et c’est complexe, on se perd malgré les petits cailloux, laissés par çi par là, les repères et les clivages, il faut oeuvrer finement, maitriser et contrôler les différentes probalités et risques il faudra faire face, être un brillantissime statiticien. Ainsi cette jeune femme qui à force de raconter une vie de Cosette à son amoureux, et de s’être plaint à ses proches de ce “triste sire” qui la rendait malheureuse est à présent prise au piège dans les filets de son mensonge. Ainsi la rencontre n’est possible qu’au prix de la vérité, et ce prix est fort élevé, car c’est avouer ses mensonges. S’avouer à elle aussi qu’elle a trompé, qu’elle est de mauvaise foi, qu’elle s’est trahi. Trancher dans le vif du sujet et des sujets en question. L’issue qu’elle qu’elle soit ne pourra qu’être douloureuse et causer de la souffrance.... Mais c’est ainsi. Et la première victime du mensonge est son auteur.

Mentir est facile, séduisant, on joue, on s’amuse, jusqu’à un certain point celui où il faut passer à la caisse et payer l’addition. ll est bien compliqué d’être soi, de s’aimer malgré tout ce qu’on n’aime pas en ce soi, de vivre en pensant que les autres n’aiment peut-être pas ce qu’on est et ce je mal aimé. On s’efforce alors d’être un autre, qui n’est pas soi ! “Qui suis-je vraiment ?” se demande alors le sujet.

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne

vendredi 12 février 2016

Rêves

Rêves

Elle voulait raconter son rêve
Pourtant elle avait dit que plus jamais
Plus jamais elle ne dirait, expliquerait
Mais cette fois encore elle est tellement troublée
Elle s'est encore réveillée avec des larmes plein les yeux
Alors elle voudrait en parler
Elle voudrait raconter
Dire ! Raconter !

Elle n'attend rien
Elle veut simplement dire
Se sentir peut-être un peu moins seule

Elle dit, raconte, en vrac, comme ça vient
Elle sait, elle ce que tout ça veut dire, un peu, elle en a une idée, une petite idée, elle sait, croit savoir, mais ça ne fait rien, elle sait pourquoi la chaise est dehors, et elle aussi, en dehors de cette salle... Elle s'explique, explique...A elle pour elle
Et elle dit son rêve, mais c'est tout...
"Quel drôle d'assemblage tu as encore fait là ! Ce n'est pas un rêve ... !"
Même ses rêves ne valent rien !
Alors elle se tourne et ne dit plus rien !

Br
igitte Dusch "Des nouvelles d'Arsel"

vendredi 5 février 2016

Sa voix

Sa voix

Elle ne se souvient plus du son de sa voix
Pourtant il n'y a pas si longtemps
Elle n'entend plus le son de sa voix
Elle ferme les yeux
Mais rien ne vient
Ni les mots, ni le son, rien !
Elle ne se souvient plus de rien
Sa voix est partie, tout comme lui...
Pour toujours, pour jamais
Au fond de sa nuit


Br
igitte Dusch "Des nouvelles d'Arsel"

lundi 25 janvier 2016

L'espace psychanalytique

Neutre et bienveillant c’est ainsi qu’on et qu’il s’entend. Mais est-ce suffisant ? Clair, précis, est-ce une réponse à défaut d’être la réponse.

Cet espace est ce que l’analysant en fait avec celui qu’il fait du fait de sa présence, le psychanalyste. Lieu où se disent ou non, les mots ou le silence, espace temps aussi, durée séquencée où ces mots peuvent se mettre, s’assembler, se tricoter, se faire, se défaire, se déméler, se coudre, se découdre, se bricoler Raconter, racontez, mais pas seulement...

Tisser, se souvenir, ramener à la mémoire, rêver, pleurer, soupirer, espérer ou pas. lieu singulier sans nul doute, qui ne se ressemble jamais, d’une séance à l’autre, d’un sujet à l’autre, car chaque histoire, chaque être, chaque moment est différent.

Je le dis souvent, il en faut du courage pour arriver à cet espace, pour arriver jusque là, pour témoigner de soi. Et pour l’analyste. Qu’est ce que cet espace là, si singulier que propose l’analyste. Ce temps consacré à l’écoute des mots ou du silence de celui ou celle qui s’adresse à lui ?

L’espace analytique est ce lieu même où se noue la rencontre, qui fait l’analyse. Qui fait que le rendez-vous qu’on se donne avec soi ne soit pas raté. C’est pourquoi ce “travail”, cet engagement là est couteux. Et pas seulement en terme d’argent, mais aussi et surtout en terme de temps, celui que l’analysant se promet à lui même pour se permettre. Ce temps que l’analyste met à sa disposition, ce temps qu’il libère pour cette rencontre singulière, ce rendez-vous. Un temps qui appartient à ce moment, qui n’appartient qu’à lui, un temps réservé à... Pour... Un temps dont va disposer l’analysant pour déposer. Un temps que l’analyste lui réserve à ce dessein. Un temps consacré à... pour. Un temps, pour venir ou pas, dire ou pas... Mais un temps dont il prend la responsabilité.

Et l’argent ? Comme le sexe, le désir,c’est souvent une question tabou, pourtant... on paie ce qu’on doit pour justement ne plus rien devoir et se libérer de la dette. L’analyse c’est aussi cela, l’analyste est un professionnel, une personne dont l’écoute (entre autres) est la fonction, cette écoute, si comme son attention est “flottante” n’en n’est pas moins particulière. C’est d’ailleurs pour cette raison, que le sujet s’adresse à lui et cette adresse ne peut avoir lieu dans la gratuité. Freud recommandait déjà d’aborder cette question avec franchise et il avait raison.* Payer sa séance pour l’analysant le libère de cette dette, il ne doit rien, puisqu’en échange il remet à l’analyste la somme convenue. Ce qui le libère aussi, cela fait partie (tout comme le rythme, la durée, l’horaire des séances) du cadre de l’analyse ou de la thérapie analytique.

L’analyste je l’ai souligné, n’est pas un copain, un ami, un confident à qui le sujet “confie” ses soucis, ses questionnement, il est ce tiers, neutre et bienveillant justement, ce professionnel qui recueille non seulement cette parole, mais en fait quelque chose. ll n’y a pas de relation d’obligé et le thérapeute n’est pas cette entité “toute puissance” cela permet une relation saine, celle que les cognitivistes appellent l’alliance thérapeutique et surtout assure l’ancrage de la thérapie dans le réel. L’argent est aussi, tout comme le temps qu’il s’offre pour son analyse (ou sa thérapie), l’objectivation de la valeur que le sujet lui accorde. Ce prix à payer, ce prix qui lui coûte, qui coûte, et que parfois il évite, il masque sous toutes formes de prétextes, d’excuses, de raisons pour ne pas venir. Pour ne pas être confronté à ce qu’il ne veut pas. Et c’est justement là le point d’ancrage, c’est justement ça, cette résistance qu’il lui faudra surmonter.

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne

 * Freud : “Sur l’engagement du traitement “ 1913

vendredi 15 janvier 2016

Perdu

Perdu dans la grisaille
Il cherche son chemin
Perdu dans la montagne
Il cherche l'océan
Océan d'amour, trop plein de bonheur
Qui font et qui défont les larmes de joies
Qui coulent le long de son corps 
Etiré par la douleur

Défiguré par la souffrance
Il pleure des larmes de sel,
Perdu dans la grisaille
Il n'y a plus de chemin
Qui vaille que vaille
Vaut le coup du retour !
Retour sans faille dans la montagne
Au diable l'océan !

Br
igitte Dusch "Des nouvelles d'Arsel"

jeudi 7 janvier 2016

Timotej... Helmut et moi. Mémoire.

ll faut que je réponde à Helmut, je dois répondre à Helmut !
Ne serait-ce que par politesse, il s'est déplacé, m'a envoyé des photos, il a cherché, à scanné des documents,
C'est moi qui ai commencé cette histoire, je lui dois une réponse.
J'en suis convaincue, sans nul doute
Mais je n'y arrive pas
Pourtant dans ma tête j'ai préparé une belle lettre, une lettre de remerciements, je l'ai écrite le soir avant de m'endormir, dans ma tête, je l'ai répétée le matin en me réveillant, dans ma tête toujours;
Une belle lettre, dans un allemand correct, sans une faute de grammaire, de concordance des temps, de déclinaison, j'ai fait bien attention de lui dire Sie avec une majuscule
Je dis facilement "du" ... Mais ne le dit-on pas seulement à ceux qu'on aime ?
L 'est pas question d'amour, ni de sentiment, ni d'affects, ni... ni entre Helmut et moi, d'ailleurs on ne se connait pas, je lui ai écris, il m'a répondu
'C'est tout.
Alors encore une fois je me dis il faut que je réponde à Helmut, que j'envoie cette lettre, que je l'écrive une bonne fois pour toute, que je lui dise merci...

Je n'y arrive pas, je ne peux pas...

Merci....

C'est peut-être ce merci qui coince, qui bloque, qui me bloque.

Reprenons dis-je, c'est pourtant simple, j'écris à Helmut pour lui demander des documents, ceux là même pour avancer dans mes recherches. Sa réponse est quasi immédiate, il me demande si ça va, si c'est bien ce dont j'avais besoin. Oui, c'est ça, mais je dois aller plus loin, le paysage géo-politique n'est plus le même depuis la fin de la seconde guerre, la Guerre Patriotique, les territoires ont été redécoupés. L'URSS n'existe plus, les noms ont changés. Je me sens perdue. Je ne retrouve la trace du lieu de naissance de mon parent nulle part, j'ai beau chercher. Pourtant tout est consigné, justement, précisément, comme toujours en Allemagne, même et surtout à cette époque là..
Je devrai demander de l'aide à Helmut, je sais qu'il ne refusera pas, je n'ai jamais eu de mal à demander de l'aide pendant toutes mes années de recherches, bien au contraire, cet échange là est essentiel, il ouvre des portes et permet de partager, pas seulement des informations mais surtout des idées.

C'est vrai, il y a ce merci, naturel, poli qui ne s'adresse qu'à lui. Sauf que derrière ce tout petit mot : il y a :
Cette tombe où repose un jeune homme enrolé dans l'Armée Rouge (quel autre choix avait-il alors ? peut-être s'est-il porté volontaire, je voudrai savoir, j'aimerai le savoir, savoir qui il est) envoyé combattre sur le Front de l'Est (avait-il aussi le choix) capturé par la Wehrmacht, fait prisonnier, déporté en Allemagne, à Dachau pour être plus précis, affecté à la construction des autoroutes sur lesquelles nous roulons encore sans vitesse limitée, maltraité, sous alimenté, battu... Loin de chez lui.
Nous savons tous à quel point les prisonniers soviétiques furent particulièrement martyrisés
Malade, épuisé il est transféré au Stalag, où sont entassés tous ces prisonniers pas soignés, pas nourris, un mouroir dont il ne sortira pas.

Et cet homme, ce jeune homme porte mon nom... Et je porte son nom...

Pourtant si ces tombes sont là aujourd'hui c'est grâce au Burgmeister de ce petit village allemand qui a exigé que toute personne sur le territoire soit enterrée dignement, cet homme qu'il soit remercié, a tenu tête aux nazis, il a exigé et tenu bon. Alors oui viele Danke.
Merci à l'URSS et aux représentants de la DDR merci à ces jeunes venus des pays frères pour entretenir ces tombes mais aussi la mémoire de ces hommes, merci aux Burgmeisters successifs qui ont oeuvrés pour garder cet espace décent, qui ont commémoré, qui ont invité des délégations, retrouvés les familles...

Viele Danke

Merci, merci Helmut, merci pour tout ça, je voudrai te dire aussi que j'aurai pu être là moi aussi dans une autre vie pas si lointaine, dans ton village, avec ma chemise bleue et mes outils, pour mettre des fleurs, désherber, tondre l'herbe, couper les branches... Micha mon frère, tu aurais été là  aussi, tu m'aurais montré comment faire comme souvent, comme toujours !  nous aurions ri sûrement, nous aurions pleuré aussi devant tout ce gâchis, oui Helmut, j'aurai pu être là, c'est peut être ça ?...
Un autre temps, un autre monde, disparu...
Helmut, je te dis tu, "Du" .. ! Je ne m'en étais pas rendu compte.
Je vais alors peut-être vous écrire pour vous dire peut-être tout ça..

ll me reste à chercher, à remonter le temps...
Peut-être que Timotej n'a plus que moi, nous, pour penser à lui ? C'est aussi ce que vous me demandiez, peu importe nous sommes là, nous serons là, pour lui aujourd'hui.
Nous avions déposé mon fils, son père et moi quelques fleurs des champs sur la plaque où son nom est gravé, je lui ai dit doucement "Te voila bien loin de chez toi petit père, petit frère,  tu es dans le pays de ta douleur, mais ces grands arbres te regardent tout comme le ciel et les étoiles... Les grues sont passées, elles ont ramené ton âme auprès des tiens sur la terre de tes ancêtres. Zurhavli"....

Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste


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