Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

mardi 27 octobre 2026

La Foi en Labyrinthe



Foi et labyrinthe ?
Labyrinthe et foi ?
Labyrinthe de la foi ?

Et si le labyrinthe, cette expérience singulière que je vis depuis des mois était le chemin de la foi J'avance, je reviens en arrière, mais non, pas tout à fait car l'avant vers lequel j'ai avancé, revient dans cet arrière autrement, en y puisant autre chose pour avancer à nouveau ? C'est étrange et en même temps terriblement vibrant

Le labyrinthe n'est pas un endroit où l'on s'égare

Il n'est pas non plus où ma foi s'égare, mais il est au contraire la manière dont elle avance. 
C'est une quête étrange et singulière dont on ne connait ni l'issue, ni la fin
Ce n'est pas un simple mouvement circulaire mais un cheminement
Une déambulation 
Pas une errance.

J'avance, puis je reviens, mais lorsque je reviens je ne suis plus exactement celle qui était là auparavant.
Le lieu lui même n'est plus tout à fait le même, puis devient autre puisque j'y apporte ce que j'ai découvert en avançant.
Impermanence.

Alors "l'arrière" devient une nouvelle matière pour "l'avant", un nouvel espace à découvrir.

C'est presque une spirale plutôt qu'un cercle.

Cela rejoint alors quelque chose approché déjà avec le fil, la couture, le tissage où la couturière repasse parfois par le même endroit du tissu. le fil qui y repasse n'est plus le même car il porte ce qui a été cousu en même temps.

Ainsi mon expérience d'Eloul, des dix jours redoutables puis de Kippur semblent avoir déplacé quelque chose de cette nature. Je ne cherche pas une réponse, mais je retourne vers des questions anciennes : (D. la Shoah, le mal, la transmission, l'autorité, la prière, ma place de femme, de femme Juive, ce qui m'a été transmis ou ne l'a pas été) mais chaque retour les retrouvent autrement

Mais jamais je n'ai abandonné D. au milieu du labyrinthe
Et surtout, D. ne m'a jamais abandonnée. 
BH.

Et je L'appelle depuis le labyrinthe.

C'est peut-être là que se trouve le coeur de ce que je viens d'écrire.
Le labyrinthe est très différent du dédale où il y a des impasses conçues pour égarer celui qui cherche.
Dans le labyrinthe unicursal, traditionnellement le chemin peut-être long, déroutant, revenir sur lui même, mais il conduit vers un centre sans possibilité de se perdre

Et c'est là que ma question prend toute sa dimension et qu'elle est magnifique (Dis tu en souriant)

Et si le labyrinthe était le chemin de la foi ?

Pas le chemin vers une foi parfaite.
Pas le chemin vers une certitude définitive.
Mais le chemin d'une foi qui se transforme en avançant.

Alors je laisse venir cette idée, sans chercher tout de suite à l'expliquer parce que s'y loge quelque chose de très vivant

Foi et labyrinthe.
Labyrinthe et foi.
Le labyrinthe de la foi.

Cette phrase "L'avant vers lequel j'ai avancé revient dans cet arrière autrement" devient alors particulièrement forte, elle touche à l'intemporelle question du temps. Elle exprime tout à fait ce que je viens d'explorer et de décrire : le passé n'est pas derrière moi puisqu'il continue à travailler dans mon présent, mais mon présent transforme à son tour ce que je croyais être mon passé.

Ce n'est pas tourner en rond, loin de là, 
Mais c'est repasser par le même fil avec une autre main.

Et c'est terriblement vibrant, ce n'est pas une pensée froide observée de l'extérieur, non, 
Je suis dedans, je marche dedans

Et surtout, quelque chose lentement, doucement, est en train de se tisser

Un fois encore je reviens au Shmates
Que ce soient les mots, les histoires, la foi, tout cela se coud, se tisse, s'assemble
Je suis dedans, libre et je danse parmi ces fils, ces morceaux qui viennent à moi, de partout et je vis, je vibre, je suis à l'intérieur de la Vie, du Vivant au milieu de ces étincelles, poussières d'étoiles qui fait éclater la lumière.
C'est magnifique
 Cela donne tout son sens à la Foi qui si elle est éternelle, et impermanente, jamais achevée, sans cesse renforcée...par ces questions qui valent peut-être davantage que les réponses ?

Alors une fois encore le Shmates cesse même d'être seulement une métaphore pour devenir une manière de penser ma foi.

Tout ce que je décris appartient au même geste : prendre ce qui arrive, ce qui vient de loin, ce qui semblait séparé, parfois déchiré, parfois minuscule, et le laisser entrer dans une trame sans chercher à fabriquer un tout parfaitement fermé.

Les mots, les souvenirs, les questions, les histoires, les morts, les vivants, les rencontres, les textes, les prières, les larmes, les silences…
Tout arrive comme des morceaux de tissu, des fils, des bouts de laine.
Et moi, je les laisse advenir avec bienveillance, sans chercher à la faire entrer dans des motifs préétablis

C'est avec une émotion et une joie immense, une sensibilité et une sensorialité singulière et intense

Je les regarde.
je les touche.
je les laisse venir.
Sur le métier 
Puis je couds, je tisse avec bonheur et joie

Et surtout, je suis dedans.
C'est un immense Shmates, sans début et sans fin

Ce n'est pas une tapisserie accrochée au mur qu'on pourrait contempler une fois terminée.
Il n'y a pas de « terminé ».

Je suis à la fois celle qui coud, celle qui marche parmi les fils et celle qui constitue elle-même l'un des fils.

C'est peut-être précisément là que l'impermanence et l'éternité cessent de s'opposer.

La foi peut être éternelle sans être immobile.

Elle peut être éternelle parce que le lien demeure, tandis que tout ce qui constitue mon expérience de ce lien se transforme.

Et alors mes questions ne sont plus nécessairement des manques auxquels il faudrait apporter des réponses.

Elles deviennent des points de couture.

Une question me fait revenir quelque part.
je regarde autrement.
Je trouve un fil que je n'avais pas vu.
Je repars.
Puis je reviens encore, et le point n'est plus le même.

Peut-être que certaines questions ne demandent même pas à être « résolues » mais demandent à être habitées.

Tu me dis alors

-  " je trouve très beau que tu dises:
« jamais achevée, sans cesse renforcée… par ses questions qui valent peut-être davantage que les réponses parce que cela rejoint profondément ce que je vis depuis des mois : tu n'as pas cessé de croire parce que tu questionnes, mais au contraire tu 
 questionnes parce que ta foi est vivante."


Oui 

Une foi qui ne pourrait supporter aucune question serait peut-être une foi figée, achevée, cousue définitivement.

La mienne ressemble davantage à mon Shmates :
des fils partout, des morceaux qui ne semblent parfois avoir aucun rapport, des reprises, des nœuds, des fils qui dépassent, des trous même… et pourtant quelque chose se forme.

Et je danse au milieu.

C'est peut-être cela qui rend ma phrase si vibrante, je ne dis pas seulement « je cherche le sens de ma vie ».

Je dis presque :

je suis dans la Vie pendant que je cherche.

Dans le Vivant.
Dans le mouvement.
Dans les étincelles.
Dans cette poussière d'étoiles qui traverse les fils et fait soudain apparaître de la lumière.

Et peut-être qu'alors le labyrinthe lui-même devient du Shmates.

J' avance dans les fils.
Je crois revenir en arrière.
Mais quelque chose a changé.
Un nouveau fil s'est accroché au précédent.
La lumière tombe autrement.

Et je continues.

Libre.

C'est probablement pour cela que cette expérience est si étrange et si vibrante à la fois car ne trouves pas la sortie du labyrinthe.

Mais je découvre que je peux y vivre.

Brigitte Judit Dusch, psychanalyste, historienne, chercheur, exploratrice urbaine
Crédit photo ; @brigittedusch



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