Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

lundi 18 mai 2009

Où ?

"Je pense où je ne suis pas
Je suis où je ne pense pas "






Je vous invite à méditer sur cette phrase de Lacan... Pas à en chercher le sens, il n'y en a pas...

dimanche 17 mai 2009

Injustice

Hier soir, un patient m'écrit "la mort est injuste"
Injuste, juste...
La mort est-elle question et affaire de justice ?
Ou d'injustice
Qu'est ce qui est juste, injuste dans cet à faire là....
Est-il question de justice ?
Qu'est ce ?

Il venait de perdre un être cher...Un être qu'il aimait. Perdu à tout jamais, parti pour un nulle part. Il ne le reverra plus, jamais. Son chagrin immense l'accompagnait dans toute sa démesure.

La mort c'est le monde du jamais, du jamais plus.... Une sorte de neverland, de noland...Nowhere
Un espace inconnu, pourtant...Un continent noir, d'où on ne revient pas. Jamais !
La mort fait partie du quotidien, pourtant, de chacun, du mien.... Elle fait partie depuis toujours de mon questionnement.
Mais il faut y être confronté vraiment, de prés, de très prés, de trop près pour l'envisager, pour la concevoir... Car elle n'est pas envisageable, imaginable...Représentable.
Une confrontation au réel, à l'inextricable, à l'inévitable, qu'on se garde de nommer, de convoquer, d'invoquer.
Un mur infranchissable, une voie sans issue, qui ne mène nulle part, on ne revient pas sur ses pas, on ne fait pas demi-tour, même si on pense s'être trompé. Sans retour, car pas de retour possible....Jamais. Mort pour de vrai, comme disent les enfants !

Il faut la rencontrer, être à ce rendez vous sans jour et sans heure, cet impromptu qui surprend toujours, car nous ne sommes jamais tout à fait prêt, le bagage pas tout à fait fermé, pourtant il saisit la main, la serre fort, et nous entraine....Loin ailleurs, nulle part, sans billet de retour
Un aller simple seulement !
Terrible face à face, où même en livrant un dernièr combat, en rassemblant ses ultimes forces, on dépose les armes...Si elle nous en laisse le temps, si elle ne les rapte pas, ne les confisque pas, vite, en un seul instant, seconde d'après, où il n'y a plus rien, où l'on se retrouve face au vide, l'absence de l'autre, qu'elle nous a ravit, sans ravissement aucun.
Terrible effroi, stupeur !
Vae victis !
Juste.... ?
Il n'est pas juste alors, qu'un être nous quitte, part, meurt, soit réduit à néant. En poussière le corps, et l'âme si âme il y a ? Où est-elle ? Que devient-elle ?
Une sorte de trahison, partir sans prévenir, souvent sans un adieu, quelle maladresse, quelle incorrection, quelle impolitesse..
Indécente la mort ?
Un être part, pour toujours, sans nous, nous laissant seul, face à nous même, face à la mort, face à sa mort, face à la nôtre...Un jour sûrement.
Un départ pour le néant... Le vide, le gouffre sans fond... Au fond trop loin, trop vide. Toujours trop vide.
Mais nous sommes le néant, nous ne sommes rien, et la mort nous le rappelle, nous l'assène, nous amène à la réalité triviale de notre impermanence.
Est-ce cela qui est injuste ? Mais pourrait-il en être autrement ?
Vivre et mourir, la vie se résume à ces deux mots, antinoymiques, mais pas tant que ça.....
La mort dans ce cas serait alors juste, car il est juste de mourir dans un tel schéma, une sorte de ligne, pas forcément droite, avec un début et une fin. Un segment AB.....On sait quand ça commence, mais il est impossible de mettre le point B....

L'inconcevable point B...

Le probable point B....Qui sera ? Nul ne sait !
Vivre c'est mourir, déjà, rien qu'un peu, on avance sur l'échelle sur ce segment dont la fin n'est pas encore définie. Qui met ce fameux point B, qui ? Quoi ? Comment ? Quand ?
Autant de questions sans réponse
Autant de mystère, d'angoisse peut-être, mais de justice ?
Il n'est pas juste de mourir, mais l'est-il de vivre ? De vivre comment ?
Quel est le sens de la vie, de notre vie, ici, sur terre, de ce passage si bref, mais que nous voudrions permanent, pour toujours... Quand on regarde l'immensité qui nous entoure et nous survit ? Injustice alors de se dire que cet arbre, ces herbes, bonnes ou mauvaises nous survivront, seront là, étaient là déjà alors que nous ne serons que poussière, ou pire, rien ?
Mais qui sommes nous ? Et que faisons nous ?
C'est cette question là qui est pertinente. Quid de ce passage ? Pourquoi ? Pour qui ?
Nous laissons des traces, nous voulons marquer de notre sceau, tels les pharaons des pyramides notre venue dans ce monde, morts, nous voulons graver encore nos noms sur la pierre... Pour survivre dans les mémoires et ne pas sombrer dans l'oubli
Encombrer encore les esprits des survivants, être encore présents dans leur quotidien, dans l'inconscient pour vivre encore, ne serait-ce qu'un instant ?
Est-il alors si difficile de partir ? De se résoudre à tout quitter pour toujours, sans rien emporter. Il ne s'agit pas de prendre le premier bateau, c'est du dernier train qu'il s'agit, celui que va au bout de la nuit, dans les coins les plus sombres et les plus reculés....Vierges de la connaissance, du savoir de l'homme.
Certains se plaisent à penser qu'il existe un paradis et un enfer. Refusant le rien, le Rien, le Vide et le Néant... Se confortant d'exister encore, dans un ailleurs autre, mais refusant la réalité de la disparition à tout jamais, ne plus être, pour les autres et pour soi !
Ce serait implicitement reconnaitre notre néant, notre vide, notre manque à nous même, notre inutilité peut-être...
Alors la mort de l'autre, se dire l'inutilité de son passage, de notre rendez vous, pas manqué, de notre rencontre et de notre histoire, se dire que ce passage là, même très bref, n'est rien.. Pourtant il nous a donné, ou nous a pris, nous a rendu heureux ou malheureux. Nous a appris
Rien, néant, vide, il ne reste que le souvenir, nos larmes et notre douleur...
Rien, pas même ça ne le fera venir, revenir
Car il n'y a pas de retour possible, nul magicien, nulle formule, nulle potion, nulle incantation n'y fera.
Rien ! vide ! néant ! On ne peut rien, face à ce mur, non de pierre, mais ce mur de vide....
Nous sommes si peu, nous n'avons rien, rien que de la peine et la douleur,
C'est avec ses compagnes d'infortune qu'il faut poursuivre la route, le chemin pavé d'embûches, qu'il nous faudra affronter sans celui qui est parti, qui nous a quitté. Un chemin toujours trop vide, qui n'a plus guère de sens.
Et pourtant, il faut faire, aller, être...

On réactive ce schéma d'abandon, jamais bien net, jamais bien sécure... Cordon ombilical coupé toujours trop vite, toujours trop tôt, c'est cet "un peu plus encore" qu'on sollicite, mendie.... Petites roues du vélo, béquilles... Qui permettent, qui font que...
Puis un jour nous sommes trop grands pour garder les petites roues, on se lance alors, seul....Comme un grand !
Puis un jour, on considère que la fracture, la félure est consolidée et que les béquilles ne sont plus nécessaire...Il faut aller....!
Seul, sans personne, sans aide, sans rien
Avec nous même pour seul témoin.
Il faut aller et regarder, se regarder et se voir enfin.
Seul !
Admettre, si ce n'est accepter
Etre seul face à notre être seul, notre solitude, notre chagrin, notre peine, notre désespoir, car ce dont nous sommes surs et certains vraiment c'est d'être seul, irrémédiablement seul....
La solitude est. Soit !

samedi 2 mai 2009

Le passé

Le passé bien souvent est trop présent...Et nous empêche de construire le futur .
De bâtir l'avenir.


L'homme semble parfois attaché à son passé, son histoire, ses souvenirs... Ce qui a été, ce qui fut, mais qui n'est plus. Ne sera plus, mais qui pourtant est encore.

Tellement présent au présent.
Ce passé qui colle , qui se colle, qui lui colle à la peau, à la mémoire, une mémoire vive, une mémoire à vif ! Une mémoire à vivre.
Il vit avec ce passé là, ces souvenirs, qui deviennent ses souvenirs, une mémoire, un devoir de se souvenir, de ne pas oublier, un devoir de mémoire... Pour se rappeler.


Souvenir, passé, regret, remords, nostalgie, d'un avant. Au présent

Ce passé là, on le conjugue à tous les temps, à tous les modes, surtout au présent, mais aussi au futur, qui à cause de ce passé composé sera imparfait.
Alors le sujet est encombré par un tas de souvenirs, de faits, d'histoires, photos jaunies, ou couleurs sépia d'un temps révolu, mais qu'on ne peut ranger, jeter, bruler, sceller à tout jamais dans une malle bien fermée.

Et en jeter la clé.

Encombrés nous sommes ! Trop, il y en a parfois trop, et quand il n'y en a pas assez, l'homme s'efforce d'aller en rechercher, de creuser encore, tel un forçat, un peu plus, un peu plus loin, un peu plus profond, pour déterrer, sortir, expulser de l'oubli un élément, qui peut-être expliquera je ne sais quoi, mais qui tentera peut-être de donner, de poser une hypothèse sur ce qu'il ressent, vit, éprouve aujourd'hui !
Qui validera sa souffrance....
Il faut à tous prix tâcher d'expliquer cette souffrance, c'est essentiel, c'est ce qui nous permet de rester en vie quelque fois, souvent.
"J'ai mal," "je suis comme ça à cause de ça." Construire, élaborer une relation de cause à effet.
A cause de, car, parce que, c'est pourquoi.
Faire des liens, mettre en relation, relier, assembler, échafauder
Relier l'événement à la souffrance qui semble convenir le plus !
Curieux exercice auquel nous nous livrons là !
Trouver une cause, une excuse parfois, une circonstance atténuante
Faut-il tordre le cou d'un seul coup, à tout ce fatras si emcombrant pour naitre et n'être qu'aujourd'hui ?

Ah cet aujourd'hui, qui n'est pas, pas vraiment, puisqu'encombré des restes du passé, d'un avant qui n'est même pas tout à fait le sien, certains nous encouragent à rechercher dans sa généalogie ce qui pourrait expliquer notre mal aise, nos choix de maintenant... Notre souffrance actuelle.
Car les parents ne suffisent plus...Il faut chercher plus loin encore, plus loin, très loin !
Faire son arbre....
Se suspendre, se pendre à cet arbre ?
Ainsi, si un aieul s'est pendu il se peut que nous souffrions des cervicales, à moins qu'un de nos ancètres n'ait été guillotiné avec Louis XVI, on ne sait jamais.... (je n'invente malheureusement rien, c'est ce que m'a confié une patiente, persuadée qu'elle devait payer encore aujourd'hui les "fautes" de ses aïeux)
Casser la branche de cet arbre ?
Mais quel arbre ? Le sien ou celui de "ses autres", de ceux qu'on fait siens, sans les avoir choisi...


Si les secrets de familles, tus, chuchotés, encryptés peuvent en effet être cause de souffrance, de douleurs et de symptomes il convient quand même de faire preuve aussi d'un peu de sérieux, et de discernement.
Une analysante m'expliquait qu'elle ne pouvait s'empêcher de penser à un événement qui s'était passé dans son enfance
Un fait, qui est arrivé, non à son insu, mais en réponse à un désir, à une pulsion... Mais là, elle s'est retrouvée comme prise au piége....
Persuadée que tout repose sur ce passé là, elle ne peut avancer, emprisonnée dans ce passé, dans cette cage qu'elle s'est elle même façonnée. Elle s'interdit toute forme de plaisir et de vie... Comme si elle n'était pas digne, comme si elle ne méritait pas.
Comme si elle ne valait pas !
Comme si ce passé lui empêchait toute jouissance... Que celle ci ne lui était pas possible.
Elle s'est posé cet interdit, et souffre terriblement !
Elle sait de quoi elle a mal, elle a identifié et désigné son symptôme, ce qui pour elle fait symptôme.. Mais quid ? Quid de l'avenir...Que faire avec ce passé là...
Le travail mené ne pourra jamais le modifier, faire qu'il soit différent, qu'il en soit autrement, que cette vérité, que ce qui fait pour elle vérité, soit autre.

Accompagner alors pour digérer, assimiler, faire avec...Vivre avec, vivre ainsi, vivre.

Une longue route encore, si difficile peut-être aussi !
Mais elle est en route.... Elle veut aller au bout du chemin.
Il en faut du courage pour s'engager sur cette route là, route vers sa Terre Promise, pour se délivrer enfin de ses démons.
Courageux pélerinage ! Eternelle quête !

Vivre avec ce passé, cette ombre gigantesque qui plane, qui empêche, qui emprisonne... N'est plus ni possible ni tolèrable, il fait souffance, une souffrance si grande, qu'il faut l'extirper, la sortir au dehors, la vider du dedans, pour pouvoir aller de l'avant. Ici, et maintenant, pour construire ailleurs et maintenant
Nous ne pouvons faire table rase du passé, du nôtre, de celui que nous avons élaboré, échafaudé avec nos souvenirs, nos croyances, celui qui a forgé nos schèmas, nos processus cognitifs...
Ce passé qui nous a fait, qui fait que nous soyons ce que nous sommes
Un héritage, mais nous avons le droit de choisir ce que nous gardons ou pas !
Et surtout, nous pouvons en faire quelque chose, nous sommes acteurs de notre scénario de vie...

Et non des figurants à la petite semaine, des intermittents de l'inconscient... Des interimaires du quotidien !

Ce scénario est le nôtre, le passé, les faits, évènements sont aussi les nôtres. Les identifier est interressant, essentiel, important, vital pour certains, ils expliquent, éclairent, mais ne doivent pas diriger notre vie...Ils ne doivent pas maitriser notre scénario. Nous sommes notre vie, nous sommes un tout, un tout de tout cela...

Un tout : Une gigantesque addition, d'où on se donne le droit de retrancher ce dont ont ne veut pas, on ne veut plus...
L'ablation, cela ne signifie pas gommer, mais oter, en toute connaissance de cause, en toute conscience ce qui fait que ça coince, que ça ne passe pas....
Toute ablation laisse une cicatrice !
Ainsi.... Vivre avec.... Vivre et non survivre avec !

Ce passé là, est là, présent, mais doit être soldé une bonne fois pour toute. La thérapie peut-être une étape, un composant à ce travail. Restent la possibilité, la résilience, la motivation, le désir..

C'est ! C'était ainsi...Il a été une fois, ou plusieurs fois.... Peut-être que ceci explique cela, mais....Je n'y peux rien maintenant, je ne peux réparer ce qui a été cassé il y a si longtemps, je ne suis pas responsable de ces squelettes anonymes au fond des placards familiaux... Ni des secrets, ni de ses histoires, tues, ou pas tues...Vraiment, complétement
Il me faut vivre ma vie, avec ce passé là, le mien et celui des autres, des proches, de la famille qui est la mienne...
Vivre avec ce passé là, le mal que j'ai reçu et que j'ai fait, intentionnellement ou pas, se par donner, pour se donner ensuite, se donner l'amour, l'estime et le respect. Se rendre aimable, à soi et aux autres....Vivre comme on est, vraiment, en sachant que nous avons tous nos côtés sombres...Rien n'est jamais vraiment gris... Toujours !


Vivre enfin, avancer et construire, faire de ma vie, ce que je veux qu'elle soit !
Vivre pour voir la lumière, ou un peu de cette lumière que ce passé a si longtemps caché, écarté ce rideau qui voile la vérité, la vérité qui est mienne, peu importe qu'elle ne soit pas la même pour les autres...Chaque vérité est singulière
Voir sans voile, sans prisme déformant, ne pas nier, ne pas dénier, mais dire, c'était ainsi, maintenant c'est ainsi, et demain sera ainsi.

mardi 21 avril 2009

Cadeau

Une dame aux cheveux blancs, frèle, dans son petit lit d'hôpital, m'attendait sagement ce jour là
Une femme, d'hier, mais tellement d'aujourd'hui aussi...

C'est au début du printemps de l'an dernier que j'ai fais sa connaissance. Hospitalisée en chirurgie viscérale, elle attendait son retour à domicile. Le médecin lui avait dit que je passerais, sans lui en dire davantage, je n'en savais guère plus... Un message sur le répondeur !

Elle m'attendait donc sans trop savoir qui j'étais, pourquoi je venais, comme souvent. Elle était là, menue, fragile, dans sa petite chambre d'hôpital, bien mise, assise dans son lit...
Ravie de voir quelqu'un, elle m'accueille avec un grand sourire, elle va bien, elle va rentrer chez elle, demain, après demain au plus tard !
Elle me fait asseoir, sur le bord de son lit, comme souvent, la clinique, l'entretien clinique a toute sa dimension, sa réalité, ici, au bord du lit !

Très vite, elle me parle de son "chez elle" qu'elle est ravie de retrouver, de sa voisine, qui nourrit sa petite chatte pendant son absence...Elle raconte, je l'écoute.
Elle parle...Me regarde...Puis me dit
"Je n'ai pas d'enfant, je n'ai jamais pu en avoir"
S'en suit un silence, ses yeux sont dans le vague, elle pense... Puis elle se lance dans un long récit, non pas un monologue, car c'est bien à moi, ce tiers présent près d'elle à la demande du médecin, qu'elle s'adresse...

"Je suis de l'Assistance, vous savez, je suis née il y a si longtemps, en 1917, et j'ai été abandonnée, mon père m'a laissée, il ne pouvait sans doute, plus s'occuper de moi, c'était la guerre... Maman est morte à ma naissance."
Puis elle me raconte sa vie, sa longue vie, les différents "placements". Le terme prend ici toute sa véritable acception.
Elle poursuit infatigable, son récit, et soudain, lentement, comme pour faire une pause, s'arréte. Elle se souvient de sa rencontre avec celui qui allait devenir son mari, un enfant de l'Assistance, lui aussi, mais qui, heureusement, avait eu la chance d'être dans une "bonne famille"
Elle n'a pas de regrets, pas de nostalgie, les souvenirs s'égrenent, lentement, doucement, comme une histoire qu'on livre, sans effort, pour se souvenir soi même et témoigner, témoigner de son passage.. Simplement !
Elle souligne, non sans fierté, qu'elle n'a jamais quitté le village où elle avait été placée par l'Assistance. Jamais.
La vie de cette femme, s'inscrit dans un périmètre de 5 km ! A peine.
Puis elle soupire...
Elle regrette de ne pas avoir eu d'enfants avec son mari, oui, elle aurait bien aimé
"Je ne pouvais pas en avoir...Oui, ma mère est morte en me mettant au monde, il me serait arrivé la même chose" dit elle en me regardant, cherchant peut-être un geste, un signe, un quelque chose, une approbation ?
Silence..... Elle pense, cherche peut-être dans ce passé, ramène à sa mémoire quelque souvenir ?
Elle explique
Non, cela ne repose sur aucun diagnostic médical, mais seulement sur sa seule certitude à elle. Elle sait que c'est comme ça, qu'il en est ainsi. Il ne peut en être autrement. Elle reprend sa démonstration.
"Maman est morte en me mettant au monde, papa m'aimait, vous savez, mais la vie, c'était la guerre, et comme beaucoup de gens à cette époque papa n'a pas pu m'élever, c'était après la guerre, alors pour mon bien, pour que je sois bien, que je sois bien nourrie, élevée convenablement il m'a remis à l'Assistance."
Silence
"Papa m'aimait, c'est bien ce qu'il a fait, car il aurait pu m'abandonner dans un fossé, n'importe où, comme on faisait alors parfois, je serai morte, ou Dieu sait quoi.
Mais il m'a mis au chaud, et il m'a donné un nom, son nom et a demandé à ce que je sois élévé dans la religion catholique. Papa m'aimait"
Emouvant ! Le récit et la justification de toute une vie, une longue vie, heureuse, avec des hauts et des bas "comme chez tout le monde, mais je n'ai pas à me plaindre, nous avons été heureux, nous n'avons manqué de rien."
Pour vivre, survivre à tout ça, à cet abandon originel, à l'absence, à la mort de la mère, qui donne la vie, et ne survit pas, qui perd sa vie en la donnant à son enfant, curieuse offrande, il a fallu survivre
Des questions, elle s'en est posé, elle a cherché, essayé de retrouver trace, des traces de son passé, de son histoire, de son origine, de ses racines...Elle a construit, s'est raconté, à élaboré une histoire, la sienne, celle de sa vie, de sa naissance, de son enfance, de ses parents... De l'amour de ses parents, et grâce à cet amour là, cet amour dont elle est si sûre, certaine, dont elle a la foi, elle a grandi, elle est devenue une petite fille, puisune jeune fille, puis une femme
Elle a construit son histoire alors qu'elle n'était qu'une enfant. Son abandon, dramatique, ne l'a pas été pour elle, parce qu'elle ne l'a pas vu, senti, ressenti, ainsi, une chance, c'était au contraire une chance, un merveilleux cadeau que lui a offert son père, pour qu'elle soit, pour qu'elle devienne...
Elle a décidé, que c'était là, un acte d'amour, l'amour d'un père, qui au lendemain d'une guerre meutrière, n'avait rien d'autre à offrir, n'avait eu d'autre avenir à offrir à sa petite fille. Il a perdu sa femme, et accepte de perdre sa fille, de la laisser, de s'en séparer, pour lui offrir un lendemain.
En témoignage de cet amour, il lui a donné son nom et sa religion, pour qu'elle se souvienne, pour qu'elle sache qui elle était, qui elle est. Ce qu'elle sait, ce qu'elle a toujours su, et ce qui lui a permis de vivre, d'être..
Madame A dit avoir été heureuse, malgré un profond désir de retrouver sa famille, ce qu'il en reste, ce qui aurait du être les siens, pour créer des liens, "Mais à l'époque, ce n'était pas comme aujourd'hui, on ne pouvait pas demander son dossier". Elle s'est tenu au courant, des possibilités, elle s'est questionné

"Vous y avez pensé ?"

"Oh oui, souvent, j'aurai bien aimé les voir, les retrouver, mais j'ai été heureuse avec mon mari, nous avons bien vécu..."
Néanmoins, il y a aussi ce manque, cet autre manque, en lien avec le manque de passé, elle ne s'est pas autorisé à l'avenir, le manque d'avenir, le manque de futur... S'interdisant toute possibilité de maternité. Cette injonction, garante de la validité de son histoire. Le lien, le seul qui la reliait à sa mère en quelque sorte. Une sorte de pacte génétique, comme si mourir en donnant la vie était une malédiction familiale, en se l'interdisant, elle y mettait un terme. Au prix d'une grande souffrance, mais c'était le prix à payer, celui qu'elle s'était fixé, pour surmonter ce traumatisme, ce deuil originaire qui n'a jamais pu être complétement fait.

Pourtant, cette fausse croyance, ce schéma de pensée sur lequel elle a construit sa vie, ne l'a pas empéché de la vivre, et de trouver du bonheur !


Puis, elle me regarde, et évoque sa présence, ici, dans ce lit d'hôpital, me dit qu'elle ne comprend pas tout, elle rentre, mais ce matin, "un autre médecin m'a dit qu'il faudrait que j'aille dans un autre centre pour des rayons...."
Je lui demande si elle a demandé des précisions "oui, mais je n'ai pas bien compris, il a employé des mots que je ne comprends pas, alors je n'ai pas osé l'interroger, lui faire perdre son temps, il n'ont pas de temps, jamais, je n'ai pas osé..."

S'excusant presque d'être là, d'exister....

"Vous savez ce que sont les rayons ,"

"Oui, c'est pour les gens qui ont des cancers ? Mais c'est pour ça que je ne comprends pas, je n'ai pas entendu de mots comme ça, et puis on m'a opéré, et s'il y avait quelque chose de mauvais ils l'ont sûrement enlevé."

"Je ne sais pas, voulez vous que je demande au médecin de venir vous expliquer à nouveau ?"

"Non, ce n'est pas la peine, il ne faut pas le déranger, et puis les rayons on en fait à tout le monde, dans mon village, Mme X en a eu aussi, l'ambulance venait la chercher tous les jours, ce doit être la mode, oui, c'est ça, c'est la mode, alors ils m'en font à moi aussi...
La mode, on en fait à tout le monde...Elle se construit encore une histoire, une croyance ? Pour surmonter, affronter sa peur ? Se protéger encore ? Inventer une parade ? Mettre en place un mécanisme de défense ?
Déni.... Mais au fond est-elle vraiment dupe ?
Au moment de partir, elle me prend la main : "J'ai été contente de faire votre connaissance et de vous voir, il ne faut pas vous inquiéter, ma vie a été bien, vous savez, et puis je suis vieille maintenant, je sais bien qu'il faudra partir, bientôt peut-être, ne vous inquiétez pas, je n'ai pas peur...."Elle me regarde longuement "Merci"

Cette rencontre m'a particulièrement touchée, bouleversée aussi....Tellement !


A Arsel, que j'aurai aimé connaitre davantage, plus longtemps, plus... Lui aussi venait de l'Assistance....Pour toi....Avec beaucoup d'amour

vendredi 17 avril 2009

Les proches

Il convient qu'ils soient proches, dans le quotidien, mais aussi et surtout dans la maladie, dans le quotidien de la maladie, au jour le jour parfois.....
Les proches, les familles, conjoints, parents, enfants....
Qu'ils soient là, proches au sens propre du terme, là, présents, physiquement, pour assumer, assurer, supporter....
"Demander aux familles.... Sa femme se débrouillera....Elle peut bien s'occuper de son mari quand même..... Mais ce sont leur parents, sa mère, son père....."
Ce discours est récurrent, à l'hôpital, dans les maisons de convalescence, les associations etc.... On se décharge, on se déresponsabilise, sur les autres, sur les proches
Sous pretexte qu'ils sont proches, justement. Ils doivent, c'est un devoir, c'est d'ailleurs une obligation régies par la Loi, Celle des hommes....

Je rencontre aussi les proches, souvent à leur demande, parfois à la demande des soignants, je refuse parfois ces rencontres, à la demande des patients.
Qui ne veulent pas que les proches, leurs proches soient mélés à tout ça !
Soient au courant..
Sachent....
Ils en ont le droit, et heureusement...

Parfois, les patients abordent le difficile problème.... Des proches, de leurs proches, qui ne comprennent pas toujours, qui ne peuvent comprendre, qui n'ont pas à comprendre, parce qu'ils, eux, les patients, les malades, estiment, qu'ils n'ont pas à leur demander cet effort là....
Parfois, les plaintes, de ceux qui ne se plaignent pas et qui ne comprennent pas toujours que les proches ne comprennent pas, leur fatigue, leur souffrance, leur douleur, leur mauvaise humeur, leur moral bien bas, leur envie d'en finir... Leur envie de ne plus être là, puisqu'être là, c'est occasionner des soucis, des tracas....
Dialogue, échange, pas simple, souvent compliqué, complexe, parfois impossibles.
Un discours où se mèle les langues, les patois et les dialectes, sans parfois de traducteurs, ou de médiateurs....
Méconnaissance souvent, de l'autre, de la maladie... Il ne suffit pas toujours d'expliquer, de raconter, il faut vivre avec, vivre avec le malade ou le mourant au quotidien, l'accompagner dans les gestes de tous les jours, le voir désapprendre au jour le jour, les gestes qu'il ne peut plus faire, faire avec pour faire à sa place. Il faut le regarder devenir dépendant, invalide, perdre son savoir, son savoir faire, son autonomie, se perdre au jour le jour sans espoir de retour.

C'est lourd, très lourd, trop lourd, insupportable, épuisant, souvent, parfois....

Et pourtant on continue à demander, à exiger des proches.....De solliciter, d'hospitaliser à domicile car l'hôpital n'en peut plus, n'en veut plus, n'a plus de lits... Il faut de la place, faire de la place..Prix de journée, rotation, économie, gestion..
Je n'ai guère vu au cours de toutes ces années passées dans ces services, de retour à domicile effectuées vraiment dans l'intérêt du patient. Sauf dans certains cas, avec certains praticiens.. dans certains lieux...Une sortie, évaluée, préparée, assistée... j'ai eu la chance de faire partie de ces équipes...Et j'y ai tant appris... Surtout l'humanité, et l'humilité, qui fait tant défaut aujourd'hui sur ces plateaux techniques, deshumanisés, ou le sujet est instrumentalisé, objet de toutes les attentions médicales, gestes précis, concis.... Mais sans aucun échange, aucune tendresse !

Demander aux proches, c'est aussi leur demander de s'oublier, de mettre entre parenthèses, leur vie, leur liberté, leur existence... Pour s'occuper de l'autre,
C'est créer une sorte de dette, de créance, mettre en compte, sans jamais rien solder.
C'est de la part du tiers demandeur prendre une responsabilité, dont il ne mesure ni les conséquences, ni la mesure... C'est intruser la vie des autres, la vie du patient et la vie de ses proches
C'est prendre une décision, décider de ce qui sera bien, pas pour le patient, ni ses proches....
C'est oublier à bien des égards l'autre, les autres, ses semblables....
C'est une violence inouie, et une perversité incroyable... Comment ne pas faire culpabiliser, ne pas mettre l'autre en position de débiteur, de devant devoir, de devoir faire, aller, s'occuper.
Alors que parfois nul n'en n'a envie, nul ne le désire, ne le souhaite....
Etre de la famille, ne suffit pas à créer des liens, à faire du lien, un enfant, un parent peut être un étranger, et avoir envie de le rester


"Téléphoner à ma fille, mais pourquoi faire ? Cela fait plus de trente ans que nous ne nous sommes pas vues, nous n'avons rien à nous dire, je n'ai nulle envie de la voir... Va t-on m'y obliger maintenant parce que je vais mourir ?" me demande une patiente en fin de vie...
Elle souhaitait simplement mourir auprès de sa voisine, qu'elle connaissait depuis "toujours" qui venait la voir chaque jour.... Qui lui était proche .
Cette notion de proximité, puisque c'est bien de ça qu'il s'agit est interressante et surprenante, elle mérite d'être repensée... On parle à l'hôpital pudiquement de "personne de confiance" peut-être parce qu'on a trop saisi que les liens de sang, n'avaient guère de sens, plus guère de sens aujourd'hui.
Mais on continue paradoxalement à interpeller les proches, la famille donc, enfants, parents, petits enfants et cousins.. Pour prendre en charge, et c'est bien de charge dont il est question, d'un fardeau, d'un poids supplémentaire.. En terme de charge financière aussi. Car parfois, il faut "mettre la main au porte monnaie" pour reprendre l'expression d'un fils abandonné, qui n'avait nulle envie de donner un seul cent pour un vieux père qui ne s'était jamais soucié de lui, ou comme cette femme, douce, calme, plus très jeune, qui d'un coup se mit à crier "non, pas un sou, rien, pas un regard, pas un baiser, qu'il crève seul... Aprés ce qu'il m'a fait"
Et de s'écrouler en larmes pour dire l'inceste subi il y une cinquantaine d'années

Les proches ne sont pas toujours ceux que l'on croit, ni ceux qu'on pense être....
A mese patients agés, trés agés avec qui j'ai le bonheur de faire un bout de chemin, de partager un peu d'humanité dans ce lieu de violence qu'est devenu l'hôpital....

jeudi 16 avril 2009

Petite fille

Once upon a time...
Es war einmal...

Il était une fois une petite fille.....
Il est une fois une petite fille...
Au présent, présent historique, présent de narration....

Une petite fille qui, aujourd'hui a grandi, mais qui rêve qu'elle est encore une petite fille, toujours une petite fille..Tous les soirs elle rêve, tricote le même rêve, le reprend là où elle l'a laissé au matin, continue l'histoire...
Elle sait bien que c'était un rêve, mais elle attend chaque jour la nuit, pour se retrouver petite fille... Et retrouver son rêve, retourner dans son rêve, au coeur de son rêve, dans les bras de ce sommeil, salvateur.
Les rêves !
Ses rêves !
Une véritable histoire, dans un autre espace, un autre espace temps, un autre monde, qu'elle rejoint chaque soir.. Chaque nuit, pour vivre une vie de petite fille dans son monde de petite fille...
Un autre espace, une sorte de monde parallèle, qu'elle a crée, en imagination, ou qui existe peut-être vraiment. Ici, ailleurs, et maintenant, après... ?
Pourquoi pas ?
Et si c'était vrai ?
Si justement c'était ce monde du rêve qui était le vrai monde, et si le monde du jour n'était que simple vue de l'esprit ?
Un rêve, éveillé... Sans sommeil, une histoire à dormir debout ?
Elle s'interroge parfois, et cela la fait sourire ?
Qu'est ce que le vrai, le réel ?
Qu'est ce que le rêve ?
Peu importe, là n'est pas la question.... La nuit est le rêve et surtout le lieu d'une autre vie
Petite fille elle redevenait alors, dans la maison de petite fille où elle avait grandi, grandi si bien
Elle y était, vraiment, en chair et en os, respirait, mangeait, jouait courait, dans les pièces, le jardin.
C'était si vrai, comme dans la vraie vie, une autre vraie vie, en somme....
Avec ceux qu'elle aimait, qui l'aimaient
Que c'était bon !
Mais ce n'est pas seulement pour cela qu'elle accomplissait chaque nuit le voyage, ce grand voyage au pays du rêve...
Ce voyage tant attendu !
Pendant ce court instant, trop court instant, car le matin arrive tellement vite, pendant ce temps hors du temps, suspendu au temps, elle refaisait le temps, elle refaisait l'histoire.
Son temps à elle, son histoire à elle, sa vie à elle, la vie qui aurait du être la sienne. La vie qu'elle aurait aimé, qui aurait du être.
Elle écrivait le scénario, comme il aurait du se passer, comme elle aurait voulu qu'il se passe.. Comme elle aurait voulu que ce soit
Ainsi soit ! Ainsi soit-elle !
Ainsi soit le temps !
Un scénario sans histoire, banal, quotidien, une vie de petite fille, faite de vacances, d'école, de cahiers, d'encre, de genoux écorchés, de bonbons, de crème à la pistache, de jeudi dans la cour, des noisettiers, du petit vélo rouge... Des chatons, des.... De...
Alors elle vivait, car elle n'imaginait pas, non, elle vivait tout ça vraiment, intensément, et refaisait son monde, le monde tel qu'il est, serait si.... Si ça s'était passé ainsi...Normalement.

Si des adultes n'avaient pas brisé sa vie, cassé son bonheur, son insouciance, sa joie de vivre, cassé, démantelé, mis en pièces, saccagé.....
Si des adultes n'en n'avaient pas décidé autrement !

Le temps s'écoulait lentement, la vie s'organisait entre l'école et les devoirs, les goûters et les tartines, les rêveries dans le jardin....le grenier plein de trésors..
Lecture et écriture, elle aimait cette petite fille se raconter des histoires, changer la fin de celles qu'on lui racontait chaque soir, si elle avait été bien sage.... Rêvait aux petits chevreaux impatients et désobéissants qui attendaient leur mère, mais qui avaient ouvert au loup....
Fixait le ciel pour entrevoir cet oiseau bleu.. Couleur du temps...
Imaginaient les robes de la Belle aux bois dormant, et pensait aux malheurs de Peau d'Ane....
Comme il était doux le temps alors, comme les fleurs sentaient bon, elles sont toujours là, dans les massifs, tulipes et roses, marguerites et pivoines... En rêve... Dans son rêve, dans la vie de ses rêves, dans le rêve de sa vie...
Le jardin, la maison, les voix qui raisonnent, son nom dans le couloir...Les pas dans l'escalier. La vie, le soir, la nuit le jour, pas de rêve, tout était comme dans un rêve
Elle refait sa vie, rien ne s'est arrété, là, non, la vie, la sienne continue, elle grandit dans cette maison, doucement, avec ceux qu'elle aime, qui l'aiment, car elle n'a qu'eux, ne connait qu'eux, les autres, ceux qui viendront la chercher, l'emporteront dans un ailleurs, ne sont que des étrangers... Ne seront jamais que des étrangers...

La vie est un rêve.... Elle rêve si fort qu'elle croit le matin que c'est vrai ! Qu'elle a pu changer son destin, le destin de l'enfant, de la petite fille qui est restée, dans cette maison, là bas...Dans sa maison.
Que c'est comme ça que ça s'est réellement passé...

Elle ne sait plus très bien parfois, de la vraie vie ou du rêve, mais où est le vrai ?
Elle ne sait plus très bien si au collège elle prenait un bus qui la déposait devant la maison, le samedi, ou les autres jours.. Elle se souvient combien elle les a regardé les bus, et savait quand ils passaient devant sa maison, loin de l'arrêt, mais elle aurait demandé au chauffeur... qu'elle aurait pu, qu'ils auraient pu..
Et elle rêve encore de l'eau de la rivière qui déborde, qui est partout, dans les champs, qu'on regarde par la fenêtre....Qui fascine.
Elle rêve aux saisons qui défilent, l'été, les grandes vacances, où elle s'ennuie un peu, fait des cahiers de vacances pour avoir un prix à la rentrée, la fête au village en même temps que son anniversaire, l'automne et la rentrée, les vendanges sur le livre de lecture.... les débuts de novembre et les vacances de Noël, les enfants apprennent la poésies qu'ils réciteront fièrement devant le sapin de la mairie en échange des friandises....puis elle demandera à sa grand mère, en regardant par la fenêtre s'il y aura de la neige à Noël, car sans la neige ce n'est pas vraiment Noël... Le sapin et les repas, la fête et les cadeaux, les livres, contes et légendes, tant attendus et convoités, dévorés en quelques soirées
Les beaux jours arrivent vite, et le petit chemin en face de la maison, prend des couleurs, vert et églantines, ça sent bon... Comme elle l'aime ce petit chemin, qui mène dans les champs de blé et à la rivière enfin rentrée dans son lit
Elle rêve si fort, les voit, les sent si fort, parfums d'enfance collés à la peau pour toujours.. Jusqu'au bout, jusqu'à la fin. Collés si fort, qu'ils ne font qu'un, corps à corps avec elle, rempart contre l'oubli, contre la douleur !
Parfum d'enfance, tuteurs de résilience, qui font qu'on ne meurt pas tout à fait, qui font qu'on garde un brin de vie là où il n'y en a plus guère, qui font qu'une partie de soi est là, et l'autre là bas, à tout jamais, pour toujours !
Cela fait tant d'années qu'elle rêve, depuis tant d'années, qu'elle retourne dans cette maison, dans ce village, où pour elle rien n'a changé ?
Tant d'années de rêves !

La vie est un Rêve, elle aurait pu, si des inconnus n'en n'avaient pas décidé autrement
Comme moi, comme toi, cette petite fille rêve, rêve à sa vie,
Rêve si fort, que le rêve en est la vie...
L'aide à tenir, l'aide à vivre et à aimer
Petite fille.....
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Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
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Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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