Solitudes
Singulier, pluriel
Ce mot ne peut que se décliner ainsi
Je marche, seule, je réfléchis, seule, et tout au long de ce chemin de terre au milieu de nulle part, mes pas et mon esprit cheminent
Ensemble.
Dans le silence de la solitude.
Alors je tire un fil, puis un autre, et plusieurs fils viennent à moi, comme toujours, il me suffit d'écouter, et de les suivre, sans chercher à les assembler, les nouer ni les tisser trop vite.
Chez moi un fil ne vient jamais seul, j'aime les laisser aller, libres, librement, les laisser se croiser, se répondre et parfois se contredire
Mais qu'est ce que la solitude ?
Nécessaire et parfois insupportable ?
Solitude nécessaire et solitude insupportable
Je commence cette réflexion à partir de cette apparente contradiction, elle est parfois nécessaire et parfois insupportable, mais sont elle véritablement contradictoires ?
Ainsi il y a la solitude qui nous permet de nous retrouver, de penser, de nous soustraire un instant au bruit du monde et aux attentes des autres. Cette solitude là n'est pas nécessairement un retrait de la relation.
Elle peut en être la condition.
Il faut parfois pouvoir s'éloigner de l'autre pour le rencontrer véritablement, sans le confondre avec soi, sans lui demander de combler nos manques.
Et puis il y a cette autre solitude, celle qui nous est imposée, celle dans laquelle personne ne répond, celle où l'absence devient douloureuse. Celle où l'on ne parvient plus à établir de pont entre soi et le monde.
L'une peut être habitée, l'autre peut nous laisser démunis.
Mais les frontières ne sont pas si nettes. Une solitude choisie peut parfois devenir étouffante et insupportable, une solitude subie peut parfois ouvrir un espace inattendu.
Peut-être que ce qui distingue ces solitudes n'est pas tant la présence ou l'absence des autres que la possibilité de demeurer en relation.
Y compris avec soi même.
"Il n'est pas bon que l'homme soit seul'
Nous dit la Torah, je convoque ici cette phrase de Bereschit qui semble si simple et qui pourtant ouvre une abîme de questions
De pourquoi
Encore
Je ne compends pas cette parole comme mais une condamnation de la solitute mais plutôt je choisis de l'interroger à partir de la relation.
Entrer en relation, c'est franchir le seuil de l'Humanité, reconnaitre que des autres, différents de moi existent.
Ainsi la reconnaissance de l'autre comme autre que soi et différent de soi.
Ainsi l'accepter ainsi et être accepté par lui.
Cette différence est importante, essentielle.
En effet il ne suffit pas d'être deux pour ne plus être seul. On peut vivre à deux, appartenir à un groupe, partager une communauté tout en restant profondément étranger à ceux qui nous entourent. La présence physique ne garantit pas la rencontre, pas plus que l'appartenantce à une communauté ne garantit d'être reconnu dans sa singularité.
La véritable relation commence peut-être au moment où je cesse de demander à l'autre d'être mon semblable :
" Je ne te demande plus d'être moi pour pouvoir t'aimer, je te reconnais comme un autre que moi, avec ce qui nous rapproche et nous sépare."
Et je consens à ce que tu me reconnaisses, moi aussi, comme un autre."
Il y a là une réciprocité qui n'est pas toujours facile. Accepter l'altérité de l'autre, c'est aussi accepter qu'il ne nous comprenne pas entiérement, qu'il nous échappe, qu'il conserver une part de lui même qui ne sera jamais accessible.. son intimité secrète.
La relation ne supprime donc pas la solitude, mais lui donne une autre dimension.
Alors, sommes nous jamais seuls, et que reste t-il de notre solitude lorsque nous sommes en relation avec l'autre et avec D. ?
3 'Hechvan 5787 (14 octobre 2026)
Brigitte Judit Dusch, psychanalyste, historienne, chercheur, exploratrice urbaine
Créditphoto : @brigittedusch

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