Psychanalye Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

samedi 27 août 2016

Déséquilibré ou l'abus de langage




 Depuis un certain temps l'actualité nous abreuve d'un nouveau mot, ou plutôt d'un mot détourné de son sens, un doux euphémisme : déséquilibré.

En France on n'aime pas trop les contrastes ; on n'ose pas vraiment dire les choses telles qu'elles sont, mais surtout on tient à les montrer à voir et à entendre d'une certaine manière.
En France, les médias sont passés maitres en matière de perversion de la langue. Ce n'est plus l'apanage des politiques, ça se démocratise ; mais aujourd'hui : tout est politique, surtout la propagande.

Après les mal voyants, non voyants, mal entendants, les porteurs de handicaps, séniors, nous voila aux prises avec les "déséquilibrés". En effet il faut avoir perdu l'équilibre pour jeter des grenades, tirer dans la foule avec de kalachnikov, se faire exploser à la terrasse des cafés, poignarder une personne du troisième âge arborant des signes distinctifs religieux, égorger des enfants, émasculer les victimes d'un attentat, etc... Une longue liste d'horreurs dont nous sommes victimes du fait de la perte d'équilibre de quelques uns...
Ces quelques uns qu'ils ne faut justement pas stigmatiser pour reprendre une autre perversion, torsion de cette belle langue qu'est (qu'était ?) pourtant le français.

Alors comme ça, "on" -pronom indéfini- n'appelle plus un chat un chat ?
La bonne question encore une fois est de savoir pourquoi. La bonne réponse est un secret de polichinelle... Mais "chut" il ne faut ni généraliser, ni montrer du doigt, alors la psychiatrie est convoquée au rendez vous de la syntaxe. A quand la création d'une nouvelle pathologie digne de figurer dans le prochain DSM à grand renfort d'item afin de diagnostiquer la "chose"?
Nous pourrions en rire, émettre l'hypothèse de la recherche d'une molécule capable d'éradiquer cette nouvelle folie meurtrière. (mais cela est dans le champ des possibles), mais nous sommes quotidiennement confrontés à cette tragique réalité.

Car voyez vous, il y a une gradation dans l'acception de la chose :  ll y a une bonne dizaine d'années c'étaient des "sauvageons" pour désigner ces voyous -le terme exact- qui cassaient, brulaient des voitures en banlieues, fruit du désoeuvrement, mais surtout de l'abandon d'une société ingrate -discours des médias) abandonnant ces (ses) enfants  tout aussi ingrats (réel) ! ll faut bien que jeunesse se passe et saccager le bien d'autrui est un excellent moyen d'affirmer sa singularité, de se positionner face à ce monde de salauds d'adultes qui ont tout alors qu'ils n'ont rien. Donc on casse, une certaine idée de la "norme".
Jeunesse se passe en effet car les sauvageons, grâce à l'indulgence et aux discours tordus et distordus d'une société qui a la trouille et plus de cadres sont devenus des meurtriers, des terroristes... oups, non des "déséquilibrés". Un raccourci saisissant peut-être, mais qui illustre l'état de décomposition avancée d'un monde qui ne sait plus quoi faire, d'une société en manque de repères et de rigueur.

Mais ne soyons pas si pressés, et comprenons cette progression, cette ascension sociale dans la violence, car l'ascenseur est là, toujours : Réussir c'est atteindre le sommet de l'abject... on vole, on agresse, on tape on rackette on deale ; à la maternelle déjà, ce "on" singulier montre des dispositions fort prometteuses qu ne font que croitre durant toute une scolarité fort courte et bien chaotique au grand dam des enseignants qui longtemps pourtant ont réchauffé le serpent en leur sein avant d'être mordu et dévoré ! un parcours scolaire cependant validé par l'expérience : sur le terrain, dans la rue, dans les cités, les halls d'immeubles et als.
L'équilibre rompu ! la norme bafouée, le règne de l'irrespect et l'annonce du Chaos !

Equilibre, terme médical et scientifique au demeurant mais à l'acception philosophique non négligeable... Cette recherche des Anciens, ce juste milieu pour ne pas sombrer dans l'hybris. Dans le sens qui nous intéresse, il s'agit d'un déséquilibre mental. La folie en quelque sorte, un trouble psychique pour être socialement correct, même si l'acte qui en résulte ne l'est pas ! Un mot d'aliéniste pour passer la camisole à ce pauvre agité en proie au désespoir.
Je souhaite simplement rappeler que dans la qualification "psy" du terme, il faut souligner le désordre mental et la souffrance du déséquilibré, une victime. Victime de ses pulsions, de l'emprise de celles ci, ce n'est pas de son fait ; il n'en n'est pas responsable !
A vous de comprendre, d'élaborer, de juger aussi, ce qu'il en résulte....
Le déséquilibré est donc une victime, de son état, il n'y peut rien, il faut qu'il se fasse sauter au milieu d'une foule, qu'il frappe, qu'il égorge, qu'il tue qu'une voiture le conduise au milieu d'une foule... Tant pis pour ceux sur son passage, ils n'avaient pas besoin d'être là, pas besoin non plus de le mettre en colère en arborant une croix, une soutane, une étoile de David ou une Kippa : non mais!

On se fout de nous, me direz-vous ? Sans nul doute, vous répondrais-je, et ce n'est pas nouveaux. Mais voila il y a une recrudescence de déséquilibrés, un nouveau cru. Que font les psy pourquoi sont-ils hors les murs ? Que font tous ces instables dans la rue ?
Mais qui faut-il protéger en vérité si nous suivons ce discours perfide et pervers, qui sont les véritables victimes ?
Cette société marche sur la tête en vérité c'est elle qui est déséquilibrée dans le sens où elle a perdu le sens de la mesure du juste milieu ; de l'homéostasie qui permet de mettre les choses dans l'ordre et à leur place.Elle n'est plus en mesure de tenir debout, d'être stable, elle penche et va s'écrouler si on n'y prend garde.
Mais la" non voyance" est de mise, tout va bien dans le meilleur des mondes, on essaie de nous convaincre, toujours ce on, ce on et nous, ce nous qui parfois devient ce "on". Le on qui bourdonne et papillonne, qui râle mais sans acter ; agir est difficile, cela suppose du courage, il faut se lever, se tenir debout pour poser un acte et avancer. Mais ce "nous-on" préfère rester couché ou plutôt se coucher devant l'inéluctable.
Et, pour conclure, puisqu'il le faut ; que peut-on attendre d'un "on" qui a laissé aller le nazisme, qui l'a laissé s'installer, l'a vivement encouragé, à vendu et donné des Juifs, des tsiganes et autres pour même pas 30 deniers. Tout simplement par haine, jalousie et vengeance ? Des déséquilibrés sans doute, eux aussi !

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne

dimanche 21 août 2016

Rupture






 L'article précédent a suscité des réactions et des questions je remercie mes lecteurs pour leur intérêt et vais tenter d'apporter quelques réponses. Au moins une réflexion à propos l'avant et l'après les attentats.
Tout d'abord y a t-il un avant et un après. Pour les victimes oui, pour leur famille oui, sans nul doute, leur vie en est bouleversée voire brisée. ll n'y a rien à dire, ce serait indécent.

Puis vient la notion de rupture, cassure, un avant et un après. Au milieu l'événement qui casse brutalement le cours de la vie, le cours. Le détourne, le brise. ll n'y a plus cette continuité, elle est détruite.
Cet événement qui fait effraction est un traumatisme, qui réveille en chacun de nous la peur originaire celle qui nous tient en éveil et en vie,qui assure la survie de l'espèce. Cette peur pas tout à fait enfouie mais qui telle une ombre rappelle qu'on est mortel ! La mort a un visage, celui du quotidien banal et ordinaire et peut frapper tout le monde n'importe où et n'importe comment. Mais attend-on vraiment la mort ?
Rompre avec la permanence, le quotidien, le demain même qu'aujourd'hui et qu'hier, cette routine qui parfois pèse mais rassure quand même.
Ce n'est plus pareil, c'est différent, la mort est au tournant, au coin d'une rue, dans un magasin, à la terrasse d'un café. 
La rupture c'est la déchirure, la fracture, elle résulte d'un accident, elle est soudaine, brusque, elle surgit et sépare, en deux... En avant et après
Après. Peut-être devons nous questionner cet après ? Car il ne sera pas comme avant, la rupture marque quelque chose qui fait que ça devient irréversible,  l'après sera alors différent, autre, étrange et encore inconnu;et c'est ce qui fait peur. ll ne peut être mis forcément en mots, en image, il ne peut être représenté, et peut-être même symbolisé
Y aura t-il un après ?
Car un après suggère une nouvelle ére, un nouveau demain, une nouvelle continuité, un renouveau, qui ne sera pas forcément négatif. L'histoire du monde est faite d'horreurs et de tragédies, d'une suite de conflits, de guerres et de massacres, mais le sujet humain est toujours là, sans en avoir tiré leçon, car même s'il commémore et se souvient, assène "plus jamais ça" n'a de cesse que de massacrer son semblable au nom d'une idéologie, d'une religion qui ne sont que de viles prétextes pour assouvir sa soif de pouvoir, de contrôle et de territoire. L'homme est un mammifère pas différent des autres, un peu plus cruel seulement. On se tue mais on danse quand même, les uns s'enrichissent avec la mort des autres, et la survie de l'espèce est assurée.
N'ayons donc aucun souci.
Une guerre chasse l'autre, un compromis honteux aussi, on achète la paix avec le sang des innocents, mais qu'importe.. l'homme est toujours là, terrible prédateur. Donc, ne soyons pas inquiet demain a un avenir, demain est l'avenir, l'après sera, comment ? C'est là toute la question, la fragmentation résultant de cette défragmentation de la société qui vole en éclats et dont les morceaux, les meilleurs sont perdus à tout jamais
C'est le cataclysme, celui de l'Atlantide, le mythe de Platon est peut-être à prendre au pied de la lettre notre continent, notre planète s'obscurcit et sombre dans le gouffre de ce chaos sordide voulu par cette poignée de Satan
Le triomphe du mal, c'est peut-être l'après, le Thanatos vainqueur ? Pourquoi non ? L'après ne sera plus l'avant, un point de certain  ; celui là ; sera t-il meilleur ou pire, c'est à l'homme d'en décider ; serons nous là pour en gloser, en discuter .? nul ne le sait, ne peut le dire, ne peut le prédire, ma conclusion ne peut alors être différente de celle de l'article précédent. Vivre.

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne

samedi 30 juillet 2016

Le gouffre du Chaos






 On me demande ce que je pense, ce que j'en pense, pourquoi je ne réagis pas ici à l'actualité terrifiante, à ce qui se déroule tous les jours ou presque sous nos yeux, où la réalité dépasse toute fiction. Dépasse l'imaginable, le pensable.
Mais que dire, tout est dit ou presque ; expliqué, argumenté, condamné, toléré, justifié, chacun y va de sa thèse, de son antithèse, de son point de vue, de sa certitude.
On parle de ha
ine, de mal, de déchainement,de dépassement de limites... Mais lesquelles ? 

C'est peut-être ce po
int qui mérite une pause, la, les limites, le cadre encore une fois. " Cette fois un pas a été franchi... "Lit-on dans les journaux, déclare telle personnalité politique ; c'est un peu comme la côte de popularité du président actuel (comme le précédent d'ailleurs) qui chute chaque jour... jusqu'où ? De profondis ? Mais où est la limite... Le point de non retour ?

Pourquo
i des enfants ? Un prêtre, des innocents ? comme si on pouvait justifier un acte de barbarie en fonction des victimes.. Tu ne tueras point.
 lls s'attaquent  -dit-on encore- aux valeurs fondamentales de notre société. Je préférerai de LA sociéte : ce groupe, ces gens qui vivent ensemble justement parce qu'il y a des règles écrites et non écrites, ces tabous qu'on ne transgresse pas, cet Autre avec un grand A (pas au sens lacanien du terme, ça ne veut pas dire grand chose dans le contexte qui nous intéresse, ni ailleurs non plus si on veut être honnête) mais cet ensemble là, ces gens là, ce qui fait que nous sommes dans l'Humanité, celle des hommes qui ne sont guère sapiens, mais qui on choisit de renoncer un peu à leurs pulsions, à sublimer juste un peu celle ci pour être "présentable et acceptable" aux autres.


Soc
iété : milieu dans lequel se développe la culture, la civilisation. De quelle culture s'agit-il ? Et de quelle civilisation. Au singulier ? Au pluriel, chacun en a une acception singulière, justement en fonction de sa culture et de sa civilisation, une histoire de chat qui se mord la queue. Un cercle infernal, vicieux ou vertueux, un cercle qui peut tourner en rond, sur lui même, grandir, mourir, ou s'ouvrir, encore une fois sur ce qu'il veut. Car il y a quand même une part de vouloir, nous n'oserons pas parler de désir ; encore que ! Ne sommes nous pas dans l'espace de Thanatos, celui imposé par quelques uns ?

S
implissime quand même ; ainsi serait alors venu le temps de l'instrumentalisation, la plus vile mais aussi la plus facile, l'outil est à la portée de tous, le terreau favorable : le fanatisme religieux et la bêtise, je n'oserai dire que la rencontre ne peut-être qu'explosive, elle l'est pourtant, au propre et au figuré, le seul mot d'ordre est : détruire, déconstruire, pas seulement en tuant, massacrant, assassinant mais en créant l'insécurité et la peur, un climat de tension propre à l'affrontement, il suffit d'une étincelle... il suffirait.

Est -ce encore une fo
is aussi simple, qui manipule ? et pourquoi ? Sommes nous assez stupides, suffisamment dans la colère pour penser que c'est le fait de quelques "forcenés" pour reprendre l'expression à la mode. Nulle théorie du complot, pourtant "à qui profite le crime"? Et pourquoi ? La réponse est limpide. Mais pendant ce temps, la machine lancée ne peut plus s'arrêter, elle tue, elle casse, elle ruine, elle mène la société ou le reliquat de société vers le chaos.

La tragéd
ie est projetée sur la scène du gigantesque théâtre, on meurt, on pleure, on marche en blanc avec des brassards et des bougies, on est ceci et cela, on brandit des drapeaux, on voudrait refaire Woodstock "lmagine" un autre monde, où la terre serait peut-être un peu moins ronde ? On condamne, on durcit la loi (ou on en parle plutôt) alors qu'il s'agirait simplement de l'appliquer. On voudrait, mais on n'ose pas. On n'ose pas quoi ? Déplaire ? mais à qui ? Qui est donc ce qui dont ON a peur ?
Avons nous, nous, simples citoyens une once d'explication, un soupçon de ce qui se trame dans l'ombre, de ce qui agit à notre insu ? Nous sommes dans la caverne, dans l'antre de la bête et nous ne voyons que des ombres... Nous imaginons, fantasmons (ne rêvons plus hélas) à l'extérieur... Mais ce dehors, nous n'y avons pas ni n'y aurons jamais accès. ll est pour les initiés dont nous ne sommes pas, nous sommes les victimes collatérales potentielles de ce complot qui se trame et dont nous n'avons ni le mode d'emploi ni la possibilité de tirer les ficelles. Nous payons, au propre et au figuré de notre sueur et de notre sang la folie, la soif de pouvoir d'une poignée de décervelés qui se moquent de l'avenir, du futur... Après eux, le déluge, sûrement, ils l'ont enclenché !

Alors nul besoin de convoquer la psychanalyse (qu'aurait-elle à dire si ce n'est que quelques élucubrations inutiles dont elle sait parfois être si friande) pour tenter de comprendre. Si le psychanalyste peut écouter la souffrance, l'angoisse, la peur que fait ressurgir cette succession de traumatismes, je ne pense pas qu'il ait la clé de l'énigme... Hélas !
Car la peur est une des pires armes de guerre, de par l'insécurité qu'elle génère et son cortège de malaises avant les malheurs qu'elle provoque.

Nous y sommes, nous sommes dans une guerre qui dit son nom mais que nul ne veut entendre, c'est un peu comme cette certitude de la mort, la seule que nous ayons mais que nous dénions. Comment vivre en permanence avec cette idée d'impermanence. On s'échappe, on échappe à cette réalité intenable, les attentats, les assassinats, les meurtres nous ramènent à la réalité, à ce réel auquel on se cogne, qui nous cogne et nous assomme avant de nous tuer !

Vivre est l'ultime solution, vivre debout autant  que nous le pouvons, sans rien lâcher et vraiment espérer. Pourtant, l'espoir fait vivre dit-on ! Ne serait ce pas plutôt la vie qui permet d'espérer ?

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne

jeudi 14 juillet 2016

Glace

Glace

Elle n'aime pas l'été
Elle déteste les beaux jours
Le soleil, la chaleur et la lumière
Lui soulèvent le coeur

Elle n'aime pas l'été

Elle ne peut vivre que dans le froid
Le gel, le vent, la glace et la neige
Le noir, le gris, la nuit
Qui seuls la protègent

Une sorte de royaume des ténèbres
Un pays où règne l'hiver


Elle n'est pas triste, elle n'a pas le coeur sombre
Mais son âme ne s'anime qu'au se
in de ce pays polaire
Elle aime la vie...
La vie seulement en hiver
in "Les nouvelles d'Arsel"

mercredi 6 juillet 2016

Enfant du survivant

Survivant ; je suis un survivant, j'ai en moi au plus profond de moi la trace, la cicatrice, la mémoire du survivant.
C'est
inscrit, gravé, pour toujours...
R
ien à faire !
ll faut v
ivre avec ça, 

Tenter de vivre avec ça.
Car je su
is l'enfant du survivant.


Survivance de l'autre, celui d'avant moi, qui était lui même survivant ; le survivant ; celui dont la vie était, a été en suspend, suspendue à : un fil, à la volonté de l'autre, à la haine de l'autre, à la cruauté de l'autre, à la folie de l'autre. A son bon vouloir, à sa toute puissance, celle de la vie, celle de la mort.

Le surv
ivant.

Celui qui n'en n'a rien dit.
Qu
i n'a rien pu en dire car il n'avait pas les mots qu'il faut, les mots pour le dire, parce que ça ne se raconte pas, mais pourtant ça le hante, tel un fantôme. Ca lui colle à la peau, pire c'est inscrit en lui, c'est gravé dans sa chair, son coeur, son âme. Celui qui malgré lui a transmis. A donné...

A transmis sa peur, ses angoisses, sa colère, son chagrin, sa peine, son désespoir, son non espoir, ses cris, son peu de foi, ses cauchemars, ses craintes, sa peur, sa très grande peur, sa terreur.
Celui qui a aussi transmis l'acharnement, la volonté, la rigueur, la discipline, le dépassement de soi, le désir de vivre, la force, sa foi en la non foi, ses incertitudes nécessaires à la vie. L'essentiel pour vivre.
 

L'Amour...

Cur
ieux héritage, qu'on ne demande pas mais qu'on ne refuse pas non plus. Comment le pourrait-on ? Car cet héritage là est infligé, perfusé tout au long de l'enfance, avant la naissance. Ce traumatisme là précède la vie du nouveau survivant, ce celui qui va porter ça. Curieuses transmission, singulier bagage, mais qui fait ce que je suis ! Qui fait qui on est.
 
Surv
ivant je suis, car je viens des survivants de l'impensé et de l'impensable, survivant car je ne devais pas naitre, car je ne devais pas vivre à ce qu'il parait. Mais !
 
Pourtant je su
is là, et j'ai survécu ! je survivrai, encore ! et toujours !
 
Pourtant je me demande comment transmettre à mon tour et autrement peut-être cet hér
itage, inscrit dans la mémoire et dans chaque gène du survivant enfant, petit enfant du survivant qui ne lui a rien dit, mais qui lui a légué;
Comment lu
i apprendre à vivre ? Mais apprend-on à vivre à l'autre ? Ou l'apprend-il seul, face à lui même ? Face à face à son histoire, face à lui même ? Face à sa solitude ?

Apprendre à vivre et à survivre à cet héritage.

Vivre n'est pas simple, ce qui nous est transmis l'est sans notre accord, au préalable, mais il nous reste quand même une part de volonté, de liberté, celle de choisir, si on veut ou non de cet héritage... Puis que va t-on en faire, qu'on l'accepte ou non. Renoncer n'est pas annuler. N'est pas gommer, n'est pas faire disparaitre... Au contraire. Prendre conscience et admettre, reconnaitre, que C'EST bien là, en soi, avec soi est déjà une première étape... longue, délicate et difficile. Mais elle permet d'aller plus loin et d'avancer sur le chemin de la vie que le survivant doit vivre. C'est comme un devoir, une fidélité familiale, ne pas flancher, une sorte de poids, de fardeau parfois bien lourd à porter. On aimerait le déposer, pour se sentir un peu plus léger.
Mais ?
Qui serait-on alors ?
Abandonner cet héritage et/ou le refuser ne sert à rien ; ne servirait à rien. Ce serait trahir, la mémoire du survivant mais aussi la sienne. Cette histoire qui n'est pas nôtre mais qui le devient malgré nous est un fardeau certes, mais aussi peut-être une chance, c'est selon, selon, son choix, cette part de soi qui reste et qu'on ose prendre ou pas. C'est une partie de son histoire, sans être la sienne toute. Mais nous ne sommes jamais "Toute" nous sommes des parties, des petits "tout" fragments et morceaux, instants et paroles qui nous servent à construire l'édifice fragile de notre vie et de notre être.
A
insi il faut vivre avec, en faire un atout et un allié, ne pas laisser, ne pas permettre aux fantômes de roder, mais les affronter, pour que chacun puisse être à sa place, reprendre la place qui est la sienne. Nous n'avons pas à endosser des vêtements trop grands ou trop ajustés, mal taillés car ils ne sont pas à notre mesure, en revanche on peut en garder l'idée, la forme et la mémoire.
Ne pas oubl
ier, garder en mémoire, n'est pas faire nôtre de ce qui est à l'autre... ll ne l'aurait pas voulu, c'est aussi peut-être pour cette raison, qu"il fut un survivant
Soyons alors d
igne de son héritage.

Br
igitte Dusch, psychanalyste, historienne
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Nota bene

Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.

Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

Vous étes venus