Psychanalye Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

dimanche 15 juillet 2018

Il y a l'amertume


Amertume
Et il y a l'amertume

Il n'est pas aisé de définir ce nom commun, il en existe des synonymes bien sûr, mais suffisent-ils ? traduisent-ils vraiment l'éprouvé ? car seuls l'émotion, la perception, le ressenti nous parlent, nous causent ce sentiment qui cause si fort qu'on ne peut le faire taire.
Qui nous taraude.

L'amertume
Elle arrive comme ça, à pas de loup, sans vraiment prévenir, puis nous enveloppe comme une toile de fond, nous envahit et nous absorbe sans qu'on puisse dire vraiment ce qui arrive, Elle est. Elle est en nous, avec nous. C'est un parfum avec pour note de tête une amère tristesse, auquels se mêlent la déception, le découragement, le chagrin, la peine, l'aigreur, l'humiliation, le dépit, la rancœur, la desespérance, l'anenvie.

Mélancolie amère ; c'est une saveur étrange et singulière qui s'empare de nous et nous colle à la peau. Il faut avoir souffert, connu le chagrin et la douleur, avoir eu mal, très mal en soi, dans sa chair et dans son cœur, avoir eu tout ça, en avoir été imprégnés, et être, être encore debout, malgré tout.  Il faut aussi s'être tant bien que mal rafistolé,  pour en avoir un avant goût.

Il y a toujours néanmoins une ombre présente mais impalpable, fuyante : l'incompréhension, cet étrange sentiment d'injustice,de s'être fait trahir, instrumentalisé, violenté. De ne pas avoir mérité...
Mais mérité quoi ?
Qui mérite de souffrir ? Qui mérite d'être humilié, abandonné, lâché, laissé, rejeté, ou pire oublié ?

C'est un sentiment terrible, un a namour, un dés amour, un non amour. Il y a l'échec de n'avoir pas su, pas pu susciter l'amour, l'admiration, de ne pas exister pour l'autre. Mais quel autre ?
Celui qui justement est la cause ? En est la cause, la cause de ce mal être qui traine et se traine en nous ? L'amertume ? Cette vague qui monte et descend sans toutefois nous emporter, qui laisse ses traces sur le sable, qui se brise sur le rocher coupant et sanglant et nous laisse seul face au désarroi et face à notre souffrance, celle qu'on se crée de toute pièce, qu'on assemble, qu'on bricole et cultive car elle est notre seule raison de vivre, la seule preuve de notre existence au monde.
Nous sommes le débris de la vague, ce "rapporté", laissé, abandonné sur le sable, ce qui reste.
Reliquat, reliquus, reliqua.

Parce que l'amertume c'est ce qui reste, ce qui teste après la souffrance, l'incompréhension de celle ci, l'amer qui est là malgré tout alors même qu'on pense s'en être sorti à moindre frais, sans être trop amoché, mais s'il n'y a plus ce quelque chose qui coince il y a ce quelque chose qui traine, cette langueur inexplicable, ce mal à être à l'autre et au monde, ce découragement acre et amer, cette confusion des sens qui brule les lèvres et le cœur, il y a quelque chose qui consume l'être dans son altérité et sa singularité, un parfum de chrysanthème ensorcelé, l'inespérance d'une quelconque illusion s'il y en avait encore un mince soupçon.
Brume écume, tristesse et saveur amère, goût de fiel sans détour au hasard du chemin de la colère et de la révolte, poison violent et singulier qui s'infiltre et coule dans les veines et devient pesant, mais il est si difficile de s'en défaire, de s'en purger.
Il faut avoir souffert, trop souffert peut-être, il en reste un sentiment indescriptible d'abandon de soi mais de rebellion contre ce même soi et l'autre, une colère contre ce "Je" qui n'a pas su dire non, se battre et s'affirmer, ce "Je" qui s'est laissé défaire, sans avoir combattu jusqu'au bout, mais qui cependant ne veut pas rendre les armes.

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne.
crédit photo @brigittedusch

vendredi 6 juillet 2018

La désespérance.


Il y a le mal, la douleur, la souffrance, le déchirement, le chagrin, la peine, les pleurs
Il y a ces moments où l'on croit que seule la Mort pourra nous délivrer de tout ça, car la vie est devenue un fardeau, un poids qu'on ne peut plus porter.
Il y a le sommeil, qui ne vient pas, qui ne vient plus, qui est absent, qui nous laisse là, seul face à nous même, aux tourmentes et aux angoisses qui ont pris possession de notre être.
Envahis.
Il y a l'agonie, lente, terrible, pesante, lourde.
Désespérance.
Etre ; un être habité par la douleur, par la tragédie,  la solitude et le désarroi, sans nul remède
Il y a le désir, qui s'est fait la malle, car on a trop mal, tellement mal que le désir n'est plus que celui de la Mort, le soulagement final, le terme, la fin, celle qui viendra à bout de tout ça. Enfin.
Ce "ça" : ces mots qui n'existent pas pour le dire, pour le décrire, car c'est l'impensé et l'impensable, l'invivable, la marque du Destin, ce mot dit qui s'acharne à détruire, ruiner l'être, l'essence, le devenir. La douleur qui submerge, la perte. Celle de l'autre, de l'amant, de la maitresse, le l'aimé, de l'enfant, de… Celui ou celle dont on attendait de l'amour, de l'affection, des sentiments, des mots et qui aujourd'hui ne nous donne plus que des maux !
On a beau raisonner ; se dire que l'autre n'est pas responsable, que son abandon et son rejet n'est en rien la cause du mal que "ça" nous fait, mais rien n'y fait !
Nuit sombre, noire, et obscure, sans lune et sans étoile.
Il n'y a plus rien que sa peine, sa douleur, son déchirement.
En attendant sa Mort.
On se voit se consumer, se bouffer de l'intérieur, le cœur est déchiré, rongé, écartelé, puis vient le tour de l'âme, elle s'abîme, se flétrit, se rétrécit. Rien, vide.
"ça' fait mal". La douleur est incidieuse, elle se répand, c'est un cancer, elle s'adapte, à tout, à nos efforts, aux médicaments, elle trouve une parade et s'infiltre. Malgré tout, parfois, une étincelle, bien mince, et n se croit rétabli, on se croit plus fort, on se croit guéri, ou presque, on se dit "ça" va aller… Et puis au hasard d'un moment ! la douleur, le pincememt, on s'écroule, les larmes. On ne peut plus les retenir et on s'effondre n'importe où n'importe comment, plus aucune tenue, retenue, on lâche; on se lâche, on laisse aller, on se laisse aller, on se laisse couler, entrainé par le tourbillon jusqu'au fond du trou, du gouffre, de l'abîme.
Submergé ! Assassiné par les vagues, par ce tsunami ravageur et meurtrier.
On laisse aller, plus d'autre choix, au creux de la vague qui porte, ou pas, qui emporte loin du rivage, nager est devenu impossible, inutile; à quoi bon ? La Mort est peut-être au bout du chemin, issue tant espérée. On ne deviendra pas vieux et c'est déjà "ça" encore lui.
Attente, attendre ? Mais quoi ?
C'est alors qu'on n'attend plus rien, plus personne. Il n'y a rien à attendre.
Comprendre "ça". Enfin ? Peut-être ?
Est-ce "ça" l'inespérance ? Cette façon d'être à la non attente, au non espoir ? Cette façon d'être au monde, pour être à nouveau au monde.
Une autre naissance ? Une autre manière d'être aussi à soi, sans les autres? L'inespérance, ce qui succède à la désespérance ?


Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne.

dimanche 24 juin 2018

Il y a le déni : Verleugnung


Il y a le déni : Verleugnung, mécanisme de défense, une notion théorisée par Freud pour nommer cette non considération d'une partie de la réalité (laquelle ?). Un refus de voir en face, d'accepter des perceptions, dire "ça n'existe pas", ignorer, même si cette réalité est bien vécue et perçue. Le sujet sait, mais se comporte comme de "si rien n'était". Il  n'y a pas, n'a jamais été. "Ca n'est pas"

On déni, de l'autre, de soi, des autres, le déni est un peu partout, pour s'arranger, de ce qui gène, dérange, met mal à l'aise, mal à l'être, le déni historique en est un bon exemple.

Sortons maintenant des définitions, écartons nous de la théorie pour voir et surtout entendre ce qu'il en est.


Aveuglement ? Mensonge ? Envers soi même ?
Et puis il y a le lapsus, le rêve qui renvoie des images, des émotions, des fragments d'une histoire, d'un sentiment, d'une perception ; un goût amer et désagréable qu'on a voulu oublier, nier, ignorer, dénier…. Pour ne pas souffrir, pour ne pas voir, pour ne pas résoudre, pour ne pas affronter. Tout ces petits rien qui renvoient à la surface, au réel, ce morceau de Réel que nous n'avons pas voulu prendre en compte et en charge. 
-"Pourquoi ça revient comme ça, en pleine figure alors que je ne m'y attends pas ? "
-"Pourquoi ces cauchemars ? Ces réveils nocturnes avec ces images ?"

Pourquoi en effet accéder de façon impromptue (mais l'est-elle vraiment ?) à cette réalité ? à cette vérité qui n'a pas été acceptée, qui a été cachée par le sujet lui-même ? cette vérité qu'il savait vraie, réelle, inscrite dans son histoire dans son passé ? Savait-il ou supposait-il que celle ci était masquée par un scénario écrit de toutes pièces pour vivre un réel qui n'aurait pas été supportable pour lui ?
Masque, pantomime, théâtre, cinéma, mascarade, camouflage, travestissement, faux-semblant, déguisement, scotomisation, déni…
Alors voilà que là au détour d'un mot, d'un rêve le sujet accède à ce qu'il s'était caché, comme pour se préserver (ce qu'il se dit aujourd'hui) 
-"Je savais bien au fond de moi que quelque chose clochait, sonnait faux, mais je n'avais pas envie de voir, d'aller plus loin"
Explorer quoi ? Aller à la rencontre de qui ? De la souffrance, alors que la béquille permet d'avancer, cahin-caha mais d'avancer. 
-"Comme une sorte de déni, de fausse croyance, pour me rassurer sans doute, me dire que je ne m'étais pas trompé, me bercer d'illusions"
Illusion : ces doux mensonges qu'on se raconte pour ne pas sombrer, pour vivre dans ne sorte d'apaisement nécessaire, ce consensus frauduleux dont on n'est pas dupe, pas vraiment, mais qui convient. Le conscient sait être diplomate, s'arranger avec le réel, faire sa vérité, faire avec une vérité, la rendre acceptable pour la faire sienne.
-"Je suis souvent déconcerté par la méchanceté, celle de l'autre, je pense sincèrement avoir bien des défauts mais pas celui là, et je me sens complétement démuni."
-"Ce rêve c'est une claque, un retour au réel bienvenue dans le monde des vivants, longtemps je n'ai pas voulu voir, mais au fond je savais que je me racontais des fables et je vivais tranquille, idiote, car tout le monde sauf moi savais la vérité"
S'en suivent parfois la culpabilité, la honte et surtout la colère de s'être laissé berné, floué par soi même, de s'être soi même trompé car la réalité n'était pas supportable, de ne pas aimer ça, de le détester à tel point que ça en devient insupportable. Comment admettre que l'amour de l'autre était feint, défunt aujourd'hui avant même d'être né un jour. Furieux d'être la propre victime de ses propres mensonges, de sa tromperie, de s'être instrumentalisé à tel point ? Reconnaitre n'avoir été qu'un jouet dans le cœur de l'autre, dans ses promesses, ses mots et confidences ? Inventer, se convaincre d'être aimé ? N'est-ce pas une béquille acceptable ? Qui peut vivre sans amour ? Cette quête essentielle à l'existence ? Cela vaut-il d'accepter le mensonge pour vérité ?
Cette quête d'amour n'est-elle pas la faille, le point faible de chaque sujet humain, car c'est cela justement qui fait son humanité ? Pouvons nous vivre autrement ?
A quoi sert alors le déni, simple évitement pour nous rendre un monde plus supportable ?


Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
Crédit photo @brigittedusch

lundi 18 juin 2018

Et si on parlait d'Histoire


Psychanalyse et Histoire.
Sciences Humaines, tout ce qui touche à l'Homme, au sujet m'intéresse, m'interpelle, me passionne. Un regard croisé, essentiel car l'un nourrit l'autre qui l'explique et l'éclaire. Réciprocité et miroir, l'un n'allant pas sans l'autre car l'autre est nécessaire à l'un.

Pour inaugurer cette première rubrique, je vous propose de vous raconter l'histoire à travers des hommes et des femmes, des événements, des mythes, comment ceux ci se sont mis en place et pourquoi. Ces non anonymes mais souvent oubliés ont marqués le temps de leur temps, ils ont laissé des traces sans le vouloir souvent, ils hantent encore des lieux abandonnés ou au contraire ouverts à la Mémoire. Ils n'ont parfois rien publié, mais simplement écrit : des journaux, des billets, des lettres, des mémoires, des notes qui ne nous étaient pas destinées, mais qui néanmoins nous sont parvenus et nous permettent d'en savoir un peu plus. Ces témoignages d'un passé intime et singulier est souvent touchant, ils reposent dans des fonds d'Archives, des liasses de vieux papiers et il nous appartient, nous historien ou simple curieux d'aller au devant de ces richesses.
D'autres avant nous ont fait la démarche, ils ont écrits des livres, construit des mythes, des articles, des histoires parfois, trop souvent même romancées pour le public, comme si ce dernier n'était pas capable d'apprécier la vérité historique, les blancs, ce que nous ne savons pas, car il ne subsiste rien, et l'historien ne peut remplir ce vide, il doit au contraire faire preuve d'humilité.
La psychanalyse, la philosophie, la médecine, toutes ces sciences de l'Homme nous permettent de comprendre, de poser des hypothèses, mais jamais d'affirmer, car que savons nous de l'"intérieur" de ces êtres, de leurs pensées, intimité, sentiments ?
Restons alors modestes et rendons leur hommage sans être dupes du transfert qui s'opère inévitablement.


Je vous donne rendez-vous bientôt pour vous présenter un Grand. Un soldat, un stratège, un curieux jeune homme "le plus grand général de son temps" disait de lui Michelet.
Mais chut, je ne vous en dis pas davantage.
A très bientôt.

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
crédit photos @brigittedusch

dimanche 10 juin 2018

Quel chemin ?

  ll dit :
"Je me suis perdu sur le chemin, sur les chemins… ceux que je prends, ceux que j'ai pris,  un peu comme Ulysse lorsqu'il veut retrouver son ile, mais je n'ai pas d'ile, pas de je, et pas de règle du jeu. Les dés sont pipés dés le départ, je suis né sur le mauvais chemin, peut-être, c'est difficile de prendre le bon après."
Bon, mauvais ? y a t-il un chemin ?
Peut-on s'égarer sur les chemins de traverse, semer des petits cailloux pour retrouver Ithaque ? prendre la mer et revenir au même endroit. Voyage tragique ? Initiatique ?

Quitter et partir dans l'espoir de revenir, d'aller ailleurs : mais où ?
Je me suis perdu sur le chemin, et je ne sais plus où je suis, je me suis égaré quelque part dans l'obscure forêt que j'ai oser traverser, je suis au cœur du labyrinthe sans issue, au large de la mer, aux confins des océans vides et bleus, offert en sacrifice aux dieux et aux éléments déchaines.
No way.

Nulle part, mais de quelle part s'agit-il ? De quelle part de nous partons nous pour aller et venir sans parfois revenir. Le voyage d'Ulysse fut-il beau,? Ou futile traversée contre vents et marée, attaché pour ne pas faiblir et faillir aux chants des Sirènes. Mirages qui promettent, qui répondent à nos rêves les plus fous pour nous faire dérailler et partir vers ces continents obscurs et inconnus.

Découvreur de notre talent, de notre envie, pour rester en vie, s'accrocher à la lumière, ne pas fermer les yeux, ne pas descendre aux Enfers sans être certain d'en revenir ?

Où allons nous ? Que cherchons nous ? Pourquoi prendre ce chemin plutôt qu'un autre ? Sommes nous agis sans pouvoir agir nous mêmes ? Pauvres fous que nous sommes ; pauvres hères condamnés à l'errance,  l'impermanence et la solitude, avec la Mort comme seule certitude. Il faut sans doute avancer; à l'aveugle ou éclairés, par notre âme, notre désir ? Sans faillir ? La route est-elle déjà tracée à l'avance ? Le destin écrit sans espace blanc, sans vide pour y loger un peu d'espoir et de souhaits ? Que reste t-il au sujet ?

Etre perdu sur le chemin n'est en rien tragique, car ce n'est que dans la perte que l'on se trouve, que l'on se retrouve et se découvre. Ne faut-il pas se perdre pour explorer de nouveaux espaces insoupçonnés cachés au plus profond de soi et ne pouvant se révéler que là, sur ce sentier semé d'embûches et parfois de ronces mais aussi d'aubépines et de fruits sauvages ?
Le chemin perdu où l'on se perd, se prend et se déprend, pour mieux se reprendre ; il en faut parfois du temps pour trouver la route, sa route ; celle de l'ici et maintenant sans se soucier d'hier et de demain.

Faut-il alors prendre ce que le Destin nous offre sans pour autant en accepter le Fatum ?

Les chemins de traverse ne sont-ils pas le passage obligé pour accéder à l'Eden, à ce paradis perdu  où sont cachés tous ces secrets de la Connaissance interdite ? A ce fruit défendu que l'Homme par peur s'est interdit pour ne pas être dieu ? La crainte et la peur ; Avoir le Savoir peut être terrifiant car il n'existe alors aucune raison de ne pas prendre le Chemin, car s'il existe, c'est celui de soi, de ce Je caché, de ce Je qui terrifie de ce Je rangé au fond d'un tiroir dont on a jeté la clé.


Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne.

dimanche 27 mai 2018

La peau d'Anna

A l'occasion de sa réédition, c'est avec plaisir que je partage à nouveau cet article, ce coup de coeur, un livre qui m'a particulièrement touchée.

Encore un livre, lu d'une seule traite ou presque celui là...Encore !
Je n'avais pas envie de le lacher ce livre, il me fallait aller jusqu'au bout...

Peau d'Anna, une sorte de "Peau d'Ane moderne", revisitée, une relecture, quelque chose comme ça, mais qui nous emmène sur ce chemin là.
D'ailleurs le conte apparait, en filigrane, puis explicitement tout au long du roman, c'est avec l'histoire de cette "princesse" (qui est aussi le surnom d'Anna enfant) que se construit et ne se construit pas l'histoire de l'héroïne

Encore une quête d'identité, une recherche de soi...
Comme quoi ? Le hasard ? Un livre pris au hasard sur le présentoir de la Bibliothèque... Un roman qui pourtant a à faire avec la psychanalyse.

Une jeune femme retrouve son père, malgré elle, des années après l'avoir quitté, laissé, un père "mort" pour elle, qui pourtant vivait là, à quelques rues, dans la même ville depuis des années, depuis toujours... Une jeune femme qui renoue à travers des lettres, grâce à l'écriture d'un père qui adresse un message, un dernier message, un ultime message...
Un père qu'elle ne voulait plus voir, mais qu'elle revoit malgré elle, malgré son choix, malgré sa décision, malgré son désir.. Mais où se situe vraiment le désir ? Ici ?
Quel est le désir ?
Anna se retrouve plongée au coeur de son histoire, de l'histoire, celle d'une famille, de sa famille.
Une histoire, la sienne, celle qu'on lui a raconté, celle qui doit être sienne, puisque on le lui a dit..
Des souvenirs, d'une histoire qu'elle voudrait enfouir, ne pas se souvenir.
Qu'elle a essayé d'oublier, de ne plus se rappeler, une vie de trous, avec des manques, des souvenirs....
Mais quels souvenirs ?
Les siens, ceux de sa grand-mère, si bonne, si bienveillante, si prévenante pourtant ?
Des impressions, des paroles, Peau d'Ane...Une famille...
Anna se souvient...Anna part à la rencontre d'elle même, alors qu'elle croyait l'avoir fait, déjà, des années plus tôt, pendant des années, sur le divan, dans le cabinet de psy de toutes sortes, qui lui avaient dit, qui avaient interprétés, qui lui avaient fait croire, laissé croire, qui avaient avec elle, malgré elle fabriqué des souvenirs, recollé les pièces d'un puzzle....
Son histoire a elle, qui la rend si malheureuse, si mal dans le monde, si mal en elle, si mal dans sa peau, dans la peau d'Anna !
Un père qui lui écrit, parce que sa mémoire s'en va, ça et là, de temps en temps, puis souvent, encore plus souvent, peut-être pour toujours ? Dans combien de temps. Il semble compter ce temps ce temps dont il dispose pour lui conter, conter son histoire, leur histoire...;

Atteint de ce mal qui prend tout ce qui nous reste, quand on vieillit, qui prend sans jamais rendre, qui laisse quand même des moments où la mémoire vient, revient, une mémoire douloureuse. Alors il veut dire, il veut raconter, il veut témoigner, ultime témoin de cette histoire, de cette rencontre là qui ne s'est pas vraiment terminée, mais qui semble s'être arrêtée interminablement sur "pause". Il voudrait mettre des mots, des mots pour dire avant que la maladie ne gagne..
Avant qu'il ne sache plus.
Avant que plus personne ne sache, quoi que ce soit
Une vérité ? Mais qu'est ce que la vérité ici ?
Encore une fois la vérité.
C'est peut-être la question justement de ce roman : Quelle vérité ? Pour qui ? Pour quoi ?
Combien la vérité est singulière, comment elle s'arrange, se déguise, se travestit, à l'insu parfois du conscient, et peut-être de l'inconscient
Comment elle devient acceptable pour vivre sûrement pas, mais pour survivre peut-être
Chacun en a sa lecture, comme chacun aura sa lecture de ce roman....
Quête de vérité et de soi....Presque identique, la vérité est-elle essentielle pour se trouver se rencontrer ?
Est-elle indispensable pour se libérer ? Se sortir du carcan du mensonge qui nous emprisonne, qui nous empêche finalement de vivre, de respirer, d'être la cause de nos maux?
La vérité qui permet de mettre des mots ?
C'est un peu de tout ça "la Peau d'Anna "
Une enquête qui mène l'héroïne à la rencontre de soi, à la rencontre des mensonges qu'elle croyait vrais, et sur lesquels elle a construit sa vie, une vie si misérable ! une vie de solitude...
Mensonges ? Mais qu'est ce que le mensonge, si ce n'est une autre vérité, un arrangement, un autre agencement des événements, qui peut être entendable, tolérable, mentir c'est ne pas perdre, ne pas mettre en danger, se rassurer, peut-être, laisser ou faire croire d'abord à soi même puis aux autres, leur dire ce qu'ils croient être, pour ne pas les perdre peut-être, ni les décevoir, c'est donner une image de soi...Un faux soi. Mais un soi à donner à voir, à regarder, à plaindre
Cesser de mentir pour aller au delà d'une vérité peut s'avérer parfois périlleux, ne servir peut-être à rien, ne pas être nécessaire, mais où se situe la contingence ? Si toutefois contingence il y a ? Cesser de mentir pour aller à la recherche de soi même, peut-être un acte courageux, ou insensé !
C'est aussi aller jusqu'au bout de soi même, et de son histoire, ce rendez vous là, ici et pas forcément maintenant... Demain peut-être, ou après demain ou jamais..
Est-ce utile ? Essentiel ?
Dans le cas d'Anna, c'est sa peau qui était en jeu, au delà de la métaphore, il s'agissait ici de sauver sa peau...
La peau d'Ane du conte, l'heure pour Anne de faire les comptes, l'heure du conte, qui n'a pas d'heure, mais qui doit se faire... Car c'est une question d'heure. Solder un passé avec lequel on est en compte, peut-être parce qu'on nous en a trop conté, justement, rendre compte pour approcher le conte, et aimer, peut-être sans compter et sans s'en laisser conter encore.....
Etre libre de tout compte, pour ne plus se ressasser le conte, le conte de fée qui est en fait celui d' une sorcière, méchante sorcière et gentille fée, ni tout blanc ni tout noir, ni tout gentil ni tout méchant.
Libre de conter, sans plus compter, de ne plus conter pour enfin aimer, laisser les histoires à l'histoire cesser d'être le personnage, le figurant d'un conte écrit par un narrateur tout puissant qui instrumentalise au gré de sa fantaisie pour donner sens à sa propre existence. Ustensilisant les protagonistes qui viennent servir sa propre histoire, rassurer son égo en souffance.
Solder enfin, une fois pour toute, affronter le passé pour affronter son destin, pour être acteur enfin de sa propre histoire. Construire demain, enfin !

Nathalie Gendreau La Peau d'Anna
Editions Dacres mai 2018.

samedi 26 mai 2018

La perte



Faire l'expérience de la perte, perdre...
Mais quid de la perte et de perdre, perdre un pari, perdre au jeu, perdre l'usage de ses jambes, de la parole, un amour, un être, un ami ; perdre la vie... ?
Perdre quelque chose ou quelqu'un ?
En tous cas, perdre n'est pas gagner, il y a du moins, du manque... de ce qui était et n'est plus
Passé, présent.
Perdre ou renoncer ?
Choisir aussi : car c'est accepter de perdre ce qu'on ne choisira pas, ce qu'on laissera de côté car on ne peut "tout avoir". Renoncer alors volontairement à l'objet, à la situation ; faire un choix, qui parfois n'en n'est pas tout à fait un, mais il faut laisser pour. Donc abandonner. Laisser à la marge.

Est-ce alors une question d'acception, perdre, renoncer, laisser .
Qu'est ce que la perte ?
Mais quelle qu'elle soit, nous devons faire face à la perte, ou lui tourner le dos, ce qui ne revient pas au même. Acceptée ou non, elle est là, présente, absente dans la présence, présente dans l'absence. Qu'on le veuille ou non la perte fait partie de soi, du manque en soi, mais aussi du trop que ce manque finit par créer.
Un trop perçu qui nous laisse en compte avec nous même, une balance non équilibrée, branlante, une faille devenant parfois un gouffre, celui de l'ennui, du chagrin, de la souffrance.
Un manque qui se greffe sur l'être, qui profite de cette faille et de la défaillance, de ce manque de défense car le sujet a quelque peu baissé la garde, laissant aller les larmes et le désespoir tragique de la perte de l'aimé, de l'âme sœur, de l'enfant, de l'impensé impensable.
La perte ? Nous perdons toujours quelque chose, notre temps parfois, il est perdu et ne se retrouve plus, ne se remplace pas, ne se rattrape plus.
Il nous faut perdre pour advenir au langage, accepter cette perte pour ne pas rester au seuil ou même pas pouvoir le franchir, accéder au lien social ou faire semblant, donner l'illusion peut-être un court instant que même si on n'est pas là, on n'y est quand même un peu...
Perdre à tout jamais, la mort ! la pire des pertes ? Mais qu'est-ce que le mort ? La sienne ou celle de l'autre ? Qu'en est-il au juste de cette mort, attendue et redoutée, attendue et espérée ? La fin, la perte finale sans retour et quand il s'agit de soi, ne pas même pouvoir l'éprouver ?
Perdre l'espoir et l'illusion, la mort psychique. Etre emprisonné dans un corps perdu, ne plus exister pour l'autre, la perte de soi ? L'oubli ?
Mais quel oubli ? Celui ci est-il une perte ? Ou bien LA perte ?

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne.
Crédit photo : @brigittedusch
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Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.

Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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