Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

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dimanche 9 août 2020

Un long silence


Un long silence, un temps long, pour aller à la rencontre d'un autre soi. Celui qui n'existait pas, qu'on ne soupçonnait pas jusque là. 

Un temps nécessaire pour parcourir le chemin, s'arrêter, partir, se dire aussi qu'il ne sera plus jamais question de revenir. 
C'est un aller simple que ce voyage là, c'est un aller sans retour. Prendre un billet vers nulle part, sans boussole, juste en se faisant confiance. Car on n'a plus le choix.
On se dit que devant le malheur et la tragédie il faudra faire face, le vivre en est une autre. On se croit armé et on se trompe. Car il ne s'agit pas d'armes, il ne s'agit même pas de guerre, il n'y a pas d'ennemi, rien à perdre, rien à gagner;

Il faut simplement y aller, traverser l'enfer, l'insomnie, la terreur, le désespoir, déverser des torrents de larmes, demander des secours, qui jamais ne viennent et ne viendront jamais

C'est en ça que réside la force : l'Etre seul, l'Etre face à soi, face au malheur, face à la peur, face au vide, et se demander si et quand on va basculer

Etre sur le fil du rasoir, il suffit de se pencher, de se laisser aller, de se laisser glisser... Ou non 
Croire que cette fois, jamais on n'y arrivera, jamais on n'y parviendra.
Choisir.

Pourtant  ! On se dit qu'on a survécu déjà à tant et à tant, qu'on fait partie de la race des Survivants, des presque morts, de ceux qui reviennent toujours, mais juste un peu mais différents. 
Différents, non pas plus forts, pas plus faibles, pas plus meurtris mais différents.

Car nous avons appris.

Il y a des moments où la vie nous oblige a prendre rendez-vous avec l'enfant que nous étions, de le regarder vivre, ses joies, ses peines, les violences et les chagrins. Le regarder avec compassion et l'aimer. Puis il y a des moments où il faut prendre un autre rendez-vous. 

Partir à la rencontre de l'adulte, cet homme, ou cette femme, ce sujet humain qui est aussi en nous mais que nous ne connaissons pas vraiment. Le résilient, le survivant, celui qui va affronter. S'affronter. Se défier, se surprendre, se surpasser.

Il faut comprendre que même si des mains se tendent, c'est une illusion, un mirage, qui retarde notre rendez-vous, notre grand soir ! Nous seul avons la clé, celle qui ouvre la porte de notre Etre

Car nous sommes, nous ne sont que ça : Etre.

JE SUIS

Cela nécessite un long chemin et un très long silence. 

Brigitte Dusch, historienne psychanalyste
Crédit photo @brigittedusch

dimanche 3 février 2019

D'un moi à l'autre


De moi à moi, de moi à toi, de moi à l'autre
Mais quel autre ?
Y a t-il un autre, un autre présent à lui même et présent à moi ? 

Suis-je présent à moi ? Suffisamment pour être présent à l'autre ?
Il dit : " j'ai toujours fait passer l'autre avant moi"
Elle dit : "Je ne dis jamais non à l'autre"
Il et elle disent "Il faut en laisser pour les autres, il faut s'oublier pour les autres, moi, ce n'est pas important, mais l'autre si, c'est important, moi, tant pis, ce n'est pas grave, je laisse ma place, ma part à l'autre, je n'ai pas besoin"
L'autre
Et moi et moi et moi ?
Pourquoi cette abnégation, ce déni de moi, de mon "Je" pour l'autre ?
Qu'attend ce "je" en échange ?
Y a t-il donc un échange ? Une attente ? Et laquelle ?
Le regard de l'autre, la parole de l'autre, les mots de l'autre
Etre aimé de l'autre !
Sûrement un peu de tout ça, au point de s'oublier, de s'absenter de soi, pour l'autre au détriment de son "je"
De son "Etre".
Se fondre dans l'autre, se laisser aller à cette confusion pour exister, en s'extrayant de soi.

L'oubli de soi, l'abandon de soi, s'absenter de soi, un peu, beaucoup, beaucoup trop parfois au point de ne plus savoir qui on est. Au point de ne plus savoir être, être à soi, au monde et à l'existence
Mettre son "je" au ban de soi, dans une parenthèse qui se referme sans un bruit, lentement, insidieusement, sans un mot pour enfermer dans un piège terrible celui qui devenu aveugle a jeté les clés aux oubliettes.
Abnégation, sacrifice. Pourquoi ? Qui décide de ça, comment et pour quelles raisons ? La peur, toujours la peur, notre amie qui devient notre pire ennemie, la peur de soi, la peur d'être, d'être délaissé, abandonné, pas aimé… Par l'autre qu'on imagine vouloir, demander, exiger de soi.
Mais ?
Mais quoi ? Etre sûr, certain de ça ? L'autre exige t-il ? Et si tel est le cas ; mais quand bien même ! Ne pouvons-nous pas décider une fois pour toute que ce mince espace tenu de libre arbitre dont nous disposons peut servir à ça ?
L'autre bien sûr, mais pas aux dépends de soi, car l'autre aimant, bienveillant ne demande rien de tout ça, une telle demande serait une exigence inconvenante, inconvenable, impertinente, inimaginable. Ce ne serait pas une demande d'amour mais une instrumentalisation honteuse.
Ce sacrifice, ce faux amour de l'autre, cette fausse idée qu'il faut faire passer l'autre devant soi, aller au devant de ces désirs, ne rien lui refuser, s'oublier à tel point interpelle tellement !
Etre. Etre à soi ; n'est-ce pas le but de notre vie, sans oublier l'autre en lui laissant seulement une juste place, trouver la mesure, l'équilibre, la juste distance, celle nécessaire pour être avec l'autre, simplement.

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne

Crédit photo @brigittedusch
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Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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