Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

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lundi 9 avril 2018

Λήθη ; L'oubli



Léthé : L’oubli

Pour engloutir mes sanglots apaisés
Rien ne me vaut l'abîme de ta couche ;
L'oubli puissant habite sur ta bouche,
Et le Léthé coule dans tes baisers.

( Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, Le Léthé)

ll y a ce creux, au milieu d’une vague, un vide profond, une absence, un manque.
lnconnu, loin, parti. Oubli.
ll n’est pas question d’interroger la mémoire, elle n’est nullement défaillante. Elle n’est pas. Elle ne peut pas être convoquée ; pas dans cette histoire là, car justement il y a une rupture : Une rupture de l’histoire, dans l’histoire qui se poursuit dans et avec le manque.
L’oubli dont il est question ici frôle la mort, c’est s’en approcher au plus près sans basculer complètement. Pourtant ce n’est pas volontaire, on ne se rend compte de rien. L’oubli tombe comme un couperet sans prévenir et anesthésie sans crier gare. Il y a une part de mystère et de crainte envers ce que nous ne pouvons maitriser, devant l’impuissance à être. Etre soi, être un sujet pensant. Pensant tout ; à tout. Pensant le manque éventuellement possible. Un lâcher prise qui relève du laisser aller, en flottant dans des nébuleuses inconnues. Un laisser aller ? Mais pour aller où ? Où aller dans l’incomplétude de soi ?
De quoi fait-on la terrible expérimentation ? De ce membre abandonné et oublié sur le champ de bataille de sa mémoire.
Quid de cette mise de côté ? De cette demie mise à mort d’une partie de soi, reléguée au fond d’un tiroir dont nous n’avons peut-être jamais eu la clé ?


ll y a l’oubli, Léthé, l’étais ailleurs, mais où ? Pour oublier les temps mauvais en attendant l’été.
Léthé. Tu m’as pris le temps, tu m’as emporté dans un tourbillon, assommé, anesthésié, un coup de dé ?
Destin, destinée, fatum, fatalité. Oublier pour ne pas sombrer complètement.
Mise à côté, en marge, mise sur la touche, mis au ban de la mémoire.
Pour ?
La vérité, le réel se logent-ils dans l’essence de l’oubli ?


Que c’est –il passé dans ce temps coupé, dans ce temps qui n’est pas complet ? Amputé d’une partie de lui-même laissé là gisant sur un rivage noir et inconnu. Aux portes des Enfers ?
Oubli ? Morceau de vie volé ? Kidnappé ? Un rapt, celui de la mémoire, celui des gestes, des émotions, des perceptions ? Un moment de vide oublié. Tout s’écoule lentement dans la tourmente du manque.
Une curieuse sensation car ce vide, ce creux n’existe pas, n’est plus. Il ne reprend vie qu’au réveil.
Brutal et violent ! choc ! retour au réel, à l’exis-tence, à la vie. Tout se remet en marche.
Le vide abyssal s’installe car le temps de l’oubli l’avait rendu imperceptible, le voilà qui cogne et qui interpelle, qui se rappelle.
Le des-oubli.
L’oubli est-il alors le catharsis ?
Le salvateur ?
Celui qui permet à Eros de vaincre Thanatos ?

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
Crédit photo @Brigitte Dusch

lundi 25 janvier 2016

L'espace psychanalytique

Neutre et bienveillant c’est ainsi qu’on et qu’il s’entend. Mais est-ce suffisant ? Clair, précis, est-ce une réponse à défaut d’être la réponse.

Cet espace est ce que l’analysant en fait avec celui qu’il fait du fait de sa présence, le psychanalyste. Lieu où se disent ou non, les mots ou le silence, espace temps aussi, durée séquencée où ces mots peuvent se mettre, s’assembler, se tricoter, se faire, se défaire, se déméler, se coudre, se découdre, se bricoler Raconter, racontez, mais pas seulement...

Tisser, se souvenir, ramener à la mémoire, rêver, pleurer, soupirer, espérer ou pas. lieu singulier sans nul doute, qui ne se ressemble jamais, d’une séance à l’autre, d’un sujet à l’autre, car chaque histoire, chaque être, chaque moment est différent.

Je le dis souvent, il en faut du courage pour arriver à cet espace, pour arriver jusque là, pour témoigner de soi. Et pour l’analyste. Qu’est ce que cet espace là, si singulier que propose l’analyste. Ce temps consacré à l’écoute des mots ou du silence de celui ou celle qui s’adresse à lui ?

L’espace analytique est ce lieu même où se noue la rencontre, qui fait l’analyse. Qui fait que le rendez-vous qu’on se donne avec soi ne soit pas raté. C’est pourquoi ce “travail”, cet engagement là est couteux. Et pas seulement en terme d’argent, mais aussi et surtout en terme de temps, celui que l’analysant se promet à lui même pour se permettre. Ce temps que l’analyste met à sa disposition, ce temps qu’il libère pour cette rencontre singulière, ce rendez-vous. Un temps qui appartient à ce moment, qui n’appartient qu’à lui, un temps réservé à... Pour... Un temps dont va disposer l’analysant pour déposer. Un temps que l’analyste lui réserve à ce dessein. Un temps consacré à... pour. Un temps, pour venir ou pas, dire ou pas... Mais un temps dont il prend la responsabilité.

Et l’argent ? Comme le sexe, le désir,c’est souvent une question tabou, pourtant... on paie ce qu’on doit pour justement ne plus rien devoir et se libérer de la dette. L’analyse c’est aussi cela, l’analyste est un professionnel, une personne dont l’écoute (entre autres) est la fonction, cette écoute, si comme son attention est “flottante” n’en n’est pas moins particulière. C’est d’ailleurs pour cette raison, que le sujet s’adresse à lui et cette adresse ne peut avoir lieu dans la gratuité. Freud recommandait déjà d’aborder cette question avec franchise et il avait raison.* Payer sa séance pour l’analysant le libère de cette dette, il ne doit rien, puisqu’en échange il remet à l’analyste la somme convenue. Ce qui le libère aussi, cela fait partie (tout comme le rythme, la durée, l’horaire des séances) du cadre de l’analyse ou de la thérapie analytique.

L’analyste je l’ai souligné, n’est pas un copain, un ami, un confident à qui le sujet “confie” ses soucis, ses questionnement, il est ce tiers, neutre et bienveillant justement, ce professionnel qui recueille non seulement cette parole, mais en fait quelque chose. ll n’y a pas de relation d’obligé et le thérapeute n’est pas cette entité “toute puissance” cela permet une relation saine, celle que les cognitivistes appellent l’alliance thérapeutique et surtout assure l’ancrage de la thérapie dans le réel. L’argent est aussi, tout comme le temps qu’il s’offre pour son analyse (ou sa thérapie), l’objectivation de la valeur que le sujet lui accorde. Ce prix à payer, ce prix qui lui coûte, qui coûte, et que parfois il évite, il masque sous toutes formes de prétextes, d’excuses, de raisons pour ne pas venir. Pour ne pas être confronté à ce qu’il ne veut pas. Et c’est justement là le point d’ancrage, c’est justement ça, cette résistance qu’il lui faudra surmonter.

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne

 * Freud : “Sur l’engagement du traitement “ 1913

samedi 13 décembre 2014

Psychanalyse has been ?

"Has been, c'est mieux que never been, quand même !"avait coutume de plaisanter un de mes patients...
Has been la psychanalsye ?

Dépassée ; La psychanalyse ?


Je ne sais pas si la psychanalyse est dépassée, c'est à dire comme je l'entends plus "à la mode", car il y a des modes  comme ces "thérapies à deux balles" qui sévissent en promettant monts et merveilles. Comme si on allait guérir en un claquement de doigt. Je ne sais pas si comme "on" le dit elle est dépassée. Mais ce "on" le dit depuis longtemps. Tellement longtemps.

Et la psychanalyse est toujours là, au rendez-vous de ceux qui espèrent connaitre, comprendre, et pour cela acceptent d'aller à la rencontre d'eux mêmes. Qui se donnent ce curieux rendez-vous, ce moment singulier où...
Où.
Où, justement pour marquer le lieu, l'endroit et l'espace où a lieu cette rencontre
Car la psychanalyse n'est pas un concept abstrait, une idée, une vue de l'esprit. Elle est, permet, propose.
Alors ? Elle a toujours fait et continue de faire couler beaucoup d'encre, ceux de ses adorateurs, de ses détracteurs... Des extrêmes souvent les débats qu'elle suscite sont le plus souvent passionnés on aime, on adore, on déteste, on hait aussi ! La psychanalyse n'est pas une science, n'est pas évaluable, n'est pas ci pas cela.
Mais elle est.
Ce sont la plupart du temps les psychanalystes eux mêmes qui la maltraitent, la mettent en péril en se conduisant comme des gourous, maintenant pour certains les analysants fragiles sous emprise , mais ils ne sont pas les seuls hélas. Ce sont ces mêmes qui la rendent ridicule par leur langage abscons, hermétique, fermés qu'ils comprennent eux mêmes à peine. Leurs congrès, séminaires, ressemblent parfois à des meetings politiques, orateurs agités, allumés, haranguant une foule qui attend la bonne parole et se rassemble autour d'un messie providentiel. Buvant, avalant, ingurgitant une bouillie infâme et indigeste, mais une fois encore ils ne sont pas les seuls !
Les meilleurs amis sont parfois les meilleurs ennemis quand on ne sait pas raison garder.
Comme partout, il faut savoir trouver et surtout sauve- garder la juste mesure ; infiniment complexe et compliqué !
La psychanalyse est décriée, elle ne sert à rien, n'est réservé qu'à ceux qui ont les moyens de se l'offrir.
Le verbe est juste, offrir, on s'offre. On se fait ce cadeau, celui de ce parcours. Pourquoi pas ?
Elle est un verbiage, une dentelle verbale, on brode, on tricote et on assemble. On toujours mais qui est ce on ? Qui est cet autre on ? Ce je ? et surtout que veut-il ? Que me veut-il ? Et qu'est ce que mon Je lui veut... A ce on ?
Des questions, des pistes, des images, des représentations, des rêves et des liens, tout ça dans l'ordre, dans le désordre, ça secoue, ça ébranle, ça interpelle ça convoque, ça bouge, ça remue, ça...
Ca prend du temps, aussi, un peu, beaucoup de temps parfois
C'est long à ce qu'"on dit une psychanalyse ? Long... Pas forcément, pas toujours.
Une thérapie n'est pas éclair non plus, même les cognitivistes révisent leur position et parlent de deux ans, nous sommes loin des trois mois promis pour faire de vous un autre homme ou une autre femme sûre d'elle ! Nous ne polémiquerons pas, nous soulignerons, stabiloterons seulement !
Mais il faut que ça aille vite, alors on invente, on bricole des méthodes, des formations tout aussi éclair que le résultat qu'elles sont sensées apporter.
Il faut être sérieux ni la méthode Coué ni celle qui consiste en des mouvements oculaires ni toutes ces autres new-âgeries pour reprendre le terme d'un de mes vieux professeurs n'ont révolutionné la Santé Mentale et ont apaisé les souffrances ! Cela se saurait, malgré la propagande et la publicité douteuses dont ces méthodes s'entourent.
Venez, venez, sans rien faire ou presque vous irez mieux. En TCC, il faut mouiller sa chemise, sortir affronter en live ses pires cauchemars, mettre le nez sur l'araignée ou toutes autres bestioles responsables de la peur, terreur ou de l'effroi ressenti par le sujet, qui à la lumière de cette expérience s'il lui reste un peu d'esprit nommera ses "impressions" car cognitives elles sont aussi actives les thérapies. Vous serez guéris de vos phobies, énurésie, insomnies.
Vous serez guéris !
Qui résisterait à ce chant des Sirènes
Guéris, guérison...  En effet. Guérir et ne plus souffrir
La psychanalyse, elle ne parle pas de guérison, car on ne guérit pas de soi même, nous ne sommes pas une maladie il me semble, mais on peut en souffrir. On peut souffrir de cette maladie, de ces mots non dits, mais mis en maux. Le symptôme ne s'éradique pas, ne se musèle pas, mais s'écoute. La psychanalyse lui offre, lui propose cet espace. Cet espace où il peut être dit, en mots ou silences.
Espace ; Lieu singulier d'une écoute particulière, celle où les maux se mettent en mots, se disent autrement, mais se disent. L'un et l'autre, l'autre et l'un mais n'est pas..
La psychanalyse permet d'Etre ce "eSt" avec un S qui change tout. Qui sépare, ce S séparateur, qui coupe, qui délie et sort le sujet de l'indifférenciation. Il est. Un, unique, singulier. C'est cette singularité là que lui offre la psychanalyse, cette manière d'être qu'elle lui permet. Etre sujet, un peu acteur de sa vie également, au passage ce n'est pas négligeable, au contraire, c'est un bonus, recouvrer cette liberté d'être et de faire, d'agir en tant que Je, sujet Je. Je suis : Moi et pas un autre, Je suis celui que je veux être et pas celui que les autres veulent que je sois. Je suis.
Etre ! Advenir à soi même n'Etre que ça, naitre encore, Re naitre à soi même ?
Alors je ne sais pas si la psychanalyse est dépassée, mais elle permet ce dépassement là, celui du désir, du désir de l'autre pour soi.
Elle permet alors le Désir.

Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste.


mercredi 8 mai 2013

Anne Lise Stern

Elle nous a quitté le 6 mai, date anniversaire de la naissance de Freud
Une des grandes figures de la psychanalyse disparait. Encore ! Elle nous laisse son témoignage, son Savoir-Déporté. Ce "Naître, c'est naître après, c'est-à-dire après Auschwitz."

Je vous invite à suivre ce lien
http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2013/05/07/anne-lise-stern-psychanalyste-du-savoir-deporte_3173011_3382.html

Je vous invite aussi et surtout à lire son livre.

Kaddish

mardi 11 janvier 2011

Tout de suite !

Immédiatement, vite, rapidement....
Confusion souvent avec" ici et maintenant".

Non, ce n'est pas la même chose, bien que l'ici et maintenant, nous en avons parlé à plusieurs reprises soit la plus difficile ascèse que je connaisse.
Mais l'immédiateté c'est bien différent. Un peu comme la rapidité, il faut que ça aille vite, que ce soit rapide, en un simple clic.
Une sorte de satisfaction immédiate, une question qui amène une réponse tout de suite !
Vite. Un peu comme notre société dite de consommation, sans sommation... Tout est disponsible tout de suite, en un simple clic... Encore.
Le bien, l'objet que vous convoitez, dont vous avez envie... Un numéro de carte bleue, un clic et ça y est ! La pulsion est assouvie, jusqu'à la prochaine, qui ne saurait tarder, tout semble tellement simple, on peut se procurer ce qu'on veut, même l'introuvable, depuis chez soi, sept jours sur sept et vingt quatre heures sur vingt quatre...

Même les rencontres, les relations...Humaines peuvent se réaliser et pas seulement dans le virtuel en un simple clic...
Alors la guérison... Pas de surcroit, non,mais comme le reste en un simple clic !
C'est ce que le gens veulent, exigent...Aussi
Ils veulent tout tout de suite, perdre du poids, sans effort c'est mieux.... Dormir,être en forme, optimistes, positifs, beaux, jeunes, ne plus avoir d'angoisses, pardon de stress...

Car pour les thérapies, c'est pareil....
Combien de temps ? Dans combien de temps je serai mieux ? Je serai guéri ? Je n'aurai plus besoin de venir, car vous comprenez je n'ai pas que ça à faire !

On comprends....Ou plutôt non, on ne comprend pas, et heureusement !
Car il est temps de tirer la sonnette d'alarme non ?
Dans combien de temps ? Le thérapeute n'est pas Mme Irma et ne prédit pas l'avenir, ce n'est pas son rôle.... Mais ?
Ce sera difficile ? Le thérapeute s'il n'est pas Mme Irma, connait la réponse, et comme il est honnête par principe dira oui, ce n'est pas simple....
Car engager une thérapie , à fortiori une analyse est loin d'être simple, facile rapide...En un seul clic !
C'est souvent le fruit d'une longue décision, même s'il est des rendez vous chez l'analyste pour faire comme la copine, pour voir, pour faire le point...
Ces" trois petits tours et puis s'en vont" de quelques patients, mal dans leur être et cherchant la voie, leur voix, mais qui ne sont pas encore prêts à affronter, à s'affronter dans le cadre d'un vrai travail...
Travail long et douloureux, mais nous le savons, tous les accouchements ne sont pas si longs, il y en a de rapides...
La thérapie analytique, la psychanalyse exige plus qu'un simple clic, plus que trois ou quatre rendez vous pour faire le point, pour se trouver, pour arriver à l'heure au rendez vous avec soi même
Comme l'ici et maintenant c'est une ascése difficile qui demande, qui exige... Non seulement de l'argent et du temps, mais un réel désir, une volonté de comprendre, d'aller au dela, non pour tuer, éradiquer le symptome, ce qui géne, l'angoisse, la peur, la phobie, la répétition, mais pour comprendre pourquoi çà fait mal et ça fait mal là justement..
C'est prendre du temps, c'est se donner le temps, c'est s'offrir ce temps, parce qu'on le vaut bien pour aller mieux.. En allant parfois plus mal, parce que les souvenirs enfouis et enfuis remontent à la surface et tel un tsunami balaient nos fragiles édifices.
C'est parce que les béquilles, les échaffaudages mis en place depuis tant d'années pour empêcher cet édifice de s'écrouler sont trop fragiles et que le corps et l'âme sont menacés d'éboulement.. Tout s'écroule, et pour éviter qu'il ne soit trop tard, éviter le champ de ruines on se dirige vers le cabinet de l'analyste.
On se donne rendez vous là bas...Avec cet autre, ce tiers qui va accompagner cette quête...
Alors non, pas un simple clic ! Ceux qui vous diront le contraire vous mentent, ou se mentent, ou les deux.

Bien sûr il existe des thérapies brèves, mais pas si brèves que ça ! Formée aux TCC je sais par expérience que certaines recettes fonctionnent plutôt bien à brèves échéances, qu'elles sont dans des cas très précis d'un grand secours, mais ne nous leurrons pas... apprentissage, désapprentissage, conditionnement... Mais nous ne sommes pas des animaux savants, le propre de l'homme est de penser, de comprendre, de se questionner, d'élaborer... Ce que les TCC ne permettent pas, au contraire... ! Cela n'importe pas, du passé elles font table rase...

Une thérapie, une analyse est une chose sérieuse, pas une mode, pas une lubie. Entreprendre une psychanalyse c'est se donner les moyens d'aller à la rencontre de soi et c'est accepter qu'il faudra du temps, beaucoup peut-être !
Alors il faut faire fi de l'immédiateté, de la solution toute faite, d'une posologie qui guérit instantanément, d'une pilule miraculeuse qui donne l'illusion que nous sommes beaux, intelligents, positifs et heureux et im parfaits (il faut être quand même réalistes, et les marchands de bonheur se doivent de l'être un peu s'il veulent quand même vendre un peu leur soupe)
Il est essentiel de prendre le temps pour comprendre le temps passé et aborder plus serenement le temps à venir. Ce n'est pas facile, de faire, de s'offrir cette pause, de se sentir décalé et différent de ceux qui nous entourent, qui pour vivre ou pour se le faire croire, n'ont plus un seul moment à eux....
C'est vrai, la psychanalyse ne prévoit pas l'avenir, ne promet pas de miracles quant à celui ci, mais au moins elle a le mérite de permettre à celui qui s'y engage d'entrevoir cet avenir autrement, en étant acteur de son lendemain. Et ce n'est pas rien !

samedi 2 août 2008

sympathie

Au cours de mes études, durant les séminaires où d'éminents professeurs, spécialistes de telles ou telles thérapies ou spécialités nous transmettaient leur savoir, leur expérience....Un conseil revenait souvent afin de mener à bien le travail thérapeutique, presque une injonction :
"Trouver (ez) le patient sympathique"

Cette petite phrase est la clé de l'alliance thérapeutique chère aux cognitivistes !

Trouvez le patient sympathique ! La belle affaire ! A faire ? Ou à ne pas faire ?
Et comment faire ?
Trouver...é....ez...Trouvons nous le patient ? Ou celui ci nous trouve t-il ? Où le trouve t-on ? Où nous trouve t-il ?
Trouve t-on ? Se trouve t-on ?
Qui choisit qui ?
Et pourquoi ?
Le patient doit il aussi trouver le thérapeute sympatique ?
Celui ci doit -il nécessairement être sympathique ?
la sympathie est-elle essentiellement nécessaire à la relation d'aide ? A la mise en place de cette relation ? D'une relation thérapeutique ?

Est elle au centre, au coeur même de la thérapie ?
Je ne dirai pas de la cure....Car ici, elle n'a pas à faire. Elle n'a surtout rien à faire !

Restons donc à la relation simple, à la relation thérapeutique, celle qui met en présence deux personnes, l'une s'adressant à l'autre pour mettre du sens, faire des liens, comprendre ce qui lui arrive à un moment donné...
Parfois ce n'est pas aussi simple, l'un ne s'adresse pas vraiment à l'autre...Un autre autre lui demande, lui conseille, lui ordonne de rencontrer un thérapeute, pour "mettre de l'ordre dans sa vie" (sic)
Un autre autre, qui ne comprend rien, ou pas grand chose à ce qui se passe, et demande au thérapeute de rencontrer la personne qui le laisse perplexe... Qui lui semble avoir besoin, d'être aidée, accompagnée, épaulée, conseillée.. Bref, qui ne peut s'en sortir seule, selon lui !

Drôles de rencontres que celles ci, pas vraiment programmées, encore moins désirées, pas sollicitées... Pas de désir du sujet...
Pas de désir, vraiment... Quid de ce désir là ? Et de quel désir peut-il s'agir, agir ?
Du désir ?

"Il faut, ce serait bien, il me semble que, il faudrait que vous passiez, que vous voyez..." Autant de petits mots, laissés, au hasard d'une réunion de service, d'un staff médical, sur le répondeur du téléphone, avec un nom d'un patient, un numéro de chambre....
A voir donc ! Voir ? Comme s'il y avait à voir, ou avoir, là où il n'y a peut-être simplement qu'à entendre..
Mais il s'agit là d'un autre propos.
A voir...Ce qu'il y a à voir, sans se faire avoir, sans avoir.
Avoir d'envie, de désir, à voir, pour que le patient soit vu !
A voir pourquoi ? Mais c'est à vous de voir !
Rares sont en milieu hospitalier les patients qui demandent à être vus ! Qui demandent à voir... Qui demandent à entendre d'être un peu entendus...

Et la sympathie là dedans ?
Doit-on "trouver le patient sympathique" pour le voir, surtout continuer à le voir, et mettre en place une relation thérapeutique ?
Et si on ne trouve pas le patient sympathique ?
Si ce patient, le thérapeute ne le trouve pas sympathique ? Peut-il alors simplement ne pas le voir ?
Bonne et interressante question, en effet, qui se pose ou ne se pose pas....

Sympathique...Le Robert parle de "relation entre des personnes qui ayant des affinités se conviennent, se plaisent spontanément.."

Tout serait alors question de sympathie...Pour pouvoir être vu, entendu...
Il y a de nombreuses années, je reçois en urgence un homme qui après les salutations d'usage, me déclare sortir tout juste de prison, puis de décrire la longue liste des ses méfaits et délits et conclure "je comprendrai que vous me mettiez dehors... car je ne dois pas vous paraitre bien sympathique"
La question ne s'était pas posée.... Elle n'avait rien à faire là. De sympathie il n'était pas question, mais de sa souffrance oui..... De demande : oui, d'appel : oui, de besoin de mettre des mots : oui, de mettre en mots..
Celle ci ne serait-elle alors que l'apanage des personnes sympathiques, du moins que le thérapeute trouverait sympathique...?
Alors quid de ces '"agresseurs" qui au demeurant présentent un passé lourd, condamnable, répréhensibles aux yeux de la loi ?
De la loi, justement, de la loi des hommes, d'une loi faite pour ceux qui enfreignent les codes et les règles, et qui paient pour cela...
C'est la régle ! La transgresser entraine des sanctions.
C'est la règle du jeu.... Il n'y a rien à dire, rien à commenter, rien à faire....
De sympathie, il n'est question.
Mais quid alors de la relation thérapeutique qui est sollicitée ?
Il ne s'agit en aucun cas d'excuser les faits, de trouver des excuses, d'arguer une enfance malheureuse, une succession de traumatismes pour expliquer et excuser un crime, des violences, un viol ou autre délits...
Là n'est pas le rôle du thérapeute, même si l'histoire douloureuse du sujet permet parfois de comprendre que les actes posés ont pu l'être justement à cause de ce passé terrible, mais cela n'explique pas tout....
Mais la sympathie a t-elle à faire ici ? Et si justement elle n'est pas au rendez-vous ? Comment peut se faire le travail thérapeutique avec ces "patients là" ? Agresseurs et condamnés par la loi de la société. Par la loi des hommes....Injonction de soins, qui laisse penser que peut-être il pourrait y avoir une amélioration, au mieux, une prise de conscience des actes posés..Une forme aussi de mise en mots, une mise en mots des actes pulsés avant d'être pensés, ou fort longuement pensés avant d'être actés. Une possibilité, l'ultime possibilité, comme si le possible était encore possible, possiblement pensable pour être possiblement possible.
Quid de la sympathie ? Ici ?

Trouver le patient sympathique, ou antipathique, c'est dejà ne plus être neutre, c'est déjà, aborder la relation thérapeutique avec "un a priori" celui de la sympathie ou non..
Ce n'est plus être dans la neutralité nécessaire, ce recul, cette sorte de détachement qui permet justement la relation autre que celle de la simple relation de voisinage, familiale, amicale..Où dans ce cas, la sympathie semble de mise, peut -être, est parfois sollicitée, est parfois nécessaire.

La relation thérapeutique faut-il le souligner et le rappeler encore n'a rien à voir avec l'amitié, la cordialité et als. Non ! En aucun cas.
Dans cette relation duelle qui met en présence un sujet et un thérapeute, s' introduit une notion essentielle : l'argent. Le moyen de paiement qui vient justement mettre un terme à l'embryon d'une pensée qui pourrait être : "je lui dois tant, je lui dois quelque chose..Il me doit, il m'est redevable de"
Le sujet, patient, analysant ne doit rien au thérapeute, si ce n'est que la somme prévue et convenue au départ. Somme qui règle la transaction. Régle et réglement.
Personne ne se sent et ne doit se sentir redevable de qui que se soit, de quoi que ce soit.
En contrepartie d'un espace temps, réservé et consacré à cette relation, à la rencontre dans un espace convenu et prévu pour ce faire, une somme d'argent est donnée par le sujet, qui rend ainsi les deux parties quittes....Il ne s'agit ni de don, ni de cadeau.
La relation thérapeutique ne s'effectue aucunement dans le cadre du bénévolat, de la gentillesse ou autre, elle s'effectue et ne peut se faire que dans un cadre préalablement établi, celui de la thérapie justement.
Un cadre qui se veut et qui se doit professionnel.
Etre thérapeute n'est pas une vocation, un art, une passion, un désir comme ça, même s'il y a de tout cela. Etre thérapeute, est un métier. Un métier avec son éthique, ses règles, qui doivent être posées clairement pour être efficace...
Donc la sympathie ?
Fait-elle partie de ce cadre ?
A t-elle à faire ici ?
Il me semble qu'il n'est pas question de sympathie en thérapie, ce mot ici n'a pour moi, pas vraiment de sens...Peut-être même pas de sens du tout.
La relation établie va bien au delà de ce simple mot.
L'analyse met en relation, en communication les inconscients, la thérapie aussi dans la plupart des cas, peut-être de manière différente, mais pour que la relation thérapeutique à proprement parler puisse vraiment se mettre en place, il faut dépasser ce simple cadre, de sympathie ou d'antipathie, qui ne peut avoir cours ici, dans ce cas précis.
Alors peut-être pour les cognitivistes, qui n'ont pas la même définition de l'inconscient, qui arguent qu'il faut être deux pour qu'il y ait véritable travail, que le thérapeute doit "donner" de sa personne.... Mais lors de l'analyse, alors ? Il ne se passe rien, l'analysant et l'analyste ne sont-ils pas deux ? Ne donne t-il pas chacun, l'un à l'autre ? L'un de l'autre.
Est-ce une méconnaissance du fonctionnement de la cure ou simplement de la thérapie analytique ? Les cognitivistes parlent de l'alliance thérapeutique, arguant aussi que chacun est expert, le sujet de sa souffrance, le thérapeute de sa méthode, que chacun est sur le même pied d'égalité...Qu'il n'y a pas de supposé savoir.
Je n'entrerai pas dans cette querelle, que je pense stérile, qui ne contribue en rien à l'approche de la souffrance de celui qui demande une thérapie, ni de l'aider à y mettre du sens, à défaut de l'en soulager, mais c'est cette notion de "besoin de trouver le sujet sympathique", qui me heurte, me dérange, me questionne et m'interpelle à ce point...

Le débat reste entièrement ouvert.

mercredi 28 mai 2008

Non espoir

J'ai mis beaucoup de temps, des années, beaucoup d'années avant de comprendre que le contraire d'espoir n'était pas nécessairement le désespoir.

Pas forcément.
Que ce préfixe privatif, n'enlevait rien, mais changeait le sens de ce mot, lui donnait une signification différente
Etre désespéré ne signifie pas ne pas avoir d'espoir. On peut être désespéré et avoir de l'espoir, perdre espoir, sans être désespéré...

Ce n'est pas facile à comprendre, à admettre, à mettre en sens.
Ce n'est pas si simple, pas aussi simple, d'en comprendre, d'en saisir les subtiles nuances... Subtilités infinies et infimes du langage qui font du signifiant nul signifié ou qui affuble le contenant de nul contenu !

Le non espoir, c'est une sorte de no man's land, une sorte de terra incognita, un territoire désert, inculte peut-être, où on ne se risque pas, ou pas trop, où l'on se retrouve parfois plongé sans trop savoir pourquoi. Ni comment
No comment !
Le non espoir est une vue de l'esprit, une représentation temporo spatiale virtuelle, profonde et intime dans laquelle notre moi, peut se perdre. Se perdre sans s'y retrouver, sans se retrouver, s'il a perdu le lien. Cette sorte de fil d'Ariane, qui lui indique l'issue du labyrinte. L'issue, une des issues, un des possibles, mais sûrement pas le seul !
Peut-on se perdre dans le labyrinte ? Peut-on s'y retrouver ? Et trouver l'issue est-il l'unique solution ?
Qui sait ? Et qui peut savoir ? Et qui veut savoir ?

Le non espoir ? Comment pourrait-on tenter un essai de définition, un essai de savoir, un essai de représentation ?
Comment mettre du sens ? Comment mettre en sens, ce concept sans dessus dessous, sans aucun sens peut-être, mais pas à sens unique...

Le non espoir... Ma première rencontre, du moins celle qui m'a interpellée, car des rencontres il y en a à chaque instant, seulement on ne les vit pas, on ne les voit pas comme telles, on n'en tire pas toujours la substantifique moëlle... ma première rencontre avec lui le fut lors d'un entretien avec un patient ! Encore et encore ! Oui, mais ils m'ont tant enseigné, ils m'ont tant apporté, ils m'ont tant donné !

Rencontre triangulaire ! Le tiers n'est pas toujours celui que l'on croit, et dans cette histoire, nous le fîmes et le firent chacun notre tour, à des moments différents, parfois en même temps. Mais ce tiers était là, toujours au milieu d'une relation qui se veut duelle, d'une thérapie qui ne met en scène que deux sujets..
En plus du transfert, il était là, comme une ombre, pas un fantôme, ni bienveillant, ni malveillant.. Mais là, présent, collant...Ce genre de présence qu'on sent, qu'on ressent... Le non espoir !

Ce patient malade attendait la mort, comme si on peut attendre la mort ?
Il me plait de croire que c'est elle qui nous attend, que nous la faisons attendre... Parfois..

Nous l'attendons tous, sans trop savoir quand elle viendra nous surprendre. Drôle de rendez vous que celui là, où l'autre n'est jamais à l'heure, du moins à l'heure qu'on voudrait.. Souvent trop tôt, des fois trop tard !

Mourant, il n'était pas, mais mortellement atteint. S'il le savait ? Ce jour là, je n'en sais rien, moi je ne le savais pas. Je le vis donc ainsi, sans savoir, sauf qu'il n 'allait pas ! qu'il n'allait pas bien dans son corps, mais dans sa tête aussi, c'est pour cela qu'on me demandait de le voir
Et je le vis donc ! Et nous fimes plus que de nous voir !
Il me demanda immédiatement "si j'avais du temps" comme si lui n'en n'avait pas, ou que le sien était compté. Le nôtre, nous ne le savons pas, est aussi compté...
Il me parla de lui, de sa vie, puis de sa maladie. Me questionna... Voulais savoir, ou ne voulait pas. Faisait les demandes et les réponses, s'inquiétait et se rassurait.. Pour finalement conclure. "Je ne peux pas mourir je n'ai pas fini, j'ai plein de choses encore à faire... Vous comprenez "
Si je comprenais ? Bien sûr que je comprenais, nous avons tous plein de choses à faire, et pas forcément envie de mourir, du moins en ce moment M, peut être avions nous envie hier, tout à l'heure, ou demain, mais pas forcément à l'instant.

Ce n'est qu'après, après être sortie de sa chambre, où je venais de passer presque une heure et demi, où j'avais entendu cet homme se raconter, se livrer, se dire ses espoirs, son espoir, son espoir de vie, de vivre, de continuer... Que je reçus le diagnostic et le pronostic en pleine figure.

"Trois mois"...

Je ne sais ce qui se brisa chez moi, à ce moment là ? L'espoir ?

Je ne sais ce que je ressentis au plus profond de moi ? Le désespoir ?

J'avais envie de pleurer, les larmes montaient et je les sentais au bord de mes yeux.... Même si depuis des années, je voyais, j'accompagnais les gens vers leur ultime destination.
J'étais bouleversée, je le suis à chaque fois, le serai toujours depuis toutes ces années, nous le sommes tous, intérieurement, intimement, même si le soignant, le médecin ne le montre pas, le cache au plus profond de lui, il l'est. Et c'est humain de l'être ! Et c'est bon de l'être !

Cet homme venait de me dire son espoir, son espérance, mais son espoir de vivre, de vie. Son espoir de guérir...De continuer, de faire, de vivre encore des choses, d'aimer, de travailler...
Et deux mots, deux simples mots, annulaient, brisaient, an-hilaient ce désir, cette pulsion de vie.. Cet espoir ...

Non espoir. . Il n'y a rien à attendre..
Pas de happy end, de fin hollywoodienne, de guimauve sucrée, où le miracle se produit. Pas de docteur House pour démontrer à ses assistants qu'ils se sont lamentablement plantés dans le diagnostic..Et que forcément il y a autre chose et que ça va aller mieux..

Nous sommes dans un des meilleurs services du meilleur hopital européen, voir mondial, pas dans une série télé, à l'eau de rose ! Pas de beau gosse en blouse blanche et l'air ténébreux pour trouver une solution, un remède ou une intervention miracle.

What else ?

Pas de deus ex machina !

Nothing at all...
Alles ist nicht geht !

Mon patient allait mourir.... il faudrait le lui dire.
Mais avant de mourir, il devra souffrir, de sa maladie, des traitements de cette maladie, qui ne le guériront pas, ne le prolongeront pas..
Il se verra mourir, lentement, pire verra la vie quitter son corps, sentira la mort s'en saisir, verra son corps mourir
Alors espèrer quoi ?
L'espoir ici ne serait pas décent... Indécent peut-être pas ? Mais pas décent.

Espoir ? Mais en quoi ? En quoi et en qui faudrait-il espérer
L'espoir alors c'est pour qui ?
On se trompe à ce point quand on dit qu'il faut espèrer, que c'est le moteur de la vie, de la pensée, que l'espoir est essentiel, fondamental...
Là il est en effet essentiel... Le non espoir !

Alors l'espoir c'est pour les riches, les riches de la santé, quelle richesse que celle ci, elle vaut des millions de dollars ! Plus même ! Elle n'a pas de prix !
Ou bien faut-il interpréter autrement, postuler qu'espèrer serait la richesse du pauvre, la richesse du nul ? Du simple d'esprit... De celui qui n'a pas, qui n'a jamais vraiment eu...mais qui espère avoir, un jour peut-être ?
Qui gratte une grille de bingo, et joue au loto.... pas au tiercé, trop rationnel. Pas au poker non plus, il faut de l'art et de la chance..

Mais le loto, le jeux de hasard rendrait alors justice, celle d'une autre répartition, d'une autre solidarité, celle du hasard ? Bien heureux hasard qui reconnait ses enfants ?
Espoir à l'eau de rose, ou à l'eau de Selz ?
Gout sucré ou salé... Boire la coupe jusqu'à la lie, la lie de l'espoir, au gout amer, au gout sucré et mensonger de ceux qui croient encore qu'en l'homme il y a du bon, qu'en chaque chose il y a du positif, de l'espoir, et qui s'accrochent, qui tiennent bon pour ne pas renoncer..
Qui se retrouvent suspendus.. à l'espoir ? Au bon vouloir de l'espoir ?

Sinon à quoi bon vivre ? Mais est-il bon de vivre ? Fait-il bon de vivre ? Fait-il bon vivre ?
Une vie sans espoir peut-elle être vécue ?
On ne peut pas espèrer ne pas mourir. L'idée de la mort si elle est toxique est néanmoins la seule vérité, le seul espoir de l'homme, le seul qui se réalisera. Le non espoir est de ne pas savoir quand. Et encore ?
La mort empoisonne notre quotidien, il faut vivre avec ça, pas d'autre posologie, la vie n'est qu'un soin palliatif. Soyons sérieux une fois, vivre ne guérit pas de mourir, au contraire vivre nous rapproche chaque jour un peu plus de l'issue fatale !
Nous y allons allègrement chaque jour, sans y penser vraiment. Inconscients que nous sommes !

Non espèrer n'est pas non plus renoncer. C'est peut être admettre qu'il n'y a pas de lendemain qui chantent mieux qu'hier ou aujourd'hui.
Non espèrer c'est peut-être tout simplement vivre. Vivre ici et maintenant, l'heure et le moment présenst. Comme a fait ce patient, comme nous avons fait ensemble. Comme nous avons pu faire de ces moments, des moments uniques conjugués seulement au présent, même s'ils parlaient du passé et de l'avenir.
Ce présent constitué par le non espoir a permis d'envisager le passé sans le réécrire forcément, et d'envisager l'avenir comme une possibilité d'après. Mais d'après quoi ?

D'envisager sereinement autant que ce fut possible ce présent là pour penser un avenir improbable, mais du moins d'y mettre de l'ordre. Mettre en ordre, ranger ses affaires, ses papiers, sa vie avant de partir. Pour où, on n'en sait rien. Et sans espoir de retour, du moins dans cet ici et maintenant là.
Apprendre à vivre au jour le jour, en préparant son départ, en mettant en scéne sa sortie et ses adieux. Chaque jour étant comme un rappel du public, un de ces bravos, où on vous demande de chanter encore une chanson, de danser une dernière danse, sans vraiment savoir, si elle sera la dernière...
Mais les fausses sorties finissent par lasser, le meilleur acteur, et le meilleur public.
Parfois on se dit qu'il faut enfin une fois pour toute en finir, et en finir pour de bon !
Pas de réssucitation... On ne succite pas ça ! On n'y croit d'ailleurs pas, même dans les contes de fées ça n'existe pas...
Dans de mauvaises séries, peut-être qui continuent à alimenter certaines croyances ?

Partir pour toujours, doucement, sur la pointe des pieds, dans la souffrance de tout laisser, mais surtout dans la douleur, et dans le non espoir de rencontrer ou de trouver quelque chose derrière, de l'autre côté de la vie, de l'autre côté du mur.
Espèrer qu'il y aurait autre chose ?
Quel fou peut espèrer cela ?

Partir et réaliser qu'on aurait pu mieux faire peut-être, avec les autres, avec soi même. Mais que nul espoir de mettre à jour, de mettre au propre ce qu'on considére comme un brouillon
C'était pour de vrai !
Je n'en n'espèrais pas tant... A vrai dire je n'espèrais rien....

Mais cette rencontre, du non espoir a été pour moi, une de mes plus belles rencontres..
Ne plus rien espèrer, ne rien espèrer est peut-être la seule véritable liberté. Celle qui fait que nous ne sommes plus attachés pieds et poings liés à une réalité....

Le non espoir, comme une sorte de lacher prise, de prise de conscience, sur la non prise, la non violence qu'on se fait à soi même. L'abandon de soi. La seule confiance qu'on peut mettre en soi...
L'espoir ne fait pas vivre alors, il empêche de vivre, en limitant les possibilités, les rencontres, les potentialités.. L'espoir limite, encadre et enferme toute forme de vie...
Il nous rend sourd, aveugle et nous maintient dans nos peurs, nos craintes ?
Privé de sens, il nous prive de nos sens à ce point ?
Le non espoir libérateur, sauveur.... ? Qui nous enseigne alors que tout est possible ?


A Jean, que je n'oublie pas, que je n'oublierai pas, qui m'a tant appris, tant donné, avec qui j'ai fait un petit bout de chemin, qui m'a offert de partager le dernier bout de son chemin. A notre rencontre, à nos larmes, à nos rires, à ce que nous avons construit pendant ce temps, cette inter mède entre la vie et la mort. Un rendez vous qui n'a pas été manqué. Une belle ré -création. Merci

lundi 5 mai 2008

Les noeuds de l'enfance..

"Aujourd'hui que vous étes psychanalyste, vous avez forcément dénoué tous les noeuds de votre enfance" m'écrit une jeune analysante, particulièrement aux prises avec ceux de son enfance à elle !
Les noeuds de l'enfance ? Les dénouer ? Tous ? Forcément ?


Tous les noeuds ?
Dénouer tous les noeuds ?
Forcément ?
Ce forcément durassien... Forcément !

Sûrement certains et heureusement ! Suis je tentée de répondre... Mais tous ?
Car il n'y a pas de noeud unique, forcément !
Il y en a plusieurs....

Les noeuds de l'enfance ? Noués lors de l'enfance,
C'est sûrement eux qui ont fait que je sois devenue psychanalyste, et thérapeute...Oui, sûrement.
Ce sont eux qui ont fait que je me suis posée toutes ces questions, enfant déjà. Que je voulais comprendre. Ce qui n'allait pas, mais ce qui allait aussi.
Que j'ai cherché à avoir des réponses, que je me suis engagée sur ce long chemin, dans ce difficile parcours. Que les réponses amenaient encore des questions, que ces mêmes réponses dénouaient mais renouaient encore....

Que j'ai cherché encore et toujours.
Sans regret, avec douleur parfois, avec bonheur souvent.

C'est sûrement eux qui ont fait la femme que je suis aujourd'hui...

La souffrance, celle de l'enfance, mais aussi celle qui suit celle ci, la souffrance tout court cette fois, est souvent déterminante pour comprendre. Mais elle n'est pas la seule et heureusement. C'est la vie, la vie tout court, qui est faite de bonheur, de joie, de souffrance, de chagrin, de joie encore et de bonheur.... Un éternel recommencement, le chemin de la vie, faite et ponctuée d'événements heureux et/ou malheureux, mais que nous affrontons plus ou moins bien, cela dépend. Mais que nous essayons d'affronter, de dépasser, de digérer, pour être plus fort, pour vivre au quotidien tout simplement, du mieux que l'on peut, avec soi, mais aussi avec les autres. Si l'on peut. Comme on peut !


Alors on se fait le pari : Se comprendre d'abord. Du moins essayer de tenter
Puis peut-être, après le désir de comprendre les autres.
Mais se comprendre avant, étape essentielle, fondamentale, essentiellement nécessaire avant de s'engager dans le difficile parcours d'aller à la rencontre de l'autre.
Se rencontrer, ne pas manquer son rendez vous avec soi, pour éventuellement accepter un rendez vous avec l'autre...

Se comprendre pour s'aider...
Se comprendre pour aider...
Comprendre les autres pour les aider ?
Le mot aide ne convient pas ici. Il est presque de trop, incongru.
Bien que parfois, il faut porter, tenir à bout de bras la souffrance de l'autre, pour lui permettre de tenir debout, du moins pas trop courbé, affligé par le chagrin, la peine...
Porter ! Soutenir ! Su porter !

Alors, comprendre, dénouer, délier, pour accompagner, écouter... ?
Offrir un espace de parole, un espace d'écoute, un espace à celui qui s'engage sur ce long chemin ?

Pour en revenir aux noeuds de l'enfance, on peut se demander comment ces noeuds adviennent
Pourquoi un noeud ? Des noeuds ?

Qu'est ce qui se noue ? Qui noue ? Et pour quoi ? Pour qui ? Comment ?
Pourquoi ensuite dénouer ? Pour soi ?

Sommes nous alors "un sac de noeuds" ? Sublime et pittoresque métaphore
Mais dans ce cas précis, il y a le sac, celui qui contient le noeud, les noeuds,
Et dans quel état se trouve ce sac ne contenant que des noeuds

Je m'attarde volontairement juste un peu sur le noeud, sa représentation, la représentation que j'en ai. Elle est paradoxale, d'une part le joli noeud qui orne les nattes de la petite fille (oui, la natte, la tresse, on tisse ? on lie on noue ? les cheveux, la chevelure, les méches que l'on retient par ce joli petit bout de chiffon qui deviendra le noeud, ces méches rebelles, folles qu'on prive de liberté, de mouvement naturel, pur les discipliner sagement et transformer la sauvageonne en petite fille modèle)
Et le noeud qui ferme, qui empéche que ça ne s'échappe, qui obstrue, qui relie les liens...
les liens ?
Le noeud qui ferme le sac

Et puis il y a ce noeud au fond de la gorge, qui empêche les mots de sortir, de s'échapper, de se dire, de se laisser aller, de laisser les mots de courir en toute liberté...
J'ai la gorge nouée, les sanglots ne peuvent même pas éclater !
Le noeud qui empêche les aliments de passer
Ce qui reste à travers la gorge, ceux qui restent...
Celui qui tord l'estomac, les intestins...
Le corps est noué, les muscles, les nerfs...
Tout est dur! tendu ! prêt à se défendre

En position de combat
Mais pour affronter qui ?
Pour affronter quoi ?
Les fantômes et les squelettes enfouis dans les placards, au fond des oubliettes, des caches secrétes, de la crypte souterraine ?

Déterrés le morts! ou plutôt les pseudo morts, ceux ou ce qu'on ne peut tuer ! Qui ne peuvent pas mourir !
Les éveiller et les empêcher de dormir au cimetière,
Debout !
Toutes ces ombres, ces spectres qui rodent, qui hantent notre inconscient. Qui heurtent et frappent aux portes de notre conscient, comme un inconnu la nuit au plus profond de l'hiver
Alors nous le laissons entrer, lui faisons une petite place, une toute petite à table d'abord, puis comme il fait froid et que la tempête de neige est au plus fort, on lui offre une paillasse pour la nuit, à défaut de la chambre d'amis.

Toutes ces ombres...Enfouies, mais pas suffisamment
Et qui reviennent de temps à autres
Se rappeler... Se souvenir
Don't remenber the bad days !
Don't remenber !
Vergiss nicht !

Noeuds que je dénoue, que je renoue, et que je noue encore et encore.Comme sur un tricotin !

Noeuds de l'enfance, du souvenir construit assemblé et rejeté pourtant au plus loin de mon inconscient, mal refoulé, pensionnaire à vie de ma mémoire à long terme... Qui fait que jamais je n'oublierai.
Même la démence ne m'en protégera pas !

L'homme est-il donc condamné à vivre de noeuds ? A nouer et vivre encore et encore avec les noeuds de ses propres fantômes et ceux de ses ancêtres parfois ?
Les maisons ne sont pas hantées, ce sont les êtres, et nul ne peut exhorciser ! Nul ne peut extirper ces esprits malins cachés à tous jamais au plus profond de ces noeuds du corps, mais aussi et surtout de l'esprit.
Esprits malins qui torturez l'esprit de l'homme, qui nouez pour qu'il n'oublie pas, comme on fait un noeud à son mouchoir
On fait un noeud tant et si bien, qu'on ne sait plus pourquoi on l'a fait
On le dénoue alors, pour redonner forme au mouchoir !
Lisse, tout lisse et uni, il est prêt à servir, à resservir
Et puis, pour ne pas l'oublier

On refait encore une fois, un petit noeud.................

jeudi 1 mai 2008

Scansion

Grande question que celle là ? La pratiquer ou pas ?
Lacan en a usé et abusé ! Tant et tellement que c'en est caricatural.

Aujourd'hui, un analysant avisé écrirait peut-être sur un site déjanté et loufoque : "Aujourd'hui,je suis allée chez mon analyste, il a interrompu la séance au bout de cinq minutes et a quand même empoché mes 500 fr.vdm"
Et il aurait raison, du moins il n'aurait pas tord..
Cela démontrerait qu'il a un certain sens de l'humour, de la formule et surtout qu'il saurait mettre des mots sur une pratique qui ne manque pas d'interpeller...
Scansion ou pas scansion ?

Mais pourquoi au juste.
Les freudiens, du moins ceux qui se réclament du Père, directement du Père, ne la pratiquent pas. La scéance, quoi qu'il arrive, dure 45 mn.... Retard ou non.
45 mn, presque chrono en mains...!
Si votre rendez vous est à 15 h, vous en aurez terminé à 15h45, que vous soyez à l'heure ou que vous ayez une demi heure de retard ! Dans ce cas là, tant pis pour vous, ou tant mieux !
Certains analystes mettent un réveil, ou une minuterie...Et l'analysant peut ainsi voir défiler le temps ! Etre surpris dans son discours, dans son silence. Sur Pris en plein milieu de son inconscient, de son retour du réfoulé..

Se dire qu'il lui reste encore quelques minutes à dire !

Car le temps sur le divan n'est pas le même que le temps ordinaire. Sa perception n'est pas la même !
Il ne coule pas de la même manière, il peut être plus long, ou plus court. C'est selon.


Les héritiers de Lacan, ou qui se disent tels ! interrompent la séance quand bon leur semble ! Enfin vous diront-ils, si toutefois, ils concédent ou condescendent à vous ou simplement à dire quelque chose, quand cela leur semble nécessaire, utile, essentiel.
C'est eux non "les supposés savoir" ?

Interventionnistes donc. Car ce bon qui leur semble est à leur pure discrétion, appréciation.
Le bon moment. "C'est tout pour aujourd'hui".
Cette formule en impose, il faut en convenir....Elle n'appelle pas de commentaire, aucun, ni de soupir, aucun, du moins apparent. Celui qui se rebifferait, n'aurait rien à faire là, ou serait guéri, c'est peut-être ça la "guérison en sus" ou de "surcroit" !!!

"Peut-être avait-il une course à faire" me dit un jour un patient qui n'avait pas apprécié cette méthode
"Il a censuré ma parole" Dit un autre.
"Il m'a quand même pris mes 100 Euros !" reconnait plus pragmatiquement une jeune femme qui se dit "plus près de retourner chez de tels charlatans"

D'autres y trouvent leur compte ! C'est le cas de le dire
L'analyste dans sa toute puissance... L'analyste sachant savoir ce supposé ou ce satané savoir, que lui analysant ne sait pas et paie n'importe quel prix pour enfin savoir, ou pour enfin espèrer peut-être savoir, ce qu'au fond, il n'a peut-être pas vraiment envie de savoir. D'où le nombre de resistances... Au savoir, à l'analyste, au savoir de l'analyste, au savoir de l'analysant, au savoir de la cure. Au savoir tout court !
Bref, si l'analyste le fait me dit une jeune femme : "C'est qu'il a ses raisons"
Ses raisons qu'elle ne connait pas, mais que lui doit savoir
"C'est pour mon bien" Mais le bien de qui ? Le sien ? Celui de l'analyste ?
Allez savoir ?

Pour en revenir à la scancion... Elle peut,sous certaines conditions et dans certains cas, elle peut être utile, nécessaire....Pour l'analysant.
Pas toujours, pas tout le temps "C'est plus du jeu, sinon"

Trop de scancion tue la scancion
Et c'est vrai.

En revanche, ce que je qualifierai d'outil thérapeutique, bien manié comme tous les outils dont dispose le thérapeute, peut être interressant, peut dénouer, faire avancer le travail analytique, pendant et en dehors des séances...
C'et d'ailleurs son objectif.
Il peuten effet, à certains moments de l'analyse, que le sujet et son analyste auront repérés permettre à l'analysant de dénouer, de comprendre, faire des lien, d'aller au delà..
De reprendre ensuite à la séance suivante. Plus facilement peut-être, ou bien autrement, car cette scansion là, aura marqué, scandé le tempo, celui de l'inconscient ramené sur le divan.
Pourquoi pas ?

Souvent vécu comme une frustration, la scancion l'est en effet, mais la frustration n'est elle pas nécessaire au développment (le b a ba de la psychologie de l'enfant)
Ce serait croire, -à tord, mais aussi à raison- que l'analysant est un enfant ?
Enfant, sûrement pas, mais le transfert permet souvent une régression. La regression dont parle Freud.
Mais l'analysant est-il en mesure de faire face à cette interruption de sa parole ? D'y trouver de l'intéret ? De lui donner du sens ?
Nous avons tous en mémoire la souffrance de Maud Mannoni lorsque Winnicott (qui ne l'avait pas informée de la durée de ses séances) interrompit brutalement leur entretien...
Brutalement ! C'est en fait parfois vécu comme une violence...
Une frustration, nous l'avons déjà souligné, sûrement. L'interruption de la séance au moment où l'inconscient se fait jour... Jouir ? Pour reprendre un propos prété à Lacan ?
La jouissance de l'inconscient ? de l'analysant ? Ou celle de l'analyste ?
Une jouissance impossible ? Mais pour qui ? Et pour quoi ?
Faire jouir ? Ou faire jour ?
Ramener au conscient le matériau refoulé, car jusque là impossible à surmonter, associer ces mots, ces pensées, ces rêves, perlaborer.... Puis brusquement être interrompu "c'est fini pour aujourdh'ui !"
C'en est fini pourqui ? Le sujet ? ou l'analyste, qui montre là son impossibilité à surmonter sa propre jouissance ou celle de son analysant, préférant ainsi par là, castrer. Mais castrer qui ? Encore une fois ?
Castration ? Frustration ? Violence ? Brutalité ?
Qui refoule encore et qui refoule quoi ? L'impossible impossibilité de la jouissance de l'inconscient à faire jour au conscient ?

La scansion donne t-elle sa mesure, son rythme à la cure ?
La cure est-elle une partition ? Celle de l'inconscient qui se joue sur le divan ?

mardi 8 avril 2008

Bienveillance.

C'est le titre de ce best seller, maintenant paru aux "éditions de poches" et que je n'ai pas lu, qui me fait réflechir à cette notion ou à ce concept

Je n'ai pas lu le livre. Je n'en n'ai lu et entendu seulement que des extraits. J'ai regardé les émissions sur le sujet, lu les articles qui en parlaient... Mais je ne l'ai pas lu... Pas encore ! Je ne sais si je le lirai..

Mais le titre "les bienveillantes" me surprend ! m'interpelle aussi .

Il semblerait qu'il ait été donné en référence à la tragédie d'Eschyle, les Euménides....
En effet, tueries, vengeances, persécutions, culpabilités...Mais je ne vois ni Athéna, ni d'Erynes ?

Ce titre me laisse songeuse. Vraiment

D'ailleurs il n'a pas été traduit en allemand. Le livre portera un autre titre. Cette traduction littérale là était absolument impensable.

Impensable ! C'est peut-être ça !

Bienveillantes?
Cela me mène inévitablement vers la bienveillance, la neutralité bienveillante, soit disant bien veillante...
Pourrait -elle cette écoute, cette neutralité être alors mal veillante ?
Quel sens ? Pourquoi ?



Je réalise alors que cet adjectif m'interpelle depuis longtemps, et qu'il y a quelque chose qui cloche dans son acception. Dans l'acception que j'en ai. Dans sa représentation aussi sûrement. Etre bienveillant ! Il s'en dégage une sorte de condescendance, un rapport qui ne semble pas d'égalité... C'est peut-être ça aussi ?

Les orientaux insistent sur la volonté du bien et du bonheur d'autrui, le christianisme également, tout en soulignant qu'elle ne suppose pas la réciprocité, et n'instaure pas de liens durables avec l'autre. Il s'agit de veiller à son bien, de "veiller"
Bien veillance ; veiller au bien de.

Accepter l'autre, sans jugement, sans critique. C'est le sens analytique, qui ne signifie pas non plus d'avoir une attitude passive, froide, distante..
Pourtant, le recul nécessaire, la distance sont essentiels.
Dans la cure, l'analyste n'accompagne pas le sujet, s'il le fait il devient thérapeute.
Il lui permet. Et lui permet seulement. Il lui permet d'associer librement, les mots, phrases, idées...
Pas n'importe comment, mais librement. Pas si libre que ça en fait, car si ce n'est volontaires, ces paroles le sont cependant dictées par des mécanismes indépendants de ce qui est conscient.
C'est l'inconscient qui parle.
Le sujet entre en relation avec ce qu'il ne connait pas, ce qu'il ne sait pas de lui. De son "moi" . De ce qu'il a de plus intime, mais paradoxalement de plus "inconnu", ce qu'il ne soupçonne pas.

L'analyste n'a pas à intervenir dans ce "dialogue " là, pas plus qu'à donner son avis, encore moins des conseils...
Alors où se place, où se loge la bien veillance là dedans ?

Quelle place a t-elle dans la communication des inconscients ?

L'analyste n'aide pas. Puisque tout se passe au niveau du transfert.
Comment peut-il être bienveillant ?
Peut-on à la lumière de ces élèments tenter de rédéfinir la notion de neutralité bienveillante ?

Un paradoxe ? La neutralité signifiant un apparent détachement ou pire encore la passivité et l'adjectif le contraire ....
Que croire, que penser alors ?
Un leurre ?
Faire ou laisser croire que tout arrive comme ça, rêve, parole, silence... Tout ce matériau amené par le sujet à l'analyste qui n'en fait rien, qui laisse venir...sans dire et faire ?
Ou bien laisser croire à l'annulation du sens du premier par le deuxième, ou son atténuation ?
L'analyste est neutre ; il n'intervient pas.... Mais cependant veut le bien de son analysant ?

Pas très probant tout ça.... Bricolage, arrangement, ajustement ?
Qu'à voulu signifier Freud ?

Devons nous préférer à ce terme qui pourtant lui était si cher, celui "d'acte psychanalytique" rendant davantage compte de la responsabilité du psychanalyste dans le manièment de la cure ?

lundi 7 avril 2008

La plainte et le silence.

La plainte du patient

Le silence de l'analyste.

Et on parle (!) d'une rencontre possible, d'un rendez vous qui ne peut, ne doit être manqué !

Les analystes dans la pure tradition lacanienne (qui pourtant se réclame du Maitre alors que Freud parlait, commentait, conseillait, bref était actif dans la cure) se targuent de ne dire mot !
Ils écoutent en silence, du moins ils le prétendent.
Ils écoutent la plainte, celle du sujet en souffrance qui s'allonge là, et qui parle, ou ne parle pas. Mais ce silence là est souvent plus éloquent que la parole.
Ils parlent ou ne parlent pas de leur douleur psychique, de leur mal, de leur souffrance, de ce qui les hantent, les empêche de vivre et qui grâce à un sursaut de vie, une pulsion de survie, quand même, les mène vers le cabinet d'un thérapeute.

Alors de cette plainte on en fait quoi ?
A quoi sert-elle ?
Se plaindre est humain, on souffre, s'inquiéte et on fait partager ce sentiment, cet affect, cette émotion à l'autre. Un autre semblable, son collègue, son conjoint, son voisin, un ami... un inconnu. Une personne à qui on ne se confie pas vraiment mais à qui "l'on dit". On dépose alors un petit peu de son fardeau, pensant qu'ensuite il sera peut-être un peu moins lourd... On entend ou on n'entend pas les paroles gentilles, compatissantes, de cet autre vraiment bienveillant.

Nous connaissons tous ces situations, de temps à autres.

Mais quand il s'agit de sujets en souffrance psychique, de mal de vivre, à la douleur d'un événement de vie, deuil, maladie, rupture, abandon... S'en sortir seul ou avec l'aide d'un proche n'est pas de l'ordre du possible, et le recours au tiers extérieur s'impose : D'où les rendez vous avec le thérapeute.
Oui, mais voila. Que va dire le thérapeute ?
Et surtout que ne va t-il pas dire ?
Et que se passe t-il s'il ne dit rien ?

Certains sujets n'attendent rien. Le thérapeute, n'est que le miroir, le double qui entend ou qui n'entend pas, sa simple présence suffit. Il n'a pas besoin de renvoyer, Le feed back n'est pas nécessaire, il serait presque inutile, incongru. Ces sujets là n'en veulent surtout pas.
Dire simplement... Dire seulement !
Attitude oh combien lourde de sens et qui mériterait qu'on s'y arréte plus longuement...

Mais d'autres sujets, pourtant avertis des pratiques de l'analyse, sont surpris, ne comprennent pas, ne gérent pas ces silences, ne les supportent pas...
Ils leur sont insupportables et générent de la plainte. Une plainte qui s'ajoute aux autres plaintes.

Ne comprennent pas que leur plainte ne renvoit rien...Du moins le pensent-ils, le supposent-ils.
Ne serait-elle pas alors entendue ?
N'y aurait-il rien à en faire ?

Toutes ces années passées dans les services hospitaliers m'ont appris que la souffrance physique et psychique demandent une réponse de la part de l'autre.
Une réponse qui est attendue, voire sollicité, verbalement ou non. Explicitement ou non.
Cette réponse ne passe pas forcément par des mots. Il y a, et nous le savons tous, d'autres formes de langage. D'autres manières de marquer son intéret.. De dire, de montrer qu'on a entendu.
Qu'on n'est pas sourd au langage de l'autre. A ses mots et à ses maux !

La douleur est actuellement considérée, du moins, elle l'est davantage. Si dans les années passées les médecins répugnaient à donner des antalgiques et encore moins de la morphine, il n'en n'est plus ainsi, et c'est tant mieux ! A quoi bon souffrir inutilement alors qu'on peut abaisser le seuil de la douleur, et rétablir un certain confort pour le malade. Un relatif bien-être.

Alors pourquoi tant de questions, tant de recul, tant de craintes, tant de réticences vis à vis de "l'antalgique psychique" ?
Cette peur, encore ! Cette angoisse, devant ce territoire inconnu que constitue la maladie mentale, ou simplement le mal d'être ? devant le "ce que je ne comprends pas" et "ce qui pourrait être le pire qui pourrait arriver"
Les maladies de l'âme ne méritent-elles pas compassion ? Empathie ? Et réponse ?

Pourquoi ne pas panser ces maux là... Des maux penser par les mots, mais qui doivent aussi être pansés par des gestes, par des regards, ou s'il le faut par l'absorbtion de substances...

Pour ma part, je ne suis jamais restée sourde devant la plainte. Cela n'a pour moi aucun sens.
Cette plainte adressée à l'autre, soignant ou non exige une réponse appropriée. C'est le travail du thérapeute !
Laisser le patient se répandre dans la plainte, ne peut rien lui apporter, si ce n'est que de tourner en rond, et de passer en boucle sa souffrance...De laisser cette plainte et ce mal aise s'incruster, se greffer, s'insérer dans le plus profond de l'être. De faire de la plainte l'essence de son moi.
La plainte alimente la plainte..
Et il est bon de s'en défaire...
Si elle est dans certains cas adaptée, nécessaire au changement, elle peut à la longue, si elle est entretenue...par le sujet....et par le thérapeute, devenir toxique.
Elle finit par donner une vision erronée des événements, des choses et du monde.
C'est loin d'être le but d'une thérapie que d'accompagner le sujet sur ce chemin là... L'objectif étant au contraire de le rendre libre et autonome. Acteur de sa situation et de sa vie. Dans la mesure du possible... Des possibles, mais en aucun cas, le maintenir dans une situation de "victime".

Mais s'il ne faut pas rester sourd, faut-il rester muet ?

dimanche 30 mars 2008

L'argent et la psychanalyse

Question oh combien de fois posée ? qui fascine ? qui interpelle ? qui fâche aussi...Souvent.

Entreprendre une psychanalyse ou une thérapie n'est pas gratuit. S'il faut payer de sa personne, il faut aussi payer au sens propre du terme.
Ca coûte, et ça coute cher !

Beaucoup de choses s'entendent et se disent à ce sujet! Ainsi, l'affirmation qu'il faut payer, pour que ce soit utile. Et payer cher, un thérapeute qui a de faibles honoraires est considéré comme "pas très compétent" Il faut de la part du sujet un effort financier.. Il faut que ça coûte...De l'argent. Ce qui nous renvoie au prix de l'argent. A la valeur que chacun lui accorde. Lui donne.

Les tarifs sont différents selon le type de thérapie, selon les praticiens. Ils se négocient ou du moins se discutent dés la première séance ou le premier rendez-vous.
Les choses à ce sujet doivent être claires. Cela fait partie du contrat et du travail thérapeutique. On n'y revient plus, ou dans certains cas précis. Mais toujours d'un commun accord.
Les séances ratées, les absences non prévues sont dues.... Et ce n'est pas négociable. Cela s'entend mais se discute souvent

Pour ma part, je considére que l'absence non prévue, le retard, les rendez-vous manqués sont dus.
Ce temps, cet espace accordé à l'analysant ou au sujet en accord avec lui, ce temps qu'il a lui même sollicité, lui est consacré à lui et à lui seul. Par contrat l'analyste s'engage à être disponible pendant ce "créneau", le sujet à être là.
Il ne consacre donc pas ce temps à autre chose, ni à quelqu'un d'autre.

Une absence, une séance ratée ne l'est pas non plus sans raison. Le travail analytique ou thérapeutique est en route. Ce ratage a un sens. Il sera ou non abordé avec le thérapeute. Quoi qu'il en soit il n'est pas le fruit du hasard.
L'absence n'est pas sans objet !
Donc elle se paie, pour certains confréres elle s'inclue même dans la série de séances prévues et négociées dés le départ.

Cette attitude vise aussi à responsabiliser le sujet.
L'analyse n'est pas un jeu.
Une partie de poker.
On vient, on ne vient pas, on ne sait pas si on viendra, cinq minutes avant le début du rendez vous, on téléphone pour dire "on ne viendra pas", ou peut-être...
Certains ne le font pas, d'autres prétextent maladroitement une panne, un travail, un imprévu.. bref....Une bonne raison pour ne pas venir ....Ou ce qu'ils croient être une raison valable, suffisante, aux yeux de leur analyste, mais aussi et surtout, à leurs yeux. Ils essaient aussi de s'en convaincre. En sont-ils dupes ?
Qui est dupe ? Et de qui ?

Cette absence là, est peut-être plus parlante que la séance en elle même...
Elle fait parfois l'objet de la prochaine séance...

Mais que de discussions, de discours, d'articles, de bonne et de mauvaise foi autour du paiement des séances ratées...

Puis vient la séance avec feuille ou sans feuille..
On est remboursé ou non.
En clair, on paie, ou on fait payer la sécu. Donc la collectivité.

Certains praticiens médecins, "font des feuilles" avec ou sans dépassement

En psychanayse on ne fait pas de feuilles, médecin ou non. (du moins on ne devrait pas ). C'est aussi une bonne question qu'il faut poser aux praticiens, qui continuent à établir des feuilles de "maladie" à demander la "carte vitale" pour une séance d'analyse !
Quel sens mettre à cette pratique ?
Surtout de la part du praticien.
Aller voir un analyste : c'est être malade ?

Pour ma part, j'estime qu'entreprendre une thérapie ou une psychanalyse est une démarche personnelle qui relève de l'intime, donc de la sphère privée, ce n'est donc en aucun cas à la société, à la sécurité sociale de prendre cette démarche en compte et de la rembourser.
Ce n'est pas de l'ordre de la solidarité. Ni de l'ordre de quoi que ce soit.

Se pose aussi la question d'une possible convention avec un organisme de sécu ? Mais pourquoi ?
certains praticiens disent ou écrivent qu'ils regrettent que leur honoraires ne soient pas remboursés, "que c'est bien dommage "etc.... et culpabilisent de se faire payer en expliquant tout aussi maladroitement que pour eux aussi "il faut bien vivre" !

Mascarade ? mauvaise foi ? Cupabilité ? Manque de confiance en soi ?
Je n'ai jamais rencontré d'avocats, de conseiller financiers, d'autres professionnels larmoyant, culpabilisant, mal à l'aise... quant il s'agit de faire payer leur service. Ni de clients se le demandant.. Alors pourquoi dans ce cas précis justement ?

Etre thérapeute ou analyste est une profession (une fonction pour l'analyste) et tout travail se fait en échange d'un salaire. C'est la loi de la société dans laquelle nous vivons. La règle. L'Autre.

A l'hopital,au CMP, le psychologue, médecin, psychiatre rencontré est payé par l'institution à chaque fin de mois, selon un barème précis. Il est rémunéré grâce aux impots du citoyen. Il n'y a pas comme certains persistent à le croire et à le clamer d'acte gratuit...
C'est un faux semblant ! Mensonge que de le dire ! Erreur que de le croire !

On paie donc , d'une autre façon, sous une autre forme mais on paie.
Et le professionnel reçoit un salaire.
L'exercice en libéral, exigne les mêmes qualifications, compétences, et souvent davantage.

Il est normal que le patient, le sujet demandeur de la prestation s'acquitte des honoraires
Il est normal que le thérapeute, analyste se fasse rémunérer pour la fonction qu'il occupe et le travail qu'il fait.

C'est aussi, et cela me semble le plus important, le seul, l'unique moyen de se libérer de la dette.
Le réglement de la séance permet de ne pas contracter de dette, envers celui qui a écouté.
C'est aussi le garant, et la garantie, d'un travail thérapeutique.
Il ne s'agit pas d'une conversation au coin du feu, ni autour de la machine à café. Il s'agit d'un travail, d'un espace où la parole est libérée, les maux mis en mots
Il s'agit de s'adresser à un professionnel, non à un ami, un copain, une vague relation ou un écclésiastique
Le travail s'élabore et se construit au fil de la relation qui se met en place. Ni don de soi, ni dette, ni du. Le paiment de ce temps passé permet de ne pas se sentir redevable.
Chacun est à la place qui lui est allouée. Je paie un spécialiste afin qu'il m'aide dans cette situation là. C'est clair, net, sans ambigüité. De part et d'autre
L'analyste ou le thérapeute est libre également. Il est rémunéré pour la prestation proposée. On ne lui doit rien, il ne doit rien.
Ce paramêtre est essentiel. Il permet que la thérapie se fasse dans un respect mutuel
Le travail thérapeutique véritable, l'aide et l'écoute.... Ne se font qu'à ce prix, et à ces conditions.

samedi 29 mars 2008

La nécessité de l'analyse ?

Depuis quelques temps, je me promène sur le net et les forums. Je m'arréte plus longuement sur les discussions, questions, liées aux thérapies et à la psychanalyse.

On vient demander des informations, des conseils, des noms des tarifs sur les différentes possibilités de thérapies, psy, ou corporelles...
On vient parler de son expérience, de son vécu, de sa souffrance, mais aussi de la parole, de la parole dite en analyse. A son analyste ?

Pourquoi ?

On vient raconter son désespoir, faire part de ses interrogations, dire qu'on s'allonge trois fois par semaine, et qu'on ne va pas bien. Que cela dure depuis des années, et que rien ne se passe, que parfois même on n'est encore plus mal....
On ne demande même pas de réponse, on vient déposer sa misère et sa solitude.

Et l'analyste ?
Le sujet semble lui faire part de tout ce vécu douloureux, de ces blocages, de ces noeuds qui au lieu de se dénouer, se resserent davantage..
Et il se passe quoi ?
Pas grand chose, car le sujet continue de se rendre à ses rendez-vous.... Tout en se demandant s'il fait bien ? Si cela sert à quelque chose... Mais à quoi ? Qui ne savent pas si elles trouveront le courage pour continuer cette quête .
Il parle, parfois il ne peut pas, la séance n'est qu'un long silence, peuplé de larmes..Et d'encore plus de désarroi, de questions sans réponse. De culpabilité, de honte, de desespoir, de haine de soi.

Donc il se passe bien quelque chose ?
Le sujet se rend bien compte que quelque chose cloche. Non seulement dans son histoire, dans son rapport à la souffrance, dans son désir de voyage puisque psychanalyse il a entrepris...

Mais qu'il y a aussi quelque chose d'autre qui cloche
Dans son analyse : Dans ce voyage entrepris... Qui n'arrive "nulle part" qui laisse un sentiment de profond mal être", de souffrance terrible...

Et je lis, les symptômes énumérés : Une phobie spécifique...Qui fait que depuis des années, le sujet ne sort plus que pour se rendre chez son analyste, et qui se demande combien de temps il pourra encore y aller, vu qu'il ne travaille plus, et qu'il ne pourra plus payer les séances,mais surtout parce qu'au fur et à mesure que les dites séances passent, sa phobie s'aggrave...

Des troubles d'angoisse généralisée...
Des stress post traumatiques....
Des difficultés d'endormissement
Un manque d'estime de soi, de confiance en soi, d'affirmation de soi...
De traumatismes d'enfance, de souffrance au travail..au sein du couple, de violences

Le divan est la seule solution...? Des années durant, trois fois par semaine, la parole va se libérer, libérant le sujet de ses troubles....Libre association, transfert...Et parfois dépendance.
Mais pas de résultat, se plaignent les sujets, "ça ne va pas mieux, au contraire..."
"Dois-je quand même continuer ? Je ne suis pas sûr !" "Je n'en peux plus de vivre."

Le divan est-il la seule solution ?
L'unique solution ?
Le seul remède ?

Une personne explique qu'elle consulte un analyste, suite à des attaques de panique ! Et l'analyste "bienveillant" de lui suggérer qu'il a peur de la mort ! de sa propre mort ! et l'analysant s'allonge et parle de la mort.... de sa mort, future et éventuelle...Il y pense tout le temps, alors qu'avant il faisait simplement des attaques de panique "où il avait l'imminente sensation qu'il allait mourir" (un des critéres du DSM IV pour diagnostiquer ce trouble)
Maintenant il a progressé car il sait pourquoi il a peur.... De mourir.... De sa mort...Il a peur et....

Pour parodier Omer Simpson "on va tous mourir.... et moi le premier....Ptoooo !"

Malheureusement ce n'est pas un gag ! encore moins une fiction ni une caricature... de la psychanalyse...
Elle n'a pas besoin de tout ça pour se ridiculiser davantage !
Ces plaintes et témoignages, je les entends aussi...

Je posais la question dans un mail, à une amie... Pourquoi ?

Pourquoi ? Oui, Pourquoi les thérapeutes continuent en ce sens ? Aveugles ? Bien veillants ?
Continuent, mais persistent.... "Vous verrez... "
Ou persistent dans le silence... En donnant rendez vous au patient à la prochaine séance, sans un autre mot...que "à mardi.. jeudi.."

Une phobie peut-être efficacement prise en charge par une TCC
Un trouble et une attaque de panique aussi.
L'ignorent-ils vraiment ?
Les TCC ne font pas de miracles, mais pour certaines personnes et dans le cas de certains troubles, il y a des résultats.

Dans un premier temps, ce peut être interressant, pour le patient, de recommencer à avoir une vie sociale.. De prendre un bus, travailler, voir des amis....
Y pensent-ils ?
Savent-ils à quels points ces troubles sont invalidants ? Et la souffrance psychique qu'ils provoquent ?
Et l'isolement ? Et la rupture du lien social ?
Que peut-être il faut procéder par ordre... Qu'il faut peut-être rétablir un équilibre, que parfois des médicaments sont nécessaires, peuvent lever une angoisse qui permettra d'engager de façon bénéfique une thérapie.
Et pourquoi pas une analyse...
Pour comprendre, se comprendre....Dans un autre temps.

Les deux ne sont pas incompatibles !
Ce sont deux démarches différentes tout simplement.
Comme les antibiotiques en cas d'infection grave.. Et l'homéopathie en traitement de fond...
On peut combiner et conjuguer les deux..

Personnellement j'adresse des patients vers une art -thérapeute, un relaxologue, sophrologue ou autre confrére qui peut leur venir en aide autrement, en appui quand cela est nécessaire et que le patient est d'accord.
Nous ne travaillons plus seuls, au sein et à l'abri d'un cabinet feutré.
Il faut aussi savoir entrer en relation....Avec les autres, confréres, thérapeutes, mais aussi soignants, travailleurs sociaux, équipes éducatives....
Aller au devant parfois !
Mon objectif est d'aider le sujet qui me demande de l'accompagner dans sa démarche pour aller mieux...
Et si ce que je lui propose, selon mes compétences et mes connaissances ne suffit pas ou n'est pas ce qui est mieux pour lui, mon éthique et ma conscience professionnelle font que je l'oriente ailleurs.
Un thérapeute se doit d'être conscient de ses limites ! C'est un minimun envers lui même et surtout envers la personne qui lui donne sa confiance, qui fait de lui, son thérapeute !

Ce qui me surprend aussi, c'est que ces patients, analysants, sujets en thérapie ne remettent que rarement leur thérapeute en question....

Les cognitivistes parlent "d'alliance thérapeutique"... Cette expression est fort belle et exprime tout à fait ce qui est nécessaire et essentiel pour que le travail analytique ou thérapeutique puisse se faire et avoir lieu.
Une relation de confiance et une démarche active de la part des deux parties (active ne signifiant pas faire pour, conseiller, dire, faire à la place de). Il s'agit pour le thérapeute de donner au patient les moyens de redevenir acteur de sa propre vie et de recouvrer la liberté

mercredi 12 mars 2008

Psychanalyse : Une ouverture

La réflexion d'une de mes correspondantes m'interpelle, et interpelle l'idée classique qu'on se fait de la psychanalyse.

Elle m'écrit "c'était bien ça : l'analyse, que je faisais, qui se déroulait, qui se passait, qui avait lieu et je n'en n'étais pas consciente"..... "Ce qui se passe c'est une psychanalyse, je suis en analyse"

Surprenant ! Impensable pour les "puristes" et pourtant. C'est bien le sujet qui fait de nous, le thérapeute, ou l'analyste. Qui de par sa parole nous donne cette fonction.

Durant toutes ces années passées à l'hôpital j'ai rencontré, suivi, accompagné des centaines de patients et leur famille. A leur demande. Pourtant le "travail analytique " ne s'est pas mis en place pour chacun d'eux. Et heureusement.

Il suffisait parfois de quelques entretiens, l'occasion offerte de pouvoir enfin déposer sa souffrance, d'exprimer sa douleur, son chagrin. De chercher des solutions. D'avoir simplement besoin de parler et de pouvoir le faire.

Pour d'autres, ça s'est passé autrement. Nos rencontres se sont passées autrement. Elles ont donné lieu à un autre type de travail.

Ce sont eux qui ont en fait une "analyse". Ce sont eux qui ont décidé que je serai "leur analyste". Qui ont mis en place, avec mon accord, un travail analytique.
Bien sûr ils en avaient la possibilité, le choix leur étant offert. L'espace de parole mis à leur disposition leur permettait de mettre en mots et de dire. Mais aussi et surtout d'élaborer, de comprendre, de permettre.

Et le transfert ? Il y a du transfert partout disait Lacan. Oui sûrement, sauf que le travail analytique s'élabore autour de ce transfert. Que tout se joue à partir de là. Si on s'autorise, si on s'y autorise, on n'improvise pas, on ne s'improvise pas.

Alors que voulait donc dire ma correspondante ? Que le transfert s'était élaboré petit à petit, lors des face à face ? Possible. Sûrement vrai, puisque 'elle le dit. Puisque son analyste (qui n'est pas moi) le dit aussi.

La vérité du Sujet. La seule et l'unique. Qu'importe les autres vérités....

Nourrie à la psychanalyse, je ne le suis pas qu'à la psychanalyse. Nous ne mangeons pas que d'un seul plat ? Nous avons envie d'essayer d'autres parfums... Essayer n'est pas non plus adopter.
Notre société évolue, je l'ai déja souligné lors de la création de ce blog, les rapports sociaux aussi.
Il me semble que s'en tenir à la cure type est réducteur, ce serait se priver de bien des connaissances, de bien des compétences, ce serait par conséquent priver bien des patients, ou simplement des sujets à partir à la découverte d'eux mêmes. Ce ne serait pas convenable....

Pour certains cela convient. C'est leur plus cher désir. Eh bien allongez vous sur le divan !

Mais pour les autres ? Ceux qui ne sont pas prés, qui n'ont pas envie, qui préférent le dialogue, les échanges. Ceux qui réclament une écoute autre que la neutralité bienveillante caricaturale du psychanalyste impassible devant le désespoir, le déballage d'horreurs, les larmes et la souffrance. Ceux qui ont envie, besoin, qu'on leur manifeste un peu d'empathie, de compassion, qui désirent faire un bout de chemin en compagnie d'un être de chair et de sang, mais qui a le recul nécessaire, une formation solide, qui ne les conseillera pas, ne les jugera pas, mais les guidera vers les réponses qu'ils ont en eux, qui les aidera à se rencontrer...

Une écoute attentive, bienveillante, en dehors du divan peut être analytique.... L'inconscient n'est pas le monopole du divan !
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Nota bene

Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.

Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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