Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

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vendredi 21 janvier 2022

Laisser aller le long du fleuve




Il m'en a fallu du temps pour mettre des mots, les assembler pour dire, nommer et tenter de transmettre, de prendre le recul pour me dire, me rassurer, me parler, me faire confiance de pouvoir entendre ce que j'ai à me dire


Je ne suis pas certaine encore que tous ces mots soient justes, et au rendez vous de mon désir

Ils sont restés si longtemps enfouis au fond d'un tiroir de ma mémoire dont j'avais caché la clé. Ils ont été verrouillés de peur que lâchés je ne puisse retenir les larmes et le chagrin tant l'émotion est puissant. La peur de me faire mal
Se faire mal ? 
Une vie à se faire mal, à éviter de tomber dans les écueils de la douleur pour tenter de rester debout malgré tout. Mais l'est-on vraiment ?
Courbés sous le poids de la peine on essaie d'avancer sur les chemins tortueux de la vie qui s'effrite et à laquelle on ne donne plus vraiment de sens
Peut-on être seul sur le chemin ?
Pourtant il le faut bien, sinon il faut mourir mais nous sommes également seuls sur ce chemin là. Eternelle solitude ?

Le chemin parfois s'arrête, mais pas le temps. Alors on reste là à regarder, à penser, à tenter de ne pas souffrir et à retenir les mots et les maux afin de ne pas ouvrir la porte à la douleur.

De peur qu'elle ne s'échappe et nous envahisse.

Il faut arrêter le temps, son temps. Se mettre entre parenthèses afin de reprendre son souffle. De re prendre, de ré apprendre à vivre : à être.

Etre ? Que signifie être après le drame, la tragédie, le traumatisme ? Est-on encore ? Pouvons nous être encore ?

Nous sommes au monde certes, mais qui sommes nous et dans quel monde vivons nous alors ?
Notre monde s'est effondré, son souvenir douloureux se dilue au fil de ce temps qui passe et nous dépasse, ce temps qui nous emporte malgré nous de creux en creux dans le tourbillon de ses vagues. C'est plus fort que nous. Nous ne pouvons résister. A moins de mourir ?

Lâcher prise et se laisser porter par le courant : Aucune autre solution si tu ne veux pas couler m'a t-on enseigné.
Il m'a fallu cette voix, cette petite voix qui de toutes ses forces est sortie de moi.
Lâche !
Laisse... Couler tes larmes, ta colère, ta peine, ta violence mais pas toi, laisse toi porter par tout ça, tu n'as pas d'autre choix. 
Laisse aller ; laisse toi porter par le courant
N'ai plus peur.
Le mot est lâché :PEUR

Quatre lettres qui nous mettent à mort, qui nous conduisent au fond du vide et du Néant. Un combat inutile ? Je ne saurai savoir, mais la peur est puissante, une arme de guerre redoutable
Ne plus avoir peur est une folie, elle peut nous garder en vie, elle peut aussi nous faire mourir
Je ne veux pas mourir car je suis en vie, je veux rester en vie mais ne plus avoir peur ? Mais quelle est donc cette peur qui m'empêche de vivre ? 
Que de questions auxquelles je dois répondre ; mais dois-je y répondre ? Le prix de la vie est-il celui ci ?
Vivre demande donc tant d'efforts ? Se laisser aller à vivre ?
Il me faut donc me laisser aller à vivre.
Me laisser aller au fil de l'eau, suivre le courant de la rivière et en aucun cas ne chercher à le remonter.
Et puis ? Après ? 
Il faut pour cela qu'il y ait un après
C'est à moi de le décider. A moi seule. 

A moi de ne pas donner le pouvoir à l'autre, à un évènement une situation de prendre ma joie, mon envie d'être et de vivre.

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
Crédit photo @brigittedusch

mardi 6 juillet 2021

Exil



Je suis née étrange, étrangère dans un ailleurs inconnu. 
Enfant étrange, étrangère là où que j'aille, là où le vent me porte et m'emporte

L'exil est ma Terre et ma Patrie. Longtemps en exil de moi même, il m'a fallu du temps pour en trouver le chemin. Il fut ardu et complexe, semé d'embûches mais m'a permis d'affronter mon être seul, ma solitude, seule compagne solide et d'être un peu au monde et à moi même

Le Chemin, mon histoire ! c'est une histoire de routes, de sentiers de traverses, de boulevards et d'avenues, de tranchées parfois, mais toujours d'ailleurs, d'ici et de là,  de partout, de nulle part. Je suis une nomade en perpétuelle errance, mêlant les mots de toutes les langues pour dire plus vite ma pensée, mon coeur et mon âme. Je suis tout ça, je suis construite de et par toutes ces histoires.

Je suis d'ailleurs, jamais vraiment d'ici, mais pas non plus de là bas mais toujours d'un autre ailleurs que celui que j'habite, et c'est l'histoire de ma vie. 


Il y a la Terre des Miens, au moins d'une partie, la terre de mes ancêtres, celles où ils sont enterrés depuis des siècles. Suis-je d'ici ? 
Je le crois dans le meilleur des cas, cela m'apaise parfois, seulement un peu, me donne l'illusion de la continuité, d'être attachée à quelque chose, à eux sûrement, d'être de cette lignée, d'être de là et non plus de nulle part
D'être issue d'Hommes et de Femmes dont l'histoire n'a pas été simple, mais qui ont vécu sur leurs Terres. Sans jamais la quitter, se sont battus pour elle, ont refusés de s'exiler. Cette idée me fait vibrer parfois pleurer quand je lis leur nom, que je tente d'écrire leur vie et que je les imagine, quand je leur parle dans des conversations imaginaires et qu'ils me guident souvent dans les méandres des registres d'état civils, et quand je ressens leur présence à mes côtés, une présence si forte, un parfum, un bruit. Je les aime, j'ai une profonde tendresse pour certains comme ils en ont sûrement pour moi. C'est la plus belle des histoires d'amour, l'histoire de Nous.


J'ai cette terre au fond de mon coeur, et dans mes moments de profonde détresse c'est vers elle que je me tourne, je veux croire encore que j'y retournerai, qu'un carré de terre sous les arbres à l'ombre du village m'attend et que je pourrai ainsi reposer en paix. Je veux croire encore, moi qui ne crois en rien ou presque qu'il me restera encore quelque force pour faire ce chemin dans l'autre sens. Un aller sans retour.


Illusion, croire pour ne pas mourir complètement ? Car de la mort parfois il y a, mais ce n'est plus un combat, vie et mort, ces désirs là ont réussi à cohabiter pacifiquement, paisiblement même. Et c'est bien. Je ne suis plus en lutte, j'ai baissé les armes. Et c'est bien

Mais ? 

Je suis en exil de l'exil,  penser retourner sur la terre quittée est un mensonge, la pire trahison qu'on se fait à soi même. On se ment pour croire encore qu'on n'est pas seul, qu'on pourra en retournant là bas retrouver les souvenirs d'avant
Foutaise, mensonges, espoir déçus sans nul doute. Car il n'y a plus rien.
Mais comment vivre en exil sans l'espoir de retrouver son chez soi ?

Devoir de mémoire, de fidélité familiale, mais essayer par là de rester un peu fidèle à soi : conserver son accent, les expressions de ce lieu abandonné, aimé, adulé, embelli mais qui ne ressemble plus aux photos jaunies que discrètement nous regardons et qui lentement nous font pleurer. 
Plus rien n'est comme avant comme cet avant de nos souvenirs, qui ne sont que des images, représentations d'un passé souvent idéalisé pour ne pas sombrer
Nous sommes partis, en espérant revenir, en sachant que ce retour ne se fera sûrement jamais, mais il faut... Rêver, pour survivre à l'agonie de l'abandon, de laisser là une partie de sa vie, qui coûte que coûte restera la meilleure. 

Exil, je suis en exil ailleurs que sur ma terre, mais je le suis chez moi
Où est chez moi ? Je suis étrangère, je me sens étrangère, là où que j'aille. Née étrange et étrangère, je n'aurai eu de cesse de chercher une terre d'accueil mais sommes nous vraiment d'ici ? 

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
Crédit photo @brigittedusch

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Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.

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Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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