Psychanalye Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

mardi 30 janvier 2024

Solitaires, solitudes


Sie sagt

"Je suis une solitaire, voyez vous, non que je l'ai souhaité mais la vie a choisi pour moi. C'est difficile la solitude, on s'habitue. Enfin non, pas vraiment, jamais. 
Etre seul c'est n'avoir que soi, soi en face de soi chaque jour que nous offre l'Eternel qui nous a laissé là, seul avec notre chagrin.
Je crois en lui, mais il est injuste parfois... j'aurai aimé ne pas être seule, solitaire.
C'est un poids terrible que la solitude"

Il confie

"Je suis tout seul à présent, elle est partie trop vite ma femme, on n'a pas eu le temps de profiter, de vivre un peu. Alors je reste là dans cette maison que nous avons construite. C'est pas facile tous les jours, je m'habitue (silence) non, pas vraiment car je pense à notre vie à chaque fois que je mets la table, je ne la mets plus ; une assiette, ça ne ressemble à rien... La vie est courte, j'attends."


Entre deux sanglots

"J'ai perdu mes enfants, ensemble presque, je les ai élevé tout seule comme maman qui a perdu mes deux frères elle aussi d'un coup, ensemble, ma grand mère avait perdu ces 4 fils à la guerre 14,  il y a leur nom sur le monument du village. Nous sommes maudits, cette famille ne doit plus avoir d'enfant. Je suis seule au monde, maintenant
Dites moi pourquoi"

Elle chuchote

"Mon bébé est mort, je ne sais pas pourquoi, mort subite du nourrisson ils m'ont dit, je n'ai pas compris, ça arrive il parait on ne sait pas pourquoi, tout allait bien il était si beau, mais il est mort, comme ça, tout petit, il n'a pas eu le temps de vivre, c'est injuste, je me sens si seule, je n'ai plus rien, je suis vide...
Vide de bras... il n'y a plus rien vous comprenez, plus personne à nourrir à endormir à embrasser, je voudrai mourir."

Il soupire

"J'aurai du rester là bas, d'ailleurs j'y suis toujours, vous, vous savez, on y va de temps en temps quand je peux vous raconter,  je suis à moitié mort là bas dans ce merdier,  et cette moitié que vous avez devant vous, c'est vide, c'est deux moitiés à moitié mortes, je dis des conneries... silence.
Je suis seul avec le manque, la peur les cauchemars, les odeurs, la mort, je suis la mort, je suis seul avec ma mort, on joue à la roulette russe, j'aimerai qu'elle m'emporte"

Elle parle

"Je suis seule, le matin lorsque je me réveille, puis quand je mange, quand je sors, quand je rentre, il n'y a personne, je suis seule, le soir, toujours et on recommence, cela fait cinq années que ça dure, que mon mari est mort, cinq ans que je ne vois plus personne, vous de temps en temps, pour parler de ma solitude, car avec les autres je suis polie, je ne dis rien, il faut aller bien pour croire que de temps en temps je ne suis pas seule. L'illusion pour vivre !'

Paroles de patients
Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
Crédit photo @brigittedusch

mercredi 3 janvier 2024

La Bâtarde



On la disait étrange, enfant elle ne ressemblait à rien, ni à personne.
Elle !
Elle l'étrange étrangère dont on ne sait que faire
Mais qu'on n'a pas vraiment oser abandonner
On la met au ban, à la marge de la famille, de la société et de la vie, on la cache un peu, enfant de la honte, il ne faut guère la montrer.
Pourtant elle s'accroche
C'est que les bâtards ont le goût de la vie, 
Ils s'y accrochent et se battent car ils savent qu'ils doivent être mille fois meilleurs que les autres
Les légitimes, les voulus, les gâtés
La Bâtarde a décidé de vivre, abandonnée sauf par quelques uns qui soient ont eu pitié, ou simplement aimaient les délaissés
Elle ne saura jamais


Le bâtard a cette intelligence de saisir ce qui peut l'aider à vivre, à mettre en place des solutions de survie.
Pas d'autre choix que d'être mille fois plus fort que les autres s'il veut réussir. 
Tous ses sens se mettent en éveil il découvre très vite sa différence, ce qui fait de lui l'autre dont on ne veut pas, ou pas vraiment ; le malgré lui, le malgré eux ;le malgré tout
Il est là, occupe la place qu'il n'a pas qu'on ne lui donne pas
Il n'a pas d'autre choix que de la prendre, la saisir, la revendiquer s'il ne veut pas être une victime
Il est arrivé là malgré tout, au hasard, pas voulu, pas désiré mais il est arrivé plus ou moins malmené par la vie, par la mère, par un père qui n'est pas le sien ! mais qui est vraiment le père ? Nul ne saurait vraiment savoir, même s'il l'affirme


La Bâtarde ne peut nier, elle ne ressemble à personne
Mais qui est-elle cette enfant ? de qui a t-elle les yeux ? Ce petit monstre aux cheveux blancs et à la peau si pâle ?
Mais de quel coin de l'Enfer a t'elle été jetée ?
Jetée en pâture à la vindicte des bien pensants, de cette famille hypocrite qui lui laisse penser qu'elle est tout en lui disant qu'elle n'est pas
Quels parents ? D'où vient-elle ?
Elle cherche, l'enfant souffre aimerait savoir, aimerait aimer, mais ne sait pas qui, s'accroche à l'adulte qui lui donne quelque affection, avant de réaliser qu'elle n'est pas, qu'il n'y a rien
La Bâtarde a de la chance elle est intelligente, elle est bonne élève et fait la gloire de cette famille infecte dont elle devient le phallus, celle qui est née de la faute pourrait-elle racheter les fautes de ces ingrats, de ces mauvais, de ces diables ?
Elle a compris très vite qu'elle pourrait sauver sa vie, se sauver en donnant du sens à l'existence


Et tu choisiras la vie


Elle comprend ça, s'accroche, la Survivante trouve en le savoir le chemin qui la mènera non à Dieu qu'elle ne connait pas mais à la vie qu'Il a demandé à ses enfants de choisir. Elle a choisi son camp
Elle aimera la vie tout simplement.

La faute ne s'effacera jamais, toute sa vie elle restera au ban, dépouillée, oubliée elle ne sera pas même prévenue de la maladie, de la mort de ceux qui ont été de mauvais parents tout en essayant d'être bons peut-être ?
La comédie ayant assez durée elle décide de tenir la parole qu'elle a donnée à l'enfant qui a tant souffert.


Car de la souffrance elle en a essuyée, rejets, moqueries, violences, insultes.  La haine, le mépris elle sait ce que c'est. Elle n'oublie rien même lors de Kippour elle n'y arrive pas ; personne ne lui a même demandé pardon.

Quand elle se retourne sur sa vie, elle se dit qu'elle s'est bien battue, qu'elle a réussi et qu'elle est debout, qu'elle a vaincu la haine, qu'elle n'a jamais baissé les armes même au milieu des larmes et des sanglots elle ne s'est jamais agenouillée, elle n'a jamais cédé. Elle est fière d'elle. Elle a tenu.

Alors elle est revenue, revenue sur la terre de la haine, sur les lieux des tragédies et de l'abandon, elle se joue de tout et refait le chemin à l'envers
L'heure des comptes et des contes a sonnée.


Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
Crédit photo @brigittedusch



lundi 1 janvier 2024

1° janvier



1 janvier
Il y a cette tradition que je n'ai jamais tout à fait comprise, celle de souhaiter ce jour précisément le meilleur (du moins je l'espère) à notre entourage. 
Souhaits sincères ? Je ne saurai savoir
Souhaits de convenance ? Je ne ferai aucun procès d'intention.

Pourquoi ce jour serait-il, sera t-il différent du précédent ?
Question de temps ? Temporalité ? Découpage artificiel du temps par l'homme qui s'évertue de le maitriser, le rationnaliser, le mettre dans des cases ?

Le Temps n'existe pas vraiment, chacun a le sien, le temps file et parfois s'arrête mais au rythme de chacun. La temporalité est singulière et pourrait donner lieu à un vaste débat.

Ainsi une nouvelle année devrait annoncer le meilleur, le mieux, le changement. Mettre un terme à tout ce qui a été douleur et souffrance.
Quid des bonheurs ? 
Quid des joies ?

Quel sens ? 

Demain sera un autre jour, après demain aussi, mais nous ne fêterons pas, nous ne fêterons rien.
Pourtant chaque jour est une fête, un cadeau puisque nous sommes en vie !
Alors ? 

Le temps passe, s'arrête, nous donne et nous reprend. On l'aime ou pas, il fait mal mais fait du bien, comme le ciel il est impermanent, il faut saisir l'instant, bref, du rayon de soleil et de l'éclat de rire, qui comme le nuage qui cache le coin de ciel bleu, et qui d'un coup d'un seul disparait, puis revient. 
La vie est un ciel avec ses nuages, sa nuit étoilée, noire ou seule la Lune impériale rayonne sur l'univers. C'est  aussi ciel d'orage, de pluie, de neige ou de larmes, un ciel lumineux, coloré parfois. Mais c'est ainsi.


Nous ne pouvons que prendre, être et vivre ; y mettre de la couleur quand il est trop gris ou un peu de noir quand sa clarté nous insupporte !

L'essentiel est d'aller en soi, en son coeur et en son âme chercher ce soleil qui nous manque, cet espoir qu'on nous confisque chaque seconde, mais dont il est de notre devoir d'entretenir la flamme.

Vivre

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
crédit photo @brigittedusch

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Nota bene

Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.

Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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