Psychanalye Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

mercredi 9 septembre 2009

Le violoncelliste de Sarajevo

Livre découvert sur les rayons de la bibliothèque, pris au hasard du titre, de la couverture. Comme je le fais la plupart du temps. J'aime cet imprévu, ce "hasard" cette découverte d'un auteur ou d'un livre. Sans trop savoir si j'aimerai ou pas. Libre de poursuivre le récit ou non !
Une rencontre ou non...

Le siège de Sarajevo. Un obus comme tous les jours, plusieurs fois par jour. Cette fois, il fauche 22 personnes qui font la queue devant une boulangerie
Presque banal dans cet univers de guerre, dans cet enfer.
Un homme pourtant ne veut pas de cette banalité là, il refuse;
Chaque jour, à 16 h, il se rend sur les lieux et joue au violon "l'Adagio " d'Albinoni, à cet endroi précis, en hommage aux victimes
Il jouera 22 jours consécutifs...
Imperturbable

Il se rendra sur les lieux et jouera au mépris de la mort, des snipers, des balles perdues, il joue.

Une histoire vraie, qui débute le 27 mai 1992...Un violoncelleiste virtuose, Vedran Smailovic, jouera, jouera, sous les bombes, sous les balles, seul, sans public, pour lui, pour les morts. Pour ?
Puis peu à peu, les gens savent, passent, écoutent, s'arretent, un instant, plus longtemps...
Il y a un homme là bas, qui joue une musique, c'est triste, il vient tous les jours.

... Une sorte de rumeur, qui s'amplifie, chaque jour...

Acte de résistance ? Courage ? Refus ? Volonté d'humanité encore ?
Chacun est menacé, tout le temps, la vie ne tient qu'à un fil, pour celui qui se risque hors des ruines dans les décombres, qui se risque hors des remparts pour chercher de quoi maigrement subsister...Qui s'accroche à la vie, au fil tenu de la vie, encore !

L'auteur à travers le quotidien de trois autres personnages, une jeune sniper, Flèche, un homme qui va chercher de l'eau pour sa famille et une vieille voisine acariatre tous les 4 jours, Kenan, le boulanger Dragan qui tous les matins se rend à son travail.
Il nous livre le quotidien, leur quotidien au milieu de ce champ de ruines, leur lutte pour la vie, leur vie, pour que tienne encore un peu, encore un jour le fil tenu de leur existence.

Chacun risque sa peau, sous les balles des snipers, des contres snipers, des obus des "hommes des collines"
Nul pathos, nulle lamentation. Il n'y a pas, ou plus la place pour ça.
Un récit sobre, presque un documentaire, une analyse des sentiments, des émotions, des affects..
Courage, peur , craintes, états d'âme, questionnements intérieurs...
Les persponnages sous les balles sont face à eux même, face à leur être seul, à leur possible derniers moments... Ils doivent faire face aux événements, à leur devoir, fuir, avancer, laisser de côté...
Face à la mort, tout le temps, face à leur fin, possible, tout le temps !
Tous pensent au passé à cette ville, ce Sarajvo qu'ils n'ont pas quitté parce qu'ils l'aiment et qu'ils refusent de le laisser à ces "hommes des collines" qui veulent le détruire et par là, les détruire, casser, briser leur rêve, leur histoire. Avec des bombes !

La destruction de la bibiliothèque est poignante. C'est une partie de l'âme de la ville qui est arrachée à son corps. Un corps détruit, des ruines, un champ de ruines qui se vide de ses âmes un peu plus chaque jour... Un quotidien insoutenable, mais terriblement "normal", devenu terriblement banal !
La banalité du mal !

Chacun est face à lui meme, à ses craintes et à ses fantômes, à ses cotés sombres aussi. L'homme est duel, divisé, clivé, il voudrait etre, mais n'ose pas, craint de mourir, la mort est au rendez vous à chaque seconde, c'est elle qui décide quand et comment... Sans trop de surprise, la surprise étant d'être encore vivant en se relevant sous les gravats...
Alors on se demande si on est lâche, courageux, on regarde on attend de voir un autre, un inconnu traverser la rue, atteindre l'autre côté, pour s'engager soi même, se croyant à l'abri d'un sniper, puisque l'inconnu est encore en vie. On se demande si c'est bien, ou mal d'avoir attendu, d'avoir ustensilisé l'autre, d'avoir expérimenté, de s'en être servi comme "cobaye".
Le lecteur, lui aussi est face à lui même, grâce à l'image que lui renvoit ce miroir.... Héros, anti-héros, collaborateur, résistant... Tout à la fois, le meilleur ? Le pire ? Mais qu'est-ce que ces valeurs, ces concepts dans un univers de destruction, où l'homme détruit l'homme, où il est ustensilisé par l'homme, où il est l'autre de l'autre, l'autre mauvais qu'il faut détruire.
Il y a toujours un autre mauvais ?

Et puis le lecteur qui se laisse emporter par le quotidien de ces trois héros héroïques et ordinaires oublie lui aussi que la mort n'est plus extra ordinaire, qu'elle est en ce lieu devenue banale. En revanche, aller chercher de l'eau, du pain, se raser, se laver, cuire son repas etc.... sont des actes impossibles mettant la vie en danger,
Le quotidien est risqué, les habitants, rescapés sont des morts en sursis, ou des vivants en sursis, en attente d'un secours d'une Europe qui s'en fout, qui se bat elle aussi dans les salles de conférence, sans lever le petit doigt pour arrèter ce massacre, à une heure d'avion de chez nous !
L'enfer de Sarajevo était à notre porte, derrière cette porte que personne ici n'a jamais osé entrouvrir


Steven Galloway Le violoncelliste de Sarajevo. Ed. Lattes.

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Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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