Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

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mardi 10 septembre 2024

Entre jour ? Entre nuit ?




L'entre jour, l'entre nuit ? Ces moments singuliers où l'esprit s'envole et se perd dans l'imaginaire à la quête d'un présent passé, qui n'existe plus que dans les souvenirs, mais s'inscrit toujours en creux sur la ligne du temps.
Celui qui passe sans toi.

Sans eux je ne survivrai pas. 
Alors je les laisse venir, m'envahir, me caresser, m'envelopper
Je les attends.

Combien de temps encore ? 
Combien de jours, de semaines, de mois, d'années ?
Combien d'attente dans l'antichambre de l'Eternité ?
Combien de temps au coeur de cette effroyable solitude ? 
Tragique sidération où le corps et le coeur semblent figés dans un temps révolu ?


Il a suffit d'un photo en noir et blanc tirée de l'oubli, enfouie au fond de ma mémoire. Elle a surgi là comme ça, par surprise, intrusion brutale, effraction violente lacérant ma chair, mon coeur, mettant à nu ce que j'ai de plus intime, ce que je garde secret au plus profond de mon âme l'offrant en une seconde à tous les tourments.

Pourtant ! 

D'un seul coup, d'un seul, j'ai pris conscience de ce temps qui nous séparait, de cette vie entière passée sans toi ? Pourquoi ? 


Je ne sais pas.
Brutal, violent, c'est une effraction terrible dans tous mon être, dans ma chair, dans mon âme, dans mon coeur, dans ma vie.

Cette vie que je t'ai donnée un jour pour l'éternité. 
Cette vie que tu m'as donnée un jour pour l'éternité
Cette vie, ta vie qui brutalement s'est arrêtée, volée, ta vie qui m'a été arrachée.

Je suis et serai jusqu'à ma mort déchirée, amputée d'une partie de mon être. à jamais. Je suis morte ce jour là. Une partie de moi est partie avec toi.

Je continue le chemin, je vis, j'aime, je chante et je danse encore, je fais de mon mieux, j'ai fais une promesse. 
Je me dois à ma parole
J'ai choisi la Vie
Mais.. 
Quel autre choix ?  tu sais comme moi que nous n'avons pas le droit.
Pourtant, j'y ai pensé souvent, j'y pense encore, souvent, toujours, je ne cesse pas, jusqu'à mon dernier souffle qui sera pour toi.

Mais je vis... encore !
Dévastée
Désespérée.

Il me plait de penser que tu es prés de moi, en moi, que tu veilles sur moi
Il parait que le temps n'existe pas, que c'est une invention de l'homme pour ne pas se perdre. Mais se perdre où ?
L'univers du temps ? Le temps de l'Univers ?
Alors je me perds... Je m'y perds. Je suis perdue.

Qu'il me semble long, ce temps, très long, trop long.
La vie est parfois un lourd fardeau à porter, insupportable !

Et tu me manques, à chaque seconde, à chaque souffle, à chaque battement de mon coeur qui bat parfois trop vite, trop fort, qui me fait mal, qui me déchire tant il est fatigué, usé. J'attends qu'il s'arrête enfin... 
Parfois je n'ai plus la force. 
Mais...
Je vis encore... !

Et le temps passe, s'écoule, à contre courant, j'aimerai m'y laisser couler, emporter
Mais ni le temps ni le courant n'ont de prise sur l'Amour. 
Il ne peut s'en emparer, les saisir, les retenir
Il ne peut  confisquer des promesses.

Entre jour entre nuit, entre temps : infime faille où je me glisse, ultime refuge où je te retrouve. Où je suis enfin ce que je suis, qui tu sais que je suis. 
Car toi seul sait. Nous seuls savons.

Etre enfin à soi !
S'abandonner enfin à soi, à nous.

Entre jour, entre nuit entre parenthèses, chuchotements, ne pas faire de bruit, être presque dans le silence, celui d'avant et d'après la mort. 

Entre la vie entre la mort, corridor de l'espoir d'un autre monde, d'un autre espace, qui me conduira à la lumière

Tu étais mon Soleil, j'étais ton Etoile. 
Pour toujours.

On se retrouvera dans ce Ciel que je regarde souvent, comme nous le faisions il y a si longtemps, il y a trop longtemps... Dans ce monde que nous voulions construire qui a accueilli notre amour, nos rêves et nos espoirs.

Je te parle souvent, je te vois, je nous vois, 

Pourquoi je dois vivre sans toi ?

J'aimerai tant que tu m'emporte loin de tout ça, tout prés de toi, doucement.
Pour toujours, pour l'Eternité, 
On se l'était promis
Je sais que tu m'attends. 

En ce jour si spécial en ce jour malgré toutes ces années passées, je te dis encore et encore, tant que je serai en vie avant que nous soyons enfin réunis pour l'Eternité. 

Ani lé Dodi vé dodi li  אני לדודי ודודי לי

J.BS

Brigitte Dusch, historienne psychanalyste, exploratrice urbaine
Crédit photo. @DJ... 


vendredi 28 juillet 2023

Et on n'aura plus peur


Viens tout près de moi
Donne moi la main
Serre la dans la mienne.

Je te le dis, je te le promets
Tout va changer
Et on n'aura plus peur,
Plus peur du bruit,
Plus peur des cris,
Plus peur du vent
Plus peur de la porte qui grince
Plus peur du regard
Plus peur des mots
Plus peur des reproches
Plus peur de rien !
Non, on ne va pas mourir
Oui, on va vivre
Et on n'aura plus peur !
On marchera sur les chemins
D'un pas alerte et ferme, sans regarder en arrière, le visage au vent,  droit devant
Et on n'aura plus peur !
On rira tant qu'on pourra, on chantera, on s'amusera
On aimera, on s'aimera
Viens dans mes bras, serre moi très fort

Et on n'aura plus peur

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
Crédit photo @brigittedusch

mercredi 2 décembre 2020

La dilution


Traum 


"Cela fait si longtemps maintenant. Longtemps j'ai entendu leur voix, j'ai ressenti leur présence à mes côtés, longtemps ils étaient là, il y avait un parfum, une odeur, des sensations... Vous voyez, je ne peux pas expliquer, mais longtemps ils étaient là"
Silence

"Et puis soudain j'ai réalisé le temps, le temps entre eux et moi, ce temps qui file et qui défile avec moi et sans eux, ce temps que je n'ai pas vu passer, et ce fut un choc...
.................
Hébétée devant ce gouffre, alors j'ai réalisé, qu'ils étaient partis, vraiment disparus, c'était si loin maintenant. Les souvenirs, il ne restent que les souvenirs, mais même eux s'estompent, les voix disparaissent, les sons, il ne me reste que les images, mais je ne sais pas si elles sont vraies, réelles, si tout cela a bien existé, je ne sais plus, c'est une nébuleuse, un ciel plein de nuages..... Et je me sens si seule, abandonnée encore une fois, toujours, c'est un peu l'histoire de ma vie, de la vie, peut-être ! nous sommes seuls. Mais je ne l'avais pas vu comme ça, puisqu'ils étaient là prés de moi. Je ne les ai jamais imaginé au cimetière, je ne vais jamais au cimetière pour les voir, leur parler. Les gens ne meurent jamais vraiment si nous pensons à eux....

Silence.

"Ce n'est pas que je ne pense plus, non, tous les jours j'y pense et je sais bien qu'ils ne sont plus là, j'aime les faire revenir à ma mémoire, mais tout se dilue, se fond dans une brume qui va se dissiper si ne n'y prend garde. Ce n'est pas la mort de l'autre qui est effrayante, c'est la vie sans lui, sans elle, sans eux. Tout continue comme si ils n'avaient pas existés. Cette réalité là reste en moi, mais la vie continue, tout se poursuit, inexorablement, et moi, j'assiste à ça et c'est terrible, tout est pareil, tout pareil mais il manque, il y a un vide, terrible qu'il faut combler en sachant que c'est impossible. Mais le veut on vraiment ? Est-ce un désir ? Il faut vivre avec le manque, et sa présence, entretenir cette confusion en sachant qu'il faut cliver, défusionner, l'autre n'est plus mais moi je suis là, il est pourtant en moi, dans ma tête, mon coeur et mon esprit, je peux ramener son image quand je veux, et me souvenir, entretenir ce dialogue singulier qui fait de moi une folle, mais je m'en fout. 

Silence
Il parait qu'il faut laisser les morts, je n'en sais rien après tout, ils peuvent s'en aller, et là je sais qu'ils sont partis, ce sont éloignés peut-être parce qu'ils pensent que je n'ai plus besoin d'eux, ou que je ne vais pas tarder à les rejoindre. 

Elle rit.
"Et de ça je m'en fout, je suis seulement triste de la peine que je ferai à ceux qui m'aiment ou qui le disent, mais c'est peut-être vaniteux de ma part, de me donner cette importance, le voyage est court, on a le droit de croire qu'on nous aime lorsque nous sommes de passage sur cette terre de misère, cet enfer mais qui nous réserve parfois un peu de bonheur.
Il faut le prendre, ce bonheur, l'attraper au vol et se sauver comme un voleur, on court après, mais il se hâte, et pouf, plus rien ! "c'est comme le pompon du manège, on le choppe et un tour gratuit ! je ne sais pas si je referai un tour de vie gratuit ! tout se paie non ?
Silence.
Tout se dilue, je ne les vois plus parfois, je les vois partir au loin dans un lointain inconnu, où je ne peux aller, tout se dilue, s'estompe, s'en va, et moi je reste là, abandonnée, sans eux. 
Il va falloir faire encore un bout du chemin... 
Silence.

 

dimanche 6 septembre 2020

Tourner la page.



Tourner la page, ce n'est pas un simple cliché, c'est un acte, une mise en acte. Longue parfois, difficile souvent, essentielle toujours.


C'est prendre une décision, clore le chapitre, le jeu, une histoire. 
Prendre une décision : Choisir : Renoncer.
C'est réfléchir, raisonner, parfois,
C'est une rupture souvent

Tourner la page c'est se sauver, sauver sa vie, sa peau, son esprit, son âme, se délester d'un poids, d'un mensonge, d'un faire semblant. C'est faire tomber le masque, pour toujours.
C'est penser à soi, prendre soin de soi. C'est être arrivé au bout d'un chemin, lassé, usé, vampirisé... Exsangue.
C'est quitter enfin !

Partir, un mot magique ! La clé qui ouvre toutes les voix, tous les champs du possible. C'est sortir de soi, de ce "chez soi " qui sournoisement a offert, puis maintenu un simulacre de sécurité, d'enveloppement, parfois d'amour. C'est s'échapper de cette médiocrité, cette étroitesse où maintenu, tenu en laisse, muselé on étouffe et suffoque.

Tourner la page c'est passer à autre chose, à cet ailleurs nécessaire, indispensable et salvateur.


Il n'y a aucune autre issue, c'est l'issue de secours, le visa pour l'autre côté du Mur, le passeport vers la vie, la liberté, la Renaissance. 
On retrouve d'un coup, d'un seul la soif de vivre, de faire des projets, d'imaginer, de s'imaginer
On se prend d'un coup d'un seul d'une envie de sortir de son cocon, de briser le carcan, de jeter le corset.
Il n'y a rien à regretter, ni à se dire "j'aurai du faire ça depuis longtemps" ! Non, il faut être prêt, et on ne l'était pas. C'est une longue maturation, un processus, un temps long, une transformation, une conversion, une métamorphose, un rêve, un impossible qui peu à peu prend forme, puis prend vie.
Qui enfin EST.

Longtemps on s'est pensé incapable, dépendant, puis on découvre que non, nous ne sommes pas ça, nous ne sommes pas celui ou celle que l'autre a modelé ou a cru le faire. Cet autre qui nous à fait victime, vulnérable, incapable. Non, nous ne sommes pas ça. Nous n'avons jamais été ça, nous n'avons été que le reflet de ce que cet autre, bourreau maléfique a instillé dans nos veines perfidement afin de nous empoisonner, de nous arraisonner telle une cargaison précieuse pour se nourrir, et vivre à nos dépends.

Alors il est grand temps de se libérer, de faire sauter les verrous, les derniers obstacles. Ils tombent facilement, un par un, nous prenons cette forteresse que nous pensions insaisissable, et nous voyons ce tourmenteur dans toute sa noirceur et sa laideur.  Nous voilà encouragés à persévérer, à se défaire des chaines qui depuis des années nous entravent. 
Vivre libre enfin ! regarder le ciel et se dire qu'il nous appartient. Penser à soi, enfin, prendre soin de soi enfin?
Etre soi enfin !
Il en a fallu du temps pour briser le joug ! il en a fallu des brimades, des humiliations, des larmes, de la souffrance, de la douleur !

Mais c'en est fini de courber l'échine, on peut à présent se tenir droit, relever bien haut la tête. 
Le monde nous appartient. Car nous n'avons plus peur !
ENFIN.


Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne

crédit photo : @brigittedusch



dimanche 9 août 2020

Un long silence


Un long silence, un temps long, pour aller à la rencontre d'un autre soi. Celui qui n'existait pas, qu'on ne soupçonnait pas jusque là. 

Un temps nécessaire pour parcourir le chemin, s'arrêter, partir, se dire aussi qu'il ne sera plus jamais question de revenir. 
C'est un aller simple que ce voyage là, c'est un aller sans retour. Prendre un billet vers nulle part, sans boussole, juste en se faisant confiance. Car on n'a plus le choix.
On se dit que devant le malheur et la tragédie il faudra faire face, le vivre en est une autre. On se croit armé et on se trompe. Car il ne s'agit pas d'armes, il ne s'agit même pas de guerre, il n'y a pas d'ennemi, rien à perdre, rien à gagner;

Il faut simplement y aller, traverser l'enfer, l'insomnie, la terreur, le désespoir, déverser des torrents de larmes, demander des secours, qui jamais ne viennent et ne viendront jamais

C'est en ça que réside la force : l'Etre seul, l'Etre face à soi, face au malheur, face à la peur, face au vide, et se demander si et quand on va basculer

Etre sur le fil du rasoir, il suffit de se pencher, de se laisser aller, de se laisser glisser... Ou non 
Croire que cette fois, jamais on n'y arrivera, jamais on n'y parviendra.
Choisir.

Pourtant  ! On se dit qu'on a survécu déjà à tant et à tant, qu'on fait partie de la race des Survivants, des presque morts, de ceux qui reviennent toujours, mais juste un peu mais différents. 
Différents, non pas plus forts, pas plus faibles, pas plus meurtris mais différents.

Car nous avons appris.

Il y a des moments où la vie nous oblige a prendre rendez-vous avec l'enfant que nous étions, de le regarder vivre, ses joies, ses peines, les violences et les chagrins. Le regarder avec compassion et l'aimer. Puis il y a des moments où il faut prendre un autre rendez-vous. 

Partir à la rencontre de l'adulte, cet homme, ou cette femme, ce sujet humain qui est aussi en nous mais que nous ne connaissons pas vraiment. Le résilient, le survivant, celui qui va affronter. S'affronter. Se défier, se surprendre, se surpasser.

Il faut comprendre que même si des mains se tendent, c'est une illusion, un mirage, qui retarde notre rendez-vous, notre grand soir ! Nous seul avons la clé, celle qui ouvre la porte de notre Etre

Car nous sommes, nous ne sont que ça : Etre.

JE SUIS

Cela nécessite un long chemin et un très long silence. 

Brigitte Dusch, historienne psychanalyste
Crédit photo @brigittedusch

dimanche 24 mai 2020

Réparer les morts ?


Etre thérapeute, psychanalyste, c'est entendre, écouter, aller à la rencontre, comprendre, accompagner, et tenter de réparer les vivants. Les amener à vivre malgré les blessures, les souffrances, les épreuves, aller au delà d'un passé douloureux, apaiser les angoisses, les peurs, panser les bleus de l'âme, calmer les vagues, les tsunamis parfois, mettre du baume sur les cicatrices qui inévitablement laissent des traces.
Réparer, rafistoler, être vivant, tenir debout tient souvent du savant bricolage….
Pourvu que ça tienne !


Mais réparer les morts ?
Depuis les Origines on raconte que les morts n'ayant pas trouvé la paix et n'ayant pas été ensevelis convenablement reviennent demander des comptes aux vivants. Exigent d'eux de reposer enfin. C'est aux vivants de faire ça, ils leur doivent, ils sont dans cette dette. Ainsi il en est des fantômes…

Croire ou non aux fantômes n'est pas la question, mais réparer les morts est un devoir, certains entendent leurs plainte, leurs cris, leurs demandes, sorciers, chamanes ou tout simplement ceux qui prennent le temps d'écouter le silence, d'entendre le fin crissement qui en déchire le voile. 

Entendre pour réparer les morts.

Les disparus, les oubliés, les laissés là, abandonnés, les âmes errant à la recherche d'un tombeau, de leur terre, des leurs, les morts qui n'ont pas compris pour quoi ? qui ont été saisis par la faux implacable qui, d'un coup d'un seul leur a ôté la vie, les a longuement, trop longuement toujours, laissés agoniser avant de voler leur dernier soupir. Jeunes ou vieux, la mort était trop tôt au rendez-vous. Ils n'ont pas eu le temps de dire au revoir, de finir, d'aimer, de vivre. Ils sont partis dans un cri, un hurlement, un sanglot, des larmes.

Ces morts ce sont ces Hommes, ces Femmes, ces enfants,  que je rencontre au fil de mes recherches, parfois au hasard d'une liasse, ou d'un registre. Des noms, prénoms, une vie contenue en très peu de mots, en chiffres, une vie sur une ligne ou une page. C'est cette petite chose indéfinissable qui m'arrête, accroche mes mains sur la feuille ou mon regard, hasard, pur hasard, un numéro, un nom et puis… Je sais que ça parle.

Chut, entendre, oh il ne s'agit souvent que d'un murmure, mais il est bien là, timide, parfois plus appuyé. Alors je m'arrête, là, à cet endroit, et je sais qu'il faut chercher, aller plus loin, partir à l'aventure d'une rencontre. Ce n'est pas toujours facile, les indices sont souvent rares, alors je leur parle : "bon il va falloir m'aider parce que je ne vois pas, je ne vous trouve pas,  il faut me guider' puis ça vient, lentement, parfois plus vite, je trouve par "intuition"...
Je parle souvent, avec eux, au cours de mes recherches,  toujours, ils sont prés de moi, je ressens cette présence discrète, un parfum de tabac, de violettes, une ombre. C'est un lâcher prise. Accepter d'être accompagnée, de faire un bout de chemin avec cet autre, d'abord inconnu, puis familier.
Je dirai que tout au long de ma vie de chercheur j'ai toujours eu cette chance, découvrir l'inattendu, mais qui se révélait essentiel et faisait avancer mes travaux.

Réparer les morts, n'est pas seulement faire de l'histoire, c'est aussi et surtout faire acte d'humanité, de rendre la place qui est la sienne aux vivants et à ceux qui ne le sont plus. Remettre de l'ordre dans la Cité. C'est parfois compliqué, c'est entrer souvent dans l'intimité d'une lettre, d'un journal, d'un "intérieur," d'une confession. Même trois ou quatre siècle plus tard, je demande toujours au défunt son autorisation de lire, d'ouvrir de partager. C'est un dialogue bien singulier que nous entamons là mais sans lui, serait-il vraiment possible d'aller plus loin ? Ne serait-ce pas une intrusion ? Une profanation ?
Réparer les morts, c'est aussi leur rendre leur identité, leur vie, dire qui ils ont été, ce qu'ils ont fait, les inscrire dans le lien qui fait notre histoire, le passé du présent. C'est dire qu'ils ont été pour que nous puissions être là.
Réparer les morts c'est les reconstruire, raconter leur vie, dire aussi quand elle se termine, comment. C'est la branche d'un arbre qui si elle ne vit plus a été et a donné de nouveaux fruits, de nouvelles feuilles.
Réparer les morts c'est inscrire la trace de celle, de celui, de ceux qui avant nous étaient là, qui ne sont plus là, c'est les sortir de l'oubli. Leur donner une sépulture, pour qu'enfin ils puissent reposer en paix.
Réparer les morts, c'est aussi leur dire aurevoir, se séparer, éprouver du chagrin, un manque puis reprendre la route. Faire le deuil ; eux de moi et moi d'eux. Et en être heureux.
Réparer les morts : c'est je pense,  le devoir des vivants.

Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste
Crédit photo @brigittedusch

dimanche 23 juin 2019

La parenthèse enchantée




Il y a cet espace, infime faille
Intime faille où se loge le rêve éveillé


Où s'anime un pays singulier

Un endroit où brillent deux soleils
Et scintillent deux lunes
Quelques étoiles éclairent la nuit
Et le cœur de mes insomnies

La parenthèse enchantée
Celle qui me fait rêver
Un asile un refuge
Celui de l'enfant traversant les nuages
Pour rejoindre les rives de cette île
Où tout est possible

Il suffit de s'asseoir et de regarder
Rêver pour passer quelques bribes de vie
Dans ce monde où scintillent deux lunes et brillent deux soleils.


Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne in "En Vrac"
Crédit photo @brigittedusch

dimanche 14 avril 2019

Pas sage



De passage, ne soyons pas sage
Risquons nous à la fantaisie
Nous n'avons qu'une vie
Expérimentons le bonheur
Au mépris du malheur
Soyons libre de notre vie
De notre destin
Affirmons sans souci
Que nous ne choisissons la vie
Vivre pas sage
Car nous ne sommes que de passage.

Passons donc par ci par là,
Ne suivons pas de chemin droit
Egarons nous dans les méandres, dans les chemins de traverses
Pas sage ! Ne soyons pas sage, de passage, nous sommes des passeurs d'âme.

Brigitte Dusch in "Les nouvelles d'Arsel"
Crédit photo @brigittedusch "Damgan"

mercredi 30 janvier 2019

Je n'aime plus l'hiver

Je n'aime plus l'hiver
La neige et le froid
A la fin de ma vie
Je n'aime plus l'hiver

Pourtant, il n'est pas une finitude
Mais un recommencement
Un pas vers demain
Vers les beaux jours à venir
L'hiver est une promesse, une attente, un repli
Une méditation sur soi

Et l'intérieur de soi
………………………..
Je n'aime plus l'hiver
Le vent, la pluie, le gel
Ce temps court qui invite au sommeil
Ce long endormissement avant un timide réveil
Je crois que je n'aime plus vraiment l'hiver
Même s'il reste au fond de mon cœur un frêle attachement
Un lien profond peut-être mais qui s'effiloche au fil du temps, l'hiver n'est plus le même au crépuscule de la vie, il siffle la fin du jeu, de la récréation. Le temps semble alors compté, il faut se résoudre à se dire qu'il y aura moins d'étés et de printemps.


………………………….
Attendre fébrilement qu'il s'éloigne,
Scruter le ciel et le jour qui reste un peu plus longtemps
Chaque seconde gagnée l'est sur le temps
Guetter les premières bourgeons, le premières primevères, dans le jardin, dans les buissons, humer l'odeur de la saison nouvelle
Se dire que cette fois encore, pour une fois peut-être le printemps sera au rendez-vous, qu'avec un peu de chance l'été ne nous fera pas faux bond.

Alors pourquoi ne plus aimer l'hiver ?


Brigitte Dusch "des bribes et des mots, mots en vrac" in les Nouvelles d'Arsel
Crédit photo @brigittedusch

mardi 4 décembre 2018

Lettre du Front. "A ma Mie" (14 mai 1915)




Ma Mie, Ma Tendre, mon Aimée

Je t'écris de la Mort, je t'écris de là bas. Dans ma bouche il y a ces mots, ces mots que je voudrai tant te dire, il y a ces mots qui ne peuvent pas sortir. Dans ma bouche il y a la boue, la terre, le sang, l'odeur de la poudre et de la poussière, du souffre et du sang encore, le sang toujours. Dans mes yeux il y a les larmes, celles de la peine et de la colère. Il y a l'odeur, de la merde et du sang, de la fumée et le bruit, l'odeur du bruit. Je t'écris d'ici bas, sous la terre, dedans la terre, enterrés nous sommes. Tu n'es guère loin de moi, il suffit de traverser la rivière, la nôtre, notre rivière. Nous ne sommes plus des Hommes mais des bêtes tapies au fond du trou, attendant la fin, redoutant le pire, les dernières minutes sont les prochaines, la fin, ou peut-être pas. Tout est fini ? Ou ne l'est pas. Nous sommes des bêtes sous les cadavres qui tiennent chaud, nous protèges des tirs et des éclats d'obus, il ne reste rien, plus rien que des ruines. Il n'y a que la Mort, elle rode, elle est partout, je suis là au milieu des Morts, de mes camarades Ma Mie, je n'ose penser à toi, dans cet état. J'ai le corps et la figure couverts de leur sang, j'entends leurs cris, leurs gémissements, les hurlements de leur agonie. J'ai vu leurs membres épars, leurs corps sans tête déchirés, écartelés, des trous béants laissant échapper leurs entrailles, j'ai vu tout ça et je suis là, encore là. C'est une fin du monde, la fin d'un monde, l'Apocalypse. Ah ma Mie, je t'écris de la Mort, je ne suis pas en vie, je t'écris du fond du trou, celui où je suis, et resterai à jamais, ce trou est mon cercueil pour l'éternité. 
Et cette odeur du sang,  partout, cette odeur de chair, chaude, brulée, elle colle à ma peau comme les lambeaux de chair de ceux qui prés de moi sont tombés sous le canon. J'entends les râles et les pleurs, Bon dieu il faut que ça cesse, je ne suis pas croyant, mais s'il y a un dieu, qu'il se manifeste… Gamins et vieillards, chevaux, personne ne mérite de mourir comme ça, c'est un carnage, c'est une boucherie, quel humain peut faire ça ?
Je ne sais où poser les yeux. Le ciel s'embrase et prend feu, il fait nuit en  plein jour et jour en pleine nuit, il n'y a plus ni lune ni soleil ; ils s'en sont allés. Pour l'éternité, nous ne les méritons plus; Oh ma Mie, je voudrai tant fermer les yeux, entendre la douce musique du kiosque, te revoir avec ta robe fleurie et ton chapeau de paille, je voudrai tant t'enlacer et t'emmener danser sur la place de notre village comme en ce mois de juillet. Oh ma Mie tu me manques tant ! Te serrer dans mes bras et t'embrasser. Plus jamais il n'y aura de beaux jours, plus jamais nous ne danserons ainsi. Une page s'est tournée un monde s'en est allé. Oh Ma Mie, je t'écris de la Mort, là où je ne suis pas encore ! Je ne sais si je te reverrai, si je pourrai t'aimer encore. Amour ne rime pas avec Mort. Je te parle de ma vie, alors que je sais que de l'autre côté de la rivière tu souffres aussi, car l'ennemi à tout pris, même nos villages, nos récoltes, nos maison et nos vies. Je te dis toute l'horreur, celle qu'on ne veut pas vous dire pour ne pas vous faire peur. Non, ma Mie, nous ne sommes pas des braves, nous sommes des hommes et nous avons peur ! Monter au Front c'est aller à la mort, se cacher dans la tranchée c'est risquer d'être enterré, il n'y a aucune issue, aucune manière d'y échapper ! En attendant, nous vivons comme des rats, ils sont avec nous au fond de ce trou infecte dans la merde et la boue. On essaie de rire, de chanter, de se parler de se raconter et aussi de rêver. Ma Mie je t'écris sur ce carnet, je t'écris de la Mort. Un satané pays que celui là, où personne de vivant ne devrait aller. Je t'écris de là Haut, je t'écris d'en bas, ma bouche est pleine de terre, de sang et de boue, j'entends le bruit assourdissant du canon et les crépitements de la mitraille, c'est l'enfer sur terre, il n'y a plus rien, tout brule et tout est en ruines, ma Mie, je t'embrasse partout et mille fois encore, je ne suis pas encore mort, pas tout à fait mais plus encore vivant. Vivant quand même, mais pour combien de temps
Je t'aime ma Mie. Prends bien soin de toi, j'essaie de me garder, pour te retrouver peut-être un jour ?

Ton bien aimé.

Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste. "Gustave,  Lettres, fragments, éclats de Maux"
Crédit photo @brigittedusch

vendredi 18 novembre 2016

Andere Welt




ll m'appelle. 
ll me dit qu'il a très bien connu Gerd.
ll me dit que ça fait longtemps de cela
Bien longtemps !

ll m'appelle ; ll me dit qu'il va m'envoyer des photos, de lui, de Gerd, de là bas !
ll me parle, sa langue est maladroite, imprécise, rugueuse ; la langue dérape. ll parle la sienne, la nôtre.
La langue glisse ; mais pas le discours.

ll me demande si je me souviens, d'un visage, d'un nom, d'une maison ?
Je me souviens....
Mais de quoi exactement ?
Je ne me souviens pas vraiment ; de quoi devrais-je  me souvenir ?
Tout est flou, loin, perdu dans les brumes de ces forêts d'un autre monde.
Une nébuleuse. Un monde : Welt
Le mien, celui d'avant, d'avant ici,
Le monde de Gerd, le sien et le mien : le nôtre
Avant.

ll m'appelle et me dit encore qu'il voudrait me dire ; me parler de Gerd, de ce temps qu'il lui a confié que je ne sais peut-être pas ; dont il ne m'aurait rien dit parce qu'il y a des choses qui ne se disent pas toujours, forcément.
Je ne me souviens pas.
Pas de tout, de quelques bribes, de quelques bruits, de quelques mots.
Le passé de Gerd : Savoir que les apparences sont souvent trompeuses, ne pas toujours croire ce qui est dit : la légende, la réalité, la vérité... Ce n'est pas tout à fait la même chose, ça se rejoint peut-être mais pas forcément.
Le mythe ; de Gerd.

ll me dit encore qu'il ne reste peut-être plus que moi pour me souvenir de lui ; et lui : Nous.
Ce Nous ne  me dit rien car si je connaissais Gerd, lui je ne le connais pas.
ll me tutoie. 
ll m'appelle et me dit que si je veux il m'appellera une autre fois pour me dire encore...
ll me dit qu'il est heureux car il a pu enfin me parler lui qui ne me connait pas.
ll me dit que Gerd aurait aimé ça ; voulu ça.
Je ne sais pas.
Je songe et reste sans voix.
Notre seul lien c'est Gerd
Notre seul lien c'est la langue ; sa langue, la mienne, la langue de Gerd.
Elle nous relie, nous lie aussi peut-être
C'était !
ll parle encore, ll raconte...
"lch kann dir vertraueren".

Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste in "Les Nouvelles d'Arsel" Bribes et fragments"
Photo @brigittedusch

mercredi 20 avril 2016

Ce que je vois

Ce que je vois...

“On ne voit que ce qui apparait à nos yeux” Kant Ce que je vois N’est pas forcément ce qui est... 
 
Ce que je vois et ce que je perçois de la réalité qui m’est montrée à voir n’est pas forcément ce qu’elle est. ll en est de même pour ce que j’entends, ce que je dis, ce que je sens, ressens, ce que je vis.
 
 Mais alors qu’est-ce que je vis du réel ? Qu’est-ce que le réel qui est le mien ? Mensonge ? lllusion ? Mirage ? Risque d’erreur, et un risque appréciable, pas forcément prévisible sur lequel il faut nécessairement compter mais prévoir. C’est bien ce risque, cette probabilité qui est à l’origine des possibles malentendus et de l’incompréhension dans notre communication et relation à l’autre. Dans la réalité, le quotidien, la connaissance, le savoir, l’apprentissage nous sommes confrontés à l’interprétation. Plus ou moins bonne et fiable. Cette interprétation de l’objet est le résultat d’une opération mentale complexe, d’informations captées par l’oeil sont traduites en stimuli lumineux dans un code binaire transmis au nerf optique qui l’envoie au cerveau qui le reconstitue pour nous en présenter la représentation ... 
 
Quelle est la réalité du réel ? L’ image “de soi” qui se reflète dans le miroir est-elle vraiment la nôtre ? Que voyons nous ? Vraiment. Ainsi notre réalité ne serait que le fruit d’une réalité déformée, transformée, réinterprétée non seulement par notre système cognitif mais aussi par nos émotions.
 
 Nous en avons tous fait l’expérience, nous ne “voyons pas “ les choses de la même manière selon notre humeur. Nous ne les interprétons pas plus exactement. D’humeur morose le verre apparaitra plutôt à moitié vide qu’à moitié plein. Ce que j’entends n’est pas forcément ce que tu dis, et ce que tu dis n’est pas forcément ce que tu voulais vraiment dire, et tu ne le sais pas, tu crois savoir, tu penses être certain d’avoir énoncé clairement ta pensée. Mais en es-tu bien sûr ? Pas sûr, ni pour toi, ni pour l’autre. D’où les multiples mal entendus, méprises, traduction. En l’italien traduttore “traduire c’est trahir”: traitre car voilà d’un coup le mot transformé par ailleurs, et d’une langue à l’autre, il perd quelque chose, ce petit manque qui fait qu’il n’est plus le même, qu’il n’a pas la même force, la même couleur, le même sens aussi. Le mot et la perte. La perte du mot. Mirage et illusion, vision et hallucination, incertitudes aussi et surtout ; inséparable de la réalité, rien n’est aussi sûr que l’incertitude. Un biais qu’il convient d’avoir en tête pour mieux appréhender la réalité en être le plus proche possible, en donner la moins mauvaise interprétation possible. 
 
Ainsi vivons nous dans un monde où la réalité contre laquelle on se cogne n’est pas forcément la même pour tous. Comment nous comprendre alors ? Comment savoir ce que l’autre me veut, comment être sûr de ce que je vois à travers le prisme de mon humeur, de mon histoire, comment être objectif ou neutre, tâche impossible, ou m’en rapprocher le plus. Chaque évènement est vu, lu : selon mon mode d’emploi, ce que j’en sais, appris, expérimenté ? C’est cette expérience là qui fait également ma force, qui m’apprend et m’enseigne, cette longue suite d’essais/erreurs qui me fait parvenir à la réussite. Pourtant, je dois me rendre à l’évidence je ne sais rien, je crois savoir que je sais mais en réalité, plus j’apprends, plus je rencontre l’autre et plus mes certitudes s’envolent, pour que d’autres prennent leur place, et encore et encore ! 
 
Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne.

jeudi 12 avril 2012

Les enfants de la nuit

Les enfants de la nuit


Ils sont les enfants de la nuit, de ces ténèbres  de ces années sombres, ombres géantes qui les ont privés de leur identité, de leur être, de l'essence même de leurs Pères !
Si j'écris cela aujourd'hui, c'est parce qu'il semblerait que malgré ce semblant d'éclaircie, cette minuscule étincelle ils sont une fois encore appelés à devenir une fois encore les enfants de la nuit ! Répétition encore !
Enfants de la nuit mais pas de l'oubli !

Enfants de la nuit, sombre, obscure et sans étoile, enfants de parents qui n'ont rien pu léguer,  rien transmis,  rien donné ! N'ont rien pu offrir en partage et en héritage ce qu'on leur avait ravi, arraché. Parce qu' on leur avait tout pris. Dépouillés de leur être, de leur âme, tout a été fait alors pour qu'il ne reste rien, rien de rien, effacer à tout jamais toute trace de l'effacement !
Alors ceux qui sont revenus, ceux qui ont survécus, ceux qui encore était en vie... N'ont rien trans mis... Non plus...
Pour les protéger, pour les garder en vie ! Envie...

Mais quel goût peut avoir cette vie si on a confisqué ce qui en fait le sel, ce qui fait la différence entre eux et ces autres, qui les haïssent ? Les nient ?
Cette vie ainsi vaut-elle la peine d'être vécue ? Ainsi, dans l'ignorance d'être et de faire partie...
D'être là sûrement, mais aussi peut-être sans trouver la place, sans trouver le sens, sans pouvoir s'inscrire à l'endroit qui est le leur ?

Ils vivent, ils survivent parfois en tentant de se hisser au delà de ce brouillard, de cette brume qui assombrit et obscurcit le ciel, car il manque ou pire peut-être quelque chose est en trop !
Une trace en creux et en relief qui comme une empreinte a marqué la mémoire, l'âme en a gardé la trace, sans trop en connaitre le sens, le pourquoi... Mais !
Il y a en effet  ce "quelque chose", cette lueur obscure, mais présente et qui fait que ces enfants là, bien que grands maintenant se reconnaissent, ils se reconnaissent à ce manque ou à ce trop, qu'importe, mais toujours à ce quelque chose qui les lient malgré le silence !
Malgré l'obscur et les ténèbres, malgré ce silence qui pèse !
Le silence est peut-être pour eux ce qu'il y a de pire, car souvent plus personne n'est là pour le briser, et raconter, mettre les mots qu'il faut, qu'ils attendent pour enfin savoir. Ils se doutent de ce manque ou de ce trop, car ils savent, mais ne savent pas tout, ne savent rien parfois de cette histoire singulière dans laquelle ils s'inscrivent, mais où ils ne sont pas, car pour être il faut aussi savoir !

Alors ils tentent dans un ultime geste d'espoir ou de désespoir de reconstituer l'histoire, de rassembler les pièces de ce puzzle qui leur ont été confisquées ou pire substituées.
Ils sont les enfants de la nuit, nuit terrible, sans étoiles et sans ombre, obscure et noire, nuit sans lune, jour sans soleil, ni lumière !
Puis un jour n'y tenant plus ils se disent que peut-être ça vaut le coup, de chercher à savoir... De chercher à connaître pour retrouver la trace, l'empreinte, la marque !

Mais pour dérouler la pelote, peut-être faut-il donner à trouver le fil... Ou la clé qui  ouvre la porte !
Eux les enfants de la nuit, les enfants de l'ombre, on ne leur a rien donné ! Au contraire on a jeté la clé. A eux de la retrouver, à eux de partir à la recherche de ce qu'on leur a caché, tu, volé, arraché.
C'est une partie d'eux qui manque... C'est une partie d'eux qui leur a  été confisquée, pour les protéger....Une marque en creux dans la chair, un vide dans le coeur, un trou dans l'âme.
Un trait confisqué, une marque indicible, mais qui prend tout son sens lors de cette quête périlleuse, au risque de : Découvrir, lever le voile, déchirer le mensonge.

Comme si toujours le danger était là ! Et il l'est; le crime rode, les prédateurs sont toujours prêts à dévorer !
Prêts à bondir sur les proies qu'ils n'ont jamais cessés d'être ! Pourquoi ?.... C'est à ce prix, au prix de leur vie qu'ils partent à la recherche de leur vie, de celle que l'on ne leur a pas transmis lorsqu'ils sont advenus au monde. Ils sont, mais ils ne sont pas, pour être il leur faut renaître, il leur faut advenir enfin à leur histoire, à l'Histoire !

A tous les enfants de la Nuit. Mes frères et mes soeurs qui se reconnaitront.

vendredi 17 février 2012

L'ours en peluche

Elle  retire brusquement l'ours en peluche que la petite fille serrait fort dans ses bras
- "Tu es trop grande maintenant !"
Elle donne l'ours en peluche au petit garçon qui se tenait là
-"C'est pour toi maintenant"
La petite fille ne dit rien, se tait, ne pleure pas... Elle aimait cet ours plus que tout, elle lui avait donné un nom, c'était son ours en peluche. Elle en prenait soin, y faisait attention...
Cet ours là, n'était plus à elle, maintenant..
Elle n'avait rien demandé, le petit garçon non plus !
L'adulte avait décidé....

Plus jamais la petite fille ne s'attacha à un jouet, une poupée, un ours en peluche...
Plus jamais la petite fille ne s'attacha...
Le petit garçon s'amusait à faire battre ses ours... La petite fille le regardait
Elle voyait son ours en peluche déchiré, abimé....
Elle gardait au fond de son coeur les larmes qu'elle aurait aimé verser....

Elle arrache la petite fille des bras de son grand père
- "Tu pars, tu es trop grande maintenant"
La petite fille résiste, s'accroche au bras de son grand père qui la serre très fort,
Il ne veut pas la laisser partir
Pour la première fois elle voit le vieil homme pleurer
Alors elle  laisse ses larmes venir...
Toutes les larmes, toutes ses larmes... celles de l'ours, des gifles, des réprimandes, des colères...
Toutes...
Ce jour là elle  pleure toutes les larmes de son corps, de son âme, de son petit corps...
Toutes les larmes de la peine, de la douleur, de la souffrance, de la révolte, de l'incompréhension...
Cette fois non plus elle ne demande pas "pourquoi ?"
Sans doute n'y en a-il pas !

Inflexible, elle arrache la petite fille des bras de son grand père
Malgré les larmes, les suppliques du vieil homme
Malgré les larmes, les suppliques de l'enfant
Elle l'emmène vers l'enfer....
L'adulte avait décidé !

mercredi 8 février 2012

L'absence présente

"Je pense souvent à maman, mais je ne sais plus très bien comment elle est"
Dit la petite fille..
"Je ne me rappelle plus sa voix, non plus, mais je l'aime maman"

L'absence !
Trop tôt !
Il est toujours trop tôt pour ceux qui restent
Pour ceux qui ont encore du chemin à faire
Seuls,
Du moins sans celui ou celle qui n'est plus
Qui n'est plus là.
Qui est parti, qui a hâté son départ peut-être....?
La mort emporte, enlève aussi tout projet, tout espoir, et tout futur, tout demain
La vie devient un calvaire, insupportable, insoutenable
Car justement ça ne tient plus !
Ca
C'est bancal, ça cloche, car quelqu'un manque, manque
L'équilibre vacille, l'édifice s'écroule !
Il manque
Ce quelqu'un qui faisait que ça tenait, du moins un peu
L'absence, la présence de l"absence, du moins celle là, celle qui est sans retour, car elle est, elle n'est que celle là, ou elle est celle là, cette absence là tue deux fois.
On ne peut s'y faire et plus rien ne sera comme avant. C'est justement parce qu'il y a un avant, que ça ne peut plus être pareil. Que ça sera autrement !
Peut-être, si c'est possible, si on veut, si on peut..
Car on veut toujours retourner en arrière, dans l'hier, faire comme si rien n'était advenu,
On veut continuer l'histoire....
Une histoire qui est finie.. Alors il faudra faire le deuil de cette histoire là, pour en recommencer une autre, essayer.. Tenter d'essayer ?
Se dire que peut-être on peut..
Qu'il faudra repartir, d'un ailleurs, d'un autre point, qu'il faudra prendre un autre départ, peut-être
Car quelque chose se sera arrêté, sera resté, là, définitivement.
On se demande alors, comme reprendre, là, à cet endroit même où la vie s'était arrêtée, là où il y avait un accroc, un raté, une absence qu'on ne pourra jamais combler.
Là où quoi qu'on fasse il y aura le vide, ce gouffre immense qui surgit d'un coup soudain et qui donne le vertige !
Un gouffre qui s'ouvre sur le vide infini...
Mais est-ce véritablement l'Infini, ce vaste continent obscur et sans limite ? Ce monde des Ténèbres d'où personne jamais n'est revenu ?
Le terme de l'ultime Quête ?
Infini ? Ou Chaos ?
Mais qu'est ce que cela change, puisqu'il faut rester, rester sans cet autre, dont les contours du visage, dont la voix se perd dans cet immensité, sans forme, sans fond...
S'estompe dans l'immensité, dans l'informe, dans les bruissements de l'inconnu.
Où plus rien ne raisonne.
Il ne reste que des souvenirs diffus, et confus, une confusion troublante et singulière. On ne se souvient plus très bien.
Mais de quoi ? Mais de qui ?
Ultime geste égoïste car on voudrait garder pour soi et pour soi seul, cette image là, cette image qu'on voudrait ne jamais voir disparaitre
Et pourtant tout se dissout, se fond dans cet obcsur et immense Infini. Un tout, indifférencié où tout et rien co-existent..
Ou rien et tout se rencontrent et se fondent....
Repartir alors ? Construire un pont ? Une passerelle entre cet avant et cet après à faire, à construire ?
Traverser ce vide ? Sans filet ? Se tenir sur le fil ténu tissant l'hier et le demain, pour essayer quand même malgré tout d'y installer une continuité, ravauder l'accroc ?
Retricoter un avenir, un demain, un futur.
Tâche ardue, complexe, terriblement douloureuse, car on ne trouvera jamais les fils de la même couleur pour retisser l'histoire. Les Parques ont fait leur oeuvre.
Pourtant il va falloir essayer..
Pouvons-nous alors nous inscrire dans cette discontinuité ?
Ou bien ?

Ceux que l'on aime partent toujours trop tôt, parfois même avant que l'on ait pu leur dire au revoir, parfois sans savoir à quel point ils nous étaient chers !
"Je ne lui ai pas dit je t'aime"
Combien sont partis sans avoir aimé, sans avoir raconté, sans avoir transmis ?
Celui et ceux qui restent n'en savent rien, ne savent rien ou presque de cette histoire là, d'une histoire qui n'est pas là leur, mais qui les touche quand même..
Ceux là, même qui sont partis ont emporté avec eux énigmes et secrets...Pour l'éternité !
Ils ne sont plus !
Partis, ils s'en sont allés.
Trop tôt ! On se demande alors pourquoi cette vie si brève ? Pourquoi ces quelques instants seulement ?
Ceux là laissent des traces, indicibles, insoupçonnables, ces pas que le vent ou la mer effacent mais qui restent gravés quelque part, au fond de nos mémoires.
Mémoire qui se livre elle aussi à un combat perdu presque à l'avance, celui de maintenir vif le défunt qui n'est plus que dépouille, corps sans vie, gisant, mais n'étant plus...
Il reste quoi alors ? La bougie qu'on allume le jour anniversaire, les photos qui jaunissent au fond d'un tiroir, clichés abandonnés des jours insouciants et heureux où jamais il ne serait venu de penser
Penser justement, mettre en acte la pensée c'est penser aussi sa finitude, mais la finitude de l'autre ? Intolérable, impensable car la mort relève de l'Impensé.
Il faut vivre et souffrir, souffrir pour vivre...Souffrir et mourir !
L'absence est venue tout soudain recouvrir de son ombre la vie du survivant, le plongeant dans les ténèbres d'une éternité sans fin...
Pour quoi ? Pour qui ?

dimanche 1 janvier 2012

Je voeux

Il est coutume de présenter ses voeux pour la nouvelle année, une bien jolie attention, si elle est sincère et désinteressée.
Souhaiter aux amis, à la famille du bonheur, de la réussite, santé, amour, tout ce qu'ils désirent... N'est -ce pas justement un peu trop ?
Un peu trop de trop ? Nous savons tous, qu'il est impossible de tout obtenir, de tout désirer, de tout vouloir, de tout souhaiter. Pourtant il n'est pas question de rester modeste en cette occasion !
Tous nos voeux... Mais voilà, lesquels
Je voeux. Une de mes amies écrivait "je veux vouloir"...
Vouloir. En effet, je veux.
Peut-être faut-il vouloir d'abord, se souhaiter "la bonne année". Puis la souhaiter à ceux qui nous entourent...
L'an se termine et s'ouvre sur la grisaille, pas seulement celle de la météo, mais l'ambiance générale n'est pas au soleil, à la lumière..
Les libations de la veille laissent la place à la gueule de bois du matin.
Les réveils sont parfois douloureux. Le constat est alors effrayant. Le passage à l'an neuf n'a vraiment rien de réjouissant. Il s'ouvre sur une continuité douloureuse, un non espoir cinglant.
Rien de nouveau sous le soleil. Il n'y a plus de soleil, ni noir, ni trompeur...
En une nuit, si courte soit-elle, rien à changer.
Qui aurait eu la folie de le croire ?
Le monde est toujours aussi gris, glacial et sombre...
Nous marchons au coeur de l'obscur, droit vers les ténèbres, et ceux qui veulent nous faire croire le contraire nous mentent ou se moquent...
Ou peut-être, le miracle existe ? C'est possible et je le souhaite. C'est mon veux pour cette  nouvelle année, le plus sincère.
J'aimerais.. Au conditionnel, mais sans condition. Je voeux !
Les réjouissances sont amères cette année ! Cela ne passe pas vraiment. Il est de bon ton, d'être heureux, cette injonction des fins d'années, ces festivités, où on fait le plein de cadeaux, de nourriture, de boissons, de tout..
De tout !
Il faut s'amuser, manger, boire, être heureux, chanter, danser !
Il faut oublier la réalité, un instant, un seul instant...S'enivrer dans un tourbillon, entrer dans un trou noir de paillettes et de confettis..
Pour vivre dans l'illusion, vivre l'illusion d'un monde qui tourne rond.
Où personne ne manque de rien, ou tout le monde mange à sa faim, où les enfants vont à l'école, où il n'est question ni de race, de papiers, de religion de couleur de peau...
Un monde parfait..Ou presque, car nous savons que la perfection n'existe pas !
Un monde où tout le monde est beau, gentil, où ce monde s'embrasse sous les feux d'artifice... Se souhaite les meilleures choses du monde...
Ou tous s'aiment sans conditions, un monde sans guerre, sans faim, sans ...
Un monde sans ?
Mais sans quoi ?
Gueule de bois !
Manque de tout, et manque d'amour surtout !
Il est temps de se reveiller et le voir tel qu'il est ce monde, tel qu'il est en marche..
Tel qu'il avance à grand pas, qu'il progresse et régresse...
Un monde presque parfait en effet, où la singularité n'est plus de mise.
Uniformisation des masses, et j'insiste. Une seule voix, voie, et une seule tête. Car cette tête là sait ce qui est bien et ce qu'il faut faire... Sans laisse de place pour que le plus mince des filets de voix puisse s'élever, pas de voie pour un simple bruissement !
Car la parole se meurt, on la tue en silence et dans l'indifférence générale ou presque. Et c'est ce presque qui représente me semble t-il le seul espoir d'espérance. La faille où peut s'engouffrer les voeux. Le je veux !
Pouvons nous continuer à assister en silence, consentir à ce meurtre là.
A cette perversion là ? Car il ne s'agit en aucun cas de silence de la part de ces meurtriers là. Perversion du langage, mise au service d'un totalitarisme qui ne dit pas son nom. Du moins pas encore !
Tuer la parole, celle qui relie les hommes et qui instaure le lien social. Sans cette parole là, il n'y a plus de confiance, de confiance en soi ni de confiance en l'autre.
L'autre devient un ennemi qu'il faut, craindre, dénoncer, se méfier
Quelle société à venir ?
Le meurtre du sujet. Le meurtre de l'être de langage.
Les nazis affirmaient qu'ils n'y avait pas de pourquoi (cité par C. Lanzman) et en DDR à la question "Warum"' il nous était répondu "Darum"....
La perversion a ici un autre visage, plus pervers encore, car elle maintient le sujet dans l'illusion. Un langage perverti qui laisse croire que la langue lie et relie encore. Alors qu'en vérité tout se délite, tout comme l'humanité de l'humain.

Tout est fait pour que le sujet, l'homme sujet de langage devienne étranger à lui même et le place hors je. Hors du je veux ! Je voeux quoi ?
Horde !
Force de mort, force de destruction...
Alors en cette nouvelle année, que dire et que souhaiter ?
Etre vigilant et laisser entrer la lumière, ce mince rayon de soleil qui force les ténèbres, qui seul peut nous amener hors de l'obscur, fil d'Ariane qui nous mène hors du labyrinthe pour nous faire ad venir à nous même
Pour nous donner la force et le courage de dire non. Pour dire oui, à un monde où chaque sujet reconnaitra son humanité et celle de l'autre. Où il pourra vivre en homme et affronter Thanatos !
En être de parole et de lien social
C'est mon "veux le plus sincère !"

vendredi 23 décembre 2011

Requiem pour un Mur

Requiem pour un Mur.

Le Mur est tombé !
Il n'est plus, exit le Mur aujourd'hui.
Pourtant, sont encore là ceux qui sont nés, qui ont grandis, qui ont vécus, aimés, soufferts derrière ce mur, de l'autre côté.
Ceux de derrière le Mur....
Ceux là même qui rêvaient de l'occident, de cet autre monde, sorte d'Eden où tout était permis, où tout existait, où tout était possible la liberté comme le chocolat, la poésie de Baudelaire et les séries américaines. Cet occident avec lequel ils entretenaient un rapport difficile, paradoxal aimé et haï, envié et détesté....
Cet occident maudit !
Cet occident où ils rêvaient d'aller, de rester, de vivre.

Je me souviens de cet autre côté, de ces magasins vides ou presque, pourtant les vendeuses étaient là... Du tram de Weimar, de ces magnifiques promenades dans Thüringer Wald, des vacances au bord du Balaton, de Berlin, für immer ! Mais le Berlin de l'Est... pas l'autre, celui de l'ouest, le Berlin américain.. Check Point !
Le Mur !
Exit le Mur...
Réjouissances et bonheur, le totalitarisme était tombé, il était mort et il fallait l'enterrer.
C'en était enfin fini du Mur de la Honte !
Ce Mur de larmes et de sang, où tant et tant étaient morts pour avoir essayé de le franchir. Epris de liberté, surveillés, menacés ils avaient au péril de leur vie osé... Ils étaient tombés sous les balles implacables des soldats surveillant cette frontière.
Nul ne devait rejoindre l'autre côté. Trahir leur patrie !
Traitres et ingrats !
Il était enfin tombé...
Cris de joie, de liesse, c'est était fini de tout ça !
J'étais en vacances, j'ai entendu, j'ai pleuré... Longuement pleuré, doucement...

Je me souviens de cet Est, celui même que décrit admirablement Makine dans ses romans.
Que reste t-il ? Des films, des images, des vieilles cartes postales, des Trabans, de vieux billets de banques, des clichés surtout !
DDR !
Des émotions, des souvenirs... Peine, douleur, bonheur, joie, souffrance tout cela mélés..
Vestiges de ce passé en ruines, de ce monde qui  n'existe plus,  remplacé par un autre, avant un autre... Peut-être ?
Derrière le Mur, il y avait la Terreur, l'angoisse et la peur, la crainte de l'autre, de son voisin, de la police, de la milice. La peur tout simplement.
Derrière le Mur, le silence était d'or, la parole pouvait tuer !
Ce derrière là, continent inconnu et obscur objet de tous les fantasmes en cet occident . De cet Est là  l'opulence et l'insolence occidentale ne voyait que des bolcheviks et des staliniens, des espions du KGB, où les gens n'avaient rien, avaient faim... Forcément.
Je me souviens des paroles  rapportées par mes enfants. Celles de leurs professeurs à qui ils disaient que leur maman avait passé un certain temps derrière ce Mur : "La pauvre ! Comme elle a du souffrir".. Ce qui les faisait rire !
Insouciance de la jeunesse, des jeunesses...
Certains rapportent avec une certaine honte qu'ils gardent de bons souvenirs de leur enfance pendant la guerre "on passait le temps dans les caves pour éviter les bombardements, et comme je détestais l'école, ça m'arrangeait bien...Je n'oserai jamais dire ça " m'a raconté un jour une personne agée maintenant !
Insouciance de l'enfance, mais n'est ce pas le propre de l'enfance justement ?
Cet Est était vivant ! Bien vivant, vivant dans la crainte d'être dénoncé, dans la peur du lendemain désanchanté, bien qu'il n'ait jamais vraiment chanté, dans l'angoisse de ce demain qui ne pouvait peut-être jamais arriver... Dans la souffrance d'être séparés à tout jamais peut-être de ceux qui étaient restés de l'autre côté avant que ne soit élevés ces sinistres barbelés séparant le monde en deux,  séparant les gentils  des méchants...Pour faire un monde où parfois le soleil était trop brûlant !
Des êtres bien vivants qui chantaient aussi, étaient heureux et attendaient que les lendemains deviennent un peu plus gais et se mettent à chanter. Enfin ! Car forcèment. Demain viendra
Car forcément il faut bien vivre !
Vivre en pensant à maintenant, à demain peut-être, à la liberté... De l'autre côté de ce Mur, où tout pouvait se dire, se faire, s'entendre, s'acheter... Peut-être ?
Vivre et rêver...
Rêver pour vivre...
L'espoir...
Il leur en faut, encore et toujours ! Il leur en faut du courage, de la patience, de la foi à tous ces peuples de l'Est pour continuer malgré tout à croire, à espérer.
 Rien n'a tué l'espoir, le désir et l'envie.
Aujourd'hui encore, plus que jamais peut-être ?
L'envie plus forte que tout de vivre et d'aimer, comme je l'écrivais à un ami, il faut avoir dans les veines de ce sang là, pour comprendre; il faut que dans ces mêmes veines coulent l'espérance et l'amour, l'abnégation et la foi, le fatalisme et le désir de vivre
Si je ferme les yeux, je me revois dans ces magnifiques forêts, ignorant alors que ces arbres abritaient les plus sinistres des camps, car de cela jamais il n'a été question !
Je revois ces banderoles et ces inscriptions qui nous exhortaient à remercier les soviétiques de nous avoir sauvés du diable capitaliste ! Ces mêmes qui  saccageaient, épuisaient, rendaient exsangues les terres fertiles et affamaient ses habitants !
J'entends encore cette propagande, tout le temps, partout, comme pour nous empêcher de penser... Occuper notre esprit, le conditionner... Pas de face à face avec son être seul, et si seul pourtant !
Si je ferme les yeux, je me revois avec mes amis rire et chanter, nous moquer de l'instructeur qui tentait de nous inculquer les idées essentielles qui feraient de nous des "gens de bien", de nous expliquer que plus tard le "monde serait mieux".
Ces vacances "cosmopolites" avec ceux des "pays frères" ...Toutes ces langues de l'Est dont le dénominateur commun était l'allemand, ou le russe, selon les moments !
Je me revois enseigner le français à des jeunes enfants, avides de connaitre tout de ce beau pays, qui avait vaincu le leur...Je revois les fêtes, les défilés, l'hymne national soviétique, les petits amis, "Micha mon frère" qui m'a montré comment faire un lit pour ne pas avoir froid.....

C'était à Prague...Il y avait un violon et tu disais...Les marronniers n'étaient pas toujours en fleurs, mais c'était à Prague....
Ce sont des moments, des instants brefs mais comme le dit Andreï Makine : Eternels. Je sens encore l'odeur de ces fôrets en même temps que cette peur lors de l'arrestation par les milices,  nous n'avions pas de papiers un soir d'été à Leipzig !
Aujourd'hui quand je retourne à l'Est, un seul regard suffit. Nul besoin de paroles. Nos yeux suffisent à dire. Si l'on se croise, nous, ceux qui ont connu ce monde là, celui qui n'existe plus.
Un seul regard pour nous reconnaître, pour savoir que nous savons.

Le regard de ce vieil homme dans le tram de Budapest ! Nous nous sommes dit tant de choses, en un seul regard. Nous avons embrassé toute une époque, tout un savoir....
Une tristesse infinie... Où se mélent mélancolie, nostalgie, mais laquelle ? Celle de ce monde déchu, ou de cette jeunesse qui brûle sa liberté en oubliant l'essentiel ?

Comme si tout tenait dans les yeux...A travers les yeux.... Une histoire sans parole !
Cette histoire est inscrite au plus profond de ceux qui ont grandi derrière ce mur, qui sont nés derrière ce mur, qui sont mort derrière ce mur... Elle est eux... Ils en gardent la trace pour toujours.. Comme l'accent, celui des Ossi et la langue, celle des Zeks !

Si tous ce souvenirs me reviennent aujourd'hui, un peu plus que d'habitude, c'est peut-être parce qu'il y a quelques jours, en France où je vis, un homme me voyant prendre des photos s'est approché et m'a dit "vous prenez des photos, pourquoi faites vous ça ?"
Cela faisait tellement de temps !
Je ne m'attendais plus à ce qu'on me pose ce genre de question... Dans un monde "Libre"
C'est aussi parce que j'ai à tout jamais et pour toujours cet Est là dans le coeur et dans la chair. Il fait partie de moi.
Ich bin Das auch !

vendredi 24 septembre 2010

Elle est ailleurs

Elle est ailleurs
Où, je n'en sais rien, mais elle n'est pas là…

Cela fait un petit moment que je me dis que ça ne va pas, que j'essaie d'en parler autour de moi, mais...
Personne n'entend vraiment !

On me dit que je dramatise, que je vois toujours la maladie, partout, là où elle n'est pas forcément, que c'est une déformation professionnelle...
Que ....
A quoi je réponds "quand même, je ne vois pas des fous partout !"
Pourtant

Non, elle n'est pas folle, loin de là, mais il semble qu'elle oublie... Qu'elle ne se souvient plus...

Nous ne nous voyons pas, plus, depuis longtemps, c'est comme ça, nous ne nous sommes jamais beaucoup vues.
Mais nous nous téléphonons
Je lui téléphone plus tôt
Souvent... Quelquefois
A chaque fois, je dois passer du temps, à expliquer, lui dire qui je suis, les enfants, lui expliquer, leur prénom..
Puis ça revient
Elle me parle de sa vie, pas de ce qu'elle a fait hier, ce matin, aujourd'hui, mais de celle d'avant, de bien avant, quand elle était avec ses parents, son frère...
Elle rit. C'était bien !
C'était à Paris !

Elle ne parle pas d'aujourd'hui
J'essaie de lui demander comment elle va, savoir ce qu'elle fait
Elle est loin et je m'inquiéte parfois, mais elle ne veut pas que je vienne la voir,
Elle ne veut voir personne, elle veut être seule, la solitude ne l'ennuie pas
Les autres l'ennuient ....
Je crois
Elle a choisi de s’emmurer dans le silence, qui la protège, qui l’isole de la souffrance, de sa souffrance, de ces non dits, d’une vie qu’elle n’a pas entièrement choisie, peut-être…
Solitude, silence…
Elle vit seule, comment ? Je ne sais pas trop
J'ai quelques nouvelles en téléphonant au voisin, un peu moins vieux, un peu plus valide, qui va la voir, qui l'aide à nourrir les chats, qui l'aide, qui rapporte le pain
Et puis il y a les "aides", qui viennent pour le ménage, pour l'aider à rester là, dans sa maison, là où elle se sent bien
Elle ne monte plus dans sa chambre, les escaliers sont trop dangereux, alors elle (ou quelqu'un ?) a déplié le canapé dans le salon pour qu'elle puisse dormir sans trop de danger, sans risquer de tomber..
Le médecin est scandalisé ! Comment peut-on la laisser là ? Chez elle ? Comme ça ! Alors qu'il y a des maisons...
Des maisons, elle n'en veut pas ! Elle veut sa maison, vivre dans sa maison, celle où je suis née,
Cette maison me disait elle, quand elle allait encore bien, je la connais par coeur, je connais chaque mur, chaque pierre, chaque endroit. C'est chez moi !
Elle ne voulait pas en partir, même pour les vacances, même pour venir nous voir, elle ne venait presque jamais nous voir, et n'aimait pas nous voir, elle voulait être tranquille
Comme si elle ne voulait pas que nous voyions, que nous la voyions... Vieillir peut-être ?

Elle a toujours été coquette, angoissée par la vieillesse, ne voulait dépendre de personne
Seule, solitude, ne pas ennuyer les autres
Rester seule avec elle même
Sa petite chienne est morte, personne n'a osé lui dire, on lui a menti, on lui cache la vérité, quand elle demande où elle est, ils répondent qu'elle est encore chez le vétérinaire, qu'elle va revenir
Elle ne dit rien, puis n'y pense plus...
Elle est entourée de ses chats, d'une multitude de chats, qui vont qui viennent, elle a toujours aimé les chats, elle m'a transmise sa passion des chats, des livres, de la connaissance, du savoir, de la discussion, elle m'a tant donné, sans le savoir peut-être...
Elle m'a donné tout ça, tout ce qu'elle savait.. Et maintenant elle ne sait plus rien !
Elle ne sait plus si elle s'est lavée, si elle a mangé..
Elle mange n'importe quoi, s'habille n'importe comment elle qui aimait tant la mode, les bijoux, décorer sa maison, se parfumer, être élégante...

Elle tient des propos inconvenants ! Elle qui avait tant de retenue, usait de beaux mots....
Puis elle est tombée, un jour, en voulant aller.... ?
Le médecin la fait hospitaliser
Le voisin est navré "Je ne pouvais faire autrement tu sais ! Elle ne peut plus rester là, ce n'est plus possible
Rassurer le voisin lui dire qu'il a bien fait.. Téléphoner à l'hôpital...

Elle est infernale, se sauve et insulte le personnel ! Elle veut rentrer chez elle
Je pleure doucement, je sais que c'est fini que je ne la reverrai pas
Je ne lui ai pas dit aurevoir..

Cette nuit là, elle est venue, me voir dans mon sommeil, me dire... me parler, me rassurer..
Le matin l'hôpital m'informe de sa mort
Doucement elle s'en est allée, ailleurs...
Au revoir Maman !

A Sarah.

samedi 27 juin 2009

Vivre encore ?

Sa fille est morte
Cela fait des années, bien des années
Mais il est resté là, fixé à cette époque, là, quand elle est morte, sauvagement morte
Il vit, mais ne vit pas vraiment, je dirai que c'est la vie qui le fait vivre
Il ne survit même pas, il vit parce qu'il faut, le faut, continue, avance, sans vraiment savoir quand, où il est ..
Tout ce qu'il sait c'est qu'il est
Qu'il est sans
Sans elle...
Qu'il est seul
Cette absence lui manque, cruellement, terriblement
ll ne peut s'y résoudre
Non pas qu'il dénie
Au contraire
Il dit, le dit, il sait, il souffre
Il pleure cette absence,
Il crie sa douleur
Depuis toutes ses années
Certains l'entendent
Ceux qui ont aussi cette douleur , au fond d'eux, mêmes, qui ont été un jour, confrontés à ce terrible malheur, de perdre un enfant. Qui souffre de l'absence éternelle
Une blessure qui ne guérit pas, qui est là, implacable, qui condamne celui qui en est atteint à la souffrance infinie....Au silence qui tue, à l'absence tellement présente chaque jour, à la place qui manque, à cette place vide pour toujours...
Le vide
Il est confronté au vide, à ce vide là, mais ne s'y résoud pas, il veut savoir, comment ? Par qui ? Pour quoi ?
Il ne sait pas, et il cherche, avidement, comme si savoir pouvait apaiser sa souffrance, lui permettre de faire son deuil...
Un deuil qui ne peut, ou ne veut pas être, car le deuil, donne un certain sens, celui de la fin, le sens que c'est vraiment fini, sans espoir de retour.
Qu'il n'y a plus d'après, comme avant, mais un après, simplement un après, qui ne sera jamais plus comme avant. Un après sans !
Faire ainsi le deuil.
Deuil n'est pas oubli, mais une sorte de mise en mots, d'acceptation de la finitude, de l'infini finitude. C'est se dire à soi même "c'est fini", il faut vivre, continuer, aller, sans, mais aller.
Se donner des raisons de vivre, pour les autres, ceux qui restent, qui ont encore besoin .
Vivre pour soi, sans l'autre, sans celui qui manque, sans l'enfant qui devrait grandir, être là.
C'est mettre au fond, mais très au fond, dans un coin de sa mémoire, de son coeur et de son âme, son infini chagrin, sa profonde peine et son insupportable douleur
C'est par être, devant les autres, ne plus leur infliger cette souffrance là... C'est être socialement sujet.. Un sujet social....Socialement social !
Ces autres qui sans le dire, se lassent, se font rares, de plus en plus rares, car ils ne savent plus quoi dire, comment faire, ne sachant pas apaiser la souffrance, de peur de la raviver encore, encore un peu plus, car leur présence se fait génante. Car ils n'en peuvent plus eux, de supporter ce chagrin, d'entendre cette peine, cette souffrance, car ils veulent vivre, sans plus penser à ça.
Faire le deuil ?
C'est garder pour soi, en ayant toujours, à chaque instant, chaque minute, chaque seconde, une pensée, fugace parfois, mais une pensée, un sourire, une larme pour celui qui n'est plus, qui n'est plus à côté , qui est parti avant, nous a laissé seul sur cette route pavée de pierres, sur ce chemin semé d'épines et de ronces...
Il faut défricher seul, déchiffrer le sens du reste à vivre seul, sans
Mais lui, il est là, fixé à cette époque lointaine, en a gardé l'apparence, comme s'il n'avait pas voulu changer quoi que ce soit des fois que....
Il est resté le même, vétu, coiffé, comme à ce moment là, à cette date là..
Comme si le temps s'était arrété, comme s'il avait lui même arrété le temps. L'horloge du temps.
Il cherche à savoir, à connaitre la vérité, qui l'apaisera....
En attendant, il est là, porté, sans trop savoir qu'en faire, par une vie qui ne l'interresse plus vraiment, sauf pour savoir
Mais savoir quoi ?

mardi 23 juin 2009

Rives

C'est la dernière fois que nous nous voyons
Cette fois le rendez vous était fixé
Il m'attend

Je sais, car l'équipe m'a prévenue, la décision d'orientation, mais nous avions convenu d'en discuter, c'était son souhait, sa demande en quelque sorte !

Il m'attend, heureux de me montrer qu'il va mieux, qu'il se lève et qu'il sort demain....
D'emblée nous abordons l'entretien de vendredi dernier.
Il me montre une liasse de papier
"Que pensez vous de cet entretien"
Il est satisfait, le médecin lui convient, mais il n'a pas tout compris, malgré une lecture attentive de cette masse de documents.

"Voulez vous que nous reprenions tout ça ensemble ?"
"Ce serait bien, vous voulez bien, vous avez le temps... ?"
Le temps ? Mais je n'ai que ça, le temps, pour les patients, prendre le temps qu'il faut....
L'entretien est technique, très technique, il faut aller dans les détails, faire parfois de la définition de mots, expliquer, reprendre un par un les items du protocole, reformuler, vérifer si c'est compris
C'est important
Il sait, c'est une décision qui l'engage.
J'insiste sur cet engagement, ce n'est pas rien, c'est aussi une chance de pouvoir intégrer un groupe aussi rapidement, je le lui dit...
Cet entretien là est plein de mots, de paroles, d'explications, de questions, de réponses...
Il est plein, trop plein de plein
Directif parfois, cela arrive, il y a des interdits dans le protocole et il me faut poser ces interdits, les replacer dans le contexte, les expliquer aussi et leur donner du sens.
Inter dit, ce qui ne peut se faire, pour soi, pour les autres...Intéger un groupe, la notion de groupe est importante, essentielle, il va être aidé, mais va aider aussi, la relation est ici à double sens... Réciproque, on ne prend pas seulement, on donne aussi, une sorte d'échange. De lien, de retissage de liens avec les autres, avec l'autre, et l'Autre !
Il faut que ces interdits délimitent le cadre, le cadre de la thérapie future, qui va se mettre en place
Une thérapie difficile qui ne repose ou presque que sur la motivation et la volonté du sujet
Et c'est ce qui lui a manqué depuis tant d'années...
Nous abordons ce point, nous prenons des exemples, nous en faisons pour reprendre le terme technique "une analyse fonctionnelle"
Il comprend, relie, l'émotion au comportement, à la pensée... Il construit lui même cet espèce de cercle tordu, qu'on dit aussi vicieux....
J'explique encore...
Nous abordons l'angoisse, la peur, la solitude, l'angoisse de la solitude, la solitude de l'angoisse, les soucis familiaux, conjugaux...financiers, les seuls recours pour y faire face, pour faire face à ce grand néant, ce grand vide qui donne le vertige
Ce recours là qui apaise un temps, pas très longtemps, mais qui soulage un peu quand même, qui anesthésie un peu, tout doucement
Puis n'apaise plus, les soucis reviennent en pleine figure, plus d'autres encore, qu''il n'avait pas vu ou qui arrivent , on recours encore, et un peu plus, encore, on est assommé
Le réveil est brutal, trop alors on s'assomme davantage
Seul, trop seul, pour se sortir la tête du trou, du vide, sans fond.....
Pourtant !
Les mots se sont posés, doucement, calmement, puis violemment, toute la souffrance a jaillie
Le sens, le lien, les liens, le désir, l'en Vie
L'appel à la vie, encore qui tient encore un peu
Nous avons dit
Je suis partie, mon travail est fini, il sort tout à l'heure, mon travail dans cet espace institutionnel est terminé... La parenthèse s'est refermée... Il me dit en me montrant le bout de papier que je lui avait remis aux Urgences 'j'ai vos coordonnées..."
"Appelez, dés que vous le souhaitez.....Je serai là.

Il le sait, me sourit, me salut, et me dit merci.
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