Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

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mardi 5 mai 2020

La souffrance de l'autre


Il y a la souffrance de l'autre
L'autre dont on ne parle pas,
Qui n'existe que dans l'ombre de celui qui souffre, malade dans son corps, et dans son être.
Il y a cet autre, qui tristement regarde son autre, vivre et se languir

En attendant de mourir
Quitter la vie, lentement, tout doucement, mais violemment, dans la douleur et la souffrance
Il y a la souffrance de l'autre,
Qui doit tenir bon, être debout
Solide et vaillant
Sans avoir le droit, de pleurer, de s'effondrer et de mettre des mots sur son impuissance à laisser l'autre sombrer dans sa détresse, sa douleur, son désespoir avant d'atteindre les rives du fleuve maudit qui l'emmènera vers cet inconnu qui n'est sûrement pas l'enfer ou le paradis.
Vers ce gouffre géant, ce vide, cet infini dont on ne revient jamais.
Il y a l'autre, qui depuis des jours, des semaines, des mois, des années assiste impuissant à cette dérive là, qui partage les craintes, l'espoir, la rechute, la rémission, dans l'attente non de la guérison mais de jours un peu plus ensoleillés. En attente de l'été…
Combien y en a t-il eu d'étés ? Moins que d'hivers peut-être ? C'est toujours pareil on apprend, on ne veut pas, on se bat, on lutte, on combat, et on y croit, la maladie mourra, mais pas lui, pas elle, car ça n'arrive qu'aux autres ces histoires là et sûrement pas à moi. Car moi, je saurai faire face, je saurai lutter, je serai un bon petit soldat. On tient, encore, on tient toujours, on porte à bout de bras, et à bout de force. On regarde l'autre faire semblant, mentir un peu, ne pas montrer sa vulnérabilité. On voit impuissant l'autre s'affaiblir, changer, se fatiguer, souffrir, avoir mal, dans son corps, dans son âme et dans sa tête, on le voit peu à peu perdre des forces tout en prenant des remèdes qui ne le soignent pas vraiment, mais le tue à petit feu, le conduise à sa perte, celle de son être. Impuissant devant tout ça, on tient bon encore, on tente de composer, avec la maladie, on aide, on accompagne dans la souffrance de la perte, on retient ses larmes…. On ne se plaint pas. On n'a pas ce droit.
Puis un jour on s'écroule, on se dit qu'il faut que ça finisse, qu'il y ait une fin à tout ça, que ça ne peut plus durer, qu'on ne tiendra pas, qu'on ne peut plus. Il faut que ça s'arrête !
C'est l'effondrement, le début vers la fin d'une fin inéluctable. Un fin attendue et redoutée depuis si longtemps, mais dont le terme se rapproche, dont le terme lui aussi est à présent non seulement inéluctable mais imminent. Tout se résume souvent en un regard, car on ne peut mentir, on ne ment pas à ceux qu'on aime et ceux qui s'aiment ne se mentent pas. Ce serait indécent, mais aussi superflu. Nul besoin de paroles, de mots. Tout cela est inutile et futile. Il n'y a rien à dire. Rien à entendre, rien à attendre. Mais comment ? Comment vivre l'insoutenable et l'invivable, vivre dans cette attente morbide, vivre dans ce temps irrémédiablement court. Que reste t-il ? Que nous reste t-il ? et comment sera ce temps ? Quelles souffrances allons-nous encore endurer, et nous infliger ? S'infliger à soi mais aussi à l'autre ? Mal adroit, mal adresse, mal entendu, refus, déni, refuge, partir, éviter, fuir ? Mais pour aller où.
Alors on poursuit la route en sachant qu'on arrive au terme du voyage. Qu'il va falloir se dire aurevoir, adieu… Peut-être ? 


Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
Crédit photo, @brigittedusch

dimanche 3 novembre 2019

Trou noir



Il y a l'oubli, la perte, le mot qui ne vient pas, le souvenir empêché, qui se loge pourtant  là ; quelque part entre avant et maintenant. C'est ce radeau au milieu de l'eau, poussé par les flots, les vagues, le vent, qui tente d'atteindre le rivage, mais qui n'y parvient pas.

L'oubli :

Non, ce n'est pas seulement la mémoire qui n'est plus au rendez-vous, qui nous fait défaut : c'est autre chose, c'est différent, c'est étrange et inquiétant.
Ce n'est pas vraiment un oubli, c'est un manque, immense et tragique.

C'est une sorte de trou noir, un vide, une béance : Un Rien.

L'absence, l'absence de soi, la perte du sens, la perte des sens, suivi d' un immense vertige, puis d'une descente vertigineuse.

Un enfer. Un puit sans fond. Un gouffre.

Il n'y a  rien à mettre dans ce gouffre, on sait que quelque chose à eu lieu, forcément, mais quoi ? On ne sait pas, on ne sait plus. On n'a peut-être jamais su vraiment ?
Il y a ce temps, ce temps confisqué, pris, volé, arraché, ce temps hors du temps, qui ne nous appartient plus. L'oubli ?

Mais est-ce vraiment l'oubli ?
Puisque ce temps suspendu, ce temps existant, pour nous n'a pas existé, n'a pas été présent à nous, a été d'une singularité terrifiante ?
Est-il ? Et où ?
Il est ailleurs, il s'est logé on ne sait ou ; dans un de ces plis, de ces replis de la mémoire. Une sorte de temps parallèle, une vie autre, la nôtre ? Celle d'un autre ? D'un autre nous ? Dans une autre dimension ? Dans un autre monde ? Une autre réalité ? Je ou Jeu de rôles ?
Et de quel rôle s'agit-il ? Dans quel théâtre ? Et qui a écrit le scénario ?
C'est un échappement, une fuite, mais laquelle ? Et pourquoi ?

Une simple erreur de circuit, une mauvaise connexion ? une déconnexion temporelle ?

Des questions sans fin, mais surtout sans réponse ?
On se réveille, on se lève et on ne sait plus : on ne sait plus rien
Il y a un morceau de soi enlevé, ôté, kidnappé, envolé
Un morceau de l'histoire qui a explosé, qui a volé en éclats, éparpillés et dilués dans une nébuleuse obscure et lointaine.
Oubli, souvenir volé, mémoire confisquée, trou, gouffre, vide, abîme.
Passager errant, passager clandestin d'un monde qui nous a fait une farce, qui pour un moment indéterminé nous a mis sur la touche, nous a bloqué sur pause sans nous avertir. Spectateur statufié, muet, sourd d'un monde qui évolue devant mais sans nous !
Il manque un épisode, il manque des éléments, on ne peut pas raccrocher, nous voilà resté, planté là mais arrimé à un avant ou une histoire autre, devant des autres, ayant vécu une autre histoire que la nôtre
Nous voilà, là, restés au seuil d'une aventure d'où nous avons été écarté, personnage en marge, sans dialogue, sans intrigue sur le ban de touche.
Abandonné.
Abandon à l'étrange, au singulier, au terrifiant, à l'inquiétant. Cherchant sans relâche un sens, des explications qui n'existent sûrement pas.
Replongé dans un réel qui n'est qu'un chaos, il faut affronter, faire sens d'une vie où il manque des éléments pour comprendre et se comprendre. Une partie de nous même sans est allée, ou est restée coincée dans un ailleurs indéfinissable.
Sans fin, sans relâche, sans sens, sans rien, l'absence où se loge la présence du manque.
Il faut aller, advenir, être à un monde qui nous échappe car pendant un temps parfois très court, nous nous en sommes échappé.

Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste
Crédit photo : @brigittedusch

dimanche 3 février 2019

D'un moi à l'autre


De moi à moi, de moi à toi, de moi à l'autre
Mais quel autre ?
Y a t-il un autre, un autre présent à lui même et présent à moi ? 

Suis-je présent à moi ? Suffisamment pour être présent à l'autre ?
Il dit : " j'ai toujours fait passer l'autre avant moi"
Elle dit : "Je ne dis jamais non à l'autre"
Il et elle disent "Il faut en laisser pour les autres, il faut s'oublier pour les autres, moi, ce n'est pas important, mais l'autre si, c'est important, moi, tant pis, ce n'est pas grave, je laisse ma place, ma part à l'autre, je n'ai pas besoin"
L'autre
Et moi et moi et moi ?
Pourquoi cette abnégation, ce déni de moi, de mon "Je" pour l'autre ?
Qu'attend ce "je" en échange ?
Y a t-il donc un échange ? Une attente ? Et laquelle ?
Le regard de l'autre, la parole de l'autre, les mots de l'autre
Etre aimé de l'autre !
Sûrement un peu de tout ça, au point de s'oublier, de s'absenter de soi, pour l'autre au détriment de son "je"
De son "Etre".
Se fondre dans l'autre, se laisser aller à cette confusion pour exister, en s'extrayant de soi.

L'oubli de soi, l'abandon de soi, s'absenter de soi, un peu, beaucoup, beaucoup trop parfois au point de ne plus savoir qui on est. Au point de ne plus savoir être, être à soi, au monde et à l'existence
Mettre son "je" au ban de soi, dans une parenthèse qui se referme sans un bruit, lentement, insidieusement, sans un mot pour enfermer dans un piège terrible celui qui devenu aveugle a jeté les clés aux oubliettes.
Abnégation, sacrifice. Pourquoi ? Qui décide de ça, comment et pour quelles raisons ? La peur, toujours la peur, notre amie qui devient notre pire ennemie, la peur de soi, la peur d'être, d'être délaissé, abandonné, pas aimé… Par l'autre qu'on imagine vouloir, demander, exiger de soi.
Mais ?
Mais quoi ? Etre sûr, certain de ça ? L'autre exige t-il ? Et si tel est le cas ; mais quand bien même ! Ne pouvons-nous pas décider une fois pour toute que ce mince espace tenu de libre arbitre dont nous disposons peut servir à ça ?
L'autre bien sûr, mais pas aux dépends de soi, car l'autre aimant, bienveillant ne demande rien de tout ça, une telle demande serait une exigence inconvenante, inconvenable, impertinente, inimaginable. Ce ne serait pas une demande d'amour mais une instrumentalisation honteuse.
Ce sacrifice, ce faux amour de l'autre, cette fausse idée qu'il faut faire passer l'autre devant soi, aller au devant de ces désirs, ne rien lui refuser, s'oublier à tel point interpelle tellement !
Etre. Etre à soi ; n'est-ce pas le but de notre vie, sans oublier l'autre en lui laissant seulement une juste place, trouver la mesure, l'équilibre, la juste distance, celle nécessaire pour être avec l'autre, simplement.

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne

Crédit photo @brigittedusch
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