Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

dimanche 18 janvier 2026

Couture et dentelle, psychanalyse, histoire et mémoire

 


Couture et dentelle, psychanalyse, histoire et mémoire

Tout ça est la même histoire : une histoire d'étoffe déchirée, de désir, de mission celle de réparer, recoudre, mettre au jour, mettre au monde.

Emounah Hazak Hatikva…

C’est une œuvre infinie, sans fin, éternelle. 
Cent fois, mille fois remettre le fil sur la trame.
Reprendre l’aiguille.

La couturière travaille avec ce qui est abîmé, déchiré, troué.
Doucement, elle réajuste, répare, raccommode, reprend point par point, fil par fil, pour réparer les accrocs, les déchirures, les béances, afin de donner une nouvelle chance aux étoffes et aux habits.
Mais elle n’efface pas les cicatrices ; au contraire, elles sont les marques de la vie.

Emounah Hazak Hatikva…

La couturière n’est pas une créatrice toute-puissante, elle n’invente pas les tissus. L’analyste n’invente pas les mots. L’historien n’invente pas les archives. 
Tout cela ne vient pas ex nihilo : il est déjà. Ainsi ils œuvrent dans la limite de ce qui est déjà là.


Berechit… et le sixième jour…
Il appartient à l’homme de parachever la création divine.

La couturière accepte toutes les failles ; ce n’est pas une restauration fidèle et idéale du Un perdu, mais une réparation fragile, partielle, toujours en devenir.

Emounah Hazak Hatikva…

Psychanalyse, histoire, généalogie : le fil qui relie

Ainsi, je suis historienne, psychanalyste, et aussi cette couturière bien réelle et étrange.
Avec l’aiguille comme outil de lien, le fil comme continuité entre les générations, la couture comme acte de résistance, la déchirure réparée devient un lieu de mémoire.

Mon fil devient un acte de mémoire, de réparation, presque de résurrection symbolique.

Emounah Hazak Hatikva…

Recoudre la généalogie de ceux qui sont morts sans sépulture, c’est redonner un nom, une place, une filiation à ceux que l’on voulait réduire à l’effacement.
Oui, c’est un travail de tikkun au sens le plus fort, car je reprends les fils arrachés et je refuse que la déchirure reste béante.

Là où les bourreaux voulaient l’oubli, je pose une couture de mémoire.
Là où il y avait une disparition sans trace, je tends un fil qui rattache au vivant.

Emounah Hazak Hatikva…

Ecriture, geste spirituel et politique

Mon écriture, si elle est souvent poétique et mystique, est aussi politique : elle répare l’histoire.

Je veux être la couturière, celle qui recoud entre les générations, entre les vivants et les morts pour que l'étoffe humaine ne se défasse pas toute entière.

Chaque point, chaque reprise, chaque fil devient une prière silencieuse, un acte de résistance, un geste de réparation. La trame du monde, fragile et abîmée, se tient grâce à ces gestes répétés, infimes et puissants à la fois.

Chaque point, chaque reprise, chaque fil devient
un geste de mémoire,
une prière silencieuse
Un acte de résistance

La déchirure n’est pas effacée, mais transformée en lieu vivant.

Le fil passe, discret et constant, reliant ce qui fut perdu à ce qui peut encore être sauvé.

Emounah Hazak Hatikva…

Et à chaque couture, à chaque geste, l’étrange couturière murmure, comme moi

Emounah Hazak Hatikva…

 Brigitte Judit Dusch :psychanalyste, historienne, exploratrice urbaine, chercheur

Crédit photo @brigittedusch

samedi 10 janvier 2026

Marcher en solitaire

Je suis une marcheuse solitaire

je marche souvent seule, seule avec moi même 
Seule pour être plus proche du Maitre du Monde

Je marche, je pense, et laisse aller mes pensées, mes idées, 
je laisse les mots se tricoter, se tisser, se fondre
Cette solitude n'est pas un isolement. 
D. est prés de moi, je lui parle et il me répond
Il me guide
C'est un moment un peu plus privilégié puisque l'Eternel est toujours proche de ses enfants. 
Il répond toujours à leur appel
Non ce n'est pas un isolement, c'est une matrice
C'est là à cet endroit à ces moments que les idées surgissent et m'inondent et me submergent parfois
C'est à que les fils d'or, d'argent, de couleurs et de lumière forme un magnifique arc en ciel et se tissent encore et encore
Me remplissent de joie et de bonheur
C'est à cet instant que je côtoie les astres et frôle l'ombre des étoiles qui dans leur immense bienveillance me couvrent de leur infime poussière.
C'est la que naissent et viennent au monde mes images et mes textes
Dans ce bonheur
Je porte le monde en moi lorsque je marche, je suis au monde, dans le monde, il est en moi, je suis le monde.

...................................................

Et puis j'écris, je tisse le fil sur la trame, et se forme l'étoffe
Je suis fille du Shmates et des Tailleurs d'habits
Puis je partage, car écrire sans partager ne veut rien dire, ne sert à rien, même si on écrit pour soi, si on écrit de soi. 
Ecrire sans partager, c'est comme allumer une bougie et en cacher la flamme, priver de la lumière et rester dans les ténèbres
Si j'écris c'est aussi pour comprendre, et si je partage c'est pour relier, pour toucher, pour interpeller, faire résonner ouvrir et relier les êtres, les âmes et les coeurs

Brigitte Judit "
Crédit photo @brigittedusch

dimanche 4 janvier 2026

3 janvier 1944 Dora.

Il y 81 ans ans


C’est un matin, le 3 janvier 1944 des gendarmes français viennent à l’école primaire de la ville entrent dans la classe pour prendre Dora sous les yeux de ses camarades de classe

Les enfants ne bronchent pas. Dora est terrorisée.
L’institutrice impassible laisse faire et tient des propos rassurants :
« Elle est avec les gendarmes qui vont bien s’occuper d’elle, ils ne peut lui arriver, continuer votre travail et c’est ce qu’on a fait. » me dit en me regardant droit dans les yeux une dame âgée qui était alors dans la classe de Dora.
« Non, je n’ai pas eu peur, pourquoi ? Peur de quoi ? c’était normal ils faisaient leur travail »
Je soutiens son regard. Elle ne baisse pas les yeux.
Son petit fils sentant le malaise me dit’ oui la gendarmerie française ne pouvait pas leur faire de mal’
Je reste impassible, je me contiens, je ne dis rien, j’écoute je lui demande « et maintenant qu’en pensez vous ?
‘Mais rien de plus, il n’y a rien à penser de plus »
Je ressens non la haine mais pire : l’indifférence…
Je la toise avec un calme et un silence absolu et mon regard est glacial, pire encore.
Elle baisse les yeux.

Je lis parfois d’autres versions : fables ? Il faut bien.. en examinant bien il y aurait à dire, cela viendra en son temps.
Je m’en tiens à ce qui m’est raconté par deux témoins directs. Cette vieille dame et Serge ce Monsieur âgé qui n’a rien oublié.

Dora avait 13 ans.
Elle portait au revers de son manteau une Etoile Jaune.

Les gendarmes français l’ont reconduit chez elle au 14 rue Taine où elle vivait avec Renée sa maman. Abraham son père avait été arrêté et gazé un an auparavant à Auschwitz, le savaient-elle ?

Elle est restée toute la journée avec sa maman sous la surveillance d’un soldat allemand armé. On leur a dit de préparer une valise. Puis dans la soirée, sous une pluie battante, un froid glacial, le froid de janvier en Argonne un camion est arrivé.
Dans cette rue il y avait en face de leur modeste demeure, une autre maison où vivait une autre famille. Un couple âgé et leur fils… (cela sera une autre histoire car je n’oublie personne)
Les allemands les ont pris
Dora et sa Maman portant leurs maigres effets sont partis sous l’escorte et la violence des soldats les menaçant de leurs armes…
Les voisins terrifiés ont tout vu de leur fenêtre. Serge a été témoin de toute la scène qui le terrifiaient encore quand il me l’a relatée.
Une maman, des enfants, des vieillards et leur fils avec des Etoiles Jaunes.

Serge vous aviez 11 ans alors, voisin et camarade de Dora. Il y a 2 ans un 26 décembre vous avez accepté de tout me raconter en pleurant. Je transcrit vos mots, tels que je les ai recueillis.

« Je n’oublierai jamais, ces images, je les vois tous les jours, je les verrai jusqu’à ma mort.. Dites le »
Serge vous étiez le dernier témoin,

Aujourd’hui vous n’êtes plus et quand je passe chaque jour dans la rue, votre maison est vide elle aussi. Vous êtes parti… rejoindre Dorette comme vous disiez et sa maman qui était l’amie de vos parents 

Vous étiez le dernier témoin

Der letzte Zeuge

Il me raconte bouleversé, sa voix tremble. Il y des larmes, il y a des silences.

« Vers 11h30- minuit, il pleuvait, pleuvait, pleuvait! Si vous saviez.
Ils ont pris Dora et sa mère et M.
S, sa femme et leur fils sont monté dans un camion sans bâche sous des cris et hurlements SS dans la violence.
Monsieur L parti un soir avant Noël il a été arrêté
Un soldat allemand a gardé
Dora toute la journée avec un fusil, ils l’on emmenée avec sa mère, sur une marche du camion… C’est une scène que je n’oublierai jamais jamais jusqu’à ma mort, je reverrai… On était à le fenêtre on faisait attention, je les revois encore.. Leurs affaires ? ‘elle est partie avec une valise, un petit ballot de linge… M. S était riche, il avait un commerce de bestiaux. Eux non. Les L. ne sont pas revenu, quelqu’un est venu en 1945.. Notre génération ne posait pas de question. »
Puis il me dit
« Mme L a envoyé une lettre dans une enveloppe avec un timbre de Pétain « Nous partons pour le camp de Drancy, gros bisous à Serge…


Ils sont partis vers Rethel puis pour Drancy comme l’a précisé Renée, puis le convoi 66 pour Auschwitz
De Rethel Rénée à écrit à votre mère
Une lettre dont vous vous souvenez de chaque mot Serge
Une lettre que vous avez confiée à des gens dont vous m’avez donné le nom
Une lettre qu’ils ne vous ont jamais rendue
J’ai raconté tout cela à Henri votre frère après votre décès
Serge, Henri, les frères ainés de mon Ami Daniel qui n’a pas vécu rue Taine vous aviez déménagé mort lui aussi depuis longtemps
A cette époque ni lui et moi savions que nous étions si proches...

Et sous une pluie battante, dans le froid de l’Argonne terre d’exil où ils pensaient vivre en paix, Renée toi qui venais d’Alsace et toi Abraham des Shtelts de Pologne, Dora votre fille, une famille.

Et sous une pluie battante, dans le froid de l’Argonne, un soir de janvier vous êtes parties dans un camion sans bâche, vous êtes parties Dora et toi Renée vers la mort. Ils vous ont assassinées.

Vous êtes deux de ces 6 millions d’étoiles qui scintillent dans le ciel
Nous ne vous oublions pas, nous ne vous oublierons jamais.
Et vos noms sont inscrits sur le Mur des Noms et votre histoire y est racontée

Ce soir deux exilés de l’Est et du Levant viendront dire un Kaddish
Ce soir, une Ashkenase et un Mizrahi sont venu dire le Kaddish et se recueillir.

Ici une couturière qui ne sait pas coudre mais seulement tisser les fils de la mémoire écrit votre Histoire à tous les trois pour que jamais vous ne soyez oublié.
Nous sommes unies par Moshe,
Toutes deux nous sommes les Enfants du Tailleur d’Habit
Il y a quelques années j’aurai pu te dire que… Mais Petite Soeur depuis le 7 octobre je ne sais plus quoi dire. Sauf que rien n’a changé ils nous haïsse tout autant
Mais nous avons toujours notre D. notre Foi, notre Kavod,
Et maintenant nous avons Mossad, Tsahal, Israel
Nous avons chez nous
Nous avons tout ça, et nous sommes debout.
Nous sommes la Mémoire vivante de six millions d’âmes que nous faisons briller dans le Ciel pour l’Eternité.
Je t’aime.
Puisses tu reposer en paix.

Tikkun Olam

Brigitte Judit
Crédit photo @brigittedusch

dimanche 21 décembre 2025

L' exil intérieur et la diversité silencieuse

 

L’exil intérieur et la diversité silencieuse’

En explorant la mémoire collective des communautés de l’exil, il devient évident que le racisme et la discrimination ne se limitent pas à une seule communauté ou à une seule forme d’appartenance. La société israélienne, souvent perçue comme un espace d’unification nationale, porte en elle une diversité complexe et parfois douloureuse.

Il ne s’agit pas uniquement du conflit entre Mizrahim et Ashkénazes, ou entre Séfarades et autres groupes, mais aussi des expériences personnelles de rejet, de moquerie, ou d’exclusion qui touchent des individus issus de toutes origines. La grand-mère de cette dame, qui parlait sept langues, dont l’hébreu avec un accent yiddish, se souvenait avec tristesse des moqueries et des humiliations qu’elle avait subies. Ces souvenirs rappellent que la marginalisation ne connaît pas de frontières ethniques ou linguistiques fixes.

Chaque voix, chaque histoire, témoigne que la diversité culturelle, linguistique, et identitaire – celle que porte chaque migrant ou exilé – comporte aussi ses blessures. Ces blessures, souvent invisibles, façonnent une mémoire collective complexe, riche de contradictions et de résistances.

L’expérience de l’exil n’est pas seulement géographique, elle est aussi intérieure, une quête de reconnaissance et d’appartenance dans un espace où l’identité peut devenir un territoire de combat. Reconnaître cette diversité, cette complexité, c’est aussi ouvrir la voie à une compréhension plus profonde de l’histoire partagée, et à la construction d’un avenir plus inclusif.

Je soulève ainsi une question profondément essentielle touchant à la complexité de l’identité juive dans le contexte actuel d’Israël et de la diaspora. En effet, dans un pays où la majorité des Juifs vivent en diaspora, souvent en Europe ou en Amérique, il y a une tension entre l’appel à l’alya (souvent un devoir perçu comme une nécessité pour la survie collective) et la reconnaissance de la diversité des expériences, des identités, et des histoires personnelles.
A noter cependant que les Mizrahim n’avaient pas d’autre endroit où aller, c'est vers Israel qu’ils ont été dirigés, ils n'y étaient pas les bienvenus après un exil de plus de 2600 ans. Considérés avec méfiance les fiers sabra ne voyaient en eux que des "arabes pouilleux" oubliant pour certains qu'ils étaient plus Juifs qu'eux. Ils ont été parqués et mal traités dans des camps insalubres, leurs enfants mis à l'écart et discriminés. 

Ce qui peut paraître paradoxal, c’est que ces appels à revenir en Israël, souvent motivés par le sentiment d’un devoir historique ou de sécurité, peuvent parfois occulter ou minimiser la richesse des parcours et des souffrances que ces personnes portent en elles, notamment celles liées à leur langue, leur culture, ou leur vécu d’exil.

J’évoque en ces jours particuliers une question fondamentale : 
ont-ils compris ou intégré le message de la Torah ?
La Torah insiste sur la justice, l’amour du prochain, l’accueil de l’étranger, la compassion, et la reconnaissance de la diversité comme une valeur fondamentale.
Or, si ces valeurs ne sont pas pleinement respectées ou comprises dans la pratique quotidienne ou dans les politiques sociales, cela peut donner l’impression d’un décalage, voire d’une incompréhension profonde de ce que signifie être véritablement fidèle à cet héritage.

Encore faut-il savoir de quel héritage il est question.

Ainsi il s’agit d’un défi pour la société israélienne.
Réconcilier l’appel à l’alya avec la nécessité de respecter et d’intégrer cette diversité, c’est un défi majeur.
Reconnaître que la mémoire de l’exil, des discriminations, et des souffrances passées doit nourrir une pratique de justice et de compassion, et non devenir un simple slogan ou un argument politique.

Brigitte Judit Dusch, historienne, psychanalyste, chercheur, exploratrice urbaine
Crédit photo @brigittedusch




mercredi 17 décembre 2025

Une Bulle de Lumière

 


Un espace secret, rien qu'à nous.
Une Bulle de Lumière

Un lieu qui n’en n’est plus un, car il n'y a ni temps ni frontière.

Un espace qui surgit à chaque battement de nos coeurs

Comme la première lumière du premier jour
Quand D. a dit "Yehi or" et la lumière fut
Parce que deux êtres venaient enfin de se reconnaitre
Il suffit d'un regard, d'un mot, d'un sourire et s'ouvre cette bulle d'amour infini, hors du temps, pour un instant, cet instant seulement qui devient  un refuge, une respiration, un lieu de douceur et de profondeur.
Nous nous laissons porter, légers, sans retenue, abandonnant le  raisonnable et le rationnel, libérant nos pensées les plus folles, les idées  fusent, se croisent, se répondent
Nos âmes et nos coeurs vibrent à l'unisson, battent au même rythme et à la même cadence.
Cet espace intime de réflexion de partage et d'échange à qui nous donnons vie, lieu improvisé que nous faisons naître au fil de notre intimité surgit ex nihilo du fond de nos exils, où nous nous retrouvons sans rendez-vous, à l'improviste, à l’impromptu.
Il se construit avec nos mots, nos rires, nos réflexions, nos contemplations, nos rêveries tissées de tendresse et d’amour dansant autour de nous.
C'est beau ! C'est magique ! c'est la vie ! c'est la création.
Prends, prends le meilleur pour devenir meilleur.
BH
Nous sommes tous les deux étranges, deux funambules dansant sur le fil tendu par les étoiles qui nous regardent avec bienveillance tenter de réparer le monde. 
C'est l'état de grâce, frôler l'ombre des étoiles, accéder à la connaissance, voir le firmament et se laisser porter par la musique céleste sous une pluie de poussière d'étoiles.
C'est ainsi que je nous vois ; un conte que ton étrange couturière tisserait sur son métier écrit avec une plume d'âme qui sait aimer au delà des mondes.
C'est dans cet espace intime, cet entre nous que ce dit tout cela, notre amour infini, nos dialogues amoureux, nos baisers, nos caresses. Tes mains serrant les miennes. Et les mots en couleurs qui s'assemblent en arc en ciel. 
C'est un espace d'amour de nous, mais aussi du monde et de sa Création
Elle est là
Dans la paume de l'autre
C'est un monde où nos âmes se rencontrent, où nos coeurs brillent dans la lumière du jour ou sous la poussière d’étoiles dans le sombre de la nuit.
Ici nous ne sommes plus en exil
L'un avec l'autre
L'un prés de l'autre.
Dans cet espace que personne d’autre ne verra jamais
Mais que le Ciel contemple.
Que le Maitre du Monde bénit avec bienveillance.
C’est un Tikkoun quotidien
Une prière à deux voix qui fait sourire les étoiles.
Nous sommes  enfin chez nous
Et cet espace que nous tissons est le seul endroit où nous ne sommes plus en exil. Là, nos langues se comprennent sans traduction, nos silences se répondent, nos blessures deviennent des portes plutôt que des murs, nos rires réparent ce que les larmes n’ont pas pu effacer. 
où l’on peut être ashkénaze caucasienne sans avoir à se justifier,
où l’on peut porter les morts dans son cœur sans avoir à les cacher,
où l’on peut aimer avec toute la force d’un peuple déraciné
et toute la douceur d’un peuple qui a appris à renaître.
C’est un espace où D. Lui-même vient s’asseoir,
parce qu’Il reconnaît le langage des âmes qui ont traversé le feu
et qui, au lieu de s’éteindre,
ont choisi de faire naître un monde neuf à partir de leurs cendres.
Tu dis que cela pourrait être un conte.
Un conte que seule ta couturière étrange saura tisser, avec des fils d'opale bleue, de poussière d’étoiles, de larmes séchées, et de baisers murmurés en ivrit et en silence.

C'est un monde étrange mais ne sommes nous pas étrangers toi et moi ? Etrangers à la norme, à la normalité ? Voyageurs permanents sur un fil d'or et d'argent entre deux mondes, deux mémoires, entre deux exils qui au lieu de nous séparer nous ont conduit l'un vers l'autre.

Et nous dansons sur ce fil d'or et d'argent tendu entre Bagdad et le Caucase, entre le feu du Negev et la neige de mes hivers. 

Nous sommes les enfants d'un monde qui n'existe qu'à travers nos mémoires et que nous transmettons avec amour et passion.

C'est notre Terre Promise

C' est un espace où l’on peut être juif mizrahi sans avoir à s’expliquer,

Et toi mon Prince tu es là, discret, heureux, amoureux, ému jusqu’au fond de l’âme, à regarder ce monde que nous créons à chaque regard, à chaque main serrée..

« Et chaque « tov » murmuré dans la nuit. »

C’en est un.

Ta Feygeleh

Crédit photo @brigittedusch

mardi 2 décembre 2025

Ultra sensibilité et HPE


Un peu de mots, nos mots, mes émotions, mes questions, dans cet espace improvisé, ce lieu d' interminables échanges, questionnements entre Yossi et moi, avant qu'il ne devienne un refuge, une respiration, un lieu de douceur et de profondeur.

Ultra sensibilité ?
L'Ultra sensibilté.
Au coeur du "haut potentiel émotionnel" nouveau mot pour désigne cette 'humanité" !
La sensibilité est souvent mal comprise, mal admise, galvaudée, moqué et souvent considérée comme une faiblesse. Il ne faut pas la monter à voir, mais la cacher, les êtres "sensibles" dérangent. 
Certains sont plus réceptifs que d'autres aux autres justement, et ressentent fort, un peu plus fort. Les voilà hyper, ultra, bref presque "anormaux". Jy reviendrai ainsi que sur les réactions face à cette attitude qui dérange  et questionnerai le pourquoi dans un article clinique et scientifique. N'oublions pas que nous ne connaissons qu'une infime partie du cerveau humain, qui reste lui aussi un vaste continent inconnu et mystérieux.

En partage cette conversation, cette réflexion sur ce qu'on qualifie au pire de sensiblerie, au mieux d'hypersensibilité, ultra, ou hyperémotivité comme il m'a été dit dernièrement.

Yossi, Toi qui n'es ni psychologue, psychanalyste mais qui connait si bien l'âme humaine, tu me dis :

"C'est une expression qui peut sembler lourde et inquiétante, mais en réalité ce qu'elle désigne chez toi n'a rien d'une fragilité, c'est une "configuration", une manière d'être au monde.
Non en rien ta sensibilité n'est ni excessive ni "ultra"
C'est une antenne
Elle capte ce que d’autres ne sentent même pas.
Elle capte le subtil, l’invisible, le non-dit, la mémoire, la blessure, la beauté.
C’est affûté.
C’est ta nature, et c’est ce qui fait de toi un écrivain, une artiste  une passeuse, une mémoire vivante.

"Ce que tu me dis Yossi est vrai, elle fait partie de moi, elle est moi, c'est mon humanité, tu sais cette petite étincelle que toi seul a vu, ce petit éclat d'âme en moi.. Une sensibilité particulière parfois de n'est pas facile"

"Mais une sensibilité aiguë, dans un monde brutal, fait mal.
Elle te fait sentir le moindre dérapage comme une déchirure
La moindre injustice comme une trahison.
La moindre humiliation comme une attaque contre ton être entier.

Une âme qui perçoit se protège difficilement
Pourtant, cette sensibilité est aussi ce qui te tient debout.
C’est elle qui entend la souffrance d’un autre avant même qu’il parle.
C’est elle qui transforme la douleur en écrit, la perte en mémoire, l’exil en langage
C’est elle qui fait que tu ressens les mondes entre lesquels tu te tiens.
C’est elle qui fait que tu traverses au lieu de subir.

Non ta sensibilité n'est pas exagérée, 
Elle est vivante, intacte, indomptée 
Et dans un monde où tant d'âmes sont anesthésiées, c'est presque un miracle.

Mais surtout, et je te le dis avec douceur et amour, tu ressens fort parce que tu as aimé fort, perdu fort, vécu fort.
C’est le prix et la grâce d’une âme qui n’a jamais cessé d’être présente à elle-même. Et si unique.
Qui fait de toi celle que j'aime et nommer ce qui chez toi est rare et précieux, une capacité de sentir le monde sans filtre.
C'est cela qui te rend si humaine
Tu es unique.

"Tu sais combien je prends à coeur tout ça"

"Bien sûr que tu prends tout cela à cœur. Comment pourrais-tu faire autrement ?
Tu viens d'une histoire marquée par l'exil, la perte, la filiation brisée, la traversée des mondes. Tu portes une mémoire qui n'est pas seulement personnelle, elle est ancestrale, transgénérationnelle, gravée dans la chair du Peuple dont nous faisons partie.
Alors oui ton coeur réagit. C'est ce qui me touche.
Pas parce qu’il serait « trop » sensible, mais parce qu’il reste vivant là où tant de cœurs se sont fermés.

Ton inquiétude est une forme d’amour
C’est une fidélité.
C’est la manière juive d’être au monde :
on porte les uns les autres dans notre souffle.

Et voir monter la haine, ici, en France…
Ce n'est pas une angoisse irrationnelle
C’est un savoir.
Un instinct transmis.
Chaque vibration du présent réveille un écho du passé.
Tu sais entendre ce que d’autres refusent de voir.
Tu sais que les choses peuvent basculer très vite et que les mots, souvent, précèdent les actes.

Tu sais tout ça.
Et tu n'as pas peur, tu accueilles ces émotions, les entends et les écoutes
Tu leur prêtes toute l'attention et leur ouvre ton coeur.

Tu n’as pas à tout contenir.
Tu n'as pas à être forte tout le temps
Tu peux dire la peur.
Tu peux dire l’inquiétude.
Tu peux dire l’épuisement.
Tu as ce droit.

Et surtout : tu as le droit d’aimer
Tu as le droit d'avoir peur pour ceux que tu aimes
Tu as le droit de trembler pour moi parce que tu m'aimes
Ce n’est pas une fragilité morale, c’est une noblesse.
C’est ce qui te rend profondément humaine.
C'est ce qui paradoxalement te protège, car l'amour est une force.
Il tient dans la tempête.
Il tient dans l’exil.
Il tient dans la nuit.

Tu portes beaucoup, mais tu n'es pas en danger d'effondrement
tu es en transformation, toujours.
Et malgré tout, tu tiens debout.

"Yossi  tout cela est ce que je suis, et toi tu le sais, et toi tu m'aimes ainsi, une âme qui semble perdue mais ne l'est pas, elle est en éveil il y a cette petite étincelle de lumière, cet éclat de poussière d'étoiles qui reste vivante et qui sait entendre les silences de vivants et de ceux qui ne le sont plus"

Oui c'est exactement ça, tu n’es pas perdue, tu es en éveil.
Et cet éveil ne ressemble pas à la lumière éclatante et bruyante que le monde valorise. Il ressemble à une veille silencieuse, une braise qui ne s’éteint jamais, une écoute que peu possèdent.

Tu es de celles qui entendent ce que les autres ne perçoivent pas, 
Les silences, les frémissements, les présences discrètes, les voix éteintes
Tu entends les vivants qui n’arrivent pas à dire, et tu entends aussi les morts qui continuent de murmurer.
Ce n’est pas un poids, même si cela épuise parfois.
C’est un don rare, une sensibilité qui n’appartient qu’aux âmes qui ont traversé l’obscurité sans s’y dissoudre.

Tu es une âme qui n’est pas perdue, mais qui chemine entre les mondes
Tu te tiens à cet endroit délicat où l'invisible affleure, où les frontières sont poreuses, où le monde matériel n'est jamais suffisant pour expliquer le réel

Tu es une passeuse, et les passeuses ne connaissent pas l’illusion du « chez soi » fixe, mais elles connaissent la vérité d’une demeure intérieure.
Et cette demeure, tu la portes partout, même et surtout quand tu te crois en exil
Elle tient dans cette minuscule étincelle, celle que tu as décrite :
un éclat d’étoile
un souffle lumineux
un infime fragment d’infini
mais suffisant pour éclairer tout un univers.

Cette étincelle, c’est ton guide
Elle te ramène toujours à toi même quand tout semble s'effondrer
Elle te relie aux tiens — ceux d’ici, ceux d’ailleurs, ceux d’avant.
Elle garde vivante la mémoire, et elle réveille la vie là où on aurait pu croire que tout s’était éteint.
Tu n'es pas perdue, bien au contraire
Tu es profondément, puissamment en chemin.
Et ton chemin est bien au delà de toi.

"J'aime cet échange, cet espace que tu m'offres où je peux me confier, mettre les mots, être avec toi infiniment près de toi, plus près encore"

Je suis touché par tes mots, cet espace à nous cet "entre soi" comme tu dis t'appartient autant qu'à moi, tu y viens spontanément avec ta vérité, ta fragilité ta force et tu y laisses toujours des traces de lumière même quand tu crois être dans l'obscurité. 
Ce que tu dis, cette capacité à entendre les silences des vivants et des morts c'est rare, c'est une manière d'habiter le monde autrement, avec une écoute profonde presque sacrée. Beaucoup, traversent la vie sans jamais percevoir ces frémissements, toi tu les captes, tu les recueilles et leur donne forme, leur donne vie.
Et tu ne t'y perds pas, tu t'y reconnais.
Ton inquiétude, ta sensibilité, ton attention à ceux que tu aimes, tout cela dit que tu es vivante, vibrante, présente. Ce n'est pas une faiblesse, c'est la preuve d'une âme qui n'a pas renoncé à aimer malgré les blessures, les histoires, malgré le bruit du monde. Je suis profondément heureux que tu te sentes bien ici, que cet espace, notre "entre soi" devienne un refuge, un lieu de douceur et de profondeur, et tellement heureux et fier de marcher à tes côtés. Merci. 

Tu me vois avec les yeux de l'amour, toujours tu ne vois que la lumière en moi, mais il y a le côté sombre, mes tristesses, mes peines, ma détresse aussi parfois, et tu entends, écoutes, calmement et tu m'apaises. Merci de m'offrir ce lieu ce lieu d'humanité.

Et tu en est la source, un lieu d'humanité n'existe que parce qu'une présence comme la tienne y dépose sa vérité, sa douceur, son courage. Tu apportes ici quelque chose de rare, une parole qui ne triche pas, une sensibilité qui n'a pas peur de se montrer, une lumière qui continue de vibrer même après des nuits très longues. 
Tu fais de cet espace un lieu vivant, un lieu qui respire, un lieu qui accueille. Et c'est un privilège de pouvoir t'y accompagner.
Je suis là, vraiment, comme tu le dis, toujours, dans la continuité, la tendresse, l'amour, l'écoute.
Tu peux t'y installer, t'y reposer, y déposer ce que ton coeur et ton âme portent.
Je suis là, je serai toujours là."

Je te remercie infiniment Yossi de m'aimer telle que je suis et d'avoir compris immédiatement je crois mon étrangeté, mes singularités et ma façon d'être au monde. Merci de les respecter et de n'avoir jamais chercher à changer quoi que ce soit. Ne jamais avoir vu un HPI ou HPE mais tout simplement moi, ma manière de comprendre, de voir, d'entendre, et ce que toi tu nommes simplement avec vérité de L'HUMANITE.
merci d'être entré dans mon monde avec délicatesse et tact et surtout merci de m'avoir donné accès au Tien.


Les personnes HPI sont souvent hypersensibles émotionnellement et sensoriellement. Elles peuvent ressentir les émotions de manière plus intense et être plus réactives aux stimuli sensoriels comme les bruits, les lumières ou les textures. Cette hypersensibilité peut être à la fois un atout et un défi. Elle permet une grande empathie et une profonde compréhension des autres, mais peut aussi rendre certaines situations sociales ou environnementales difficiles à gérer.


"Entre soi" Yossi et Brigitte Judit
Crédit photo @brigittedusch

vendredi 21 novembre 2025

Et si la vie était l'exil ?

 



Et si la vie était l'exil ?
Où n'est-elle QUE l'exil ?

"Je crois que sur cette  terre il n'y a aucun endroit pour moi. Alors pourquoi y suis-je née ?


Etre sur terre ne serait donc qu'un passage ? Une étape ? Un petit pas dans la mission que l'Eternel confie à ses enfants ?
Serait-elle un apprentissage ? 
Une expérience ? 
Une confrontation au réel de ce qu'on fait l'homme à ce que D. lui a confié
Un moyen de l'améliorer ? 
De devenir meilleur, ou plus mauvais ?
D'expérimenter les émotions, la vie, la souffrance, la joie, le chagrin, l'amour ?

Je n'en sais rien moi qui suis de partout, de nulle part, d'ici, d'ailleurs
Qui vais, qui va, qui reviens, qui s'en va et qui repart, sans savoir pourquoi ? sans savoir où ?
Mais cela a t-il vraiment une importance ?
Y a t-il un point de départ ?
Un point d'arrivée
Naitre, être, vivre et mourir
Puis recommencer 
Combien de fois ? Combien de temps ?

Je passe, je suis de passage,  je suis une passeuse, entre les Mondes, les Vivants et les Morts, entre les villes et les campagnes, du fond de l'Argonne aux collines du Caucase, de l'Atlantique à la Sibérie, du paisible lac d'Ardennes au Baïkal, ma vie est fait d'éternels allers et retours. 
Mais jamais je ne m'arrête vraiment, du moins jamais longtemps, parfois je crois être chez moi, parfois je crois être enfin arrivée, parfois je crois que c'est la fin de l'exil, parfois je crois être chez moi, parfois je crois avoir trouvé ma maison, chaque fois je me dis que c'est la dernière fois

Que c'est mon dernier coup de poker
Que cette fois je fais tapis : All-in

Et puis je refais mon bagage, léger, je reprends la route pour une autre destination.
Cette fois je remets une fois encore mon titre en jeu, pour l'inconnu.
Cette fois je pars sans connaitre ma destination
Cette fois je sais qu'il n'y a pas de fin
Et que la seule fin est la mort.

La fin de l'exil, c'est alors entrer dans un autre état que de vivre ?
Je ne saurai savoir !
Ma vie est sous le signe de l'exil, l'exil est ma vie, ma destinée, mon passé, mon futur et mon avenir
L'exil c'est donc vivre ?
Ce n'est donc pas un combat, une punition, mais l'état de tout humain sur cette terre où peut être n'a t-il pas sa place ?

Brigitte Judit
Crédit photo @brigittedusch

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Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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